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Le seul,
Ironiquement vôtre…
- Pourquoi es-tu venu ?
Un froissement de drap, un léger courant d’air parcourant son frêle torse, alors que l’être à ses côtés se redresse.
- Allons, tu te poses vraiment la question ?
Il détourne la tête, lui dévoilant comme à chaque fois sa faiblesse, dans ces instants privilégiés qu’ils partagent. Ces instants où les rôles s’inversent.
- Arrête ça…
- Arrêter quoi ?
- Ne prend pas cet air, pas cette voix avec moi. Ne te moque pas…
Une ombre furtive glissant sur son visage, l’autre se penche vers lui, le dominant. Une caresse contre son visage, un jeu inconscient où les doigts fins se mélangent aux quelques mèches lui glissant sur les tempes.
- Je ne me moque pas. Tu sais très bien pourquoi je suis venu, pourquoi je viens à chaque fois…
- Par intérêt.
- Là, tu fais l’idiot.
- Non, je suis tout simplement assez distant pour lire ton jeu.
- Tu es bien trop distant à mon goût.
Un souffle tiède, contre sa joue. Ses doigts, contre sa tempe. Ses lèvres, si proches des siennes. Il réprimande un frisson et tente d’échapper à ces caresses douloureuses. Les caresses qu’il ne veut cesser. Cette douleur qu’il s’amuse à remuer.
- C’est amusant ?
- De quoi parles-tu, dis-moi ?
- Tu joues avec moi. Tu es…Pire que moi.
- Allons bon. Les grands mots. Dis seulement que tu n’aimes pas cela.
- Je n’aime pas cela.
L’autre sourit, et appuie ses lèvres contre la peau tiède et douce de son cou, laisse courir sa main contre l’épaule blafarde de son Dieu. Sa voix se fait ironique, narquoise. Faussement naïve.
- Alors dis-moi, pourquoi tu me réclames encore ?
- Tais-toi !
Il se retourne. Veut s’échapper. Fuir son étreinte si douce et assassine à la fois.
Il sent l’autre se rapprocher, son bras autour de sa taille, sa tiédeur contre son dos nu. La force avec laquelle il le pousse à lui faire face. Il lutte quelque instants puis s’abandonne à lui. Ca ne sera qu’une fois de plus.
- Je suppose que Kureno ne te suffit plus, au final…
- Ne joue pas à ça, Shigure. Ne me cherche pas.
Il le repousse faiblement. Ses membres fatigués ne le lui permettent pas. Il soupire légèrement, mais ne s’oppose plus à cet être qui s’impose à ses côtés. Plus de rage, plus de colère dans sa voix ou ses gestes. Ne reste que le dépit, et la lassitude. Silencieux, il fixe le plafond de bois, et son regard se vide, comme pour fuir cette pièce où il croit étouffer.
- Ca t’énerves, Akito ?
- Tu me dégoûtes.
- Je le sais. Tu me le fais bien ressentir.
- Alors pourquoi continues-tu ?
- Car tu m’appelles encore.
- C’est ainsi. Vous devez m’obéir.
- Tu sais très bien que je ne parle pas de cela.
- L’instant de quelques secondes, son esprit s’égare, et il ne sent plus la brûlure que lui laisse ces mains sur son corps.
Il se remet en question. Doute. Oui, il a raison. Oui, c’est lui qui a encore besoin de lui. De ces caresses qu’en silence il lui offre. De ces baisers qu’il lui donne. De son corps que pour lui il dénude. De ces gestes qu’envers lui il a. De cet amour qu’il prétend. Besoin d’y croire.
- Ne te blâme pas, Akito.
Il lâche un rire nerveux qui se mélange à son souffle. Se blâmer ? Allons bon.
Mais que croyait-il comprendre à ses pensées ?
- Parce que je ne suis pas innocent.
Ca, il le savait. Un sourire amer fendit ses lèvres pâles, et il lui accorda un regard. Evidemment, l’autre y lu ce qu’il voulait lui cacher, ce qu’il voulait faire passer pour de la haine rancunière.
- Oh, tu ne me suis pas. Je ne te parlais pas de la malédiction. Enfin, je ne suis donc que doublement coupable.
Il détourne le regard, son expression se fait fataliste. Soit, il n’a rien compris aux propos de Shigure. Lequel s’explique.
- Tu m’es une drogue, Akito.
Une drogue, dit-il. Shigure disait souvent beaucoup de chose, et il était le mieux placé pour le savoir. Et malgré cela, il ignora à nouveau la voix qui lui murmurait de ne pas se laisser avoir. Mais ça, la voix le disait à chaque fois. Inutilement.
- Ha, vraiment…
Et après tout, pourquoi changer, maintenant ? Cela avait toujours été comme ça.
Car malgré tout ce qu’il savait, Il ne voulait pas se séparer de lui. Ne pouvait pas. C’était ainsi. « Une drogue ». A croire que seul dans sa bouche, ces mots étaient vrais.
L’autre se redresse et s’appuie sur ses coudes, encadrant son visage de ses bras, frôlant ses hanches fines de son ventre. Il est à fleur de peau. Un sourire se peint sur ses lèvres, il l’observe. L’admire. Comme pour ne jamais l’oublier.
- Ne me regardes pas ainsi. Je n’aime pas ça.
- M’aimes-tu ?
Qu’est-ce que cela pouvait bien lui faire ? Lui-même ne l’aimait pas.
- Pourquoi suis-je le seul que tu repousses ?
Le seul. Ces mots le frappèrent. Et les mêmes pensées lui revinrent. Comme à chaque nuits passées à ses côtés.
Le seul.
Il avait toujours été le seul.
Le seul à tout obtenir de lui.
Le seul à s’opposer à lui.
Le seul à le dominer.
Le seul qu’il désirait.
Pourquoi le repoussait-il ?
Parce qu’il savait qu’il serait le premier à le trahir.
Pourquoi l’appelait-il encore ?
Parce qu’il voulait y croire. Parce qu’il avait encore besoin de lui.
Parce qu’il lui apportait tout ce qu’il n’avait jamais eu.
Parce qu’il jouait décidément cette comédie de manière trop réaliste.
- Akito.
Il se tourne légèrement. Laisse là ses pensées qu’il connaît par cœur à force de se les répéter. Lui tend un regard, dénudé de curiosité ou d’interrogations. Juste une réponse à sa voix. A son nom.
- Quand me feras-tu confiance ?
- Penses-tu mériter une quelconque confiance ?
- Je t’aime.
Il se détourne, sombre, et tend son regard vers une sortie proche.
Les mots sonnent faux. Ses mots. Je t’aime.
Là où il devrait percevoir de la tendresse et de l’affection ne sévissait qu’amertume, froid et dureté. Comme une mauvaise plaisanterie. Il savait le sens de ces mots. Il savait que son ton n’y collait pas. Mais se taisait. Et ne s’écoutait pas.
Plusieurs fois déjà les lui avaient-ils dit. Plusieurs fois l’avait-il déjà blessé ainsi.
- Tais-toi, par pitié…
Il ne voulait plus l’entendre. Plus ces mensonges. Plus cette douleur.
Car c’était vrai. Il serait le premier à le trahir. Et ces mots lui en étaient une preuve.
- Combien de temps encore vas-tu me rejeter ?
- Combien de temps encore vas-tu prendre avant de m’achever ?
Un silence, lourd. L’autre se redresse et chercher un vêtement, dans le noir.
Lui se redresse sur son séant et le regarde faire, immobile et silencieux.
L’autre s’arrête devant lui, un sourire ironique au visage. S’accroupit et appuie sa main contre son visage. L’embrasse. Le contact est froid. Dur. Violent. Et lui laisse un goût métallique dans la bouche, comme il se mordait les lèvres pour résister.
L’homme se redresse dans un mouvement. Froissement du tissu sur ses épaules. Courant d’air lorsqu’il se détourne. Le bruit sec de la porte qui se referme. Il part en le laissant face au silence.
Lui reste ainsi, immobile. Il ne l’achèvera pas. Akito le sait. Le savait.
Lui qui pensait le contrôler en possédant son corps avait vu son propre stratagème se retourner contre lui : L’être qu’il voulait briser lui était devenu indispensable. Et ce dit être le savait bien. Usait de cela contre lui. Se vengeait de lui. Car lui, son Dieu, le faisait souffrir.
Et il y prenait un malin plaisir. Le laissant dans le doute. Le blessant par petits coups, tant moralement que physiquement. Continuellement. Eternellement. Car il savait qu’il ne pouvait le refuser.
Il lève la main à son front. Se fait violence. Mais la douleur est trop présente. Il pleure, silencieux. Et sur ses joues se gravent de brûlantes traces incertaines, salées et froides.
Il reste ainsi, la solitude glacée le mordant, le cruel silence l’embrassant.
Ses quelques larmes se taisent et le souvenir cruel de ces mains sur sa peau lui étreint le cœur.
Un long soupir déchire le silence, et il se recouche. Morphée ne le bercera pas, et seul les murmures inoubliés des gémissements passés de sa Drogue resteront, Requiem douloureux pour ce Dieu.
Amère, une voix lui susurrait que bientôt, tout recommencerait.