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Ecluses à nos sentiments.
Kakashi releva la tête, alors qu'il atteignait les portes du village caché de Konoha. La mission était finie. Il eut un sourire et tout son être se détendit, l'espace d'une seconde. Temps du repos. C'est avec son habituel regard rieur qu'il rentra finalement au bercail, les mains dans les poches et son rapport en tête.
Il ignorait qu'alors qu'il se dirigeait vers le bureau du cinquième Hokage, un vieil ami, quelque part au village, terminait sa journée, emplit des mêmes émotions.
- Iruka-senseï !
- Sakura-kun ? Qu'y a-t-il ?
- Voilà, anô…Je sais que vous êtes un proche de Kakashi-senseï et…
- Tu t'inquiètes pour lui, c'est ça ?
- Eh bien…Comme la mission ne devait durer que quelques jours mais qu'il n'est toujours pas revenu, je…
Attendri, le professeur sourit amicalement à la jeune ninja.
- Allons, tu connais Kakashi…Il est toujours en retard.
La jeune fille sourit pleinement, forcé de l'admettre et d'en rire. Rassurée, elle remercia son ancien professeur puis se détourna, libérée de ses inquiétudes et se jurant de trucider son maître à son retour.
Le professeur se détourna et reprit son chemin. Arrivé chez lui, il déposa ses notes sur son futon, puis se servit un verre d'eau fraîche qu'il but doucement, se rafraîchissant. Il détacha son bandeau frontal et se laissa à moitié tomber sur son lit, s'étirant dans un soupir fatigué. Il attrapa ses notes et les parcourut du regard sans grande attention. Untel avait progressé depuis quelques temps…Un autre lui avait demandé de lui ré expliquer les bases du clonage…Kore, Konoha-maru avait utilisé le Sexy-Méta en cours…
Il se redressa, remontant ses manches. Il avait chaud. Il faisait chaud. Il rangea ses notes à la va-vite dans un tiroir, puis se dirigea tranquillement vers la salle de bain. Lorsqu'il faisait aussi chaud, le mieux restait, du moins pour lui, une bonne douche, courte mais chaude.
Il quitta sa tenue noire et la jeta en tas dans un coin. Il irait porter cela à laver plus tard. Les bandages et gants suivirent, terminant leur course sur le sol.
Enfin débarrassé de toute barrière de tissu, le chûnin referma sur lui la porte de la douche et tourna les robinets d'arrivée d'eau, soupirant de bien-être sous les caresses de l'eau chaude qui apaisaient ses membres fatigués.
Appuyé d'une main sur le mur de carrelage froid, il détacha ses cheveux et pencha la tête en avant, sous le jet d'eau, fermant les yeux. Kami-sama, que cela faisait du bien.
Quelques minutes après, il était allongé sur son futon, vêtu d'un caleçon et d'un T-shirt ample, une serviette sur les épaules.
Il somnolait, assez alerte pour parer la moindre attaque, et assez calme à la fois pour profiter d'un silence réparateur.
Kakashi sortit du bureau du cinquième Hokage en se frottant la tête, accompagné d'un claquement de porte à faire fuir Orochimaru.
- Je n'aurai peut-être pas du lui faire la remarque...
Il sortit des lieux et rejoignit sa maison. Et puis, en quoi était-ce sa faute si cette vieille peau était sexuellement frustrée, frigide, et qui plus est, avait ses règles ?
Lui n'avait fait que lui faire le récit des déroulements de la mission en concluant que celle-ci avait été une réussite.
Bon, d'accord. Il avait aussi dit qu'elle avait une mine pas possible. Mais c'était amical, il s'inquiétait simplement pour sa santé. Le " on dirait qu'une horde de ninjas armés jusqu'aux dents vous ont poursuivit sur cinq Km avec un boulet à votre jambe gauche et une tonne sur le dos " qu'il avait ajouté n'avait vraiment été donné que comme comparatif…
Soit, ce n'était pas crédible : Il avait abusé.
Après s'être assuré d'être bien seul chez lui, (on n'est jamais trop méfiant, les vannes pourries et coups vaseux d'un élève comme Naruto vous poursuivaient absolument partout. Parfois il se demandait même si elles faisaient abstraction de l'espace-temps), il déposa son sac et regarda le calendrier, au mur. Oups. Il avait quatre jours de retard. Sakura devait être furieuse. Il allait passer un mauvais quart d'heure. D'ailleurs, à bien y penser, ce retard avait peut-être eu sa part de responsabilité dans la colère de l'Hokage.
Il défit son bandeau frontal et baissa son masque, inspirant doucement une grande bouffe d'air qui n'était pas saturé de sable, poussière, et autres parasites que son masque avait accumulé.
Il passa sa main dans ses cheveux et termina ce geste lorsque sa main atteignit sa nuque.
Bon sang, cette mission n'avait pas été une partie de plaisir. Il se débarrassa de sa tunique verte et s'assit sur une chaise, repoussant l'habit noir jusqu'à sa taille.
Il constata les dégâts. Rien de bien grave. Des éraflures, plus ou moins légères. Sans sa rapidité, il y serait peut-être bien resté. Bon sang, l'Hokage devait être folle, le jour où elle avait accepté et décidé de lui confier cette mission. Il nettoya ses blessures les plus sérieuses à la va-vite puis se redressa, appréciant l'air frais contre son torse dénudé. Il regarda autour de lui en se disant que quelque chose n'allait pas.
Certes, la mission était finie, et accomplie.
Il avait rendu son rapport.
Il était en congé pour deux jours, pour " récupérer ".
Il était chez lui.
Mais ?...
Son regard se posa sur la photo, au-dessus de son lit. Naruto, Sasuke, Sakura, et lui-même.
Le voilà, le problème : il était seul.
Pas que cela le dérange tellement d'habitude, mais aujourd'hui…
Déjà, il avait finit son livre.
Et puis…Cela faisait plus d'une semaine qu'il était complètement seul.
Il regarda l'heure. Plus de vingt-deux heures.
Il était trop tard pour une visite improvisée auprès de ses élèves.
Une petite voix s'agitait dans sa tête, un nom s'y répétait.
Oui, il savait bien, pas la peine de le lui répéter. C'était lui qu'il voulait voir. C'était à lui qu'il avait soudainement pensé durant les combats de sa dernière mission, lorsqu'il croyait voir venir ses derniers instants. C'était à lui qu'il s'était mis à rêver, il y a plusieurs années de cela. Un simple Wet-Dream. N'empêche que l'idée avait fait son bout de chemin.
Il secoua la tête et se releva.
Bon. Avant tout, prendre une douche.
Iruka s'était complètement endormi. Accroupi sur le rebord de la fenêtre, Kakashi comprenait enfin pourquoi il toquait dans le vide depuis plusieurs minutes.
Sans un bruit, il entra dans la pièce, soufflant dans un murmure :
- Eh bah, il a fière allure, le ninja…
Débout à côté du lit, il se demandait soudain que faire.
Réveiller le chûnin ou bien s'éloigner avant que dans son sommeil, il ne lui envoie un shuriken par réflexe, ou bien encore s'accroupir simplement parce que sa pose actuelle n'était pas la mieux. Ce qu'il avait finalement décidé de faire, avant d'être ramené à la réalité par l'entente de son propre nom.
- Kakashi.
- Yo, Iruka.
Sans rouvrir les yeux, ce dernier demanda, émergeant de son sommeil :
- Tu es blessé ?
- Non, la mission s'est bien passée.
- …Menteur.
Le chûnin s'était assis et le fixait à présent, l'air sévère. Ses cheveux détachés venaient se jeter contre son visage. Kakashi sourit, amusé, et répondit à l'accusation dans un haussement d'épaules :
- Il semblerait que je ne peux rien te cacher.
Il s'assit alors sur le bord du lit, repoussa d'une main les cheveux barrant le visage du chûnin et appuya doucement ses lèvres contre les siennes, qu'il sentit tièdes au travers du tissu. Juste l'espace d'un instant. Une brève seconde.
Iruka demanda, doux et surpris à la fois, quelque peu ironique :
- Tu es en manque, Kakashi ? Tu n'es pourtant parti qu'une semaine.
S'il savait. Les brefs instant passés, au cours de cette mission, à se dire que s'il s'en sortait effectivement vivant, la première chose qu'il ferait en rentrant au village serait de le retrouver et de lui faire l'amour. Les maigres heures de sommeil usées à se demander ce qu'il faisait. Si tout allait bien. S'il était encore vierge. Si lui aussi l'attendait. Ceux passés au cours de ces dernières années à l'accueillir dans ses rêves nocturnes, ou à le dévêtir dans ses rêves éveillé. Ceux passés à vouloir se défaire de cette attirance qu'il ne pouvait plus contrôler.
Kakashi s'était dit, au début, qu'au pire, il pouvait le séduire. Seulement, Iruka n'était pas comme les filles de Konoha, prêtes à lui manger dans la main. Iruka était un homme. Et Iruka ne se séduisait pas. Il était bien plus subtil à approcher. Il fallait l'apprivoiser. Il fallait qu'il vous adopte. Et pour cela, il fallait plus que de la douceur, du charme et de la gentillesse.
Il se demanda vaguement si, au final, il avait su l'apprivoiser. En amitié, en fraternité, ça oui, aucun doute. Mais, du reste ? En amour ? En physique ? En rêve ?..
Le chûnin rattachait ses cheveux, se relevant.
- Alors toi aussi, tu m'en veux ?
- Non. Je m'en veux.
Kakashi s'étonna de la réplique de son ami, mais il n'en dit rien, tandis que le concerné allait chercher une boisson fraîche, et demanda depuis la cuisine :
- Tu disais cela par rapport à Sakura, non ?
- Je peux me considérer comme mort, à ton avis ?
Iruka revient, et lui tendit un verre, déposant une bouteille à même le sol, du côté de Kakashi.
- Il semblerait, en effet. Sake ?
- Oui, c'est parfait.
Il sourit et se laissa retomber assis sur le lit. Ca l'arrangeait bien : A part de la flotte, il n'avait rien d'autre à boire. Il reprit :
- Alors, cette mission ?...
Evidemment, ce n'était pas pour le résultat de la mission qui l'importait mais l'état de son ami.
- …Trois côtes cassées, un poumon en moins, une jambe perdue et un traumatisme crânien.
- …Kakashi. C'est tout sauf drôle.
Le ninja sourit, amusé.
- Des égratignures.
- Et ton bras, c'est purement décoratif ?
Il baissa le regard vers son avant-bras. Un bandage négligemment fait se voyait sous sa tunique.
- …Oui.
- Laisse-moi voir.
Iruka avait reposé son verre et s'était rapproché du ninja. Il lui saisit doucement le bras et releva sa manche jusqu'à l'épaule. L'autre eut un léger sursaut qu'il parvint à maîtriser grâce à ses capacités ninja. Il baissa les yeux sur la main d'Iruka, avant de relever son regard vers le visage du chûnin qui était concentré sur sa tâche, et observa ses traits figés par la concentration.
Iruka avait défait le bandage et observait la plaie.
- Tu n'as pas désinfecté, constata-t-il.
- Je n'en ai pas eu le temps, lança l'autre, penaud.
Le professeur soupira et lui lança un regard accusateur. Le genre de regard qu'il lançait à Naruto lorsque celui-ci venait de faire une bêtise.
- C'est malin. Tu te précipites pour venir me voir et tu ne penses même pas à ça. C'est pourtant plus important.
Un silence s'imposa. Iruka baissa légèrement le regard, désinfectant la plaie. " Tu te précipites pour venir me voir ". Kami-sama, qu'il aurait voulu que ce soit vrai…
Kakashi fixait le visage du chûnin sans le voir. C'était vrai. Mais il ne voulait pas être seul plus longtemps…
Avant même qu'il ne le réalise, ses pensées se formulèrent dans sa gorge :
- Tu me le reproches, Iruka ?...
- Mais non…
Kakashi s'étonna plus du sang qui montait aux joues du professeur que de sa réponse à ses " pensées ".
Iruka, même en ayant finit le bandage, s'obstina à garder la tête baissée. Bien sûr que non. Comment pourrait-il lui reprocher une chose qu'il mourrait de désir de croire vraie ?
Il rabaissa la manche du ninja, lequel frissonna légèrement sous la caresse douce et tiède de ses doigts contre son bras.
Kakashi revint à lui en sentant le poing du professeur s'écraser en douceur contre son bras, évitant la blessure.
- Mais tu aurais tout de même du penser à ça…Tu fais exprès ou quoi ?
Faire exprès ? Peut-être avait-il en effet fait exprès. Peut-être avait-il désiré que cet instant se réalise. Bon sang. Il était pire qu'un gosse. De plus, ce n'était pas à cela qu'Iruka pensait lorsqu'il avait dit ça.
Ce dernier se releva et alla ranger ses affaires tandis que Kakashi se reprochait son attitude.
- Je ne voulais plus être seul.
Les épaules du professeur s'affaissèrent quelques peu, et un léger sourire ironique se glissa sur ses lèvres. Quel idiot. C'était évident, Kakashi n'était pas venu pour ça. Il était un ami, voilà tout.
Néanmoins, le chûnin se redressa avec un sourire. Un ami, c'était bien. Il était son ami. Probablement l'être le plus proche de lui connu jusqu'à ce jour. Alors, quoi ? N'était-ce pas suffisant ? Malgré sa raison, une petite voix dans sa tête murmura que non, pour elle, ce n'était pas suffisant.
Il rejoignit son ami. Et ne savait plus quoi lui dire. Sa blessure avait été un bon prétexte pour lui parler, mais il bloquait à présent.
Perdu dans ses pensées, il ne sentit pas l'affaissement qui se forma sur le lit, ni la main de son ami défaisant l'élastique qui retenait ses cheveux.
Comme bête, il écarquilla les yeux, sans comprendre. Il tourna la tête vers Kakashi, interrogateur. Lui haussa simplement les épaules, enlevant son bandeau frontal.
- Ca te va bien.
- Idiot.
Iruka, blasé, avait remarqué l'état de la bouteille de Sake, vidée à moitié. Kakashi avait une résistance à l'alcool assez étonnante, malgré tout.
- Iruka…
Il n'eut pas le temps de laisser là sa constatation qu'il avait basculé sur son séant, les yeux agrandis par l'étonnement. Kakashi était penché sur lui, son bras encadrant sa tête, l'autre posée comme appui sur le lit. Son masque tombé, il l'embrassait. Doucement. Fiévreusement. Les yeux fermés.
Impassible et peiné, Iruka goûtait l'alcool qui était resté sur ses lèvres. Doucement, il repoussa l'homme.
- Yamete, Kakashi. Tu as trop bu.
Et tant pis pour la résistance à l'alcool.
Relâchant son appui, Kakashi se laissa tomber doucement contre le corps de son ami, la tête enfouie dans son cou.
Ca n'allait pas. Il n'aurait pas du écouter Iruka. Continuer. Parce qu'il le désirait. Parce que l'odeur de sa peau qui narguait ses sens l'enivrait plus que l'alcool qu'il avait volontairement ingurgité au point d'en être comme ivre. Parce qu'il lui avait trop manqué. Parce que cela faisait trop longtemps que ces sentiments se jouaient de lui.
Iruka fronça les sourcils. Ca n'allait pas. Il n'aurait pas du repousser Kakashi. Il aurait du répondre à ce baiser. Dire qu'il en avait tant rêvé. Quel idiot il faisait…
Il tourna le regard vers son ami, dont les cheveux lui frôlaient la peau, tout contre son cou. C'était doux.
Mais, malgré cela, malgré son désir et ses sentiments, un fait s'imposait à lui :
- Je ne veux pas que tu aies des regrets après.
Il ne retint pas son geste lorsque sa main alla se perdre dans les cheveux du ninja. Juste ce simple geste. Ca n'engageait rien, après tout. Si ce n'est un gouffre immense entre ses propres et ses actions.
- Qui parle…D'avoir des regrets ?
Iruka s'étonna, tournant la tête vers celle de son ami. Ce dernier reprit, relevant la tête :
- Hein, Iruka ?
Le chûnin soupira, fixant le plafond, et reprit :
- Kakashi. Tu as trop bu.
Bien qu'ayant parlé d'une voix neutre, comme ne faisant qu'une simple constatation, ses mots et son corps l'avaient ainsi supplié de cesser là ses tortures. De ne plus le blesser. De ne plus l'attirer comme on le faisait avec un animal en lui tendant un aliment tout en le laissant hors d'atteinte. La voix de Kakashi trancha net, figeant tout, l'espace d'un instant.
- Non. Je suis assez lucide pour savoir ce que je fais.
- Ka…Kashi ?...
L'interpellé glissa ses bras dans le dos du chûnin, le serrant contre lui. Le front contre son torse, il reprit soudain. Sa voix n'était qu'un souffle, qu'un murmure hésitant et caressant contre sa peau que seul le tissu séparait de son visage.
- Ce n'est pas…Par égoïsme que j'ai dit ne plus vouloir être seul…Tu m'as manqué, Iruka…Cela fait…Des années que tu me manques…Et j'ai pourtant tenté…Et j'ai échoué. Je ne suis…Pas ivre, tu sais…Alors…Ne reste pas si silencieux…Par pitié…Dis-moi quelque chose…Réponds-moi, Iruka…
Le professeur sursauta légèrement, et son cœur se mit à cogner furieusement, douloureusement, alors qu'il comprenait chaque sous-entendu dans les propos du ninja.
" Réponds-moi, Iruka…"…" Dis-moi que tu m'aimes aussi ".
Sa main s'immobilisa dans ses cheveux alors que l'autre continuait.
- Alors…Dis-le moi…
Iruka sourit, d'un sourire douloureux et tendre à la fois.
Alors ainsi, cela faisait des années qu'ils se courraient l'un après l'autre, trompés par leurs doutes et leurs questions, leurs hésitations respectives…il sourit doucement, et répondit, délaissant les mèches argentées du ninja pour enserrer sa taille de ses bras.
- Je suis là, Kakashi.
Kakashi resta un instant immobile, silencieux, puis sourit.
Ces quelques mots, " Je suis là ", signifiaient " Je t'aime ". Je suis là. Comme une promesse.
" Je suis là pour toi. J'ai toujours été là. "…" Je t'aime. Je t'ai toujours aimé. "
- Merci..
Tout son corps se détendit sous l'effet de cette réplique et de tout ce qu'elle entraînait. Dès lors, il n'était plus besoin de mots, et le poids de la solitude passée s'était enfuie devant la force de ces sentiments.
Kakashi releva la tête, souriant, et glissa sa main sous le T-shirt du chûnin.
- Alors je peux, finalement ?
Iruka sursauta sous la caresse et lui écrasa son poing sur le crâne, sans violence.
- Idiot !...Bien sûr que tu peux.
Kakashi lui sourit, s'emparant doucement de ses lèvres. Ce baiser fut bien différent du premier. Plus de résistance. Plus de douleur. Plus le goût amer et salé de l'alcool.
Il était tendre. Avait la saveur douce et sucrée de l'amour.
Ce premier baiser les avait figés dans leurs doutes, celui-ci les brûlait de l'intérieur, répandant dans leur sens et leurs chairs la certitude d'un plaisir à naître et à vivre.
Iruka souriait. C'était vrai.
Les caresses de ses mains contre son corps.
Ces lèvres qui gouttait sa peau.
Ces yeux qui fouillaient les siens.
Ces frissons que sa présence lui procurait.
Tout cela était vrai. Il le vivait. Vraiment. Concrètement. Ils le vivaient.
Iruka goûtait à tous ces sentiments avec une drôle d'impression. C'était bon. Bon d'y croire sans que ce soit en vain. Bon de le vivre. Bon de le sentir. Tout simplement bon. A en avoir mal au cœur.
Il aimait ça. C'était une poussée d'adrénaline qui le prenait. L'électrisait. Lui apportait tout.
Aussi étrange que cela puisse paraître, cela s'accompagnait d'une peur. Etrange. Particulière. Comme un subtil mélange de différentes émotions. L'appréhension. La crainte. La curiosité. Le désir. L'impatience.
Une peur qui avait l'odeur de Kakashi.
L'angoisse d'une première fois avec lui.
Et tout ce que cela entraînait. La peur d'aller trop vite ou de le blesser. De se laisser emporter par ses sentiments. Celle d'être surpris. Celle de l'interdit. Le genre de peurs qui ne faisaient qu'accentuer le désir et vous rendaient fébrile.
De la fierté ? Oui, Iruka était fier. Et comme son cœur se gonflait d'orgueil à la vue de cet être qui ne tremblait que pour lui, il se dit que oui, il ressentait plus que de la fierté. C'était une vive émotion, un mélange brut de leurs sentiments et des coups répétés de leurs cœurs, que dans leurs caresses ils distillaient pour mieux s'enivrer des fragrances de cette violente saveur.
Kakashi se redressa doucement, délaissant les lèvres tièdes du chûnin.
- Iruka…Tu as peur ?
Le jeune homme soutint son regard, hochant doucement la tête, et répondit dans un léger sourire, doux :
- Oui…J'ai peur.
Et se redressant, il captura les lèvres de son ami, posant une main contre son visage. Il laissa glisser sa main libre contre la cuisse du ninja, qui frémit alors des sensations qui l'assaillaient en dépit de la protection de tissus.
A cheval sur les jambes d'Iruka, Kakashi s'était laissé surprendre par la puissance et la douceur de ce baiser. Il eut un frisson lorsque les lèvres du chûnin vinrent frôler les siennes, les caresser de leur douceur. Kami-sama ! Quel était l'idiot qui avait dit que le plaisir d'un baiser n'était intense que lorsqu'on y mettait la langue ? Il brûlait déjà de tout son être.
- Alors…Laisse-moi te rassurer…
Iruka eut un sourire. Comme une permission. " Rassure-moi ". Il avait besoin qu'il le rassure. Ou qu'il le libère. Sans quoi il succomberait à ce désir troublant et ces pulsions cruellement tendre qui le possédaient et se crispaient d'envie à la vue de l'homme. Mais toujours, la peur. Qui s'était muée en confiance. Confiance qui lui permettaient de vaincre ce déchaînement d'émotions pour ne voir et ne vivre que le plaisir du moment. Et l'aimer.
Se penchant pour reprendre possession de ce sourire qu'il aimait tant, Kakashi plaqua son bras le long de celui d'Iruka, et doucement frôla ses doigts, avant de les croiser aux siens, tandis qu'il laissait libre sa langue de goûter Iruka. Goûter ses lèvres, goûter sa langue. Là où sa peau brûlait, fébrile, sa langue caressait, curieuse et désireuse.
Sous la violence et l'authenticité à la fois brute et incroyablement tendre des sentiments que ces simples gestes leur apportaient, Kakashi se demandait soudain ce que le reste lui apporterait de plus, et tous deux étaient brûlants de savoir ce qu'il en était exactement. Car ils ignoraient encore tout : C'était leur première fois ensemble. Tous les deux.
Kakashi débarrassa le chûnin de son haut, avant de délaisser lui aussi sa tenue noire et d'allonger le jeune homme sur le lit. Penché sur lui, il lui sourit doucement, l'admirant. L'observant. Le découvrant. Repoussant finalement les dernières barrières à leur plaisir.
Iruka tremblait. Il avait bien trop chaud. Serrant douloureusement les draps dans ses mains, cambré sous les caresses brûlantes de la langue de Kakashi, il se mordait les lèvres pour ne pas gémir, la tête renversée sur l'oreiller.
Kakashi le torturait, lui offrant les délices d'un plaisir trop puissant pour être vécu en dessous du stade de l'euphorie. C'était envoûtant. Tout son être en frémissait, tremblant d'un plaisir intense, ébranlé par les vagues d'émotions qui lui procuraient chaque contact de la langue du ninja contre son corps. Contre sa peau. Contre son phalus depuis trop longtemps courbé par la chaleur, le désir, le plaisir. Contre lui.
Il voulu parler. Prononcer son nom. Dire qu'il l'aimait. Le bien que cela lui faisait goûter. Tout. Mais aucun son n'était capable de franchir ses lèvres.
Alors que dans sa jouissance son corps tout entier hurlait sous l'accumulation de sensations qui détraquaient ses sens, le jeune homme réalisa que cet instant n'était pas aussi intense et prenant que l'unique émotion procurée par la langue de Kakashi contre sa peau, qu'importe sur quelle partie de son corps.
Kakashi entoura la taille du chûnin entre ses bras, l'attirant à lui, sa jambe d'appui logée entre les siennes, frôlant son bas-ventre du sien, et comme lui-même était à fleur de peau, ils leur fallu plusieurs secondes pour parvenir à maîtriser leur sens à nouveau. Iruka, dans un sourire, se laissa attirer tout contre le ninja, reprenant son souffle.
Doucement, Iruka frôla le torse de l'homme de ses lèvres. Le fit basculer sur le lit.
- Iruka ?...
Ce dernier releva la tête, lui souriant doucement.
- Laisse-moi te le faire ressentir…
Ce genre de chose n'avait pas de nom. Ne s'expliquaient pas. Elles se vivaient uniquement. Et comme leur relation n'était pas basée sur l'idée de dominant à dominé, mais sur celle d'un échange, Iruka voulait qu'à son tour, Kakashi puisse vivre ces instant-là. C'était une relation dont la notion de partage physique ne s'appliquait que depuis peu, néanmoins il y sévissait l'idée d'un ressenti commun. D'un acte commun. D'un plaisir commun. D'une unicité complice. De l'osmose.
Ainsi Iruka reprit sa lente descente. Curieux, il explorait chaque parcelle du corps de l'homme, ses lèvres pour tout instrument. Il goûtait la peau du ninja. Elle avait une saveur bien différente de celle qu'il s'était imaginée, de celle qu'il avait rêvée. C'était meilleur encore. Plutôt suave, un peu brut. De muscade. De noix. Un goût sucré. Et incroyablement doux.
Allongé, comme dominé, Kakashi se crispait légèrement sous les caresses du chûnin, immobile et presque impuissant, ses sens à la fois figés et mis en alerte par le travail du chûnin. Sa main sur ventre. Celle sur sa cuisse. Sa bouche. Sa langue. Et la lenteur avec laquelle il parcourait son corps. Kami-sama…
Kakashi se laissa retomber sur le lit, et attira Iruka à lui. Tous deux s'étaient épuisés.
Seul à présent régnait le son de leurs respirations saccadées, succédant à leurs cris mêlés dans leur extase passée. Au creux de Kakashi, Iruka sourirait. Doucement, le ninja releva la main, caressant la peau du chûnin, parcourant de ses doigts la surface de son épaule, rêveur et fixant avec une certain fascination son regard sur ce corps mêlé au sien comme s'il était éphémère. Un rêve dont il finirait par sortir, comme à chaque fois.
- Kakashi…
Surpris, le ninja baissa son regard vers le visage du chûnin. Celui-ci lui souriait, et saisit la main du ninja, qu'il posa contre sa joue.
- Kakashi…Je suis là.
Le ninja eut un sourire emplit de tendresse et de reconnaissance. En plus de l'avoir compris et accepté, le ninja chassait à présent ses craintes. Embrassant le front de son ami, Kakashi lui murmura, resserrant son étreinte sur lui :
- Moi aussi, Iruka…Je t'aime.
Souriant, le chûnin embrassa doucement la paume de la main du ninja, et alla effleurer ses doigts de ses lèvres. Juste un souffle, une caresse. Juste un instant, là, contre le bout de ses doigts.
Et un sourire. Son sourire. Ce sourire. Un serment. Une promesse. Un pacte. Un sceau à leur amour.
Le cœur gonflé d'orgueil et de fierté, Morphée emportait ce soir-là les deux dernières personnes de Konoha encore éveillées vers le Sommeil.
xXx