|
Author of 13 Stories |
On dit, mieux vaut tard que jamais... Alors c'est bien tard, mais enfin, voila le dernier chapitre de Destin tragique... Bonne lecture.
Tal
Chapitre 6
L’aube apportait les premières lueurs matinales. Murai se redressa et passa une main sur son visage. Il n’avait presque pas dormi et c’est dans une pluie de larmes qu’il trouva le sommeil quelques heures plus tôt. Marchant sur quelques pas, il saisit son T-shirt qu’il enfila machinalement avant de rejoindre Shinji qui, à la cuisine, préparait deux bols de café chauds.
"- Tiens, dit le plus grand en tendant l’un des récipients pleins à son ami."
Celui-ci le saisit sans un mot. De même, il but silencieusement, comme gêné de parler à Shinji.
"- Pourquoi tu dis rien? Je te fais peur?
- Qu’est-ce que…? N… non!
- C’est à cause de ce que je t’ai dit hier?
- Je… je suis désolé… mais… je me dis que… tu caches beaucoup de choses…
- Hum… Tu sais, c’est derrière les plus beaux sourires qu’on cache les plus grandes cicatrices.
- C’est très… imagé comme expression.
- Oui, mais c’est vrai."
A nouveau, le silence s’imposa. Shinji le brisa finalement.
"- Murai… Merci de m’avoir écouté hier.
- Pourquoi tu me remercies? C’est normal…
- Tu es la seule personne a qui j’ai jamais parlé de mon enfance. Je ne sais pas pourquoi mais, avec les autres personnes que j’ai connu, je n’ai jamais osé…
- Ca doit être difficile d’en parler.
- Tu as sans doute raison…"
Sans ajouter un mot, le brun posa son bol, se leva et se rendit dans la cuve d’eau froide après s’être déshabillé. Et étrangement, depuis les douloureuses révélations, le contact entre les deux jeunes hommes ne fut plus jamais le même. Shinji en vint finalement à regretter cet aveu. Chaque seconde passant entraînait une blessure toujours plus profonde en son âme. Il prenait peu à peu conscience qu’il ne pouvait plus se fier à personne, ne plus faire confiance qu’à lui-même, mais le plus douloureux était la déception qu’il éprouvait envers Murai. Celui-ci pourtant ne semblait qu’apercevoir cette suite de réaction sans fin qui se déclenchait dans le cœur de son ami. Et dès lors, à chacune de ses paroles, Shinji ne répondait pas, ou froidement, s’énervait si facilement que les discussions n’allaient jamais bien loin.
Et en silence, un soir, Shinji ouvrit un tiroir plus ou moins caché, et en sortit un vieux revolver enfoui sous un tas d’objets inutiles. Il le cacha soigneusement sous un pan de sa chemise, coincé dans sa ceinture. Il alla chercher son ami qui errait dans le petit terrain qu’ils possédaient. Sans lui fournir aucune explication, il s’approcha de lui, les yeux brillant de larmes si perplexes qu’elles n’osaient couler, et d’un geste tendre bien que brusque, le saisit dans ses bras. La soudaine étreinte étonna Murai. Il cru un instant revivre son enfance, retrouver les contacts chaleureux de sa mère, et la pensée si brutale invita la nostalgie dans son cœur, si bien que les larmes coulèrent, chaudes, sur ses joues creusées par la faim. Les deux amis restèrent un moment comme ça, pleurants d’étonnement, de tristesse, mais aussi d’un bonheur plus espéré que reçu, de voir le duo se reformer sans cicatrice. Mais tout ceci n’était-il pas qu’un rêve éphémère, aussi éphémère que le sentiment que l’on croit si fort qui lie les hommes, et ne manque de se briser à tout instant? Murai n’en sut rien tant que dura l’étreinte, et cru voir la réconciliation arriver jusqu’à ce que Shinji se détache, et qu’à son oreille lui murmure un mot, un seul, qui le figea sur place:"Adieu".
Tant il fut paralysé par l’étonnement, Murai cru voir son ami s’envoler dans les ténèbres de la nuit, s’enfuir jusqu’à disparaître. Qu’allait-il faire? Quelle folie pouvait avoir vu naître son âme troublée? Pourquoi lui faire ses adieux?
Et tandis que les questions se bousculaient plus vite encore qu’il ne l’eut cru possible, il se précipita sur les traces de son ami. Pourtant, il restait introuvable.
Onze heures du soir, le téléphone sonna. Onizuka ne comprit tout d’abord pas qui pouvait bien l’appeler à une heure si tardive. Perplexe, il décrocha tout de même.
"- Allo?"
Pas un souffle, pas un bruit: il répéta une, puis deux fois, avant d’entendre cette voix si familière.
"- M’sieur Onizuka! Aidez moi, je vous en supplie!
- Mu… Murai!
- J’ai besoin de vous! Je vous en supplie… je vous en supplie… c’est grave…"
Un silence. Onizuka réfléchissait, mais malgré son effort pour juger de la situation, son instinct reprit le dessus.
"- T’es où? Je te retrouve tout de suite!"
La conversation téléphonique terminée, le professeur saisit en vitesse un pantalon, l’enfila, et c’est torse nu qu’il se précipita dehors.
"- Qu’est-ce que tu fais? s’exclama alors Asuza.
- Je reviens, t’en fais pas!"
Il claqua presque la porte tant il était pressé.
C’était un pont près d’une petite rivière. La lune se reflétait dans l’eau qui coulait lentement, doucement. Cet endroit lui rappelait sa sœur. Elle était morte en sautant d’un pont, pourtant il ne pourrait faire de même. Lui savait nager et instinctivement, il se sauverai. C’était une nature de survie contre laquelle il ne pouvait pas lutter. Il avait ainsi prévu le revolver qu’il sortit, et lentement, en même temps qu’il se rappelait de chaque instant de sa vie, il chargeait l’arme. Et les larmes coulaient sur son visage, mélange de toutes les émotions si intenses qui traversaient son âme. La nostalgie se mariait au bonheur, à la tristesse, aux peurs, aux larmes du passé, aux rires… et tout allait cesser, si vite, que cela l’effrayait un peu. Mais pour accomplir jusqu’au bout son acte, il tentait d’oublier tout le bon, il noircissait des pires souvenirs son esprit embrumé qui hésitait encore quant au choix à faire. Vivre ou mourir?
Comme une fusée dans la nuit, la moto fend les ténèbres, phares allumés. Les rues sont désertes, mis à part quelques automobilistes nocturnes. Onizuka n’eut pas grand mal à retrouver son ancien élève, pourtant, il eut tant de difficulté à le reconnaître, à identifier ce visage osseux, qu’il n’avait jamais connu ainsi. Néanmoins, les retrouvailles furent de courte durée car bien vite l’élève grimpa à son tour sur la moto et tous deux repartirent à la recherche de Shinji.
"- J’ai une petite idée de l’endroit où il pourrait se trouver… dit alors Murai, sans certitude profonde."
Et ils se dirigèrent vers un minuscule bois traversé par une rivière.
Un bruit de moteur perça soudainement les ténèbres. Shinji se retourna lentement, cherchant de sa vue brouillée par les larmes l’origine du son. Les phares lui indiquèrent la position de l’engin. Il vit deux silhouettes en descendre, mais ne reconnut pas son ami, et décida de ne pas leur prêter d’attention. Ce n’est que le cri de l’adolescent, un appel de sa voix troublée par l’émotion.
"- Shinji!"
Il se retourna, contempla Murai, et sans qu’il ne puisse se contrôler, une cascade sans fin de mots glissa sur ses lèvres, pour s’enfoncer dans le cœur du jeune blond. Onizuka s’était reculé: il préférait laisser les deux jeunes régler leurs problèmes sans s’en mêler. Et le dialogue commença.
"- Shinji, qu’est-ce que tu fous là? Reviens!
- Revenir? Pourquoi? Pourquoi? Franchement, je n’ai rien a tirer de ce monde.
- Je croyais que tu étais heureux, avec moi…
- Heureux? Je me demande bien quelle est ta définition du bonheur… Si c’est de vivre caché dans un trou à rat parce qu’on n’a pas été foutu de se contrôler, alors je crois qu’on a une perception très différente!
- Mais non… on devrait se rendre! Je suis sûr que tout va s’arranger! Attend encore un peu, sois patient, et…
- Attendre… attendre, encore et encore attendre! J’en ai marre de vivre au futur! Je veux vivre au présent, enfin, ne pas attendre que les choses s’arranges, mais agir! Et rien ne pourra plus s’arranger pour moi. Tu veux continuer à vivre? Très bien, va donc faire ton séjour en prison, ressors en comme un homme neuf, et profites en pour m’oublier.
- T’oublier… je ne pourrais jamais t’oublier, enfin Shinji!
- Pourtant il le faudra, si tu ne veux pas finir comme moi! Depuis toujours, je suis hanté par l’esprit de ceux que j’ai perdu, je ne pense qu’à eux, toujours, et cela m’empêche de goûter au réel bonheur!
- Je ne peux pas te laisser mourir…
- Tu ne peux pas? Non, tu ne veux pas. Tu sais, on a toujours le choix, et aujourd’hui, il va falloir que tu t’y confrontes enfin. Tu as le droit de choisir entre la vie et la mort, entre le calvaire et le repos éternel, entre me suivre ou m’abandonner… mais n’oublie pas, que je ne te force à rien, et que tu es libre de tes décisions, mais décide toi, et vite…"
Il y eut alors un long silence. Un peu calmé, Shinji reprit d’une voix plus basse, plus lente:
"- Je vois dans ton regard que tu tiens encore à la vie… je sens bien que tu n’es pas prêt à partir d’ici… alors reste… Mais… je voulais te remercier… avant ce jour, je n’avais jamais osé mourir… je n’avais jamais osé… jamais… Je pensais comme toi que tout s’arrangerait un jour… Pourtant, et sans le vouloir, tu m’as ouvert les yeux… tu m’as appris le bonheur… tu m’as donné le sourire… tu m’as tout donné… Mais je sais que je ne pourrai te rendre la pareille, je sais que je ne serai jamais qu’un fardeau de plus sur tes épaules… Et sache que, de là où mon âme pourra bien se perdre… je veillerai sur toi… Alors je t’en prie… ne me retiens pas…"
Alors Shinji arma son revolver, il murmura un "merci" que Murai entendit résonner douloureusement dans son âme, et enfin, portant l’arme à sa tempe, enfin, il ose.
FIN