On attaque enfin les choses sérieuses : Legolas entame son récit.
Naturellement, comme d'habitude, rien ne m'appartient, ni lieu, ni
personnage, ni situation, rien, quoi.Quoique, le récit de Legolas.fortement
inspiré par un autre - cf notes -, mais a priori, original. Bah, on
chipote.
Attention, certains risquent d'être choqués ;) : Thranduil n'est absolument
pas un père atroce, cruel, violent, etc. Ca fait drôle, hein ?
En prime, une apparition - extrêmement brève, hein - de Glorfindel, en
guest-star, et pas dans son rôle habituel.
Enjoy, et les reviews sont plus que bienvenues.
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Legolas examinait la haute Porte de Minas Tirith. Reforgée à neuf par les
artisans Nains de la Montagne Solitaire, elle brillait de mille feux dans
le soleil du soir ; au milieu des deux panneaux de bois et d'acier, deux
images de l'Arbre du Gondor en or et mithril scintillaient, attirant le
regard et l'émerveillement. Legolas, tout elfe sindarin qu'il fût, ne
pouvait qu'être impressionné par le savoir-faire des Enfants d'Aulë(1), qui
avaient su marier dans cette ?uvre la farouche efficacité du bois et de
l'acier, en de fières défenses, et la beauté du métal finement forgé.
_Joli travail, laissa-t-il échapper avec un léger sifflement.
_N'est ce pas ! s'écria Gimli en se frottant les mains. Les meilleurs
artisans d'Erebor, mon ami, au service du roi Elessar ! Je souhaite de tout
c?ur que ce pays ne connaisse pas de nouvelle guerre, mais, en vérité, les
ennemis du Gondor se briseront longtemps sur cette Porte avant de pouvoir
pénétrer dans la citadelle des Hommes.
Minas Tirith. Legolas aimait cette cité, certainement ; la cité de Gondor ;
celle de son ami, Elessar. Une belle ville, dans le style númenoréen,
puissant, et néanmoins non dépourvu de grâce.
Et pourtant.Ces murs blancs. Les montagnes au delà, le fier Mindolluin.
Tumladen. Ces sept niveaux, sept portes.Cette Porte surtout. Les deux
arbres, or et argent. Belthil et Glingal d'antan.
Legolas s'en étonnait, avec une surprise presque douloureuse. Comment Gimli
avait-il pu.savoir ? quelle étrange intuition avait-elle présidé à sa
création ? L'elfe ne pouvait le concevoir, mais la coïncidence le
troublait. Rappelant trop de souvenirs - mémoires malheureuses, ou trop
heureuses pour que leur perte ne soit pas sans souffrances.
Legolas poussa un imperceptible soupir, et pénétra dans la Cité Blanche,
alors que dans un grondement, les deux panneaux de la Porte étaient
repoussés vers l'arrière et s'ouvraient tout grand. Les deux amis, elfe et
nain, se dirigèrent sans hâte vers la partie supérieure de la cité, où
résidait le roi Elessar - et leur ami Aragorn.
Elfe et Nain pénétrèrent dans le Palais des Rois, et se firent annoncer.
Peu de temps après, Aragorn en personne vint les accueillir, et ils
passèrent un après-midi de discussions. Après un dîner pris dans une salle
du palais, le roi Elessar, son épouse Arwen et leurs amis Legolas et Gimli
se retrouvèrent sur une terrasse isolée de Minas Tirith, haut sur le
Mindolluin, abritée du vent par les pentes de la montagne, et où la
dernière chaleur de l'été s'attardait avec douceur sous un ciel étoilé ;
là, une petite étendue plane surplombait la Cité Blanche du Gondor et les
champs du Pelennor, séparée d'un précipice impressionnant par un bas - mais
épais - muret de pierre, à hauteur de taille ; la présence de la montagne,
massive et proche, avait de quoi rassurer le Nain ; les deux elfes
pouvaient trouver tout leur plaisir sur cette terrasse couverte d'herbe,
ombragée par quelques arbres, où un petit ruisseau de montagnes, frais et
vif, trouvait sa source. Quant à Aragorn, il jouissait d'une vue pour le
moins spectaculaire sur une vaste part de son royaume, et sur sa plus belle
ville.
Vue que Legolas, accoudé au muret, contemplait avec émerveillement - il
avait pensé, étant jeune, qu'il ne pourrait trouver d'étonnement dans les
merveilles du monde passé un certain âge ; plus tard, vieillissant, il en
avait contemplé tant qu'il avait pensé en être rassasié ; mais, finalement,
il se rendait régulièrement compte de son erreur, surtout ces derniers
temps, tombant en arrêt comme un enfant stupéfait et ravi devant de
nouveaux sujets de surprise et joie ; et la Mer n'était pas le moindre des
objets de sa stupeur.
_Votre royaume est décidément d'une grande beauté, constata-t-il dans un
murmure.
Aragorn sourit.
_Mais il me semble qu'un certain Maître Nain ici présent et vous même avez
admiré quelques autres splendeurs de la Terre du Milieu, récemment. Il
serait temps de nous faire l'honneur d'un petit récit, sans doute. Eh bien,
qu'avez vous pensé des Cavernes Scintillantes d'Aglarond, pour commencer ?
Avec un bel ensemble, Legolas et Gimli répondirent respectivement un
"Abominable" et "Fantastique" plein d'entrain, avant d'échanger un regard,
et d'éclater de rire, rejoints dans leur hilarité par Aragorn et Arwen.
_Je pense n'avoir pas à demander votre avis concernant Fangorn, supposa
Aragorn avec un sourire. Disons qu'il doit suffire d'inverser vos réponses.
Legolas et Gimli sourirent. Puis, à la prière de leurs hôtes, chacun se
lança dans un récit plein d'enthousiasme - ponctué régulièrement par
quelques grognements et marmonnements de l'autre - de leur voyage. Puis
leur conte s'acheva, et le silence s'installa, non pas porteur de malaise,
mais paisible, discrètement empli par la faible et lointaine rumeur de la
ville, interrompu de temps à autre par le chant d'un oiseau.
Puis Gimli reprit la parole, s'adressant à l'elfe allongé sur l'herbe, la
tête posée sur ses mains croisées, alors que ses hôtes et le Nain lui même
étaient assis sur des bancs de pierre ouvragée.
_Il me semble me souvenir à présent, Maître Elfe, d'un certain récit que
vous deviez me conter. Certainement vous pourriez le faire à présent, à
portée d'oreilles d'Aragorn et de la Reine Arwen ?
Legolas fixa un temps le ciel étoilé déployé au dessus de lui, envahi par
la masse sombre du Mindolluin, dont la tête sombre était néanmoins
couronnée de sept étoiles de la Valacirca.(2)
_En effet. Autant commencer mon conte.
L'elfe ne savait guère où commencer son conte, en réalité. Il prit le temps
d'une nouvelle pause, cherchant ses mots. Puis la solution lui vint, simple
et évidente.
_Autant commencer par le début. Comme je l'ai dit à Maître Gimli, je suis
vieux. Oui, vieux, Aragorn. Plus vieux que vous ne le pensez. Plus que vous
vous le figurez, même, Arwen, quoique je sache que cela ne paraisse guère,
ni dans mon visage, mon allure, ou mon attitude. Mais j'ai vécu longtemps.
En vérité, nombreux sont ceux qui sont nés avant moi ; mais ils sont partis
à présent, depuis longtemps, ou bientôt. D'ici quelques temps, quelques
années, décennies, les Premiers Nés auront disparu de ce continent. Et je
serai avec eux. Mais j'ai vécu ; mon nom n'est pas connu ; il ne figure que
dans quelques histoires oubliées par tous sauf les plus anciens et les plus
érudits, et là même, il est à moitié effacé. Mais j'ai vécu ; si je n'ai
que rarement été acteur, du moins j'ai été témoin. J'ai vu de nombreuses
choses, et à présent, il est temps de témoigner.
Legolas ferma les yeux, et sourit.
_Et j'aimerais que vous me connaissiez pour ce que je suis, peut-être. Que
vous sachiez ce que j'ai vécu, avant que je ne parte. Sans doute suis-
je.égocentrique. Mais j'aimerais que vous sachiez un peu de ce que j'ai
ressenti. Ma vie sans doute n'est pas impressionnante ; mais que vous, mes
amis, sachiez comment je l'ai vécue.
Aucun d'eux ne répondit, mais Legolas perçut leur silencieuse approbation.
_Je commencerai par le début. Le commencement. Comme je l'ai dit encore à
Maître Gimli, il fut un temps où mon c?ur n'était pas tourné vers les
arbres, mais vers une cité, les montagnes et la pierre. Je commencerai donc
par le Chant de la Pierre.
Rouvrant les yeux, l'elfe contempla le pic sombre, et néanmoins taché d'une
faible lueur blanche à son sommet, du Mindolluin.
_Comme nous nous tenons sous l'ombre des Montagnes Blanches, il doit être
juste que mon conte débute dans des montagnes de même ; quoique les
montagnes dont je vais parler soient bien différentes, anciennes, et
disparues à présent. Mais tel est mon premier souvenir.
Alors Legolas commença enfin son conte.
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Legolas ne savait pas s'il devait être effrayé ou non. Certes, les bras de
son père, étroitement resserrés autour de lui étaient rassurants, comme
l'étaient sa chaleur, le contact de sa main de temps à autre sur sa peau
quand de temps à autre il lui ébouriffait les cheveux par manière de
réconfort, ou encore les quelques mots qu'il lui glissait doucement à
l'oreille. Mais le décor n'avait rien de rassurant, en revanche.
Son père lui avait assuré qu'il n'y avait rien à craindre, et qu'au
contraire Legolas devait supporter sans peur ce voyage dans le noir, car
les merveilles au delà du tunnel valaient bien quelques ombres et quelques
murmures inquiétants de la roche. Mais l'enfant-elfe ne parvenait guère à
s'en convaincre.
Le tunnel était étroit et sombre ; une ancienne rivière, avait dit
Thranduil, son lit que l'eau avait déserté ; une Rivière-à-Sec - le terme
avait beaucoup amusé Legolas. A présent, l'idée ne le réjouissait
absolument plus. Par endroits, un peu d'eau ruisselait le long des parois,
et l'enfant-elfe ne pouvait s'empêcher d'imaginer, avec une certaine
terreur, la rivière reprenant soudain ses droits - et si son père, son
infaillible père, s'était trompé ? et si la rivière n'était pas si à sec ?.
Il voyait les rigoles infimes d'eau se gonfler brusquement ; des flots
arrachant la pierre ; il les voyait tous les deux noyés, ou bien écrasés
sous le tunnel, et ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes, avant que son
père, percevant son trouble, ne le serre plus fort contre lui en murmurant
quelques mots d'encouragement. Alors Legolas n'eut plus peur - son père
était avec lui, fort, réconfortant, infaillible - et il se pressa plus
confortablement contre une épaule où quelques mèches blondes tombaient.
Il n'y avait que peu de gens dans le tunnel ; il était difficile d'y
entrer, et difficile d'y évoluer ; un peu plus loin en avant ou en arrière,
l'enfant-elfe distinguait la lumière bleue de quelques lampes fëanoriennes,
faisant scintiller d'une lueur irréelle les parois humides, et détachant
quelques silhouettes sombres. Mais, de toute façon, Legolas y voyait
étonnamment bien, jouissant d'une vue surprenante, particulièrement aiguë
même parmi les elfes.
C'est ainsi que, niché dans les bras de son père, sa tête blonde reposant
sur son épaule et ses bras étroitement noués autour de son cou, que Legolas
vit arriver un autre elfe, marchant à grands pas rapides dans leur
direction - mais il n'y avait guère d'autres directions -, dépassant les
autres voyageurs. Alors qu'il arrivait à leur hauteur, Thranduil se
retourna, se redressant à sa vue.
_Mon seigneur Galdor, reconnut-il en s'inclinant légèrement, malgré le
poids accroché à son cou.
_Thranduil. J'ai besoin de vous. Certains d'entre notre peuple ont des
difficultés à l'arrière, et il me faut des hommes pour les encadrer, dit-il
avec autorité et néanmoins une fatigue apparente. Le voyage a été épuisant,
et les femmes et enfants peinent à suivre.
_Mon fils n'a personne d'autre qui puisse s'occuper de lui, répondit
Thranduil en manière d'excuse.
Galdor soupira.
_Laissez-le ici, et j'enverrai quelque personne le rechercher rapidement.
J'ai besoin de vous maintenant, mais je ne devrais pas avoir besoin de vous
trop longtemps.
Thranduil se sépara de son fils sans enthousiasme, et le posa au sol.
_Eh bien, tu as entendu. Reste ici sans bouger jusqu'à ce que quelqu'un
vienne t'emmener, et fais lui confiance. Rien ne peut t'arriver. Je suis
désolé, ajouta-t-il.
_N'aie pas peur, et pardonne-moi d'emprunter ainsi ton père, s'excusa
Galdor, s'agenouillant devant l'enfant-elfe. Mais c'est un des plus estimés
de mes hommes, et notre peuple a besoin de son aide.
Legolas acquiesça silencieusement. Avec un soupir, son père lui caressa les
cheveux, lui fit une grimace d'excuse, et s'en fut à la suite de son
seigneur. L'enfant-elfe, rongé par l'appréhension, se retira vers un coin
et s'assit à même le sol, contre la roche.
Il ne sut pas combien de temps avait passé - à l'époque, le laps lui avait
semblé très long, mais à présent, alors qu'il y réfléchissait à nouveau, il
réalisait que ses peurs enfantines avaient exagéré le temps passé dans
l'ombre. Quoiqu'il en soit, au bout de quelques temps, Legolas entendit
soudain un bruit de pas, et vit s'approcher une silhouette, sombre dans la
faible lumière émanant de l'extrémité du tunnel. Songeant que quelqu'un
était enfin venu le rechercher, il se releva, et s'avança de quelques pas.
Le nouvel arrivant se tourna vers lui avec surprise, et Legolas sentit la
honte l'étreindre, impressionné par l'allure impérieuse de l'autre elfe -
il ne pouvait guère distinguer ses traits ou la façon de ses habits, mais
il percevait une silhouette haute et deux yeux brillants de la lumière de
Valinor ; un Noldor, donc, vraisemblablement, peut-être même quelque
seigneur. Il tenait à la main une lampe fëanorienne, et, un bref instant,
//son visage, dur et clair//, brilla dans son rai azuré, et Legolas fut
ébloui par sa beauté. Mais le seigneur elfe se tournait vers lui avec
étonnement et bienveillance.
_Que fait un si jeune enfant seul ici ?
_Mon père m'a demandé d'attendre ici que quelqu'un vienne
m'emmener.balbutia Legolas.
L'autre prit un air légèrement interloqué, perplexe, mais n'attendit guère
pour prendre sa décision.
_Eh bien, je ne peux pas te laisser ici tout seul. Va, je vais t'emmener un
peu plus loin, et j'enverrai quelqu'un chercher ton père.
Sur ce, il s'agenouilla devant lui, et Legolas, se sentant rougir, troublé
par l'attention qu'un seigneur des Noldor lui portait, à lui, simple
enfant, se laissa prendre dans ses bras, et soulever. Puis l'elfe reprit sa
marche, avançant toujours à grands pas jusqu'à une sorte de caverne, puis
enfin hors de la pierre ; là, il s'arrêta, et déposa l'enfant-elfe au sol.
A la lumière du jour, le compagnon de Legolas semblait plus impressionnant
encore, vêtu avec élégance d'habits sans doute coûteux, et sur sa poitrine
resplendissait un blason brodé, où le jeune elfe distingua brièvement une
étoile aux rayons ondulés, qui touchaient par huit fois les bords du
losange où elle s'encadrait, et quatre étoiles ; il était aussi
particulièrement grand - tous les adultes semblaient grands aux yeux d'un
elfe enfant tel que Legolas, mais ce dernier devinait que même au milieu
d'autres adultes, celui-ci semblerait extraordinairement grand -, et
possédait une allure impérieuse qu'impressionnait sans doute beaucoup plus
qu'un simple enfant. Sa chevelure sombre encadrait un visage beau et
volontaire, où deux yeux gris illuminés par la lumière des Arbres d'antan
scintillaient.
Dès qu'il fut arrivé, un autre elfe, dont la chevelure blonde identique à
celle de son père plut à Legolas, et sur l'élégante tunique duquel brillait
un emblème représentant une fleur dorée, s'approcha de lui, s'inclinant
profondément. Celui-ci lui dit alors quelques mots dans une langue que
l'enfant-elfe ne comprit pas, suite à quoi l'elfe blond s'éloigna, puis
revint quelques instants plus tard avec un cheval. Le seigneur elfe bondit
alors en selle, et sembla attendre quelque chose.
_Eh bien, dit-il après un moment, allez vous finir par venir, jeune Maître
Elfe ?
Legolas rougit profondément, balbutia une excuse, et s'approcha du cheval.
Le seigneur elfe se pencha alors pour le prendre en croupe.
_Tu ne pensais tout de même pas être abandonné encore une fois ? comment
t'appelles-tu, d'ailleurs ?
_Legolas, mon seigneur, fils de Thranduil, de la maison de l'Arbre.
_Je vois. Je pense connaître ton père, de vue du moins. Un sindar, n'est-ce-
pas, mais à la chevelure dorée ?
_Oui, acquiesça Legolas. Certains disent que nous avons peut-être des
ancêtres parmi les Mínil. (3)
_C'est possible, qui sait.étonnant, en tout cas. Pareilles chevelures
blondes sont rares, hormis parmi les Vanyar(3).
Le seigneur elfe s'interrompit, et une soudaine tristesse parut s'emparer
de lui, alors qu'une ombre furtive passait sur la lumière de ses yeux.
_Mon seigneur ?
_Cela n'est rien, répondit l'elfe avec un soupir. Quel âge as-tu ?
_Dix ans(4), répondit Legolas sans faire mine de s'étonner au brusque
changement de sujet.
_Bien, dit son compagnon d'un air distrait, avant de s'exclamer d'une voix
forte : Ouvrez la porte !
Legolas levant les yeux, admira alors un haut portail merveilleusement
ouvragé, fait de bois, et qui pourtant, sans aucun doute, aurait retenu
tous les ennemis du monde au-delà, songeait-il avec stupeur et admiration.
_La Porte de Bois, murmura le seigneur elfe à son oreille. Après elle, cinq
autres(5) sont construites, et nul ennemi ne pourra les passer, et entrer
dans la Cité cachée.
Les mains de Legolas se crispèrent sur le pommeau de la selle, et il retint
sa respiration, alors que les deux pans de la Porte de bois s'écartèrent,
dévoilant un spectacle stupéfiant.
Un ravin dont les falaises s'élevaient plus haut presque que l'?il ne
pouvait le percevoir ; où le soleil d'hiver ne brillait que faiblement,
tant la roche s'élevait haut autour de la ravine ; une crevasse creusée par
les Valar eux-mêmes à des temps plus lointains que l'esprit des elfes ne
pouvait le concevoir. Au loin, Legolas distingua un chemin serpentant entre
les parois élevées, et il trembla d'excitation et d'un révérend effroi.
D'un coup de talon, le cavalier mit sa monture au pas, et enfant, seigneur
et cheval s'engagèrent sur le chemin. Là, le souvenir de Legolas devenait
plus troublé, et il ne pouvait guère se remémorer grand chose, sinon d'un
long voyage à travers la roche, de cinq portes, toutes différentes, et
toutes plus merveilleuses que les autres - mais il n'aurait su les décrire
alors -, qui s'ouvraient devant eux, sinon la mémoire d'une peur
émerveillée, d'une émotion telle qu'il n'en avait jamais ressenti
auparavant, faite de pure admiration à la vue de tant de majesté et de
beauté ; et cette émotion devait atteindre son pic quelques instants plus
tard.
En effet, au terme d'une lente progression à travers les montagnes, Legolas
crut commencer à voir la fin du ravin ; une portion de ciel, bleu et pâle,
apparaissait, et au-delà, du vert ; comme une étendue d'herbe au loin.
Quelques temps plus tard, Legolas eut la confirmation de ses vagues
perceptions, et lui et son compagnon s'avancèrent vers la fin du ravin ;
alors, une fois encore, l'enfant-elfe se sentit presque défaillir,
contemplant une vallée au creux des montagnes, presque irréelle, cernée par
des pics aigus, massifs, un écrin vert et rond, quoique couvert par endroit
d'une neige éclatante, pour un joyau étincelant. Et devant ses yeux
émerveillés se dressait une Cité Blanche, plus splendide que tout ce qu'il
aurait pu imaginer ; son regard fut pris par des remparts immaculés,
environnés de neige, grimpa le long de chemins de pierre ivoirins,
s'attarda sur des demeures où poussaient bouleaux et sapins, et où
d'innombrables fontaines et sources lançaient vers le ciel leurs eaux pures
et cristallines, et enfin, l'enfant-elfe fut percé au c?ur par la vue d'une
tour, dressée au milieu des montagnes, de la vallée, de la cité, blanche et
argent ; et au sommet une bannière claquait au vent froid.
Legolas sentit des larmes lui venir aux yeux devant tant de beauté, et,
sans s'en rendre compte, il étreignit à s'en briser les doigts les mains du
seigneur elfe, les siennes tremblantes. Celui-ci perçut son tremblement,
ému, et sourit, puis le déposa au sol au pied du cheval. //Et Legolas passa
outre, et foulant l'herbe foisonnante d'une douce prairie, il ne put
détacher de longtemps ses yeux, car il voyait enfin la vision de son désir
née des rêves de son languir. //
_Contemple mon royaume, le Royaume Caché. Contemple Ondolindë, le Roc de la
Musique des Eaux.
Legolas acquiesça, et Turgon reprit.
_Le Roc Caché. Contemple ta demeure, Legolas de Gondolin.
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(1) Désigne les Nains, naturellement.
(2) C'est à dire la Faucille des Valar, une constellation créée par Varda
(alias Elbereth, Gilthoniel), et jetée au Nord pour défier Morgoth. Ou bien
sept étincelles jaillies de sous le marteau d'Aulë. (LT1)
(3) Mínil et Vanyar sont équivalents, le premier étant du sindarin, que
parle Legolas, le deuxième du quenya - Turgon est aussi censé parler
sindarin, mais, disons qu'emporté par ses souvenirs douloureux (Elenwë, sa
femme disparue et, accessoirement, blonde, bien sûr. Au départ, je voulais
lui faire causer à propos de Celegorm, seul blond au milieu d'une famille
de rouquins et de bruns, et s'interrompre à cause de la colère, mais
finalement.), il revient au quenya, qui sera d'ailleurs parlé par la suite
dans sa maison en général.
(4) Les dix ans de Legolas correspondent à quatre ans humains : les elfes
atteignent leur majorité à 50 ans, et, pour simplifier les calculs,
j'estime à 20 ans la majorité chez les humains (eh, quoi, pendant un bon
bout de temps, la majorité était à 21 ans.et puis, c'est plus simple comme
ça.)
(5) La dernière sera construite par Maeglin au retour de la Nirnaeth
Arnoediad. (UT1)
.je suppose que tout cela mérite quelques explications.
Pour ceux qui n'ont pas lu le Silmarillion, je dirais bien :
1)Lisez le Silmarillion. Ce bouquin est su-blime. Je trouve, du moins.
2)Gondolin est une cité du Premier Âge, créée et gouvernée par Turgon, un
elfe Noldor. Elle était cachée au c?ur des montagnes, et Turgon l'avait
découverte grâce à l'aide d'un Valar. Peuplée de Sindar et de Noldor, elle
perdura longtemps pendant le Premier Âge, mais ça suffira pour le moment.
3)Pour le reste, c'est du détail.je ne pense pas qu'il y ait besoin de plus
d'explications. Oui, on accède à Gondolin par le lit d'une ancienne rivière
; Galdor est un seigneur de Gondolin.quoi d'autre ? Belthil et Glingal sont
deux images, en or et argent, des Arbres de Valinor, sculptées par Turgon
himself. Le blason sur la tunique de celui-ci est censé être celui de
Fingolfin, son père, Haut Roi des Noldor en exil par la bonne grâce de son
neveu.
Ah oui, Gondolin signifie en sindarin "le Roc Caché", mais son nom orignal,
en quenya, était "Ondolindë", littéralement "Pierre-chant", traduit par "le
Roc de la Chanson des eaux", mais qui expliquerait que Legolas dise vouloir
commencer par le "Chant de la Pierre".
Pour ceux qui l'ont lu, et qui trouvent tout cela un peu n'importe quoi.
Dans - je crois - le deuxième Livre des Contes Perdus, sur la chute de
Gondolin, il est question d'un certain Legolas de la Maison de l'Arbre, qui
guide notamment les réfugiés à travers la vallée. Ce personnage n'apparaît
je crois nulle part ailleurs, et il n'a normalement rien à voir avec le
Legolas du Seigneur des Anneaux, si ce n'est par son nom et sa vue
apparemment particulièrement perçante. Mais ces quelques détails ont suffi
pour que j'aie envie de relier les deux.Là, évidemment, Legolas devient
terriblement "ancêtre", mais ça m'a l'air faisable, je lui ai bricolé un
petit parcours des débuts de Gondolin à Mirkwood je pense, avec personnages
illustres à venir.
Je ne sais pas ce que je pouvais laisser penser jusqu'à présent, mais j'ai
l'impression de tout casser en faisant de ce blanc-bec de Legolas un elfe
de Gondolin, bien ancré dans son Premier Âge tout ce qu'il y a de plus
"Silmarillion".
Enfin. Ah oui, le récit de Legolas est très fortement inspiré de la Venue
de Tuor à Gondolin telle qu'on peut la lire dans les Contes et Légendes
Inachevés. Le passage entre // à la fin paraphrase un extrait décrivant
l'émotion de Tuor à la vue de Gondolin ; quant au //visage dur et clair//,
qui éblouit Legolas par sa beauté, il désigne normalement celui de Voronwë
- et Tuor est tout aussi ébloui. On passe sur le fait qu'il a passé tout
son temps à voyager avec lui sans s'en apercevoir. Tss. A propos, Legolas
ne délire pas en percevant Turgon comme très grand, puisque ce même texte
précise, dans les notes, que Turgon est décrit comme "le plus grand de tous
les Enfants du Monde, hormis Thingol".
Voilà.
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