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Disclaimer : rapide comme l'éclair, non ? J'ai un côté ninja qui me fait poster cet ultime chapitre O. Bah oui, il est temps de quitter les « vampyres » pour asticoter d'autres thèmes. Bon, sous la pression d'Aziraphale, je dois avouer : la vraie raison, c'est que je risque de remettre un an avant de poster la suite, alors ça prend fin là et puis c'est marre ! Rampa, arrête de glousser ! Revenez, lecteurs ! ( Et reviewez, siouplai : )
5. Méthode douce
Vlad jeta un regard prudent dans la crypte. Il ne savait pas ce qui avait chassé sa sœur et son abrutie de bande d'épouvantails, après tout. Rien que quelques crottes de rats et des toiles d'araignée alourdies de poussière, dont les propriétaires avaient depuis belle lurette résilié le bail. Une forte odeur de renfermé aussi. Mêlée à des effluves nauséabondes. Comme si une chair putride avait décidé d'interrompre son lent processus pour le conserver indéfiniment.
En sondant plus attentivement la crypte, Vlad découvrit, dissimulée derrière un rideau de lierre fané, une niche creusée dans la roche. Une niche occupée. Fronçant les sourcils, Vlad arracha les plantes mortes et contempla d'un œil suspicieux le cercueil en bois clair qui sommeillait. Etrange, tout de même. Pas un grain de poussière, pas un voile d'âge sur le couvercle. Et cette dimension… Enterrait-on des enfants dans cette crypte ? Il n'avait jamais entendu mentionner le moindre cas de mort précoce ici, enfin si mais pas si jeune.
Vlad soupira. Qu'importe. Ce n'était pas ce vieux tas de bois qui nuirait à son plan. Tournant les talons, il se rendit au levier qui activait le monte-charge, et l'abaissa. Avec un grincement à faire blêmir un gond gothique, les chaînes se mirent en branle, et bientôt apparut sur le plancher mobile la silhouette détrempée d'Agnès Créttine. « Allons, dernier effort avant la délivrance, courage », songea Vlad, les dents serrées tandis qu'il soulevait le corps inanimé de sa bien-aimée.
Les jambes hésitant entre le ploiement sec et le télescopage pur et simple avec son abdomen, le jeune vampire parvint avec quelques peines jusqu'à la stèle recouverte de lichen. D'une pichenette de l'auriculaire, les yeux convulsés par l'effort, il chassa la dague ouvragée qui occupait les lieux. Avec un tintement enjoué, l'objet au manche symbolisant un serpent bouffi enroulé autour d'une vierge éplorée aux atouts convaincants se fracassa sur le sol. Encore une breloque que Lacrimosa avait dégoté dans un recoin de la réserve d'Igor.
Les lèvres légèrement entr'ouvertes, Agnès respirait faiblement. Le sang avait pris congé de son teint, et ses cheveux d'ordinaire si resplendissants avaient adopté un voile terne. La malheureuse dépérissait. Furieux, Vlad frappa du poing une colonne qui se trouvait-là. Il ne devait pas en être ainsi ! Elle devait vivre, vivre comme une mortelle, pas devenir une non-morte blasée ! Avec des gestes tendres, il effleura la courbe de son cou et observa les marques. Plus boursouflées que jamais, elles suintaient légèrement un sang mêlé d'un fluide blanchâtre.
Vlad, l'âme écartelée par la douleur, se jeta sur sa poitrine rebondie et gémit contre son oreille. Son corps était froid comme le marbre, la vie s'écoulait hors d'elle tel le torrent de ses tourments qui jaillissait de son cœur à lui pour noyer son sang-froid ( ahah ). Tandis qu'il maudissait celui qui avait mordu sa dulcinée ( jamais il ne saurait qui était ce gourgandin ), il sentit un léger mouvement dans son dos. Relevant son visage déchiré, il vit Agnès lui sourire.
Cette vision aurait dû le ravir, si la jeune femme n'avait pas tendu vers lui des lèvres en postérieur-de-gallinacée réclamant un baiser. Non que ça lui aurait déplu, mais ça ne lui ressemblait pas. Jamais il n'accepterait de profiter de la situation, pas avant de s'être fait retendre la peau par une bonne centaine de claques relevant du battage de linge par temps froid. Agnès tendit des bras délicieusement potelés vers lui, souriant de plus belle, jusqu'à découvrir deux adorables canines pointues. Vlad se semonça vertement de sa pensée. Il n'allait pas aimer ce cadavre naissant, ravisseur du corps et de la personnalité de la jeune femme !
- Vlad, mon amour, dit Agnès d'une voix suave comme la caresse du miel dans une gorge peuplée de chats, viens à moi, viens m'embrasser, mon amour…
- Agnès, je… commença Vlad, avant de reculer brutalement, trébuchant dans ses propres pieds chamboulés.
- Tu t'es blessé, Vlad ? lui demanda Agnès, une moue innocente sur le visage. Je vais te consoler, viens dans mes bras, mon aimé.
Cette averse de douceur sonnait faux comme l'or des leprechauns. C'en était presque indécent, venant de sa bouche. Tandis qu'elle se trémoussait sur la stèle, balayant de ses cheveux l'inscription « Ci-gît Alderphonse Von Herzpfahl, en qui la forêt su toucher le cœur au plus affûté des sentiments » à demi enfouie sous la mousse. Le devant de sa chemise de nuit délacée, affriolante même sous son cataplasme de boue, ne laissait pas d'émoustiller le vampire. Mais ce n'était pas son Agnès, il ne voulait pas d'une créature si entreprenante : on aurait dit une carpe géante à bouclettes à la saison des amours.
- Donne-moi tes lèvres, Vlad, donne tes lèvres à la douce Agnès…
- Tu es fissurée de la tête ou quoi ? siffla Perdita, contorsionnant son visage aguicheur d'une manière horrible. Nous sommes en train de disparaître, tu n'as rien fait pour nous guérir !Espèce de sans-cervelle, tu n'as jamais été bonne à quoi que…
- La ferme ! cingla Agnès, une lueur de mécontentement dans les yeux, avant de redégouliner de mièvrerie : Vlad, viens à moi, viens réchauffer mon cœur, j'ai si froid…
- Tu veux juste te débarrasser de moi, mais c'est toi qui m'a créée, Agnès, ne l'oublis pas, toi et tes montagnes de complexes incrustés dans ta chair flasque ! Tu te dégoûtes tant qu'il a fallu que je sois là pour arranger les choses, tu…
Hors d'elle, Agnès avait poussé un hurlement de rage et, faute de pouvoir molester Perdita, s'était jetée sur Vlad de toute sa force. Le souffle coupé, le vampire avait atterri sur le dos, les côtes écrasées par le poids de la jeune femme. Celle-ci feulait comme un lynx, toutes canines dehors. Ses yeux, injectés de sang, roulaient dans leurs orbites à une vitesse effarante. Roulant de côté, Vlad parvint à se dégager et fila vers la porte. Avec un claquement du tonnerre, il la referma derrière lui et la bloqua avec un buste de pierre à l'effigie de son arrière-arrière grand-père ( empalé sur un stalagmite après avoir été rejeté par une colonie de chauves-souris dans une grotte où une foule armée de torches voulait s'essayer à la chasse spéléologique ), puis détala dans la nuit.
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La pluie avait cessé. Ne s'entendaient plus que les gouttes de pluie qui glissaient des feuilles et les miaulements de Gredin qui voulait se mettre à l'abri. Mémé Ciredutemps, réveillée depuis des heures à cause du « timp timp timpimp » d'une fuite sur son chaudron, repoussa violemment ses couvertures et se leva, hérissée comme un oursin. D'un mouvement rêche, elle enfila ses bas de laine reprisés et traîna son corps irascible jusqu'à la fenêtre. D'un coup sec, elle l'ouvrit, arrachant un sursaut à Gredin.
- Tu peux pas aller racler ta gorge sur le paillasson de Gytha ? C'est pas un refuge ici, tas de mites !
Gredin, qui savait se tenir à carreaux quand il le fallait, ouvrit un grand œil.
- Et me fais pas le coup du gentil chaton, ça marche pas avec moi ! pesta Mémé, se grattant la cuisse d'une main déchaînée. Et arrête de faire cette tête, on dirait que t'as avalé un hibou corsaire !
- Meugraaaaaaaow ! l'implora le chat, qui venait de prendre une goutte sur le bout de la queue.
- C'est bon, tu peux rentrer, sac à poux, mais je te préviens que si tu furettes partout dans ma chaumière, tu pourras t'estimer heureux de pas faire partie de ma prochaine potion !
Gredin, le chat le plus craint des alentours, frissonna légèrement et sauta prestement à l'intérieur. L'air penaud, il se précipita vers la cheminée et se joignit à son ronron réconfortant. Mémé esquissa un rictus de satisfaction et retourna vers son lit, donnant au passage un coup de pied dans le chaudron tintinnabulant. A peine enfoncée sous ses couvertures, qui avaient perdu de leur chaleur mais rien de leur odeur de suée ancestrale, Mémé fut à nouveau dérangée par un bruit.
- Toc toc toc, fit la porte.
- Nom d'une buse désincarnée ! s'emporta Mémé, du tartre fusant de sa bouche ridée. Qui va là ?
Les coups se turent.
- Si c'est une plaisanterie ça va valdinguer dans vos oreilles ! beugla Mémé Ciredutemps en bondissant comme un diable hors de son lit.
La porte gémit sous sa poigne, et laissa apparaître un jeune aristocrate cascadant de pluie, ses cheveux bruns collés sur son visage.
- C'est pour quoi ? cracha l'occupante de la chaumière, repoussant d'un coup de mollet laineux Gredin qui avait tenté de cracher plus fort qu'elle.
Plissant les yeux jusqu'à ce qu'elle ressemble à une taupe rancunière, la sorcière fit claquer sa langue.
- V'la t'y pas qu'c'est l'fils Margopyr, ça ! s'exclama-t-elle, se redressant de toute sa taille. Qu'èque tu viens fouiner par là ?
- Aidez-moi, s'il vous plaît ! lui répondit Vlad en tombant à genoux sur le seuil, reniflé prudemment par Gredin.
Mémé ouvrit la bouche comme si elle avait reçu une gifle en pleine face.
- C'est Agnès, elle a été mordue, elle se transforme, elle se comporte comme une vampire, je ne sais pas s'il est trop tard, mais pitié faites quelque chose !
La sorcière, recouvrant ses esprits, le toisa d'un regard aussi dur que la corne de ses pieds.
- Créfieu ! Mais il ne fallait pas attendre qu'elle exhibe ses quenottes à tout va, espèce de poudingue étourdi !
- Vous pouvez faire quelque chose, dites ?
Et, tendant les bras pour agripper les jupes de Mémé, Vlad poussa un cri de douleur, comme piqué par un serpent. Il n'avait pas le droit de pénétrer quelque part sans y être invité. C'était d'ailleurs bien pour cela que sa race avait adopté des mœurs aristocratiques. Là où l'argent fait l'identité, le passage est libre. Pendant que le jeune vampire se remettait du choc, Mémé était repartie vers son lit, un bout de papier à la main.
- Mais pourquoi vous allongez-vous ! hurla Vlad, au désespoir. N'allez-vous donc rien faire pour elle ?
- Tais-toi donc, jeune sagouin, et va plutôt m'ouvrir toutes les portes ! répliqua la vieille femme d'un ton sévère.
Secouant la tête, mais ne cherchant pas à contredire la sorcière, Vlad prit son envol jusqu'au château et ouvrit les portes comme elle l'avait demandé. Pendant ce temps-là, Mémé avait ajusté sa pancarte sur sa poitrine, avec griffonné dessus « chu pas morte ». Les yeux fermés, elle laissait se promener son esprit.
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Vlad se tenait la jambe gauche des deux mains, tremblant de douleur et de peur. Il avait reçu le buste de son ancêtre en plein dans l'os, qui avait émis un craquement neutre. La porte, pulvérisée, n'aurait plus besoin d'être calée, selon le vœu de la sorcière. Agnès possédait une force incroyable, capable de tout briser sur son passage. Le jeune vampire se sentait pris au piège, elle l'avait acculé contre le mur, sous une toile d'araignée pendouillante.
Soudain, Vlad prit conscience de deux choses : d'une, qu'Agnès ne semblait plus encline à lui susurrer des tendresses, de deux, que le cercueil de la niche se trouvait juste à côté de lui. Mais à bien y regarder, ce n'était pas un cercueil. C'était un coffre, un grand coffre muni de…muni de pattes ? Un coffre polypode qui claquait du couvercle de temps à autres pour sortir une langue timide et humecter ses serrures grippées de terreur. Vraisemblablement, quelle que soit cette chose, elle se trouvait dans la même situation que lui.
Au moment où Agnès, le menton couvert d'une bave verdâtre, s'apprêtait à abattre sur eux le socle du défunt buste, un bourdonnement sourd emplit la crypte, et peu après Agnès se mit à hurler en agitant ses bras devant elle. Assaillie par des centaines d'abeilles, la jeune femme se tétanisa soudain. Dans un froufroutement de tissu, elle s'écroula par terre, sa tête roulant de côté.
Le coffre magique s'éclipsa sans demander son reste. Vlad, quant à lui, s'approcha d'Agnès et assista à un spectacle des plus étranges. Les abeilles, en équipes disciplinées, se postèrent à divers endroits de son corps. Certaines filèrent du côté de ses oreilles, d'autres de sa poitrine, de ses poignets ou encore de ses pieds. Puis, d'un même ensemble, elles plongèrent leur dard dans sa chair tendre.
Après quelques minutes d'immobilité, les insectes retirèrent leur aiguillon de sa peau et s'en allèrent aussi vite qu'elles étaient arrivées. Vlad ne se préoccupa bientôt plus d'elles, car Agnès remuait. Avec un bruit écoeurant, une bonne quantité de liquide blanchâtre gicla de la morsure, se dissolvant immédiatement au contact du sol, avec un petit « pschuiiit » vaporeux. Un rire nerveux agita le vampire tandis qu'il la serrait dans ses bras et embrassait ses longs cheveux bouclés.
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Vlad guettait aux abords de la chaumière de Mémé Ciredutemps, intimidé par la sorcière. A l'intérieur, tout était plongé dans l'obscurité. Il n'allait pas la déranger maintenant. A pas de loups, il pivota, mais à peine se fut-il retourné qu'il tomba nez à nez avec la sorcière.
- Je… je voulais vous rem… bafouilla Vlad, ses doigts triturant sa chemise.
- Comment va Agnès ? le coupa Mémé.
- Euh…Bien, très bien, madame. Merci beaucoup, madame, je ne sais…
- Fascinant ce que peuvent faire ces petites bêtes, hein ? fit-elle en agitant sous son nez un bouquet d'orties. J'ai toujours aimé les méthodes douces. L'apipuncture est un excellent remède contre bien des maux. Il suffit de trouver les bons points et le tour est joué. Faites-vous becqueter par un assoiffé des crocs, et hop ! purgé le poison. Quelques jours de repos, avec une grosse migraine et quelques bosses, et il n'y paraît plus. Pas même un souvenir, sauf celui d'un cauchemar. Bon, et maintenant j'vais m'rentrer. C'est plus d'mon âge les virées en forêt, hé hé.
Et, sur ce rire gêné qui empruntait à la toux sèche, Mémé Ciredutemps planta là un Vlad tout sourire.
FIN