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Angel of Seven Dreams
Author of 15 Stories

Rated: K+ - French - Adventure/Romance - Legolas - Reviews: 46 - Updated: 06-03-06 - Published: 04-24-04 - id:1833363

La prophétie des mondes

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Note : j'ai changé le nom de l'entraîneur d'Edhelwen. En effet à l'origine je n'avais pas Lindir en tête mais bel et bien Glorfindel... Désolée pour l'erreur.

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Chapitre 13 : Le rêve du sud

Le lendemain de l'altercation entre Legolas et le frère d'Edhelwen vit le retour du rôdeur Aragorn. Comme la plupart, il n'avait pas grand chose à rapporter, mais il assura que tous les rôdeurs étaient sur le qui-vive, prêts à agir en cas de besoin.

Arwen parut à Edhelwen un peu différente. Mais elle n'en fut pas surprise. Étrangement, elle s'était doutée avant même de les voir ensemble que quelque chose existait entre l'Elfe et l'Homme. Cela lui semblait à sa place et quelque part, la rassurait dans cette incertitude constante dans laquelle elle évoluait. C'était comme un repère immuable. Presque comme les présences des futurs membres de la Compagnie et d'Elrond.

En revanche, le premier regard qu'elle échangea avec le rôdeur – et futur roi, songea-t-elle – fut assez froid. Il ne l'en gratifia que l'espace d'une seconde avant de se détourner sans porter plus d'attention à l'Elfe surprise, brisant quelque chose qui n'était pas même construit. Pourquoi un tel dédain ? Que lui avait-elle fait ? C'était leur première rencontre...

Elle fit de son mieux, ce soir-là, pour cacher à son frère et à son ami le trouble qui l'habitait depuis ce regard. Avec Glorfindel, elle redoubla de volonté à l'entraînement, plus décidée que jamais. À croire que l'apparent mépris du rôdeur avait renforcé sa détermination. Elle progressait à une vitesse étonnante mais n'était toujours pas capable de battre l'Elfe qui lui servait d'adversaire, même à ses propres techniques qu'elle lui avait apprise dès leur premier entraînement.

Le temps passa très vite. À peine eut-elle le temps de comprendre, que déjà deux semaines s'étaient écoulées – et qu'elle apprit une nouvelle qui ne l'étonna qu'à peine.

Elle se trouvait avec Glorfindel dans leur petite cours de combat, et ils luttaient pour l'heure à mains nues. Elle n'y trouvait ni la grâce ni la fluidité qu'elle avait avec Legolas, mais ce dernier avait refusé de reprendre leurs affrontements. Et Glorfindel était malgré tout un combattant hors pair et un bon maître qui avait tiré des maigres enseignements d'Edhelwen un savoir dont elle n'imaginait pas la portée. Une fois encore, dans ce style qui n'était pas le sien, il était prêt de la mettre au sol. Edhelwen fulminait de sa faiblesse dans son propre domaine.

Elle devait au moins reconnaître à Glorfindel qu'il n'était pas un Elfe important pour rien.

Elle se retrouva soudain étalée au sol sans même avoir eu le temps de comprendre ce qui lui était arrivé, le souffle coupé. Glorfindel lui tendit aussitôt la main en souriant, mais elle se laissa retomber au sol, le temps de récupérer un peu.

-Vous progressez vite, ces derniers jours, remarqua-t-il.

-Mes blessures sont presque parfaitement guéries, précisa-t-elle, songeant qu'elle n'avait auc contraire fait aucun progrès.

Glorfindel hocha la tête. L'explication semblait lui convenir. En vérité, il connaissait les motivations de l'Elfe. Il les savait avant même qu'elle ne vienne le trouver pour le supplier de l'aider. Elle s'était tout d'abord tournée vers Lindir, celui qui l'avait trouvée dans la forêt alentour, et celui-ci lui avait conseillé de s'adresser à Glorfindel. Elle n'avait jamais semblé le regretter. Il était strict et fort, mais cela ne faisait que renforcer l'acharnement de la jeune Elfe.

Il se souvenait avoir été surpris, lorsqu'elle était arrivée devant lui. Il était en plein exercice avec d'autres, et elle n'avait pas hésité sur son identité, alors même qu'elle avait avoué ne l'avoir jamais vu. L'ayant parfois croisée par le passé, il en avait conclu que cela lui venait confusément de son passé, sans pour autant pouvoir s'en convaincre réellement. Il avait refusé au premier abord, et elle ne l'avait plus laissé tranquille jusqu'à ce qu'il accepte. Il avait aimé son opiniâtreté et avait fini par accepter. Il ne l'avait pas regretté non plus.

Malgré tout, il avait toujours en tête de la retenir le moment venu. Il savait qu'elle avait l'intention de se joindre à la Communauté, ayant un jour entendu par hasard l'Elfe se lamenter de la décision du Prince de Mirkwood. Après que celui-ci les ait surpris en plein combat, il en avait même discuté avec lui, et ils étaient parvenus à un accord. Glorfindel se voyait confier la responsabilité de garder Edhelwen à Fondcombe malgré elle et de veiller sur elle par la suite à la place de Legolas. Il était sûr qu'elle le rejetterait dès ce moment.

Le départ de la Communauté était proche. Bien que Legolas fit de son mieux pour cacher la nouvelle à Edhelwen, elle avait remarqué que son sourire s'affaissait peu à peu. Elle finirait par comprendre...

-Glorfindel ? Encore à rêver ?

La voix d'Edhelwen le tira de ses pensées. Elle le fixait en souriant, assise au sol. Il lui tendit à nouveau la main, qu'elle saisit cette fois pour se relever vivement. Elle épousseta légèrement sa tunique et se remit en garde.

-Je me demandais ce qui vous avait amenée à me faire confiance à ce point, répondit-il en attaquant par surprise.

-Traître ! s'écria-t-elle en riant, parant le coup avec facilité.

Il avait été plus stupéfait encore lorsqu'elle lui avait fait des confidences. Peut-être avait-il deviné ses véritables motivations, en tout cas elle les lui avait avouées.

Elle enchaîna un coup et bloqua la lutte.

-Vous la méritez, cette confiance, déclara-t-elle avec sérieux. Je ne suis pas seule à le dire, et je l'ai senti. Seulement...

Elle s'écarta d'un bond et revint à l'attaque.

-Seulement ? demanda Glorfindel tandis qu'ils combattaient sans relâche.

-Seulement à présent il faudra plus !

Elle sortit d'un bond léger de leur espace de combat et alla s'asseoir sur l'un des bancs. Glorfindel resta bêtement en garde, surpris.

-Que voulez-vous dire ?

-Je veux dire que... Le départ est proche, non ? Je le devine... à l'expression de Legolas, il est... plus distant, ces derniers jours. Frodon également, ainsi que les autres, ils ont tous le regard moins vif... Ils sont prêts à partir.

Glorfindel soupira. Ainsi... C'était prévisible.

-Ils partent sous peu, il est vrai... acquiesça-t-il à contre-cœur.

-Ne songez pas à me retenir.

Il ne répondit rien. Il savait pourtant qu'il aurait à lui faire entendre raison, il savait pourtant qu'il une promesse à tenir. Une promesse faite à un Prince. Mais... - Edhelwen leva vers lui un regard indéfinissable - à cet instant, il doutait de pouvoir la tenir.

-Vous avez dit... qu'il faudrait plus...

-C'est exact.

Elle se leva et s'approcha de lui, avec ce regard indéchiffrable mais décidé.

-Je vais avoir besoin de votre aide.

Comme Glorfindel l'avait deviné, il fut incapable de lui refuser ce qu'elle lui demanda. Il savait qu'il s'exposait à la colère de beaucoup, mais plus important, il savait qu'elle s'exposait à un grand danger. Pourquoi donc avait-il accepté de l'aider ? Ils s'entraînèrent plus et plus souvent, dans le plus grand secret, pas même Arwen n'était au courant de leurs rencontres plus fréquentes.

Vint le 25 décembre, et avec lui le départ de la Communauté.

Edhelwen ne put trouver le sommeil de la nuit. Elle resta allongée jusqu'au lever de la Soleil, parfaitement éveillée et, une fois n'est pas coutume, indéniablement en forme. L'approche du départ la rendait nerveuse. Elle avait entendu les allées et venues de tous jusque tard, organisant les derniers préparatifs. Elle se demanda furtivement pourquoi ces Elfes n'éprouvaient pas le même besoin qu'elle d'une nuit de repos, avant de se lever enfin et d'aller parcourir les allées de Fondcombe, songeuse.

Elle ne vit pas Legolas avant le soir. Elle avait espéré qu'il viendrait lui parler avant les adieux prévus au moment du départ, mais il l'avait au contraire évitée dès qu'il avait su avec certitude la date fatidique. Arwen et Aranor ne purent rien pour lui redonner un semblant de sourire. Elle passa le reste de sa journée avec Glorfindel, à faire ses propres préparatifs.

Puis, elle s'était présentée dans la grande salle du feu, parée d'une robe elfique sous laquelle elle avait déjà revêtu ses habits de voyage. Legolas ne fit qu'échanger un regard atristé et soucieux avec elle et disparut dans la foule. Elle ne le revit plus. Tâchant de ne pas laisser paraître sa nervosité et les larmes qui menaçaient devant cette scène éprouvante, elle enlaça tour à tour chacun des Hobbits qui lui firent un sourire d'excuse et se tint aux côtés de Bilbon jusqu'à ce qu'il fut l'heure. « Je n'aurai pu vous écouter conter ma propre histoire » songea-t-elle avec un pincement au cœur en regardant le vieil Hobbit. « J'aurais pourtant tant aimé connaître votre avis sur tout cela... »

-Je suis navrée, Bilbon, dit-elle avant d'avoir pu retenir ses paroles.

Le vieil Hobbit se tourna vers elle, étonné.

-De quoi voulez-vous donc vous excuser, Dame Edhelwen ?

Elle regarda à nouveau les quatre petits bouts d'hommes qui s'affairaient pour tromper leur angoisse et hocha la tête.

-De voir une telle chose vous arriver, à vous et à votre neveu, répondit-elle afin de détourner ses soupçons. Vous méritez mieux qu'un tel sort...

-Ne vous en faites donc pas pour ous, nous sommes plus solides qu'il n'y paraît, c'est Gandalf lui-même qui me l'a dit, conclut-il avec un rire sonore qui ravit les oreilles de tous ou presque.

Edhelwen sourit.

Ni Gimli ni Aragorn ne virent lui dire adieu, au lieu de quoi elle eut droit à deux regards qu'elle qualifia de méprisants et qui la brisèrent un peu plus. Dire qu'elle allait... voyager avec eux durant un long moment... Si quelqu'un ne devait jamais lui pardonner cela, ce serait bien eux. Pourtant elle resentait un tel besoin de se savoir acceptée parmi eux. Elle les respectait tant qu'elle ne pouvait envisager leur mépris à son égard sans avoir le sentiment de verser d'abondantes larmes intérieures. Boromir fut plus galant, adressant ses hommages à la demoiselle Elfe d'une élégante révérence, avant d'être remplacé par l'étreinte chaleureuse du vieux Gandalf, qui la surprit au plus haut point.

-Ne faites pas de folie, jeune Princesse, lui chuchota-t-il à l'oreille avant de s'éloigner.

Elle le regarda partir en se demandant s'il connaissait ses intentions. Ce n'étaient pas le genre de paroles que l'on prononçait à la légère, sans arrière-pensée. Soudain inquiète à cette idée, elle regarda brièvement son frère, qui paraissait quelque peu nerveux. Lui qui savait ce qu'elle avait en tête... Il était peut-être celui de tous qui risquait le plus de compromettre son plan. Elle croisa le regard de Glorfindel et baissa les yeux, mal à l'aise. Lui-même ne resta guère longtemps, sans doute rongé par l'incertitude que son comportement lui imposait. Comment affronter le regard de ceux que l'on s'apprête à duper si effrontément ? Elle ne le savait pas elle-même.

Ils sortirent enfin dans le silence du crépuscule et elle parvint à rattraper Legolas alors que la Communauté s'apprêtait à franchir les portes de la cité. Ce fut à cet instant que Boromir sonna de son cor, annonçant à sa façon le départ imminent – et peut-être aussi sa propre nervosité grandissante, visible à son regard troublé.

-Le cor... chuchota Edhelwen, le regard rivé à l'Homme qui expliquait à Elrond la raison de ce cri. Prenez garde au cor, Legolas, dit-elle sans comprendre d'où lui venaient ces paroles. Prenez garde à son appel et soyez prompt...

-Que voulez-vous dire ? demanda Legolas, dérouté.

-Prenez garde au temps et au ciel, ajouta-t-elle en le regardant cette fois droit dans les yeux. Prenez garde, prenez garde, le danger vous talonne déjà...

-Nous le savons, l'apaisa Legolas en posant une main sur sa joue, avec une sérénité qu'il était pourtant loin d'éprouver. Soyez sans crainte, nous seront prudents et discrets.

La jeune Elfe serra le Prince contre elle, sentant malgré lui ses hésitations. Elle voulait lui donner un peu de courage, mais peut-être était-ce inutile à présent. Il referma à son tour ses bras sur elle et déposa un rapide baiser sur son front. Elle soupira et lui murmura avant de s'écarter :

-Nous nous revverrons bientôt, promit-elle, sachant pertinemment qu'il ne comprendrait pas le véritable sens de cette affirmation.

-Nous nous reverrons, répéta-t-il. Ce n'est point un adieu, Princesse, je reviendrai lorsque tout sera fini.

Ils se fixèrent encore un moment du regard, il sembla vouloir s'avancer vers elle ou dire quelque chose mais se ravisa et rejoignit plutôt ses compagnons de route. Edhelwen crispa ses mains sur son cœur, regardant les légers tremblements qui agitaient les Hobbits malgré tout souriants, et l'assurance feinte mais vacillante des autres. Aragorn échangea un long regard avec Arwen, et Edhelwen la jalousa un court instant. Comme elle aurait aimé que Legolas lui laissa autre chose qu'un court regard sans signification et des paroles vides de tout sens commun...

Gimli s'impatientait, tapotant le sol de sa hache en bougonnant dans sa barbe. Boromir ne semblait se soucier que de la route qui l'attendait, et non des nombreux regards posés sur eux. Il posa une main sur son cor et l'autre sur le manche de son épée et prit le parti d'attendre sans un mot. Sam s'occupait du poney Bill, sans vraiment prendre garde au reste, Merry et Pippin discutaient avec leur animation coutumière, qui dissimulait très peu aux yeux perspicaces d'Edhelwen leur angoisse. Frodon, quant à lui, ne cherchait pas même à masquer son appréhension et l'oppression que le poids de sa quête engendrait chez lui.

Quant à Legolas, il évitait résolument le regard de son amie, dents et poings serrés. Il ne pouvait se résoudre à la laisser seule ici, mais c'était pourtant là la meilleure solution. Elle rejoindrait Valinor par le même bateau qu'Arwen, celle qui fut sa meilleure amie. Cela était pour le mieux.

Enfin, le seigneur Elrond fit un dernier bref discours et Gandalf marqua l'heure du départ d'un coup de bâton sur le sol. Toute la Compagnie tourna les talons sans un regard en arrière.

-Bo... bonne chance ! bégaya Bilbon dans le froid. Je ne pense pas que tu puisses tenir un journal, Frodon, mon gars, mais j'attends un récit détaillé de tes aventures à ton retour. Ne reste pas trop longtemps absent. Adieu !

A ces mots, Edhelwen sourit légèrement, les yeux brillants. Elle les vit s'enfoncer dans le noir, vers une quête qu'ils considéraient tous comme quasiment impossible, mais avec l'espoir dans le cœur. Une main passa dans son dos, la serrant contre un corps chaud. Aranor. Le large sourire qu'il arborait laissait facilement deviner le soulagement de la savoir près de lui, en sécurité. Elle se sentit honteuse. À cet instant, il avait une telle confiance... Et elle allait briser tout cela, la confiance de son frère, de son peuple, et leurs espérances, en un seul geste, un seul : un départ qu'elle seule souhaitait. Sans un mot, elle le serra brièvement contre elle et s'en fut, songer à son infortune, selon certains, se préparer à son propre départ, en vérité.

Elle retrouva Glorfindel dans leur petite cour d'entraînement, nochalemment adossé à un arbre, bras croisés. Il s'en écarta à son arrivée et s'approcha d'elle alors qu'elle vérifiait à nouveau son sac à dos.

-Voulez-vous toujours poursuivre votre idée ? demanda-t-il.

-Plus que jamais, répondit-elle. Ma place est avec eux. Glorfindel, appela-t-elle en lui tournant le dos, voulez-vous m'aider ?

Il la débarrassa de sa robe légère et elle apparut vêtue d'une tunique couleur de terre et d'ambre, prête à partir.

-Je reconnais bien là vos couleurs, Princesse, remarqua Glorfindel en lui nattant les cheveux après qu'elle se soit assise sur le banc de pierre. Brun et ambre...

-Le brun en l'honneur de cette terre qui nous porte en son sein, et l'ambre car c'est la couleur qui m'a été attribuée à la naissance, répondit machinalement Edhelwen en observant son anneau d'or ambré.

-Je suis surpris que vous vous souveniez de ce genre de détail...

Edhelwen sursauta légèrement, prenant conscience de ses paroles.

-Je... A dire vrai, moi aussi...

-Ne savez-vous toujours pas la raison de ces lys ?

-Je dirais... Puisque le lys est un symbole de royauté...

-Je n'ai jamais entendu dire cela.

Edhelwen ne répondit pas, et une heure s'écoula en silence. Puis enfin, elle décréta qu'il était temps pour elle d'y aller. Elle n'avait que trop perdu de temps, et il deviendrait plus difficile de les retrouver à mesure que le temps passait. Elle mit sac à l'épaule avant de rejeter ses longs cheveux dans son dos. Les quelques nattes de Glorfindel les empêchaient de revenir sur son visage. Ils se dirigèrent sans bruit jusqu'à la sortie de la cité. Puis s'assurant que personne ne pourrait les voir, ils se firent leurs adieux.

-Merci, Glorfindel, merci pour tout, dit-elle en l'embrassant sur la joue. Sans vous, jamais je n'aurais pu y parvenir. Peut-être ne suis-je pas encore assez forte, mais il est temps d'y aller, qu'on le veuille ou non.

-Vous n'êtes pas faible, Princesse, rétorqua l'Elfe. Vous avez la force suffisante pour combattre les obstacles qui se présenteront à vous.

Elle sourit.

-Merci, Glorfindel. Adieu, je suis navrée de vous mettre dans une situation difficile...

-Ne vous en faites pas, et partez, dit-il en la poussant vers le chemin. Plein sud, ajouta-t-il alors qu'elle ouvrait la bouche. Adieu, Princesse, et que les Valars soient avec vous.

Enfin, elle hocha la tête et partit. Sans remords. Elle n'avait pas besoin de s'en encombrer, Glorfindel lui-même avait clairement signifié qu'il n'y avait rien de plus à dire.

S'armant de tout son courage et de toute sa volonté, elle prit la route et tâcha de son mieux de rattraper la Compagnie. Ils avaient déjà une bonne avance, mais elle savait instinctivement où se diriger et, au bout de deux semaines, elle put souffler un peu. Ils étaient juste devant elle. Elle prit le même temps de repos qu'eux, sachant à présent que son intuition ne la trompait pas et qu'ils n'étaient guère suffisamment loin pour la perdre. Elle était épuisée. Elle avait marché vite et peu dormi, dans un décor qui semblait ne jamais vouloir changer et avec un vent si glacé qu'elle pensait souvent ne pas pouvoir le supporter plus longtemps.

Puis, le temps changea et la troupe s'arrêta pour la journée dans un profond creux. Edhelwen, fatiguée, les pieds douloureux et les poumons sifflants, se dissimula sous des arbustes, à un endroit d'où elle pouvait toujours au moins apercevoir les contours du creux. Elle avait longtemps craint que Legolas, avec ses yeux et ses oreilles d'Elfe, ne vienne à la découvrir durant le voyage, mais il semblait après tout qu'elle avait acquis la discrétion de ce peuple.

Installée le plus confortablement possible dans ce recoin hostile, elle écouta vaguement leurs discussion tout en grignotant un peu de ses vivres. Lorsque Aragorn insista sur le silence pesant de la région, inhabituel, selon lui, elle se retint à temps de sursauter. Ainsi donc lui-même possédait des sens aussi aiguisés... Elle devrait faire plus attention à l'avenir. Elle ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il dit :

-J'ai une impression de vigilence aux aguets que je n'ai jamais eue ici auparavant.

« Peut-être est-ce moi... peut-être pas » conclut-elle en retrouvant son sérieux. Elle leva le regard au ciel, mais rien n'était visible si ce n'était le ciel bleu du matin. Elle se renfonça dans son abri et se laissa emporter par le sommeil malgré le silence pesant qui finit par s'installer. Ils ne partiraient pas ce soir-là.

Ce fut du moins ce qu'ils décidèrent, mais lorsqu'elle s'éveilla à la nuit tombée, force fut de constater qu'ils avaient revu leur jugement.

Le passage des Crébain, yeux de Saroumane, lui resta parfaitement inconnu.

A mesure que la Compagnie se dirigeait vers le Caradhras, Aragorn et Gandalf devenaient nerveux. Ils n'arrivaient pas à décider de leur itinéraire, maintenant qu'ils étaient convaincus que la Trouée du Rohant était surveillée. Ils avaient le choix : le col enneigé ou le passage sombre et secret qu'ils craignaient devoir traverser. Caradhras ou la Moria.

Legolas n'émit aucun avis, se contentant de suivre la Compagnie. Il avait encore à l'esprit ses adieux à Edhelwen, si brefs et distants. Que ne lui avait-il au moins laissé quelque chose de lui, une quelconque babiole ! La reverrait-il un jour, à Valinor ? Y irait-elle même ? Tant de questions l'obsédaient, de regrets... Quelque part, au fond de lui, il espérait qu'elle les ait suivis... mais, plus raisonnablement, il priait les Valars que Glorfindel soit parvenu à la retenir. Il ne pouvait en être autrement. Comment pourrait-elle braver de si grands dangers dont lui-même ignorait tout ? Peut-être avait-elle été guerrière, autrefois, mais cela appartenait à un passé révolu depuis longtemps.

-Vous semblez vous faire beaucoup de soucis, mon ami, lui dit soudain Aragorn, se mettant à sa hauteur. Cela n'a aucun lien avec notre destination, n'est-ce pas ?

S'il fut surpris, Legolas tâcha de ne rien en laisser paraître.

-C'est exact, répondit-il simplement.

-Auriez-vous laissé derrière vous...

-Quelqu'un, coupa Legolas. Peut-être. Seulement l'espoir de mon peuple, pour qui je crains le pire, comme tous les miens. Elle est en sécurité... Il neige, reprit-il, coupant court à la discussion.

En effet, alors qu'ils continuaient leur ascension du Caradhras, la neige commença à tomber. Puis, peu à peu, devint une véritable tempête.

Alors qu'elle s'approchait des montagnes, guidée par son instinct, Edhelwen vit bientôt se dessiner devant elle une grande montagne au sommet blanchi.

-Caradhras le Cruel... murmura-t-elle en l'observant attentivement. L'ai-je déjà traversé, par le passé ?

Incertaine quant à la réponse, elle posa son sac au sol et s'y laissa tomber. Elle n'en pouvait plus. Elle avait marché et marché pour les rattraper, mais, assise au bas de la route, elle avait la certitude qu'ils étaient déjà haut dans le col. Quelque chose lui disait qu'elle devait attendre un moment. L'allure générale de la montagne ne lui plaisait pas, il valait mieux attendre que le vent se calme ou qu'ils redescendent.

« Quelle idée, songea-t-elle. S'ils redescendent, ce sera certainement de l'autre côté. »

Epuisée mais ne parvenant pas à s'endormir, et n'ayant rien d'autre à faire, elle sortit l'épée que lui avait confiée Glorfindel et commença ses échauffements.

La tempête grossissait, il devenait impossible d'avancer tant le blizzard était opaque et le vent glacial. Les Hobbits étaient déjà moitié enterrés sous la neige, ainsi que Gimli, et même les plus endurants commençaient à peiner. Seul Legolas était peu ralenti, mais il craignait parfois que, non protégé par l'épaisse couche de neige, le vent ne vint à l'emporter dans le vide.

-Il faut faire demi-tour ! implora Boromir dans le mugissement de vent. Ce sera la mort pour les Semi-Hommes si nous continuons !

Abrités sous un très court auvent de roche, la Compagnie attendait l'avis de leurs guides. Aragorn et Gandalf se consultaient du regard. Ils savaient ce qui les attendait si la montagne leur refusait le passage. Ils avaient déjà fait brûler quelques fagots de bois qui ne les aideraient pas à dissimuler leur présence, mais même cela avait revêtu une moindre importance. C'était dire l'état de danger dans lequel ils se trouvaient.

-Redescendons, alors, consentit Gandalf. Le Caradhras ne nous a pas pardonné.

Il fut convenu qu'Aragorn et Boromir traceraient le chemin dans la neige, pour faciliter la route des plus petits, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau praticable. Et ils rebroussèrent chemin, dans le silence et le vent sifflant et enneigé.

Non, ils ne passeraient pas le col. Mais la route alternative n'éétait peut-être pas meilleure.

Ereintée à force d'efforts physiques, Edhelwen jeta son épée au sol après plus d'une journée entière d'entraînements en tous genres, entrepris afin de tromper son ennui – et peut-être, dans une moindre mesure, ses inquiétudes. Ses muscles douloureux l'élançaient désagréablement et tout son corps était chaud. Elle se laissa tomber à genoux devant son sac et but une longue gorgée d'eau, avant de soupirer de satisfaction. Diantre, quelle soif !

Elle rangea son épée et installa son équipement à l'abri de tout regard, puis, après une dernière longue observation du col qui semblait à la fois l'appeler et la repousser, elle étouffa un bâillement et laissa le sommeil l'emporter. Sans qu'elle n'en comprenne vraiment la raison, elle avait confiance en son choix. Ses quelques heures d'attente ne serviraient pas à rien, elle en avait la conviction.

Malgré le repos qu'elle voulait s'accorder, elle ne put empêcher ses pensées de vagabonder. Elle repensa aux cartes qu'elle avait étudiées, afin de tenter de se rappeler de ces terres qu'on lui disait avoir parcourues si souvent. Le nom du Gouffre de Helm avait éveillé quelque chose en elle, une image s'était imposée à son esprit, et elle avait su qu'elle le connaissait. Etait-ce un souvenir ? Une réminiscence de son passé ? Ou une simple hallucination de son esprit si tourmenté par cette mémoire capricieuse ?

Pourtant... Elle avait vu... De hautes montagnes... surplombant un immense gouffre... Un fort protégé par ces barrières naturelles et de grandes murailles... Elle s'installa pus confortablement et ferma les yeux. L'image se précisait à mesure qu'elle y réfléchissait, mais l'engourdissement la prenait. Derrière la muraille, le for s'élevait d'un côté, laissant une vaste place inoccupée... traversée par une rivière près de laquelle s'affairaient quelques femmes... Des paysans... Des gens qui n'avaient pas leur place en un tel lieu, sauf en cas de force majeure...

Elle se retournait vers le for... le For le Cor... Il arborait à cet instant une immense tour de pierre rosâtre du plus mauvais effet... Des balcons uniformes aux arrêtes tranchantes formaient des protubérances rectilignes à intervalles réguliers... Elle ne put s'empêcher de grimacer à cette vue. Elle se retourna alors, afin d'échapper à cette vue.

Mais d'autres structures tout aussi monotones et informes l'entouraient. Des baraquements de toutes couleurs, de toutes tailles... de toutes formes... Des abris aux pierres invisibles... au murs unis... aux portes de couleurs vives... aux fenêtres régulièrement espacées...

Le sol s'était changé en pierre plate et polie, uniforme sur une surface longue et étroite, d'un noir montrueux... Elle recula, horrifiée. De monstreuses carioles la frôlaient de toutes parts... Le bruit, atroce, lui vrillait les oreilles... Elle se prit la tête dans les mains et se laissa retomber à genoux sur le sol. Comment se protéger de telles abominations ? Comment se sentir à l'abri ?

Elle poussa un hurlement de terreur et ouvrit brusquement les yeux. Au-dessus d'elle, les branchages d'une épais arbuste la protégeait du soleil et de la vue d'ennemis potentiels. Ennemis qui étaient là, noyant le ciel d'une tache sombre et vivace. La respiration halletante, Edhelwen se redressa pour observer le lugubre balai des oiseaux qui ne pouvaient la voir et provoquaient dans l'air un vacarme vrombissant. Des Crébains. Des Crébains...

Mais qu'était-ce alors que tout cela ?

La panique retombant d'un coup, ses muscles se détendant lentement, elle se laissa retomber au fond de sa cachette et versa de silencieuses larmes.

Fin du chapitre 13...



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