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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Books » Harry Potter » Parfois, les Serdaigle aussi sont courageux !

Fred et George
Author of 7 Stories

Rated: T - French - Romance/General - Remus L. & OC - Reviews: 2,176 - Updated: 08-10-09 - Published: 11-15-02 - id:1067482

N/A : Voilà ! On a mis beaucoup plus de temps qu’on aurait voulu pour le publier et nous en sommes sincèrement désolés.

Franchement, on est assez fiers du résultat. C’est rare. C’est peut-être mauvais signe… mais bon ! Puppy et nos petits rats de laboratoire l’aiment alors ça ne doit être si mal !

Une fois à la page 33, on a étudié la possibilité de diviser le chapitre en deux. Puis on s’est dit que si on voulait être conséquent avec le titre, on devait le garder intégral. Ce qui fait que nous, qui disions dans notre dernière note qu’on voulait faire des chapitres plus court, on vous en offre un ridiculement long !

Alors voilà ! On espère que vous allez vous amuser !!

Merci puppy love ! On t’aime fort !! Tout le monde applaudit (French-)Parfoot, s’il vous plait !!

Et merci aussi à nos petits rats !


20 – Kamikaze !

Alors que le soleil se levait lentement sur cette journée du 8 décembre, quelque chose se préparait dans la grande école de sorcellerie de Poudlard. Tapie dans l’ombre du matin, la menace grondait, rendant illusoire le calme et la sérénité que tous envisageaient. Durant la nuit, des silhouettes s’étaient glissées dans les salles communes pour y mettre ce qui allait troubler cette journée de la fin de l’automne.

Dans chaque maison, presque au même moment, le premier élève, dont le nom, l’année et même le sexe n’avait pas d’importance, se traînait les pieds vers un fauteuil, pour travailler ou attendre ses amis avant de descendre manger. Mais avant même que son cerveau n’ait analysé ce que son œil avait vu, son corps le menait irrémédiablement vers le tableau d’affichage, où trônait en son centre une nouvelle annonce. Entre les cils de ses yeux à demi ouverts, il lut cette simple inscription, signée de la main du directeur de la maison.

« La dernière sortie à Pré-au-Lard de l’année sera samedi prochain, le 15 décembre. À tous les élèves de troisième année et plus, ayez votre autorisation en main. »

Et c’est ainsi que, sans prévenir et sans aucun avertissement, se déclencha, à deux semaines du début des vacances de noël, le chaos total. De l’élève de première année qui suppliait pour pouvoir y aller quand même jusqu’à celui de septième année qui essaierait de se louer une chambre d’hôtel en douce, pour le corps enseignant, le branle-bas de combat était lancé.


Kyana avait beaucoup évolué depuis les derniers mois. Elle-même s’en était aperçue. Mais dire que pour elle, l’annonce de la prochaine sortie à Pré au Lard avait un enjeu plus important que celui d’en revenir avec ses achats de noël après avoir passé du bon temps, aurait été mentir. Elle ne remarqua pas tout de suite l’état de fébrilité général. Elle n’entendit pas tout de suite les ricanements des meutes de filles qui regardaient les garçons passer devant elles. Elle ne vit pas tout de suite le rougissement de garçons qui devaient, eux, affronter seuls les susmentionnés ricanements. Non, pour Kyana, c’était une sortie comme les autres. Avec un peu de chance, elle pourrait encore se retrouver seule à seul avec Remus mais, même lorsqu’elle y repenserait, plus tard, l’idée même d’inviter ou d’être invitée à Pré-au-Lard ne lui avait jamais traversé l’esprit.

Ce ne fut donc qu’à quelques mètres de la Grande Salle, pour le repas du midi, que Kyana entrevit enfin la situation dans son ensemble.

Elle cheminait candidement avec ses amis, peinarde, innocente et toute enjouée, lorsqu’on lui tapota l’épaule. Elle tourna la tête avec un sourire, prête à une nouvelle bêtise d’un de ses amis, avant de se figer. Devant elle se tenait un grand et solide Poufsouffle, de sixième année si sa mémoire était bonne, qui la regardait droit dans les yeux d’un air volontaire. « C’est qui lui ? » Ah ça, Kyana n’en avait pas la moindre idée. À l’avis de la jeune fille, il y avait erreur sur la personne. Elle attendit donc ses excuses et son départ, voire seulement la seconde partie, mais elle dû bien se rendre à l’évidence que le Poufsouffle semblait croire au bien-fondé de sa présence devant elle.

- Euh… Oui ?

L’inconnu, un très mignon garçon blond, afficha soudainement un si large sourire que ses dents éclatantes manquèrent de peu d’éblouir la pauvre Kyana.

- Salut, je m’appelle Johnny McGill ! lança-t-il en tendant la main.

« Oooouuu, que voilà un renseignement que nous mourrions de connaître ! » Kyana, perplexe, glissa sa main dans la sienne.

- Euh… Moi c’est Kyana Wald.

- Je sais ! répondit-il souriant de plus belle.

« Quand même dingue, je pensais pas qu’une bouche humaine pouvait s’étirer autant ! » Kyana, avec un demi sourire, répondit civilement à sa poignée de main.

- Ça va ? Je ne te dérange pas ?

- Euh… Non. Je m’en allais manger.

- Moi aussi !

- J’imagine, considérant que tu allais dans la Grande Salle.

Il éclata de rire un peu nerveusement. « Je sais pas si t’as remarqué, mais il a kidnappé ta main. » Si si, Kyana l’avait remarqué. Mais elle ne savait pas s’il était très poli de la lui enlever. Et s’il résistait et qu’une lutte survenait, peut-être que sa pauvre petite main allait finir par se détacher. « Ben ouais, c’est connu qu’une main ça s’arrache facilement comme ça…… » …

Mais là n’était pas la question. Que voulait ce type ?

- Écoute, commença-t-il, le regard vacillant. Je… ne suis pas très… Je me demandais… y’a une sortie à Pré-au-Lard, samedi.

Ah ! Ce n’était que ça ! C’était curieux qu’il l’interpelle, elle, pour lui demander ça mais bon… Les garçons, parfois…

Soulagée d’avoir enfin la réponse à l’énigme, Kyana s’empressa de répondre.

- Oui oui, il y en a une. Y’a une affiche dans ma salle com…

- Non non ! Ce n’est pas…

Le rire des amis de Kyana et de la petite bande de Poufsouffle qui attendaient non loin sembla redonner bon sens à McMachin. Sans toutefois lui rendre sa main, il se redressa et prit de l’assurance. De son côté, Kyana retomba dans son incompréhension totale. « Je me disais aussi que c’était étrange comme requête. »

- Je me suis mal exprimé. Je me suis permis de te déranger pour te demander si tu ne voudrais pas venir avec moi.

- Où ça ?

Aller avec lui ? Comment ça, aller avec lui ? Pourquoi il changeait de sujet ?

Nouveaux éclats de rire. D’abord surpris, McMachin se pencha légèrement vers elle avec un sourire.

- Mais… À Pré-au-Lard.

- Oh tu… OH ! Ah… euh…

Ben ça alors ! Elle venait de recevoir sa première invitation à sortir. Comme ça, sans prévenir. Par un illustre « et mignon » inconnu. Juste là, devant l’entrée de la Grande Salle. « Une grande partie des évènements de ta vie se passe justement ici, tu ne devrais pas être surprise, quand même. » C’est certain. « Maintenant, si tu pouvais trouver quelque chose à répondre. »

- Euh… Je… ben… C’est que…

« Percutant, vraiment… » Kyana était apparemment si pathétique que McMachin, compatissant, pressa sa main de façon rassurante et lui dit, doucement :

- Kyana, tout ce que tu as à dire c’est « oui » ou « non ».

- Non, dit-elle alors, sans aucune hésitation.

« Kyana Wald ! Tu pouvais bien parler de politesse tout à l’heure ! Regarde ce que tu as fais à ce pauvre garçon ! » Effectivement, McMachin cilla et, après avoir pris une teinte verdâtre, hocha la tête et laissa finalement aller la main de Kyana. Avec un coup d’œil embarrassé aux Serdaigle, il tourna les talons et reprit son chemin vers la Grande Salle, les dents serrées. Ses copains ne purent que grimacer par sympathie et lui emboîter le pas, non sans avoir jeté un regard réprobateur à Kyana.

Le temps de réaction de Kyana fut assez long pour que, du coin de l’œil, elle voie Bridget mettre les mains aux hanches et ouvrir la bouche pour réprimander son amie. Mais elle n’en eut pas le temps. Les bonnes manières et la bonne âme de Kyana reprirent le dessus.

- Hey, Mc… Mc… « Johnny » Johnny ! Attends !

Elle grimaça à son tour devant son incapacité à dire son nom et fut convaincue qu’il allait poursuivre sa route. Pourtant il s’arrêta et se tourna lentement vers elle, curieux, perplexe et un brin méfiant. Le visage rouge, elle s’avança timidement vers lui. Sans le regarder, elle tâcha de lui rendre son refus moins brutal. C’était quand même la moindre des choses. Il avait été sympathique et poli, malgré le kidnapping de main.

Heureusement pour elle, et pour lui, leur conversation ne serait pas entendue de tous puisqu’elle l’avait arrêté juste avant qu’il n’entre dans la Grande Salle.

- Écoute, je suis désolée. C’est la première fois qu’un inconnu… que quelqu’un tout court me demande pour sortir alors… Je suis ravie, vraiment, que tu aies pensé à moi. C’était inattendu mais vraiment charmant. Et un jour, quand j’en serai à tricoter des pantoufles, dans mon salon, avec pour seule compagnie ma vingtaine de chats, je me dirai que je suis bien la seule à blâmer si je suis vieille fille et que je suis coincée avec des bestioles qui perdent leurs poils parce qu’un jour, un charmant jeune homme m’avait invitée et que j’ai refusé.

Il éclata de rire, cette fois de façon toute naturelle. Il avait un rire très charmant.

Kyana ne voyait pas ses amis mais les Poufsouffle avaient perdu leur air mauvais et rigolaient avec Johnny. Elle fut satisfaite. Elle n’aurait pas aimé qu’on lui en veuille parce qu’elle avait refusé l’invitation. Ceci dit, ils avaient eu raison pour la méthode.

- Tu n’as pas à être désolée, Kyana. Franchement, je n’ai pas invité beaucoup de jeunes filles dans ma vie…

- C’est peu de le dire, murmura un autre Poufsouffle

- …mais je me suis dit que c’était une chance à courir pour apprendre à se connaître avant que tu ne sois officiellement plus disponible, poursuivit-il sans se soucier de la remarque de son ami.

Elle leva lentement la tête vers lui, un peu soulagée de ne pas trop l’avoir blessé et flattée dans son orgueil de compter parmi les rares filles qu’il aurait souhaité accompagner.

Il lui sourit et elle aperçut une lueur malicieuse dans son regard. Kyana se sentit rosir, incertaine de ce qu’il avait voulu dire par là mais se doutant bien qu’il parlait de Remus à mots couverts.

- J’admets être déçu mais nullement surpris. Je me doutais bien qu’il était trop tard.

Elle rougit de plus belle. C’était très étrange de voir qu’à Poudlard, une personne « il est peut-être pas le seul… » considérait déjà Kyana Wald et Remus Lupin comme une histoire classée.

- Ça m’étonnerait beaucoup, en toute honnêteté, que tu finisses vieille fille. Mais si par hasard un autre charmant jeune homme se trouvait à être trop stupide pour t’inviter où que ce soit, tu viendras me voir, quand tu seras lassée de tricoter toute seule dans ton salon, et j’essaierai de te trouver, parmi mes amis célibataires, un type qui n’aura pas trop pris de faux plis et qui ne soit pas trop abruti par sa dépendance à l’alcool.

Kyana, même si elle savait son visage écarlate, ne put s’empêcher d’éclater de rire.

- C’est très généreux de ta part !

- N’est-ce pas ?

Ils se regardèrent un moment en souriant bêtement puis, avec une nouvelle pointe de Machiavélisme, il se pencha vers elle et reprit sa main dans la sienne.

- Ceci dit, si tu changes d’avis, tu sais où me trouver. Et je ne te répéterai pas mon nom de famille, ça me plait que tu sois obligée de m’appeler Johnny, lui dit-il d’une voix basse et sensuelle avant de lui faire un baisemain.

Bouche bée, Kyana le regarda faire sans trop savoir comment réagir. Sensation agréable, cependant.

- Je t’aurais au moins rendu service, souffla-t-il que pour elle.

Il se redressa vivement et, après un clin d’œil, tourna les talons et se dirigea vers sa table, entouré de ses amis, franchement perplexes.

Kyana, tout aussi perplexe, se tourna vers sa bande de Serdaigle… pour s’apercevoir que celle des Gryffondor s’y était greffée. Comprenant ce que Johnny avait voulu dire, son regard fut immédiatement attiré vers Remus. Le cou bien allongé, sourcils froncés, il suivait Johnny des yeux.

- Qu’est-ce que l’adorable Johnny te voulait ? demanda Cathy sans préambule, très amusée.

Kyana jeta un coup d’œil à ses amis Serrdaigle… qui croisèrent les bras en attendant la suite de la conversation, un sourire bien accroché aux lèvres. « Tu vas me dire que ça m’a pris du temps à le réaliser mais n’est-ce pas une chance que le tout aussi adorable Thomas ne soit pas là, ce matin ? » Kyana sourit intérieurement avant de répondre à Cathy avec un air qu’elle voulait nonchalant.

- Il… euh… il m’a invitée à aller à Pré-au-Lard.

Kyana fut presque sûre d’entendre la tête et le cou de Remus pivoter vers elle. Il la dévisagea une seconde ou deux avant de reporter son attention sur Johnny. Son expression était indéchiffrable.

- Oh oh ! Vraiment ? Et tu lui as répondu quoi ? demanda Cathy, toute sourire.

- J’ai dû décliner son offre.

La batteuse hocha la tête avec une drôle de moue.

- Ouais… je comprends. Mais tu admettras que c’est quand même un peu dommage, eh ?

Kyana n’approuva pas verbalement mais sourit et plissa le nez. Parce qu’il fallait être honnête, Johnny était vraiment un type très charmant.

- Mais comment ça se fait que tu le connais ? demanda brusquement Sirius.

- Oh, mais je ne le conn…

- C’est à Cathy que je posais la question, coupa sèchement Sirius en fixant sa blonde amie.

En toute autre circonstance, Kyana aurait été vexée mais aujourd’hui, elle trouva tout ça bien intéressant.

Cathy haussa les sourcils et se tourna vers Sirius.

- Comment ça je le connais ? Sérieusement ? Tu l’as bien regardé ?

Black sembla sur le point d’éclater de colère mais il tourna les talons et entra dans la Grande Salle d’un air rigide, les autres étudiants, peu importait l’année, lui cédant le passage sans aucune protestation. Remus le suivit comme un automate, le visage toujours incompréhensible, au grand dam de Kyana.

- Et toi, Lily, tu n’aurais rien à ajouter à propos de ce cher Joh…

La question malicieuse de Bridget, ayant pour but d’envoyer James s’asseoir aussi brutalement et pour les mêmes raisons que Sirius « et, si on a espoir, que Remus » fut coupée par une jeune fille qui intercepta un des deux Gryffondor.

- Lupin ? minauda-t-elle

- Quoi ? répondit-il distraitement.

- Est-ce que tu voudrais venir à Pré-au-Lard avec moi ?

Kyana eut soudainement une féroce envie de casser toutes les horribles petites dents blanches de l’ignoble Serpentard qui osait inviter Remus mais elle se retint. C’était tout de même miraculeux considérant le regard condescendant que lui lança la jeune fille en attendant la réponse de Remus.

- C’est gentil mais… non. Merci.

Et il poursuivit sa route comme si on lui avait demandé l’heure. La Serpentard, visiblement choquée d’avoir été ainsi repoussée devant tout le monde « fallait pas demander devant tout le monde, non plus ! », leva le menton et retourna s’asseoir dans un superbe effort de dignité.

- Eh ben ! Il est maintenant si habitué qu’on l’invite ? s’étonna Edward.

La question fit monter le sang à la tête de Kyana. Elles allaient lui foutre la paix, oui ?

- Bien sûr que non ! Il est juste déjà trop perturbé pour avoir bien saisi ce qu’elle lui demandait, répondit Peter en riant. Mais ne t’en fais pas, quand il aura récupéré son état normal, on va se faire un plaisir de le lui rappeler !

Kyana se retint juste à temps de rétorquer que ce n’était vraiment pas nécessaire. Ce qui ne passa pas inaperçu par ses amis. Rouge de colère et d’embarras, elle imita Johnny, Sirius et Remus et fila s’asseoir.

Finalement, ce n’était pas une si bonne nouvelle que ça, la sortie à Pré-au-Lard.


- Eh bien ! Cette journée aura été prolifique niveau invitation ! Remus en a eu 8, James 6 et Sirius 7 ! Et dans tout ça, il y en a deux qui ont demandé aux trois, un après l’autre, et ce, dans la même conversation ! C’est magnifique ! lança Peter en applaudissant. Mais je crois quand même qu’il est important de souligner que Remus est passé en tête à sa deuxième participation seulement !

C’est à ce moment que Pettigrew reçut un coussin en pleine tête en même temps qu’une invitation à se rendre à un endroit pas très agréable, le tout de la part de Remus.

Le soir venu, les Maraudeurs s’étaient tous réunis dans leur quartier général et apparemment, Peter, qui lui, n’avait reçu aucune invitation, semblait mieux le digérer en persécutant ses amis quant au nombre de fois qu’ils avaient eu à dire « non ».

Kyana trouvait tout cela bien amusant mais la perspective qu’à un moment, Remus dise « oui » à quelqu’un qui ne s’appelait pas Kyana Wald l’empêchait de rire autant qu’elle n’aurait dû.

- Non mais, eh, sans blague. C’est quand même quelque chose, cette fois-ci, continua Peter, imperturbable. Je veux dire, à vous trois, vous avez toujours un total d’invitation qui tourne autour de la vingtaine mais c’est le grand total ! Pas le compte d’une journée et encore moins la première !

- Là dessus, tu as tout à fait raison ! Vois le sourire béat de Remus face à l’éventualité du reste de la semaine ! lança James en montrant son ami d’un geste élégant du bras.

Le visage bourru de Remus ne fut que trop contrastant avec la grâce de James pour que Kyana se retienne de rire.

Il fallait dire, à la décharge de ce cher Lupin, que depuis une bonne heure, ses amis ne cessaient de le taquiner, répétant une par une toutes les invitations qu’il avait reçu. Et si on devait bien admettre qu’il avait merveilleusement bien géré celle dont Kyana avait été témoin, du moins, à son avis à elle, il en avait été tout autrement avec les autres.

Depuis le début de la persécution, Kyana souriait beaucoup « sourire forcé, il faut le dire » mais ne riait jamais. Si on lui avait posé la question, elle aurait dit que c’était pour ne pas vexer Remus mais Anyka et elle (ainsi que tous les autres Maraudeurs minus un) savaient que la véritable raison était que ça l’embêtait autant que Remus. Et c’était sans doute pourquoi ils s’acharnaient autant.

Donc, lorsqu’il entendit l’éclat de rire de Kyana, Remus tourna la tête vers elle en lui lança le regard le plus Tu quoque, mi fili ! que Kyana n’aie jamais vu.

- Oh, Remus, ne me regarde pas comme ça ! Si tu avais vu ta tête, tu aurais ri toi aussi ! lui dit-elle en tâchant d’avoir l’air repentante.

Avec le ricanement des Maraudeur, ce ne fut pas couronné de succès. Remus croisa les bras et s’enfonça dans son coin de la causeuse, boudeur. Aux yeux de Kyana, il avait rarement été aussi craquant. Elle sourit tendrement et se pencha vers lui.

- Remus, allez. Fais moi un sourire.

Il lui jeta un bref regard en coin avant de fixer droit devant lui.

- Tu peux me croire, je compatis avec toi. Je souhaite sincèrement que toutes ces petites bécasses te laissent tranquille. Promis.

De nouveaux ricanements s’élevèrent mais Kyana savait parfaitement que cette fois, ils lui étaient destinés. Ils savaient bien, eux, que le souhait de Kyana n’avait rien à voir avec la compassion.

- Ne fais pas attention à eux, je te l’ai dit que c’étaient de petites gens.

Il lui jeta un autre coup d’œil. Cette fois, il était évident qu’il faisait un effort pour ne pas sourire.

- S’il te plait, souris, gros bébé !

Le faible début de sourire disparut du visage de Remus pour être remplacé par un air des plus outragés. Kyana jugea que même s’il était franchement marrant, il était encore plus mignon que quand il boudait. Ce qui était peu dire.

Malheureusement, elle ne put le contempler très longtemps.

- Je ne suis pas gros et je ne suis certainement pas un bébé ! lança-t-il à la manière d’un enfant de cinq ans avant de se lever et d’aller s’asseoir à la table.

Surprise et amusée, Kyana se leva pour le suivre. Elle était bien la seule à vouloir changer l’humeur de Remus parce que les Maraudeurs ne faisaient que se tordre de rire. Mais visiblement, eux, ils n’étaient le moins du monde surpris.

- Il fait ça souvent ? leur demanda Kyana, s’arrêtant à mi-chemin.

- Trop rarement, répondit Lily en riant. Mais on adore !

C’était facile de comprendre pourquoi. Remus était beaucoup trop sérieux pour son âge alors peu importait le moyen ou le résultat, le voir réagir d’une façon aussi normale « pour un garçon » que celle là était un plaisir pour quiconque se considérait son ami.

Elle reprit sa route et se planta derrière lui. Pas de chance, sa question et la réponse de Lily l’avait plongé plus profondément dans son comportement de gamin.

- Remus, qu’est-ce qui se passe ? Tu es en colère ? lui demanda-t-elle de sa voix de maman attendrie.

Il se contenta de grogner et de lever le menton, ne la regardant pas. Kyana posa sa main sur ses épaules et se pencha pour voir son visage. Il tourna évidement la tête dans la direction opposée.

- Ce n’est pas très poli de faire ça, Remus.

Il lui répondit en soufflant vivement par le nez et en la gratifiant d’un regard noir, sans même prendre la peine de tourner la tête.

- Oh, le vilain garçon ! Ce n’est pas un très bon exemple à donner à tes disciples ? dit-elle en le secouant doucement de gauche à droite.

Aucune réaction. Du moins, de la part de Remus. Les autres semblaient bien s’amuser.

- Tss-tss… On va devoir te priver de dessert !

- ‘m’en fiche…

Au ton de sa voix, Kyana sut qu’il avait réalisé le ridicule de la situation mais qu’il avait décidé de continuer à jouer le jeu, en signe d’autodérision.

- Bon… Le petit Remus est fâché parce que ses amis le taquinent ? Faut pas s’en faire, voyons ! dit-elle en lui ébouriffant les cheveux.

Remus détestait visiblement qu’on dérange ses cheveux puisqu’il chassa immédiatement la main de Kyana en passant son bras complet par-dessus sa tête. Puis il se tourna vers elle et la regarda droit dans les yeux. Derrière son exaspération évidente, Kyana devina son amusement et elle y vit quelque chose qu’elle n’avait jamais vu sur son visage à lui. C’était à la fois un avertissement et un défi. Les images de ce qui s’était passé la dernière fois qu’on l’avait défiée dans ce même Quartier Général repassèrent devant les yeux de Kyana et, ce soir, elle avait une forte envie de vérifier si Remus était effectivement « rudement fort », comme l’avait dit James.

Rusée, elle fit mine d’avoir saisi son message et sembla abandonner. Satisfait, Remus reprit son air sérieux.

- C’est quand même très ag…

Avec une vitesse dont elle fut elle-même surprise, elle planta ses deux mains dans les cheveux de Remus et les secoua le plus vivement que faire se pouvait. Il poussa son fameux sifflement de marmotte en colère et attrapa Kyana fermement par les poignets. Il la fixa à nouveau, renouvelant son avertissement muet.

Autour d’eux, le silence complet s’était installé. Kyana les sentait au bout de leur siège, impatients de voir la suite.

Pour tâter le terrain, elle essaya mollement de dégager ses mains mais il résista très facilement.

- Kyana…

« Je crois que tu viens d’avoir droit à ton dernier avertissement. C’est pas bien la désobéissance. La prochaine fois, il va te punir… Vas-y !!! Fooonce !!! »

D’un geste vif, lui tournant les bras vers l’extérieur, Kyana parvint à se dégager et réattaqua les cheveux de Remus. Mais cette fois il se leva brusquement avec ce qui était de toute évidence la ferme intention d’immobiliser Kyana coûte que coûte.

« Aux armes ! Aux armes ! »

Les yeux dans les yeux, chacun un sourire aux lèvres, ils se lancèrent dans une lutte acharnée. Kyana, qui avait l’habitude des adversaires désorganisés et trop énergiques, dut s’ajuster pour ne pas se retrouver sur le dos en moins de cinq secondes. Remus était méthodique et assez intelligent pour ne pas s’épuiser trop rapidement. Joueur d’échecs imbattable. Elle aurait dû y penser avant.

Elle parvint assez bien à s’adapter et de l’étonnement apparut dans les beaux yeux dorés de Remus. « Aaah, ses beaux yeux dorés. Ça faisait un moment qu’on n’en avait pas parlé… » Certes ! Mais ce n’était vraiment pas le moment ! Remus était largement plus fort que Kyana s’y attendait. Et il avait un équilibre à toute épreuve. Toutes les manœuvres infaillibles de la jeune fille seraient inefficaces contre lui. Faudrait en improviser d’autres…

Pendant un bon moment, ils essayèrent de se faire tomber l’un l’autre. Remus faillit réussir nettement plus souvent que Kyana, au grand agacement de cette dernière. À vrai dire, Kyana n’avait encore jamais été près de même ébranler son adversaire. Mais elle était tenace. Dans une tentative désespérée, alors qu’elle savait que deux ou trois autres essais de Remus seraient suffisant pour la faire tomber, Kyana réattaqua ses cheveux à deux mains. Comme prévu, il employa ses deux bras pour essayer d’immobiliser ceux de Kyana. Elle profita alors de son inattention pour lui balayer les pieds. Ça ne fonctionna pas comme elle s’y était attendu puisque seulement un des pieds de Remus quitta le sol. Mais comme il était en déséquilibre, ce qui ne semblait pas lui arriver souvent, il se raccrocha à Kyana, l’air légèrement paniqué, et ils finirent tous les deux sur le sol.

Un cri de victoire de la part des Maraudeuses rappela brièvement aux combattants qu’ils n’étaient pas seuls.

Remus poussa un grondement de colère. Kyana devina d’instinct que lorsqu’il se tiraillait avec ses copains et qu’ils se retrouvaient tous les deux au sol, c’était toujours parce que l’autre était tombé. « Ça doit être difficile pour l’orgueil. J’admets cependant que je n’ai jamais vu quelqu’un être si bien rivé au sol que lui ! » Kyana non plus. Mais ce n’était toujours pas le moment parce que si elle avait réussi à le faire tomber, il n’allait certainement pas la laisser l’immobiliser. Et de toutes façons, Kyana ne voyait vraiment pas comment elle allait y arriver. Encore une fois, ses tactiques habituelles furent inefficaces. Ils roulèrent sur le sol pendant un bon mom…

Elle roulait sur le sol avec Remus ? mmmmm… Elle roulait sur le sol avec Remus… « Hey ! Pas le moment ! » Oh ? Oh !

Elle évita de justesse la défaite. En grande partie due au manque de concentration mais… qu’est-ce que ce type était fort ! « Autant pour le lévrier rachitique, eh ? »

Elle songea un instant à le mordre pour l’effet de surprise, ça fonctionnait toujours avec son frère, mais Anyka lui fit remarquer que poser sa bouche sur quelque partie du corps de Remus que ce soit n’était pas une bonne idée… du moins, pas dans ce contexte. Elle se défendit donc du mieux qu’elle put. Elle se souvint alors d’une technique qui, une fois, lui avait permit de remporter sa seule victoire contre son père. « Il en est toujours vexé, d’ailleurs… » Pleine d’espoir, Kyana lança sa manœuvre : feinte de la jambe, mouvement de bassin, torsion de… Pour se retrouver, Merlin seul savait comment, sur le dos, les jambes immobilisées, les deux mains clouées au sol, le nez à un centimètre de celui de Remus.

« Mais qu’eeessst-ce qu’il est beau, ce mec ! »

Bouche bée, ébahie, éblouie, etc… Kyana ne trouva rien d’autre à faire que de le regarder avec de grands yeux, le souffle court. Il la fixa en retour, à peine essoufflé, d’une façon que Kyana n’aurait pas réussi à définir, même si elle avait été en état de le faire. « Sérieusement, ses yeux. Il les a achetés ou il les a vraiment eus comme ça ? C’est pas juste pour les autres, quand même. »

Semblant reprendre ses esprits, Remus se redressa brusquement sur ses talons avant de se lever complètement, balbutiant des excuses. Puis il fila dans la salle de bain. Perplexe, Kyana le suivit des yeux en pivotant sur elle-même. Lorsqu’il disparut et qu’on entendit l’eau couler, elle laissa tomber sa tête sur le sol. Comme elle était maintenant sur le ventre, elle faisait présentement l’étoile au beau milieu du Q.G. Elle resta comme ça sans bouger, sans même se soucier de l’état de ses vêtements, particulièrement de sa jupe, jusqu’à ce qu’elle sente quelqu’un s’accroupir devant elle.

- Ca va ? demanda la voix amusée de Sirius.

Kyana se contenta de lever la tête et de poser son menton sur le sol, lui donnant sans doute l’air d’une peau d’ours sur le bord d’une cheminée.

- Il est trop fort, ce mec… souffla-t-elle

- C’est seulement ça, ton problème ? continua Sirius avec malice.

Kyana lui répondit avec un large sourire, ce qui provoqua une hilarité générale. Puis des bras s’enroulèrent autour de sa taille et on la souleva pour l’aider à se remettre sur pied. Il était facile de deviner qui c’était.

- Merci, James.

- Mais y’a pas de quoi.

- Je vais m’asseoir, j’ai les genoux mous, dit-elle en se laissant tomber à sa place, sur la causeuse.

- Dû uniquement à la fatigue, bien évidemment, demanda le capitaine avec un large sourire lourd de sous-entendus.

« Tu crois qu’il demande ça parce que ton hormonomètre a failli exploser ? »

- Bien évidemment, James, bien évidemment.

Un peu embarrassée, Kyana détourna le regard. Ce faisant, elle rencontra celui des Maraudeuses, qui, sans même prononcer une parole, lui transmirent toute leur avidité à connaître l’état d’âme de la jeune fille.


Malheureusement pour les Maraudeuses, elles n’eurent pas l’occasion d’interroger Kyana. Lorsque Remus était revenu s’asseoir, bien carré, mains sur les genoux, tout au fond de son côté de la causeuse, ses amis avaient eu la rare délicatesse de ne se moquer de personne. Ce dont Remus sembla, à la fin de la soirée, particulièrement soulagé. Mais lorsqu’ils se séparèrent de Kyana, la jolie Serdaigle nota au fond du regard des Maraudeurs masculins que la trêve tirait à sa fin. « Pauvre garçon, il n’a aucune chance. » Oui, ça, c’était évident. Contrairement à Remus, Kyana, elle, allait toujours avoir l’option de se sauver dans la tour des Serdaigle si les Maraudeuses s’avéraient être trop embêtantes. Lui, il dormait dans le même dortoir.

Une fois dans son lit, sa compassion envers Remus disparut au profit du défilement des images de son combat avec Remus. Maintenant seule, bien enveloppée dans ses couvertures, dans le noir, le souvenir du corps à corps prenait une toute autre dimension.

Puisqu’elle s’était endormie avec ces images en tête, elle ne fut pas particulièrement surprise de la nature de ses rêves, lorsqu’elle s’éveilla. En revanche, elle ne se savait pas aussi imaginative. Et elle était grandement satisfaite de ne pas avoir à raconter ses rêves à qui que ce soit… et, surtout, de ne pas avoir la fâcheuse manie de parler en dormant.

- Alors ? Qu’est-ce que tu as bien pu faire hier soir pour avoir des yeux aussi brillants ce matin ? fut la question qu’on lui posa à la seconde où elle mit les pieds dans la salle commune.

Kyana, interdite, se sentit rosir. Si la question était venue de Jasper, elle aurait pu s’en sortir mais…. Quelle tête devait-elle avoir pour qu’Edward, Edward, qui n’était pas réputé pour être le plus observateur de ses amis, lui fasse une telle remarque en aussi peu de temps. Mais bon, peut-être avait-il seulement tendu une perche pour voir si quelque chose s’était passé ?

- C’est ce que je comptais lui demander mais je me suis dit que vous auriez été déçus de ne pas entendre la réponse, dit Bridget avec humour, juste derrière Kyana.

Eh merde… « Ben quand même, avec ton allure de cerf surpris au milieu de la route, tu t’en serais pas sortie de toute façon. »

En tâchant d’avoir l’air digne, elle ouvrit la bouche pour répondre.

- Et n’essaie pas une autre histoire de nains difformes, personne ne va marcher, cette fois, lança Jasper.

L’éclat de rire de ses amis lui fit immédiatement refermer la bouche. « Il a quand même une mémoire incroyable, ce Jaspinou. Ça date, cette histoire ridicule pour couvrir ton rêve du début de l’année… » Ouais ben elle avait rien trouvé de mieux. « C’est d’autant plus pathétique. »

- Grmf… Pour ça, Cohen, je vais pas raconter mon histoire.

Elle leva le menton et se dirigea vers la sortie.

- Hey ! C’est pas juste ! C’était ma question ! Et moi, j’y avais cru à ton histoire de nains ! protesta Edward en riant.

Kyana ne s’arrêta pas. Elle fut poursuivie jusqu’à la Grande Salle par des Serdaigle à l’affût.

Une fois assise, devant une bonne tasse de thé et une superbe assiette remplie d’œufs, de bacon, de saucisses, de jambon, de fruits frais, d’une crêpe et de deux toasts généreusement tartinés de sa confiture préférée, le tout composé par ses pas du tout curieux amis, Kyana consentit à céder à leur demande. Après, bien sûr, s’être assurée que Remus n’était pas à portée d’oreilles. D’ailleurs, il semblait sur le point de tuer quelques-uns des Maraudeurs, là bas, au loin.

- Wouah ! Alors t’as langoureusement roulé sur le sol avec ton beau petit lion ! s’exclama joyeusement Bridget, en gardant, bien sûr, la voix aussi basse que possible.

Ce fut la première phrase que les Serdaigle prononcèrent depuis le début de l’histoire. Les amis de Kyana étaient un public très attentif… et assez intelligent pour ne pas interrompre le conteur et risquer de ne pas entendre la suite.

- Eh bien, je crois que le « langoureux » est totalement hors propos mais pour le reste… oui, répondit Kyana avec une grimace amusée.

- Ah ben quand même, c’est beau comme progrès, dit Edward.

Kyana haussa les épaules, espérant que ce progrès menait bien dans la direction voulue.

- Ça m’étonne que tu aies perdu, cependant. Tu es vraiment forte pour ce genre de truc, dit Faith.

- Ouais mais lui, il est franchement plus fort qu’on pourrait le croire !

Du coin de l’œil, elle vit Edward et Bridget tourner les yeux vers Remus. Et sur leur visage, on pouvait pratiquement lire : « c’est pas vraiment difficile d’être plus fort qu’il en a l’air… ». Ils eurent cependant la délicatesse de ne rien dire. En toute honnêteté, Kyana jugea que la mine perpétuellement épuisée de Remus portait aisément à cette remarque.

Elle tourna les yeux vers Jasper, se demandant s’il en était au même jugement. Mais lui, il la regardait avec amusement.

- Vraiment ? demanda-t-il dans ce qui ressemblait à un gloussement.

Kyana ne prit pas la peine de répondre, connaissant assez son ami pour savoir que lui, il était loin d’être étonné. Elle lui fit donc une grimace et attendit la prochaine question.

- Alors, comment c’est d’être tout contre lui ?

- Bridget !

Les regards se tournèrent vers Faith. « Elle n’était pas en crise d’adolescence, elle ? C’est pourtant pas si méchant comme question. »

- Pourquoi tu gaspilles la question ? Tu sais bien qu’elle va pas être tout à fait honnête tant qu’il y aura des garçons, gronda Faith.

Ils éclatèrent tous de rire. Puis les garçons protestèrent, criant à la discrimination liée au sexe. Ce à quoi les filles répliquèrent qu’ils ne leur disaient probablement pas tout non plus.

Ils se querellèrent donc par jeu pendant un moment.

- C’est quand même dommage… il y a tellement d’informations qui manquent de part et autre, soupira finalement Edward.

- À qui le dis-tu !

Ils rirent à nouveau.

- Mais si vous voulez mon avis, mesdemoiselles, il y a une autre question que je poserai, une fois seules au fond du dortoir, lança finalement Jasper en fixant Kyana, la tête penchée vers l’avant, dans son air le plus redoutable.

Ah ouais… « Autant pour hier et ton soulagement d’avoir un échappatoire, eh. » Mais d’être coincée par les Serdaigle était, à ce moment précis, moins effrayant que Jasper.

- Oh ? Et que devrait-on lui demander ? s’enquit Bridget, les yeux lumineux.

Sans cesser de fixer Kyana, Jasper posa ses bras sur la table et croisa ses doigts, s’avançant légèrement vers son amie, ses lèvres s’étirant dans ce sourire qui n’était horrible que lorsqu’il était dirigé contre vous.

- C’est bien intéressant, les évènements de la veille mais je crois que les étoiles dans ses yeux ne viennent pas de là… Moi, si j’étais vous, je lui demanderais de vous raconter ses rêves.

« Ah ! L’enfoiré ! » C’était le mot, oui. Kyana réussit à soutenir son regard sans ciller mais elle n'était que trop consciente que son visage venait de prendre une teinte rouge qui trahissait son air relativement indifférent.

Les Serdaigle éclatèrent évidemment tous de rire et Bridget remercia chaleureusement Jasper.

- Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? demanda brusquement la voix agacée de Thomas.

Ils se retournèrent d’un bloc pour apercevoir que le sympathique Kelsey et April venaient d’arriver et se tenaient là à les regarder avec curiosité.

- Oh oh ! Regardez qui voilà ! Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas fait critiquer ! Ça commençait à nous manquer ! lança joyeusement Edward en guise de salutation.

Étrangement, si la remarque ne fit même pas sourciller Thomas, April sembla l’enregistrer pour la considérer à un moment propice.

- Où étiez-vous donc, depuis hier ? Me dites pas que vous vous êtes trouvé un coin tranquille pour vous faire des mamours ? demanda Bridget sur le même ton.

Ils s’indignèrent tous les deux, passablement horrifiés. Ce qui, évidemment, fit rigoler tous ceux qui étaient à portée de voix.

- Franchement ! Nous travaillons sur nos BUSEs ! Des mamours… Il y a tellement plus important à faire, répliqua sèchement Thomas.

Un moment de silence s’installa, durant lequel on s’interrogea sur la pertinence des priorités de M. Kelsey.

- Eh bien si tu veux mon avis, c’est pas tant ça le problème, lança April en regardant Thomas, sourcils froncés.

Tout le monde éclata de rire. April, surprise, esquissa un sourire ravi et s’installa à table, rappelant finalement à Kyana, après de long mois, pourquoi elle avait de l’affection pour elle. Ça, c’était l'April des bons jours !

Thomas s’installa à son tour, sans comprendre ce qu’il y avait de si drôle.


Le reste de la matinée et l’après-midi se passèrent assez tranquillement. Les Serdaigle avaient retrouvé leur sérieux et travaillaient consciencieusement à leurs devoirs, probablement en vue d’avoir du temps libre pour retomber dans les inepties.

Kyana n’avait qu’entraperçu Remus à quelques reprises au cours de la journée. Ce ne fut qu’au moment de descendre à la Grande Salle pour la troisième fois de la journée qu’elle se jugea en mesure de tenter une nouvelle approche sur le Gryffondor. Malheureusement pour elle, une jeune Serdaigle la prit de court.

- C’est quand même effronté, voire téméraire, de la part de quelqu’un qui partage la même salle commune que toi. J’ose croire qu’elle ne t’a pas vue, lança Bridget, dubitative.

C’était fort probable. Kyana dut donc assister au spectacle d’un Remus agacé qui recevait une énième invitation. Si seulement elles pouvaient arrêter de… Oh… « Quelle bonne idée ! »

- Dites-moi, les filles, demanda Kyana à Faith et à Bridget, une fois que la Serdaigle se fut faite rembarrer. À quel point pouvez-vous avoir l’air stupide ?

Elles lui répondirent en chœur avec un « hein ? » bien senti mais Kyana n’offrit aucune explication et, après avoir les avoir attrapées par le bras, les entraîna à sa suite, direction Remus Lupin.

- Oh Remuuuuuus !

Kyana n’avait jamais une voix aussi agaçante mais apparemment, tout le monde la reconnut sur le champ.

Si Remus, qui venait tout juste de mettre le pied dans la Grande Salle pivota vers elle, incrédule et choqué, Faith et Bridget semblèrent comprendre en une seconde et se mirent à rigoler comme de petites hyènes, se pressant contre Kyana d’un air conspirateur.

- Alleeez !

- Vas-yyyy !

Leurs murmures hystériques montrèrent à Kyana qu’elles pouvaient avoir l’air singulièrement stupides quand elles s’y mettaient.

Edward, Jasper et les autres Maraudeurs, quant à eux, avaient tous simultanément plié en deux.

- Kyana ? Est-ce que ça va ? demanda Remus, apparemment inquiet de la bonne santé de sa jeune amie.

Kyana ne répondit que lorsqu’elle se fut arrêtée tout juste devant lui, flanquée de ses deux ricaneuses.

- Eh bien… je me demandais…

- Hihihi !

- Alleeeez !

- …si tu ne voudrais pas…

- J’espère qu’il va dire oui !

- Ça serait tellement coooool !

- …veniravecmoiàPré-au-Lard…

Le tout, demandé avec de grands battement de cils, d’un large sourire et une agaçante petite voix mielleuse.

Remus, qui en était sans doute encore à essayer de comprendre le comportement si inhabituel des Serdaigle, mit un moment à enregistrer la demande de Kyana.

Lorsque ce fut fait, son visage se décomposa avant de se reformer dans un air à la fois agacé et amusé. Kyana eut la nette impression qu’il mourrait d’envie de l’envoyer se faire voir « ou autre chose… ».

- Aloooooors ? insista-t-elle sans se départir de son sourire.

Remus se contenta de la regarder, l’amusement semblant gagner du terrain. Il fallait admettre que le jeu de Faith et Bridget qui rigolaient, se cachant à moitié contre l’épaule de Kyana, devait aider grandement.

- Et tu passerais la journée comme ça ? demanda-t-il d’une voix neutre.

- Ooooh noooooooooon, je pourrais faire un effort !

Il lui sourit enfin en secouant la tête.

- Tu serais bien embêtée si j’acceptais, eh !

- Oh non ! Je serais plongée dans un bonheur au-delà des mots !

Beaucoup de gens éclatèrent de rire, Remus y compris, mais il était probablement le seul à ne pas comprendre à quel point la réponse de Kyana reflétait la réalité.

- Dans ce cas, je vois mal comment je pourrais dire non à une si… charmante demande.

Bridget et Faith éclatèrent d’une hystérie sans nom et se lancèrent dans les bras l’une de l’autre en gloussant comme des dingues. Kyana, quant à elle, bondit en avant et saisit Remus par la taille pour le serrer de toutes ses forces, la joue bien appuyée contre son épaule.

- Suuuuuuuuupeeeeeeeeeeeeeer !!

Puis elles repartirent toutes les trois en riant, planta là un Remus à la fois rieur et troublé… et des Serdaigle et des Gryffondor à demi-morts de rire.

Tandis qu’elles trottinaient stupidement, Kyana sentait sur elle les regards surpris et amusés des étudiants normaux tout comme elle sentait ceux de haine de celles qui étaient pratiquement sur le point d’écumer de rage. Et ce n’était pas seulement les filles qui auraient voulu avoir Remus pour elles mais aussi celui de celles qui ne se reconnaissaient que trop bien dans la méthode qu’avaient employée les Serdaigle. « Si ça pouvait les pousser à arrêter de faire ça, ce serait au moins ça de gagné. » Certes ! Il n’y avait probablement pas beaucoup de garçons qui appréciaient la démonstration lorsqu’elle leur était sérieusement adressée.

- Les filles, c’est la plus belle interprétation de stupidité qu’il m’ait été donné de voir, lança Jasper en s’écrasant sur sa chaise, juste à côté de Kyana, quelques minutes plus tard, les yeux encore humides.

- Franchement, si vous vous cherchez une vocation, dirigez vous vers le théâtre ! approuva Edward qui ricanait toujours.

Ils rigolèrent un bon moment, parlant tant de l’invitation que du regard des gens. Kyana leur fit part de ses observations, ce à quoi les garçons ne purent qu’approuver vigoureusement. Ils admirent tous les deux s’être déjà fait interpeller de cette façon et ils avaient nettement préféré les invitations normales aux hystériques. « C’est bête quand même que tu n’aies jamais vraiment porté attention au fait que tes charmants compagnons quotidiens soient aussi devenus des presque jeunes hommes. » Bah si, elle avait remarqué. Elle y était juste moins sensible.

- Mais je crois que vous avez manqué le plus beau, lança Edward, sortant Kyana de ses pensées. La tête de Remus quand tu lui as sauté dessus, sérieusement…

- Sublime !

Kyana se sentit rougir en même temps qu’elle se mettait à rire avec les autres. Ils essayèrent de la lui décrire mais leurs imitations n’étaient vraiment pas convaincantes et tout ce qu’ils arrivaient à faire, c’était provoquer de nouveaux éclats de rire. Ils en revinrent donc tous à l’invitation.

- Je dois dire, en toute honnêteté, que je ne pensais jamais qu’il accepterait ! dit Bridget avec un large sourire.

Kyana ouvrit grand les yeux, soudainement inquiète du doute de son amie. Elle croyait vraiment que Remus ne voul….

- Quant à la formulation de la demande, petite tête ! précisa Bridget en riant. Je ne pense pas qu’il te refuserait grand-chose en temps normal… et surtout pas un tête à tête avec toi.

- Et justement, le fait qu’il ait dit « oui » dans ces circonstances le prouve, enchaîna Jasper avec sa voix de professionnel du comportement humain.

Kyana haussa les épaules, espérant fortement que le génial Cohen ne se trompe pas. Après tout, comme elle…

- Oui mais… comme je l’ai demandé à la blague… peut-être qu’il ne prend pas tout ça au sérieux ?

La question sembla justifiée et ils prirent un moment pour réfléchir. Ce qui ébranla fortement la confiance vacillante de Kyana.

- Je dis ça comme ça, Jasper va m’arrêter si j’ai tort, commença lentement Faith.

- Il va sans dire…

- …mais je crois qu’il n’aurait pas pris la peine de te répondre s’il avait jugé que ta demande n’avait pas le moindre intérêt. S’il n’avait pas deviné ou espéré un fond de vérité.

Fait se tourna vers Jasper pour approbation, ce qui ne manqua pas de se produire.

- Faith a tout à fait raison, dit-il. Et même s’il croyait que toi tu n’étais pas sérieuse, la réponse qu’il t’a faite est sincère. Je pense aussi que si tu n’avais pas fait ta demande en plaisantant, peut-être n’aurait-il pas osé te répondre. Mais comme il doit être convaincu que tu ne veux pas vraiment aller à Pré-au-Lard avec lui, il t’a donné la vraie réponse. Si c’était une blague, tant pis, si y’a un vrai fond, tant mieux. En définitive, personne n’en ressort perdant. N’est-ce pas d’ailleurs pour ça que tu lui as fait la grande demande aussi bêtement ?

Kyana sourit, ne pouvant qu’admettre qu’elle n’aurait probablement jamais posé la question de façon sérieuse.

- Ceci dit, l’important à retenir, c’est que s’il a accepté, c’est qu’il le veut. Parce que sinon, il aurait répondu un truc bête du style « Je te répondrai quand tu auras repris tes esprits » ou « Nah, je ne prendrais pas le risque que tu amènes tes dindes avec toi », ajouta Edward.

Faith et Bridget lui flanquèrent une claque en rigolant. Jasper, lui, eut un sourire satisfait et ne sembla pas juger nécessaire d’ajouter quoi que ce soit. Ce qui voulait tout dire. Kyana reprit espoir.

- Maintenant, il va être important que tu lui signales que c’est bel et bien un rendez-vous, précisa Bridget, au bout d’un moment.

Effectivement… c’était embêtant. Kyana avait toujours quelque part la crainte que Remus n’ai dit « oui » que par politesse, croyant ne s’engager à rien. « Qui risque rien n’a rien ! » Qui risque tout perd tout… « Wouah… fort… mais quand même, c’est pas comme si tu risquais vraiment tout, eh. Tu lui referas une blague un peu plus sérieuse. » C’était une idée…

- Ah ouais… c’est vrai, elle va devoir faire ça, dit Jasper, sourcils froncés. Pourquoi j’ai pas pensé à dire ça, moi ? s’inquiéta-t-il faussement.

- Parce qu’on devient plus intelligents que toi, répondit Edward avec un sourire satisfait.

Jasper le considéra un moment avec un grand sérieux.

- Nah, ça m’étonnerait vraiment ce soit ça, dit-il en secouant la tête d’un air soucieux visiblement feint.

Edward, Bridget et Faith le fixèrent, étonnés, puis ils éclatèrent tous de rire. Kyana fut agréablement surprise de constater que Jasper osait enfin montrer à ses amis toutes les facettes de sa fascinante personnalité.


Puis qu’elle avait terminé ses devoirs, Kyana jugea qu’il était académiquement raisonnable de passer sa soirée avec les Maraudeurs. « Parce qu’évidemment, tu n’y serais pas allée s’il t’était resté des travaux à faire…. » Ben… si, elle y serait allée quand même mais ça aurait été moins raisonnable. « Pfff… La raison est toute relative… Qui a dit « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » ? » Le type assis juste à côté de Kyana !

Sourde à la raillerie d’Anyka qui faisait remarquer que Remus n’était certainement pas Blaise Pascal, Kyana tâchait de retenir le large sourire qui essayait de naître sur son visage. Après tout, on ne pouvait logiquement pas, en étant une personne dite normale, afficher un air de béatitude extrême en lisant un livre d’arithmancie avancée.

Les Maraudeurs, minus Remus, avaient encore du travail à faire pour le lendemain. Ils s’étaient d’abord tous installés avec eux à la table. Mais les Gryffondor travaillaient sur le devoir de potion et si Cathy avait commencé son explication sur les extraordinaires propriétés des verrues de troll avec une immense bonne volonté, elle avait maintenant le visage si rouge que ses yeux en paraissaient phosphorescents.

Il fallait dire, à la décharge de Mlle White, que les ricanements, les commentaires et les imitations de Sirius au sujet des susmentionnées verrues de troll auraient poussé au meurtre le plus patient des enseignants. Et à la décharge de M. Black, une verrue de troll restait quand même une verrue de troll.

Remus et Kyana, au moment où Cathy passait officiellement du rose foncé au magenta, opérèrent une retraite stratégique vers leur causeuse.

La jeune fille s’était assise le plus près possible de Remus sans empiéter sur son territoire. Malgré le fait qu’elle était en phase offensive, elle jugeait qu’il était parfois important de respecter l’espace vital de Remus, ne serait-ce que pour jauger son comportement. Et à ce moment précis, leur espace vital respectif était équivalent à la taille des coussins sur lesquels ils étaient assis. Kyana fit donc très attention que sa jambe suive très exactement la limite de fin de son propre coussin. Remus, quant à lui, était au milieu du sien. Ce qui en soi n’était ni bon, ni mauvais signe.

Ils firent la lecture pendant un bon moment, dans un calme tout relatif dû à leur entourage, jusqu’à ce que Remus soit rappelé à l’ordre dans son rôle de barman. En grognant, il revient avec des bièraubeurres, informant ses amis que s’ils en cassaient une, il ne ferait ni le ménage ni le deuxième service. Kyana nota que lorsqu’il reprit place dans la causeuse, il s’était légèrement rapproché du territoire de la jeune fille. Considérant que c’était peut-être dû au hasard, elle ne fit que lui sourire gentiment lorsqu’il lui donna sa bouteille.

Quelques minutes plus tard, tandis que Sirius était forcé de se cacher sous la table pour éviter les livres que Cathy lui lançait, Remus se pencha vers Kyana.

- Je ne voudrais pas que tu leur répètes mais… c’est fichtrement chouette, sans le mur.

Kyana, qui était déjà troublée que personne ne semble se préoccuper du bombardement dont Sirius était victime et du fait que Cathy risquait d’abîmer les livres, le fut plus encore maintenant que Remus s’était rapproché et qu’il lui murmurait à l’oreille. Sa voix chaude et rauque était d’autant plus charmante lorsqu’elle était soufflée si doucement… mmmm…

« Tu pourrais répondre quelque chose, ça t’éviterait de saliver. »

Ne faisant pas tout à fait confiance à sa propre voix, Kyana fit mine d’inspecter le nouvel aspect du Q.G.

Le mur maintenant complètement disparu, Kyana n’avait encore et n’oserait jamais demander ce qui était advenu des briques, le local semblait maintenant immense. Les meubles avaient été redisposés, certains avaient été abandonnés et d’autres étaient apparus, dont un grand divan lit pour l’instant mal propre, déniché Dieu seul avait où, une nouvelle table, de nouveaux fauteuils, une bibliothèque, un grand tapis devant l’âtre, des chandeliers… Un superbe endroit, vraiment. Chaleureux et pratique. Bien que Remus le niait avec véhémence, tout le monde savait qu’il avait été le génie de la décoration. C’est aussi lui qui avait dérobé effrontément un grand tableau noir réversible, sur une belle base en bois, dans une salle de classe abandonnée. Kyana crut d’abord qu’il allait servir pour les travaux scolaires mais un plan machiavélique y trônait fièrement. Le coin cuisine avait été restauré et était maintenant aussi charmant que pratique.

C’était fascinant de voir tout le travail qu’ils avaient abattu « c’est le cas de le dire ! » en si peu de temps. À se demander comment ils faisaient pour venir à bout de leurs travaux et de leurs mauvais coups… Kyana avait aidé un peu, certes, mais elle n’avait pas travaillé autant que les Gryffondor. Le résultat qu’ils avaient obtenu était superbe.

Dans tout ce chambardement, le seul élément qui avait été épargné par le réaménagement, qui n'avait guère bougé ni changé, était la causeuse. Certes, on lui avait rendu une certaine jeunesse mais elle était toujours au même endroit, fidèle au poste.

Ce qui était bon signe pour Kyana, c’était qu’avec la quantité de place qu’il y avait dans la pièce, Remus n’avait plus l’obligation de s’installer à côté d’elle. Mais il le faisait invariablement.

Elle aurait rêvassé un moment mais Remus semblait attendre une réponse de sa part.

- Sérieusement, c’est vraiment du beau travail.

- Ouais… J’aime beaucoup. Et ce n’est même pas terminé !

Kyana avait craint qu’il ne se redresse mais il demeura penché vers elle, même s’il regardait à son tour l’état des lieux, incluant Sirius qui se tordait de rire et Cathy qui cherchait de nouvelles munitions.

- Ah ?

- Lily veut agrandir le comptoir de la cuisine et revigorer les armoires… et envoyer James voler les couverts et des assiettes.

- Ce serait bien, en effet. Hormis le vol…

Remus reporta son regard sur elle et eut un haussement d’épaules amusé.

- Sirius et Cathy veulent refaire la salle de bain, poursuivit-il.

Kyana eut un élan de joie étrange mélangé à de l’inquiétude face aux changements. « Toi et cette fichue salle de bain… » Kyana savait bien ! Depuis la première fois qu’elle était venue au Q.G. elle devait y passer au moins une fois avant de repartir. Elle aimait cette salle de bain pour une raison inexplicable. Mais qu’est-ce qu’elle pouvait y faire ?

Elle espéra que Remus ne se rende pas compte de ses réactions. Malheureusement, un sourire moqueur apparut sur son visage.

- Ils ont évidemment assuré qu’ils te consulteraient, considérant que tu es la plus grande fan de cette pièce.

Elle se sentit rougir et, dans une vaine tentative de le cacher, détourna le regard. Remus ricana doucement, toujours au creux de l’oreille de Kyana. Ce qui fit dresser les petits cheveux de sa nuque.

Elle tâcha donc de revenir au sujet de conversation initiale.

- C’est vrai, le résultat est très agréable. Mais je n’en suis pas surprise. Après tout, c’était ton idée, dit-elle en le regardant à nouveau.

Il pinça les lèvres et lui fit un faux regard mauvais avant de faire semblant de retourner à sa lecture. Kyana laissa échapper un petit rire et, en signe de paix, posa sa main sur le genou de Remus.

Le geste, tout à fait innocent pour le naturel de Kyana, n’obtint pas la réponse à laquelle elle s’était attendue.

Elle sentit les muscles de sa jambe se contracter rapidement à deux ou trois reprises avant qu’il ne se racle la gorge. Puis il se pencha sur son sac. Kyana retira donc sa main, perplexe. Elle avait déjà eu ce geste, au début de l’année, lorsqu’ils s’étaient baladé juste après le début de la querelle des Maraudeurs. S’il avait effectivement été embarrassé, c’était dérisoire comparé à maintenant.

« C’est quand même bête. C’était même pas volontaire. »

Il farfouilla un bon moment parmi ses livres, ses cahiers de notes, ses plumes et ses encriers. Kyana était certaine qu’il ne cherchait rien en particulier mais elle n’était pas assez stupide pour le lui mentionner. Dépitée, elle retourna à son arithmancie. Comment, diable, elle allait réussir à comprendre ce garçon ?

Remus finit par se redresser et se réinstaller, avec en main un carnet de note n’ayant absolument aucun lien avec le sujet qu’il était en train d’étudier. Rigide et sérieux, il se cala bien carré sur son coussin, à l’extrême limite de son territoire.

Mais pour la première fois, la limite qu’il avait choisie était celle qui le séparait du territoire de Kyana. À approximativement huit millimètres de Kyana.

Le cœur de la jeune fille sembla s’arrêter pendant quelques secondes puis il repartit en battant la chamade.

Instinctivement, elle sut que se lever et faire la danse de la joie aurait été une mauvaise idée, ne serait-ce que parce qu’elle se serait privée de la chaleur qui irradiait de Remus. Anyka, elle, s’en donna à cœur joie.

Quoi que… c’était sincèrement étrange. Il s’était sciemment placé tout à côté d’elle mais il avait la physionomie d’un enfant qui attendait son tour pour recevoir sa dose de la pire potion n’ayant jamais existé.

Il finit bien par reprendre une apparence normale au bout d’une minute ou deux mais il semblait encore mal à l’aise.

Kyana était perplexe. Soit il s’était installé près d’elle pour lui faire plaisir soit il doutait que ce fut une bonne idée.

« Remets ta main sur son genou. » Et s’il se carapatait et retournait au fond de la causeuse ? « Bah au moins, tu seras fixée… » Meh…

Après une subtile mais profonde inspiration, elle reposa lentement sa main sur la jambe de son compagnon, juste au dessus du genou. Il resta immobile un instant puis son muscle se contracta à nouveau. Il eut comme un tic nerveux puis il bougea. Le mouvement fut presque imperceptible, elle se doutait même que c’était inconscient. Mais Kyana le sentit très bien. Parfaitement bien puisque sa main se déplaça en même temps. Remus bougea sa jambe, franchissant ainsi la limite entre les territoires.

Anyka reprit sa danse et Kyana se contenta d’afficher un léger sourire. Elle n’osa pas regarder Remus, mais elle sentait qu’il s’était remis à sa lecture après avoir lancé un sort de protection autour d’eux.

Ils restèrent comme ça pour le reste de la soirée. Rien ne les fit bouger. Pas même James qui manqua de tomber de sa position, à savoir debout sur la table à scander des encouragements. Pas même Lily et Serena, patrouillant dans le grand loft en riant et réparant ce qui était cassé. Pas même Peter qui s’était planqué derrière la causeuse après qu’un pot de fleur, qui ne lui était pas destiné, lui avait malgré tout sifflé à l’oreille. Pas même Cathy et Sirius qui s’étaient lancé dans un combat dont la seule règle était… qu’il n’y en avait pas.


Une fois tous les bris réparés, les blessures soignées et la victoire de Cathy officialisée, les Maraudeurs avaient quittés leur Q.G. Kyana était soulagée de voir que les combattants avaient fait la paix et discutaient maintenant joyeusement de leurs bons coups mais elle se demandait sérieusement…

- Eh, dites, souffla-t-elle à Remus et Lily, qui marchaient avec elle. À la lumière de la normalité de leur bataille de ce soir… leur futur mariage ne vous inquiète pas un peu ?

Ils ricanèrent tous les deux mais étudièrent la question.

- Eh bien… Honnêtement, ça ne m’inquiète pas, répondit Remus. J’ai l’impression qu’une fois ensemble, la tempête se calmera. Je… je ne sais pas comment je l’expliquerai, par contre.

Il haussa les épaules, comme pour s’excuser. Lily rit de plus belle.

- Je crois que la pensée de Remus, que son cerveau si pudique et timide n’ose même pas s’avouer à lui même, se résume à deux mots : « tension sexuelle ».

Si elle ne sembla pas aussi choquée que Remus, Kyana ouvrit quand même grand les yeux, étonnée d’entendre un tel discours de la part de la douce Lily. Cependant, elle jugea que son amie avait sans doute la bonne explication. Elle allait faire remarquer que c’était prometteur pour l’intensité de leurs ébats futurs mais Remus la prit de court, semblant revenu de sa surprise.

- Tu sembles savoir de quoi tu parles, Lily, lança-t-il avec un sourire dans la voix.

Lily prit immédiatement une teinte rouge qui se confondait avec la couleur de ses cheveux. Puis elle pinça les lèvres et défia Remus du regard, par-dessus la tête de Kyana.

- Eh, mon pote, tu veux vraiment jouer à ça ? demanda Evans avec un haussement de sourcil.

Remus, interdit, fixa son amie avec de grands yeux, avant de se racler la gorge et détourner le regard, le teint rose.

Kyana se tourna vers Lily, qui, affichant un sourire en coin satisfait, lui fit un clin d’œil. Wald fut la troisième à rougir, espérant de tout son cœur que si Remus avait quelque tension que ce soit, elle était uniquement due à elle-même.


Si la nuit fut relativement mouvementée dans les rêves de Kyana, la matinée fut plus calme. Au petit déjeuner, les Serdaigles avaient demandé des nouvelles, ce à quoi Kyana ne sut pas très bien quoi répondre. Après tout, il n’y avait rien de bien exceptionnel. Elle leur relata tout de même sa soirée.

- Bah tu sais, faut commencer par le genou si on veut gravir les échelons, lança Bridget avec un coquin sourire lorsque son amie eut terminé son récit.

- Bridget !

- Faith…

- Désolée, c’est devenu une sorte d’automatisme…

Bridget roula les yeux avant de tapoter la tête de Faith.

- Je ne pense pas que ce soit si anodin, quand même, dit Edward, une fois qu’ils eurent terminé de rire. Je dirais même qu’une certaine étape a été franchie.

Sourcils froncés, le jeune Collins se tourna vers Jasper pour avoir confirmation avant de continuer. Ce dernier, dont les sourcils haussés démontraient son approbation et une certaine fierté face à son ami, lui fit signe de poursuivre.

- Jusqu’à hier, c’est toujours toi qui t’es rapprochée de lui. Consciemment, du moins. Tu serais étonnée de savoir le nombre de fois où il a fait un mouvement vers toi sans qu’aucun de vous deux ne s’en aperçoive. Mais hier soir, tu dis que c’est lui qui s’est assis juste à côté de toi. Et il a franchi la limite de ton territoire… qui ça était sûrement pas conscient, comme tu le supposes. Mais à la base, ça reste lui qui a causé le premier rapprochement. Enfin, le deuxième…. Hum…

Edward, bien qu’étant nettement moins clair que Jasper dans ses explications, en faisant évidemment abstraction de ses paraboles paraboliquement paraboliques, s’en sortait quand même très bien.

- Ce que j’essaie de dire, de façon pas très nette, c’est que pour la première fois, il a provoqué un rapprochement. Tu vas me dire que tu avais commencé en posant ta main sur son genou et quelque part, tu auras raison MAIS ton geste était tout à fait innocent, et ça, je pense qu’il le savait. Le fait de volontairement s’asseoir juste à côté de toi est déjà moins innocent, bien que ça soit encore bien loin de la proximité moins habillée que tu vises.

- Edward !

- Héhé, j’adore ton automatisme ! Donc, Remus, qui à la base ne comprenait pas puis ne gérait pas bien puis avait accepté puis avait apprécié les contacts entre lui et toi vient pour la toute première fois de le provoquer lui-même. C’est quand même quelque chose.

Ouais, vu comme ça, c’était effectivement un pas dans la bonne direction. Mais à la vitesse où les pas se faisaient, Kyana allait être à la retraite le jour où il lui donnerait un bisou sur la joue.

- Bravo Edward ! Je suis très fier de toi ! lança Jasper en levant sa tasse de café à l’intention de son ami. C’est une très belle analyse. Un peu longue et légèrement décousue mais quand même, j’adore.

- Oh c’est que j’ai suivi le même processus que toi, mais à sens inverse. D’abord, j’ai développé mes hormones et ensuite, mon cerveau…

Ils éclatèrent de rire.

- Ceci dit, en parlant d’hormones, j’aimerais attirer l’attention de chacun d’entre vous sur le fait que Kyana n’a même pas sourcillé à l’évocation du rapprochement moins habillé.

Kyana rougit et baissa les yeux. « Bah quoi, c’est un beau projet ! » Certes !


Étant arrivée à son cours d’Études des Moldus deux secondes avant l’heure dite, Kyana n’eut pas l’occasion de discuter avec les Maraudeurs. Du moins, dans sa conception du processus normal d’un cours. Parce que les Gryffondor, eux, ne semblèrent pas trop distrait de leur conversation même une fois que le professeur eut commencé la leçon.

Comme c’en était maintenant devenu une habitude, à la fin du cours, elle fut immédiatement assaillie par les Maraudeurs, dont un Sirius et un James spectaculairement en forme. Ils discutaient et babillaient de tout et de rien en trottinant vers la Grande Salle. Remus et Kyana les suivaient, en les écoutant et souriant avec indulgence et amusement. Ces deux là étaient impayables.

Ce fut le nom de Kyana, lancer d’une voix comiquement musicale, qui stoppa tout le monde net. Évidemment, ils tournèrent tous les quatre la tête vers la personne qui avait interpellé Kyana.

Johnny McMachin « ça va nous revenir un jour. Oh oui, ça va nous revenir. » lui fit signe de la main, un large sourire moqueur aux lèvres. Si James et Sirius le regardèrent avec curiosité, Remus, lui, le regardait avec une expression à la limite du dédain.

Un peu méfiante mais tout de même amusée, Kyana se sépara de ses amis pour aller voir ce que pouvait bien lui vouloir « encore » ce brave Johnny. Tandis qu’elle marchait vers lui, il regardait les Gryffondor avec un plaisir à peine dissimulé.

- Oui, Johnny ? lui demanda Kyana sur le même ton chantant.

Il baissa les yeux vers elle, apparemment satisfait qu’elle embarque dans son jeu. Il se pencha en avant d’un air conspirateur. Kyana crut entendre une sorte de grondement, dans son dos.

- Je voulais seulement te féliciter pour ta superbe performance d’hier. C’était sublime, vraiment. J’en ai encore mal aux côtes.

Kyana plissa le nez en rosissant.

- Et je voulais aussi te remercier d’avoir refusé mon invitation parce que, honnêtement, je ne pense pas que j’aurais supporté une journée avec cette Kyana là.

Faussement outrée, elle lui flanqua un coup sur l’épaule. Il éclata de rire. « Sérieusement, il est bien très bien ce garçon. » Ouais.

- Si j’avais su que c’était pour m’insulter, je ne serais pas venu te voir, dit Kyana en levant le nez. Adieu, Mc… McMachin.

Puis elle tourna les talons et retourna vers les Gryffondor, sous le rire redoublé des Poufsouffle.

Elle était à moins de 3 mètres des Maraudeurs lorsqu’une Serpentard se planta devant Remus. Le gentil garçon, qui fusillait Johnny du regard, mit un moment avant de voir qu’elle était là.

- Quoi ? lança-t-il d’un ton peu amical.

Mais la Serpentard ne sembla pas en prendre rigueur. « Elle doit avoir l’habitude… » Préjugé face à une maison. Anyka était très injuste. « Anyka est peut-être injuste mais Anyka est aussi ton subconscient… » Eh merde…

- Je voulais savoir, sérieusement, t’as un rencart pour Pré-au-Lard ? J’aimerais y aller avec toi, lança-t-elle avec une franchise déconcertante.

« Il faut lui donner au moins le crédit de ne pas être bête ni de prendre de détour. » Effectivement. Mais Kyana n’avait quand même pas de très bons sentiments à l’égard de la Serpentard.

Elle s’arrêta et attendit la réponse de Remus.

Sa mine renfrognée se changea en une superbe expression de malaise.

- Euh… eh bien…

Le cœur de Kyana fit un bond lorsqu’il lui jeta un bref mais perçant coup d’œil.

- C’est que… je vais…

- Il a déjà un… rencart… comme tu dis, lança Kyana d’une voix claire et confiante.

« On s’entend que tu n’aurais jamais fait ça en début d’année. » Pas le moment.

Kyana, sans se soucier du regard meurtrier de la Serpentard, s’avança vers Remus et sa prétendante. Sirius et James avaient reculés de quelques pas et regardaient la scène avec grand intérêt.

- Désolée. Mais on y va ensemble, lui et moi. N’est-ce pas Remus ?

- Oui, souffla-t-il doucement.

Kyana se demanda une seconde si sa façon de dire « oui » indiquait une gêne, de l’incrédulité ou de l’émerveillement. Parce que ça pouvait ressembler aux trois. Il va sans dire que Kyana aurait nettement préféré la dernière option.

Elle n’eut cependant pas le loisir d’étudier la question puisque la Serpentard ne semblait pas convaincue.

- Tu parles de ta ridicule demande d’hier ? demanda-t-elle avec raillerie.

L’aplomb de Kyana la surprit elle-même.

- Ridicule ? Peut-être. C’était d’ailleurs mon intention. L’important n’est pas la forme mais le contenu.

Derrière la Serpentard, Johnny, qui, de loin, regardait aussi la scène avec ses amis, leva les poings en signe d’encouragement au combat.

- Je lui ai demandé et il a accepté. Ce qui en fait mon cavalier, dit-elle en glissant son bras autour de la taille de Remus sans quitter son adversaire des yeux.

Si sa propre audace l’avait étonnée, elle le fut encore plus lorsqu’elle sentit la main de Remus se poser très… très très très délicatement sur sa hanche. Elle réussit cependant, Merlin seul savait comment, à ne rien en laisser paraître et à afficher un sourire terriblement satisfait.

Au loin, tout en riant, Johnny brandit ses pouces de ses poings toujours levés.

- Désolée, conclut Kyana.

Puis elle guida Remus sur le chemin de la Grande Salle.

Ils marchèrent sans parler, suivis de près par Sirius et James, maintenant mortellement silencieux. Ils attendaient la suite. « Moi aussi… » Kyana aussi…

- Ky… Kyana… Main… maintenant, tu vas être obligée de… euh…

Kyana, qui jusque-là était emplie d’un sentiment de pouvoir incommensurable, se sentit redevenir à l’état d’humaine normale en une seule seconde. Dépitée, elle laissa tomber le bras qui entourait la taille de Remus. Il fit immédiatement de même. Il ne prit pas pour autant ses distances.

- Obligée n’est pas le terme que j’utiliserais…

- Tu aurais peut-être… McGill, par exemple.

« McGILL !!! Ben voilà ! » Kyana, largement moins satisfaite qu’Anyka d’avoir enfin le nom de famille de Johnny, se concentra plutôt sur la conversation, à voix très basse, qu’elle avait avec Remus. Ils regardaient tous les deux droit devant et s’ils n’avaient pas été si près, on aurait cru qu’ils se parlaient à eux-mêmes.

- J’ai refusé.

- Ouais…

- C’est à toi que j’ai demandé.

- Oh…

- À moins que toi…

- J’ai accepté.

- Tu n’es pas obligé…

- Obligé n’est pas le terme que j’utiliserais…

Si doucement que Kyana se demanda si elle n’avait pas rêvé, Remus effleura sa main du revers de ses doigts.

Sans plus de discours, la question fut réglée.

Derrière, le bruit très distinct de deux personnes qui se tapaient dans la main se fit entendre.


Kyana, bien que dotée de plusieurs défauts, avait aussi plusieurs qualités. Et l’une d’entre elles, que certains auraient pu considérer comme du pessimisme, s’avérait à être du réalisme.

Certes, elle raconta les évènements avec un certain enthousiasme mais elle savait que sa mission n’était pas terminée. S’il y avait une chose qu’elle avait apprise depuis le début de l’année, c’est qu’on ne pouvait jamais savoir comment Remus Jason Lupin allait réagir.

Même en faisant abstraction de la possibilité que Remus ait accepté d’aller avec elle à Pré-au-Lard soit pour lui faire plaisir, soit pour se débarrasser des autres filles, ou peut-être même un mélange des deux, il restait quand même la possibilité qu’il ne voit dans leur sortie aucun côté romantique. Il n’était pas à exclure que Remus ne soit qu’un garçon excessivement timide qui n’avait pas l’habitude des contacts physiques, ce qui expliquerait ses réactions étranges. Et que ce garçon excessivement timide, ayant apprécié sa dernière sortie avec sa nouvelle amie, se disait que ce serait agréable de recommencer. Sans plus. Rien, du point de vue de Kyana, n’indiquait, sans l’ombre d’un doute, qu’il éprouvait pour elle autre chose qu’une amitié de plus en plus profonde.

- Mais puisqu’on te dit… !

- Ce que je veux dire, coupa Kyana, au grand agacement de Bridget, c’est qu’à ce moment précis, il n’y a rien de concret. Il m’est impossible de dire si Remus, même en admettant qu’il soit attiré par moi, éprouve un sentiment plus fort que de l’amitié. Je veux dire, il y a plein de gens physiquement intéressants dans le monde. Mais ce n’est pas parce qu’on est attiré par quelqu’un qu’on en est amoureux. La marge est très grande. Et en y pensant bien, c’est peut-être justement ça qui est perturbant pour un garçon aussi obtus face aux sentiments.

Edward, Bridget et Faith ouvrirent tous la bouche en même temps pour protester mais aucun mot ne parvint aux oreilles de Kyana.

La jeune fille, qui au fond, avait espéré une protestation et des contre-arguments convaincants, fut un peu déprimée. Elle aimait avoir raison mais pas tant que ça.

- Si je puis me permettre, demanda doucement Jasper.

- Pour l’amour du ciel, permets-toi, répondit Faith en joignant les mains.

Une vague d’amusement les traversa. Puis Jasper, tout sérieux et envoûtant qu’il pouvait l’être, prit la parole.

- Tes arguments sont très bons, Kyana. Et c’est pour ça qu’ils ne sont pas arrivé à te contredire. Je ne le peux pas non plus. Tu as tout à fait raison.

Tandis que Kyana se sentait tomber dans l’abîme du désespoir, les trois autres écartaient les mains, indignés.

- Ton opinion est en béton… de ton point de vue.

L’indignation disparut et l’équilibre de Kyana revint.

- D’un point de vue rationnel, c’est tout à fait logique que tu émettes ces hypothèses. Et je trouve que c’est même très bien que tu le fasses. Il n’y a rien de fixe dans les sentiments et on ne peut jamais savoir d’avance, surtout quand on y est en plein centre. Ce que tu viens de dire, je te l’aurais dit moi-même si tu avais été d’un optimisme hystérique. C’est toujours bon de considérer toutes les possibilités.

Kyana pouvait difficilement être plus en accord.

- Donc, je t’encourage à garder les pieds sur terre. Je t’encourage aussi à poursuivre ta quête, tu avances très bien.

Elle hocha la tête, un peu perplexe mais pas désespérée. Elle était sur la bonne voie. Non pas d’être en couple mais au moins de savoir si c’était possible. Parce que pour l’instant, c’était le but concret de Kyana.

Un jour, il allait bien finir par avoir une réaction claire et précise.

- Ceci étant dit, tu te fourres un doigt dans l’œil, il te lècherait les pieds si tu lui demandais.

Malheureusement pour Edward, Jasper avait terminé sa plaidoirie au moment où il prenait une gorgée de jus de citrouille. Et tout le monde savait que du jus de citrouille qui vous sort par le nez, c’est très désagréable.


Le soir venu, après avoir abattu une partie des devoirs qu’on lui avait donnés dans la journée, Kyana se retrouva à nouveau installée dans sa causeuse avec son cavalier. Autour d’elle, les Maraudeurs discutaient joyeusement. Mais Kyana ne participa pas beaucoup.

Comme elle l’avait deviné, rien dans le comportement de Remus n’avait changé. Il ne lui lançait pas de regards amoureux, il ne s’était pas assis tout contre elle et il ne lui avait encore moins passé un bras autour des épaules. Il était tellement égal à lui-même que Kyana en venait parfois à se demander si elle n’était pas sujette aux hallucinations « Je te l’ai dit que tu étais schizophrène. » Ah ouais…

Aliénée mentale ou non, Kyana commençait à en avoir sérieusement marre de nager dans l’incertitude. Il avait accepté d’être son cavalier, alors à défaut de le voir comme son petit ami, elle allait donc le considérer comme tel.

- …McGonagall t’adore, de toute façon. Et je crois que la réciproque est tellement vraie que c’en est inquiétant, disait Sirius à James.

Kyana prit sa baguette et opéra un accio sur un coussin.

- Tu es seulement jaloux. Tu étais son chouchou, avant. Mais maintenant, c’est Remus !

Elle l’installa soigneusement sur le bras de la causeuse.

- Je ne suis pas son chouchou ! Ce n’est pas parce qu’on a joué aux éch… échecs que… que je… que je suis son préféré !

La tirade de Remus, débutée avec un superbe mordant, avait perdu de sa puissance au moment où Kyana avait délicatement glissé ses jambes sur ses genoux, après avoir pris soin de retirer ses chaussures. « Tu vas lui demander de te lécher les pieds ? » Même pas drôle…

- Si les échecs sont le point de référence, Jasper doit être très haut dans les bonnes grâces de McGonagall. Il doit jouer aux échecs avec elle une fois par semaine, lança Kyana d’une voix qu’elle réussit à rendre très crédible au niveau de la nonchalance.

Après un moment de surprise, les Maraudeurs, sans toutefois se départir de leur intérêt marqué pour la situation, enchaînèrent comme si ce que venait de faire Kyana était la chose la plus naturelle du monde.

- Tu es certaine que c’est ce qu’ils font ? demanda Cathy avec suspicion.

- Je dirais que oui… Bien que je m’explique mal pourquoi il revient régulièrement avec un suçon dans le cou.

Ils éclatèrent tous de rire.

- J’espère quand même que vous réalisez tous le côté malsain de cette conversation ? demanda Lily.

- Bah si mais ça la rend d’autant plus drôle ! rétorqua James.

Ils débattirent du sujet pendant un moment. Moment durant lequel Remus, Kyana le surveillait du coin de l’œil, semblait être aux prises avec un problème sérieux. Il avait les deux bras repliés, les mains au niveau de la poitrine, et regardait fixement les jambes de Kyana. Le jeune Lupin, qui ne s’asseyait que très rarement les deux mains sur les genoux, semblait totalement désemparé de ne pouvoir le faire. C’est comme si tout à coup, le seul endroit possible où il pouvait poser ses mains était ses propres jambes. Le bras de la causeuse, le dossier de la causeuse, le bout de coussin non utilisé par Kyana, même la partie de ses jambes que Kyana ne couvrait pas… rien de tout cela ne semblait exister.

Le pauvre garçon semblait si désespéré que Kyana se dit qu’il serait peut-être mieux de se redresser. Elle allait le faire lorsqu’elle croisa le regard de James. Il secoua subtilement la tête en articulant un « non » très clair et lui fit signe de rester où elle était. Sans se soucier de savoir comment il avait bien pu deviner son intention, elle obéit. Cependant, Remus ne pouvait pas passer la soirée comme ça.

- Je te dérange, Remus ?

Il ne réagit pas pendant une seconde ou deux puis il tourna vivement la tête vers elle, surpris, levant ses mains encore plus haut, comme s’il avait été pris en flagrant délit.

- Quoi ? Oh ! Euh… Non… non. Pas du tout.

Elle le regarda avec un air sceptique. Ce qu’elle était en effet. Il lui sourit timidement avant de reporter son attention sur ses amis. Kyana fit de même.

Au bout de quelques minutes, durant lesquels la conversation avait pris un côté malsain à la limite du ridicule, il trouva enfin où il trouva enfin la solution à son problème. Une sur le repose-bras, tout près du pied de Kyana, l’autre sur la causeuse, sous les jambes soulevées de la jeune fille, les mains de Remus avaient enfin trouvé refuge. Ce n’était pas exactement ce qu’elle avait espéré mais c’était quand même mieux que rien. Il aurait pu les croiser derrière la nuque.

- Okay, je demande grâce ! Vous êtes horribles ! lança finalement Lily en se bouchant les oreilles après un commentaire particulièrement salé de Serena.

Ils rirent un moment.

- Ye ne savais pas que tu étais si prude, Lily zolie !

- Je ne suis pas prude ! Je ne suis pas déviante ! Nuance !

- Déviante ? Tu veux dire perverse ? demanda Sirius.

Lily pencha la tête et étudia la question.

- J’ai toujours trouvé que la perversité était ambiguë comme concept. Certains comportements considérés comme pervers par certains moralistes et/ou rétrogrades ne le sont peut-être pas tant que ça. Tandis que déviant, c’est nettement plus clair. Non ?

La tension sexuelle, maintenant ça ! Kyana jugea qu’il allait être de plus en plus agréable de discuter avec Lily. Surtout quand elle allait avoir mis le grappin sur son préfet…

Préfet dont les grands yeux brillants eurent pour effet de déclencher un nouvel éclat de rire. Du moins, pour tout le monde sauf James et Lily.

Le teint rouge, la belle Evans se mordit la lèvre inférieure. De toute évidence, elle craignait d’avoir choqué son cher James.

- Tu… n’es pas d’accord ?

Le capitaine hocha la tête de façon relativement saccadée. Lily en sembla soulagée mais un tantinet sceptique.

- Il n’a peut-être pas compris ce que tu voulais dire, Lily. Pourquoi tu ne lui donnerais pas des exemples de choses qui ne sont pas si perverses ? proposa Kyana.

Si son visage évoquait l’image même de l’innocence, on sembla en douter quand même. Lily lui jeta un regard à la limite de la panique et Kyana lui offrit un clin d’œil. Les ricanements fusèrent.

- Non, nonnon ! Ça va, ce ne sera pas nécessaire, répondit James d’une voix étranglée.

Kyana haussa les épaules avec un sourire malicieux, ce qui lui récolta un regard mauvais de la part du chef des Maraudeurs. Elle en rit avant de se tourner vers Remus et de lui faire un sourire complice. De façon générale, il répondait toujours à ses sourires, quand elle venait de faire un bon coup. Cette fois-là ne fit pas exception. Mais elle crut noter un côté crispé à son sourire.

La conversation repartit de plus belle. On oublia le côté grivois et on passa plutôt, puisque décembre était déjà arrivé, aux suggestions pour les cadeaux de noël.

- Alors bon, ce qui est important de vous expliquer, recrues, c’est que cette conversation, qui à la base semble vouée à donner des idées de cadeaux à vos chers amis, jouera plutôt le rôle contraire. À ce jour, aucun cadeau évoqué dans les conversations de suggestions n’a été offert… Du moins, pas à la personne qui l’avait suggéré à la base, expliqua Cathy à Serena et Kyana.

Kyana fut surprise. Non pas qu’elle n’avait pas songé à acheter des cadeaux de noël aux Maraudeurs mais bien parce…

- Ça ne vous engage à rien, enchaîna rapidement James.

Il avait apparemment compris la surprise de Kyana.

- Rien ne vous oblige à faire des…

- Je pensais pas que vous m’en feriez, coupa Kyana avec franchise.

Ce fut à leur tour de paraître surpris.

- Pourquoi, diable, est-ce qu’on ne te ferait pas de cadeau de Noël ? demanda Sirius.

Embarrassée de leur avouer qu’elle doutait encore qu’elle soit leur ami à 100 %, elle rougit et haussa les épaules. Peine perdue puisqu’ils semblaient avoir très bien compris.

- Tss-tss… Ce qu’il faut pas entendre. Vous vous méritez, tous les deux, en pointant alternativement Remus et Kyana.

Nouveaux ricanements.

- Donc, le truc, c’est de donner comme suggestion des trucs que vous ne voulez pas recevoir ! expliqua Sirius. Et maintenant que j’ai dit ça, je sais pertinemment que je vais recevoir tout ce que j’ai suggéré depuis les trois dernières années….. conclut-il avant de pincer les lèvres avec dépit.

- Précisément. Compte-toi chanceux qu’on n'ait pas eu cette conversation en première année, dit Remus en riant.

- Et tu oublies la liste que tu viens tout juste de nous faire, ajouta Lily en brandissant fièrement son parchemin. Tu es dans la merde, Black.

Puis la discussion reprit, entrecoupée des gémissements plaintifs de Sirius. Kyana, toujours intimidée, se contenta de dire qu’elle n’avait aucune idée. Ce qui était totalement vrai, elle ne savait jamais quoi donner comme suggestions quand sa famille lui demandait. Elle se contenta donc d’écouter et de réfléchir à ce qu’elle allait donner.

Finalement, l’inévitable se produisit. Elle avait attendu le plus longtemps possible, convaincue qu’ils allaient tous la taquiner mais cette fois, c’en était trop.

Elle se leva à contre-cœur et se dirigea vers la salle de bain.

- Hey, Kyana, tandis que tu es là, étudie bien l’endroit ! lança Cathy.

- Ensuite on va te consulter, quand Remus aura fait le croquis. T’en fais pas, tu vas l’aimer encore plus !

Toute rouge, Kyana ne se retourna même pas mais leur fit un geste de la main peu élégant par-dessus son épaule. Ce qui, évidemment, déclencha une nouvelle rafale de rire.

Une fois à l’intérieur, elle réalisa que la position qu’elle avait adoptée, si elle était charmante pour ses jambes, ne l’était pas pour son dos. « Le bras de la causeuse est trop droit. » Meh… peut-être bien.

Elle fit quelques étirements qui s’avérèrent douloureux, ce qui la mena à la conclusion qu’il serait peut-être mieux de ne pas se réinstaller de la même façon. Mais lorsqu’elle revint près de la causeuse, sa conviction fondit. Remus s’était déplacé tout au bout de la causeuse et, les bras bien ouverts, avait la position parfaite pour quelqu’un qui attendait que quelqu’un d’autre place une partie de son anatomie sur lui. Ce qui en soit était un très bon signe. Il aurait pu croiser la jambe ou tout simplement changer de place. Il était franchement crève cœur de ne pas accepter cette invitation.

Mais le dos de Kyana protesta. « Tu as bien dit « une partie de son anatomie », non ? » Oh ?

- Peter, ça n’existe pas une carte VIP chez Honeyduck ! Combien de fois il va falloir te le dire ?

- Ben propose de payer mon crédit, James, ça va revenir au même ! Eh puis, tu pourrais acheter tout le magasin alors…

James lança un coussin au visage de son ami. Kyana profita de cette diversion pour prendre le coussin qui attendait le retour de son dos et le laisser tomber sur les cuisses de Remus. Il leva vers elle un regard des plus étonnés, ramenant ses bras vers lui sous la surprise. Kyana lui sourit avant de s’installer confortablement… très confortablement, la tête sur ses genoux, les pieds accrochés au bras de la causeuse.

Les Maraudeurs firent une nouvelle fois comme si c’était normal, ce qui semblait plus difficile, cette fois. Mais ils y parvinrent assez bien. Il n’y eut que Sirius qui sembla aux prises avec une irrésistible envie de rire mais il le cacha maladroitement dans sa bouteille de bièraubeurre.

Si Remus avait eu l’air embêté avec les jambes de Kyana, ce n’était rien face à sa réaction quant à sa tête. Il mit toutefois moins de temps à s’en remettre, peut-être parce qu’il réalisa rapidement que la jeune fille avait vu imprenable sur sa position de mains ridicules. Il allongea un bras sur le dossier et reposa l’autre à la même place, sur l’appui-bras, effleurant les cheveux de Kyana.

La conversation continua sans problème. De temps à autre, Kyana sentait ses cheveux bouger légèrement mais comme elle n’aurait pas pu le jurer, elle préféra ne pas trop en faire de cas.

- Au fait, y’a pas quelqu’un qui aurait besoin de nouveaux gants ? demanda Remus, au bout d’un moment. Parce que suivant la théorie de Sirius, j’aurais peut-être une chance d’en recevoir. J’en aurais besoin.

Ils rigolèrent.

- Des nouveaux gants. Remus, ton sens pratique me sidère à chaque fois, dit Sirius en secouant la tête.

- Ben quoi, j’aime bien avoir les mains au chaud, moi.

- Mais des gants comment ? En cuir ? En laine ? Synthétique ? Élégant ? Sport ? Noir ? Marron ? C’est compliqué, les gants, dit Lily, tout de même intéressée.

- Euh… Eh bien…

- Et ça, c’est sans compter la taille, coupa Kyana.

Très satisfaite de la tournure de la conversation, Kyana leva la main pour attraper le poignet de Remus qui reposait sur le dossier de la causeuse.

- C’est très important d’avoir des gants de la bonne taille.

Le bras de Remus semblant maintenant fait en gelée, il fut très facile pour Kyana de le ramener vers elle et de poser sa main à plat contre la sienne.

- T’as de grands doigts. Ma mère dirait des mains de musicien, mon père généraliserait pour des mains d’artiste. Il n’aurait pas tort, considérant tes dessins. Tu joues de la musique, aussi ? demanda Kyana en tordant le cou pour le regarder.

- Euh… Harpe… un peu… Ma mère…

- Ah ben tu vois !

Elle lui sourit puis retourna à l’étude de leurs mains jointes. Ses doigts étaient beaucoup plus longs que les siens, sa paume plus grande aussi. Il avait la main douce. Kyana se souvint de ce que Jasper avait dit, juste après sa partie d’échecs avec Remus. Une main douce et chaude. Il avait eu raison.

- J’aime bien ta main.

Sans avertissement, jugeant qu’elle allait devenir ridicule à garder sa main indéfiniment pour rien, elle le relâcha. Son bras retomba brusquement et sa main atterrit mollement sur l’estomac de Kyana. « Ah ben c’est pas plus mal… »

Ne voulant pas trop attirer l’attention sur le sujet, Kyana reprit la conversation. Ce qui ne fut pas aisé, considérant la volonté de bondir jusqu’au plafond dont semblait prise son nombril.

- Mais toi, Sirius, c’est un nouveau bonnet d’hiver qu’il te faudrait. Parce que si tu continues à te promener tête nue, tes oreilles vont finir par tomber.

Lily et Cathy eurent une exclamation de joie et Sirius se renfrogna.

- Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi ? Ce sont elles qui t’ont demandé de dire ça ?

« T’aurais fait exprès, t’aurais pas fait meilleure diversion ! » Tant mieux…

Kyana allait répondre à la négative mais elle fut prise de court.

- Pas besoin de nous pour dire ça ! C’est évident que tu vas avoir des engelures aux oreilles ! gronda Cathy. Je suis certaine que tu ne veux pas en mettre parce que tu ne veux pas défaire tes cheveux.

- Ce qui est ridicule, quand même. Tu es le seul à ne pas en mettre ! continua Lily.

- James a les cheveux défaits à longueur d’année…

- Merci mec…

- …Peter en a rien à foutre de ses cheveux….

- Même pas vrai !

- …et Remus se promène avec sa brosse dans son sac. Moi, j’aime bien av…

Sirius fut le dernier à réaliser ce qu’il venait de dire. Remus avait été le premier. Kyana l’avait senti se raidir.

- Euh…

Sirius eut au moins le crédit de prendre un air terriblement coupable.

- Tu… traînes ta brosse à cheveux dans son sac ? demanda prudemment Serena.

Kyana se tordit à nouveau le cou pour le regarder. Il était tellement rouge que c’était à se demander s’il n’allait pas exploser.

- Eh bien… euh… c’est que…

- C’est pas qu’il est imbu de lui-même ou qu’il se préoccupe tant que ça de ses cheveux. C’est que Remus ne refuse jamais rien à sa mère et elle lui a fait promettre de toujours avoir sa brosse avec lui parce que son petit garçon doit toujours être bien peigné, expliqua rapidement Sirius, visiblement soucieux de se rattraper.

Kyana n’était pas certaine que c’était précisément l’explication que Remus aurait voulu entendre, mais elle comprit très bien le concept.

- Voilà pourquoi il siffle de colère quand on défait ses cheveux ! lança Serena d’un ton joyeux.

Il n’y avait aucune moquerie dans la voix de l’espagnole. Et Kyana trouva fâcheux de ne pas avoir fait le lien elle-même.

Remus sembla un peu soulagé mais pas tant que ça. Et il évitait soigneusement le regard de Kyana. Il s’inquiétait probablement de son opinion à elle aussi. Heureusement, elle avait le moyen parfait de lui remonter le moral.

- C’est vraiment très mignon de ta part. T’as quand même de la chance, moi mon père m’a fait promettre d’embrasser sa photo tous les soirs avant de m’endormir et tous les matins quand je me réveille.

Il la fixa avec stupéfaction avant d’éclater de rire, à l’instar de tout le monde.

- Le pire c’est que je le fais…

Ce qui redoubla les rires.

Puis la conversation revint sur Sirius et ses oreilles risquant de geler.

Durant tout ce temps, même après que Sirius eut capitulé et promis de mettre une tuque… et même jusqu’à la fin de la soirée, la main de Remus resta parfaitement immobile, bien placée au centre de l’estomac de Kyana.


Comme Kyana s’y était attendu, dans le monde des rêves, les Maraudeurs avaient disparu et la main avait bougé. Si elle avait d’abord rougi de ses rêves, elle s’y était maintenant habituée et même les attendait avec un certain plaisir… Mais ce n’était certainement pas son acceptation de cette superbe démonstration de créativité et d’hormones qui l’aurait fait flancher aux demandes assidues de Bridget et Faith. Leur raconter ses rêves ? Jamais ! Qu’elles arrêtent de demander…

- Alors, Kyana, bien rêvé ? demanda Bridget à la seconde où elle ouvrit ses rideaux.

Jamais…

- Très bien merci… mais je ne vais pas te raconter !

- Oh mais pourquoi ? Allez, je te raconte les miens, tu me racontes les tiens ! Ensuite, on attache Faith et on la force à nous dire les siens !

- Je n’ai rien à voir là-dedans ! protesta Faith dont la voix était étouffée par ses rideaux toujours fermés.

- C’est ça, comme si elle voulait pas connaître les nôtres, ironisa Bridget.

- J’ai pas dit ça ! Mais vous ne pouvez pas m’obliger à raconter mes rêves à moi, bon ! lança Faith, échevelée, manquant de tomber de son lit en ouvrant vivement ses rideaux.

- Bah pourquoi ? On veut voir si tu donnes un côté ludique à Spite, continua Bridget.

Yirk ! Spite ! Non, Kyana ne voulait vraiment pas connaître les rêves de Faith ! Sa grimace passa toutefois inaperçue de ses amies.

- Ludique ?

Bizarrement, Faith n’avait même pas rougi.

- Bah quoi ?

- T’es vraiment étrange…

- Merci ! Maintenant, Kyana…

Elle avait espéré qu’elle n’en revienne pas à elle…

- Bon, écoutez, dit-elle après un soupir et un roulement d’yeux. Primo, je ne vais pas raconter mes rêves. Deuxio, tu me racontes les tiens de toutes façons. Tercio, je n’ai vraiment pas envie, tu m’excuseras, Faith, de me figurer le professeur Spite dans ce genre de situation.

Puis elle tourna les talons et se dirigea vers la salle de bain. « En fait, toi, c’est TOUTES les salles de bains… »

Bridget, prête à protester, la suivit avec un large sourire.

- Même pas à lui que je rêve…

Le murmure de Faith, sûrement pas destiné à être entendu, stoppa ses deux amies net. Elles pivotèrent avec synchro et dévisagèrent la douce Serdaigle. Interdite, Faith rougit jusqu’à la racine des cheveux.

Elles restèrent figées pendant un bon moment. Kyana était personnellement ravie que Faith ait enfin cessé ses horribles fantasmes sur le tout aussi horrible professeur. Mais qui…

- Bridget, t’as de la corde ?

- Moi j’en ai ! Moi j’en ai !!

Julia, en pyjama, seulement un œil ouvert, surgit de son lit avec les cordons servant à attacher ses rideaux.

C’est à ce moment que la poursuite s’engagea.


Malheureusement pour elles, et heureusement pour Faith, elles eurent du mal à l’attraper et n’arrivèrent pas à l’attacher. De plus, elles allaient être en retard, comme l’avait aimablement fait remarquer April en sortant de son lit.

- Franchement ! Vous n’êtes plus des gamines ! Une chance que vous ne m’ayez pas réveillée avec vos stupidités.

Les quatre Serdaigles regardèrent leur compagne de chambre passer en essayant de ne pas rigoler.

- Je n’arrive pas à croire qu’elle n’ait pas encore réalisé qu’on a ensorcelé son lit. Ça fait quand même un bon moment, déjà, lança Julia à voix basse.

- Bof, plus de temps ça prendra, mieux ce sera. En attendant, tu pourrais enlever ton pied de mon visage ?

Elles éclatèrent toutes de rire. Sur le lit de Faith, où cette dernière avait bêtement essayé de se réfugier, elles étaient étendues, bras et jambes si emmêlés qu’une tierce personne « enfin, une quinte personne, vous êtes déjà quatre » n’aurait pas pu dire quel membre appartenait à qui.

Avec une organisation sans faille et probablement un reste de shampooing dans les cheveux, elles parvinrent toutes à être prêtes en un temps record. Et ce même avant April… Ce qui était le but escompté.

- April ? Dépêche-toi, tu vas être en retard ! lança Bridget, qui fut la dernière à sortir.

Le « humph » de colère d’April les amusa beaucoup. Puis, une fois que Julia eut fait jurer à Kyana et à Bridget de la tenir au courant, elles se séparèrent en arrivant dans la salle commune.

- Ah, c’est injuste ! Ça a toujours l’air plus amusant de sortir du dortoir des filles, lança Edward avec une moue dépitée lorsqu’il les vit arriver.

Jasper tourna lentement la tête vers lui, sourcil haussé, et lui lança un sublime regard appuyé. Edward nota le regard puis l’étudia un moment.

- Oui, je vois, dit-il d’une voix traînante. Ce n’est pas ce que je voulais dire mais je comprends…

Kyana secoua la tête en souriant avec indulgence.

- Enfin, là n’est malheureusement pas la question ! enchaîna Edward avec un large sourire. Qu’y a-t-il de si amusant, encore ce matin ?

- Bah, rien de particulier. On a essayé d’attacher Faith à son lit… expliqua Bridget d’un ton badin.

Les deux garçons échangèrent un nouveau regard, sourcils bien hauts.

- Oui, bien plus amusant, confirma Jasper avec un hochement de tête.

Ils se mirent tous à rire.

- Et plus sérieusement, mesdemoiselles ? continua Edward tandis qu’ils prenaient la route de la Grande Salle.

- Oh mais c’est la vérité, répondit Faith, boudeuse.

Les garçons semblèrent étonnés. « On le serait à moins… »

- On voulait qu’elle nous raconte ses rêves, expliqua Kyana.

Si la grimace de dégoût de Kyana était passée inaperçue, celles de Jasper et d’Edward ne manquèrent pas d’être remarquées.

- Nah mais c’est justement ça ! Elle a changé de protagoniste ! expliqua Bridget avec un enthousiasme débordant.

Stupéfaits, ils ne trouvèrent rien à dire pendant un bon trente secondes puis ils murmurèrent dans leur barbe ce qui semblait être des remerciements aux forces supérieures de ce monde. Ce qui, évidemment, fit se renfrogner la gentille Faith.

- Ce ne sera une surprise pour personne si je vous dis que j’en suis grandement ravi ! Mais que nous vaut la joie de ce revirement ? demanda Jasper avec un soulagement et un plaisir évident.

Faith fit semblant de ne pas l’avoir entendu mais son rougissement la trahit. Jasper insista. Et quand Jasper insistait, on était cuit.

Après un profond soupir, Faith consentit à donner une explication.

- Je sais pas… je crois que je viens de lui découvrir un côté sadique.

Estomaquée, Kyana n’était pas certaine d’avoir bien compris. Elle ne fut apparemment pas la seule.

- Un côté sadique ? À Spite ? Tu viens de lui découvrir un côté sadique ? Mais… t’étais où, les quatre années et demi qu’on vient de passer ?

Visiblement, Edward n’avait pas une opinion très haute de la moralité du charmant professeur de défense contre les forces du mal.

- Ouais, bon, ça va, hein ! Je lui trouvais toujours des excuses mais… avec cette histoire de loup-garou empaillé… nah mais… quand même…

Jasper émit un ricanement incrédule.

- Eh bien… comme quoi y’a toujours un côté positif à tout, eh !


Malgré les efforts de ses amis, Faith ne voulut jamais admettre qui était son nouveau compagnon de rêve. « Dommage que Jasper n’ait pas insisté… » C’est sûr. Mais Jasper n’insistait jamais pour rien et il ne se mêlait jamais des histoires de cœur. « Sauf les tiennes… » Sauf celles de Kyana… Ce qui était totalement injuste. Mais bon… elle se sentait toute spéciale, quelque part. « Dis surtout que ça ne te sert à rien de l’affronter parce que tu sais que tu vas perdre ! » Euh… non…. « Ouais ouais… »

La matinée se passa plutôt calmement, ne serait-ce que de l’amusement des Serdaigle face à la mine rebutée de Faith regardant le professeur Spite.

Elle croisa brièvement Remus à la sortie de la classe de Défense. Comme il allait lui-même y entrer, il n’était pas au sommet de la joie de vivre. Il répondit néanmoins avec chaleur au sourire que Kyana lui offrit.

L’après-midi fut plus active. Métamorphose avec les Gryffondor. Même en faisant abstraction des pitreries des Maraudeurs dans son dos, la récente conversation à propos des mœurs douteuses du professeur McGonagall ne cessait de lui revenir en tête. Ce qui, bien évidemment, la plaça directement dans la ligne de mire du professeur. Elle réussit toutefois à en sortir sans détention ni perte de point. Ce qui, à son point de vue, tenait presque du miracle.

Puis à nouveau la routine. Travaux, repas, travaux. Jusqu’à ce qu’enfin, elle retrouve le Q.G. et son adorable Remus-aux-yeux-dorés. « Parce que tu en connais d’autres ? » Grmf…

Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, c’est James, de façon très détournée, qui détermina la nouvelle tactique de Kyana. Le pauvre Poursuiveur s’était ramassé un souaffle en pleine tête durant un entraînement et il était encore passablement sonné. Pomfresh l’avait laissé sortir de l’infirmerie mais l’avait contraint à rester allongé. Le divan lit n’ayant toujours pas été nettoyé, il avait dû s’installer sur la causeuse du Q.G., délogeant ainsi les Seigneurs et Maîtres de la dite causeuse, à savoir Remus et Kyana.

- Mais comment ça s’est passé ? s’étonna Kyana, lorsqu’on lui apprit la triste histoire qui faisait rigoler tous et chacun dans son coin, sauf, encore une fois, James et Lily.

- Euh… J’étais distrait.

Ce fut la seule réponse qu’elle avait réussi à obtenir officiellement. Ce ne fut que plus tard, pendant que qu’une Lily excessivement attentionnée attendait James de l’autre côté de la porte de la salle de bain, que Kyana eut le fin mot de l’histoire.

Les Poursuiveurs s’entraînaient à se faire des passes lorsqu’une certaine Lily Evans avait joyeusement salué James qui passait devant elle. Le brave garçon lui avait répondu tout aussi joyeusement, oubliant totalement ce qu’il était en train de faire et… paf, un souaffle en pleine tête. Il avait eu de la chance puisque c’était une tactique astucieuse et comique qui consistait à laisser tomber mollement la balle au joueur qui se trouvait à quelques mètres en dessous de vous. De ce fait, il l’avait reçu sur le sommet du crâne et, comme il volait relativement bas, il avait réussi à atterrir et à se laisser choir dans l’herbe au lieu de tomber directement en bas de son balai.

Il va sans dire que Kyana tâcha tant bien que mal de cacher son fou rire lorsque le Capitaine Jamesie Super-Star sortit de la salle de bain. D’un pas chancelant mais digne, le blessé retourna à la causeuse, toujours escorté par Lily. La pauvre préfète semblait se sentir tellement coupable que même Sirius n’avait pas le courage de se moquer d’elle. James avait beau l’assurer que tout allait bien et que les accidents, ça arrivait, mais Mlle Evans ne démordit pas. Elle resta au chevet de James toute la soirée, le traitant aux petits oignons. « Je te verrais, toi, si Remus était obligé d’être alité… » Kyana n’avait jamais dit le contraire… « Ah ? ouais… au moins, tu es réaliste. » Hep.

Donc, ce soir là, Kyana ne put se complaire auprès de son cavalier. Sa compassion pour James l’empêcha de lui en vouloir. Eh puis bon, une soirée sans être assise à côté de Remus, ce n’était pas la fin du monde… Une trêve dans sa quête.

Elle s’était donc résignée et s’était installée dans le fauteuil le plus près de celui de Remus. « Bravo pour le sevrage… » Quelqu’un l’avait sonnée, celle-là ?

Kyana se plongea dans son livre d’Études des Runes. Elle se demandait parfois si les Gryffondor allaient lui demander, un jour, pourquoi elle n’étudiait jamais une autre matière. Ou peut-être avaient-ils simplement compris qu’elle gardait cette matière pour les moments où elle était avec eux, avec Remus, son seul partenaire en la matière. « Ou bien ils en ont carrément rien à glander, de ce que tu étudies… » Oui, peut-être aussi…

- Hey, Kyana, c’est quoi ce machin ?

Remus aussi travaillait les Runes. Kyana se demandait s’il attendait qu’elle soit là, lui aussi. Elle aurait aimé avoir le courage de lui poser la question.

- Quel machin ?

Il tourna son livre pour le lui montrer. C’était un graphique très compliqué qui nécessitait sûrement une explication encore plus complexe.

- Euh… difficile à… Oh !

C’était donc ça ! Elle plongea dans son sac.

- J'ai lu l’explication l’autre jour et je n’ai rien compris ! Cette manie aussi de faire des références croisée entre ses livres…

Elle feuilleta rapidement le livre qu’elle venait de trouver. Elle sentait le regard curieux et amusé de Remus posé sur elle.

- Ah, voilà !

Elle lui lut la description du livre, de façon très pédagogique, tout en espérant qu’il arrive à y comprendre quelque chose parce que personnellement… « Je n’y compterais pas. Il ne regarde pas du tout son schéma. Il te fixe sans ciller. »

- Hein ?

Ce fut tout ce que Remus trouva à dire lorsqu’elle eut terminé. Et ça n’aurait probablement pas été autrement s’il avait pris la peine de regarder son propre livre.

- Ouais, c’est ce que je pense aussi…

Il rit doucement. Elle secoua la tête avec un soupir et se leva.

- On va essayer avec le dessin sous les yeux. D’ailleurs, t’aurais peut-être compris du premier coup si tu avais regardé le schéma au lieu de me fixer comme ça, lui lança-t-elle avec moquerie.

Il détourna vivement les yeux et prit une teinte rose. Ce fut au tour de Kyana de rigoler.

- Alors reprenons, dit-elle en s’installant sur le bras de l’immense fauteuil rembourré de Remus.

Tandis qu’elle retirait ses chaussures et installait son pied sur l’assise du fauteuil, tout près de la jambe de Remus, ce dernier semblait avoir cessé de respirer, médusé. « Comme d’hab… » Ouais, comme d’hab. Alors Kyana ne s’en préoccupa pas, pour une fois, et reprit sa lecture, prenant des pauses pour regarder le schéma du livre qui pendouillait mollement entre les doigts de Remus. Au bout d’un moment, la respiration du Gryffondor redevint régulière mais le livre ne se redressa pas pour autant. Kyana prit donc l’initiative de faire léviter les deux livres, tout juste devant eux.

Imperturbable, elle poursuivit sa lecture. Pour l’instant, l’important était de comprendre le schéma. « Pourquoi donc ? Tu es bien installée pour autre chose ! » Justement ! Elle devait donc solidifier son alibi. « Wouah… forte. » Hep. « Mais tu comprends que dalle. T’es pas sortie de l’auberge… » Oh ça allait, oui !

À la troisième lecture, Remus se mit à participer. Il posa des questions et apporta quelques points et suggestions. C’était toujours incompréhensible mais… un sens très vague semblait se dessiner, là-bas, au loin, juste devant la ligne d’horizon.

- Nah mais, sérieusement, c’est quoi ça ? On a vraiment besoin d’apprendre ce truc là ? s’énerva Kyana au milieu de la quatrième lecture.

- Errr… oui. C’est au programme des BUSEs.

- Ils peuvent bien aller se faire voir avec ce truc là ! Si nous on ne comprend pas, je ne vois franchement pas qui pourrait bien y arriver !

Remus la regarda avec de grands yeux pendant une seconde avant d’éclater d’un rire franc et joyeux.

- Quoi ? grogna Kyana.

- Tu es d’une impressionnante modestie !

- Hey, allez ! Dis-moi qui arrivera à comprendre ça avant nous ! Le Serpentard qui mange des feuilles de papier ou celle dont le principal intérêt de vie est de dessiner des trucs sur son vernis à ongle ? Les deux Serdaigle dont moi-même j’ignore le nom ou celui qui considère que les Runes c’est « tellement moins lucratif pour mon cerveau que l’Arithmancie… » ? Le Pouffsouffle dont les yeux se regardent entre eux ? Celle qui ne sait même pas ce que veut dire le mot « runes » ? Celui qui a pris tellement d’option qu’il n’amène jamais le bon livre et se plante à tous les examens ? À moins que ce soient les deux filles qui passent leur temps à ricaner et à te fixer, au cas où tu aurais des pétales de roses qui te sortiraient par les oreilles…

Kyana ne se souvenait pas avoir jamais calomnié quelqu’un. Mais pour une raison qu’elle ne voulait pas admettre « à savoir que tu ne comprends pas quelque chose, toi, la brillante Serdaigle… », elle était tellement agacée par le schéma que les mots lui étaient sortis tout seuls de la bouche.

Une fois sa tirade terminée, elle n’eut même pas le temps de s’inquiéter d’avoir choqué Remus et les Maraudeurs. Ils étaient tous en train de rire aux éclats, Remus en tête.

- Z’ont l’air d’être chouettes, vos copains de Runes ! lança Peter en riant.

Kyana se contenta de pincer les lèvres et de lever les pouces avec sarcasme.

- N’empêche, c’est pas parce qu’un type louche qu’il est bête, rétorqua Cathy avec malice.

- Peut-être bien mais si ce n’était que ses yeux… Merlin qu’il est laid ! Même s’il comprend avant moi, je lui laisse. Ça lui fera au moins ça !

Nouveaux éclats de rire.

- Ils sont vraiment tous stupides ? demanda Sirius.

- Bah non… Le Serpentard feuillivore, il n’est pas bête mais je pense qu’il mange ses notes sans s’en rendre compte alors… Et celui qui juge que l’arithmancie est tellement mieux pour ses méninges, eh bien… il ne se donne pas la peine. Et puis bon, il va sûrement exploser d’arrogance avant la fin de l’année… Et celui qui se plante invariablement… c’est difficile à dire, il sait un peu de tout sur tout mais rien sur rien…

Ils rirent encore un bon moment. Ce qui calma les nerfs de Kyana… tout en faisant grimper sa culpabilité au maximum. Elle n’avait vraiment pas été gentille.

- Tu sais quoi, Kyana ? Je crois que je ne voudrais pas savoir ce que tu dis de moi dans ta tête, lança James avec un large sourire étincelant.

Kyana lui sourit en retour avec moquerie.

- Sage décision…

Elle lui fit un clin d’œil et il rit avec les autres. Après tout, ce qu’elle pensait de James Potter n’avait absolument rien de mal… ne serait-ce du fait qu’il avait peut-être un peu trop de dents et pas assez de discipline capillaire. Mais ça ne le rendait que plus charmant.

- Mais, hey… qu’est-ce que tu voulais dire par les filles qui me fixent ? demanda Remus, après avoir brusquement cessé de rire, même de sourire.

Sirius émit un long sifflement.

- T’en as mis du temps, quand même.

Kyana se tourna vers Remus. Le pauvre garçon la fixait avec de grands yeux innocents, curieux et perplexes. Avec un sourire attendri mais néanmoins amusé, elle lui passa un bras autour des épaules. Les yeux dorés n’en devinrent que plus grands.

- Mon brave petit Remus… Tu n’as toujours pas compris ?

- Com… compris quoi ?

- Tu es une source inépuisable de fantasmes pour toutes les filles de la classe de Runes… Pour beaucoup d’autres classes… et, je m’avance, ici… mais peut-être aussi le feuillivore.

Remus avait maintenant une teinte rose vif et des yeux tellement grands que c’en était limite inquiétant.

- Toutes les filles ? demanda Peter.

Kyana se tourna vers lui et vit immédiatement à la lueur de ses yeux que l’emphase sur le premier mot de sa phrase n’était pas fortuite.

- Toutes.

De larges sourires moqueurs firent leurs apparitions et tous les Maraudeurs retournèrent à leurs besognes, laissant clairement loisir à Kyana de jauger de la réaction de Remus dans un semblant de tête à tête.

Ce qu’elle fit sans tarder.

Si ses yeux avaient repris une taille moins alarmante, son teint était toujours le même et il la fixait toujours. Mais Kyana n’arriva pas à mettre le doigt sur l’émotion qui émanait de son regard aussi perçant que brillant. Elle espérait que c’était bon signe. Mais il n’avait peut-être pas saisi le but de la question de Peter ni la réponse de Kyana. « Faudrait vraiment être obtus… »

Il reporta son regard sur les livres qui lévitaient devant ses yeux et, après s’être raclé la gorge, changea de sujet.

- Tu… euh… veux qu’on remette l’étude de ce truc-là à plus tard ? demanda-t-il d’une voix un peu plus rauque qu’à l’habitude.

Un brin déstabilisée, Kyana se reprit rapidement.

- Ouais, peut-être qu’avec un peu de recul, on y arrivera.

Sans songer une seconde à retourner dans son propre fauteuil, Kyana chassa le livre qu’elle avait apporté, le laissant retomber avec un « paf » sourd sur une table basse et opéra un accio sur celui qu’elle étudiait avant que Remus ne l’interpelle. Se calant le plus confortablement possible dans cette position, se décalant évidement vers Remus, son bras droit toujours autour de ses épaules, un pied sur l’assise, l’autre se balançant dans le vide, elle reprit sa lecture comme si de rien n’était.

Elle ne le regardait pas mais elle voyait très bien l’expression perplexe et stupéfaite de Remus. Il ne s’était fort probablement pas attendu à ce qu’elle reste perchée là. Il étudia le phénomène un moment avant de se remettre à son étude, un doux sourire aux lèvres. « Bah tu vois, il est content ! » Ou il se moquait subtilement de Kyana… « Tu m’énerves… » Ce n’était pas impossible. « Peut-être mais tu m’énerves quand même ! » Elle s’énervait elle-même, à vrai dire.

Ils étudièrent un moment en silence, sans bouger un muscle, à part ceux qui s’occupaient de tourner les pages de leur livre respectif. Kyana ignorait ce qui se passait dans la tête de Remus mais elle espérait qu’il n’était pas en train de chercher un moyen de se débarrasser d’elle. « Il sourit toujours. » Ouais… Peut-être que la situation ne lui déplaisait pas… tant que ça… « Ou du tout ? » Avec un peu de chance.

Alors bon, puisqu’elle était peut-être déjà en train de se tourner en ridicule, pourquoi ne pas continuer ?

Tout doucement, comme si c’était la chose la plus naturelle à faire, elle mit sa main droite en action. Délicatement, elle la fit glisser le long de son épaule. Puis, sans se soucier de la profonde inspiration que prenait Remus, elle se mit à fredonner d’harmonieuses notes aléatoires. Lentement, elle fit courir ses doigts sur son cou et sa gorge. Il resta figé un petit moment mais il fini par se détendre progressivement. « Bon, tu vois, c’est bon signe ! » Il ne protestait pas, certes, mais il était peut-être juste poli ! Il n’était pas si réceptif que…

Kyana venait de passer ses doigts derrière l’oreille de Remus et il s’était automatiquement penché vers elle avec un soupir terriblement satisfait. « Pas réceptif ? » Kyana était occupée à être heureuse, là ! Pas le moment de la narguer… « Tu vas pas soulever qu’il aime peut-être juste être câliné par une fille ? » Nah ! Pas envie ! « Excellent ! »

Elle ne comprenait absolument rien à ce qu’elle prétendait être en train de lire. Elle savait qu’elle et Remus étaient épiés avidement par les Gryffondor qui, pour une fois, était d’une discrétion exemplaire. Elle savait aussi que son message était on ne peut plus clair et qu’il serait particulièrement difficile, même pour une personne aussi coincée que Remus, de croire que le comportement de Kyana était seulement amical. Surtout que le pied qu’elle avait posé sur l’assise du fauteuil s’était effrontément déplacé pour être le plus près de Remus qu’il était biologiquement possible de faire sans causer aucune douleur.

« Tu noteras qu’il existe des situation où ça ne l’embête pas du tout de se faire décoiffer… » La remarque d’Anyka fit remarquer à Kyana qu’elle avait la main profondément enfoncée dans les cheveux de Remus… et qu’effectivement, il semblait loin de s’en plaindre. Les caresses et les massages semblaient donc justifier une coiffure désordonnée. Kyana en était fort aise.

Très satisfaite et profondément heureuse de son activité actuelle, Kyana poursuivit ses caresses, sa chanson décousue et sa fausse lecture.

Elle n’osait pas vraiment le regarder, de peur qu’il se redresse brutalement et brise le moment. « Et de tomber en bas du fauteuil. » Aussi. Mais lorsqu’elle remarqua que sa tête penchait de plus en plus vers elle, elle tenta un regard en coin. Lui aussi avait apparemment du mal à lire et que ses yeux semblaient avoir une sérieuse envie de se fermer.

Il avait l’air content. Kyana était contente. Tout allait donc parfaitement bien.

Elle venait tout juste de recommencer à comprendre l’anglais lorsqu’elle sentit Remus bouger avec une souplesse et une subtilité étonnante. Puis, lentement… très délicatement, comme s’ils espéraient qu’elle ne s’en rendrait pas compte, cinq petits doigts tout doux et tout chauds s’enroulèrent autour de sa cheville.

Lorsque sa respiration reprit, lorsque son cœur recommença à battre, lorsque son nombril reprit sa place au milieu de son corps, Kyana réalisa que sans faire des caresses, les doigts de Remus n’étaient pas statiques comme sa main l’avait été. Ils avaient une étrange mobilité immobile mais ce fut suffisant pour apporter à la jeune Serdaigle un niveau de bonheur record.


Toute la journée du mercredi fut un brouillard total pour Kyana. À partir du moment où la main de Remus avait quitté sa cheville, qu’elle avait dit « bonne nuit » à ses amis, rien n’avait eu d’importance. Son retour à son dortoir, la nuit, les taquineries des filles puis des garçons de Serdaigle, le petit déjeuner puis le cours de botanique… Ces heures furent pour Kyana une sorte de moment intemporel, à la fois très rapide et horriblement long. Des minutes qui défilaient jusqu’au moment où elle allait à nouveau se retrouver avec Remus.

Si la brume se leva un peu au cours de Runes, car après tout, elle y était seule avec lui, ce ne fut pas encore suffisant. Surtout que Remus semblait aux aguets, surveillant les Poufsouffle femelles, qui le dévoraient des yeux, encore et toujours, et, avec beaucoup plus de vigilance, le Serpentard feuillivore.

Le repas du midi fut de nature inconnue et le temps ne fila qu’au rythme des pulsations de son cœur. Parfois très lent, parfois rapide, parfois arrêté.

Parce que lorsqu’elle avait quitté les Maraudeurs, la veille, à la croisée des chemins, Remus s’était attardé un moment. Il n’avait rien dit de plus qu’un simple « bonsoir ». Mais il l’avait regardé d’une façon si étrange, si franche que Kyana fut convaincue que le lendemain serait un jour crucial. Elle ne savait pas encore ce qu'il s’y passerait mais l’attente était insoutenable.

- Kyana, est-ce que ça va ?

Évidemment, il n’y avait que la voix de Remus pour la ramener sur le chemin de la réalité. Lorsqu’elle réalisa qu’elle était, à ce moment très précis, assise juste en face de lui, dans le Q.G. des Maraudeurs, elle retomba les deux pieds sur terre de façon brutale. « Et tu devrais vraiment songer à te faire examiner le cerveau. »

- La ferme…

- Oh ! Ça faisait un moment quand même ! s’exclama Remus, franchement ravi. Je commençais à craindre qu’Anyka t’ait abandonné.

- Que non ! Fais-moi confiance, elle est toujours là !

Elle fut gratifiée d’un sourire éclatant. Il semblait d’un naturel si honnête, aujourd’hui que Kyana en fut passablement choquée. Il était joyeux, ouvert et sans aucune réserve. Elle parvint cependant à ne pas le dévisager, mâchoire pendante, et à interagir normalement avec lui. Après tout, si quelque chose était sur le point de se passer, elle n’allait pas le traumatiser en se montrant aussi folle qu’elle l’était. « Ah, quand même. Tu es réaliste ! »

- Tu voulais faire quoi, aujourd’hui ? demanda-t-elle.

- Bah je sais pas… tu veux retenter le schéma ? demanda-t-il avec un sourire moqueur.

Elle poussa un grognement très peu élégant et il éclata de rire.

- Ouais, on peut bien…

Il lui sourit à nouveau et se mit à la recherche de son livre et du susmentionné schéma. Kyana extirpa son propre livre et le jeta sans ménagement sur la table, ce qui provoqua un ricanement. Puis elle se leva et se dirigea vers la salle de bain.

- Et je ne veux rien entendre à ce sujet ! lança-t-elle par-dessus son épaule.

Il referma la bouche et la fixa avec un air espiègle des plus adorables.

Lorsqu’elle revient, il avait installé les deux livres ouverts devant lui. Plus ravi qu’elle ne voulut l’admettre et encore plus qu’elle ne le laissa paraître, Kyana s’installa juste à côté de lui.

Pour la seconde fois, il provoquait le rapprochement. Elle n’allait pas s’en plaindre mais aurait apprécié que son nombril ne le prenne pas aussi personnel.

- C’est risqué que tu me tapes dessus d’agacement mais je me suis dit que ça irait mieux comme ça, dit-il simplement avec un sourire narquois.

Elle lui fit une grimace et lut, pour la cinquième fois « quatrième fois et demi, t’avais pas terminé la dernière, hier » le descriptif du schéma.

- Tu sais, j’en viens à me demander si c’est vraiment le texte qui va avec, dit-elle, sourcils froncés, une fois qu’elle eut terminé.

Il éclata de son rire joyeux.

- Mais si, voyons ! C’est juste… pas très clair. Surtout que jamais il ne songe à mentionner à quoi peut bien servir son schéma.

- Il l’ignore peut-être…

Remus se tourna entièrement vers elle, le coude sur le dossier de sa chaise, tout sourire. Troublée, bien que ravie, de sa gaîté si inhabituelle, Kyana se concentra sur l’examen de son livre.

- Hey, c’est une éventualité. Faudrait le lui demander !

- Pourquoi pas ! Tu veux qu’on lui écri… Oh… C’est dommage, il est légèrement décédé depuis… 128 ans, selon sa bio, rétorqua Kyana en étudiant le dos de son livre.

- Ah ouais, ça sera difficile.

- Mais pas impossible ?

- À cœur vaillant, rien d’impossible !

Kyana roula les yeux mais rit tout de même. Ça faisait un moment qu’elle ne l’avait pas entendu sortir une de ses phrases de Sage des Montagnes Tibétaines. Elle releva la tête vers lui pour le lui faire remarquer et mais s’arrêta lorsqu’elle croisa son regard.

Subitement, le schéma compliqué et la grande philosophie furent relégués au second plan. Toutes traces d’amusement disparurent progressivement de son visage jusqu’à ce qu’il en soit à la fixer sans ciller, avec une concentration sans faille. Ses yeux étaient rivés à ceux de Kyana, semblant chercher une réponse au plus profond de son âme. Kyana était dans un état au-delà des mots. Même si elle avait voulu, elle aurait été incapable de bouger. Si l’énergie était différente de celle échangée lors de leur premier regard, dans la Grande Salle, l’intensité était la même. Elle avait été troublée, ce jour-là, mais la distance qui les séparait avait évité à Kyana la perte de conscience. Il y avait aussi eu l’effet de nouveauté. Elle n’avait encore jamais vraiment vu ses yeux alors l’excitation de la découverte avait joué pour beaucoup. Aujourd’hui, elle connaissait les yeux de Remus. Elle savait les nuances qui pouvaient y apparaître. Elle les comprenait presque toutes. L’expression qu’ils avaient maintenant en était une qui lui échappait mais qui ne manquait jamais de faire s’affoler son cœur. Et à quelques centimètres à peine de lui, ses iris immobiles, brillant d’un éclat étrange si vif et hypnotique, qui scrutaient les siens étaient à la limite du supportable pour la santé mentale de Kyana.

Elle ne sut pas exactement combien de temps ils se fixèrent sans bouger mais elle se souvint, et se souviendrait sans doute jusqu’à la fin de ses jours, du moins, elle en était convaincue, du fait qu’il fut le premier à faire un mouvement. Et c’est précisément ce mouvement qui amorça le moment crucial. Ce fut bref et vif, une simple inclinaison des yeux. Quelque chose de très anodin qui avait pourtant toute l’importance du monde. Remus venait, pour une fraction de seconde, de regarder la bouche de Kyana Wald.

Tandis qu’Anyka enfilait son chapeau de fête et attrapait sa bouteille de champagne, Kyana leva légèrement le menton. Remus tourna la tête de côté et glissa doucement en avant. Il prit une profonde inspiration puis, avec une certaine brusquerie, se leva et se dirigea vers la cuisine.

- Tu veux une bièraubeurre ?

Le cerveau de Kyana, qui avait cessé de fonctionner, ne comprit pas immédiatement ce qui venait de se produire. Il y avait deux hypothèses. Soit elle était en train de visualiser ce qu’elle craignait qu’il puisse se passer soit Remus venait effectivement de se lever pour aller chercher à boire. Toute engourdie, elle cligna des yeux et chercha Remus.

Il était bel et bien en route vers le frigo. La seule chose positive à sa direction actuelle, c’est qu’il lui tournait le dos et ne pouvait donc pas juger de son air hébété. En revanche, il était possible qu’il eut entendu le bruit de son cœur qui tombait sur le sol, dans un horrible son gluant.

Qu’avait-il bien pu se passer ? Est-ce qu’elle avait mal interprété la situation ? Est-ce qu’elle avait été trop optimiste ? Est-ce qu’elle était vraiment cinglée ? « Est-ce qu’il se fout de ta gueule ?! »

Peut-être… peut-être pas… mais c’était terminé.

- Okay ! Okay ! J’abandonne !

Kyana leva les mains au ciel avant de laisser tomber sa tête sur la table. C’était tout ce qu’elle pouvait faire. Elle savait que sa voix avait été tellement chavirée qu’elle avait été plus inquiétante que ses mots.

- Quoi ? Tu abandonnes quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il vivement.

La sollicitude de Remus était tellement sincère que Kyana ne put retenir un rire amer. Évidemment, le si sympathique Lupin venait à la rescousse de son amie… Elle ne voyait cependant pas comment il aurait pu parvenir à l’aider.

Elle jugea qu’elle devait peut-être lui fournir une explication. Parce que elle, elle croyait que c’était important de ne pas laisser ses amis dans l’incompréhension, contrairement à d’autres élèves de l’école, dont un aux yeux gris et un aux yeux dorés !

- J’abandonne. Je ne pense pas pouvoir faire plus. Honnêtement. Je ne pensais même pas arriver à faire tout ça. Je savais bien que ça ne servirait à rien mais je me suis tout de même surprise à espérer…

Désespérée, elle ne releva même pas la tête. Elle savait qu’elle disait sans doute ce qu’il ne fallait pas dire mais… sa limite était vraiment atteinte. Les yeux fermés, elle attendait avec appréhension le moment de son humiliation totale face à Remus Lupin.

- Kyana ?

- Mais quand même, Remus… Je sais bien que tu es tout gentil, sensible et délicat mais tu ne penses pas que ça aurait été mieux de ne pas me laisser me rendre si loin ? De ne pas m’obliger à me ridiculiser ? Que ça aurait nettement plus simple pour tout le monde de me dire que tu n’étais pas intéressé ?

- In… intéressé par quoi ?

Elle ouvrit vivement les yeux et leva brusquement la tête. Elle le fusilla du regard, ce qui le prit par surprise.

- Ne fais pas l’idiot ! Tu ne peux pas ne pas avoir compris !

- Compris… compris quoi ?

La colère monta en elle si rapidement que la tête lui tourna. Ça ne l’empêcha pas de se lever et de se redresser, bien droite, le fixant droit dans les yeux.

- Remus Lupin !

Sa voix avait claqué comme un fouet et elle ponctua son nom d’un coup sur la table. Il sursauta et recula, se repliant un peu sur lui-même.

- Je t’interdis de dire que tu n’as pas compris ! Je refuse que tu n’aies pas compris ! C’est inadmissible que tu n’aies pas compris ! Tu as forcément compris et tu fais semblant de ne pas avoir compris pour ne pas avoir à t’expliquer ! Tu as compris, Remus !

« Tu pourrais utiliser le verbe comprendre à la deuxième personne du singulier, passé composé de l’indicatif une fois de plus, tu penses ? » Vraiment pas le moment !

Tout en parlant, elle s’était approchée de lui. Elle savait qu’elle frôlait l’hystérie. Elle savait qu’elle parlait dix fois plus vite et fort que d’habitude mais elle s’en moquait.

Il la regardait avec désarroi, cherchant en vain une réponse dans le visage de Kyana. Si elle n’avait pas été en colère ou si elle n’avait été qu’une tierce partie à cette histoire, elle aurait vraiment eu un élan de compassion pour lui et aurait pris sa défense. Mais pour le moment, le désespoir de Remus n’était rien face à ce qu’elle pouvait ressentir.

Elle avait attendu un évènement exceptionnel. Apparemment, cet évènement était d’apprendre qu’elle avait lamentablement échoué. Et maintenant, il prétendait ne pas avoir compris ?!

Remus ouvrit et referma la bouche une bonne vingtaine de fois avant de regarder vers la fenêtre, comme si une réponse s’y trouvait. Puis il fit un pas vers elle, deux en arrière, trois en avant et s’arrêta. « Il danse bien, quand même… » Anyka !

- Mais… Kyana…

Sa voix était étranglée et Kyana se demandait si elle rêvait ou s’il semblait vraiment sur le point de pleurer. Elle était malheureusement trop en colère pour s’en inquiéter.

Elle fit un pas vers lui. Il entra la tête dans les épaules. Elle le fixa d’un air farouche et il soutint son regard avec beaucoup de difficulté. Elle l’étudia un bon moment avant de trouver la réponse qu’elle cherchait. Ce qui n’aida pas du tout son humeur.

- Tu as compris ! Mais tu ne veux pas l’admettre. Tu sais très exactement ce que je veux dire ! Mais tu ne veux pas y faire face !

Il ouvrit grand les yeux et redressa la tête. Son visage affichait à la voix la peur et une profonde douleur.

- Et tu as eu le front de me dire que ce n’était pas bien de jouer à l’autruche ? Eh bien mon cher, je vais te sortir la tête du sable !

Elle sortit vivement sa baguette de sa poche. Remus eut un mouvement de recul qui aurait été très amusant en d’autres circonstances. Mais Kyana ne comptait pas lui faire de mal. « Je dirais que tu lui en a déjà fait maiscen’estpaslaquestion… » Exactement !

Les dents serrées, elle activa sa baguette.


Son sac sur l’épaule, elle filait avec raideur jusqu’à la salle de bain la plus proche. Elle était sorti en trombe du Q.G., y abandonnant un Remus totalement dépassé par les évènements.

Une fois qu’elle eut passé de l’eau sur son visage, la culpabilité et la honte prirent la place de la colère. La culpabilité d’avoir été si méchante avec Remus, son si cher Remus. Après tout, ce n’était pas sa faute s’il ne l’aimait pas. Il était tellement joyeux, en plus, juste avant qu’elle ne lui saute à la gorge. Ce n’était quand même pas comme si c’était un boute-en-train naturel !

Et la honte… Merlin, la honte !

D’un coup de baguette, elle avait fait pivoter le grand tableau réversible des Maraudeurs. Et c’est ce tableau que Remus regardait, d’une pâleur mortelle, quand elle était partie. Il relisait encore et encore ce qu’elle y avait écrit sur la surface vierge.

Remus Jason Lupin. Veux-tu être mon petit ami ?

Oui Non Peut-être
(Encercle la bonne réponse)

Kyana Wald – Serdaigle – cinquième année


Note de l’auteur : On a un grief contre puppy. On s’est fait prohiber l’utilisation du mot « tuque » parce que c’est trop québécois. C’est effectivement le cas. Et on essaie d’écrire dans un français international, mais si nous savons que nous ne réussissons pas toujours.

Mais un bonnet, peu importe le qualificatif, c’est pas joli comme image, au Québec. Alors nous nous excusons à tous les Québécois qui ont figuré Sirius avec la capine de Mère-grand, un bonnet de douche, un tit chapeau de moine médiéval, le bonnet de nuit d’Ebenezer Scrooge ou tout autre machin pas très inspirant.

Note de Padfoot : « couvre-chef », « coiffe », « chapeau », j'ai eu beau cherché, mais y'a rien qui faisait bien naturel dans ce genre de conversation et qui ne fasse pas penser à des parures du siècle avant-dernier (ouais, parce que le siècle dernier, vraiment, c'est là où se déroule l'action de cette fic...)

Quand les langues deviennent incompatibles, c'est un vrai casse-tête... Merci, les jums, de ne pas m'avoir arraché les griffes pour cette correction contre-québécoise.



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