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Frudule
Author of 18 Stories

Rated: T - French - Humor/Adventure - Salazar S. & Godric G. - Reviews: 168 - Updated: 12-08-08 - Published: 07-22-05 - id:2496537

Salazar et Godric, compagnons chevaliers !

Salazar Serpentard et Godric Gryffondor partent sur les routes défier tous les dangers pour la gloire et la fortune !… Enfin, s’ils ne s’étripent pas mutuellement avant d’y arriver…



Disclaimer : Sainte JK Rowling, mère exclusive de Salazar et de Godric, priez pour moi, Frudule, qui ne possède que Saucisson le charismatique, Gwendoline le serpent à la broche, Matthiole à la forte voix, les gobelins Manuel Draps mouillés et Flegmon le Trublion, Nono la gourde moineau, les cousins Ollivander, Joséphin Toisedouble le tailleur viril, Ouranos le façonneur de mort et Louis, Grüdüle, Garric et Gernic de la terrible famille Gryffondor et Baron, maintenant et pour toujours. Pour les siècles des siècles. Ainsi soitil.


Remarque importante : Les pensées intimes (donc non prononcées…) de Salazar Serpentard sont en italiques


Dame Frudule vous parle

Boudiou, j’ai enfin fini l’arc de la guerre. Il était temps ! Notez bien que cet arc est l’avant-dernier de la fic… Et oui, plus qu’un autre avant la fin des chevaliers. Mais peut-être pas celle de l’aventure.

Pour ceux qui ne se souviendrait pas, et c’est normal vu à la vitesse à laquelle j’update, je vous faire un petit récapitulatif :

Après quelques années à faire les marioles en tant que chevaliers errants, le Lion et le Serpent, Godric et Salazar pour les intimes, sont amenés à participer à une vraie guerre. Pas que ça a été une partie de plaisir jusque là (Bonjour Feu mystérieux Innocent, dont il ne reste que le chapeau) mais là ils combattent sur les terres de l’honorable patriarche Louis Gryffondor, dit le Griffon, contre une armée de Normand de parenté éloignée.

Nonobstant que les frères peu aimés Garric et Gernic Gryffondor, dit les Griffures, soient de la partie, il faut aussi compter sur le fait que nos amis chevaliers se retrouvent séparés… Malheur arrive, Salazar craque et dans son cas, ça donne forte flamme et destruction.

Un certain Baron se trouve aussi mêlé à l’histoire et assiste à tout ça en première loge. De loin, Godric nous fait une belle trouée pour aller retrouver son camarade/affronter le monstre aux flammes qu’il est devenu (Rayez la mention inutile) aux mépris des ordres et finit par transplaner accidentellement sur Salazar.

K.O le monstre, gagnée la guerre, mais ça se finit pas aussi facilement que ça…


Salazar se réveilla mais eut la présence d’esprit de ne pas le montrer. Il cligna des yeux comme sous l’effet d’un rêve et ne bougea plus, s’appliquant à imiter la respiration profonde d’un lourd sommeil.

Il ne savait pas où il était. Il ne savait pas qui était à côté de lui. Ami, ennemi ? La douleur qu’il ressentait dans tous ses membres lui apprit que cela ne changerait guère son sort : si l'on avait voulu l’abattre, ce serait déjà fait.

Il prit le risque de soulever un peu plus les paupières et découvrit que celui qui le gardait était un homme dans la force de l’âge, au visage large, en habits de chevalier anglais. Un ami donc. Ou peut-être pas, vu qu’il tenait en sa main la chaîne que lui avait offerte Godric pour son dix-septième anniversaire.

Comme le blond avant lui, l’homme semblait fasciné par le système de fermeture du collier, un petit mécanisme en forme de tête de vipère qui s’ouvrait pour mordre la fin des maillons en queue de serpent. Il appuyait dessus pour faire s’enclencher les crocs d’argent, faisant et défaisant sans cesse l’ouroboros que formait le collier en son entier. Salazar n’avait jamais eu le cœur d’avouer à son ami que ce cadeau, de part sa forme même, avait une signification bien plus grande que celle d'un simple accessoire…

Je remercie Merlin qu’il se soit contenté de chapeaux pour les anniversaires d’après.

L’homme ne lui était pas inconnu, il avait déjà vu son visage. Il s’octroya le temps de se souvenir avant de signaler son retour à la conscience.

« Bonjour Baron » Dit-il d’une voix plus faible qu’il n’aurait voulu.

Ce chevalier avait combattu à ses côtés sur le front Est. Ou du moins, « avait du » combattre, vu qu’il n’avait aucun souvenir de ce qui avait bien pu se passer.

« Vous êtes réveillé ? » répondit l’homme d’un ton sans surprise « Bien, bien, je vais pouvoir vous rendre vos affaires. Je ne souhaite guère porter plus longtemps vos serpents, même en métal. »

Il lui mit l’argent au creux de sa paume et poursuivit par une taquinerie « Vraiment, votre fétiche des sauriens a beau être connu, le Serpent, il pousse à l’extrême. En venir à porter l'ouroboros, ce signe d’auto empoisonnement perpétuel autour du cou…

-…C’est aussi un symbole purificateur en alchimie. »

Baron sourit, dévoilant sa dentition mal formée.

« De l’alchimie ? Ah, ne m’oubliez pas quand vous aurez trouvé le secret de la pierre philosophale, mage Serpentard ! »

Salazar, pourtant à peine sorti de son sommeil comateux, comprit quel genre d'homme il avait à faire. Ce n'était pas un médicomage, ni un assigné de service et encore moins un quelconque bon samaritain. Le ton badin ne cachait qu'une demande à venir.

Dans un sens, je préfère cela. Plus honnête que ceux qui se cachent derrière la simple bienveillance. Mais que veut-il ?

Baron roula une couverture en boule et la plaça dans son dos pour l’aider à se redresser.

« Comment vous sentez-vous ?

- Bien. » Mentit le jeune chevalier, ce qui fit renifler l’autre.

« Vous vous souvenez de comment vous en êtes arrivé là ?

- Non.

- Cela ne m’étonne point. Vous étiez inconscient quand je vous ai porté jusqu’ici. »

Subtile manière de me dire que je vous suis redevable…

« Mais avant ? Le champ de bataille ? »

Salazar en eut mal au crâne rien qu’à l’évocation. Les fantômes qui avaient peuplé ses angoisses étaient encore là, de même que les cris déchaînés des moldus assoiffés de guerre, quand bien même il n’était plus là pour les affronter.

« Non…

- Vous êtes sûr ? »

Le sang se mit à couler depuis ses narines et tomba en gouttes quand il répéta.

« Non. »

Baron lui tendit un mouchoir et il l’attrapa de la main qui n’était pas bloqué par une attelle de bois.

« Vous avez tout oublié ?

- Oui » Se renfrogna-t-il en s’épongeant le nez.

Baron le scruta, incrédule. Se rasseyant dans une pose plus informelle, les pieds levés sur une malle en bois posé au sol, il lâcha dans un haussement d'épaules :

« C’est étrange mais… Il est vrai que vous avez subi un grand choc.

- Lequel ? »

Le Baron soupira, emprunt d'une moue faussement gêné.

« Ce n’est pas à moi de vous le dire… » Le regard qu’il reçut eut raison des égards qu’il n’avait pas « …Mais j’ai bien peur que la raison de votre présence ici ne soit la faute de votre ami le Lion… A moins que je doive l’appeler Gryffondor, difficile à dire avec ces histoires de changement de Blason. »

L’homme renifla de dédain tandis que Salazar essayait de cacher sa colère, outré par l'idée que Godric fut son agresseur.

« Ne lui en veuillez pas trop. Un accident de transplanage… Il n’a rien eu, mais son cheval a atterri sur vous. » il attendit une grimace de son interlocuteur qui ne vint pas « …Il a fait une magnifique trouée, dit-on et juste pour venir nous aider contre les mages de Brocéliande. Oh, mais j’oubliais, vous n’êtes pas au courant de cela non plus… Les Normands avaient caché leurs mages parmi leurs troupes moldus. Cela aurait été un plan habile si vous et moi n’étions pas là pour les contrer. »

Il ment.

« Belle magie d’ailleurs, je ne me serais pas attendu à cela de la part d’un sorcier si jeune ! » cajola-t-il et Salazar se sentit plus méfiant que jamais.

« Je vais vous laisser à présent. Le crépuscule est déjà là, c’est l’heure d’aller faire mon rapport aux commandants. Je leur dirai que vous n’êtes pas réveillé, cela vous épargnera les formalités pour cette fois. Reposez-vous bien. »

Vous ne partiez pas comme cela, non !

L’autre se leva mais fut interrompu par le chevalier alité.

« Attendez ! Baron… Qu’est-ce que vous voulez ?

- Pardon ?

- Vous êtes venu pour quelle raison ? Ne répondez pas par charité, je me sentirais vexé. Qu'attendez-vous de moi ? »

L’homme sourit à ces propos, sa denture tordue toute révélée, et il se pencha vers lui.

« Vous êtes vraiment plus alerte que je ne le pensais… Mais vraiment, une discussion formelle n'est peut-être pas de mise vu les circonst…

- Il suffit. Parlez.

- Je vais être franc alors. La seule chose que je veux, c’est devenir votre ami. Non, non ne soyez pas incrédule. Pour être précis, j’ai besoin d’allié.

- Qu'est-ce qui vous fait croire que je pourrais l'être?

- C'est que, vous voyez, votre façon de traiter les moldus… Avant l’arrivée des mages tout ça… Je dois dire que ça a été… » Baron roula des yeux dans sa recherche pour le bon terme « …ça a été inspirant. Je crois que nous partageons le même point de vue à leur encontre. »

L’anglais sourit de plus belle pour sa déclaration de haine :

« Plutôt les faire reposer sous la terre que nous foulons, que de partager une vie avec eux. »

Salazar battit des paupières et ne répondit pas.

« Chevalier Serpent, vous n’êtes jamais encore venu rencontrer les hautes instances de notre gouvernement sorcier n’est-ce pas ? Cela viendra bientôt, et alors vous comprendrez à quel point la lie des sangs de bourbe et des demi-sangs empoisonne et corrompt notre société. Je vous l’ai dit, j’ai besoin d’allié. Je saurais donc vous rappeler à mon souvenir en temps et en heure. »

Baron lui fit une courte révérence en gage de ses paroles.

Je n'aime ni les chantages, ni me sentir obligé en quoi que ce soit... Mais...

« Vous n'aurez nul besoin de me rafraîchir la mémoire à l'avenir, Baron, je n'oublierai pas. Je n’oublie jamais, si cela m’arrange. » s'engagea Salazar en retour.

Les lèvres toujours étirées en une moue de grande satisfaction, le large sorcier s’excusa hors de la tente.

« Nous nous reverrons très vite. De longues discussions nous attendent. »

Salazar resta longtemps à regarder d'un air vague la toile blanche découpée de la sortie, une fois l'autre parti. En sus de la douleur, dans son bras et dans sa jambe surtout, il se sentait perdu, plongé entre les souvenirs du passé et les engagements futurs auxquels il venait de se soumettre.

Des moldus… sous terre…En ai-je seulement réellement tué aujourd’hui ? Baron mentait, j’en suis certain, mais… Quoiqu’il en fut…Plus ou moins à nourrir les corbeaux, cela n’excuse en rien…Cela ne paye pas pour mon père…pour ma mère…L’honneur de mon sang, pour le racheter… »

Salazar se rendormit, épuisé par ses blessures, et ce malgré l’écho de ses fantômes qui l’accablaient encore.

OoOoO

Baron était fier de lui.

D’une part, il était en vie et bien portant, ce qui était toujours source de joie à la fin d’une guerre, surtout celle-ci. Mais, en plus, il venait à l’instant de se dégoter un nouvel allié, exactement comme il l’avait prévu en arrivant dans cette campagne maudite. Certes, ce n'était là qu'une première approche, mais il avait grand espoir de parvenir à ses fins.

Au début, il n'avait pas du tout pensé à jouer la carte de l'amitié, mais le temps qu’il ramène le Serpent à la tente des blessés et le confit au médicomage Trust qu’il savait de son parti, il avait bien mieux réfléchi à cette dette qui lui était échue.

Le garçon était monstrueux de puissance, dangereux à la démesure pour pouvoir ainsi éliminer tant d'hommes d'un mouvement de la main. C'était encore pire si l'on prenait en compte la possibilité qu'il ne fut réellement pas au courant de ses propres capacités de pyromane, comme l'en prouvait son amnésie. Mais ce n'était pas sa seule caractéristique : il possédait aussi un compagnon de chevalerie de l'illustre nom de Gryffondor, et ce dernier était prêt à pourfendre une armée entière pour venir jusqu’à lui. Baron avait donc tout intérêt à ne pas jouer au rançonneur pécuniaire face à qui était de meilleur parti que lui.

Et puis il y avait un autre point à prendre en compte : le Lion était décidé à cacher le secret de son ami question magie maléfique, comme l’avait prouvé sa confusion maladroite sur le champ de bataille. Ainsi, mieux valait participer au mensonge également, ne serait-ce que pour mieux utiliser ce savoir pour ses fins personnelles… Vraiment, pourquoi réclamer de l’or, ou d'autres contacts dans l’aristocratie, quand il pouvait prendre sous son aile un prodige de la destruction ?

Baron n’avait jamais aimé les moldus mais sa haine n'était devenue farouche que depuis qu’il participait au gouvernement sorcier. Tous ces sans-magie aux postes d'importance, ces parvenus de sang de bourbe qui osaient le regarder de haut! Lui, le véritable sorcier! A cause de son mariage insolite avec une vieille rombière ? Quelle impudence, quand leurs propres cousins à eux, leur engeance des champs, brûlaient sans relâche de nobles familles sorcières de part le pays ... Il voulait changer la donne. Il voulait l’honneur et les rétributions à ceux qui le méritaient, et en l’occurrence, lui.

Alors, en ce jour, il allait tourner et retourner les faits pour mieux changer le cours de l’Histoire. Que le crétin qui avait hurlé de pourchasser les mages de Brocéliande soit loué : leur menace inexistante servait de parfaite couverture pour étouffer l’affreuse anomalie de son nouvel associé le Serpent. Et comme la providence était bonne avec lui, celui à qui il allait raconter ce bobard éhonté en ce jour n’était autre que le grand Griffon, le commandant en chef. Un Gryffondor, encore un, mais surtout celui qui l'avait collé à se battre parmi les moldus, pour sa plus grande honte… Que c’en était cocasse, un tel retour du sort ! Oui, vraiment, Baron se sentait pousser des ailes.

OoOoO

Godric en avait soupé de toutes ces assemblées d’après bataille. Alors que tous les combattants anglais scandaient au loin son nom et sa fameuse trouée sur tous les tremolos possibles, il avait du se plier aux ordres de son paternel et venir faire table ronde. Si encore ils avaient pu discuter autour d’une choppe de bière de cette éclatante victoire ! Mais non, il fallait supporter, en la bouclant, les incompréhensibles inflexions rageuses de son père le Griffon qui demandait des comptes à tous… Ca, en sus des regards fratricides de ses deux aînés, pour un peu il serait cru revenu en arrière lors d’une attablé en famille au bastion !

Mais peu ou prou il s’était habitué aux ambiances orageuses depuis qu’il était chevalier en compagnie de Salazar et, chantonnant dans sa tête l’hymne à sa gloire, il n’écoutait que peu les rapports des subordonnés de son général de père.

Il estimait que, dans un sens, il avait déjà donné tout ce qu’il fallait à sa famille pour un moment. D’abord, il avait auréolé de succès le fief de son sang, comme son vieux lui avait demandé. Ensuite, il avait réussi à laver son honneur bafoué d’avoir rompu un duel de fer d’avec ses cousins de Normandie.

Juste après la mise en berne des étendards des chevaliers de France, témoignant là de leur défaite, Godric s’était avancé vers la famille de Ferdinand le Normand. Ils avaient tous les mains liés, capturés pour réclamer rançon.

« Ceux-là sont à moi. » avait-il imposé aux gardes.

Le chevalier Gryffondor sortit à ce moment son scramasaxe qui logeait dans son fourreau au creux de ses reins. Ferdinand se raidit alors, gonflant la poitrine d’un air digne. Mais loin de se faire attaquer, le Normand écarquilla les yeux devant le geste du blond : ce dernier enroula sa paume si fort autour de la lame que le sang perla. Et c’est avec ce poignard empourpré qu’il trancha les entraves de poignets de l’homme.

« J’ai pas payé le prix du fer comme fallait tout à l’heure, et maintenant la seule chose que je peux faire, c’est racheter votre prime. Qu’il en soit ainsi. »

Godric tendit le scramasaxe à l’homme après l’avoir libéré. Ferdinand le prit et pointa directement l’estoc à la gorge de son opposant.

« Pourquoa que je te trancherais pô la gorge, tont que j’y suis hein, petit cusin ? »

Un haussement d’épaule du blond lui répondit. Ferdinand tint un moment puis finit par soupirer.

« … Bon, après tout t’as déjo payé le prix du sang hein… Et pis tu t’es battu comme un vrai Normand, t’as fait d’ dégâts… T’os peur de rien hein, messire Lion ?

- …Mmmm….Y’a bien le Serpent, c’est mon camarade de chevalerie, qu’il va bientôt m’écorcher vivant m’enfin…rien sinon !

- Ahaha, un lion qu’a peur d’un serpent, ço prend l’sens, ouaip ! Allez, on se borre. Envoie donc des nouvelles por hibou, petit cusin l’preux, après celle-lo faudra bien dix autres années avant qu’on se retente… »

Godric, répondant au hochement de tête de Ferdinand, le salua à son tour d’une boutade :

« Vous êtes les bienvenus pour un autre tour hein ! Je suis toujours prêt pour un échauffement ! »

Des « Oooohh » indignés lui firent écho et il n’en rigola que de plus belle. Mais alors qu’il s’apprêtait à repartir, le jeune écuyer de sa famille vint se planter sur ses talons, le forçant à rester. Il se fit toiser d’en bas

« William c’est ça ? » renifla notre anglois devant le garçon.

« C’est Guillaume, borbore. Et moa quand j'reviendrais, vous plierez tous genoux.

- Joli programme. C’est vrai qu’il faudra ça pour qu’on soit à ta hauteur, mioche !

- Mais d’ici lô vous serez un vieillard, messire Lion, l’échine déjô courbé devant moa ! »

Le jeune Guillaume s’enfuit aussi sec sous l’épaule de son père hilare tandis que Godric retenait une insulte entre les dents. Regardant s’éloigner sa famille d’Outre-Manche, le chevalier avait alors souhaité qu’elle reste pour toujours par delà la mer.

En y repensant, désormais qu’il était bloqué dans un cercle de confrérie à écouter tous les témoignages des sorciers guerriers, Godric se demanda s’il n’y avait quelque malice inconnue qui pesait sur sa personne pour se cogner à chaque fois tous les nabots ambitieux de ce monde. En plus il n’avait même pas de nouvelle du sien attitré, n’ayant pas revu Salazar depuis qu’il l’avait tiré de dessous son cheval.

Mais bientôt une silhouette connue s’approcha du rassemblement et il prit enfin un peu d’intérêt pour ce qui se passait autour de lui.

OoOoO

« Baron, au rapport. »

C’était la voix du général en personne qui le sommait de s’approcher du cercle des discussions, grillant par là la politesse à son supérieur directe, le commandant Garric, son fils.

« Je suis prêt pour mon rapport sur cette brillante victoire, messire Griffon. »

La tête de son interlocuteur semblait tout sauf victorieuse. Il était blanc de rage, et ses inférieurs à ses côtés avaient le profil bas. Seul le Lion, dernier rejeton à la bannière différente arborait un sourire extatique, tendant l’oreille vers les louanges qu’on chantait de lui au loin. Ses exploits avaient visiblement inspiré les troupes en une véritable chanson désormais, et l’on ne cessait de la fredonner dans tous les recoins du campement anglais. Baron avait vraiment envie de rire.

« Que s’est-il passé à l’Est ? »

L’invective était froide et pressante. La badinerie n’était pas de mise et pourtant…

« Oh moi qui croyais que tout le monde avait pu voir la puissante magie qui a été mise en œuvre là-bas…

- Répondez !

- Bien messire. Avant même que la rencontre entre les deux armées se fassent, je remarquai le Serpent envoyant des sorts à l’ennemi. Je l’imitai, par précaution… A vrai dire, je ne comprenais pas bien pourquoi, vu que c’était des moldus mais… Je me disais qu’il y avait une raison, puisque le commandant Garric avait envoyé un sorcier si jeune en éclaireur… »

Ce dernier lui renvoya un regard haineux et le chevalier crut bon de se taire.

« Vous mentez Baron. Cadwell dit que vous avez initié le feu face aux Normands.

- C’est vrai, messire.

- Le Serpent n’a donc pas envoyé des sorts en premier ! Comment osez-vous ?

- Sauf votre respect, messire, il a commencé en premier, mais je n’étais pas habilité à l’imiter. J’ai donc agi selon mes ressources avec de simples sorts d’attaque. Poser des pièges de pyromanie sur le sol bourbeux d’une prairie n’est pas donné à tout le monde. »

La plupart des chevaliers se regardèrent, cherchant qui d’entres eux pourrait infirmer de telles paroles. Mage Little, vieil homme fatigué par le poids des ans mais pas par celui de son cerveau inexistant crut alors bon de faire semblant de savoir.

« Oui, c’est en effet possible… J’ai lu des théories dessus…

- Cadwell n’a parlé de cela...

- Mais Cadwell n’aurait su le voir si cela avait été en face de lui. » reprit Baron, levant les paumes en signe d'un apaisement qui ne se retrouvait pas dans ses paroles « C’est une magie fine, faite pour poser des pièges… Elle n’est donc pas visible aux yeux inexpérimentés. »

Cadwell grommela. Mage Desmond, qui était bien plus rusé et plein de fiel, l’interrogea :

« Alors comment l’avez-vous vu, Baron ? Vous n’êtes pas non plus Merlin…

- Je me targue de savoir mes basiques en tous cas, mage Desmond. » Répondit-il, tout sourire « Quant à cette magie particulière, j’ai eu vent d’elle au cours du dernier colloque sur la magie noire auquel vous étiez regrettablement absent.

- Serpentard est donc coupable d’avoir employé de la magie noire !

- Non messire, cet enchantement a seulement été évoqué alors, il n’a pas été classé comme tel, faute de renseignement. Mais je suis certain que lord Serpentard nous fera l’honneur de nous aider à déterminer si ce qui nous a tous sauvé aujourd’hui peut se classer comme magie répréhensible… »

Le Griffon coupa court aux discussions sur la magie noire en un grondement.

« Il suffit. Je n’en ai rien à faire de vos débats. Le Lion, pouvez-vous confirmer que votre compagnon de chevalerie est capable d'une telle magie? »

L'idiot de fils Gryffondor, surpris qu'on lui demande son avis d'autant plus qu'il n'écoutait pas, répondit ainsi :

« Ben tu sais, il fait toujours un tas de truc à la baguette que je comprends pas. En tous cas poser des pièges, ça lui ressemble bien, enfin si c'est bien ça la question. »

Le commandant en chef plissa les lèvres de honte en regardant son dernier né, puis lâcha d'un ton rauque :

« La suite, Baron.

- Bien, messire. J’ai vite réalisé le pourquoi de ces fameux pièges… La cible n’était pas les moldus, mais les mages Normands qui s’étaient cachés parmi eux. A peine le premier eut-il brûlé qu’ils se sont révélés à nous, et la bataille prit un autre tournant. Ces sorciers étaient capables de détourner les feux sous forme de boules dans le ciel…

- Oooooh! » Cria Le Lion sous la révélation. Il avait oublié ce détail entre temps. Baron toussota pour cacher son amusement et reprit :

« ...Jamais je n’avais senti de magie si puissante, si dévastatrice… Je crois que ce qui nous a sauvé, Serpentard et moi, c’est l’affolement des moldus et le chaos qui s’est mis à régner de part leur panique. Beaucoup se sont retournés contre ceux qu’ils nommaient « Malin » dans leurs ignorances de toute magie, et moi-même j’ai dû me résoudre…à sacrifier des alliés pour me préserver.

« Comme vous devez être triste d'avoir dû tuer des moldus, Baron. » Persifla le commandant en chef. L'autre ignora l'invective.

« Quant à l'ennemi, je dois aussi avouer ne pas voir fait la fine bouche pour déterminer qui était un simple moldu Normand et qui un mage sous cape… En tous cas, je suis certain d’en avoir abattu deux et achevé un troisième. Mais peut-être en ai-je eu d’autres sans le savoir.

- Tout cela sans vous faire toucher… »

Des chuchotements se mirent à circuler dans la ronde des chevaliers après la remarque de mage Desmond. Mais rien n'ébranlait le sourire de Baron en ce jour.

« Hélas non messire. Je sais avoir reçu un sort de confusion, qui fait que je ne me souviens guère de la bataille jusqu’à l’arrivée de messire le Lion, mais le médicomage Trust affirme qu’en sus mon armure était couverte de magie immonde. Je l’ai conservé, si vous souhaitez l’examiner pour des recherches… Elle a été coulée avec des poils de licorne pour me protéger, c’est pour cela que j’ai évité le pire.

De nouveaux murmures, cette fois de convoitise en rapport avec le prix d'un tel équipement.

« Et Salaz…Serpentard ? Quel état pour le Serpent ? » demanda son blond compagnon de chevalerie, feignant de la mine un viril détachement.

« Je sors de sa tente. Il n’est toujours pas réveillé. Sa vie n’est pas en danger mais maître Trust m’a fait savoir que ses blessures sont profondes : apparemment les os se sont cassés là où il avait été touché par des sorts. La guérison sera donc longue, mais il a été traité à temps pour éviter des séquelles. Mon rapport s’arrête là, puisque je l’ai amené au campement moi-même pour nous y faire soigner. »

Le patriarche Gryffondor semblait toujours aux combles de la rage froide, regard glacial et cou crispé, au point de laisser échapper, encore, un excès de fiel.

« En effet vous semblez bien reposé, chevalier. Peut-être parce que vous êtes resté au chaud pour un simple sort de confusion alors que la bataille faisait encore rage. Vous pouvez sortir Baron. »

L'heure de la victoire pour ce dernier, qui se permit un petit plaisir irrévérencieux en guise de conclusion :

« Je vous remercie messire. Je reste à votre disposition, si vous avez besoin d’autres détails techniques sur la manière dont j'ai agi, pour nous éviter à tous, un lynchage de la part de mages surpuissants. Et ce au péril de ma vie.

- Sortez ! » Mugit le Griffon, et Baron ne se le fit pas répéter une autre fois.

OoOoO

Louis Gryffondor comprenait parfaitement pourquoi il était devenu l'un des plus puissants d'Angleterre.

Certes, il se savait vraiment doué aux armes et de surcroît un grand tacticien. De plus, son esprit chevaleresque dictait la conduite de sa vie entière, et, un jour, le conduirait également à sa mort sans qu'il hésitât un instant.

Mais tout cela n'aurait du être que les qualités fondamentales de tout chevalier, et non l'apanage du meilleur! Vraiment, si à présent il était l'un des Douze chargé de la protection du pays entier, ce n'était pas dû à sa seule valeur, si droitement qu'il eut toujours agi l'épée au poing. Une partie de son mérite venait de part la comparaison : les confrères chevaliers qui l'entouraient étaient tous des crétins ou des lâches. Ou les deux.

Et en ce jour, assis à présider l'assemblée d'après la guerre, il pouvait officiellement rajouter « menteurs » à la liste. La présence et l'aplomb insolent de ce parvenu de Baron avait fait remonté la bile jusqu'à ses lèvres. Qu'il eut aimé pouvoir le redescendre à sa nature pusillanime devant témoins en le confrontant à ses mensonges...

Simplement, semblable à tout autre homme rassemblé à cet instant, la réalité de ce combat sans queue ni tête lui échappait. Il avait écouté chaque récit personnel de cette guerre, de la version confuse de ses plus fidèles vassaux moldus, à celles sans fard de ses fils aînés, en passant bien sûr par les versions romancées de ses seconds de chevaleries... Rien ne s'accordait. Pire encore, l'histoire de Baron était presque la meilleure, ou du moins la plus logique... Cependant, un de ses lointains cousins Normands, pris entre quatre yeux, avait juré que nul mage de Brocéliande n'avait été intégré dans leurs troupes – quoique la prochaine fois ils le seraient sans faute, avait-il rajouté dans ses promesses. Le Griffon savait qu'il tenait au moins là un morceau de vérité : son lointain parent de sang, lui au moins, ne se serait permis le parjure. Il ne pouvait pas en dire de même des « héros » du jour du front Est, Baron et Serpentard.

Front et lèvres plissés, le général réfléchissait encore, malgré l'impatience qui commençait à bourdonner autour de lui. Car, vraiment, sans mage dans l'histoire, alors d'où était venue toute cette puissance magique hors norme? Et surtout, pourquoi? Si c'était pour le simple plaisir de faire une boucherie de moldus, il y avait tout de même des moyens plus discrets...

Et son fils Godric, tout imbécile qu'il soit, pourquoi donc s'est-il senti obligé de traverser une armée entière? Il avait tout de même, selon ses propres aveux, brisé un combat de fer pour démarrer sa trouée, poussé ses troupes montés à le suivre, désobéi à un ordre direct, puis, finalement, pris le risque énorme de transplaner pour parvenir à l'Est! L'amour immodéré du risque de son dernier né n'expliquait pas son coup d'éclat. Quant à considérer son attachement à son ami comme explication, cela en devenait trop chevaleresque.

Louis Gryffondor releva les yeux vers ses subordonnés, dont les murmures se turent aussitôt. Il était temps qu'il brise son silence et conclut cette bataille sur une note victorieuse. Mais comment aurait-il pu en avoir envie ; personne autour de lui ne souhaitait la vérité à propos de cette guerre. Ni la justice. Les seules personnes qui avaient trouvé mérite à ses yeux dans cette folie étaient son fils aîné Garric, pour avoir su empêcher son armée de devenir un tas de fuyards, et son second Gernic, pour avoir rabattu la moitié des Normands et permis leur capture.

Dommage pour eux, il allait devoir les trahir et se contenter de faire ce que tout le monde attendait de lui, omettant ses sentiments personnels pour le bien de la chevalerie d'Angleterre.

« Chevaliers, » le Griffon capta l'attention de tous par la forte invective « certains d'entre vous se demandent sûrement le pourquoi d'une telle réunion formelle, lors que nous venons d'obtenir une telle victoire sur nos ennemis. »

Des regards coupables ou de défis lui répondirent et il poursuivit de son ton autoritaire « En tant votre commandeur, membre de la table des Douze au service de l'oligarchie d'Angleterre, moi le Griffon ne permettrait jamais que notre armée ne manque à la discipline! »

Et, vraiment, il aurait pris grand plaisir à redresser tout ceux qui le méritait – nombre parmi les gens présents le devinait et suait en attendant la sanction. Mais son devoir passait avant tout le reste, même au prix de sa propre honte.

« ...Cependant un chef doit aussi savoir reconnaître quand ses hommes font preuve d'un courage extraordinaire au service de leur patrie. Nulle répression en ce jour, vous méritez tous mes félicitations, et celles du gouvernement qui viendront par la suite. »

Un chapelet de sourires voraces s'épanouit devant la promesse de récompenses, et, sans se tourner du côté de ses fils les Griffures dont il devinait les regards outrés, le chevalier conclut ce qui resterait de la guerre.

« Enfin, qui serais-je pour ignorer l'exploit du jour dont les chants traversent la toile de cette tente? Bravo à Godric Gryffondor, le Lion, pour la bravoure qu'il a démontré lors de cette trouée déjà devenue fameuse. Bravo au Serpent, pour sa clairvoyance salvatrice quant à la fourberie de nos ennemis. De tels actes ne seront pas ignorés en haut lieux, en ce qui concerne un adoubement honorifique. Vous pouvez disposer, chevaliers, allez donc fêter dignement cette victoire. »

Des exclamations enjouées se firent entendre à cette déclaration, la moitié des chevaliers y voyant là un encouragement à l'expression de leur admiration à la célébrité du jour. Godric, ahuri en premier lieu des honneurs donnés par son propre père, retrouva très vite sa nature de crâneur sous les compliments. L'autre moitié de l'assistance se força à applaudir, la mine contrite, avant de quitter rapidement la tente. Seuls deux chevaliers ne firent rien de tout cela, Garric et Genric, et leur père sortit avant eux sans leur offrir un regard.

Louis Gryffondor, marchant seul vers sa tente personnelle, ralentissait respectueusement devant les courbettes qu'on lui adressait de bon aloi. Lui savait parfaitement pourquoi il était l'un des Douze d'Angleterre, et pourquoi on lui montrait tant de respect. C'était car il n'avait pas hésité à trancher dans ses convictions et dans sa moralité, afin de donner à la chevalerie ce dont elle avait grand besoin en ces temps troublés : deux héros, dissemblables mais pourtant unis, et une légende de plus. A moins que, au fond, il n'avait compromis à ce tissu de mensonge que par lâcheté et par peur de perdre sa place de général aimé et respecté... Ou bien les deux, peut-être, il était difficile de dire quelle prise de décision aurait été la plus courageuse. La seule chose dont le grand Griffon était sûr à la présente, c'est que chevalier commandeur d'Angleterre, c'était vraiment un boulot à la con.

OoOoO

A son réveil, Salazar fut instruit par les bons soins du médicomage Trust. L'homme s'intéressa moins à ses plaies qu'à sa capacité à mémoriser la version officielle de la guerre et sa participation dedans, sous le prétexte fallacieux d'aider sa mémoire à revenir.

Baron dit qu'il a besoin d'allié mais j'en vois là un déjà tout dévoué à sa cause. En tous cas, il sait comment monter et faire vivre un mensonge, c'est le moins qui puisse s'avouer. Je pourrais désormais répondre à toutes les questions sur ce qui s'est passé... A défaut d'être en mesure de le refaire. Des pièges de pyromanie? Jamais entendu parler de cela... Il va falloir se renseigner discrètement.

Le Serpent, qui avait en haine viscérale les médicomages comme d'autres les usuriers, ne put cependant pas aviver son animosité au contact du très professionnel Trust, et pour cause :

« Afin de vous informer des risques que comporte la magie dont vous avez usé face aux druides de Brocéliande, qui sera probablement classée comme magie noire dans le futur, voici le relevé du dernier colloque à ce sujet. Ainsi que la façon de réaliser le sort, même s'il est prouvé que vous n'en avez pas besoin, bien sûr.

- Bien sûr.

- Tout est à votre discrétion, étant donné que ce sont des papiers du gouvernement, et que vous n'y avez pas encore fait votre entrée. »

Malgré ses blessures qui le lançaient plus intensément qu'avant, Salazar se jeta avec délectation sur cette nouvelle connaissance. Ce n'était pas tous les jours qu'on vous servait sur un plateau la possibilité d'apprendre une telle magie! La signature de Baron parmi toutes celles qui approuvait la teneur du document lui indiqua qu'une fois de plus, il lui était redevable pour ces bons soins...

Tant que je reste ici à me faire dorloter, je suis clairement en position de faiblesse. Il a dit qu'il voulait des alliés? Soit, c'est à voir. Après tout j'en ai besoin moi aussi. Mais je ne lui ferais pas le plaisir de devenir sa marionnette.

Alors, une fois finie sa lecture, sans le moindre intérêt pour les recommandations sévères de Trust, le sorcier se leva de sa couche. Il serra les dents devant les multiples douleurs que le fait de se vêtir lui procura, et, une fois ses attelles camouflées au mieux sous les plis de ses capes, il sortit.

Son hallebarde en guise de canne, il fut surpris des les premiers pas par deux choses que la douce magie de la tente bloquait auparavant : d'abord par la lune qui indiquait l'avancée certaine de la nuit, et, surtout, par le brouhaha immonde des soldats enivrés. En contrebas à l'ouest, dans le village bordé par le Ru du moulin, des chants se faisaient échos l'un à l'autre. A cette distance, seuls quelques mots paillards et le trémolo d'un nom qu'il connaissait bien était reconnaissable.

Intrigué, Salazar décida de s'y diriger mais ce fut la foule qui le rejoint en premier, chantant à l'unisson ces quelques vers maladroits :

« La trouée de Godriiiic!

Le transperceur héroïiiique!

- Avant comm' maintenant,

ça commence par maman,

ça finit par les Normands! »

« La trouée de Godriiic!

Le déchireur magiiiique!

- Dans son village natal,

il y est né à cheval,

le Lion est incontrôlabl'! »

« La trouée de Godriiic!

Le perforeur lubriiique!

- Ta femme est peut-être ben p'us jolie,

mais i' fera le même sort qu'à l'ennemi,

c'est un cocufieur de maris! »

La chanson n'eut pas le moindre effet hilare sur le fourchelangue, surtout lorsque, l'ignorant complètement, passa à quelques mètres de lui un Godric en parfaite santé et resplendissant d'une ébriété avancée. Au contraire, aussitôt une vague histoire de transplanage raté et d'aplatissement par cheval lui revint en mémoire.

Alors, sans complexe aucun, il brandit sa baguette et lança un trait vers le couvre-chef de son ami, lequel fut fauché violemment.

Bien fait. Ta faute, Gryffondor, si j'ai du repenser à ce traître d'Innocent malgré moi. Quelle idée de toujours garder son chapeau aussi...

« QUI A FAIT CA? QUI A OSE! » rugit aussitôt le chevalier mais ce n'est pas tant ses exclamations énervées que sa moue de colère reproduite par l'ensemble du troupeau de ses fans qui firent regretter à Salazar sen geste hâtif.

...Je n'avais pas besoin d'une autre foule en fureur ce soir...

« Juste un autre trou pour ta collection, le Lion... » répondit-il avec fausse nonchalance, baguette à la main exhalant déjà une magie qui effrayait les gueux.

« Uh ? » L’expression de son ami changea du tout au tout lorsqu’il le reconnut. Il s’élança vers lui, s’écriant « Salazaaarrr ! » avec plein d’émoi et l’enlaça avec force devant tout le monde.

Le fourchelangue ne sut alors ce qui le blessait le plus, les biceps du blond qui tordaient l’attelle de son bras ou la terrible honte qu’il ressentait à cet instant.

« Oooohhh » s’ébahirent certains combattants devant le chevaleresque de la scène et Salazar regretta amèrement d’avoir quitté sa tente. Surtout quand Godric se mit à déblatérer dans son embrassade des propos au fort taux d’alcoolémie :

« Même que j’ai essayé de venir te voir, genre plein de fois, chez les malades mais que j’ai trop pas réussi, genre je me suis fait trop jeter parce que je faisais trop de bruit. Enfin pas moi, eux, les autres quoi. Et un peu moi aussi, quand même. A cause de ma chanson, elle est trop bien, même que le village il va s’appeler pareil même si c’est un peu long « la trouée de Godric » mais ça sonne bien, ça se retient trop et même que je suis content que tu sois pas mort et que tout soit la faute des mages de Brocéliande parce que sinon ça aurait trop craint, genre trop. »

Et durant la longue minute que dura cette confession aux vapeurs éthyliques, des voix se mirent à réclamer « Le baiser du chevalier ! » pour parfaire à la tradition d’une si virile accolade. Et là, Serpentard se dit qu’il était plus que temps de se barrer.

« Je te répare ton chapeau si tu me trouves rapidement un coin désert avec un tonneau d’hypocras.

- Ouaiiisss ! Tiens, tiens ! »

Et avant qu’il ait pu réaliser ce que le blond tentait de faire à se mettre à quatre pattes, Salazar se retrouva perché sur ses épaules, obligé de garder le couvre-chef haï entre ses mains.

Je déteste ma vie. …Heureusement que je déteste encore plus celles de tous les autres.

Sous lui son ami se mit à courir, fendant la foule amusée du spectacle à grands renforts du refrain de sa chanson, et en un rien ils furent peu plus isolés.

« Tu sais Salzaaa… Salarr… Zalasarrrr… Ahaha, j’y arrive pas ! Tu sais, Sally ?

- Non mais tu vas me le dire, Riquet. »

Ces infamants surnoms revenaient perpétuellement contre leurs propres grés, mais toujours en cas d’ébriété et jamais devant public. Salazar, tristement sobre encore, ne pouvait que faire semblant de jouer le jeu en sirotant sa toute première gourde volée à l’arrachée, toujours porté par son instable compagnon. Ils avançaient en zigzag entre des tentes désertes, cherchant du coin de l’œil un tonneau délaissé.

« Genre comme je t’ai transplané un cheval dessus et que maintenant t’as une jambe de bois…

- Cela se nomme une attelle, crétin. Et arrête de taper dessus pour conjurer le sort.

- …Ben tu vois c’est pour ça que je fais le cheval ce soir. Ca compense hein ? Hein ? Allez dis-le ! »

L’œil de Merlin, oui. Le ridicule de cette situation, plus le fait que nous allons surement finir par nous écrouler… Ne daigne pas croire que tu vas échapper à ma vengeance aussi facilement, Godric. Le fait que je sois content de ne pas marcher ne compte pas.

« Même que si genre on y réfléchit trop Sally, ben comme les chevals y peuvent pas te sentir, c’est maintenant ou que c’est jamais ! Hein Sally ! Genre je serais le seul étalon que tu monterais jamais !

- La ferme ! » s’étrangla Salazar à ces propos, noyé d’embarras « Le cheval, tu scelles ton clapet de non-sens et tu me trouves à boire, vite. »

Godric hennit joyeusement en guise d’accord et repartit en courant.

OoOoO

Dans la retraite pitoyable de sa tente, Garric se demandait quelle offense il avait bien pu faire aux dieux et à Merlin pour mériter un tel sort.

Il avait été proclamé commandeur, mais seulement en guise de remplacement, et bien entendu sans que personne ne s’inquiéta de son avis. Il s’était tut et avait obéi. Puis il avait choisi d’envoyer au front Serpentard, le plus compétent selon la rumeur, contenant là son inimité personnelle. Le résultat avait été de longues heures passées à essuyer les frais, et quoique fut la version officielle de la guerre, il se doutait que son choix était en grand partie responsable de ce désastre. Car il avait vraiment dû user de la force face à des moldus apeurés pour les obliger à retourner se battre, et que ce fussent de la faiblesse ou pas, il en avait ressenti un dégout profond.

Il avait supporté tout cela sans broncher, sans même seulement s’autoriser à penser aux alternatives possibles. Car Garric croyait à son devoir d’ainé et de chevalier, et qu’il respectait -et aimait- son père plus que tout.

Autant dire qu’il n’appréciait pas vraiment comment il venait d’être récompensé pour sa fidélité. Le Griffon avait tourné le dos à ce que son frère et lui avaient accomplis en ce jour ; non, à ce qu’ils avaient accomplis en des années… Il avait plutôt choisi d’offrir à leur renégat de cadet, Godric l’insolent brute de service, l’honneur d’un adoubement d’éclat à la capitale.

« Le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste » soupirait-il dans sa bière, tandis qu’à ses côtés son frère et compagnon de chevalerie jurait sans discontinuer depuis plusieurs heures.

Mais pour leur malheur ils entendirent soudainement une voix bien connue, et bien haie à la présente, s’écrier ainsi du dehors :

« Sally ! …Genre je serais le seul étalon que tu monterais jamais !... »

Jetant un œil abasourdi vers Gernic, il vit ce dernier se tordre d’une même moue que la sienne face à la révélation.

« Je n’ai rien entendu ! » glapit-il ensuite, finissant brusquement sa chope pour mieux oublier par la grâce d’un éventuel coma éthylique. Vrai, pour une journée comme ce jour-là, ils vraiment auraient pu se passer d’avoir en plus la confirmation des vieilles rumeurs qui couraient sur le Lion et le Serpent.

Mais le mauvais sort ne les lâchait pas ’en avait pas fini avec eux ; à peine le temps de descendre quelques lampées de plus que l’extérieur se peupla à nouveau de rascals aussi mal venus que les précédents, à en juger par leur introduction :

« La trouée de Godric… Godric… La trouée de Godric… Cette vermine du Nord croit tromper quelqu’un à jouer les preux anglais ?

- Moitié barbare de viking, moitié traître de Normand, pour qui ils se prennent ces Gryffondor! »

C’était, à l’évidence, la seconde phrase qui portait préjudice. Les Griffures cessèrent de boire à cet instant et tendirent l’oreille. Un troisième homme parla ainsi, de sa voix aux inflexions typiquement londonienne :

« Les imposteurs sanguinaires, cette famille est allée jusqu’à monter une fausse guerre pour mieux faire dorer leur nom, vous vous rendez compte ! »

Les yeux de Gernic s’écarquillèrent et il se mit à tripoter sa nouvelle cicatrice du jour, l’estoc d’une lame ayant strié sa joue et emporté son lobe d’oreille gauche. Comme à l’accoutumée Garric leva la main pour couper court à tout élan que son frère ne manquerait d’avoir. En tant qu’ainé, la décision lui revenait toujours.

En temps normal Garric aurait surement réussi à retenir son ire face à une calomnie si immonde : il n’aurait jamais osé débuter une bagarre en état d’ivresse. Ce genre d’impulsion aurait porté l’opprobre sur sa personne, sur son duo de chevalerie, sur son chevalier de père.

Mais à la présente le premier fils n’avait plus trop à cœur ces trois choses.

« Il est temps de purifier l’Angleterre de tous les fils de chienne ! Les prétendus vikings comme eux n’ont pas leur place dans notre civilisation !

- Ils sont nos ennemis ! Eux ! Les faux chevaliers ! » glapit une énième voix, et Garric sentit sa retenue fondre.

Il n’avait plus de laisse à sa haine, se sentan

t pour la première fois aussi libre que son petit frère qui, la tresse au menton et la hache à la main, n’avait jamais « prétendu » être un viking : Gernic avait dans son cœur les valeurs du Nord, bien avant celles des chevaliers. Alors que lui… Lui avait toujours voulu être irréprochablement chevaleresque. Comme son père, ou plutôt l’image qu’il en avait de lui jusqu’à maintenant.

« Pas seulement les chevaliers ! Tous devraient périr, en vrai, même les femmes et les enfants. On ne peut faire confiance à leur engeance, il est prouvé qu’ils encouragent les nouvelles invasions et les pillages des côtes. » professa finalement un dernier membre du groupe à l’extérieur de leur tente, lequel reçut nombre d’approbation.

Et aussi tordu que cela puisse paraître, lorsque Garric le preux n’écouta plus que sa soif de vengeance et se lança à l’assaut, un scramasaxe dans chaque main, jamais il n’eut autant l’impression de bien servir sa patrie et de faire son devoir d’homme de toute la journée.

Dire qu’il avait toujours cru que Gernic était le fils à maman de la famille.


Note de l'auteur :

A hollow (nom) : creux, renfoncement, cavité

Godric’s Hollow… La trouée de Godric ! Aha, qui avait deviné ?

En tous cas, il est temps d’aller à la capitale pour tous nos héros! Moi j’y suis déjà, puisque je suis à Tokyo, hehe. Vous pouvez m’envoyer tout votre jalousie à travers un petit commentaire.

Au fait j'ai reçu des questions intéressantes dans les commentaires :

Pourquoi les français ont toujours des accents ridicules? Mais sinon on ne les reconnaîtrait pas voyons! Et puis les Normands ils ont un drôle d'accent, non? (Dit la fille du sud, ahaha)

Salazar n'est-il pas trop jaloux des nouveaux personnages? Si, affreusement. Il désapprouve totalement la poussée de virilité de Garric à la fin du chapitre. "C'était pas prévu dans le script!!" hurle-t-il, mais il est juste jaloux parce qu'il sert de traumatisé dde service en ce moment. et c'est pas prêt de s'arranger!



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