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Circuits parallèles 3
En quelques pas, ils avaient rejoint un autre espace envahi d'ordinateurs encore en marche, à l'image de la salle où ils avaient rencontré Orseus. Sous eux, ils aperçurent une vaste chambre au centre de laquelle s'élevait ici aussi une colonne de cylindres de divers diamètres. Sam se précipita vers le mécanisme central et Cortinus la suivit :
- Un monte-charge encore ?
- On va pouvoir descendre, oui...
Bacchus n'avait pas bougé un cil et l'incompréhension se lisait désormais sur tous les visages. Quelqu'un osa enfin :
- Et vous êtes tout aussi suspect que nous, alors !
- J'assume, en effet, la charge du soupçon. Comme nous allons tous le faire, ajouta-t-il.
- Et qu'allons-nous faire pour trouver le coupable ?
- J'ai fait couper toutes les communications avec l'extérieur, les avertit Bacchus. Nous avons perdu le contrôle de SR-220, nous n'allons pas lancer de message à la Fédération.
Le conseil s'indigna comme un seul homme et il les laissa déverser leur doutes et leurs accusations à tort et à travers en les observant minutieusement. Quand enfin il se leva, il dut essuyer encore quelques attaques personnelles, avant que le silence ne regagne la pièce.
- La Fédération sera intriguée par l'absence de nos rapports quotidiens. Dans moins de deux heures, personne ici ne les aura contactés. Et ils ne pourront nous joindre, ils viendront. Nous serons alors en sur-effectif pour contrer cette invasion.
- Ca paraît fort bien pensé, lança un des conseillers.
- Si on part du principe que vous êtes des nôtres, Bacchus ! Rien ne nous dit que cela sert réellement notre cause d'attendre des heures encore avant l'intervention d'une aide extérieure !
Les autres semblaient réfléchir. Il poursuivit :
- Je ne peux pas croire que cette mesure soit la meilleure, actuellement !
- Ce n'est pas son seul but, lui répondit Bacchus, debout en bout de table, les mains à plat sur la matière froide et sombre. Si l'un de nous fait partie des Justes, il sera peut-être contacté par les siens par d'autres moyens que nos communications intérieures et il sera donc démasqué, instantanément.
Personne ne lui répondit, les regards se firent progressivement accusateurs, sans savoir pourtant qui désigner.
- Si l'un de nous reçoit une comm, ce sera son voisin de droite qui prendra l'appel. Et jusqu'à l'arrivée des renforts, nous ne bougerons pas d'ici. Prenez donc votre mal en patience, messieurs.
- Foutaise, jura l'un d'eux, bras croisés, sans rien ajouter de plus.
Samus et Cortinus, serrés dans le monte-charge qui descendait entre les cylindres, n'avaient plus dit un mot depuis les premiers mètres parcourus dans le vaste espace. Une brume légère voilait à peine les installations. A l'inverse de son homologue précédemment rencontrée, cette salle avait arrêté plusieurs équipes dans leur course. Samus sentit sa rage bouillir encore en elle lorsqu'elle aperçut mieux les corps qu'ils avaient détectés très tôt.
- J'en compte 7 de ce côté, souffla Cortinus, dépité. C'est affreux...
- Et 15 ici, murmura Sam, les sourcils lourdement écrasés sur ses yeux. Il en manque deux, pour ces deux équipes.
- Les deux Justes, tu penses ?
- Pfff, les lâches ! Ils ont décidé de nous exterminer ou quoi ?
Des corps qu'ils apercevaient entre les colonnes cylindriques émanait une fumée blanchâtre, signe que l'air était chargé en acide ou qu'une douche soudaine d'acide les avait surpris, la douleur subite les tuant sur le coup, tandis que leur corps commençait à peine à être rongé. Et ils étaient là, jonchant le sol et les reliefs de la salle, les vêtements brûlés, la peau dévorée de toute part, le sang répandu sur le sol métallique.
- On est protégé par cette vitre, tu crois, Samus ?
Elle ne répondit pas de suite, ravalant sa colère pour se concentrer sur la situation. Des hommes infiltrés dans chaque équipe, l'ordre de tous les exterminer. Ils ne pouvaient pas être les seuls survivants, tout de même. Il fallait monter une rébellion avec les survivants. Seule contre la centaine de Justes qui circulaient dans le complexe, que pourrait-elle faire ?
Lorsqu'elle croisa le regard de son compagnon, elle hocha le menton :
- On n'est plus dans le circuit classique, je pense. Les portes d'accès à l'étage étaient trop bien dissimulées.
- Ca veut dire quoi ?
- Qu'on a infiltré une section du complexe où travaillent des chercheurs. La plante était sûrement un test pour une prochaine salle piégée, quelque part dans l'épreuve !
- Et il vaudrait mieux rejoindre le parcours, alors, non ?
Alors que leur ascenseur rejoignait le sol de la pièce, ils se turent, se préparant à affronter l'atmosphère mortelle. Le mécanisme ne s'arrêta pourtant pas et ils s'enfoncèrent dans le sol. Cortinus poussa un soupir et cela fit sourire Sam :
- Bien heureux de ne pas affronter cet air vicié !
- Ca confirme ce que je pensais, nous parcourons le dédale de pièces, mais par la partie décor !
- Plus aucun piège, donc ?
- Ca...
Entre les immeubles qui bordaient son chemin, Adam aperçut celui dans lequel vivait Samus. Il longea la décharge et se posa non loin. La nuit précédente, ici même, elle avait failli perdre son pass. Et avec lui, ses espoirs... Ceux de Sam ou les siens ? Il secoua la tête en observant les alentours. Une femme tirait un enfant par la main en le sermonnant pour ne pas faire tant de manière. « Il faut rentrer, vite » répétait-elle. Un peu plus loin, un homme pressait le pas. Adam se rendit compte que la vie s'était comme arrêté sur SR-220. Le peu de civils qui vivaient sur le bout de rocher était essentiellement des employés de la Fédération qui travaillaient au centre de formation de la garnison ou à l'entretien du complexe. Avec toute cette agitation dans les entrailles de l'astéroïde, il en avait presque oublié la population... Les rues désertes auraient dû lui mettre la puce à l'oreille, mais il était trop absorbé par le devenir de sa jeune protégée. La veille, il lui avait donné les moyens de participer pour arriver dans les premiers. S'il avait su...
Adam enfourcha sa moto et repartit en trombe. S'il avait su ? Il aurait agi de même, il la savait forte, même si pas toujours réfléchie. Il avait confiance. Elle pourrait être le grain de sable dans les calculs de ces intrus...