Ni les personnages, ni les lieux, ni les situations ne m'appartiennent ;
tout est création de J.R.R Tolkien.
Peu avant de mourir aux mains de Sauron, Celebrimbor, le forgeron des Trois
anneaux des Elfes, est déterminé à ne pas avouer où ceux-ci ont été cachés,
réfléchit quelque peu à propos de sa (tristement) illustre famille et se
rappelle un épisode de sa jeunesse.
Arrivé au souvenir de Celebrimbor, les noms sont donnés en quenya, dans la
mesure où ledit souvenir se passe au tout début de l'arrivée des Noldor en
Terre du Milieu, alors qu'aucun ne parlait encore Sindarin. Voir la
traduction des noms à la fin.
Enjoy.
Difficile à écrire, ce texte. Non, pas tant que ça, en fait, au contraire.
Simplement, écrire tout le temps onGle au lieu d'onCle, ça peut finir
par.surtout si on parle beaucoup d'oncles.
Je ne serais pas contre des reviews, loin de là.
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Les Trois étaient en sécurité, se répétait-il sans fin. Gil-Galad et
Galadriel les avaient reçus, sans aucun doute, et eux sauraient quoi faire
d'eux. Ils savaient. Les Trois étaient en sécurité.
Les Trois étaient en sécurité, se répétait-il encore et encore, tentant de
calmer son esprit fiévreux de ces quatre mots, apaisants. Sans lesquels il
serait devenu fou.
Ils étaient en sécurité, et ils étaient tout ce qui comptait. Nulle chambre
d'acier ne les aurait gardé, mais maintenant, loin et, plus important,
secrets, ils pourraient toutefois être cachés, et endurer, quoique leur
créateur meure - et il savait qu'il mourrait. Suffisamment tôt, espérait-
il.
Folie, songeait-il. Folie que d'essayer de faire face à Sauron, folie que
de l'accueillir au commencement. Folie aussi que d'avoir forgé les Trois.et
pourtant il était incapable de le regretter. Parce qu'ils étaient son chef
d'?uvre ; celui qu'il avait pu accomplir une fois, et une fois seulement.
Trois joyaux, comme son grand-père avait sur en créer, en son temps. Non,
il ne voulait pas penser à son grand-père, à l'ombre terrible qui pesait
sur toute sa maison, ombre, mort, violence, désespoir, et à sa flamme, la
flamme qui avait consumé tous ses descendants, et surtout, surtout, cette
flamme si vive que tous ses ?uvres à lui paraissaient dérisoires. Il serra
les poings. Non, il ne voulait pas penser à son grand-père - il avait
rejeté son propre père, et ses crimes, longtemps auparavant, tenter de se
libérer de ce mélange fatal d'obscurité et de feu qu'avait été sa famille,
et voilà, que, des siècles plus tard, elle revenait. On ne choisit pas sa
famille, et on ne s'en débarrasse pas non plus, songea-t-il avec amertume.
Il haussa les épaules, geste dérisoire dans sa solitude, comme pour chasser
les ombres qui s'amassaient dans son passé, et ramena sa pensée aux Trois.
Si beaux.et non pas seulement beaux, mais aussi puissants. Oh, il
connaissait aussi la corruption que pouvait amener le pouvoir, mais ses
Trois ne corrompraient pas, non, ils ne corrompraient pas, trop beaux.et
pourtant - non, il ne voulait pas y penser ! - la beauté avait été la perte
de sa famille. Son grand-père, poussé à la folie par l'adoration démesurée
qu'il avait portée à ses propres ?uvres, les fils de celui-ci - il
s'interrogeait, parfois, quant aux véritables motifs de ses oncles et père,
s'ils avaient combattu, dans des batailles tant criminelles que justes,
pour la beauté elle-même ou simplement pour se défaire du monstre qui
s'emparait d'eux, et les poussait au pire. Il n'avait jamais trouvé la
vraie solution, naturellement. Elle avait disparu avec eux, dans leurs
tombes submergées, dans le sein de la terre et le long des grèves infinies
de Terre du Milieu. Il supposait que leurs motifs avaient toujours été
mitigés, naturellement. Rien n'était simple, tout noir ou tout blanc,
quelque chose que sa famille lui avait enseigné, à travers un père criminel
- mais son père tout de même, un père adoré comme tout père un temps -, à
travers un grand-père si grand et si meurtrier, à travers des oncles
indécis, parfois des plus nobles et parfois poussés au massacre.
Il y pensait toujours.quoiqu'il fasse pour tenter de se défaire de ces
sombres rêveries, le passé le rattrapait toujours.
Il entendit la porte de sa cellule s'ouvrir. Un frisson courut le long de
son échine. Il avait vu les effets de la torture déjà. Il ne leur dirait
rien. Ils pouvaient avoir les Sept, et les Neuf, mineurs, mais les
Trois.nul servant de Morgoth ou de Sauron ne mettrait la main dessus, non,
ils ne toucheraient pas les dernières ?uvres de sa main, les plus
puissantes et les plus chères à son c?ur.
Les joyaux avaient toujours compté, dans sa famille.
Alors qu'on le traînait, enchaîné, dans ce qui avait été son propre palais,
Celebrimbor ne put s'empêcher de se laisser absorber par un souvenir, issu
des temps anciens.
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Il étais assis auprès de son oncle. Makalaurë avait quitté son chevet peu
de temps auparavant, partant se reposer pour quelques heures, avant de
reprendre sa garde vigilante au côté de son frère aîné, qu'il quittait à
peine, quoique celui-ci passe la majeure partie de son temps à dormir,
constamment drogué, et le reste muet, sans réaction, ou bien délirant,
incompréhensible, criant sans cohérence, terrorisé par ce qu'eux ne
voyaient pas, souffrant de ce qu'eux ne pouvaient pas concevoir. Jusqu'à ce
que quelqu'un, Makalaurë le plus souvent, un quelconque frère ou cousin,
vienne, tentant de le calmer, et puis, en désespoir, presse contre ses
lèvres tremblantes une décoction fumante, le force à boire - quels poisons
avaient ils pu lui faire ingurgiter, dans les tréfonds de l'Enfer d'Acier,
pour qu'il rejette si violemment tout ce qu'eux pouvaient lui proposer - et
qu'il s'endorme à nouveau, de ce sommeil lourd, malsain, qui le faisait
ressembler à un mort, mais où ses hurlements ne les perçaient pas,
rappelant à ses frères que c'étaient eux qui l'avaient condamné - ils
n'avaient pas eu le choix, naturellement, mais Telperinquar sentait combien
ils se sentaient, au fond d'eux-mêmes, en dépit de la raison, coupables.
Mais pour l'heure, aucun d'eux n'était là, et Telperinquar était seul avec
son oncle. Observant à loisir, avec une fascination malsaine. Il laissa son
regard errer, passant, le c?ur serré, sur un corps trop maigre, jambes
brisées, mal cicatrisées durant sa captivité, qu'ils avaient du redresser -
les drogues n'avaient pas suffi, ses hurlements, son regard empli d'une
terreur insupportable, il avait du se croire de retour en Angamando, si
tant est qu'il ait jamais réalisé en avoir été libéré -, hanches et côtes
saillantes, cicatrices recouvrant sa peau, certaines anciennes, d'autres
plus récentes, ouvertes et rouvertes chaque jour par les roches aux arêtes
coupantes contre lesquelles son corps avait, pendant des années, été rejeté
par les vents, et la plus atroce, celle de son poignet droit à présent
moignon sanglant, enveloppé dans des bandages rougeâtres qui ne pouvaient
masquer la réalité poignante de son handicap.
Un frisson le secoua, alors qu'il revoyait soudain l'aigle, tombant du ciel
comme l'ombre vengeresse de Manwë - et pourtant, qu'il soient bénis,
l'aigle et son puissant maître ! -, Findekáno, tombant plus que descendant
de sa monture, secoué par d'irrépressibles sanglots, serrant contre lui une
silhouette sanglante et inconsciente, poupée de chiffons et de porcelaine,
fragile.
Pendant de longs jours, ils avaient craint pour sa vie ; et certains
avaient suggéré que la mort peut être serait plus souhaitable pour lui -
Findekáno avait avoué, pâle encore d'effroi et de chagrin, comment son
cousin l'avait supplié de l'achever. Mais les fils de Fëanáro avait perdu
leur père trop tôt pour voir leur frère mourir, tué finalement par les
tortures de Morgoth. Ils l'avaient soigné, sans relâche, sourds à ses cris
- il comprendrait, certainement, une fois revenu à la raison, il
reviendrait à la raison. Telperinquar préférait ne pas s'interroger, lâche
peut-être, mais trop jeune sans doute, trop inexpérimenté. Ce qui
l'arrangeait au plus haut point.
Son regard s'arrêta sur le haut du corps étendu devant lui ; épaules maigre
- celle de droite affreusement déformée, atrophiée -, bras couverts de
plaies sanglantes - il se força à stopper là, à ne pas laisser ses yeux se
poser sur le poignet droit emballé dans des bandages qui ne suffisaient pas
contenir le sang vomi par le moignon, jour et nuit -, nuque gracile -
Telperinquar remarqua avec effroi que, sur la courbe de sa nuque, les
vertèbres semblaient presque pointer hors de la peau ; au moins, elles
n'apparaissaient pas sur son dos, mais il était difficile de vérifier. Trop
de plaies. Telperinquar, d'un geste impulsif, ramena un voile de mèches
auburn sur le cou frêle de son oncle. Son regard s'attarda brièvement sur
la chevelure rougeoyante, emmêlée, encore tachée de sang et de sueur. Ils
vont devoir la couper, songea-t-il, d'une pensée dérisoire et futile,
imaginant des ciseaux glissant dans l'étonnante et rare chevelure cuivrée
de son oncle. Comme si on ne l'avait pas déjà suffisamment découpé, ajouta-
t-il mentalement avec amertume.
Le regard de Telperinquar se posa sur le visage de son oncle. Pâle, émacié,
les deux gouffres gris qui lui tenaient lieu d'yeux clos, mais pourtant à
peine altéré. Une seule coupure, profonde, mais qui devrait cicatriser,
traversait sa joue à la pommette saillante ; une autre s'effaçait déjà,
superficielle et discrète, sur son menton - un accident survenu lors de sa
libération, occasionné par un éclat jailli du couteau de Findekáno alors
qu'il se brisait sur la menotte qui enserrait son poignet. Pour le reste,
la beauté qui lui avait valu son nom n'était pas diminuée. Telperinquar
s'en étonnait. Moringotto n'avait pas hésité à voler les Joyaux de Fëanáro,
ni à torturer son fils aîné, mais ce joyau ci, l'un des sept chef-d'?uvre
de Fëanáro et Istarnië, il n'avait pas osé défigurer. Quant au dernier
descendant de Fëanáro et Istarnië, il s'interrogeait sans réponse quant aux
motifs tortueux du Noir Ennemi.
Telperinquar s'arracha à la contemplation de son oncle. Malsain. En quelque
sorte, ce spectacle, si paisible, lui semblait plus atroce que tout ce
qu'il avait pu avoir à présent - hormis les quais ensanglantés
d'Alqualondë, et sa propre culpabilité - ; il n'avait pas assisté à la mort
de Fëanáro, et ses oncles et père ne lui en avaient pas parlé. De ce décès,
il n'avait aperçu que les plaies soudainement ouvertes dans les yeux des
fils de Fëanáro, cette absence dans ces yeux gris si semblables à ceux de
leur père, le sentiment qu'ils n'étaient plus complets. Quelque chose de
gelé au fond du c?ur. Une flamme éteinte, quelque part au fond de leur fëa.
Mais il avait vu la mort de nombreux autres, il l'avait donnée lui même -
ne pas penser à Alqualondë.-, aux orques ; et il avait vu de nombreux elfes
mourir - pas Alqualondë.-, tués par les créatures immondes de Moringotto.
Mais dans le corps torturé de son oncle, sa folie, dans ses yeux brisés,
son silence comme ses cris, Celebrimbor devinait plus d'horreur encore. Une
horreur pire que la mort ; telle que la mort devienne souhaitable. Il ne
voulait pas imaginer ce qu'ils avaient pu lui faire. Et il ne guérissait
pas. Si peu. "Ce sont nos fëar, nos esprits, qui nous donnent notre pouvoir
sur la substance d'Arda, sur nos hroär. Ce sont grâce à eux que nous sommes
endurants, et prompts à guérir". La voix de son grand-père résonnait encore
à l'oreille de Telperinquar. Mais, récemment, son propre père avait ajouté
autre chose. "Mais le fëa de Maitimo est brisé. C'est pour cela qu'il ne
guérit guère, ou si lentement". Et ils n'étaient plus en Aman.
Telperinquar soupira, se relevant. Il se pencha au-dessus de son oncle,
essuyant son visage trempé de sueur par la fièvre, écartant une mèche
couleur de cuivre tombée sur son front, réarrangeant brièvement les draps.
Puis il se dirigea vers la fenêtre, contemplant mélancoliquement l'eau
grise, éclaboussée d'un soleil pâle d'hiver, de Mistaringwë. Cáno lui avait
recommandé de ne pas ouvrir la fenêtre, avant de partir se reposer. Maitimo
avait eu assez froid là-haut.
_Je ne leur ai pas dit.
Telperinquar sursauta, fit volte-face. Le visage de son oncle était
toujours fermé, ses yeux gris clos, mais ce murmure doux et rauque était
indubitablement le sien.
_Maitimo ?
Il retourna au chevet de son oncle, s'agenouillant auprès de lui, posa une
main fraîche sur son front brûlant.
_Je ne leur ai pas dit.
_Pas dit quoi, Russandol ?
Mouvement de lèvres presque imperceptible, respiration courte et faible.
Mais les mots de Maitimo s'étaient fait trop rares, ces temps ci.
_Ils voulaient savoir. Mais je n'ai rien dit.
Telperinquar passa la main à travers la chevelure rougeoyante de Russandol.
Il sentit brusquement ce qui le gênait particulièrement. L'inversion des
rôles. En Aman, Maitimo avait été l'oncle, une présence solide,
réconfortante, un confident parfois, l'adulte à qui il osait dire ce qu'il
ne parvenait pas à dire à ses parents. Sage et attentif, ardent mais doux,
réfléchi et courageux, prompt à la médiation, proche par sa douceur de sa
mère, par la vivacité de son esprit de son père. Un modèle, quelqu'un vers
qui il se tournait, souvent, de bon conseil, qu'il avait idéalisé.
Nelyafinwë, le troisième Finwë, son héritier à la troisième génération, ne
pouvait pas tomber, sa noblesse ne pouvait pas faillir. Pour Telperinquar,
que son oncle put montrer la moindre faiblesse était inconcevable. Lui
était le jeune, l'inexpérimenté, lui pouvait tomber, son aîné le
redresserait. Mais l'aîné ne pouvait pas être faible, jamais.
Nelyo, gisant frêle et vulnérable comme un enfant, alors que lui, son
neveu, le réconfortait autant que pouvait se faire était une aberration.
Mais, quelque soit le malaise qu'il éprouvait, il ne pouvait guère
l'abandonner à son sort. Il lui prit la main, étreignant ses longs doigts
inanimés.
_Ils voulaient savoir comment Atar faisait ses joyaux. Je ne leur ai pas
dit. Ils voulaient savoir, pour les Silmarils.
Telperinquar sentit tout Maitimo se contracter, se raidir, et son visage se
tordre sous la souffrance.
_Ils.ils m'ont menacé. Ils m'ont.blessé.
L'ancien effroi rejaillit sur lui, l'enserrant comme dans des cordes
gelées, des chaînes brûlantes, des mains à la force terrifiante, se
refermant sur lui pour le briser. Sa respiration devint brusquée, rapide.
Il sembla étouffer.
_Ils-
Maitimo s'interrompit, aspirant une grande bouffée d'air, comme s'il se
noyait.
_Tout va bien, tenta de rassurer Telperinquar.
Ironie cruelle de ces mots. "Tout va bien". Maitimo commençait à se
balancer doucement d'avant en arrière, prisonnier de sa terreur, puis plus
violemment. Telperinquar le saisit par les épaules, le forçant à reposer à
nouveau contre l'oreiller. Sentant ses tremblements convulsifs. Qui
l'ébranlaient jusqu'aux os. Telperinquar sentit la panique l'envahir.
_Ils- Ils-.
Il ne parvenait pas à le dire, tremblant, il ne voulait pas le dire,
submergé par l'obscurité, glacé.
_Ils m'ont.fait mal.
Fait mal. Dérisoire. Mots si faibles, pour l'indicible, l'ineffable
souffrance, qui n'avait pas besoin d'eux, qui émanait de lui.
_Shh. Tais-toi. Tout va bien. Personne ne peut te faire de mal. Tu es en
sécurité. Calme-toi. Russandol.
Maitimo retomba à demi, épuisé, sur l'oreiller blanc. Ses mèches rousses
étendues autour de sa tête comme une fleur de sang, au c?ur de neige.
_Mais je ne leur ai pas dit. Ils ont fait le pire, l'atroce,
l'insupportable, mais rien ne peut être plus douloureux, que là bas, la
montagne, ils ont tout fait, mais je ne leur ai pas dit. Il ne faut pas
leur dire, comment Atar fait ses joyaux. Il ne faut pas leur dire. C'est le
secret d'Atar. C'est notre secret, Atar me l'a dit.
Ses yeux étaient fermés, à nouveau.
_Il ne faut pas leur dire. Il ne faut pas leur dire. Il ne faut pas leur
dire.
Un murmure, doux, incessant, et Telperinquar, serrant ses épaules, se
tenait figé, hypnotisé, frappé au c?ur. Il ne faut pas leur dire. Cette
fois-ci, il ne put refréner les images qui lui venaient à l'esprit, corps
torturé, hurlements, leurs mains et leurs instruments de malheur, leurs
fouets, leurs machines, ses cris, son sang, brûlures, sans fin, jusqu'à ce
que son esprit soit brisé, par l'éternelle répétition des tortures, jusqu'à
ce qu'il en oublie son nom, jusqu'à ce qu'il ne sache plus rien, hormis
qu'il ne faut pas leur dire, et eux, le pressant de répondre, désireux
d'extraire de sa souffrance leurs réponses, et lui ne répondant pas,
quoiqu'on lui fasse, à travers l'atroce, parce qu'il ne faut pas leur dire,
Atar lui a dit, il ne faut pas leur dire.
Sa voix avait augmenté de volume au cours de sa psalmodie. A présent, il
criait à nouveau, il se débattait, mais Telperinquar n'en avait que faire.
Il ne faut pas leur dire. Maitimo avait donné son sang, pire, payé de sa
souffrance, pour qu'ils ne le sachent pas. Le secret avait été suffisamment
important à ses yeux, fussent-ils aveuglés par le désespoir et la douleur,
pour qu'il le taise, quelle que soit la torture qu'on lui inflige. Alors,
Telperinquar avait décidé de jamais, jamais ne leur avouer quoique ce soit,
quoiqu'on lui fasse.
_Il ne faut pas leur dire !
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Là, le souvenir de Celebrimbor se faisait plus vague. Il se souvenait avoir
été bousculé, un éclat d'or, Celegorm sûrement, calmant Maedhros autant que
pouvait se faire, puis Maglor, sans doute, lui chantant doucement jusqu'à
l'endormir. Depuis, naturellement, Maedhros avait guéri, et était mort,
comme tous ses oncles et père excepté Maglor, ce qui ne valait guère mieux.
Celebrimbor avait appris le suicide de son oncle peu après la submersion du
Beleriand, alors qu'il partait pour l'Eregion. La nouvelle l'avait touché
plus qu'il ne l'avait laissé paraître. Celui qui n'avait rien dit avait
finalement choisi la mort. Namárië.
Mais Celebrimbor s'était souvenu. Il ne faut pas leur dire. A présent, son
hroä n'était plus que souffrance, une masse tremblante de nerfs et de
tendons torturés. Inhabitable. Bientôt, il le sentait, son fëa
l'abandonnerait. En vagues infinies, incessantes, la douleur le lavait de
toute autre sensation, de tout autre sentiment. Mais quelque part, au fond
de lui, une voix infime lui criait qu'il avait eu raison, qu'il avait su
être fort. Qu'il ne leur avait pas dit, pour les joyaux, qu'il avait gardé
le secret. Les Trois seraient en sécurité.
Comme une corde trop tendue qui se casse et se détend brusquement, il
sentit que son fëa s'arrachait à son hroä, et la souffrance se dissipa.
Répondant à l'appel de Námo, Celebrimbor se laissa porter vers Mandos. Il
ne leur avait pas dit. Les Trois étaient en sécurité.
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Traduction des noms quenya :
Telperinquar : Celebrimbor
Cáno, Makalaurë : Maglor
Nelyafinwë (troisième Finwë), Nelyo, Maitimo (le gracieux, le bien formé),
Russandol (tête de cuivre) : Maedhros (le sens de ses noms quenya explique
certaines allusions dans le texte. Nelyafinwë, raccourci Nelyo, est le nom
donné par Fëanor, Maitimo celui donné par Nerdanel ; Russandol est un
surnom donné par ses frères et autres parents)
Fëanáro : Fëanor
Istarnië : (douteux) Nerdanel
Findekáno : Fingon
Mistaringwë : (douteux) Mithrim
Moringotto : Morgoth
Angamando : Angband
Atar : père
Fëa : esprit
Hroä : corps
Je pense que 'fëa' et 'hroä' sont à prendre dans un sens elfique assez
spécifique.
J'envisage vaguement une suite, impliquant Celebrimbor sous la forme
bannière de Sauron, Elrond, quelques autres.si ça vous semble souhaitable,
les reviews sont là pour ça, faites le moi savoir.
The author would like to thank you for your continued support. Your review has been posted.