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Anyssia
Author of 22 Stories

Rated: M - French - Mystery/Angst - Severus S. & Harry P. - Reviews: 34 - Published: 01-03-05 - Complete - id:2203001

Défi #Y7 : du site Ombre&Folie :

(D'après une idée de Shinia Marina.)

« Se promenant un soir en toute illégalité sous sa Cape d'Invisibilité, Harry tombe sur un Snape en bien mauvais état et l'aide à regagner ses cachots… où il découvre un peu beaucoup surpris que son professeur adoré est un vampire. Essayant d'oublier leur inimitié, ils vont tenter de parvenir à un accord qui leur sera à tous deux profitable. »

Pairing : Snape/Harry.

Rating : PG-13, R ou NC-17.

Condition : intégrer un Harry Calice de Snape ( petite réserve de sang personnelle).

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Échanges de bons procédés

Par Anyssia
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21/12/2004

YAOI / Slash – HPSS - ! Lemon

Base : Harry Potter 1 à 5, mais il se peut que je modifie honteusement l’ordre chronologique : de toute façon, je suis une fanfiqueuse alors je fais ce que je veux avec les bouquins, na ! En clair, il est possible que j’utilise des infos du bouquin 5, alors que je garde Sirius Black en vie.

Disclaimer : Les personnages et le contexte sont la propriété originale de J.K. Rowling. Cette variante du scénario par contre m’appartient entièrement. Je ne reçois pas d’argent sur ce travail.

Autres : Cadeau pour Procne pour m’excuser de ne pas lui avoir écris durant les vacances, pardon >. !

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Il est tard, au moins deux heures du matin. Pourtant, je suis encore éveillé, sillonnant les couloirs de Poudlard, à l’abri sous ma Cape d’Invisibilité. Je n’ai pas peur d’être surpris par un professeur, ou plutôt, je m’en fiche. D’ailleurs, je n’ai même pas pris la carte des Maraudeurs avec moi.

J’ai dix-sept ans et je fais des cauchemars. C’est d’un pathétique.

En même temps, qui pourrait se vanter d’avoir vécu (et survécu) à autant de duels que moi ? En six années d’études à Poudlard, j’ai affronté huit fois Voldemort. D’autant que la dernière fois à été la bonne. Et oui, prosternez-vous, mesdames et messieurs, devant le Sauveur du Monde Sorcier, celui qui a rayé Voldy de la carte un 16 juillet 2001.

Après cela, bien sûr, les fêtes, les congratulations, les cérémonies...

Mais, les gens sont très prompts à oublier ce qui leur fait du mal.

Il y a ceux qui se complaisent dans leur rôle de victime des Mangemorts, pleurent, crient, se plaignent...

Il y a ceux qui effacent les mauvais souvenirs de leur mémoire et repartent sur de nouvelles bases...

Et il y a ceux qui mixent les deux et se servent de leur soif de vengeance pour débarrasser le monde sorcier de ses derniers déchets.

Dans tout cela, il y a moi, qui, une fois l’euphorie de la victoire retombée, ai retrouvé le chemin de l’école, mes livres dans une poche, mes cauchemars dans l’autre.

J’ai dix-sept ans, et j’ai tué un homme. C’était un monstre au sens inhumain, psychologique, du terme. Pourtant, il a saigné, il a crié, il a supplié. Et moi je l’ai anéanti, froidement, cruellement, sans prendre conscience de la réalité.

Et ils m’ont félicité. Ils m’ont porté aux nues. Ils m’ont célébré.

Et ils m’ont oublié. Harry Potter a vaincu Voldemort. Bien, parfait. Mais maintenant, que va-t-on faire de Harry Potter. Le renvoyer chez ses moldus. Cela n’est pas vraiment une façon de remercier un héros, ou du moins, pas avec ces moldus-là.

Finalement, il a été décidé que je terminerais ma scolarité à Poudlard, comme j’aurais dû le faire si rien n’était venu troubler notre tranquillité. J’ai accepté, étrangement détaché de tout cela. Il serait toujours temps d’aviser durant ces quelques mois.

De toute façon, tout le monde sait que Harry Potter va devenir Auror.

Pour le moment, Harry Potter rumine ses pensées moroses en tentant de retenir ses paupières qui désirent se fermer pour emmagasiner enfin le sommeil dont manque son corps.

Mais je ne veux pas me coucher. Quand je m’allonge, j’entends des cris. Et je vois du sang. Et des éclairs verts. Et des cadavres.

Et j’entends la voix de Fudge qui me félicite et s’extasie devant mon choix de carrière. Ou plutôt, son choix de carrière.

Personnellement, je pense faire suffisamment de cauchemars. Mes longues veilles m’ont au moins permises de comprendre certaines choses... Oh, des détails insignifiants, comme par exemple que je souhaitais pas me réveiller toutes les nuits en pleurant, en me remémorant ce à quoi avait servi ma baguette dans la journée.

M’enfin, pour l’instant je n’ai pas d’autre idée d’avenir, donc je me contente d’arpenter les couloirs des cachots, à l’abri dans la calme fraîcheur des couloirs. Cela fait tellement de bien d’oublier l’agitation de la journée, les yeux brillants de mes amis à chaque fois qu’ils se tournent vers moi. La routine.

Pour eux, je suis juste Harry, celui qui les a débarrassé de Tu-sais-qui. Mais quoi que je puisse dire, je ne suis plus juste Harry. Ils ne savent pas ce que c’est de tuer. Ils ne savent pas ce que c’est de cauchemarder en permanence. Je ne leur ai rien, je ne veux pas de leur pitié en plus de tout.

Et une fois de plus, je me retrouve ici, à scruter la nuit. J’ai découvert cette porte-fenêtre il y a une semaine, lors d’une de mes expéditions anti-cauchemar dans les cachots. Sur le coup, j’ai faillit la rater, le noir de la nuit ne dépareillant pas avec l’obscurité des couloirs. Mais un éclat avait attiré mon attention et me voici, à nouveau assis près d’elle, les yeux dans le vague.

Je me suis souvent demandé comment cette porte-fenêtre pouvait se trouver là, mais j’ai finalement laissé tombé, Poudlard étant Poudlard. Mais j’aimerais quand même bien savoir à quoi elle sert, n’étant certainement pas là par hasard...

J’ai à peine le temps de terminer ma pensée qu’un mouvement dans l’obscurité me sort de mon état somnolent. Je me recroqueville contre le mur, inquiet malgré tout. Je ne bouge plus et scrute à nouveau les ténèbres du parc, mais il n’y a plus rien.

J’attends encore un moment, vaguement effrayé, et les secondes s’égrènent lentement. Et alors que je suis sur le point de me relever, riant presque de ma peur irrationnelle, une masse sombre s’effondre contre le carreau, m’arrachant un cri de terreur.

Je recule précipitamment, dépliant maladroitement ma Cape et après plusieurs essais infructueux, je parviens enfin à la passer par-dessus mon corps.

Pourtant, cette créature me fascine malgré moi, et je reste dans le couloir au lieu de m’enfuir, tentant vainement de fondre dans le mur auquel je suis adossé. Je suis toujours face à la porte, mais l’ombre ne bouge plus, à moitié affalée devant les vitres. J’attends encore, mon inquiétude se transformant en curiosité. Snape m’a toujours dit que mon indiscrétion me perdrait. Il avait probablement raison.

En tout cas, je veux savoir ce que c’est. Je bouge ma main, m’apprêtant à attraper ma baguette, lorsque soudain la forme se remet en mouvement. J’ai juste le temps de voir une chose blafarde se lever vers le milieu de la fenêtre avant qu’un flash de lumière vive ne m’aveugle.

J’ai sentit la magie, et comme pour me donner raison, la porte s’ouvre, par à-coups, sans bruits. J’entends un halètement précipité, puis la masse informe bascule dans le couloir.

Elle ne bouge plus, et je relâche silencieusement mon souffle, m’apercevant que j’étais en apnée. Réellement plus aucuns mouvements, mais pourtant j’entends toujours sa respiration erratique.

Je commence à m’inquiéter. Si c’était bien de la magie que la créature a utilisé pour entrer, et si elle respire, c’est forcément un être vivant. Et un être vivant magique. Et donc probablement un humain, ce qui expliquerait la chose blanchâtre que j’ai aperçu avant le flash, c’est-à-dire, une main.

Fort de ces constatations, je me redresse complètement, agrippant ma baguette. Si quelqu’un essaye de rentrer dans le château discrètement, cela ne peut être qu’un Mangemort. Donc je dois m’en débarrasser tout de suite.

Je m’avance quand même, ne voulant pas commettre un meurtre sur des présomptions.

Je ne suis plus qu’à quelques dizaines de centimètres quand un courant d’air passe par l’ouverture et fait voleter ma Cape. La forme au sol frissonne un peu puis s’étire lentement. Je ne bouge plus. Je vois à nouveau les deux silhouettes blafardes et confirme mes hypothèses quant à des mains. J’essaye de rester calme, réfrénant des tremblements incongrus.

La personne laisse échapper un grognement, et se retourne sur le dos, s’étendant difficilement sur les pavés durs et froids. Les longs cheveux noirs s’étalent sur la pierre tandis que deux yeux rouges s’ouvrent sur ce visage pâle et maculé de sang. Le nez de la créature frémis, et il semble renifler l’air, avant que sa tête ne se tourne vers moi.

Cette fois, je ne peux réprimer un mouvement de terreur et fait presque un bond en arrière, m’emmêlant les pieds dans ma Cape. Je chute au sol, le cœur au bord des lèvres. Mon souffle s’accélère, et je sens que je vais me trouver mal.

L’homme se redresse sur un coude, toujours tourné vers moi, et la voix froide et cinglante de Snape s’élève dans le silence, brisant un peu l’impression d’irréalité qui enserre mon cœur.

- Potter ! Je sais que c’est vous ! Sortez de votre cachette immédiatement !

Je reste paralysé encore un moment, mais ses paroles ont définitivement détruite l’atmosphère pesante. Je bouge légèrement, faisant glisser le tissu de sur moi, et relève mon regard vers son visage. Je ne peux m’empêcher de le fixer, même si ses yeux sont réellement terrifiants. Il ne s’agit plus vraiment d’yeux, du moins, pas dans le sens humain du terme. Il ne lui en reste rien de toute façon : les globes oculaires ne sont plus que deux boules rouges sang qui remuent pourtant suivant les mouvements du regard, comme l’attestent les deux pupilles noires de chat qui me suivent.

Mon propre regard glisse sur lui, s’accrochant aux multiples tâches de liquide brun coagulé qui parsèment sa peau blafarde. Puis, ses vêtements noirs, des vêtements moldus donnant une plus grande liberté de mouvements : un pantalon près du corps et un pull de la même coupe. Tous deux rigides par endroits, comme si de la boue avait durci dessus. Agrémentés de quelques lacérations...

- Potter ! Qu’est-ce que vous faites encore dans les couloirs à cette heure ?! Vingt points en moins pour Gryffondor !

Je dois avoir l’air complètement halluciné quand je relève la tête vers lui, parce qu’il se met à ricaner.

- Qu’il y a-t-il Potter, vous avez perdu votre langue ?

- Vous... Vous...

- Moi... ?

Il se fout de moi. Je souffle, la colère prenant le pas sur ma peur.

- Vous n’êtes pas humain !

J’ai crié ça comme si c’était une chose honteuse et dégradante. Pour le coup, je me dégoûterais presque moi-même.

Il me regarde, et c’est de l’ennui que je vois sur son expression. Ses lèvres s’étirent dans un rictus désabusé et soudain deux crocs luisant de salive s’affichent à ma vue.

J’en envie de m’enfuir. J’ai envie de hurler. Pourtant, je ne fais rien, je ne bouge pas. Un simple murmure s’échappe de mes lèvres avant que je n’aie pu le retenir.

- Vampire...

- Eh bien oui, Potter. Un vampire. Mais avant que vos gènes de héros ne se réveillent, sachez que le directeur est déjà au courrant. Donc, contentez-vous de retourner à votre dortoir. Je vous serais également reconnaissant de bien vouloir taire ce que vous avez découvert ce soir.

Il a dit tout cela d’un ton las, mais alors qu’il relève la tête, son rictus réapparaît.

- Ou il pourrait bien vous arrivez des broutilles.

Je suis tenté de mal le prendre, mais la lueur ironique qui traverse son regard me fait vite comprendre qu’il n’a pas terminé de se moquer de moi.

Je ne réponds rien et me lève, acceptant de lui obéir.

Il a l’air déçu, durant un instant, que je ne réplique pas, mais se reprend rapidement et entreprend de se redresser. Son visage se tord dans une grimace de douleur lorsqu’il essaye de décoller son bassin du sol, et je me retrouve en une fraction de seconde à ses côtés, le soutenant.

- Potter...

- Demandez pas pourquoi, je sais pas. Maintenant, si vous avez fini de grogner comme un gamin, je pourrais peut-être vous aider à regagner vos appartements.

Il se tait et s’appuie lourdement sur moi, voulant sans doute me décourager. Mais je résiste sans rien dire, et une fois qu’il tient debout en équilibre, je tends une main vers ma Cape et l’attache autour de ma taille.

Puis je repasse un bras sous ses épaules, l’autre agrippant son corps comme je le peux, essayant d’éviter les blessures qui couvrent ses flancs. Je peux sentir le sang qui coule à travers son pull, collant le vêtement à sa peau.

Je fronce le nez et retient le haut-le-cœur qui me surprend avant de me mettre en marche.

Au début, il se tenait assez droit, avançant lentement, mais avançant quand même.

Mais petit à petit, j’ai senti son corps s’alourdir à nouveau contre moi et il semble avoir de plus en plus de mal à marcher. Le liquide gluant a finalement atteint son pantalon, le rigidifiant, rendant ses pas encore plus hésitants.

Nous parvenons enfin à ses appartements, et je m’appuie à côté du tableau représentant une forêt lugubre. Il ne semble y avoir personne dans la toile, et je me demande un instant comment je vais bien pouvoir faire pour l’ouvrir. Mais un mouvement contre moi stoppe mes pensées, et je sens avec horreur Snape enfouir son nez dans mon cou.

Un instant, j’ai le réflexe de le repousser, dégoûté, mais la sensation froide de ses canines contre ma peau me paralyse complètement. Alors que je ferme les yeux, adressant une prière rapide à Merlin, un léger son attire mon attention.

J’écoute mieux, avant de m’apercevoir que c’est lui qui essaye de me parler. Mais sa voix est étouffée contre ma peau. Je resserre ma prise autour de son corps et libère mon autre main. Je la lève vers sa tête, sans faire de gestes brusque, et soulève son menton délicatement, pour amener ses lèvres à mon oreille.

Sa voix n’est plus qu’un faible murmure et je refoule une vague de panique, me concentrant sur les syllabes qu’il exhale difficilement.

- Se... ser... vus...

- ... Servus ?

Il halète, marmonne encore.

- Sa... sae... vus...

- J’ai mal compris ? C’est Saevus ? C’est le mot de passe, c’est ça ?

Pourtant la porte ne s’ouvre pas. Lui grogne une nouvelle fois, apparemment il commence à s’énerver. Ça m’inquiète encore plus, ça n’est pas bon pour ses blessures. Je sens son souffle à nouveau contre mon oreille.

- Ser...

Mais il n’a pas la force de continuer et s’effondre pour de bon contre moi, son corps mou me glissant entre les doigts. Et justement, je suis à deux doigts de paniquer.

Je le laisse glisser à terre et le garde appuyé contre moi, puis relève les yeux vers la peinture. Foutu mot de passe !

Je réfléchis rapidement et repense à ses balbutiements. Je suis sûr d’avoir bien compris la première fois, donc...

- Servus Saevus.

Esclave cruel. Cela lui va bien, tiens !

Le cadre se détache lentement du mur, sans bruit et j’ai à peine le temps de voir deux yeux rouges se cacher derrière un arbre dans le tableau. Je ne m’attarde pas et soulève tant bien que mal mon professeur. Je tente plusieurs positions puis abandonne et décide de le traîner sur le sol. Il est trop lourd pour que je porte comme une princesse, et ses blessures ne me permettent pas de l’installer sur mon épaule.

Priant pour ne pas aggraver ses plaies, je m’avance dans la pièce en le tirant. C’est une salle à manger, aux couleurs des Serpentard. Mais je ne m’attarde pas et me dirige vers une porte ouverte par laquelle je vois son lit à baldaquin. Je garde les yeux fixés sur ma route, refusant de me retourner et de voir les traînées pourpres que je laisse dans mon sillage.

Il m’a fallu du temps pour parvenir à l’amener jusqu’à sa chambre, mais encore plus pour le hisser sur le lit. Je reste là un moment, affalé contre le meuble, le souffle court.

Mais je n’ai pas le temps pour ça. Alors je me redresse et baisse les yeux sur lui. Son teint est pire que blafard, il pourrait bien faire concurrence à Nick-Quasi-Sans-Tête si il le voulait. Hormis bien sûr les tâches de sang qui parsèment sa peau.

Je sors de ma contemplation et, d’un coup de baguette, fait apparaître une cuvette d’eau chaude ainsi qu’un gant et une serviette.

Je tends les mains vers lui, mais un sursaut de timidité me retient. J’hésite, l’observe, écoute son souffle trop léger. Puis me fout une baffe mentale et me re-penche vers lui pour lui ôter ses vêtements.

Je bataille encore durant un moment infini avec le tissu mais il est trop serré et trop collé pour que j’arrive à quoi que se soit. Finalement, je me redresse en soupirant. Bien. Il ne me reste plus qu’une seule solution.

J’ai appris ce sort en discutant avec Draco de ses nombreuses conquêtes (tant masculines que féminines d’ailleurs...). Je l’avais retenu, espérant pouvoir m’en servir un jour, mais si j’avais su sur qui je l’utiliserais la première fois...

Je pince le nez, irrité et prononce lentement la formule. Tout de suite, les vêtements de Snape se séparent en morceaux et s’éloignent de son corps avant de se recomposer. Je les attrapent et les posent sur une chaise, refusant pour le moment de me tourner vers mon professeur nu.

Mon regard tombe sur les tâches sombres ornant ses habits et je dois me retenir de me frapper. Je suis là, blablatant à propos de la nudité de Snape alors que lui perd son sang derrière moi.

Je fais volte-face brusquement et me rapproche du lit. Les plaies qui s’offrent à mes yeux me font instantanément oublier toutes pensées lubriques. Elles sont infectées, couvertes de boues et de saletés et le sang coagulé forme des croûtes un peu partout.

Je retiens à nouveau un haut-le-cœur et me précipite vers la bassine. Je la pose sur le lit à ses côtés et entreprends de le nettoyer, tout doucement d’abord. Mais le temps presse, et la crasse sèche qui le recouvre ne part pas avec de gentils petits coups de serviette. De toute façon, il est inconscient.

Je reprends donc mes soins, faisant fi de toute douceur et commence par nettoyer énergiquement les plus grandes blessures. Il a deux immenses balafres en travers du torse qui semblent avoir été faites par les griffes d’une grande bête, sûrement un loup ou un ours. D’autres, plus petites, constellent ses bras et ses jambes. Mais aucune n’est vraiment profonde et dangereuse, les plus graves étant celles du torse, qui de toute façon ont déjà cessé de saigner.

Le haut du corps terminé, je reporte mon attention sur ses jambes. J’ai déjà changé l’eau plusieurs fois, tout comme mes chiffons. Concentré sur mes gestes, j’en profite pour réfléchir à ce que je vais faire. Il va tout de même falloir que j’aille chercher Pomfresh. Mais je n’ai pas spécialement envie de le laisser seul ici pendant tout ce temps.

Je soupire et me redresse pour rincer la serviette. J’en profite pour jeter un coup d’œil à Snape en passant et mon cœur ratte un battement. J’ai un sursaut qui manque de me jeter à bas du lit mais finit par me ressaisir, une main sur le cœur, la respiration erratique.

Snape me fixe de ses grands yeux rouges, sans bouger.

Au bout de quelques instants, je commence à m’inquiéter et me rapproche à quatre pattes pour passer une main devant ses yeux. Mais j’ai à peine tendu la main vers lui qu’il la chope au vol. J’ai un nouveau sursaut de panique et sans réfléchir, je tente de retirer ma main. Pourtant, même salement amoché, il a de la force le bougre : malgré tous mes efforts, je ne bouge pas d’un poil.

- Calmez-vous Potter.

Un petit rire hystérique s’échappe de ma gorge à ces mots et il relève un sourcil ennuyé.

- En quoi la situation est-elle drôle ?

- Hum... Pardon. J’ai essayé de vous soigner, mais je pense qu’il vaudrait mieux allez voir l’infirmière.

Cette fois, le sourcil se fait ironique, voire amusé.

Il ne prend même pas la peine de me répondre et ferme les yeux, le visage concentré.

J’observe alors avec une stupeur sans bornes ses blessures bouillonner de sang. Puis, les unes après les autres, les blessures se resserrent et se ressoudent. Bientôt, il ne reste plus que quelques fines cicatrices de plus, à peine visibles parmi les multiples autres traces blanches qui parsèment son corps.

- Remettez-vous, Potter !

Son ton est sec, mais un sourire ironique orne ses lèvres. Je referme ma bouche avec un clapement sec et un froncement de sourcil. Aussitôt, il reprend son attitude impassible.

- Vous pouvez retourner à votre dortoir maintenant.

- Et un merci, ça vous écorcherait la gueule ?

- POTTER ! LANGAGE !

Oups, j’y ai peut-être été un peu fort... Tant pis.

Je croise les bras, assit près de lui. Il fait un mouvement pour caler un oreiller derrière son dos et le remous du lit me déséquilibre un peu. Je suis obligé de m’appuyer sur une main pour rester stable. Et soudain la sensation de sa cuisse nue sous ma paume me provoque un frisson tout le long du dos. J’en profite pour me rappeler que messire est toujours habillé par le vide et quasiment étendu sous moi.

Il plisse les yeux en observant mon souffle haletant et tend la main vers le drap pour le replier sur lui.

Je le regarde faire, sans bouger, puis décide de ne vraiment pas bouger. Je me cale plus confortablement contre lui et laisse le bout de mes doigts caresser la peau de sa cuisse en un frôlement aérien... Je ne veux même pas réfléchir à ce que je fais.

Il grogne avec irritation et semble sur le point de m’éjecter du lit quand brusquement un grondement sourd s’élève de son estomac.

Je retiens avec peine mon rire tandis qu’il ferme brièvement les yeux. Malgré cela, quand il les ouvrent, un nouveau frisson me traverse, mais de peur cette fois. Son regard s’est directement focalisé sur mon cou, et je suis sûr qu’il peut voir ma carotide battre frénétiquement. Il exhale brutalement et je suis presque sur le point de m’enfuir à toute jambes.

- Potter, foutez le camp !

Tiens, pour une fois on est d’accord sur un point.

Pourtant, son ton presque douloureux me retient.

- POTTER ! DÉGAGEZ PENDANT QUE VOUS ÊTES ENCORE EN VIE !

Je masque mon sursaut en me rapprochant de lui, scrutant ses... « Yeux » hagards... Autant qu’ils puissent l’être. Le rouge me paraît encore plus violent que tout à l’heure, maintenant que la lueur des bougies les éclairent.

Il se laisse aller contre les oreillers avec lassitude.

- Potter... Partez, s’il vous plaît...

- Comment vous vous êtes blessé ?

- En me nourrissant. Maintenant, si votre curiosité est satisfaite, déguerpissez.

Il tente de garder son ton sec et tranchant, mais sa voix est lasse.

- Alors pourquoi vous avez peur de me tuer ? Je veux dire, si vous étiez dangereux, Dumbledore ne vous aurais pas gardé ici, donc, vu que vous êtes rassasié, je n’ai plus rien à craindre.

- Je ne suis PAS rassasié Potter ! Pourquoi croyez-vous que mes yeux sont toujours rouges ?!

- Ah.

Bizarrement, cette conversation me paraît logique. En d’autres circonstances, je serais déjà en train d’halluciner et de me foutre des baffes pour comprendre si oui ou non je suis en train de parler civilement avec Snape.

Mais là, rien. Je me sens vide. Ou plutôt, non concerné. Je suis assis à côté d’un vampire nu et à moitié affamé, et tout ce que je trouve à faire, c’est être émoustillé par le contact de sa peau sous ma main.

D’ailleurs, le souvenir de notre position se rappelle à mon bon vouloir et je suis obligé de prendre une profonde inspiration pour calmer mes hormones baladeuses.

Je regarde ses poings se crisper sur les draps avec détachement, peu concerné par le fait que si je ne bouge pas mon cul de là, je vais bientôt servir de repas.

- Vous tuez toujours votre bouffe ?

Il rouvre vivement les yeux, me fixant avec stupeur. Mais bien vite, son self-contrôle reprend le dessus.

- Ma bouffe, comme vous le dites si élégamment, Potter, est composée d’animaux de la Forêt Interdite, donc il vaut mieux pour eux que je les tue.

- Pourquoi, ils deviendraient aussi des vampires ?

Il émet un reniflement exaspéré, mais répond quand même.

- Non Potter, si vous aviez suivit votre cours de DCFM, vous sauriez qu’un vampire ne crée un autre vampire que si il en a la volonté.

- Ben alors pourquoi ?

- Tout simplement parce que, dans une forêt remplie de bestioles féroces, un animal blessé ne tient pas deux heures.

- Oh... Comme quoi, vous n’êtes pas si mauvais que vous voulez le faire croire.

Il me regarde avec des yeux éberlués, se demandant probablement dans quelle dimension il vient de tomber.

Je me remémore mes cours de DCFM sur les vampires et un mot s’imprime dans mon esprit.

- ... Calice...

- Quoi ?!

Maintenant, il a limite l’air horrifié...

- Si je me souviens bien, vous pouvez prendre un Calice. C’est... Une réserve de sang personnelle... C’est ça, non ?

Son air estomaqué disparaît rapidement, et il me répond à nouveau avec son ton cinglant.

- Bien sûr, Potter. Vous voulez peut-être que j’aille demander son aide à Albus ?

L’image d’un Snape, les lèvres posées dans le cou de Dumbledore traverse mon esprit, et je retiens difficilement une grimace de dégoût.

- Erk, nan. L’est trop vieux de toute façon, ça serait pas bon pour lui de donner son sang régulièrement... Tous les combiens au fait ?

Il m’observe un instant avant de répondre.

- Tout les mois... Enfin, si je dois garder l’autre en vie, ça risque d’être plutôt toutes les deux ou trois semaines.

- Oui, vous ne pouvez pas boire trop...

Un léger silence s’installe quelques minutes avant qu’il ne se décide à le briser.

- Potter, qu’est-ce que vous avez en tête ?

- Vous savez, quoi que vous puissiez en dire, j’aime bien bidouiller les potions... Mais bon, mon niveau n’a jamais été très élevé, vu que j’étais constamment concentré à me retenir de vous sauter à la gorge, plutôt qu’à réfléchir à ce que je faisais.

Je me tais un instant encore, tentant de réunir les quelques pensées dispersées qui m’ont amenées à cette discussion.

- Je ne vois pas où vous voulez en venir, Potter.

- Et bien, j’examinais mes possibilités pour l’avenir et...

- Vos résultats en Potions sont suffisants pour être admis chez les Aurors, alors cessez de m’importuner !

Apparemment il a repris du poil de la bête. C’est le cas de le dire... Malgré cela, ses yeux sont toujours fixés sur mon cou quand il s’oublie, et je peux voir ses canines luisantes de salive émerger de sa bouche de temps en temps. Il fait ce qu’il peut pour les cacher, mais deux centimètres de crocs, c’est tout de même difficile à dissimuler.

Puis le sens de ses paroles s’imprime dans ma tête et j’ai du mal à me retenir de lui hurler à la figure... Cela ne serait pas très poli.

Il guette avec intérêt ma réaction, sans doute un peu étonné.

Je réprime un soupir exaspéré et lui répond enfin.

- Sachez, monsieur, que je ne destine pas à une carrière chez les Aurors.

Il ne dit rien, mais son sourire goguenard vaut toutes les répliques cinglantes du monde.

J’ai envie de l’étrangler, de lui faire ravaler ce sourire.

Mais je me contiens.

Il répète, lentement.

- Vous ne souhaitez pas devenir Auror... Cessez de raconter n’importe quoi Potter, même le ministre est au courant que vous ne voulez que ça.

- Et le ministre est aussi au courant que vous, vous êtes toujours fidèle à Voldemort !

Ses sourcils se froncent avec colère.

- C’est faux ! Et vous, plus que les autres, devriez le savoir.

- Effectivement, je le sais. Et je sais aussi que c’est Fudge qui a lancé cette rumeur stupide d’Auror.

Il se tait à nouveau, il semblerait que ma comparaison est faite mouche.

- Admettons que vous ne désiriez pas suivre les traces de votre très cher père... Quel est alors le but de cette conversation ?

Je ne dis rien à mon tour, troublé malgré moi par la mention de mon père. Et par la grimace de dégoût qui a tordu ses traits lorsqu’il a dû en parler. Mais je chasse cette pensée de mon esprit rapidement, me concentrant sur lui.

Je repense à ce que j’ai dit plus tôt. C’est vrai que j’aime les potions. Je trouve cela... Reposant, quasiment hypnotique de manipuler les ingrédients et les fioles. La première fois que je m’en suis rendu compte, c’était lorsque nous avons dû faire la potion de polynectar en seconde année.

Et maintenant...

- Quelles études avez-vous suivi pour devenir Maître des Potions ?

Il laisse échapper un hoquet de stupeur et ses yeux s’ouvrent à nouveau démesurément. Je sens un frisson parcourir son corps et recommence à caresser imperceptiblement sa cuisse sur laquelle ma main repose toujours.

Il se tend à nouveau et ses yeux restent fixés sur moi, scrutant et cherchant quelque chose, quelque chose qui pourrait lui montrer que je me moque de lui. Mais il ne semble rien trouver car il se redresse, toujours appuyé contre les oreillers. Son visage est cette fois plus grave, sérieux. Pour la première fois, il semble me considérer comme autre chose qu’un morveux irréfléchi.

- Potter, êtes-vous en train d’insinuer que vous désireriez faire carrière dans les Potions ?

- ... Oui. J’aimerais au moins que ça, cela soit moi qui le décide.

Il m’examine, envisageant les possibilités, m’imaginant immergé dans ce métier. Du moins, je suppose.

- Quand bien même, en quoi suis-je impliqué là-dedans ?

- Vous savez comme moi que la volonté ne suffit. Mon niveau est médiocre. Aidez-moi, donnez-moi des cours de rattrapage.

- Et pourquoi donc ferais-je cela ?

À peine a-t-il prononcé ces mots que son visage se fige tandis qu’il fait le rapprochement. Je confirme quand même ses soupçons, histoire qu’il n’y ait pas de sous-entendus mal compris.

- Enseignez-moi et j’accepte de devenir votre Calice.

Il reste sans voix un long moment, puis ouvre la bouche, sans doute dans le but de me faire changer d’avis. Mais la referme après avoir plongé un peu dans mes yeux.

Il ferme les siens en se fondant dans ses oreillers, manifestement dépassé par la situation.

Je ne dis rien, toujours assis à ses côtés, et j’ai à nouveau oublié que mes doigts frôlent doucement sa peau dans un mouvement presque hypnotique.

- Potter... On... Ne devient pas Calice comme ça...

- Qu’est ce que je dois faire ?

Il soupire, cherchant ses mots.

- Cela ne concerne pas un rite d’initiation ou autre... Mais, donner son sang entraîne généralement une sorte de... Hum... Complicité, entre les deux personnes.

Je ne réponds pas, et épie avec curiosité le rougissement léger qui colore la base de son cou.

Puis ses mots font leur bonhomme de chemin en moi et je fronce les sourcils, ne voyant pas où il veut en venir.

Il semble avoir compris et reprend son explication, cette fois avec exaspération.

- Bon sang, Potter ! Le Calice sert autant de nourriture que d’objet sexuel !

C’est à mon tour d’ouvrir de grands yeux et de rougir. Pourtant je ne dis rien, et finalement ne peut retenir un gloussement.

- Potter...

Son ton froid m’engage à m’expliquer immédiatement, et je lui obéis.

- Il me semble, monsieur, que notre professeur de DCFM avait également parlé d’un lien qui donnait au Calice la protection du vampire. En l’occurrence, ça ne changerait pas grand-chose par rapport à ce que vous faites déjà.

Je continue sans lui laisser le temps de répliquer.

- En ce qui concerne, l’idée d’avoir une relation d’ordre sexuel avec vous ne me repousse pas, car de toute façon, comme j’ai eu l’occasion de le voir tout à l’heure, vous êtes bien foutu. Et puis, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, cela fait une bonne demi-heure que je vous caresse la jambe. Sans que vous ne repoussiez ma main d’ailleurs. Ce qui m’amène à penser que l’idée d’avoir des relations avec moi ne vous dégoûte pas tant que ça.

Je reprends mon souffle, attendant le verdict.

Il me fixe, sans un mot, sans une réaction.

Je glisse ma main le long de sa cuisse et la stoppe à quelques centimètres de son aine. Il ne réagit pas, mais je vois bien que son attention est plus focalisée sur mon cou que sur le reste de ma personne.

Il semble peser le pour et le contre, hésitant longuement.

Mais la faim se fait bientôt trop forte, et il ferme les yeux, un soupir fatigué s’échappant de ses lèvres. Lorsqu’il me regarde à nouveau, je ne peux m’empêcher de frissonner sous l’acceptation tacite que j’y lis. Je me rapproche de lui, abandonnant sa cuisse et m’assoie à son niveau, nos bassins se touchant.

J’ôte mon haut de pyjama et le jette sur la chaise où sont posés ses vêtements, puis me penche en avant, le cou exposé, mes mains posées sur le matelas, de chaque côté de son corps.

Il me regarde encore un moment puis pose ses mains sur mes hanches et m’attire sur ses genoux, dégagea le drap qui s’y trouvait toujours. Je me retrouve collé contre son torse, mon entrejambe en contact avec son sexe non excité, ses lèvres posées sur mon cou.

Il passe sa langue sur ma peau, presque tendrement. Sûrement pour me détendre. Je me demande si cela fait mal.

Puis je sens ses crocs qui se caressent la veine et soudain ils s’y attaquent.

Je me tends légèrement, tout de même inquiet, mes mains crispées sur le torse de Snape. Mais il n’y a pas vraiment de douleur, du moins, pas de la douleur durable. Une fois la peau percée, il colle sa bouche contre mon cou et commence à aspirer lentement le sang qui s’en échappe.

La sensation de cette succion et du liquide drainé m’arrache un halètement, presque de plaisir.

Il répond par un grognement et se rapproche, collant son corps contre le mien, une main maintenant ma nuque, l’autre posée au creux de mes reins.

J’entoure ses épaules de mes bras, et me laisse aller complètement, à sa merci.

Il semble boire durant un temps infini, mais finalement, il s’arrête quand même. J’ai la tête qui tourne, et très envie de dormir.

Il me détache de ses bras et m’étend à ses côtés avant de quitter le lit. Je ne suis même plus en état de parler et quand il revient, je dors presque. Pourtant il me secoue un peu et m’oblige à boire une potion quelconque.

Puis il me repousse sur le lit, et je le sens ôter mon pantalon de pyjama. Je n’ai pas la force de remarquer que je suis nu à présent et il m’allonge sous les couvertures, avant de faire de même. J’enfouis ma tête dans l’oreiller et me laisse partir au royaume des songes dans un état presque comateux.

Avec un peu de chance, je suis trop fatigué pour cauchemarder.

Quelqu’un crie. C’est un hurlement d’horreur et de désespoir mêlés et il me provoque une vague de frissons glacials tout le long du dos. Je ne bouge pas, observant la scène de torture qui se passe devant moi sans réagir. Je sais très bien ce qui se passe. Je sais très bien que cela c’est déjà passé. Je sais très bien que je ne peux pas agir, tout comme je n’ai pas pu agir à cette époque pour empêcher Georges Weasley de presque se faire supplicier à mort.

J’entends une nouvelle exclamation, et je sais que je ne vais pas tarder à voir Fred accourir, toute expression d’innocence disparue de son visage. Je sais qu’il ne fera pas de cas de mon corps enchaîné à un mur, mais qu’il va se précipiter sur les Mangemorts qui profitent de celui de son frère. Je sais qu’il va tous les tuer, les uns après les autres, sans qu’ils n’aient vraiment eu le temps de riposter. Je sais qu’il en tuera certains à mains nues, d’autres avec un poignard, d’autres avec des Avada.

Je le regarde se jeter sur son frère, serrer dans ses bras ce corps à peine conscient, des sanglots désespérés l’étouffant presque. Je sais qu’il va l’embrasser, caresser son visage, le supplier de ne pas l’abandonner, de penser à tout ce qu’ils avaient prévu de faire.

Je refuse de me tourner vers la porte par laquelle je sais que Bellatrix Lestrange va entrer, et de laquelle elle va lancer des Doloris sur les jumeaux étendus au sol, sans défense.

Je sais que je vais me réveiller quand elle prononcera le sort, en hurlant à m’en briser les cordes vocales, pleurant et déchirant mes draps. Comme d’habitude.

J’essaye de me boucher les oreilles pour ne pas entendre son rire hystérique lorsqu’elle crie l’incantation, mais mes chaînes ne me permettent jamais de le faire. Je garde les yeux hermétiquement clos, pressé de sortir de mon cauchemar. Attendant la délivrance.

Mais tout ce que je ressens, ce sont les hurlements de douleur des garçons, des plaintes quasiment inhumaines, tout comme l’hilarité de cette folle. Chacun de leurs gémissements s’infiltrent dans mon corps, me donnant l’impression d’endurer également leur souffrance.

Alors je me met à hurler à mon tour, évacuant toute ma souffrance par ma bouche, priant pour quelqu’un me réveille, n’importe qui... N’importe qui, avant que je ne m’aperçoive que ce n’est pas un rêve et que je suis à nouveau prisonnier des Mangemorts, dans ces souterrains humides et...

Une main s’abat sur ma joue avec force, me forçant à abandonner mes illusions et j’ouvre difficilement mes yeux collés par les larmes.

Il fait jour dans la pièce et je soupire de soulagement en comprenant que je ne suis plus là-bas. Il y faisait sombre et froid, l’air suintait la terreur et la douleur.

Ici il fait chaud, et je suis pressé contre un corps doux et tiède.

Je ne cherche pas à en savoir plus, tentant simplement de me fondre dans les bras de cette personne qui me berce lentement, sans un mot.

Mais au bout d’un moment, une main me repousse contre les oreillers, et les yeux noirs de mon professeur de Potions me sondent, attendant une explication.

Je halète encore, incapable de retrouver une respiration correcte, des questions se bousculant dans ma tête. Une se détache parmi les autres, et je ne peux m’empêcher de la poser à l’homme, comme si il avait le pouvoir de comprendre ce qui se passe dans mon esprit.

- Pourquoi... Pourquoi je ne me suis pas réveillé avant ?

Snape me dévisage, impassible.

- La potion que je vous ai donnée hier soir avait pour but de vous aider à dormir profondément pour bien récupérer vos forces.

Je passe une main sur mon visage, chassant les dernières larmes accrochées à mes cils.

- Vous faites souvent des cauchemars.

C’est plus une constatation qu’une question et je me contente de hocher la tête.

- C’est pour cela que vous errez dans les couloirs la nuit.

- Hn...

Je ne tiens pas vraiment à m’étendre là-dessus lorsque des réminiscences me font frissonner à nouveau.

Il me regarde sans parler, ne semblant pas s’offusquer de ma « réponse », puis tend la main vers moi. Je ne peux m’empêcher de cligner des yeux tandis qu’il l’approche de mon visage.

Je m’attends presque à ce qu’il me frappe, tant son geste ne correspond pas au personnage qu’il nous joue dans la journée.

Mais ses doigts se posent simplement sur ma joue en une caresse aérienne. Il les laisse glisser jusqu’à ma mâchoire, en dessinant le contour. Il s’attarde un instant sur mes lèvres, puis poursuit son trajet sur l’autre partie de ma figure.

Je me détends lentement sous l’effleurement, mes yeux se fermant avec bien-être et mon souffle se calme peu à peu.

- Sur quel sujet ?

Je cligne des paupières, interrogateur. Je commence à me demander si je n’ai pas manqué ses dernières phrases.

- Votre cauchemar. À propos de quel moment ?

Je me crispe aussitôt, comme le souvenir des jumeaux se grave à nouveau dans mon esprit. Les caresses sur mon visage s’accentuent et il se rapproche de moi et, aussi mièvre que cela puisse paraître, j’ai la sensation qu’il me protège des persécutions de l’extérieur.

Je tente de contrôler ma respiration et rouvre les yeux pour plonger dans ses deux puits d’ombre qui me surplombent.

- Les jumeaux Weasley. Mais ça dépend des fois. Il y a du choix, terminais-je dans un semblant d’humour noir.

- Les jumeaux Weasley sont vivant, Potter. Ils vont bien, souvenez-vous en.

- Je sais, mais...

- Non Potter. Il ne s’agit pas d’oublier, mais de passer à autre chose.

Je le regarde avec amertume et lui répond en lui tournant le dos.

- C’est facile à dire ça !

Je sens ses bras m’entourer la taille et il m’attire contre lui. Je le laisse faire, profitant sans complexe de la chaleur qui irradie de son corps et, bizarrement, me réconforte.

Un sourire étire mes lèvres lorsque je me rends compte de qui je parle. Je suis au lit, nu, avec un Snape vampirisé et nu qui joue au psychologue... Je perds le fil de mes pensées alors qu’il reprend la parole, son souffle chaud frôlant mon oreille.

- Je pourrais vous fournir une Pensine.

Je me fige, assimilant lentement tout ce que cela implique, tout ce que je pourrais « effacer » de cette façon. J’exhale et tourne la tête vers lui, ne pouvant masquer mon soulagement.

Il reprend ses frôlements, sur mon torse cette fois, et je me souviens brusquement de la discussion que nous avons eue quelques heures plus tôt à propos du Calice. Une bouffée de chaleur colore mes joues sans que je ne puisse rien y faire.

Il ne prend même pas la peine de cacher son rictus et je m’empresse de détourner la conversation.

- J’accepte la Pensine.

Je n’ai pas réussit à masquer l’espoir de ma voix et embraye tout de suite sur un autre sujet.

- Pourquoi votre corps est-il si chaud ?

Je rougis derechef sous le sourcil lubriquement haussé qui a suivit ma question et qui veut tout dire.

- Je veux dire, vous êtes un vampire, et je croyais...

- Tout ce qu’on dit n’est pas forcément vrai.

- Hn.

J’étudie son visage qui me paraît presque étrange sans ses grands yeux rouges et les canines ivoirines.

Je suis à nouveau sur le dos, collé à son corps. Je tends les bras et le repousse sur le lit tout en suivant le mouvement, et m’assoie à califourchon sur lui.

Il me contemple avec un sourire appréciateur. Ses mains glissent sur mes cuisses, puis sur mes fesses et un frisson d’anticipation me parcourt.

Elles remontent le long de mon dos, et il m’attire contre son torse. Sa main droite plonge dans mes cheveux et ils pressent nos lèvres ensemble dans un baiser passionné, presque brutal.

Moi qui n’aie que peu d’expérience en la matière, je m’applique à lui rendre la pareille, mais très vite je sombre dans le plaisir de l’échange et nos corps brûlants qui se frottent l’un contre l’autre sans retenu. Je laisse mon instinct prendre le dessus et cesse de réfléchir alors que ses mains continuent leur voyage sur mes fesses.

Je mêle ma langue à la sienne avec avidité et bataille pour le dominer, mais il reprend le contrôle facilement. Pour le punir, je pince ses tétons, avant de les caresser gentiment.

Il gémit entre mes lèvres et je suis sidéré de la facilité avec laquelle je l’y ais amené. J’entreprends de découvrir les autres zones érogènes qui pourraient me permettre d’entendre à nouveau ce délicieux son. Mes doigts frôlent délicatement sa peau et je sens ses poils se hérisser.

Soudain il nous fait basculer et je me retrouve prisonnier sous son corps, enfoncé dans le matelas. J’ai le souffle coupé, autant par son poids que par le baiser qu’il n’a pas stoppé malgré tout.

Je le repousse pour respirer, mes mains à plat sur son torse et sa bouche dévie dans mon cou, suçotant la peau sensible derrière mon oreille, léchant et mordillant sans discontinuer.

C’est à mon tour de gémir de plaisir, et je ne peux rien faire d’autre. J’avais à peine réussit à reprendre mon souffle et j’en suis déjà à court.

Mes mains se crispent dans son dos et j’enserre son bassin de mes jambes. J’enfouis mes doigts dans ses cheveux et tire sa bouche à moi, l’embrassant avec une ardeur décuplée en pressant et frottant nos hanches ensemble. Son érection collée contre la mienne me donne le vertige et ses doigts qui glissent le long de mon corps pour aller les rejoindre me font perdre la tête.

Il se soulève légèrement sur les genoux, et alors que j’essaye de protester, sa main se pose moi et ma phrase s’achève dans un gargouillement. Des étoiles dansent devant mes yeux et je baisse mes paupières en émettant un long gémissement exalté. Il grogne et capture une nouvelle fois mes lèvres tandis que sa main s’active sur mon sexe, me masturbant délicieusement.

Je me cambre, tentant de ressentir le plus possible, de toucher le plus possible, me collant à lui presque avec désespoir. Mais très vite je sens cette bouffée de chaleur caractéristique qui annonce l’orgasme, et j’explose dans sa main, le sang en ébullition.

J’entends un petit rire à travers les volutes de plaisirs qui me traversent encore et entrouvre paresseusement les yeux pour voir son visage séduisant penché au dessus de moi. Je ne lui laisse pas le temps de répliquer quoi que ce soit et me hausse sur les coudes, plaquant mes lèvres contre les siennes pour le faire taire.

Il se laisse faire et se rallonge sur moi, son sexe toujours tendu frôlant ma jambe en une caresse électrisante. Il pose sa tête sur mon oreiller et je reprends mon souffle tranquillement tout en caressant ses cheveux, profitant au maximum de cette atmosphère paisible qui m’emplie de béatitude.

Quelques temps plus tard, il glisse sur le côté doucement, recommençant ses attouchements sur ma peau, dans le cou, sur mon bras, sur mes fesses, sur ma cuisse. Sa main remonte et cajole doucement mon téton, avant d’achever son parcours posée sur mon ventre, bougeant sereinement au rythme de ma respiration.

Nous restons ainsi un long moment, et j’en profite pour apprendre par cœur son odeur, le grain de sa peau, la texture de ses cheveux. Il ne semble pas contre un peu de douceur, lui qui doit être si habitué au comportement violent de son instinct de vampire.

Puis sa main chemine encore jusqu’à mes tétons, les excitant à nouveau, avant de retourner s’occuper de mon sexe au repos. Il le cajole, le masse lentement, m’arrachant quelques halètements. Et sa bouche rejoint la mienne, pour un autre baiser passionné. Il force mes lèvres et mes dents et nos langues bataillent une nouvelle fois, tentant mutuellement de prendre l’avantage. Mais je perds encore, et me soumet volontiers.

Je suis de plus en plus excité, et j’enroule derechef mes jambes autour de lui, mimant contre ses hanches l’acte sexuel. Il grogne désespérément et me repousse brutalement contre le matelas, haletant.

J’observe son visage rougi au dessus de moi et souris en voyant sa respiration précipitée. Je me redresse sur les coudes, enfouissant mon nez dans son cou, et copie cette fois la morsure de cette nuit. Je mordille sa veine, puis la lèche voluptueusement, tandis que ma main coquine glisse le long de son dos pour aller se perdre sur ses fesses, stimulant du bout du doigt son anus frémissant.

Cette fois, c’est un son rauque qui s’échappe de sa gorge, et il entoure la mienne de sa main pour me replaquer sur le lit, capturant mes lèvres en un baiser violent et avide. Je me laisse faire, appréciant secrètement cette brutalité bestiale qui me met les sens en ébullition.

Il me retourne sur le ventre d’un geste rapide et mord ma nuque dans une attitude dominante. Ses mains obligent mes hanches à se surélever et il m’écarte les cuisses sans douceur, mordillant et suçotant toujours mes épaules.

J’enfouis ma tête dans l’oreiller, ne retenant même plus mes gémissements, cambrant mon dos à l’extrême tandis que sa bouche glisse le long de ma colonne vertébrale, abandonnant dans son sillage une traînée humide et brûlante.

Il s’attarde un moment au creux de mes hanches, ses mains palpant tendrement mes fesses et c’est à mon tour de laisser échapper un long gémissement rauque. Je ne parviens même plus à penser, juste focalisé sur cette langue merveilleuse qui me lèche et me savoure sans complexe.

Il continue son chemin entre mes fesses, mouillant, frôlant, mordillant et je mords frénétiquement dans le tissu pour étouffer mes cris alors que mes mains se crispent sur les draps.

Il me détend, me prépare un minimum tout en me donnant du plaisir, puis rompt le contact et se redresse vivement. Je n’ai pas le temps de protester que, déjà, son sexe s’invite, brûlant mon ouverture de sa chaleur.

Et, sans prévenir, il commence à s’enfoncer, légèrement. Il me pénètre, millimètre par millimètre, me permettant de m’habituer à lui. Je ressens une douleur assez vive, mais qui heureusement ne dure pas. Il prend vraiment son temps, nullement pressé malgré sa précédente attitude quelque peu farouche.

Il me fait sien avec assurance et fluidité, effaçant la douleur de ses mains chaudes qui effleurent tranquillement mes flancs, avant de rejoindre mon sexe.

Il recommence à me masturber voluptueusement, son aine pressée contre mes fesses, attendant patiemment que je sois complètement détendu.

Je respire à fond, me concentrant sur ses doigts fins et agiles, pour oublier l’inconfort que je ressens.

Au bout de quelques instants, il se met en mouvement, d’abord avec juste de faibles coups de hanches. Je le sens qui se tire légèrement en arrière, et ses doigts tièdes et humides se posent à la jonction de son sexe et de ma peau, la lubrifiant à nouveau. Il se renfonce alors complètement, avant de répéter l’opération deux autres fois.

À présent, la sensation de son sexe remuant à l’intérieure de moi est beaucoup moins désagréable, et la brûlure qui en avait résulté est complètement occultée par les frissons de bien-être qui me parcourent.

Mais bien vite, il se remet en mouvement, bougeant ses hanches de façon plus prononcée, plus accentuée. Son sexe me pénètre en un rythme assez lent mais cette fois complet.

Je suis maintenant absolument détendu, uniquement concentré sur le plaisir que provoque sa main ferme sur ma verge vibrante de désir, et sur les vagues de jouissance qu’il génère à présent à chaque mouvement contre mes fesses.

Il s’en est rendu compte, et accélère la pression de ses hanches contre mes fesses, délaissant mon sexe pour bien maintenir mon corps à sa cadence. Il lance mes hanches à sa rencontre, me pénétrant dans des poussées puissantes et rapides, tout entier à sa jouissance. À vrai dire, je ne fais pas plus de cas de lui qu’il n’en fait de moi et recherche uniquement mon plaisir, les jambes largement écartées pour ressentir au maximum.

Soudain, une vague de chaleur me traverse le corps tandis qu’un cri m’échappe. Je sens son souffle s’accélérer alors qu’il se déplace légèrement pour venir frapper à nouveau contre ma prostate, m’enflammant le corps dans une nouvelle lame de jouissance.

Il continue alors, toujours plus fort, le rythme devenant quasiment erratique, bestial. Le plaisir déferle sur moi en continue désormais, et je sens que je ne vais pas pouvoir tenir plus longtemps. Je respire précipitamment, me focalisant sur la sensation de son sexe en moi, de sa main à nouveau sur ma verge, la cajolant au même rythme. Je ressens chaque particule de plaisir qui se déplace dans mes veines et suis brutalement submergé par mon orgasme, dévastateur, sans merci.

Un râle puissant s’échappe de ma gorge et je sens tous les muscles de mon corps pulser frénétiquement, l’encerclant et le bloquant en moi dans une étreinte luxurieuse tandis que je me libère avec reconnaissance, maculant les draps.

Il ne ralentit pas pour autant, mais quelques coups de reins à peine suffisent pour qu’il se soulage à son tour, brûlant mon corps de sa semence, les doigts crispés sur ma peau.

Nous ne bougeons plus pendant un moment, savourant les fourmillements de l’après-orgasme, mes fesses fermement appuyées contre son aine et ma tête enfouie entre mes bras. J’écoute son souffle se calmer un peu, les yeux fermés. Ses mains se remettent en mouvement, caressant mes flancs couverts de sueur en un frôlement lascif, et il se penche légèrement en avant, me libérant délicatement de sa présence.

Il retient mes hanches alors que j’allais me laisser retomber sur le matelas, mes jambes tremblantes supportant à peine mon poids, et je le sens se pencher sur le côté du lit. Manifestement, il a attrapé sa baguette, parce que la sensation poisseuse de mon sperme disparaît dans un murmure. Il la remet sur la table de nuit son sort de nettoyage achevé et cette fois, me permet de m’allonger.

Je n’ai même pas la force de me tourner complètement sur le dos, et capture juste ses lèvres en un rapide baiser reconnaissant, avant de baisser la tête et de replonger dans mon état somnolent. Il s’allonge contre moi, tire les couvertures sur nous, et caresse une dernière fois ma nuque de ses lèvres avant de glisser à son tour dans le sommeil, un bras autour de ma taille, le nez dans mes cheveux, et nos corps assez proches pour se fondre l’un dans l’autre.

J’ouvre lentement les yeux en m’étirant, faisant mentalement le point sur les derniers événements de la nuit. D’ailleurs, je lève le poignet à mon visage, tentant difficilement de faire le point sur le cadran de ma montre. Mais malgré tous mes efforts, ma vue floue ne me le permet pas.

Soupirant, je me redresse sur les coudes pour chercher mes lunettes. Je les trouve sur la table de nuit à côté de moi. Il a dû me les enlever en même temps que mon pantalon.

Bien, maintenant, je suis capable de voir les aiguilles. Je m’aperçois qu’il est déjà quinze heures trente et que le lit est vide et froid.

Je hausse un sourcil, tout de même un peu surpris puisque de toute façon on est samedi et qu’il n’y a pas cours. Bah, je me lève et m’habille rapidement avec mes vêtements de la veille. Mes membres sont raides, et j’ai quelques difficultés à bouger, sûrement dues autant à son dîner de cette nuit qu’au sport de ce matin.

Je ricane brièvement en imaginant la tête de Dumbledore, Ron et Hermione si jamais ils venaient à apprendre ce qu’il s’est passé. Mais mon rire s’étouffe aussi sec quand je me rends compte des problèmes que cela pourrait m’apporter.

Je reste immobile un long moment, réfléchissant à tout ça, à ce que j’ai fait et à ce que je ferais... L’idée de cette nuit me paraît soudain beaucoup moins attrayante et logique.

Pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir des frissons de désir en repensant à ses caresses et à la sensation de son corps contre le mien. Je ferme les yeux, et me concentre sur chaque événement de cette nuit. Plus particulièrement, à notre discussion et à la morsure.

C’est cela le plus important. La morsure, qu’est ce qui en a résulté ? Une vive mais fugace douleur et une énorme fatigue. Rien de terrible. Surtout comparé aux Doloris que j’ai déjà eu le « plaisir » d’expérimenter.

Mais plus que tout, la discussion. Sur le coup, cela me paraissait la chose à dire, mais... Je lui donne tout. Il l’a bien dit, le Calice est un outil, pour satisfaire ses envies et ses besoins du moment.

En même temps... En même temps, il aurait pu juste prendre. Et pourtant, il a fait attention. Oh, il n’y a pas eu de grandes marques de tendresse ni de déclarations d’amour enflammées. Mais il a aussi donné. Il m’a donné du plaisir, il m’a réconforté (aussi étrange que cela puisse paraître venant de lui). Il ne m’a pas considéré comme un marmot ou une marionnette.

Et le vampire doit protection au Calice. Il ne l’a pas confirmé explicitement, mais cela s’est ressenti dans ses gestes et dans ses paroles. Ne serait-ce que quand il m’a sorti de mon cauchemar.

Je suis appuyé contre un des piliers du lit, imaginant, créant une image de mon futur, avec lui, avec sa protection, son aide. Ne plus être le Survivant, mais une partie de sa vie. Avoir quelqu’un sur qui me reposer.

Je me rends compte maintenant à quel point cela me faisait souffrir, de n’avoir personne à rejoindre à ma sortie de Poudlard. De ne même pas avoir de but après tout cela.

J’ai vaincu Voldemort, chouette ! Et maintenant ?

Eh bien maintenant, Severus Snape a accepté de me faire découvrir les potions dans leurs moindre détails, tout en prenant soin de moi. Je souris doucement en imaginant le double sens de ces mots. Et en échange, je bannis les chasses dangereuses et éreintantes de sa vie, en lui offrant simplement mon sang.

Oui, finalement je crois que c’est un programme qui me plait.

Je me redresse énergiquement, un sourire joyeux aux lèvres, et part à la recherche de mon amant.

Alors que je m’approche de la porte de la chambre, j’entends des voix provenant du salon. L’une d’elles semble passablement... Déçue et surtout, en colère.

J’entrouvre la porte, inquiet. C’est bien la voix de Dumbledore que j’entends.

- Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ! Severus, je vous parle ! Vous m’aviez donné votre parole de ne pas mettre les élèves en danger et je vous avais fait confiance !

Seul le silence lui répond, et il continue, de plus en plus irrité.

- Severus, vous avez agressé et violé un élève mineur, je suis désolé d’en arriver là, mais je vais devoir vous renvoyer et en référer aux Aurors. Harry Potter qui plus est. Bon sang, Severus, qu’est-ce qui vous a pris de faire ça avec lui ! De lui faire ça à lui

Sa voix est presque désespérée quand il finit sa phrase, et la peur me noue le ventre. Je suis sur le point de faire irruption dans la pièce lorsque le voix de Severus retentie à son tour. Il semble si... Las.

- Je le sais tout cela, Albus. Je le sais. C’est pour cela que je vous ai prévenu tout de suite. J’ai perdu l’esprit d’une façon que je ne m’explique pas. Et j’ai fait des choses que je n’aurais pas dû. J’en accepterais donc les conséquences.

Ma main crispée sur le bois repousse la porte sans que je ne m’en rende vraiment compte, détruit par les dernières paroles que j’ai entendu. Je lève les yeux et plonge directement dans le regard noir de Snape.

Il m’observe, impassible et silencieux, tandis que Dumbledore me saute quasiment dessus et m’enferme entre ses bras. Il marmonne des excuses sans fin, et pleure presque dans mes cheveux. Je ne comprends pas vraiment ce qu’il me dit, ou plutôt, je suis entièrement focalisé sur Snape.

Il m’avait promis. Mais je suis blasé par cette nouvelle trahison. Une de plus ou une de moins. Ce n’est pas comme si je n’y étais pas habitué, c’est pourtant bien grâce à Seamus Finnegan que je me suis retrouvé dans ces souterrains pourris avec les jumeaux Weasley.

Il ne m’a toujours pas lâché des yeux et juge bon de se justifier.

- C’est pour votre bien, monsieur Potter.

Pour mon bien... POUR MON BIEN !

La colère traverse mon corps et balaye toute la douleur que je ressentais depuis quelques minutes. Je repousse violemment Dumbledore sans prendre en compte ses cris et me jette sur Snape avec toute la hargne que je garde en moi depuis que j’ai achevé le Lord Noir. Non, en fait, j’ai commencé à accumuler de la haine en moi déjà à l’époque où on m’a mit devant le fait accompli : mon futur est de tuer un homme, peu importe si je survis.

Et cela explose sur Severus.

Je bondis et le frappe sans discontinuer, en criant et hurlant tout ce que je peux. Toute ma rage de voir les gens décider pour moi. Tout l’espoir que j’avais mis en lui. Toute la détresse que je ressens maintenant qu’il me rejette.

Je crois que Dumbledore essaye de me retenir, mais je n’ai que le souvenir de ses lunettes qui se brisent sous mon poing.

Je déverse ma fureur sur Severus, à coup de poing, de pied et de paroles. Il ne riposte pas et peu à peu je faiblis, je me sens vide.

Des larmes roulent le long de mes joues et je prends conscience de ce que j’ai fait, du visage tuméfié et ensanglanté de Severus, de son corps sous le mien tandis que je suis assis à califourchon sous lui. Le monde est flou et je suppose que j’ai perdu mes lunettes lorsque j’ai bondi. Pourtant, je vois assez clairement pour voir l’expression stupéfié et épouvantée de Dumbledore à côté de nous.

Je renifle et crispe les poings sur la poitrine de Severus en fermant les yeux, tandis que mes larmes de rage se transforment en larmes de désespoir.

Finalement, je m’effondre sur lui, entourant ses épaules de mes bras et m’excuse, accuse, refuse d’une voix tremblante et emplie de larmes, avec des mots parfois sans queue ni tête. Mes sanglots inondent son cou mais il ne me repousse pas.

Au bout d’un moment, je le sens bouger ses bras et me raidis, terrorisé à l’idée qu’il me rejette. Je ne prends pas le temps de m’interroger sur la façon dont il m’est ainsi devenu indispensable en moins de douze heures, entièrement focalisé sur ses mouvements.

Mais ses mains se posent en douceur sur mon dos, et un bras glisse autour de ma taille pour me presser avec force contre lui tandis que l’autre main trace des cercles réconfortant. La chaleur de son corps me détend peu à peu et je n’émets plus que des hoquets étranglés qui résonnent dans l’air avec ses murmures apaisant.

Je ne comprends pas exactement ce qu’il dit, mais j’en retire au moins le sens général. Ce sont des repentirs. Il me demande de pardonner, de ne pas lui en vouloir. Qu’il a fait ce qu’il a cru bon pour moi. Qu’il a négligé mon avis. Qu’il n’a pas su protéger le Calice.

Sa voix si claire et impassible d’ordinaire est hachée, il ne parvient plus à en maîtriser les inflexions.

J’enfouis mon visage dans son cou et mêle mes jambes aux siennes, pour le retenir, le garder pour moi, lui montrer que je comprends. Pour repousser Dumbledore.

Il se tait et se contente de caresser mes cheveux comme je me contente de ressentir son corps. Je me souviens d’une chose que j’ai occulté de mon introspection : le sexe. Oui, nous avons couché ensemble. Et non, il ne m’a pas violé. J’ai aimé qu’il me caresse et m’embrasse, qu’il me domine. Qu’il me fasse sien.

Encore maintenant, la sensation de son corps contre le mien, même malgré ces circonstances, même malgré les vêtements qui nous séparent, même malgré Dumbledore assis à quelques mètres de nous, me procure des frissons de bien-être.

Je suis dépendant de lui en tous points, et cela m’effraye et me comble. La simple perception de son souffle dans mon cou excite mes sens et je ne peux m’empêcher de dériver dans les souvenirs voluptueux de cette nuit. La caresse dans mes cheveux calme mon esprit embrouillé et furieux. La chaleur de son corps me détend et je me laisse aller contre lui avec reconnaissance.

Finalement, je me redresse un peu pour le voir, et reste pétrifié lorsque mes yeux tombent sur son visage couvert de sang et d’hématomes. Je me relève d’un bon et cours vers la salle de bain pour revenir avec la bassine d’eau chaude et un gant.

Il s’est assis, appuyé contre un fauteuil et ferme les yeux tandis que je m’agenouille à ses côtés pour nettoyer sa figure. Mes mains tremblent comme je découvre toute la douleur que je lui ai causée. La confiance et l’abandon avec lesquels il me laisse le soigner me vrille l’estomac et une vague de reconnaissance me submerge.

Lorsque j’ai terminé, je baisse les mains et reste immobile, le temps que les plaies se referment sous l’injonction du vampire. Mais les hématomes restent et marquent sa peau.

Il ouvre les yeux en sentant le frôlement de mes doigts sur sa pommette, et me fixe tranquillement de ses pupilles noires comme la nuit. Avec un léger sourire, je me redresse sur les genoux et remplace doucement mes doigts par mes lèvres. Je sens ses cils effleurer ma peau tandis qu’il abaisse ses paupières et achève mon baiser par un coup de langue joueur sur l’hématome avant de me reculer en riant.

- Tu l’as bien cherché !

Il fait la moue comme je dis cela avec enthousiasme, et capture ma nuque pour me rapprocher de lui.

- C’est possible, mais que cela ne devienne pas une habitude.

Ses paroles dures sont contredites par le sourire qu’il n’est pas parvenu à dissimuler et par la caresse de ses doigts sur ma nuque.

Je baisse la tête dans une attitude contrite et il soupire, faussement las devant tant de comédie.

Puis mon éclat de rire est étouffé par ses lèvres exigeantes, et il m’embrasse à en perdre haleine. Je passe mes bras autour de son cou pour approfondir le baiser et lui réponds avec ferveur.

L’image que nous affichons me traverse l’esprit, et je ressens une bouffée de chaleur dans mon ventre en m’imaginant comme cela, à genoux devant Severus, offert et soumis.

Finalement nous nous séparons, hors d’haleine, et je repose ma tête sur son épaule, comblé et troublé.

Mais mon regard est attiré par une forme violette sur ma gauche et je sursaute violemment alors que la présence de Dumbledore se rappelle à moi. Pourtant, je ne saurais pas dire qu’elle est son expression, et me retourne, frustré par ma dépendance à mes lunettes.

Je m’avance à quatre pattes, tâtonnant autour de moi pour remettre la main sur elle. Un mouvement d’air me signale que Severus s’est relevé, et je m’assoie, sachant pertinemment qu’il a compris ce que je cherchais.

Un Oculus Reparo m’indique que la chute n’avait pas été sans dommages, puis deux mains replacent délicatement les verres sur mon nez.

Remerciant le brusque éclaircissement de l’environnement, je me tourne une bonne fois pour toute vers Dumbledore, inquiet.

Celui-ci est toujours à terre, apparemment figé dans la même position depuis que je l’ai frappé. Son visage est un mélange d’incrédulité, de refus et de crainte. Je réalise péniblement que cette dernière expression est due à ma réaction de tout à l’heure, plus qu’à la scène à laquelle il vient d’être témoin.

Je me relève alors, anxieux et hésitant, ne sachant absolument pas comment je suis censé réagir. Je lève les yeux vers Severus tout en restant près de lui, presque en retrait. Il me regarde et pose simplement sa main sur mon épaule.

Un soupir de Dumbledore me fait sortir de ma léthargie et je me tourne à nouveau vers lui. Il s’est remis debout entre temps, et époussette calmement sa robe malmenée. Un sort répare ses propres lunettes et il nous regarde finalement, ses yeux à nouveau pétillants de ce sourire trompeur.

Pour la première fois, je m’aperçois que son optimisme permanent, que je savais pertinemment être feint, est en fait l’équivalent du masque froid et impassible de Severus. Je comprends mieux la raison pour laquelle son attitude me mettait quasiment tout le temps mal à l’aise.

Mais je ne dis rien, me contentant de poser ma propre main sur celle de Severus qui n’a pas quitté mon épaule.

Il nous regarde alternativement, puis mime une expression résignée.

- Bien, il semblerait que je n’ai pas mon mot à dire ici...

Son ton théâtral masque habillement la constatation presque amère qui caractérise ses propos.

- Effectivement, le « problème » est réglé.

Laconique, comme d’habitude, du Snape tout craché remarquais-je sans retenir mon sourire.

Albus nous fixe encore un moment, et son regard devient plus sincère, presque heureux.

Je ne veux même pas savoir ce qui lui passe par la tête ! Probablement une idée résolument romantique, du style : « ils étaient fait l’un pour l’autre », ou encore « cette relation sera certainement bénéfique pour eux deux »... Malgré tout, mon sourire s’agrandit encore et je ne peux m’empêcher d’espérer qu’il ait raison.

Il nous quitte finalement avec un dernier avertissement à Severus concernant ma sécurité et mon bonheur.

Je reste immobile encore un moment, les yeux dans le vague, mais un grondement de mon ventre me fait rapidement reprendre pied dans la réalité. Je rigole doucement et me tourne vers Severus, interrogateur quand la pression sur mon épaule ce fait plus insistante.

Il me désigne une pièce de la tête, et sa main glisse dans mon dos pour m’inviter à le suivre. Elle s’avère être une cuisine, et je m’installe sur une des chaises sous son injonction, l’observant tranquillement nous préparer un repas.

Un silence paisible s’installe, uniquement troublé par les bruits des ustensiles et de la cuisson.

Et je me surprends à espérer que cela dure vraiment, heureux comme je ne l’ai plus été depuis la perte de mon anonymat.

Comblé et satisfait comme je ne l’ai jamais été.

FIN


Version du 03/01/2005
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