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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Books » Harry Potter » In sanguine verita

Bunny Anoushka Kalika
Author of 8 Stories

Rated: M - French - Drama/Angst - Harry P. & Voldemort - Reviews: 1,024 - Updated: 01-27-09 - Published: 01-10-04 - Complete - id:1680675

Titre : In sanguine verita
Genre
: Dark et glauque.
Résumé
: Harry est heureux.
Disclamer
: Ils ne sont toujours pas à moi, donc je les rends à la fin. Il y a également quelques hommages rendus à Kaori Yuki.
Rating
: M
Note
: Oui, oui, c’est bien le dernier pour de vrai.
Warning
: Violence, angst, un peu glauque. Agissements de Mangemorts, c'est-à-dire de psychopathes pas très bien dans leurs têtes.

-

Encore une fois merci à tous mes lecteurs, et tous ceux qui ont laissé des review, me donnant souvent l’impulsion qui me manquait. Merci à florelle, nicoco49, ligeia, kazuki, nepheria, Flore Jade, Heroïca Fantasia 8, Dark Ella, Emeraude477, adenoide, bellasidious, Tempete Sanguine, cerulane, yaone-kami, voldemortxxx, Sybel26, Caella, Lady Morgane Slytherin, Bliblou, Rebecca-Black, Âme Silvery, 666Naku, Rubika666, Sahada, Petite fée en sucre, egwene, DiagonAlleyParis, zaika, oOBlanche NeigeOo et Narcisss

Remarques diverses :

C'est quoi ce délai ??? (tout le monde) : mea culpa, mea culpa. Ce chapitre a été un enfer à écrire. Mettons ça sur le compte du traumatisme d'écrire le mot "fin" (frissonne)
Les comptines (Ligeia) : ce sont de vieilles comptines anglaises, et c'est principalement là qu'on voit à quel point je me suis inspirée de l'atmosphère des manga de Kaori Yuki pour ces derniers chapitres.
Chapitre préféré : Lord Voldemort et la partie 1 (Bella sidious) : j'ai adoré ce chapitre aussi. Quant à la partie 1, j'évite de trop me repencher dessus, car cela fait quatre ans et mon style a tant évolué depuis que j'ai peine à me relire.
La mort de Rogue (Cerulane) : je reviens encore sur les sentiments de Lucius dans cette partie.
Severus non evil mais pourquoiiiiiiiiii (yaone-kami): et non... cela a toujours été prévu comme cela...
La politique de l'autruche : (sybel26) je trouvais ça insupportable aussi.
Les retrouvailles (petite fée en sucre) : après avoir passé quarante douze chapitre à retarder ce moment... cette fois c'est la bonne...
Rogue/Lily ? (Narcisss) : j'ai commencé cette fic bien avant les grandes révélations Rogue/Lily... donc Lily n'a rien à voir avec les motivations de Rogue. En fait, il veut juste le protéger parce que Dumbledore lui a demandé.

Mici aussi à Lupiot, pour son soutien inconditionnel et pour ses conseils qui ont sauvé plus d’un passage !


Bon, comme d’habitude, cela fait une éternité que le chapitre dernier est paru. Je vous suggérerai bien de le relire, mais étant donné sa taille, je me contenterai de vous faire un résumé.

Harry retrouve progressivement la vue (souvenez-vous, lors de l’attaque de Noël, il avait pris un sort à la place de Voldemort, et les conséquences, outre un coma prolongé, ont été la perte temporaire de la vue) et réfléchit à ce qu’il va pouvoir dire à Dumbledore pour expliquer son geste. Il plaidera la possession et sera appuyé par Lucius qui corroborera son histoire auprès de Rogue. Lucius découvre en même temps la trahison de Severus.

Vers la fin du chapitre, Lucius et Harry quittent Poudlard, emmènent Rogue avec eux et l’assassinent.

Harry se prépare à revoir Voldemort.

-

Ils transplanèrent quelques minutes plus tard, laissant le corps dans cet étal sordide où ils l’avaient emmené. Harry ne savait pas où il était, mais il s’en moquait. Il savait où il allait, et c’était la seule chose qui comptait.

Voldemort voulait qu’il revienne.

C’était ce qu’il attendait depuis cinq longues années.

Rien d’autre n’avait d’importance, semblait-il pour Harry.



Chapitre 21

He just knew a crooked love

I just want to see tomorrow / Day by day to just survive / But this place is built to kill me / No one here gets out alive / I don't wanna be / I don't wanna be / Just a memory / I don't wanna be /I don't wanna be / Gone / You don't know my name / You don't know my number /You don't know my face at all / We walk right past each other / Every single day / Like cold machines / We're marching on and on and on and on and on

[extrait Cold Machines, Alice Cooper]


Lucius inclina la tête.

- Il doit vous attendre.

Harry lui jeta un regard ; Lucius n’aurait su comment le qualifier.

- Inutile de m’accompagner, dit l’adolescent. Je connais le chemin.

Sa voix ne tremblait pas et on ne pouvait détecter aucun signe d’appréhension chez lui. Lucius était perplexe : chaque fois qu’il devait voir le Maître, peu importait qu’il ait ou non correctement rempli sa mission, une sueur froide, un frisson parcourait toujours son corps.

Mais Harry Potter semblait parfaitement serein quand il s’éloigna.

Lucius se massa pensivement les tempes.

Quelque chose était en train de changer. Mais il ignorait si c’était de bonne ou de mauvaise augure.

oooO0°0Oooo

Harry expira – lentement. Reprit son souffle – son cœur battait dans ses oreilles. Puis, le calme revint, et il poussa la lourde porte de pierre. Les gongs grincèrent, un son crissant qui fit frémir tous les poils de ses bras et de son dos.

Capuche sur la tête, Harry entra.

Une voix dans sa tête lui fit remarquer qu’il aimait beaucoup trop le théâtre.

Il ignora la petite voix.

Toutes les têtes se tournèrent vers le nouvel arrivant. Des regards intrigués, indifférents, apeurés parfois. Certains sortirent leur baguette. Les regards revinrent vite vers le Maître qui s’était mis à rire. Le rire n’avait rien de sympathique, évoquait plutôt un vent froid d’hiver, une bise glaciale qui s’infiltrait sous les vêtements et glaçait le corps. C’était pourtant un rire ; Harry se sentit revivre en l’entendant.

- Viens, dit le Maître.

Harry obéit, s’approcha, et les rangs des Mangemorts se fendirent pour le laisser passer.

Il aurait voulu s’asseoir près du grand fauteuil de pierre, comme autrefois, mais il se contenta d’approcher le Seigneur et de s’incliner profondément. Puis il leva la tête, vissa ses yeux dans ceux de l’autre sorcier. Son cœur battait si fort qu’il pouvait presque l’entendre dans sa tête, comme un tambour.

Bobom-bobom

Des yeux rouges qui accrochaient l’âme et le cœur, les exigeant, les buvant du regard.

Bobom-bobom

Le regard d’un Maître. Il lui avait tant manqué.

Bobom-bobom

Son regard.

Il l’avait enfin retrouvé.

Bobom-bobom

Pour de vrai. La haute silhouette noire et pâle qui avait veillé sur lui toute sa vie, effacé le sang et les larmes, qui l’avait armé contre tous les misérables qui voulaient lui faire du mal.

La voix glissa sur les pierres.

- Dehors.

Les Mangemorts disparurent le plus rapidement possible mais Harry ne bougea pas d’un pouce.

Lord Voldemort sourit.

oooO0°0Oooo

Bellatrix frémissait de fureur, bouillait presque littéralement de rage. Autour d’elle, on s’écartait, par crainte des sorts et des étincelles perdus, mais aussi pour certains, à cause de cette femme complètement folle. La sortir d’Azkaban n’avait pas été l’idée du siècle.

Bellatrix se jeta sur Lucius qui était adossé au mur de pierres, le regard dans le vague. Les mains et le visage du Mangemort étaient toujours couverts de sang.

- Lucius !

Elle se figea, une lueur bizarre s’alluma dans ses yeux à la vue du sang qui séchait. Elle se lécha inconsciemment les lèvres, désireuse peut-être d’avaler le liquide carmin, de le lécher, en pathétique parodie d’un vampire assoiffé.

- Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? Qui est entré à l’instant ?

Lucius leva la tête, les dents serrées.

- Pourquoi te répondrai-je ?

Les derniers exploits de Bellatrix étaient encore frais dans sa mémoire. Elle n’avait eu de cesse de le dénigrer auprès du Seigneur des Ténèbres, ce qui lui avait valu quelques séances de Doloris. Il n’attendait que l’occasion de lui rendre la pareille et le jeune Potter semblait tomber du ciel – cela devait signifier que Lucius était revenu dans les bonnes grâces du Lord. Il n’aurait pas envoyé n’importe qui chercher le gosse.

Malfoy n’avait pas peur de cette folle dont les pouvoirs avaient été rongés, pratiquement détruits par les années d’emprisonnement. Oh certes, elle pouvait toujours faire de la magie, jeter toutes sortes de sorts terribles, mais quelque chose était mort en elle, et Lucius pouvait le sentir, comme l’on sentait l’odeur putride de la mort.

- Rogue est mort, dit-il simplement.

Les yeux de la femme se plissèrent.

- Tu l’as tué ?

Lucius haussa les épaules, sans répondre – il n’allait quand même pas se justifier, donner des raisons, des preuves à cette femme qui voulait égorger tous ceux qui croisaient son chemin. Elle partit dans un grand rire hystérique, comme si c’était la chose la plus drôle qu’elle ait entendue depuis des siècles. Il réprima un sourire, songeant que cela pouvait bien être le cas ; elle avait eu peu de raisons de rire lors de ces quinze dernières années.

- Il est mort, confirma-t-il au bout de quelques secondes.

Une pause.

- Qui est-ce ? reprit la Mangemort.

Lucius n’avait rien à lui dire. Elle saurait bien assez tôt.

Il disparut.

Maintenant que Harry était enfin dans la forteresse, il pouvait aller se débarrasser de tout ce sang, essayer d’oublier les hurlements de douleur poussés par son ami. Oublier qu’il l’avait torturé pendant près d’une heure, oublier les convulsions de son corps brisé.

En effaçant le sang, les souvenirs disparaîtraient peut-être.

oooO0°0Oooo

Le gamin n’avait pas peur de lui. Même s’il avait déjà fait ce constat, Lord Voldemort ne pouvait cesser de s’en étonner. Il sentait que peu importe ce qu’il ferait au môme, celui-ci lui serait toujours aussi dévoué. Cette fidélité n’avait rien à voir avec la couardise de Queudver, l’arrivisme de Malfoy, le fanatisme bancal d’un Nott ou d’un MacNair. Ni même la vénération hallucinatoire de Bellatrix. C’était autre chose.

Malgré leurs diverses entrevues survenues l’été précédent, il était clair qu’aucun d’eux ne savait comment se comporter avec l’autre. Harry savait d’emblée comment se comporter devant les Mangemorts, il savait comment agir devant les autres (il agissait si naturellement : les gestes, les mots, les attitudes étaient revenus sans problème), mais maintenant qu’il était seul avec le Seigneur, il ne savait sur quel pied danser ; et bien que le Lord lui ait donné la permission de l’appeler « Père » Harry sentait qu’il restait quelque chose de dressé entre eux.

C’était quelque chose de nouveau pour Lord Voldemort. Une inconnue était venue perturbée l’équation de sa relation avec l’enfant responsable de sa chute, relation qui aurait dû être facile et résolue avec un simple Avada Kedavra. Mais les souvenirs revenaient comme des flèches et retenaient son bras. Des choses étranges qui pertubaient la réalité.

Et puis finalement, ça n’avait pas d’importance. Il avait décidé que ses intérêts et cette chose bizarre se conjuguaient parfaitement. Il n’y avait sans doute pas besoin de chercher plus loin. Et il était certain d’avoir agi de même dans le passé. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Un rituel

Un frémissement de douleur, une peur ancrée dans le sang

Un Epouvantard prend une forme grotesque

Le gamin jette un sortilège et lève les yeux vers lui, à la recherche d’une approbation, sans doute.

Les premiers mots à prononcer furent les plus difficiles, même s’ils ne s’en rendirent pas compte ou qu’ils ne voulurent pas l’admettre. Pourtant, une dizaine de minutes plus tard, Harry se remit à respirer ; il avait enfin l’impression d’être rentré chez lui.

oooO0°0Oooo

Lucius réapparut au Manoir Malfoy. Il resta quelques secondes figé au beau milieu de son salon sans savoir quoi faire. Puis il se laissa tomber dans un fauteuil, une main soutenant sa tête.

Lucius…

Il n’arrivait plus à se souvenir des raisons de sa colère, des raisons pour lesquelles il avait tué si vicieusement l’un de ses seuls amis – il avait beaucoup de connaissances mais vraiment peu d’amis ; à tel point qu’il ne pouvait même pas faire confiance à sa propre famille.

Agitant sa baguette, il attira à lui bouteilles d’alcool et verre de cristal.

- Encore une journée insupportable. Ces petits morveux feraient exploser Poudlard s’ils le pouvaient.

- Je te sers un verre ?

- J’en ai vraiment besoin, oui.

Il avala cul sec le premier verre, le deuxième. Puis il prit le temps de savourer le troisième. La chaleur de l’alcool lui envahissait déjà la tête, et c’était agréable.

- Ce crétin de Macnair…

- Je l’ai vu tout à l’heure. Il avait une corne violette derrière la tête.

- Ah vraiment ? Il a dû tenter de se débarasser des effets de ma potion avec un sort…

- Il t’a fait quelque chose ?

- Je suis d’un naturel susceptible. Surtout quand on me reparle de Potter et de ses « blagues » si on peut appeler la chose ainsi.

La porte s’ouvrit sur Narcissa, qui observa, froudroyée son mari en train de boire goûlument le contenu d’une bouteille d’alcool fort.

- Lucius ? Est-ce que tout va bien ?

Tout n’allait pas bien de toute évidence. Bellatrix était partie il y avait deux heures pour voir le Seigneur des Ténèbres, et en toute logique Lucius aurait dû être auprès de lui. Pourtant, il ne semblait pas souffrir des séquelles d’un Impardonnable, seule chose qui aurait pu expliquer sa présence ici, loin des affaires des Mangemorts.

- J’en ai assez fait pour ce soir. Le Maître est content, si c’est ta question. Assieds-toi, je te sers un verre ? Oh, oui, dit-il en joignant le geste à la parole, il faut fêter cela, n’est-ce pas ?

- Fêter quoi ? demanda Narcissa en prenant le verre. Lucius n’avait pas l’air spécialement joyeux. Ni triste d’ailleurs – Lucius n’avait jamais l’air triste, son visage ne savait pas reproduire cette expression.

- La mort de Severus Rogue.

Il but son verre, Narcissa lâcha le sien.

- Tu prendras soin de Draco ?

- Tu serais presque sentimental ce soir, Lucius.

- Ne joue pas les cyniques avec moi. Tu prendras soin de lui ?

- Oui.

- Les traîtres reçoivent toujours le châtiment qu’ils méritent, poursuivit Lucius sans grande conviction.

- Je suis prêt à tout pour arriver à mes fins. Ce n’est pas un peu de sang qui va me faire reculer.

Lucius se reversa un verre.

Demain, il serait de nouveau lui-même.

oooO0°0Oooo

Albus avait ressenti toute la journée une impression bizarre, désagréable. Il l’avait mis sur le compte de la fatigue et du stress, du travail qui l’attendait et de l’anticipation résignée de la stupidité des bureaucrates avec qui il allait devoir traiter dans l’après-midi.

Mais quand Minerva avait franchi la porte de son bureau et avait retardé ainsi son départ pour le Ministère, il avait compris que cette impression était présage de malheur. Et il avait eu raison.

- Le Pré-Au-Lard a été attaqué.

Albus s’enfonça dans son fauteuil.

- Des victimes ? demanda-t-il.

- Fort heureusement non, mais…

Le vieux directeur réalisa que Severus aurait dû accompagner Minerva.

- Et Severus ? Où est-il ?

Le professeur de Métamorphose ferma les yeux, et Albus craignit le pire.

- Il y a malheureusement deux portés disparus : Severus Rogue et Harry Potter.

Ce fut comme si Poudlard lui tombait dessus. Albus Dumbledore n’avait pas senti de façon aussi insistante le poids des années depuis longtemps. Son siècle et demi d’existence n’avait jamais été aussi lourd à porter.

Harry Potter, capturé.

Severus, disparu.

Le chant de Fumseck ne suffit pas cette fois-ci à lui redonner courage. Pour la première fois, Albus se sentit sur le point d’abandonner. Minerva attendait de toute évidence qu’il fasse quelque chose, qu’il dise quelquechose ou trouve un moyen de contrer les pouvoirs déjà grandissant de Voldemort.

Mais Albus n’en avait plus envie. Il voulait juste se retirer, tout abandonner derrière lui, ne plus voir les échecs, les déceptions, les morts s’accumuler à cause de lui et des mauvais choix qu’il faisait, croyant bien faire. L’omniscience d’Albus Dumbledore venait de se fracasser en morceaux.

Soudain, Albus ne pouvait plus voir le bout du chemin. Les ténèbres cachaient tout à sa vue. On se croirait revenir cinquante ans en arrière.

Et Albus refaisait connaissance avec l’amer goût du désespoir.

oooO0°0Oooo

Hermione se souvint du sourire de Dean en apprenant que le cours de Potions avait été annulé. Il avait supposé, comme tous les autres que le vieux dragon des cachots avait attrapé quelque maladie amusante comme la fièvre du crapaud ou la grippe Gobeline.

Mais quelque chose dans la voix de MacGonagall alerta la jeune Préfète. Harry avait disparu, Rogue manquait des cours, chose qu’il n’aurait fait sous aucun prétexte, elle aurait pu en jurer.

Elle écouta Ron commenter cette absence extraordinaire, mais ne dit rien.

Au dîner, Hermione eut la preuve que ses mauvais pressentiments n’étaient pas l’invention de son cerveau imaginatif.

A la table des professeurs, Hagrid essuyait de grosses larmes qui roulaient sur ses joues, se perdaient dans sa barbe. Le visage du Directeur avait quelque chose de grave et de triste. Hermione tourna les yeux vers la table des Serpentards, inhabituellement silencieuse. Les plus jeunes gardaient la tête basse, et deux gamines pleuraient sans que quiconque ne les réprimande. Les plus vieux parlaient doucement et Draco Malfoy ne parlait pas, il fixait Dumbledore, plus pâle qu’un mort.

Puis le Directeur se leva et frappa dans ses mains.

- J’ai bien peur d’avoir une triste nouvelle à vous annoncer.

Et il annonça, la voix grave, la mort de Severus Rogue. Hermione baissa le regard sur son assiette. Soudainement, personne n’eut le cœur à sourire, plus encore lorsque Albus expliqua de façon raccourcie – et expurgée – les circonstances de la mort du Maître des Potions.

Quelques heures plus tard, le corps de Severus serait ramené à Poudlard. Et Albus verserait des larmes pour son ami, pour le rictus de souffrance sur son visage, pour ses membres brisés, pour la teinte grise de sa peau froide. Fumseck pleurerait aussi, mais il n’y aurait rien à guérir.

On enterra Severus Rogue à Poudlard.

oooO0°0Oooo

- Laisse-moi te regarder.

Les yeux se plissèrent comme la capuche tombait et révélait le visage de l’adolescent. Une main froide sur son visage, pas un frisson de dégoût n’échappa à Harry. Voldemort ne réussit pas à déterminer si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Le regard tomba sur la si célèbre cicatrice de Harry Potter, et un doigt blanc, long comme une patte de tarentule blanche la retraça.

Harry ne le quitta pas du regard, et, l’espace d’un instant, il crut retrouver la complicité d’autrefois – bien que complicité ne fût pas le terme exact ; mais Harry aurait été bien en peine d’en trouver un autre.

Voldemort recula.

- Viens avec moi.

Le garçon sut immédiatement où ils allaient, ce qu’il allait falloir faire. Il frémit d’anticipation, il pouvait presque sentir le vertige de la magie noire l’envahir. Il se sentait un peu comme un drogué en manque, sur le point d’avoir une nouvelle dose, et peut-être que, quelque part, c’était le cas.

Ca faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas jeté un tel sort. La baguette de Lucius glissait entre ses doigts, tressautait presque, et il pouvait sentir le souffle putride de la Magie Noire autour de lui.

-Tu as deux baguettes ?

Harry hocha la tête. Toujours accroupi, il regardait la mare de sang s’agrandir sur le sol, fasciné par le liquide épais, rouge et délicatement brillant qui s’infiltrait entre les grandes dalles de pierre irrégulières.

- Oui, c’est Malfoy qui m’a procuré la seconde.

Pour ne plus avoir mal.

Harry se releva et Lord Voldemort fit disparaître le corps d’un mouvement vif. Une main se referma sur le menton du garçon et le regard rouge fondit sur le sien. Harry sentit soudainement une chose désagréable, qui ressemblait un peu à une nausée. Il comprit au sort murmuré. Legilimens. Harry ferma les yeux et se laissa faire.

/Il y a du sang sur ses mains, du sang qui sèche, il ne veut pas sortir le laver, il n’a plus de force ; et puis l’odeur du sang qui sèche ne le dérange pas, et son goût sur ses lèvres a quelque chose de rassurant.

/Terreur dans son œil. Il a oublié de prendre la baguette de Lucius, et ses entrailles se liquéfient quand il s’en rend compte. Peut-il faire quelque chose d’aussi idiot ? Le Moldu voit vite l’erreur, et en profite./

Harry revint bientôt dans la forteresse. L’idée que Voldemort fût témoin de sa faiblesse était fortement désagréable, mais Harry ne comptait pas s’en formaliser et il avait dans l’idée que le Mage noir ne le ferait pas non plus. C’était comme une preuve, un rappel constant de ce pourquoi Harry ne pourrait jamais s’opposer à lui, accepterait tout de lui, parce qu’une fois, il y avait très longtemps, Lord Voldemort avait choisi d’épargner sa vie – peu importait finalement ses raisons –, il lui en avait offert une nouvelle, et même si elle était guidée par le sang et le noir, Harry n’en connaissait ni n’en voulait aucune autre.

Il ne connaissait qu’un amour tordu, une vie tordue, mais pour rien au monde, il ne voudrait y renoncer.

Le sorcier tourna les talons et Harry lui emboîta le pas.

oooO0°0Oooo

Marchant légèrement plus vite qu’Harry, Voldemort écouta les pas derrière lui. Les bottes claquaient sur la pierre froide.

A présent qu’il était certain qu’il ne tuerait pas le garçon, il était temps de le montrer aux Mangemorts, de montrer ses pouvoirs, sa subtile intelligence qui lui avait permis de duper le monde sorcier pendant des années. Le gamin était parvenu à donner le change, à sourire à ses ennemis quand il aurait voulu les tuer, à rire avec eux quand il aurait voulu crier. Et juste pour cette raison-là, il était déjà un atout précieux.

La lourde porte s’ouvrit devant Lord Voldemort et Harry le suivit dans la salle où attendaient les Mangemorts. Il sentait les regards sur lui, mais personne n’osa ouvrir la bouche. Voldemort se tourna vers ses serviteurs. Une lueur gourmande dans les yeux, il avala du regard les visages choqués, parfois dégoûtés ou haineux de ses esclaves. Si prévisibles, si misérables, à tel point que souvent, il voulait les écraser comme les insectes qu’ils étaient.

Finalement il y en eu un, ou plutôt une pour ouvrir la bouche, bravant le silence imposé par le Maître.

-Maître, s’agit-il de…

-Harry Potter ? Ton sens de l’observation est toujours aussi pointu, Bellatrix.

Mais tant qu’il ne parlait pas, on se taisait. Aussi, personne ne tressaillit quand la voix du Maître tomba comme un couperet sur la femme qui avait préféré la prison plutôt que la trahison.

- Endoloris.

Le gamin avait un sourire mauvais aux lèvres. Des lunettes discrètes, rectangulaires, étaient posées sur son nez, ne dissimulant pas son regard vert. Le voile opaque, terne qui avait semblé recouvrir ses yeux quelques semaines durant s’était déchiré. Son regard était brillant, acéré. Il portait une robe noire, sobre, qui sans être particulièrement élégante n’était pas non plus une chiffe.

Ils apprirent quelques secondes plus tard qu’il était l’un des meurtriers de Severus Rogue, le traître à la solde de Dumbledore. Ce dernier fait n’étonna personne – après la chute du Maître, le fait que Rogue restât à Poudlard (peu importait les raisons évoquées) ne parlait pas pour lui.

Et à présent, le garçon contemplait le corps de Bellatrix avec une satisfaction qui tenait autant de la cruauté que de la fascination. Harry pouvait sentir son sang bouillir. Les sensations d’autrefois revenaient peut-être plus fortes et plus piquantes que dans son souvenir.

Harry Potter ne correspondait définitivement pas à ce à quoi on aurait pu s’attendre de la part du Survivant.

oooO0°0Oooo

Harry s’arrêta, sentant un regard sur sa nuque. Se retournant, il reconnut Croupton Junior flanqué par Rodolphus Lestrange. Ce dernier baissait les yeux, les relevait parfois pour lui jeter un regard vide, un peu hanté. Le blond étira les lèvres sur un sourire mince. Ses yeux délavés étaient fixés sur lui ; on aurait dit un vautour prêt à fondre sur sa proie.

- Et bien si je m’attendais à cela…

Harry ne bougea pas, se demandant s’il y avait quelque chose à répondre. Apparemment non, parce que le blond poursuivit le chemin, une main sur l’épaule de Rodolphus. Son rire résonna dans le couloir, un peu aigu, un peu forcé, un peu dément. Il se retourna encore.

- Merci.

Ca avait l’air de lui écorcher la bouche, car il eut un rictus de dégoût. Et il s’éloigna définitivement.

Harry le regarda s’éloigner, perplexe. Puis, il haussa les épaules et poursuivit son chemin, d’un pas tranquille.

oooO0°0Oooo

Harry s’était installé dans une vieille salle désaffectée depuis des lustres. Il avait souri en reconnaissant son ancienne chambre. En fermant les yeux, il pouvait revoir son lit, tel qu’il était, des années auparavant.

Une vague de nostalgie s’empara de lui.

Il regrettait le temps des cauchemars.

Lorsque le sorcier posait ses mains sur lui et le tirait loin de son monde de terreur, et, murmurant des promesses de morts et de souffrance pour ceux qui lui faisaient du mal, il le rendormait d’un sort apaisant. Harry aimait à penser qu’il était le seul être humain pour qui Lord Voldemort pouvait pratiquer une magie bénéfique. Et finalement peu importaient les motifs, Harry aurait donné n’importe quoi pour rester avec le sorcier. (Il lui avait tant manqué qu’il avait mal au ventre – au cœur – rien que d’y resonger).

Et c’était peut-être pour cela que Voldemort le gardait auprès de lui.

Il faudrait longtemps pour que les choses redeviennent comme avant. Mais être là, c’était mieux qu’être à Poudlard ou chez les Dursley.

C’était là où il voulait être.

C’était là qu’était sa place.

oooO0°0Oooo

Bellatrix siffla avec haine en examinant le garçon qui la toisait. Le petit arrogant semblait certain de sa supériorité, et cela lui donnait envie d’arracher ses beaux yeux verts, planqués derrière ses lunettes.

Il ne pouvait être qu’un espion, tout comme Rogue. Le Maître ne pouvait pas réellement lui faire confiance – le Maître ne faisait confiance à personne. La Mangemort était prête à parier que Dumbledore ne tarderait pas à montrer le bout de son nez crochu suivi de sa clique d’imbéciles heureux armés jusqu’aux dents.

Que cela ne tienne ! Elle était impatiente d’en découdre avec ces crétins. Et ensuite, elle arracherait les yeux du gosse et les donnerait en pâture à son hibou.

- Traîne pas dans nos pattes, gamin, dit-elle, les yeux brillant de haine.

Potter lui jeta un regard vide, complètement désintéressé. Puis il passa son chemin, sans lui adresser la parole, ni même une insulte. Il se dirigea vers les quartiers du Maître. Même s’il n’était venu que pendant l’été, il retrouvait son chemin avec une aisance incroyable comme s’il avait toujours vécu ici.

Elle serra les doigts autour de sa baguette.

- Laisse Bella, souffla Rodolphus à son oreille, en pressant son corps contre le sien. On a mieux à faire que de s’inquiéter du morveux. Quand le Maître se sera lassé de voir le Survivant à ses pieds, il le tuera.

Riant de cette perspective, Bellatrix ronronna.

- Mieux à faire, tu dis ?

Il répondit par un sourire carnivore. Bella frissonna d’anticipation, et ils transplanèrent ensemble.

oooO0°0Oooo

- Il attaquera bientôt.

La voix était lasse, basse. A peine un murmure dans la pièce ; pourtant tout le monde l’entendit parfaitement bien. Du désespoir, voilà tout ce qu’il y avait entre eux désormais.

Quelques secondes passèrent sans que quiconque n’ajoute un mot. Puis, Minerva ouvrit la bouche, sentant grandir dans sa poitrine une force qu’elle n’avait jamais fait que soupçonner.

- Très bien, dit-elle en relevant la tête. Albus, quelles sont les mesures à prendre ?

Sa voix était forte et assurée, comme lorsqu’elle expliquait devant une classe un principe de Métamorphose un peu compliqué mais rigoureusement exact. Kingsley et Maugrey se regardèrent puis commencèrent à faire des pronostics.

- Il faut en tout premier lieu cibler les points que Vous-Savez-Qui attaquera.

Le directeur de Poudlard ferma les yeux…

- Avons-nous des nouvelles des géants que Hagrid devait contacter ? Si nous avons peu de temps, il faut s’organiser, et très vite. Prévenir tous nos contacts à travers le pays. Je pense qu’on pourrait nous envoyer quelques renforts de France.

… et lorsqu’il les rouvrit, il était redevenu Albus Dumbledore.

Ses yeux bleus pétillaient, et une lueur s’alluma dans ses yeux. Une lueur impossible, qui leur redonnait courage et volonté. Son assurance était plus efficace que n’importe quel discours, et revoir Albus ainsi ragaillardit leurs cœurs. Minerva l’admira davantage ce soir là. Albus était merveilleux. Non, mieux que cela. Albus était magique.

- Il attaquera Poudlard, déclara-t-il d’une voix ferme. Nous ne pouvons pas compter sur le Ministère. Il les occupera.

oooO0°0Oooo

Le château se dressait devant eux, et il flottait dans l’air un parfum rance de triomphe.

-Vont-ils sortir ?

-Pas avant d’avoir évacué leurs chères têtes blondes.

Certains Mangemorts s’étaient rapidement inquiétés pour la sécurité de leur propre progéniture. Mais la majorité s’en moquait. Les dommages collatéraux ne les concernaient pas.

-Ils se mettront à l’abri s’ils sont malins, dit Lucius en haussant les épaules.

Il savait que Draco ne se mettrait pas inutilement en danger. Son instinct de préservation était tel que Lucius ne pouvait pas être inquiet. Puis il s’était tourné vers le château. Lucius n’aurait jamais cru que ce jour viendrait si vite après le retour du Lord Noir. Peut-être avait-ce un rapport avec le jeune Potter. Peu importait.

Un peu plus loin, Harry s’enveloppa davantage dans sa cape, pour se protéger du vent inhabituellement froid qui soufflait sur eux. Depuis deux heures, un sourire persistait sur ses lèvres et son cœur battait à toute vitesse. L’adrénaline gagnait tout son corps et c’était une sensation formidable qu’il aimait par dessus tout.

La soif l’envahit tout entier. La soif de pouvoir, de la magie coulant dans ses veines. Chaque nerf de son être semblait attendre la première décharge de magie noire.

Des cris sourds s’échappaient de la Forêt interdite, comme des avertissements ou des menaces, ce qui était sans doute le cas. Harry surprit à plusieurs reprises quelques Mangemorts se retourner et fixer la Forêt, comme s’ils s’attendaient à ce que quelque monstre en surgisse pour les attaquer. Le jeune garçon était déjà entré dans la Forêt. Et pour ce qu’il savait, les monstres qu’elle gardait n’en sortaient jamais. Il espérait que ce serait ainsi cette fois-ci, mais l’espoir était mince : Poudlard était en danger après tout. En danger mortel.

- Mulciber, siffla Voldemort. Vas-y. Jette la potion.

Un homma cagoulé s’avança. Il tenait à la main une fiole hermétiquement fermée. Il fit quelques pas et s’arrêta à une cinquantaine de centimètres du portail de Poudlard. Il pouvait presque sentir le champ de protection qui le protégeait. Il savait que s’il avait le malheur de toucher cette grille, sa main partirait en fumée.

Mulciber prit une inspiration. Puis il jeta la fiole de toutes ses forces sur le Portail.

La force de l’explosion fut extraordinaire. A tel point que le sol sembla trembler sous leurs pieds. Mulciber fut projeté plusieurs mètres en arrière. Sa tête heurta le sol, et il s’écroula, inconscient. Peut-être mort.

Il ne fut pas la seule victime de l’explosion, et un homme hurla, la cape en feu. Voldemort dissipa le bouclier qu’il avait érigé et s’avança vers le Portail. Un sourire sur les lèvres, il appuya juste sur la poignée et la porte s’ouvrit devant lui.

- Poudlard nous attend, Mangemorts, dit-il.

Les serviteurs de Voldemort entrèrent dans Poudlard sans un regard pour les hommes à terre.

oooO0°0Oooo

Il y avait un air de déjà-vu, sauf que cette fois, la surprise n’était pas de mise. C’était une attaque frontale, non moins brutale que la dernière.

Le portail avait été explosé à l’aide d’une Potion, une telle chose n’aurait pas dû être possible. La mort de Rogue signifiait aussi la mort des yeux et des oreilles d’Albus. Il n’avait aucun moyen – sinon son intuition – de prévoir les mouvements de leur ennemi.

Evidemment, il n’en dirait rien, car cela ne ferait qu’accroître la panique chez ses collègues et c’était la dernière chose dont il avait besoin. La première chose à faure était de mettre les élèves en sécurité, le plus loin possible, le plus vite possible. Il ne pouvait pas croire que Poudlard allait subir deux attaques en si peu de temps. Les pouvoirs de Voldemort ne pouvaient pas être revenus si vite.

Cela cachait quelque chose.

Quelque chose de mauvais

oooO0°0Oooo

/Harry sourit. Son visage a quelque chose de féroce.

-Le Basilic a survécu, en réalité. On ne détruit pas un tel monstre si facilement.

-Où est-il alors ?

Le sourire s’agrandit. On dirait qu’il est tordu à présent.

-J’ai enfermé son souvenir. Dans un livre.

Voldemort éclate de rire.

Avec le monstre, les cauchemars pourront renaître. Les plans prennent forme et c’est à deux qu’ils les préparent. Lord Voldemort ne parvient pas à s’en étonner./

oooO0°0Oooo

Ouvrir la porte de Poudlard recquérait un autre niveau de magie. Il y avait des centaines de mécanismes et de sorts qui protégeaient la porte des intrusions extérieures. Même si cela datait du Moyen Âge, la protection n’avait pas faibli.

- Reculez.

Ils obéirent, et, une dizaine de pas en arrière, ils se demandèrent comment le Maître allait résoudre ce problème. Ils avaient tous été à Poudlard et ils avaient tous vu au moins une fois cette porte fermée. L’ouvrir paraissait insurmontable. Que pouvaient-ils faire face à une magie millénaire ? Le pouvoir de Lord Voldemort irait jusque là ? Ils n’avaient pas envie de répondre à cette question ou d’y penser, de peur des conséquences qu’elle pouvait impliquer.

Il fallait une magie profondément mauvaise et puissante pour trancher les protections, pour trancher la volonté qui avait voulu défendre le château et ses occupants. Il fallait être mort au moins une fois pour oser tenter un acte pareil.

Voldemort leva sa baguette et prononça quelques mots en latin. Il ne criait pas, pourtant ils entendirent tous les mots, qui semblèrent s’éparpiller dans l’air, monter le long des pierres, s’insinuer dans les murs et les corps.

Les fenêtres devant eux explosèrent. Des milliers de morceaux de verre tombèrent comme une pluie transparente et meurtrière sur le sol en marbre et les pierres grises devant le château. La réaction se poursuivit en chaîne, et bientôt ce fut un, deux, trois, puis cinq vitraux qui cédèrent sous le poids des mots maléfiques.

- Vita per vita, mors per mors, protectare per destructere

Un vent étrange se leva, suintant d’étranges choses qui semblaient provenir tout droit d’un cauchemar.

- Travis, dit-il. Vas-y.

L’homme déglutit, sentant peut-être que quelque chose de mauvais allait survenir. Mais quoi que ce fût, ce n’était pas assez effrayant pour qu’il puisse vouloir mécontenter le Maître. Il marmonna un sort, sans plus songer à se rebiffer.

Son hurlement résonna longtemps dans les oreilles de ses compagnons, et le mur de pierre devint rouge.

- La voie est ouverte. Poudlard est à nous.

Quelques minutes plus tard, les Mangemorts envahissaient Poudlard.

Encore.

oooO0°0Oooo

La tension était devenue presque palpable dans la Grande Salle. Ils avaient tous compris que Lord Voldemort était venu pour Poudlard, et qu’il ne repartirait pas sans. Il allait entrer, comme il était entré une fois, comme il entrerait encore s’il le voulait. Dumbledore fit un signe au professeur qui coordonnait les évacuations. Celui-ci secoua la tête – les troisièmes et les quatrièmes années n’avaient pas encore atteint le Pré.

- Restez derrière les boucliers, ordonna Dumbledore. Nous allons les tenir éloignés d’ici, mais quoiqu’il arrive, ne bougez pas. Le sang a assez coulé ici.

Les élèves les regardèrent partir, quitter la Grande Salle. Le ciel magique au-dessus de leur tête était noir, comme ils ne l’avaient jamais vu. Des nuages verts chargés d’électricités couvraient le plafond, et semblaient bas. Ils étaient impressionnés, mais curieusement, également rassurés. C’était vraiment étrange, étant donné la situation.

Maintenant, il ne restait plus qu’à attendre.

oooO0°0Oooo

Il ne fallut pas longtemps pour que la panique gagne la Grande Salle. Regroupés derrière le professeur Chourave, les cinquièmes années attendaient que les élèves de premières et les deuxièmes années aient été évacués. Les tables avaient disparu et la magie crépitait autour d’eux – de gigantesque miroirs de protection avaient été levés.

Et ce n’était pas le professeur qui allait pouvoir rassurer les étudiants. C’était une petite femme et à cet instant, elle semblait frêle comme un roseau.

Ron sentit Hermione agripper son bras, et il regretta de ne pas pouvoir la serrer, très fort. Son cœur battait dans sa poitrine si fort qu’il pouvait l’entendre dans sa tête, un battement terrifié – je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir, je…

Ils étaient silencieux, personne ne se sentant d’humeur à parler. Ron pouvait voir quelques filles s’essuyer machinalement les yeux mais c’était calme, de ce calme qui précède toutes les grandes tempêtes.

Ron tourna la tête et vit Draco Malfoy, encadré de ses deux éternels accolytes. Il était un peu plus pâle que d’ordinaire, mais ses coins de lèvres étaient plissés comme s’il retenait un sourire. Et dire que ce type prétendait être l’ami d’Harry, qu’il avait même prétendu être inquiet pour lui lorsque Harry avait été à l’infirmerie pendant de longues semaines.

Ron devait définitivement éviter de penser à son ami. Etait-il seulement vivant ?

Puis le monde prit fin.

Et la seule pensée que put avoir Ron, à cet instant, fut que le groupe des troisièmes et des quatrièmes années avait eu le temps de partir. Ginny était en sécurité.

oooO0°0Oooo

Harry put dire le moment exact où Dumbledore ainsi que les autres professeurs l’aperçurent, baguette la main, marchant aux côtés de Voldemort. Son cœur s’accéléra quand ils échangèrent un bref regard.

Harry s’était souvent demandé ce qu’il see passerait à ce moment-là. Il avait imaginé les réactions de Ron et d’Hermione, de tous ceux qui occupaient son dortoir et qu’il détestait tellement, sans vraiment savoir pourquoi.

Peut-être avait-il aussi imaginé celle de Rogue à qui il avait voué une haine viscérale, qui, aujourd’hui encore, le faisait trembler de fureux – traître, traître, traître – mais il n’avait pas rééllement pensé à Dumbledore parce qu’il croyait que le vieil homme avait vu clair en lui, comme il avait su plus tôt que quelque chose clochait chez Tom Marvolo Riddle.

Harry sourit. Il avait envie d’éclater de rire. Les choses étaient redevenues ce qu’elles devaient être et il sentait que la connexion entre eux était revenue. La main sur son épaule en était un excellent rappel. Il déglutit – ce genre de gestes était aussi rare que précieux. Cela lui rappelait le temps des cauchemars et de la magie quand tout était si facile. Le genre de geste qui pouvait dire Je tiens à toi, Tu es là ou quelque chose comme ça. Ce que personne ne lui avait jamais dit. A part Lui, bien sûr. De façon complètement tordue ; comme lui.

oooO0°0Oooo

Le regard bleu de Dumbledore s’assombrit et les étincelles semblèrent disparaître rien qu’un instant.

On aurait dit de la complicité.

Albus se demanda quels signes il avait manqué. Mais c’était tellement improbable que malgré la preuvre flagrante qu’il avait devant les yeux – le sourire d’ Harry, la main de Tom sur son épaule, leurs airs triomphants – il ne pouvait toujours pas y croire.

Un demi siècle plus tôt, il avait compris, eut cette intuition trouble qui l’avait inquiété. Bien qu’il n’ait pas mesuré à l’époque la profondeur de l’abyme de folie dans lequel Tom était enfoncé.

Il n’avait rien vu.

Dumbledore ferma les yeux.

Cette fois-ci, il n’y eut aucun échange avant que les sorts ne commencent. Voldemort était venu gagner, et il n’avait pas besoin de dire quoique ce soit.

oooO0°0Oooo

- Vous ne bougerez pas d’ici ! cria le professeur Chourave. Vous êtes en sécurité.

- Le professeur Dumbledore…, tenta un septième année.

- … a besoin de savoir que vous êtes sains et saufs.

Les élèves se regardèrent. Les souvenirs de la précédente bataille leur revinrent en tête. Ron déglutit et se souvint du sang sur le sol. Il leva la tête, décidé. Il ne pouvait pas rester là à rien faire, il ne pouvait pas. Une voix au fond de lui murmura qu’il avait quinze ans, qu’il n’avait pas de pouvoirs, qu’il n’avait rien de particulier. Il n’était même pas intelligent. Il jeta un coup d’œil à Fred et George, à côté de lui. Ils avaient pris leur décision. La gorge de Ron se serra.

- Vous restez là à garder les jeunes, dirent-ils. Nous, on y va.

Les septième années s’exécutèrent. Il y eut même quelques Serpentards pour les suivre.

On y va.

Ron aurait voulu pouvoir y aller, lui aussi.

oooO0°0Oooo

La valse des corps qui tombaient était un morceau que Harry connaissait par cœur, et qu’il pouvait répéter à l’infini. Qu’il aimait répéter à l’infini.

Il fut à peine surpris de voir les septièmes années arriver en renfort. Une vague de regret l’étreignit une seconde à la vue de Fred et George.

Espèces d’idiots.

Ses anciens condisciples se figèrent en le voyant. Ils ne voyaient plus les sorts, la bataille, Dumbledore face à Voldemort qui vociférait et murmurait à tour de rôle des sorts meurtriers. Il voyait juste Harry. Harry à côté d’un Mangemort. Harry qui souriait. Harry de Son côté. Harry, le traître.

Sauf qu’il ne les avait pas trahi.

Harry était d’une loyauté à toute épreuve.

L’horreur sur leurs visages était délicieuse, et il n’arrivait pas à s’en lasser – sans doute n’en avait-il même pas envie. Tu es un traître, un traître, un traître. Tes parents, comment as-tu pu faire ça à tes parents, à ta mère qui est morte pour que tu puisses vivre. Tu es une abomination, tu es un monstre, tu pourriras en enfer et tes os tomberont en cendres. Comment as-tu pu ? Regards déçus, rictus amers, torrents de larmes, sans fin. Et peut-être là, quelque part, « je savais que quelque chose n’allait pas chez lui. »

Comment Harry aurait-il pu leur faire comprendre ? Qu’à ce moment de sa vie, dix ans plus tôt, les yeux rouges et la main tendue de Voldemort avaient été les seules choses qui l’avaient maintenu en vie. Il n’avait pas à se justifier, il n’en ressentait pas le besoin. Personne ne pouvait comprendre. Il ne se souvenait pas bien de cette nuit là, il restait juste des souvenirs de la terreur et de la souffrance qu’il avait enduré pendant des années, jusqu’à ce qu’un jour, elle s’arrête.

Comment auraient-ils pu comprendre les nuits dans le noir, dans le placard, les crises de claustrophobie ? Comment auraient-ils pu comprendre le souhait d’un garçon ? Combien de nuits avait-il voulu mourir ? Combien de nuits s’était-il imaginé que s’il mourrait, il rejoindrait ses parents, qui l’aimeraient sûrement, au moins un peu.

S’il n’avait pas rencontré Lord Voldemort cette nuit-là, Harry ne savait pas ce qu’il se serait passé. Il serait sans doute mort.

Lord Voldemort lui avait offert une nouvelle vie. Une raison de rester debout, de découvrir qui il était. Une raison de vivre, tout simplement.

Mais cela, ils ne pourraient jamais le comprendre. Alors Harry se contenta de sourire.

Ils ne signifiaient rien pour lui.

Le garçon leva sa baguette.

oooO0°0Oooo

L’angoisse eut tôt fait d’avoir raison des mesures de protection. Bientôt, les élèves quittèrent la protection de leur bouclier pour se rassurer les uns, les autres.

La Grande Salle était sombre ; la moitié des chandelles était éteinte depuis longtemps.

Les Serpentards sifflaient dans un coin, semblant sourds aux insultes qui volaient de temps à autres dans leur direction.

Show time, songea Draco, songeant à quel point Harry devait aimer ce moment. Ce moment où il pouvait être lui-même.

Puis il considéra Granger et Weasley, aggripés l’un à l’autre et sourit, s’approchant d’eux. Les rats quittaient le navire. Il sortit sa baguette, jouant avec elle, considérant sérieusement la possibilité de tuer ces deux crétins. Imaginer du sang n’était pas vraiment perturbant. Imaginer la mort ne l’était pas non plus. Il avait été préparé à cela toute sa vie. Tu dois faire ce que tu dois faire pour atteindre tes buts. Et si cela peut te procurer de l’amusement… pourquoi se priver ? Il n’y aura personne pour t’arrêter. Tu es un Malfoy. Nous sommes l’ombre du pouvoir depuis des siècles.

Et il les détestait tellement. Ils étaient tellement… jeunes. Idiots.

Ron recula contre le mur. Ils étaient deux contre un, et pourtant, le regard de Draco le pétrifiait. Il connaissait ce Serpentard depuis cinq ans, il l'avait vu prendre part à certaines de leurs aventures, rire avec Harry, prétendre qu'il était son ami.

Mais le regard du garçon était terrible à voir. Ses yeux délavés fixés sur les siens tandis qu'il s'approchait ne cillaient pas. Et Ron fut à peu près certain que Draco allait lui jeter la malédiction la plus horrible à laquelle il pouvait penser. Ils étaient jeunes pour pouvoir maîtriser les Impardonnables, mais Ron sentait que Draco connaissait d'autres sorts dangereux.

- Af-

Le Gryffondor ne pouvait pas le laisser faire. Sous les yeux choqués de ses camarades qui ne comprenaient sans doute pas ce qui était en train de se passer, le rouquin leva sa baguette à une vitesse qui le surprit lui même et qui devait sans doute beaucoup à l'adrénaline.

- EXPELLIARMUS ! hurla-t-il si fort que son cri sembla rebondir sur les murs, s'imprégner dedans.

Le filet de magie fonça sur le blond qui n'eut pas le temps de dresser une protection. Le sort le heurta de plein fouet ; et il ne perdit pas seulement sa baguette, il fut aussi projeté violemment contre un mur. Le bruit de sa tête percutant la pierre fut atroce à entendre. Personne ne douta qu'il était mort sur le coup, le crâne fracassé.

Les Serpentards se précipitèrent vers le blond, dont le sang avait aspergé les murs et le sol.

Ron resta pétrifié, les genoux tremblants, une terrible nausée lui prenant la gorge et le ventre.

- Viens, vite ! souffla Hermione.

Elle attrapa sa main, et sans plus réfléchir le tira hors de la salle, sachant que dès qu'ils auraient réalisé ce qu'il venait de se passer les Serpentards se lanceraient à leur poursuite.

La scène ne cessait de se rejouer dans son esprit, mais elle n'avait pas le temps de s'y attarder.

Il venait de tuer Draco Malfoy.

Il venait de tuer un être humain.

Il venait de tuer.

Il.

Ils n’avaient pas le temps de penser. La sorcière borgne et le Pré au Lard étaient leur seul moyen de fuite. Ils évitèrent le hall ; les bruits de la bataille leur parvinrent mais ils continuèrent leur course. Ils avaient bien trop peur de ce qu’ils pourraient voir.

oooO0°0Oooo

Dumbledore finit par crier à ses hommes de se replier. Ils allaient au devant d’un massacre.

Sauvez les élèves

Sauvez les.

Ses yeux cherchèrent Harry dans la foule et le sang. Harry.

- Tes forces diminuent, vieil homme, ricana Voldemort.

Il avait raison, ils le savaient tous les deux.

- Les tiennes aussi.

Dumbledore espérait que ce soit vrai. Un cri derrière lui…

- POTTER !

… lui brisa le cœur. Encore.

Il sentit qu’on l’agrippait par la manche. Il se tourna et vit son professeur de sortilèges. Flitwick se haussa sur la pointe des pieds.

- Les gamins sont partis. Fichons le camp d’ici !

Il ponctua sa remarque d’un sort qui fit voler le Mangemort le plus proche sur une vingtaine de mètres.

Dumbledore hocha la tête, sans cesser une seconde de regarder Tom. Il ordonna une nouvelle fois le repli et recula. Une formidable explosion couvrit leur fuite. Dumbledore se laissa entraîné.

oooO0°0Oooo

Hogwart is falling down,
Falling down, falling down,
Hogwart is falling down,
My Dark Lord (1)

Poudlard était à eux et cela semblait irréel. Ce n’était pas fini, ce ne serait pas fini tant que Dumbledore serait en vie.

Voldemort éclata de rire. Le rire grinçant s’infiltra sous les peaux. Harry avait aussi envie de rire, irrésistiblement. Voldemort se tourna vers lui. Harry s’accrocha à son regard et déglutit. Cela ressemblait à ce qu’il y avait autrefois, quand le Maître le regardait, particulièrement satisfait de ce que l’enfant avait fait.

Le Seigneur des ténèbres dégagea ensuite l’accès de la salle d’un geste presque nonchalant. Il semblait à peine agacé de la fuite de ses ennemis. Harry se demandait si le château allait leur poser des problèmes.

Harry glissa hors de la pièce, avec l’envie brusque de chanter la comptine du mouton noir.

oooO0°0Oooo

Il restait des élèves près de la Grande Salle. Nott se tenait contre un mur, le regard dans le vide. Crabbe et Goyle étaient assis par terre, silencieux. Et Parkinson pleurait. Elle marmonnait des malédictions incompréhensibles et ne s’occupait pas d’essuyer ses larmes. Quand Nott dit son nom, elle releva la tête. Ses yeux étaient humides ; elle inspirait à Harry un dégoût qu’il n’arriva pas à refouler.

- Potter.

Un silence.

- Ils l’ont tué, articula Nott. Weasley… et l’autre… Ils l’ont tué…

- Tué qui ? demanda Harry.

Il savait déjà la réponse. Parce que Draco était idiot, mais cela semblait impossible, car il était infiniment plus doué et intelligent que Ronald Weasley. Harry déglutit.

- Qui ?

Il retint de justesse un sort.

- Draco, laissa échapper Pansy dans un couinement pitoyable.

Harry eut soudain très froid.

oooO0°0Oooo

Le corps était lourd, il réalisait pour la première fois à quel point le poids du corps humain était pesant. L’autre qui tombait sur lui, son corps désarticulé sur le sien, son sang qui coulait, se mêlant à ses larmes, son corps encore chaud qui le recouvrait, son corps inerte, désespérément lourd.

Il n’y avait plus rien dans son regard, c’était juste un regard vide, terne, vitreux. Des yeux morts, éteints. Un filet de sang commençait à sécher au coin de sa bouche. Harry referma ses bras sur le corps désarticulé de son ami. Ses mains étaient noires, elles étaient rouges, elles étaient couvertes de sang – mais ce n’était pas le sien, c’était celui de Draco.

Draco, son unique ami. Son seul frère.

Draco, mort.

C’était une chose jamais envisagée, qui n’avait jamais appartenue au domaine du possible. Draco aurait dû toujours être là. En train de sourire, de mépriser, de faire des gestes hautains et agaçants.

Draco, mort.

Draco.

Finalement, il se leva. Il y avait du sang – le sang de Draco – sur ses mains, ses bras, ses vêtements et son visage. Mais il ne s’en souciait pas. Il se souciait juste de cette rage meurtrière.

Il voulait juste se jeter sur Weasley, Granger, sur quelqu’un. Sans baguette, peu importe, juste pour faire mal – mal – mal – mal. Rendre chaque coup donné – déchirer la peau, voir le sang couler – et peut-être que sa propre douleur partirait, au moins un peu.

Derrière lui, Lucius, grand et pâle, apercevait son fils, et le gamin du seigneur. Ses yeux froids s’écarquillèrent et il oublia de respirer, de bouger. Il n’avait pas besoin de s’approcher pour savoir, pour savoir que Draco était mort et s’il n’en était pas encore totalement certain, Pansy Parkinson dans les bras de Nott était une information assez précise pour confirmer ce qu’il savait déjà.

Son fils. Son seul héritier.

Qui ?

La question était inutile. Les Gryffondor. Draco avait dû faire quelque chose d’idiot, quelque chose qui lui ressemblait, et le résultat était étendu sur le sol, dans les bras de Potter. Une brusque nausée s’empara de lui alors qu’il pensait à Narcissa. Narcissa qui ne pouvait pas avoir d’enfants, Narcissa dont la seule joie était Draco.

Puis Potter releva les yeux et son regard tomba sur lui. Il ne pleurait pas mais le chagrin sur son visage était évident. « Je suis désolé, » articula-t-il. Il l’était vraiment, il ne l’aurait pas été plus s’il avait tué lui-même Draco.

Harry se leva, déposant délicatement la tête de Draco au sol. Lucius aurait pu lui dire que Draco s’en fichait maintenant, mais il n’était pas certain de pouvoir se fier à sa voix.

- Potter, commença Nott.

Harry leva une main pour l’arrêter. Il s’éloigna de Draco et s’arrêta devant Lucius.

- Ils ne vivront pas longtemps, dit-il simplement.

Lucius hocha la tête ; il sut tout d’un coup qu’il n’aurait jamais rien à redouter de la part d’Harry Potter. Puis il alla s’agenouiller devant son fils.

Il avait quinze ans.

oooO0°0Oooo

Draco fut enterré trois jours plus tard.

Harry écouta les chants avec l’impression de ne pas être vraiment là.

/Rest in peace… body and soul…/

Finalement, il partit, avant la fin de la cérémonie, emportant avec lui la vision de Draco enfermé dans un tombeau de marbre.

Il transplana, retrouva sans mal le chemin du château d’Albanie. Le château était pratiquement vide, la plupart de ses occupants étaient aux funérailles du fils de Lucius. Harry se demandait à quoi pensait Lord Voldemort.

Harry ne passa pas par la Grande salle. Il préféra retourner dans son ancienne chambre, celle qu’il occupait quand il était petit. Elle était vide et investie par les araignées depuis des années. Pourtant, il lui suffisait de fermer les yeux pour retrouver son lit, ses affaires,, sa chambre. Il ouvrit les yeux, regardant le plafond, admirant les dessins de serpents qu’il comptait le soir avant de dormir.

La porte s’ouvrit et Harry se redressa comme s’il avait été pris en train de faire quelque chose d’interdit. Lord Voldemort se tenait devant lui et Harry se sentit instantanément mieux.

- Viens.

Harry se leva. Ils sortirent ensemble de la pièce et la porte se referma derrière eux.

oooO0°0Oooo

Ils descendirent vers les donjons – l’un des prisonniers était susceptible de les mener vers Dumbledore, et Granger, et Weasley. Harry sentit les battements de son cœur s’accélérer tandis que le mage laissait sa main posée sur son épaule pour qu’il marche devant lui. Comme avant.

Lord Voldemort ne comprendrait sans doute jamais ce qui le liait à cet enfant. Ce n’était pas quelque chose qui pouvait se traduire en mots, cela passait par les regards et les gestes, par l’esprit et le sang. Les souvenirs semblaient appartenir à quelqu’un d’autre mais ça n’avait pas d’importance, parce qu’il ne pensait jamais au passé. Il n’y avait que l’avenir – le triomphe sur la mort ! – qui comptait.

Harry semblait connaître chaque pouce du château, comme s’il l’avait arpenté des milliers de fois, qu’il s’était réfugié dans chaque ombre et c’était peut être le cas.

Le Seigneur des Ténèbres se régala du désespoir dans les yeux du prisonnier qui reconnaissait Harry Potter. Potter qui venait de lui jeter un Endoloris, qui venait de briser son corps, qui allait briser son esprit et lui demandait de trahir ceux qui avaient été un jour ses amis. Parmi tous ceux qui auraient pu trahir Potter.

Finalement Harry ressortit, laissant derrière lui os cassés, sang sur les murs et un corps refroidissant sur une couche sale. Mais le sourire qu’il avait sur le visage montra qu’il avait obtenu les informations qu’il voulait.

Harry leva les yeux vers lui. Il ouvrit la bouche.

- Je vais rester ?

/Cauchemar qui le réveille. Hurlement. J’ai mal, mal, mal. J’ai peur, aide-moi. Main qui écarte les larmes, bras qui éloignent le cauchemar et qui serrent fort – fort – fort. Voix qui apprend, qui enseigne le sort qui rendra fort. Tu ne pleureras plus.

/Tu n’auras plus mal. C’est eux qui souffriront et tu les regarderas./

/Je serai toujours avec vous ?/

/Non. Mais on se retrouvera./

/Promis ?/

/On se retrouvera./

/Exclamation furieuse, voix d’enfant qui crie un sort. « Endoloris ». Hurlement de douleur. Corps qui se tord, qui frémit, qui se brise. Corps écartelé par douleur qu’il ne reste plus qu’à jeter./

/Un frisson parcourt les Mangemorts, mais Voldemort laisse faire, amusé par l’enfant terrible./

/Dites, je serai toujours avec vous ?/

- Oui.

Promettre cela, c’était comme ouvrir une porte. Et les promesses de Lord Voldemort n’étaient pas de simples mots. C’était.

Deux regards – un rouge, un vert – se croisèrent.

Il n’était plus seul.


F I N


(1) Comptine anglaise revisitée qui dit plus ou moins : ‘Le pont de Londres tombe, tombe, tombe, le pont de Londres tombe, ma belle dame’ (London Bridge is falling down,
Falling down, falling down, London Bridge is falling down, My fair lady.)


J’ai commencé cette fic en octobre 2004 et je la finis en janvier 2009. Je n’avais alors qu’une vague idée, juste lancée par un défi. Au fur et à mesure que les chapitres avançaient, les choses devenaient plus claires, le scénario plus complexe. La fin était un concept étrange et embrouillé, et j’y croyais pas trop.

Pourtant ça y est. C’est fini. Je suis un peu triste d’abandonner Harry et les autres ici, et en même temps incroyablement soulagée.

Pour finir je voudrai remercier tous les lecteurs. Parce que je ne crois pas que je serai allée si loin s’il n’y avait pas eu autant de mots gentils pour m’encourager, me donner des idées...

N’hésitez pas à me faire part de vos impressions sur ce dernier chapitre, et sur la fic en général.


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