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PROLOGUE
Quand Cloud lui porta le dernier coup, Séphiroth s’éveilla. Il sentit l’esprit de Jénova exploser en une pluie d’étincelles rouges. Enfin, après cinq ans de servitude et de mensonges, il retrouvait le contrôle de son propre corps… pour le reperdre aussitôt. La vie le quittait, aussi sûrement que son sang s’écoulait hors de son être… Tant mieux. Que cela s’arrête, pour toujours.
Il se retrouva au cœur de la Rivière de Vie mais étrangement, il était encore conscient : son esprit ne se dilua pas dans le flux incessant qui maintenait l’unité de la Planète. A peine eut-il le temps de se demander pourquoi que les flots de la Rivière se concentrèrent en face de lui, formant une masse tout d’abord indistincte puis de plus en plus précise. Enfin, le guerrier se trouva devant une femme d’une incroyable beauté : un visage à l’ovale parfait encadré d’une cascade de boucles vert sapin, une peau diaphane, d’un vert très pâle. Sa bouche avait une exquise coloration turquoise et ses yeux dépourvus de pupilles étaient deux émeraudes rehaussées d’éclats d’or et bordées d’une rangée de longs cils soyeux. Son corps aux jambes interminables, aux courbes généreuses, était voilé par les entrelacs mouvants que formait la Rivière de Vie autour d’elle. Et lorsqu’elle parla, ce fut d’une voix mélodieuse qui s’accordait parfaitement avec le reste de sa personne :
– Que fais-tu ici, mon enfant ? Ce n’est pas l’heure de mourir.
Séphiroth revint de sa stupeur et haussa les épaules.
– Bien sûr que si. Cloud m’a tué.
Une indicible tristesse envahit le regard étrange de la femme.
– Quelle pitié ! Tu n’as même plus la volonté de vivre… Alors elle y est quand même parvenue.
– De qui parlez-vous ?
– De Jénova. Non content de contrôler ton corps, elle t’a aussi pris ton âme…
– C’est faux ! cracha-t-il entre ses dents serrées. Elle était trop forte pour moi, mais mon esprit est resté conscient tout le temps – même si j’aurais parfois préféré le contraire. Je n’ai pas vendu mon âme à… à ce monstre.
En son for intérieur, il se demandait bien pourquoi il lui racontait tout cela. C’était comme si les mots s’échappaient de sa gorge sans qu’il puisse les retenir. Lui le fier, le grand Séphiroth… avouant ses faiblesses devant un autre être vivant…
– Mais tu n’as pas été capable de l’affronter. D’ailleurs, qui t’en blâmerait ? (Un voile de chagrin obscurcit à nouveau les prunelles sans pupilles.) Jénova n’était pas appelée « la Calamité des Cieux » pour rien… Ceci dit, j’ai une question à te poser.
Séphiroth plongea ses yeux verts dans ceux de la femme.
– Quelle est-elle ?
– Es-tu prêt à mourir ? Réfléchis bien : est-ce que, au fond de ton cœur, tu es vraiment décidé à en finir une bonne fois pour toutes avec la vie ?
– Que voulez-vous dire par là ?
– N’as-tu pas l’impression d’avoir… manqué certaines choses dans ton existence ?
Manqué certaines choses ?… MANQUE CERTAINES CHOSES ? Il éclata de rire, de ce rire silencieux et inquiétant qui secouait tout son corps.
– Que voulez-vous que je vous dise ? « Oh oui, par pitié, renvoyez-moi, je veux avoir une maman, un papa, des amis ! Je veux me marier, avoir des enfants ! » railla-t-il d’une voix faussement suppliante.
Le regard qu’elle lui lança voulait très clairement dire « Pourquoi pas ? », mais elle répliqua sèchement :
– Ou bien tenter de réparer les erreurs que tu as commises ?
Cette répartie cinglante le calma instantanément. Ses épaules s’affaissèrent et il murmura :
– De toute façon, mon avis a-t-il une importance ?
– Oui, répondit-elle doucement. Si tu veux mourir, je peux t’exaucer.
– Connaîtrai-je la paix ? demanda-t-il, une lueur d’espoir dans les yeux.
Elle se détourna.
– Personne ne peut le dire.
Il poussa un soupir appuyé et déclara :
– Très bien. Alors renvoyez-moi.
Elle leva vers lui des yeux brillants de larmes.
– Cela ne me fait pas plus plaisir qu’à toi, Séphiroth.
– C’est ça. Allez, renvoyez-moi. Il faut que je « répare mes erreurs », n’est-ce pas ? Alors allons-y. J’ai juste une petite question : Comment vais-je m’y prendre pour ressusciter tous ceux que Jénova a tués ? Sans compter ceux que j’avais éliminé avant…
Elle secoua tristement la tête.
– Il n’y a aucun moyen, hélas. Tu vas devoir trouver une autre manière de te racheter.
– Formidable, prononça-t-il avec ironie. Je ne voudrais simplement pas mourir avant d’avoir pu expier toutes mes fautes… Ce qui, techniquement, me condamne à l’immortalité, ajouta-t-il, un sourire amer aux lèvres.
– Ne sois pas si dur envers toi-même. Tu n’as été coupable que de faiblesse.
– Une faiblesse, oui. Qui a failli détruire la Planète.
Elle soupira à son tour. Il aurait pu faire un grand acteur dramatique… Il en avait reçu les cours toute sa vie.
Il ne lui restait qu’une chose à faire. Elle s’approcha de lui et posa sa fine main sur la poitrine du guerrier, juste au niveau du cœur. Séphiroth sentit une effroyable douleur le transpercer pendant quelques secondes et, durant de laps de temps, sa vision se troubla. Il crut apercevoir – mais n’était-ce pas seulement un tour de son imagination ? – deux grands yeux verts dépourvus de haine, quelques longues mèches auburn, un doux sourire flottant sur des lèvres mutines…
Elle retira ses doigts. Un symbole rayonnant marquait la poitrine de l’homme. Elle éleva alors les bras comme la Rivière se concentrait sur lui. Et pour ne pas voir son regard quand elle le renvoya là bas, elle ferma les yeux.
Lorsqu’il eut disparu, une larme s’échappa de ses paupières toujours closes.
– Tu vas encore souffrir, Séphiroth. Mais j’espère que tu trouveras aussi le bonheur…
* * *
– C’est fait ?
La nymphe de Rivière, encore sous le choc, se contenta d’acquiescer d’un lent hochement de tête. Elle semblait perdue dans ses pensées.
– Si tu avais vu son visage, dit-elle, lorsqu’il a compris qu’il n’avait pas le choix… C’était un véritable crève-cœur de le renvoyer. La détresse, la culpabilité, et même une tentative de haine à mon égard…
– Je le sais. Crois-tu que cela me réjouisse ?
– Mais pourquoi ? Il a déjà tellement souffert, pourquoi faut-il qu’il retourne encore dans le monde des vivants ?
– Parce que le monde des vivants va avoir besoin de lui d’ici peu de temps. Crois-moi, j’aurais vraiment aimé l’accueillir au cœur de la Rivière, lui offrir cette paix qu’il cherche depuis si longtemps… Mais son destin ne s’est pas encore accompli.
– Si son destin est de souffrir toute sa vie, alors il vaut peut-être mieux qu’il ne s’accomplisse pas ! déclara la nymphe avec colère. Puis, se rendant compte qu’elle était allée trop loin :
– Pardon. J’oubliais que tu n’y es pour rien, Aeris.
– Ce n’est pas grave. Je sais que tu n’aimes pas voir souffrir les gens. Mais c’était nécessaire.
La nymphe poussa un long soupir.
– Espérons-le…
* * *
Shiku se releva péniblement et massa ses lombaires endoloris. Ses rhumatismes la torturaient de plus en plus. Elle jeta un regard à la pile de bois à côté de l’âtre et soupira profondément. Il fallait qu’elle aille chercher du combustible si elle voulait passer la nuit tranquille.
Elle drapa son vieux corps dans une fourrure et ouvrit la porte. Un vent glacial se glissa dans la maison. Elle se ravisa et revint prendre une seconde fourrure avant de sortir peiner dans la neige en direction de la forêt.
Elle ramassait son bois depuis un petit moment quand, en remuant un monticule de neige, elle découvrit une main. Elle s’en approcha avec précautions : la main était bleue. Shiku déblaya la neige qui recouvrait un corps nu, élancé mais admirablement musclé, à la chevelure d’une étrange couleur blanc argenté. Quelle pitié ! Un si bel homme… Elle pensa à son fils, part rejoindre le SOLDAT quelques années auparavant. Sans grand espoir, elle chercha la pouls. Quelle ne fut pas sa surprise de sentir sous ses doigts un battement, très faible certes mais réel. Elle se demanda brièvement comment il en était arrivé là, mais l’heure n’était pas aux interrogations. Elle lança un long sifflement modulé. Aussitôt, un grand chocobo blanc fit son apparition, qui poussa de sa tête la main de la vieille femme, mendiant une caresse. Elle passa distraitement les doigts dans ses plumes puis, avec une force surprenante pour son âge – et quelques gouttes de sueur –, elle souleva l’homme, le déposa sur le dos du chocobo agenouillé et le couvrit d’une de ses fourrures. Elle accrocha ensuite le bois qu’elle avait ramassé aux lanières du harnais et repris le chemin de chez elle.
De retour à sa demeure, elle raviva le feu et allongea son visiteur sur le lit de la chambre d’amis – elle avait tenu à garder cette pièce, même si elle n’avait plus d’amis depuis longtemps. Elle le couvrit légèrement et alla à la salle de bain faire couler un bain tiède pour le réchauffer en douceur. Puis elle revint dans la chambre et, avec l’aide du chocobo blanc, traîna le corps inanimé jusqu’à la baignoire pour le plonger dans l’eau. Elle avait perdu trop de personnes qui lui étaient chères pour laisser même un inconnu mourir.
* * *
La lourde hache s’abattit sur la dernière bûche. L’homme s’essuya le front du revers de la main, repoussant les longues mèches argentées qui se collaient à son visage. Il ramassa les morceaux de bois et les empila sur le côté de la cabane.
Shiku, assise sur une chaise à l’entrée de la maisonnette, lui tendit une cruche d’eau et une serviette pour essuyer son torse ruisselant de sueur. Puis elle parla :
– Ecoute-moi bien, mon petit. Je suis une vieille femme et je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre. Une semaine, un mois, un an… guère plus.
A ces mots, Séphiroth fronça les sourcils. Elle était vieille, certes, mais si forte, si énergique… Elle ignora sa réaction et continua :
– Mon très cher fils, qui a disparu lors d’une mission pour le SOLDAT, aurait ton âge… et je te remercie d’avoir tenu son rôle pendant ces quelques semaines.
– C’est plutôt à moi de te remercier, coupa Séphiroth. Tu m’as sauvé la vie. Sans toi, je serais mort de froid…
Elle posa une petite main parcheminée sur la sienne, grande et forte.
– Tout ceci pour te dire qu’à ma mort, tu pourras disposer à ta guise de cette bicoque, de Zéphyr (en entendant son nom, le chocobo blanc qui paissait non loin de là releva la tête et émit un gloussement) et du reste de mes affaires.
Séphiroth resta silencieux, se contentant de hocher la tête. Shiku lui étreignit la main.
– Je t’aime, mon petit. Comme le fils que j’ai perdu trop tôt. Trop tôt…
Elle écrasa une larme de sa main libre, puis :
– J’aurais aimé qu’il devienne un grand soldat comme toi. Même si tu es parfois un peu… sauvage.
Il détourna le regard, quelque peu gêné par cette démonstration d’affection débordante. Elle renifla une ou deux fois, puis sauta de sa chaise et trottina à l’intérieur de la maison sur un :
– Bon, c’est pas tout ça mais tu dois avoir faim, non ? Couper du bois, ça creuse…
Séphiroth la suivit en soupirant. Jamais il ne s’habituerait à ses revirements d’humeur.
Trois jours plus tard, elle s’éteignit dans son sommeil. Le guerrier la trouva un matin, un léger sourire aux lèvres, couchée dans son lit comme pour une de ces siestes qu’elle aimait faire après le repas de midi.
Il la vêtit de ses plus beaux habits, éleva un bûcher non loin de la maisonnette et procéda à la crémation. Il se souvenait avoir lu dans sa jeunesse un livre qui traitait des coutumes funéraires des peuples anciens, et avait eu envie de lui rendre un dernier hommage. Il enterra ensuite ses cendres au pied d’un grand chêne, pour qu’elle retourne à la terre nourricière.
Puis il emballa quelques affaires, enfourcha Zéphyr et partit sans un regard en arrière.
~ ~ ~
NOTES : Bien bien, alors tout d’abord, JE SAIS que beaucoup pensent que Séphiroth n’est pas sensé être manipulé par Jénova, qu’il est vraiment horrible, schyzo et heureux de l’être, que c’est un tueur sans pitié, etc, etc. Donc si c’est votre avis, inutile de m’écrire pour me rappeler que je viens de dénaturer de manière immonde le meilleur méchant de toute la création : je sais.
Cependant, après avoir lu toutes ces fictions où notre ami Séphy était un salaud fini mais qu’il s’en repentait avec forces larmes et cauchemars une fois que papa Vincent venait le reprendre en main (Désolée Angie, cette dernière partie est un peu inspiré du Chaos… C’est parce qu’elle est suuuper bien ta fic ! ^_^;;) j’ai eu envie de changer un peu. Et puis c’est surtout parce que j’aime beaucoup les beaux méchants mais que j’aime encore plus les beaux méchants pas vraiment méchants (avec 1 touche de mélancolie… romantique à mort, la fille) genre Folken (dans Vision d’Escaflowne – l’anime, pas le manga !), Hyunkel (dans Fly), Aoshi (dans Rurouni Kenshin) et bien sûr le Beau Méchant-Pas-Méchant Suprême : Saga (dans Saint Seiya). Parce que je suis une partisane farouche de la thèse de la possession par Arès. Non mais.
Revenons z’à nos moutons et surtout à Séphy-sama. Bref voilà, si vous n’avez pas encore compris que c’était Jénova qui le manipulait à ses propres fins, ce qui, il faut le reconnaître, est quand même assez plausible, je ne peux pas faire grand-chose pour vous, si ce n’est vous le répéter : c’était Jénova qui le manipulait à ses propres fins, et il fait reconnaître que c’est quand même assez plausible, non ? Si z’êtes pas d’accord, écrivez-moi : . Et pi pour l’idée même de le ressusciter, c’est que quand j’ai dû le tuer pour finir le jeu, j’étais vraiment déprimée… snif… Et je pense qu’il y a beaucoup de jeunes filles qui sont dans le même cas que moi (n’est-ce pas, Deedo ?) Bien sûr, Séphy paraît un peu amer dans cette intro, mais si on essaye d’imaginer la vie qu’il a pu avoir, même avant de rencontrer sa « mère », c’est pas vraiment joyeux… On comprend qu’il n’ait pas envie d’y retourner. Mais en fait, il n’a pas le choix : c’est sa « destinée ». La nymphe balance entre la pitié qu’il lui inspire et la nécessité de lui faire comprendre qu’il doit revenir à la vie, c’est pourquoi il semble un peu qu’elle souffle le chaud et le froid…
Concernant Aéris, comme c’est la dernière des Cetras, j’en ai fait une sorte de guide spirituel dans la Rivière de Vie… Son rôle se précisera dans les chapitres à venir, de même que celui de la nymphe de Rivière dont je ne dévoilerai pas le nom paske ce serait un GROS SPOILER !!! Celle-ci est une manifestation de la Rivière de Vie pour pouvoir plus facilement communiquer avec Séphiroth… et aussi pour d’autres choses ! Mais je ne dirai pas quoi !! Niéhéhé ! Petit rire piqué à Heero dans les dernières pages du manga Gundam Wing, © son auteur (je sais plus qui c’est ^_^;;) Ceux qui ont lu sauront de quoi je parle.
Au fait, piti…
Disclaimer : Les persos de FF7 ne sont pas à moi mais à Square Soft, par contre je suis propriétaire de la nymphe-qui-n’a-pas-de-nom, de Shiku, de Zéphyr et de tous les personnages originaux qui apparaîtront ici. Je ne retire aucun bénéfice pécuniaire ou matériel de cette fiction, so don’t sue me plize.
Maintenant que c’est fait, profitez-en, je ne le referai pas à chaque chapitre. Pas que ça à faire, moi.
Cette intro était vraiment super courte, même dans Ombre et Lumière je n’ai pas fait de chapitres aussi courts… Quoi que si, peut-être. Les chapitres suivants seront plus longs, promis. Et j’essaierai de faire les notes plus courtes, aussi (c’est pas gagné…)
Vaaalàààà, je crois que c’est fini, alors à +.
En fait non, c’est pas tout, parce que j’ai rajouté le passage avec Shiku. Je comptais à l’origine en faire un chapitre à lui tout seul, mais je me suis dit que c’était vraiment trop court, et comme j’étais aussi à cours d’inspiration, et ben j’ai décidé de le rajouter à l’intro. Je m’excuse pour ceux qui trouvent ce passage un peu nul, mais j’avais déjà commencé la suite (chapitre 1 & Co.) et je n’étais pas du tout motivée pour l’écrire. M’alors, pas du tout. Du coup, je l’ai peut-être un peu bâclé. Gomen, mais comme ça mon intro fait une page de plus… D’ailleurs, je le réécrirai sûrement, quand j’en aurai le courage. C’est pas gagné…
Bon cette fois, c’est vraiment fini. C ya.
Alake.