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La mémoire du sable
La pleine lune brille dans le ciel sans étoile. Que de nuages autour de l’astre lumineux. Sur un monticule de sable, qui se dresse vers cette lueur, tient assis Gaara du désert. Seul comme toujours, perdu dans ses pensées, cette pleine lune fait bouillir son sang et il ne peut trouver le sommeil.
Realize that I've lost control, impulses keep flashing through my head
I'm on the outside
Il réfléchit donc, pensant à son enfance, à sa solitude… et les souvenirs reviennent à son esprit, et il revoit les images, et il ressent la tristesse de ses jeunes années. Comme ce jour, près des balançoires, assis seul, alors qu’il regardait sans le montrer ce groupe d’enfant rieurs.
"- Passe moi la balle !
- Allez, à moi !
- Donne !
- Envoie !"
Un petit brun tapa dedans, mais sans viser, la balle dériva et atterrit aux pieds de l’enfant solitaire. Celui-ci tourna la tête et fixa le ballon. Le brun s’en alla la chercher, mais s’immobilisa lorsque Gaara la saisit et lui tendit. Et timidement, il demanda :
"- Je peux jouer moi aussi ?"
Mais il n’y eu de réponse que les cris horrifiés et tous les enfants s’enfuirent.
"- Attendez !"
Je ne veux pas rester seul ! Pourquoi ?
Gaara tendit le bras, comme pour les retenir, et il sembla que la volonté de les arrêter fut communiquée au sable. Les grains prolongèrent le bras de l’enfant, et formant une main tout au bout, attrapa le corps d’un autre garçon.
"- Ne pars pas !"
L’enfant du désert ferma la main pour le retenir, et de même le sable resserra son étreinte. Les membres compressés, l’enfant fut bientôt recouvert de sable et implosa finalement, trempant de sang le sable du sol. Il s’écroula par terre, voyant le cadavre, jusqu’à ce que tout le monde parte, et une fois encore il se retrouva seul, seul devant ce corps déchiré et sans vie.
Take up all my life inside, why would I let them make up my mind
And be mislead
Go ahead make up your mind
I have had enough of who they want
Leave me alone
Gaara émet un faible grognement. Il plaque ses deux mains sur sa tête, il ne veut pas y penser, mais les souvenirs s’installent dans son esprit. Il pense à tous ces morts, il pense à sa douleur, mais surtout, il pense à Yashamaru. Sa tante, la seule qui avait jamais feint de l’aimer. La seule en qui il avait cru, pendant un certain temps.
Mais elle me détestait…
Ce jour, Gaara avait voulu se suicider. Le couteau s’était approché du poignet, mais alors qu’il allait entrer à son contact, le sable s’était interposé. Encore ce sable, si protecteur mais si meurtrier.
Je suis né en prenant la vie de ma mère. Je ne suis que l’expérience de mon père, le Kazekage. Je n’aime que moi, personne ne m’aime, et je n’ai besoin de personne pour vivre.
Gaara lève sa main et effleure le symbole sur son front. Puis elle s’arrête sur sa poitrine, au niveau du cœur.
Même si je ne saigne pas, ça fait très mal ici…
This pain inside I can't understand
This hate in life that will not go away
Encore une fois, les images se bousculent dans la tête du solitaire. Il fixe la lune dans laquelle semble se former le visage de Yashamaru. Et la scène revint à son esprit, et il la revoit, ce fameux jour.
Gaara était assis sur le toit de sa maison. Il contemplait la rue et regardait les passants, n’ayant que l’envie d’être avec eux, heureux. Soudain le sable se dresse derrière son dos comme une barrière. Il se retourne pour voir la pluie de kunais et de shurikens tomber au sol, stoppée par le bouclier.
Encore… ? Pourquoi veut-on me tuer ! Pourquoi moi !
Le ninja envoyé pour l’exécuter était masqué. Gaara leva les mains et le sable entoura son assaillant. Puis il serra le poing et le sang gicla. Le corps tomba au sol, non loin de la mort. L’enfant ne comprenait pas, il voulait savoir et s’approcha du ninja. Il tendit une main hésitante qui finit par retirer le masque de tissu. L’étonnement et la déception furent alors lisibles sur son visage. La tristesse s’y mêla également.
Yashamaru ! P… pourquoi… !
Go ahead make up your mind
I have had enough of who they want
Leave me alone
La femme sourit alors. Gaara cria, les larmes coulant abondamment sur ses joues. Il apprit que c’était son père, le Kazekage, qui lui avait donné l’ordre de le tuer. Il pleurait mais voulut pardonner.
"- Tu n’avais pas le choix alors…"
Mais les paroles qui suivirent le brisèrent encore plus.
"- Tu as tué ma sœur… Elle t’a maudit en te mettant au monde… Elle ne te voulait pas… Je n’ai pas réussit à t’aimer, malgré mes efforts… Tu es la cause de cette plaie que j’ai au cœur…"
Alors Yashamaru ouvrit sa veste, découvrant les parchemins explosifs.
"- C’est la fin, tu dois mourir…"
Les paroles qu’elle lui avait dites plusieurs heures plut tôt résonnèrent alors dans sa tête, tandis que le sable le protégeais de l’attaque dont il sortit indemne.
Les blessures du corps guérissent, celles du cœur peuvent rester pour toujours…
C’est ce jour que le symbole apparut sur son front. Celui qui signifiait l’Amour. Cet amour qu’il ne connaissait pas.
Pourquoi… est-ce que… j’existe… ?
Gaara fixe encore la lune.
Il se souvient alors, de ses longues réflexions, et de sa conclusion.
J’existe pour tuer tous les humains autour de moi. C’est ça qui me fait ressentir que j’existe…
Realize that I've lost control, impulses keep flashing through my head
I'm on the outside
This pain inside I can't understand
This hate in life that will not go away
This pain inside I can not live with it
It feels like no one really understands
Finalement, Gaara n’avait plus jamais fais confiance à personne, et de même tout le monde le craignait et le fuyait. Tout ce qu’il restait de sa naïveté infantile s’évanouit le jour de la mort de Yashamaru. Néanmoins, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle avait agi ainsi, pourquoi elle le détestait.
Tant de sourires, de belles paroles, mais au premier vent tout s’envole…
Ce fut avec nostalgie qu’il pensa cette phrase pourtant si véridique. Et encore maintenant, sur sa butte, il y pense mais sans plus de douleur. A force de souffrir chaque jour, il ne ressentait plus rien et son cœur sembla s’être transformé en pierre. De même, son regard glacé n’épargna plus personne.
Gaara détache ses yeux de la lune pour les porter sur le village endormi. Le sable, imprégné de l’odeur du sang, vient presque le recouvrir, comme une cape protectrice. Une douleur s’empare de son crâne lorsqu’il voit apparaître devant ses yeux le visage de Lee. Encore une fois, il ne comprend pas pourquoi son maître, Gai, l’avait protégé lors du tournoi.
Personne ne l’aurait fait pour moi… Mais… parce que je n’ai pas besoin… Je n’ai besoin de personne.
It's always killing me
The problems I face daily
It's always things that I have always take in vain
I'm sick of you judging me
I'm sick of you judging me
I'm sick of you judging me
Il ne veut plus penser à Lee. Il n’arrive pas à comprendre, et cette pensée l’énerve. Alors son esprit se porte sur l’image de Naruto, et encore une fois il se pose de nombreuses questions.
Naruto est comme moi. Non, lui a des amis, des gens qui l’aiment. Est-ce qu’il peut quand même me comprendre? Est-ce qu’il a vécu ce que j’ai vécu? C’est ce qu’il m’avait dit, après m’avoir battu... Parce qu’il a Kyubi en lui...
Gaara passe ainsi le reste de la nuit à réfléchir. La douleur continue de brûler dans son cœur alors qu’il pense aux deux garçons. Ce sont les seules pensées qui arrivent à raviver la flamme douloureuse qui brûlait autrefois dans sa poitrine, et le fait d’y penser lui donne l’impression de redevenir humain.
Non… Je ne suis pas un monstre… Mais personne… non, personne ne peut me comprendre…
This pain inside I can't understand
This hate in life that will not go away
This pain inside I can not live with it
It feels like no one really understands
It's always killing me
The problems I face daily
Alors que la lune disparaît, Gaara descend de la butte de sable. Encore une nuit passée seul, à réfléchir. Il regagne sa maison où dorment encore son frère et sa sœur, dont il doute toujours qu’ils ne puissent jamais lui offrir une preuve ne serait-ce que de considération ou de respect qui ne soit de crainte.
En fait… Je n’ai pas le droit au bonheur…