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Anime/Manga » Saint Seiya » PossessionS
Tiya-hxr
Author of 8 Stories
Rated: M - French - Romance/Angst - Reviews: 33 - Updated: 03-01-11 - Published: 08-20-05 - id:2543174

Note : Vous qui lisez ces lignes, cela veut dire que vous portez un intérêt à cette histoire, qu'il soit naissant ou de longue, très longue date. Merci à vous.

CHAPITRE 10 :

Un peu plus tôt dans la journée :

Camus ne pouvait plus s'éloigner de Kanon. Il avait presque peur que le Gémeau s'envole. Et malgré l'incongruité de la situation, il ne quittait pas la pièce.

Il n'aurait jamais cru qu'un jour il se retrouverait avec Kanon et Angelo dans sa propre chambre, plongée dans la pénombre. Qu'il raconterait à l'Italien ses doutes, les soupçons qu'il avait peu a peu fondés, et qui s'étaient vus confirmés.

_ J'avais trouvé cette plante par terre, dans la chambre de Saga.

Angelo pour sa part n'était pas exactement un féru de botanique.

_ Ca se fume ?

_ Tu ne crois pas si bien dire.

Ah ben merde alors, s'il avait su.

_ Mais ce n'est pas terrestre, continua Camus.

Le Cancer se sentait à la fois investi et totalement détaché de ce que Camus lui racontait. Il était à peu près aussi passionné par ça que par la peinture qui sèche, et pourtant il sentait que la feuille brune qui tournait doucement entre les doigts fins de Camus était importante.

_ C'est démoniaque.

_ Qu'est ce que tu me chantes encore !

_ Je ne sais même pas par où commencer. Angelo… Milo Saga et Kanon sont possédés. Et le démon qui possédait Kanon est maintenant bloqué en lui.

Le Cancer roula des yeux. Ok, il s'était inquiété pour rien en fait. C'était bien Français ça, de partir dans des affolements parfaitement inconsidérés et hors de propos (voyez qui parle…). Il se claqua les cuisses des deux mains et fit mine de se lever.

_ C'est toi qui devrais arrêter de fumer. Je sais pas quel bad trip vous vous faites avec Kanon mais sérieux… Je m'en cogne.

L'Italien jeta un regard au dit Gémeaux qui n'avait pas bougé, à part les légers tremblements qui le secouaient de temps en temps. Son regard vide et écarquillé l'avait effectivement inquiété de prime abord. Mais l'explication du mauvais trip collait bien plus à la réalité. A sa réalité en tout cas. Des démons, et puis quoi encore…

_ Donc c'est normal que Kanon me suive partout, que Saga espionne Shaka, que des chevaliers dont on n'a jamais entendu parler se pointent, qu'Aphrodite n'ait pas l'air plus choqué que ça d'avoir manqué de se faire abuser, et que Milo me lâche pour toi ?

La mâchoire du Cancer saillait de plus en plus. Surtout vers la fin de la tirade de Camus, à l'évocation d'Aphrodite. Il se jeta sur la dernière remarque pour rendre la monnaie de sa pièce au Français.

_ C'est ça qui t'emmerde en fait, tu penses qu'il n'y a que des conditions *surnaturelles* pour que Milo s'éloigne de toi. Mais t'as raison Camus. Rien d'autre que l'arrivée de démons au Sanctuaire ne peut expliquer ça, absolument rien ! Les aliens tu l'avais déjà faite à quelqu'un d'autre, c'est ça ?

Le Verseau fronça des sourcils, avec dans ses yeux verts l'ombre orageuse des mauvais jours. Angelo venait manifestement de l'irriter, et voir un tel changement d'expression sur le visage du Français était rare. Sa voix n'était plus qu'un sifflement.

_ Ca n'a rien à voir. Arrête de faire le con et écoute ce que je dis ! Milo, tu ne l'as jamais entendu parler tout seul ?

_ S'il fallait hurler au démon à chaque fois que quelqu'un parle seul, on enfermerait bien les trois quarts des gens du Domaine.

_ Tu connais Aphrodite. Sérieusement. Comment aurait-il du réagir hier soir, hein ? Après que tu l'assorti d'une telle situation, il n'aurait pas du rester avec toi ?

Camus fit une très légère grimace. Il se servait nettement de l'hypersensibilité du Poissons pour faire pencher la balance en sa faveur… Et d'une manière très « psychologie féminine »qui ne le rendait pas spécialement fier…

_ … Je ne connais plus Aphrodite.

_ Oh pitié, pas à moi le mélodrame. Ce n'est pas parce qu'il t'a avoué ses sentiments que ce n'est plus le même, il doit chercher à se protéger, mais pas à te fuir.

Alors celle là, Angelo ne s'y attendait pas. Persuadé que la déclaration d'Aphrodite était restée entre eux, il se mit à tirer des plans sur la comète vitesse lumière. Aphrodite en avait parlé ? Il ne cherchait pas à le fuir ? Comment Camus pourrait savoir ça si le Suédois ne lui en avait pas parlé ? Donc il lui en avait parlé. Il ne savait même pas s'il devait se sentir furieux ou trahi.

_ Non Angelo, je t'arrête tout de suite. Il ne m'en a pas parlé. Mais c'était… évident.

En tout cas pour lui, qui est dans la même situation qu'Aphrodite, c'était assez net.

_ Sa réaction d'hier soir n'était pas naturelle. Il est sorti à moitié déshabillé de sa chambre suivi de Saga. Et à moins que j'aie raté certains épisodes, son confident c'est plutôt toi. Alors pourquoi Saga, hein ?

Devant le mutisme de l'Italien, Camus haussa un sourcil.

_ Ca ne prouve rien. Mais…

Le Français attrapa un gros volume jaunâtre sans âge dont les feuilles dépassaient dans tous les sens.

_ Un bouquin, ca t'aiderait ?

Camus ouvrit le livre comme s'il l'avait fait des dizaines de fois avant de reproduire ce geste devant Angelo.

_ Je sais, la botanique, ca ne t'intéresse pas. Les démons, ca sort des légendes. Mais Athéna, c'est quoi ?

Comme l'Italien semblait braqué de chez braqué, le Verseau continua.

_ Si tu allais faire un tour dans cette pièce qu'on appelle la bibliothèque, tu aurais autant de doutes sur l'existence d'Athéna que sur celle des démons.

Toujours pas de réponse.

_ Tu… As écouté ce que j'ai dit ou tu es resté bloqué sur la partie Aphrodite ?

_ Va f'enculo, au fait !

Camus était très irrité de cette conversation. Pourquoi se retrouvait-il à expliquer des choses absolument essentielles à Angelo qui n'en avait absolument rien à faire ? Il plaqua la feuille marron sur la page ouverte et le tendit au Cancer qui le saisit et vit aussitôt les détails d'une plante, dont certaines images des feuilles ressemblaient à s'y méprendre à celle que Camus avait trouvée.

_ Tu en connais beaucoup toi, des feuilles de cette forme ?

_ Je t'ai dit que je m'en battais les cojones de la botanique.

Tiens, il se mettait à l'espagnol le Cancer ?

_ C'était une question rhétorique. (Il se retint d'ajouter « crétin » et reprit) C'est une plante démoniaque, qui pousse dans le monde où vivent les démons de la Luxure.

Si là Angelo n'arrivait pas à faire quelques conjonctures… Enfin, s'il réussissait à se sortir Aphrodite de la tête en fait.

_ Tu sais quoi ? Sors, je ne te retiens pas. Réfléchis-y au moins. Et agis en conséquence.

Sur cette énigmatique fin de phrase, Camus se leva et ouvrit la porte de la chambre.

Il n'obtiendrait rien de plus du Cancer pour l'instant. Lui-même était trop énervé pour réussir à tenir un raisonnement. Fou comme le Cancer réussissait à le mettre en pelote, et pourtant des sales cons, il en avait croisés plus qu'à son tour, et il savait rester calme. Enfin, qu'importe…

Mieux valait le laisser décanter tout ça. Lui devait rester auprès de Kanon.

Sans un mot, Angelo se leva et sortit.


Shaka se réveilla avec une enclume sur le cœur. L'angoisse et la douleur lui donnaient bien des difficultés à respirer. Et pourtant, un « rateau » c'est quelque chose dont on se moque si facilement… Mais honnêtement, il n'avait qu'une envie, dormir, et rester au lit. Et dormir.

Bon sang, il avait vraiment une enclume sur la poitrine là ? Il sursauta en retirant l'oreiller sous lequel il avait fourré sa tête et manqua de hurler. Qu'est ce que SAGA foutait dans son lit ! Ah vraiment, vraiment, il était à deux doigts de…

Oh et puis merde.

_ SAGA ! SAGA, QU'EST-CE QUE TU FOUS LA, SORS IMMEDIATEMENT !

_ Nheing hein quoi quoi hein ?

Le Gémeau qui dormait paisiblement sur le ventre, du sommeil du juste, leva la tête, complètement dans les vapes. Il vit les pieds de la Vierge, et leva les yeux lentement pour constater que Shaka était debout sur son lit, le cheveu emmêlé et l'œil furibard. La veille lui revint à l'esprit. Il soupira lourdement, puis dit :

_ Je n'arrivais pas à dormir sur ton sofa.

_ Mais fous toi de moi !

_ … Je… J'ai du mal à rester seul… Je pensais que tu comprendrais… Dans ma situation…

C'était pire que de la cruauté. C'était de la cruauté naïve. Saga avait fait naître en lui beaucoup de sentiments bruts et contradictoires qu'il n'avait jamais vraiment connus comme la jalousie, l'excitation de le voir, le cœur battant à tout rompre de le croiser… Et en une seule phrase un peu balbutiée, il lui avait aussi presque brisé le cœur.

En fait si, il lui avait complètement brisé le cœur. Il s'était bel et bien épris de Saga. Il était épris de Saga. Voila, pourquoi jouer sur les nuances. Pourquoi s'aveugler. Il souffrait, autant clairement savoir pourquoi.

Il aimait Saga.

Et Saga lui faisait du mal rien qu'en étant là, parce qu'il voulait « approcher quelqu'un d'autre », parce qu'en fait Saga n'avait jamais été intéressé par lui… Il ne pouvait pas lui envoyer un signe ? Même possédé, il ne pouvait pas faire quelque chose ? Avait-il été conscient, avait-il partagé ces moments avec lui ? Car alors, Shaka ne saurait pas quoi ressentir, entre colère et honte.

Saga s'assit en tailleur sur le lit et fourragea dans sa tignasse, l'air mi abandonné, mi revanchard.

_ Je pensais vraiment que tu comprendrais. Après tout tu connais la situation, je suis possédé par un démon quand même !

Non mais c'était quoi ce ton de gamin chouineur et cet argument de derrière les fagots (parfaitement !).

_ On a tous nos problèmes Saga, toi tu as un démon, moi j'ai embrassé un démon, chacun ses histoires.

_ … Tu es en colère ?

C'te blague !

_ Non, mais tu comprendras que je me sente un peu agressé dans mon espace vital !

_ Alors… Je ne pourrais pas rester ici ?

_ P-pardon ?

Saga regardait ailleurs. Il crochetait un drap blanc, et semblait manifestement peser ses mots.

_ Shaka… Shaka tu es mon seul appui, tu as vu tout… Tout ce qui s'est passé depuis qu'Idrajin a pris possession de mon corps…

Il s'appelle Idrajin l'autre hurluberlu ? Super.

Shaka détourna le regard, et tomba sur le grand miroir mural à côté du lit. Il ne se reconnaissait pas. Lui qui d'habitude était si mesuré, si patient, avait perdu toute contenance depuis quelques temps.

Il fallait qu'il se reprenne. Il ferma les yeux et demanda doucement :

_ Qu'est ce que tu veux précisément ?

_ Je voudrais juste rester ici quelques temps. Pour… avoir un endroit stable, et je n'ai pas envie de voir les autres…

Quelque part, cet homme devant lui le dégoutait un peu. Il n'arrivait pas à lutter contre cette pointe de rejet face à la faiblesse du Gémeau qu'il avait connu comme grand, fier, stable. Ce sentiment même en lui le dégoutait. Etait-ce parce que Saga ne correspondait plus à l'image qu'il s'en faisait, ou bien parce que cet homme semblait trop se complaire dans sa faiblesse ?

Malheureusement, Shaka opta pour la première solution, s'accusant lui-même d'une partie des maux dont le Grec le faisait souffrir. Sa voix était plus douce, son timbre presque revenu à la normale lorsqu'il répondit :

_ Très bien. Tu peux rester ici, je comprends.

Il ne lut même pas de reconnaissance sur son visage. Seulement un immense soulagement.


_ Thémis, Thalys, réveillez vous !

Les jumeaux endormis et pelotonnés l'un contre l'autre n'avaient soit pas entendu, soit aucune envie d'entendre l'injonction du premier Juge. Mais Alphina ne semblait manifestement pas d'humeur à ménager leurs caprices ce matin-là.

_ Nous rentrons.

Les jumeaux, s'ils étaient réveillés, faisaient preuve d'une parfaite maîtrise de leurs corps.

_ Samaël est passé. Par tous les démons majeurs, je comprends maintenant votre attachement sorti de nulle part pour le chevalier des Poissons…

Pestant dans sa barbe, il continua :

_ Je ne sens plus la présence de Mezrieth. Quelque chose de grave a dû arriver, les démons de la Luxure doivent retourner à leur Sphère jusqu'à nouvel ordre, et est ce que vous m'écoutez ?

Alphina se retourna brusquement, mais pour constater que les jumeaux, en position assise, fixaient du même air impénétrable le démon blond.

_ Alphina est en colère.

_ Parce que Samaël est en colère.

_ Alphina est en colère parce que Mezrieth l'a dupé. Encore.

_ Mais Mezrieth est bien puni. Il est entravé en son hôte.

_ Il ne pourra pas rentrer.

_ Même si Samaël l'a ordonné.

Le Juge cligna des yeux. Mezrieth, entravé ? Les jumeaux avaient cet air neurasthénique de lorsqu'ils ont des visions. D'ailleurs, leurs mains étaient jointes.

Alors ces vieilles légendes sur le fait de se retrouver coincé dans un corps de mortel disaient vrai ? Au moins grâce à Mezrieth, ils allaient sûrement en avoir la preuve. A ajouter aux livres de légendes pour la postérité. Alphina claqua des doigts.

_ Nous n'avons plus rien à faire ici.

Thémis et Thalys baissèrent les yeux. Ils auraient pu protester, geindre, faire un caprice. Mais ils étaient juges eux aussi. Et il n'y avait que les Juges pour influencer la décision de Samaël à abattre ou non son courroux sur la désobéissance de Mezrieth, Lilith et Idrajin. Car pour diverses raisons, ils allaient désobéir. Les jumeaux le savaient.

_ Partons.

Alphina s'évapora. Le sort réel de ces démons l'importait peu.

Thémis et Thalys étaient encore jeunes. Par acquis de conscience ou par instinct, ils scannèrent une dernière fois l'activité démoniaque. Ils devaient prévenir Le Seigneur de la Luxure que malgré son ordre, Mezrieth ne pourrait pas rentrer. Et peut-être déguiser un peu de vérité, puisqu'ils savaient qu'aucun des trois ne rentrerait.


Angelo avait été tenté de retourner chez Shura pour discuter avec lui de ce que Camus lui avait dit. Mais il craignait 1) de passer pour un con, 2) de lasser sérieusement le Capricorne avec ses prises de tête un peu trop fréquentes dernièrement. Il avait donc instinctivement bifurqué vers la plage. Peut-être parce que ces derniers temps, il avait beaucoup trainé sur cette plage. Avec Milo.

Encore et toujours Milo. Le Cancer se sentit à nouveau irrité. Et repenser à ce que lui avait dit Camus n'arrangeait rien. Kanon, Saga… Et Milo. Il avait beaucoup de mal à l'admettre, même seul avec lui-même, mais… Ca en foutrait un coup à son ego, que Milo se soit rapproché de lui et accroché malgré ses rebuffades uniquement pour… Pour quoi au fait ?

Il allait réfléchir plus avant lorsqu'il entendit du bruit. Ca venait de la grotte où il allait souvent avec… L'autre là. Et forcément c'était la voix de… Du même. Dans une grotte, ca résonne bien.

_ … causer ? C'est depuis le jour où on a débarqué ici qu'on a dépassé les bornes, tu ne crois pas ? Depuis le jour où je m'évertue à n'en faire qu'à ma tête sans en avoir rien à foutre de toi ! … Non, c'est vrai ! … Si !

Angelo cligna des yeux. Ok pour parler tout seul, mais là Milo lui faisait clairement l'effet d'un schizophrène au dernier stade de la démence.

Ca l'emmerdait profondément mais… Peut-être que c'était vrai ?

Avec la sensation de n'avoir rien d'autre à foutre de sa putana de journée, l'Italien se dit que si ça s'avérait être une mauvaise blague il pourrait toujours dire qu'il le savait et voulait les avoir à leur propre jeu. Non ca faisait pitié en fait. Et l'autre cinglé de reprendre :

_ Bon sang… J'en ai marre de ces histoires d'humains à la con, j'en ai maaaaarre…

_ A qui le dis-tu.

Merde. Voilà, c'était plus fort que lui. Et pourtant en général, il s'en contrecarrait d'avoir de la répartie, ça sortait juste tout seul. Dans la situation présente, elle représentait une satisfaction minime mais bien réelle, puisque Milo s'était totalement décomposé.

_ Qu… Qu'est ce que tu veux ?

_ Camus et moi on te cherche partout. A tout hasard, tu saurais pas où est Saga ?

L'étonnement plus composé sur le visage de Milo lui ôta la maigre délectation d'avoir surpris le Scorpion.

_ Camus. Et toi. Et Camus. Le Camus qui côtoie les ours blancs en Sibérie. Ce Camus là.

_ Chuis pas assez intime avec lui pour savoir ce qu'il côtoie, mais on parle bien du même.

Il eut un rire rauque sans joie. Il s'en foutait des traits d'humour là.

_ Sérieusement Milo. On a un gros problème.

Milo fronça des sourcils. Comment ça un gros problème ? Lilith se demandait toujours ce qu'Angelo avait bien pu entendre. Elle se leva histoire de manifester un minimum d'intérêt. Angelo avait parlé de Saga… Possédé par Idrajin. Ca ne devait être qu'une coïncidence, mais ça l'inquiétait quand même un peu. Beaucoup. Elle avait la solide impression de perdre le peu de contrôle sur la situation qu'il lui restait.

_ Par gros problème, tu entends quoi ?

_ Je crois bien qu'un de tes potes est coincé dans Kanon.

Angelo se demanda ironiquement si c'était déjà arrivé à Milo. Tout le monde savait les écarts sexuels que Kanon et Milo entretenaient de temps en temps alors…

Et cette fois, Milo était devenu livide.

_ Je… Ne comprends pas de quoi tu parles.

L'Italien plissa des yeux.

_ Un copain ? A toi ? Genre, un démon ? Capito ?

Cette fois il cru que le Scorpion allait défaillir. Ce qui aurait été assez marrant, venant d'un homme de constitution plutôt solide. Et l'absence de réponse, de rire ou de regard moqueur le rasséréna. Soit ils étaient tous dans le coup et Milo méritait un César, soit l'histoire de Camus tenait debout. Madre Dio, qu'est ce que c'était que ce bordel ?

Comme le Scorpion ne daignait pas faire autre chose que devenir de plus en plus pâle, Angelo fourra une main dans sa poche, s'alluma stoïquement une cigarette, puis dit :

_ Alors, tu viens ?

_ Où ça ?

Ah, au moins une réaction.

_ Chez Camus. Constater l'état de Kanon.


Aphrodite se réveilla avec l'impression de subir la pire gueule de bois depuis la nuit des temps. Sa tête était pleine comme une pastèque trop mûre, prête à éclater. Il avait la pire sensation de soif de toute sa vie, et avait l'impression de saisir dans toute son ampleur le sens du mot « vital ». Et puis surtout… Il n'avait pas ou peu de souvenirs de la veille.

Après avoir tergiversé avec lui-même sur la nécessité d'aller boire opposée à la torpeur de son corps, il finit par se lever, avec dans un coin de sa tête le rangement monumental qui l'attendait. Il traversa le salon avec une ouverture d'yeux de quelques millimètres, et se dirigea au radar vers la cuisine. Bouteille d'eau bouteille d'eau bouteille d'eaaau…

Pendant qu'il buvait goulument, il réalisa que… La vaisselle était soigneusement empilée, et le salon pas si en désordre que ca. Mh… Une bonne âme avait rangé pour lui ? Peut-être Angelo… Rien que de l'évoquer, ca lui faisait plaisir, et le faisait souffrir en même temps. Et puis il se sentait pitoyable. Parce qu'il se disait déjà que ca lui ferait une « excuse » pour lui parler. Il aurait voulu pouvoir passer tout son temps avec lui comme avant, mais avec ce qu'il lui avait dit, et son départ en Suède… C'était vraiment gênant. Comme s'ils ne savaient pas quoi se dire. Et puis apparemment il avait un nouveau compère… Rah ça y est, il voulait casser un truc.

Tout le monde pensait qu'Aphrodite avait toujours porté un masque à l'époque où il tuait à la rose, et que son vrai visage était celui qu'il affichait depuis la défaite d'Hadès et leur résurrection.

Mais non, toujours pas. Il n'arrivait pas à trouver l'équilibre. Bien sûr, c'était apaisant de montrer sa gentillesse et sa générosité. Mais il s'était rapidement rendu compte qu'il ne pouvait pas montrer qu'il pouvait être facilement irritable et en colère. Parce que ca ne collait pas au personnage… Et que les gens n'aimaient pas, quand ça ne collait pas au personnage. Ca les dérangeait.

Alors il gardait le caractère de Mère Thérésa. Il n'y avait qu'Angelo qui avait entraperçu ces sautes d'humeur violentes, et encore, de petits mouvements d'humeur.

Euh… L'alcool l'avait mis si minable hier soir qu'il s'était couché en chemise ? S-sans rien en dessous ? Pourquoi n'avait-il strictement aucun souvenir de la veille ?

Il était hors de question qu'il reste sans réponses. Et il ne voyait pas à qui il pouvait en parler à part Angelo. Une douche et une bonne dose de courage plus tard, il sortait de son temple en espérant de tout cœur ne croiser personne qui aurait des souvenirs de la veille, contrairement à lui.

Shaka regardait Saga se coiffer devant le miroir. Ca faisait à peine quelques heures qu'il avait compris l'ampleur de ses sentiments, et déjà il se demandait comment les humains faisaient pour supporter ça. Il avait mal en le voyant, mais rien que de l'imaginer à l'extérieur l'angoissait. Il craignait, à juste titre, que Saga n'aille voir ailleurs. Pas qu'ils se « voyaient » eux même dans ce sens réellement…

Avec tous les évènements, Shaka avait l'impression que le baiser qu'il avait échangé avec Saga n'était qu'un rêve.

_ J'ai trop de cheveux.

Première nouvelle.

_ Avec la longueur qu'ils ont, je pensais que tu étais habitué depuis le temps Saga.

Le Gémeau se tourna vers Shaka, et celui-ci ressentit une pointe au cœur, un chavirement, et plein de chaleur. Il n'entendit presque pas ce que Saga lui dit.

_ Les tiens sont lisses au moins.

_ Et c'est pour cela qu'ils s'emmêlent terriblement.

S'il s'était attendu à discuter avec un Saga, qu'il aimait manifestement plus que de raison, de soucis capillaires…

_ Tu ne voudrais pas me les couper ?

_ Certainement pas.

Shaka se surprit de sa propre réponse, réalisant qu'il se montrait légèrement acerbe et tranché pour masquer tout miel qui pourrait hypothétiquement transparaître.

Surtout avec la tête de chien battu que Saga faisait maintenant

_ J'ai fait quelque chose de mal ?

Shaka soupira. Comment faisaient donc les humains pour vivre sans le dire ? Après tout, il était déjà fixé sur la réponse, qu'avait-il à perdre ? Peut-être la proximité de Saga, et encore… Il n'en savait trop rien.

_ Rien. Je suis encore un peu fatigué de la soirée d'hier.

_ Ah… Tu n'as pas l'habitude de boire peut-être.

Mais oui bien sûr, esquive donc le sujet qui fâche. Légèrement irrité, Shaka sortit de la chambre en grognant.

_ Ca doit être ca oui.

_ Hé attends Shaka !

Le blond s'arrêta devant la porte et se tourna vaguement.

_ Tu m'aiderais à préparer mon rendez-vous avec Milo ?

Idrajin n'en croyait pas ses oreilles, et se fit même un facepalm mental de niveau olympique. A ce stade c'était plus des œillères que Saga avait, c'était un syndrome massif et psychotique de déformation de la réalité. Même lui fut dérangé par la tête nauséeuse que le blond arborait à présent. Il ne voulait vraisemblablement pas craquer, mais était en overdose manifeste.

_ Saga ! Tu es grand, tu peux bien te débrouiller seul non ?

Et de voir le blond rebrousser chemin et de fuir – il n'y avait pas d'autre mot – vers une autre pièce.

Idrajin devait se retenir à corps et à cris de ne pas faire souffrir Saga mille morts pour sa bêtise. Il fallait être complètement impotent pour ne pas voir que la Vierge était sincèrement éprise de son hôte. Et lui continuait de ne voir que Milo. Une obsession qu'il avait vite décelée comme étant un bon vieux gros complexe d'infériorité vis-à-vis de son frère.

Quelle misère… Saga avait toujours voulu être apprécié pour ce qu'il était, et maintenant qu'il l'avait, il ne voyait que la personne qui avait compris comment apprécier son frère.

Pire, il lui semblait que le fait d'être resté en retrait depuis le début de la possession l'avait encouragé sur le chemin de la faiblesse et du laisser-aller. Encouragé même à se complaire dans ses malheurs, aveuglé par ceux-ci, incapable de voir qu'il y en avait d'autres autour de lui.

Mais il ne disait rien. Il ne pouvait pas provoquer plus les choses qu'il ne l'avait déjà fait. Il s'était lui-même mis en danger en rendant son autonomie au Grec. Il était encore parfaitement libre de la reprendre, mais il eût été plus simple de quitter ce corps encombrant. Alors pourquoi ne pas partir tout simplement ?

Parce que Lilith n'était pas encore partie.


Dans la Sphère de la Luxure, Samaël était furieux. Trois de ses démons majeurs désobéissaient à ses ordres. Ils étaient toujours au Sanctuaire, malgré son injonction formelle de rentrer sur le champ.

Alphina était rentré, suivi de ses jumeaux adorés. Les Juges allaient bientôt pouvoir lui rendre des comptes. Déjà Thémis et Thalys s'avançaient vers lui. Et ses deux petites créatures étaient manifestement nerveuses.

_ Thémis, Thalys, venez là mes tous beaux.

Ses deux petits démons rechignaient même à grimper sur son trône.

_ Eh bien, que vous arrive-t il ?

Alphina était entré et s'était agenouillé devant lui. Pendant ce temps, Thalys murmurait à son oreille :

_ Samaël, Thémis et moi on a vu… Des choses.

_ Des choses qui font peur.

_ Oh ?

Il les prit par le bras et les plaça sur ses genoux, puis leur caressa la tête. C'est pour cela qu'ils étaient nerveux.

_ Mezrieth et Idrajin sont coincés dans le corps de leurs hôtes.

Le Seigneur de la Luxure, du haut de sa superbe, manqua de s'étouffer. Thémis et Thalys voyaient ce qui était vrai, et ça ils n'avaient pas pu l'inventer.

Bon sang… Ce n'était pas pour rien que lui et les autres démons majeurs répandaient des superstitions depuis la nuit des temps. Etre coincé dans une enveloppe humaine, c'était un vrai calvaire à défaire, quand on y arrivait. Combien de fois on répétait aux petits démons de la luxure « ne possédez pas un humain trop longtemps sinon il vous arrivera grand châtiment » ? Et dire qu'il avait fait lui-même l'éducation de Lilith ! Mais il savait parfaitement que cette démone avait gardé un cœur rebelle, et qu'elle trouverait n'importe quelle excuse pour rester au Sanctuaire, le temps que les deux autres idiots découvrent la manière dont ils devaient se libérer. Et comme c'était cette indépendance rebelle qui lui plaisait aussi chez la démone…

Alphina ne parlait pas. Samaël dit d'un ton froid :

_ Juge Alphina, relève-toi. Les problèmes de Lilith Idrajin et Mezrieth ne sont plus les miens tant qu'ils ne seront pas rentrés en notre Sphère. Va maintenant, laisse moi avec mes petits.

Leur compagnie savait le distraire de l'ennui profond qui le hantait, parfois.

Peut-être parce qu'ils étaient les seuls à réussir à lui mentir sans qu'il ne s'en rende compte.


Milo entra dans la chambre avec beaucoup d'hésitation. Déjà parce qu'il semblait que deux humains l'avaient mis à nu, mais aussi parce qu'il craignait ce qu'il allait y voir. Mais Lilith était fière, et détestait montrer la moindre faiblesse. Rentrer dans cette chambre, c'était prouver qu'elle assumait. Le temps qu'elle puisse le formuler de manière à peu près cohérente…

Mais ca ne serait pas pour tout de suite. Lorsqu'elle vit Kanon, elle eut un haut le cœur. Car il était censé représenter Mezrieth. Et la puissance qui avait mis Mezrieth dans cet état était synonyme d'une puissance dramatique qui pouvait les balayer sans problème, elle et Idrajin.

_ Qu'est ce qu…

Elle tenta de déglutir, et eut une nouvelle contraction. Elle n'allait tout de même pas avoir la nausée tellement elle avait peur…

_ Kanon m'a dit que Mezrieth était coincé dans son esprit.

Lilith se pétrifia, si c'était encore possible, à la réponse de Camus. Entendre un humain prononcer ce nom était hautement dérangeant… Mais il continua comme s'il ne voyait pas son trouble.

_ J'aimerais que tu calmes ton… semblable. Pour que Kanon commence à retrouver un état normal. Qu'il dorme. Qu'il revienne à lui.

Lilith agissait comme un robot. Elle avait l'impression que ce n'était pas vraiment elle qui s'accroupissait à côté du lit, à hauteur du visage de Kanon. Elle avait l'impression que sa voix n'était pas celle de Milo, avec laquelle elle était devenue plus que familière.

_ Mezrieth, écoute moi crétin, on va trouver un moyen de te sortir de là.

Elle entendit Angelo émettre un grognement bref et moqueur lui semblait-il.

_ Laisse l'humain tranquille pour l'instant. Tu sais bien que ce n'est pas en le traumatisant encore plus que tu vas réussir à en sortir. Tu n'as rien appris ou quoi ?

Kanon semblait trembler de moins en moins, ou était-ce une illusion ?

_ Allez, je t'imagine en train de tapager dans son crâne comme une furie. Ca ne sert à rien, tes attaques ne font que le fermer plus étroitement. C'est comme un nœud, tu tires tu tires, et tu ne le dénoues pas, par la force tu le resserres…

Kanon avait réellement arrêté de trembler. Lilith se permit de poser sa main sur le matelas et dit doucement :

_ Allez… Laisse le dormir cet humain… Je n'aime pas te voir dans cet état…

Dans une sorte de dernier sursaut, Kanon attrapa la main de Milo et la serra fort, très fort. Et puis il sombra dans l'inconscience, épuisé.

Lilith cligna des yeux plusieurs fois sur sa main bien captive, et se tourna vers Angelo… Et Camus. Et elle réalisa que Camus… Merde, pourquoi son cœur battait plus vite ?

Ah, parce que Milo était saisi d'émotion. Elle avait eu peur un instant. Mais pourquoi Milo… ?

_ Quoi Camus ? Quoi Milo ? Qu'est ce qu'il y a ? Lilith dis moi de suite ou je te vrille le crâne !

La démone renifla ironiquement, et avec un sourire plein d'assurance, elle fixa Camus et dit :

_ Devine.

Angelo ne pouvait pas nier qu'il avait été relativement impressionné par le tour de force de… Qui que ce soit. C'était flippant. C'était Milo sans être Milo. Et lui s'était fait avoir comme un débutant.

Mais il n'eut pas le temps de remuer plus profondément l'amertume de ne pas connaître Milo que Camus posait la main sur son bras d'un geste vif.

_ Aphrodite arrive.

Merda.

_ Angelo il va sentir notre présence. Débrouille toi pour l'occuper.

_ Pardon ? Et puis quoi encore ?

Camus le regarda avec un fond de surprise dans l'œil.

_ Quoi ? Tu ne veux plus le voir maintenant ?

_ Ca n'a rien à voir !

_ Alors vas y !

Et de pousser le Cancer hors de la chambre.


Angelo faillit défoncer la porte close. Il était sûr que ce crétin de Camus faisait ça juste pour être seul avec Milo, parce qu'il n'avait pas pu l'être depuis un moment.

Etrangement, l'Italien n'était pas hautement jaloux, mais plutôt énervé contre le Verseau et son comportement qu'il jugeait égoïste. Un peu nerveux, il se craqua les phalanges, se frotta la nuque quelques instants, puis se dirigea d'un pas nonchalant vers le centre du temple.

Et malgré ce que Camus avait dit, malgré l'aura qu'il sentait bien, il fut surpris.

_ Dite ?

Le Poissons se tourna vivement vers lui, et écarquilla des yeux.

_ Angelo ? Qu'est ce que tu fais là ?

Je témoigne de l'existence des démons, se fit-il la réflexion pour lui-même.

_ Camus voulait me montrer un truc dans un bouquin… Tu imagines bien l'intérêt que ça avait pour moi.

Explication de merde plus Aphrodite égale regard turquoise dubitatif et moqueur.

_ Bien sûr. Essaie encore une fois de me mentir et je te plante une rose dans le seul endroit du corps où tu as un sens interdit.

Madre de dio, il avait peaufiné ses images le suédois.

_ Je peux pas te dire Dite. Crois bien que ca m'emmerde.

Mais là, Dite n'avait pas du tout le visage bienveillant. Il était irrité, et énervé.

_ Mais bien sûr, ca t'emmerde. Ca t'emmerde aussi de me prendre pour un idiot ?

Angelo se sentait un peu désarmé quand Aphrodite devenait comme ça. Il connaissait Aphrodite et savait qu'une répartie cinglante ne valait pas le coup par rapport aux répercussions qu'elle provoquerait chez le Poissons.

_ Je ne sais pas ce que tu as bien pu faire pendant que j'étais en Suède, mais ça n'a pas l'air joli.

Attaque gratuite. Et Angelo n'était pas un saint. Aussi répondit-il :

_ Sur ce coup là je t'emmerde. Ne parle pas de ce que tu ne sais pas !

_ Et comment tu sais que je ne le sais pas ?

Et maintenant le bluff.

_ Parce que tu étais en Suède madre de dio ! T'as foutu le camp quand ca devenait compliqué !

Aaah et merde. Le Suédois le regarda avec les yeux manifestement brillants, et répondit d'une voix cinglante bien qu'un peu cassée :

_ Je te signale que ce n'est pas vraiment pour toi que ca devenait compliqué !

Aphrodite eut un mouvement d'humeur et dépassa le Cancer qui leva les yeux au ciel. Il n'arrivait même pas à formuler dans son esprit pourquoi ça avait été compliqué pour lui aussi.

_ Rah Dite, attends !

Mais le Poissons ne se retourna pas.

Là, Angelo était vraiment énervé.


Camus fixait Milo sans pouvoir détacher son regard de lui. Il avait pris l'habitude de ne pas détourner les yeux, et même de fixer Milo à outrance, pour masquer le trouble qui le prenait quand il le voyait. De son côté, Lilith n'avait jamais pris cette habitude bien qu'elle la connaisse, et bizarrement, Milo avait l'impression de l'avoir perdue, cette témérité du regard. Tout en ressentant quelque chose de rassurant.

_ Ouais, ben c'est n'importe quoi ce que tu ressens Milo.

_ Comment ca n'importe quoi ?

_ Allez, quand t'arrêtera d'être aveugle tu me feras signe.

_ Tu me prends pour un idiot ou quoi ?

Lilith hésita. Pas moqueusement. Mais elle se demanda soudain si Milo avait compris avec toutes les allusions lourdes qu'elle avait faites, ou s'il n'avait vraiment aucune idée de ce dont elle parlait.

_ T'inquiète pas va. Tu ne t'es même pas rendue compte que tu m'avais laissé l'accès à ce que tu savais petit à petit. Et même à ce sujet précis.

_ Non mais tu plaisantes ?

_ Pas du tout Lilith.

Ne sachant pas si c'était du lard ou du cochon, Lilith plissa un sourcil et décida de lancer une ligne histoire de voir ce qu'elle allait ferrer.

_ Et ca ne t'a pas… Choqué ?

_ Que Camus m'aime ? Lilith, tu n'es plus fermée à mon esprit. Pas la peine d'essayer de bluffer.

Lilith jura donc intérieurement sur elle et Milo, et repris aussi sec :

_ Fais le malin, n'empêche que t'as pas répondu, espèce d'insecte !

_ Qu'est ce que tu veux que je te dise ?

Lilith réalisa soudain une chose. Pourquoi ne savait-elle pas quand Milo avait découvert ça, et depuis quand ne lisait-elle plus tout ce qu'il ressentait ?

_ Je ne sais pas quoi en penser.

_ Il va être content Camus.

Le Scorpion se hérissa brusquement.

_ Ca te fait rire ? Moi pas ! Il s'agit des sentiments de mon… Mon…

_ Ton ton quoi, hein ?

_ Je ne sais pas. Pas encore. Je dois y réfléchir pour lui donner ma réponse. Pas à la légère.

Oh vache. Le Scorpion avait mûri.

_ Eh bien Milo. Tu m'épates à le prendre si calmement.

_ Je suppose que je devais déjà m'en douter.

Lilith demeura pensive, et cacha soigneusement sa réflexion à Milo. Comment pouvait-il s'en douter ? Le comportement de Camus ne laissait rien paraître de ses sentiments. Et à moins d'être empathe, on ne connait que ses propres sentiments avec certitude.

Un violent claquement de porte la sortit de sa réflexion. Angelo venait de rentrer dans la pièce, et fixait Camus comme s'il allait le tuer.

_ Toi ! La prochaine fois que tu me donnes un ordre, je t'écorche vif !

_ Il me ferait beau voir.

Lilith écarquilla des yeux. Il leur arrivait quoi au Cancer et au Verseau ? Camus ne répondait jamais à la provocation par une autre provocation, et Angelo était rarement aussi en rogne pour… Pourquoi ? Parce que Camus lui avait donné un ordre ? La blague.

Elle mourrait d'envie d'en savoir plus, mais décida de miser sur son esprit de déduction, et de les laisser jouer la scène qu'ils venaient de commencer.

_ Ok ok Angelo, on a compris, ca s'est mal passé avec Aphrodite. J'aimerai bien savoir pourquoi tu ne l'as pas rattrapé pour arranger les choses.

Angelo grogna rudement.

_ Toi, tu ne peux être qu'une femelle pour parler de la sorte. J'aurai du m'en douter.

_ Quoi ? Parce que soudain Milo t'attire, tu crois que c'est parce que le démon qui le possède est une femme ? Tu serais surpris.

_ TOI !

Angelo venait de rugir, mais une voix s'éleva, et se fit entendre par-dessus le bruit, comme si le fait qu'elle soit utilisée la rendait plus audible que les autres.

Kanon venait de se réveiller.

_ Lilith… Ta main…

Lilith regarda la main de Milo que Kanon tenait fermement depuis qu'il avait sombré dans l'inconscience. Et nota avec désagrément à quel point c'était bizarre de s'entendre appelée par son vrai nom. Et surenchérit dans le désagrément en entendant la douceur de sa voix lorsqu'elle demanda :

_ Quoi Kanon ?… Quoi ma main ?

Kanon parut surpris, puis répondit :

_ Chais pas… Elle est pleine de doigts ?


Aphrodite était simplement furieux, mais hors de question de repasser par le temple de Camus. Il trépignait au milieu du temple du Capricorne, fait comme un rat.

_ Et si tu me disais ce qui se passe au lieu d'user les dalles de mon temple à toute vitesse ?

_ Je sais même pas par où commencer !

La voix d'Aphrodite était si aigue qu'il cru en avoir perdu une sur deux.

_ Mmmouaaais… Mais encore ?

_ Oh deux secondes hein !

Shura était peut être compréhensif, et apparemment élu l'épaule du Sanctuaire sur laquelle pleurer, mais il n'acceptait pas qu'on lui parle sur ce ton, qui plus est dans son propre temple. Il empoigna Aphrodite à bras le corps et le fit entrer de force dans son salon. Et avant que le Poissons ne se mette à hurler au rapt, il dit de sa voix calme mais imposante :

_ Allez allez. Assieds toi, calme toi, et raconte moi.

Etrangement, le Poissons s'assit.

_ Je… Je pense que tu ne peux pas comprendre.

_ Je pense que je peux bien comprendre.

Ce qu'Aphrodite ne savait pas, c'est que la veille, Angelo avait été très bavard grâce, ou à cause de l'alcool. Et surtout, que Shura commençait à se… souvenir de ce qu'il avait dit la veille.

_ Quoi ? Angelo a parlé ? Quand tu as ce ton là, tu parles de source sûre.

Shura déglutit. La facilité avec laquelle Aphrodite lisait dans les gens était parfois effrayante. Heureusement qu'il ne s'en servait pas pour manipuler à outrance… A priori.

_ Super. Ah non mais vraiment, super. Je le déteste. Il n'a aucun respect pour moi. Comment j'ai pu croire…

_ Je t'arrête de suite. Si tu avais vu comment il a parlé de toi… Ce n'était pas moqueur.

Il s'attendait à voir de l'espoir dans le regard d'Aphrodite, mais celui-ci détourna les yeux, l'air éteint.

_ Je m'en doute. Ce n'est pas l'enflure finie que tout le monde croit qu'il est. Mais j'aurais aimé qu'il n'en parle pas.

_ Aphrodite… Tu n'es pas le premier à tomber amoureux d'un ami, c'est même plutôt fréquent.

Le Poissons se cacha le visage dans les mains. Le mot avait été lâché.

_ Pitié ne dis pas çaaaa…

_ Et de toute façon, s'il n'avait pas autant bu hier soir, il ne m'aurait rien dit.

_ Tu vas arrêter de le défendre autant ? On est tous capables de se maîtriser malgré l'alcool ! S'il te l'a dit c'est parce qu'il avait envie de te le dire en son âme et conscience !

Shura soupira. Aphrodite avait toujours l'hypothèse pour contrer la moindre affirmation, toujours le mot pour ne jamais admettre ce qui ne l'arrangeait pas. Comme le fait qu'il savait très bien qu'Angelo n'aurait pas parlé de lui en mal.

_ Et voila, tu ne dis rien. J'ai raison.

_ Tu es persuadé par ta bêtise.

_ Vous m'avez trahi. Vous parlez dans mon dos de mes sentiments, vous avez du bien vous marrer, tu dois avoir une hauuute opinion de moi maintenant !

Le Poissons essayait d'etre acide, mais il ne demandait qu'une chose : être rassuré. Sauf qu'il n'était plus un enfant. Shura se leva, s'assit à coté de lui sur le canapé, et passa un bras autour des épaules du Poissons.

_ Arrête de dire des tonterias. Ce ne sont pas tes sautes d'humeurs ou tes sentiments qui vont éloigner les gens de toi. Tu le sais très bien, et tu n'as pas besoin de faire de mélodrames pour que les gens te le prouvent.

Shura laissa ces mots pénétrer la cervelle d'Aphrodite, puis repris.

_ Par contre… Tu ne devrais pas rester coincé dans cette situation.

Shura ne voyait pas le visage du Suédois de profil, seulement un fouillis de boucles turquoise en désordre. Il l'entendit renifler vaguement, et le sentit hocher la tête.

_ Muy bien. Reste ici autant que tu veux si le cœur t'en dit.

Le cœur lui en disait apparemment puisqu'il ne bougea pas, et resta dans cette position pendant un bon moment.


Saga était un peu mal à l'aise, sans réussir à définir pourquoi. Shaka avait l'air à la fois énervé et souffrant, et l'avait évité pendant tout l'après midi.

Et du coup il pensait beaucoup à lui. Parce qu'il était inquiet pour le blond. Forcément, à le voir se mettre dans des états pas possibles, Saga comme n'importe qui d'autre ne pouvait pas penser à autre chose. Même si Shaka essayait de le dissimuler de manière manifeste.

Peut être que ce n'était pas une bonne idée de faire sa déclaration à Milo ce soir… Peut-être qu'il ferait mieux de rester auprès de la Vierge…

_ Shaka ? Tu es sûr que tu n'as besoin de rien ?

Le blond se tourna vers lui et le fusilla du regard, mais sa voix semblait maitrisée.

_ Rien. Vas-y.

Saga était énervé de ne pas comprendre. N'était-il pas le chevalier des Gémeaux, dont le signe était censé faire de lui un as de la communication ? N'était-il pas craint et redouté à une époque ? Maintenant Shaka ne le respectait plus. Et pourtant il lui avait semblé qu'il le respectait pendant tout le temps où il l'avait côtoyé. Quelle était la différence ? Idrajin méritait-il plus de respect que lui ?

_ Ca suffit maintenant Shaka. Tu vas me dire ce qui se passe. Je ne suis pas idiot au point de ne pas pouvoir comprendre.

_ Eh ben, si tu savais.

Le blond était amer, ça ne lui ressemblait pas et ça ne lui allait pas non plus.

_ Tu es en train de me traiter d'idiot, Shaka ?

Cette fois la voix de Saga était dangereusement menaçante.

_ Je te traite de non ponctuel, tu vas être en retard avec ton prééécieux rendez-vous.

_ Mais c'est quoi ton problème ?

_ Je t'aime !

Saga eut l'impression de rater une marche, et essaya de se rattraper tant bien que mal.

_ … Pardon ?

_ Je t'aime. Mais ça, tu t'en fous. Tu es complètement aveugle. Tu ne penses que par Milo, alors le reste, tu ne le vois même pas ! Va-t en, laisse moi, va retrouver ton fantasme.

Shaka ne regardait plus le Grec alors qu'il crachait ces mots avec un mépris cachant toute la douleur qu'il éprouvait à les dire à haute voix. Il ne voulait pas voir sa réaction, il n'arrivait même pas à croire qu'il avait fait sa déclaration. Il ne réalisait pas. Il entendit juste Saga faire volte face et sortir du Temple.

Voilà. Il avait tout gagné.


_ Shuraaaa ?

L'Espagnol releva la tête, encore agité des restes de son fou rire.

_ Oui, quoi ?

_ Ce soir, c'est à notre tour de boire.

~tbc~

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