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Falyla
Author of 15 Stories

Rated: T - French - Drama/Romance - N. Tonks & Remus L. - Reviews: 274 - Updated: 11-09-09 - Published: 11-14-05 - Complete - id:2660145

Auteur : Falyla

Titre : Crois en moi

Paring : Remus Lupin/Nymphadora Tonks ; Kingsley Shacklebolt/Hestia Jones

Rating : PG-13/T

Disclaimer : Les personnages de cette fic appartiennent à JK Rowling mais l’histoire est à moi.

Note de l’auteure : Eh bien, nous y voilà, c’est la fin. Je sais, il a fallu beaucoup de temps pour y arriver et j’espère que vous allez aimer ce que je vous ai concocté pour conclure cette fic. De mon côté, j’avoue que l’ensemble correspond plutôt bien à ce que j’avais imaginé au départ dans ma tête.

Bonne lecture

Chapitre 19

Samedi 9 septembre

Kingsley entra chez Hestia et resta figé sur le pas de la porte, ébahi. Cette fois, ce n’était pas les rapaces perchés un peu partout qui le médusait – merci Merlin, Hestia n’en avait plus reçu depuis deux jours – non, aujourd’hui, son salon, qu’elle avait magiquement agrandi, était envahi d’une impressionnante pile de colis noirs. Ceux-ci scintillaient d’une étrange façon et Kingsley s’approcha pour les examiner de plus près. Il tendit la main pour s’emparer d’un carton puis la retira, circonspect. Sur le dessus des paquets, il venait de reconnaître le logo étincelant de la boutique des frères Weasley. Le double W entrelacé brillait comme un soleil. Le pourtour du carton, pour ne pas être en reste, était animé de minuscules feux d’artifices animés qui éclataient sans bruit à intervalle régulier – c’était leur chatoiement qui avait attiré son attention. Kingsley sourit franchement, Weasley & Weasley, Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux assumait pleinement son côté tape-à-l’œil.

Il fut tenté d’ouvrir le colis mais restait méfiant. Il n’avait pas la moindre idée de l’assortiment que Hestia leur avait commandé pour son anniversaire et, connaissant le genre d’article explosif qu’ils étaient capables de fabriquer, les déballer sans précaution pouvait se révéler de la dernière imprudence. Il le reposa doucement sur la moquette et appela la jeune femme.

- Je suis là, répondit-elle en sortant de la salle de bain.

Ses longs cheveux étaient encore humides de la douche qu’elle venait de prendre. Il l’enlaça amoureusement et se pencha pour l’embrasser.

- Mm… Tu sens bon, la complimenta-t-il. J’espère que je ne suis pas trop en retard, j’ai fait aussi vite que j’ai pu.

- Non, non. Ça devrait aller.

Elle jeta un œil à sa montre.

- Il est à peine seize heures. Les elfes de maison ont terminé de dresser le buffet, ils sont partis il y a un peu moins d’une demi-heure. Il ne nous reste que la décoration.

Kingsley ne put résister à l’envie de la taquiner.

- Oui, j’ai vu. Mais je me demande si tu n’as pas vu un peu juste, j’ai comme l’impression que ça va faire un peu vide…

Hestia leva les yeux au ciel en secouant la tête.

- Tu veux boire quelque chose avant de commencer ?

Comme il acquiesçait, elle entra dans la cuisine. Kingsley haussa un sourcil impressionné. Là aussi, les murs avaient été repoussés et l’espace gagné offrait maintenant une surface suffisamment large pour que les invités de Hestia puissent s’y croiser sans se bousculer.

- Eh bien, tu maîtrises ce sortilège à merveille. Je ne t’arrive pas à la cheville, c’est sûr.

Elle s’approcha de lui et lui glissa d’une voix séductrice :

- Merci. Mais rassure-toi, tu excelles dans plein d’autres domaines…

La peau sombre du grand sorcier ne révéla rien de son embarras mais, à son regard troublé, Hestia sut qu’il l’était. Elle rit et posa un baiser sonore sur ses lèvres charnues.

- Allez, j’adorerais prendre mon temps et batifoler mais on a du boulot !

Elle alla piocher une bière dans le frigo, la lui tendit et se dirigea vers le salon où les attendait la montagne de colis.

- Mais qu’est-ce que tu as commandé exactement ?

Hestia eut une moue malicieuse.

- En fait, je ne sais pas. L’assortiment était tellement vaste que je n’ai pas pu me décider alors je leur ai expliqué ce que je voulais, la surface approximative à décorer et je les ai laissé choisir.

- On parle des Weasley, là. Est-ce bien raisonnable ?

Hestia eut un haussement d’épaules désinvolte.

- Je ne suis pas assez vieille pour me montrer raisonnable en tout. Alors, à l’attaque !

Ils piochèrent tous les deux un colis différent et s’entreregardèrent un bref instant.

- On a peur, Shaklebolt ? le défia Hestia, en haussant un sourcil.

Un lent sourire étira les lèvres du sorcier noir.

- Tu aimerais bien, rétorqua-t-il avant d’ouvrir d’un geste décidé le carton qu’il tenait.

Il constata qu’il contenait une vingtaine de sphères gris argenté, il en prit une et l’examina, un peu perplexe. Elles avaient la taille d’un Cognard mais leur ressemblance s’arrêtait là, heureusement.

- Elles sont jolies mais je ne vois pas trop à quoi elles servent…

Le regard de Hestia s’éclaira brusquement.

- Ah, oui ! Ça m’était sorti de la tête ! Il doit y avoir une notice à l’intérieur.

Kingsley fouilla parmi les balles et sentit un petit rouleau de parchemin dans le fond. Il le sortit, le déplia et lut la notice.

« Pointer votre baguette sur le contenu et prononcer la formule suivante : Inflarapalla».

Il ne connaissait pas du tout ce charme proposé par les frères Weasley – probablement une invention de leur crû. Hestia prit elle aussi un paquet et trouva les mêmes petites balles argentées à l’intérieur. La notice jointe indiquait le même sortilège. Ils se consultèrent brièvement puis sortirent leur baguette.

- Inflarapalla ! s’écrièrent-il à l’unisson.

Un petit jet d’étoiles crépitant jaillit et se déposa sur les sphères. Et, après quelques secondes, elles s’animèrent. Elles sortirent de leur carton d’emballage noir et les deux sorciers virent les quarante balles s’élever dans les airs. Elles lévitèrent à mi-hauteur un bref instant, s’éloignèrent les unes des autres puis se mirent à enfler jusqu’à atteindre la taille et la forme ovoïde d’un ballon de baudruche moldu. Leur couleur argentée disparut progressivement et les ballons magiques se colorèrent en teintes vives. Hestia crut que le charme était terminé quand elle remarqua que sur certains d’entre eux venait d’apparaître une grande lettre qui brillait de mille feux comme si elle était faite de paillettes en strass.

Les ballons se dispersèrent dans tout le salon puis ils montèrent doucement se coller au plafond. Hestia remarqua que les ballons à lettre ne s’éparpillaient pas un peu partout comme les autres mais s’alignaient de façon bien précise. Et en effet, après une poignée de secondes, ils formaient une scintillante banderole qui clamait : HAPPY BIRTHDAY HESTIA.

- Ça alors ! s’écria-t-elle avant d’éclater de rire et de battre des mains comme une enfant émerveillée.

Elle se tourna vers Kingsley qui essayait de paraître blasé et peu épaté par ce déballage d’effets mais ses yeux noirs brillaient et trahissaient la joie enfantine qu’il ressentait.

Ils se jetèrent littéralement sur les autres colis, soudain trop pressés de connaître leur fabuleux contenu. Comme dans les deux premiers cartons, ils trouvèrent à chaque fois un parchemin qui leur indiquait la formule adéquate et n’avaient qu’à suivre les instructions.

Ainsi, en moins de deux heures, toutes les pièces ouvertes à la fête furent entièrement décorées de ballons, de guirlandes et de lampions. Même l’énorme buffet que les elfes avaient composé se retrouva décoré de confetti clignotant. Il ne restait plus que sept cartons ouverts mais ils avaient été mis de côté. C’étaient les feux d’artifice que l’on ferait partir dans le jardin. Ils étaient numérotés et devaient être allumés dans l’ordre indiqué. Il était aussi précisé qu’ils étaient garantis invisibles pour les Moldus extérieurs à la fête.

Certaines guirlandes tendues entre les murs étaient formées par de minuscules fées qui se tenaient la main.

Kingsley, fasciné par le fait que les frères Weasley avaient réussi à domestiquer ces créatures pourtant réputées pour leur très mauvais caractère, voulut toucher la texture arachnéenne des ailes dorées de l’une d’elle. Mal lui en prit, la fée offensée se désolidarisa aussitôt de ses compagnes, frappa l’index du sorcier de toutes ses forces et lui mordit sauvagement le bout du doigt. Kingsley se recula en poussant un juron sonore, la morsure était aussi aiguë et brûlante que la piqûre d’une guêpe. Hestia leva les yeux vers lui et peina à dissimuler son sourire moqueur.

- Tu ne te rappelles pas ? Il était clairement stipulé sur les cartons des fées qu’il est, je cite :formellement interdit de perturber les créatures magiques employées. Tout acte abondant en ce sens est aux risques et périls du contrevenant.

- Ça va, ça va… marmonna Kingsley en regardant d’un air furieux la grosse goutte de sang qui perlait à son doigt. Heureusement que ces saletés ne sont pas des doxys. Tu te rends compte ? Cette morsure aurait pu être venimeuse…

Hestia rit franchement cette fois. Kingsley était bien un digne représentant de l’espèce masculine. Il n’avait rien ou presque – et s’il s’était légèrement blessé, c’était uniquement parce qu’il était passé outre une interdiction sans équivoque – et il fallait qu’il en fasse tout un plat en évoquant le pire de ce qui aurait pu se produire. Ah, les hommes…

- Elle aurait pu l’être, en effet. Si ça avait été des doxys. Mais ce sont juste des fées ordinaires. Alors, l’amputation de ton index n’est pas à l’ordre du jour.

Kingsley s’éloigna en grommelant des propos où il était question qu’on lui rende la femme douce et compatissante qu’il croyait fréquenter. Comme il traversait la pièce, les petits lampions de papier qui se trouvaient en suspension devant sa grande silhouette lévitèrent encore un peu plus haut pour le laisser passer et reprirent leur place initiale juste après.

Une fois dans la salle de bain, il savonna son doigt douloureux et enflé puis le sécha soigneusement. Quand ce fut fait, il y appliqua le bout de sa baguette et murmura un charme de guérison. La plaie se referma aussitôt et le soulagement fut immédiat.

Satisfait, il revint au salon, sa bonne humeur recouvrée et regarda autour de lui. La maison de Hestia croulait littéralement sous la décoration mais l’ensemble – il devait le reconnaître – était fort réussi. Ce qui le ramena à son inquiétude des jours précédents.

- Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ? Les Weasley sont vraiment très forts, hein ?

- Je dois avouer qu’ils maîtrisent drôlement bien leur affaire. Le résultat est magnifique.

Kingsley hésita à poursuivre puis se lança.

- Je sais que je rabâche le sujet mais je me sens obligé de te le demander à nouveau. Est-ce que tu es bien sûre de toi ? Est-ce que tu as bien envisagé le bordel que ton idée de cinglée peut entraîner ? Tonks et Remus seraient bien capables de te foutre ta fête en l’air.

Hestia dévisagea Kingsley, une expression attendrie sur le visage. Le grand sorcier noir se faisait tellement de souci pour le déroulement de son anniversaire. Il la mettait en garde contre les conséquences de son plan au moins une fois par jour depuis qu’elle le lui avait suggéré. Elle ne se laisserait évidemment jamais convaincre de renoncer mais il revenait à la charge avec une régularité sans faille. Comme s’il avait besoin de se persuader qu’il avait fait le maximum pour éviter le désastre qu’il ne manquerait pas d’arriver.

- Mais non, tenta-t-elle de le rassurer pour la énième fois. C’est là où tu te trompes. Je compte justement sur le fait qu’ils soient dans un endroit magnifique et public, entourés de connaissances communes, invités à mon anniversaire, chez moi, pour qu’ils se tiennent correctement.

- Je crois que tu rêves, estima Kingsley en secouant la tête devant son entêtement. Mais comme tu es décidée, je m’incline et je t’aiderai si ça déborde.

Elle l’enlaça et posa sa tête contre son large torse.

- Merci de me soutenir même quand tu penses que ça ne sert à rien. Juste parce que c’est important pour moi.

Elle se recula puis lui sourit.

- Maintenant, je file me faire belle, les invités ne vont pas tarder.

oOoOo

La fête battait son plein. La trentaine d’invités circulait en discutant, un verre dans une main et une assiette de sandwiches et de petits fours dans l’autre. La décoration concoctée par les frères Weasley avait suscité de nombreux commentaires admiratifs et, grâce à l’avertissement de Hestia, personne n’avait osé tester à nouveau la susceptibilité des fées.

Tonks et Peter étaient arrivés volontairement plus tard que l’heure proposée par Hestia. La fête durerait longtemps et Peter lui avait conseillé de ne pas présumer de ses forces et de se ménager, si elle voulait profiter de l’anniversaire de son amie.

Sauf que, dès leur arrivée, ils s’étaient joints aux invités et avaient discuté pendant deux heures avec nombre de collègues et amis. Et bien sûr, cette station debout prolongée avait réveillé les maux de dos de Tonks et la douleur était vite devenue intenable. Maudit orgueil. Elle avait volontairement snobé tous les sièges présents, estimant que rester assise sur une chaise n’était pas le meilleur moyen de profiter des personnes présentes. Et maintenant, elle était en train de payer son imprudence.

Comme elle avait besoin de se reposer et d’un peu d’air, elle était sortie dans le jardin que les invités n’avaient pas encore envahi. Peter avait proposé de l’accompagner mais elle l’avait obligé à rester. Il était en pleine discussion avec ses amis et elle n’avait pas besoin qu’on lui tienne la main.

Tonks trouva un coin retiré du jardin et s’installa en grimaçant. Elle se traita d’idiote, une fois de plus. La maison était magnifique, le jardin enchanteur, tout était délicieux et la musique qu’elle percevait de façon un peu étouffée était vraiment bonne. Tout avait été mis en œuvre pour que cette soirée soit parfaite. Et elle l’était, assurément. Et pourtant, Tonks voyait sa soirée gâchée par sa propre négligence.

Elle soupira lourdement en regardant autour d’elle et but un peu d’eau. La nuit était tombée et tous les buissons s’étaient recouverts de points lumineux, comme autant de gouttelettes de rosée sur une toile d’araignée. Les bougies des lampions de papier s’étaient allumées dès le crépuscule et il semblait que les lanternes magiques se trouvaient toujours là où les invités avaient besoin de lumière. Une fontaine d’eau chantait agréablement un peu plus loin.

Certes, c’était un son très reposant mais sa douleur ne s’était pas atténuée d’un iota. La mort dans l’âme, Tonks fouilla dans son sac et en sortit la fiole de potion anti-douleur que lui avait recommandé l’apothicaire. Les séances de myothérapie la soulageaient sur le moment mais n’étaient pas suffisantes à long terme. Voyant que les douleurs de son lumbago l’empêchaient quasiment de dormir, alors que le médicomage lui avait prescrit de se reposer, Peter lui avait conseillé d’expliquer son problème à l’apothicaire ou de se tourner vers la pharmacologie moldue.

Finalement, l’apothicaire lui avait recommandé des cataplasmes de mandragore à appliquer lorsqu’elle était chez elle et une potion à base de chanvre indien si la douleur survenait en déplacement. Inquiète de consommer du cannabis dans son état, l’apothicaire lui avait assuré que la décoction était faiblement dosée, sans risque pour le bébé si la potion n’était prise qu’une fois par jour. Il garantissait un soulagement presque immédiat mais entraînerait un état somnolant dans l’heure qui suivait la prise.

Tonks avait pu constater la réelle efficacité de la potion, excepté le fait que la légère somnolence annoncée s’était révélée un vrai coup d’assommoir pour elle. Si elle en prenait, il fallait qu’elle s’étende quelque part. Elle allait s’endormir comme une souche.

Elle massa ses reins douloureux, indécise. Elle était à une fête, par Merlin ! Devait-elle vraiment demander à son hôtesse si elle pouvait aller se coucher quelque part ? La souffrance qu’elle ressentait en bas de son dos lui hurlait que oui. C’était soit ça, soit rentrer chez elle poser des cataplasmes.

Avec un lourd soupir, elle se leva péniblement et se dandina en direction de la maison, à la recherche de Hestia.

Elle la trouva assez rapidement à la cuisine en compagnie de Kingsley.

- Oh, ça n’a pas l’air d’aller, s’inquiéta-t-elle aussitôt.

Tonks secoua la tête.

- Je dois prendre une potion pour mon dos. Très efficace mais elle va me faire dormir une petite heure. Je suis désolée de te demander ça mais je peux occuper le petit canapé de ton bureau ?

- Mon bureau ? répéta Hestia. Ça ne va pas être possible. Il est inutilisable, on y a entreposé les réserves de boisson.

- Oh… fit Tonks, déçue.

- Mais tu n’as qu’à monter à l’étage, je t’en prie. Ma chambre à coucher est à ta disposition.

- Non, je… Enfin, c’est…

- Tonks, prends ton médicament et va t’étendre.

- Je ferais peut-être mieux de partir…

- Il n’en est pas question, affirma Hestia. J’insiste.

Tonks se laissa convaincre d’autant plus facilement qu’elle ne souhaitait pas vraiment quitter la fête.

- Très bien, je monte, alors.

- Je t’en prie, Tonks. Tu n’as besoin de rien d’autre ?

- Non, ça ira, merci.

Après le départ de la jeune femme, Kingsley, qui s’était prudemment abstenu de participer à l’échange, se pencha vers Hestia.

- Je me permets de te rappeler que ton bureau n’a jamais servi à entreposer quoi que ce soit.

Hestia lui adressa un clin d’œil.

- Oh, mais je le sais bien.

- Tu as sciemment menti à Tonks ? Juste pour l’envoyer dans la chambre à coucher ?

- Oui, confirma-t-elle sans le moindre remord. Ça fait partie du plan, tu te rappelles ?

- Je n’ai rien oublié, sauf que j’y vois présentement deux petites complications. La première étant que le second protagoniste de ton habile machination n’a pas encore pointé le bout de son nez…

- Oh, ça ? C’est réglé, le coupa-t-elle avec un sourire triomphant. Remus m’a envoyé un hibou en début de soirée. Il arrivera dans un moment.

- Et, comme prévu, tu vas l’envoyer dans la chambre ?

- Oui. S’il souhaite toujours parler à Tonks, il sera ravi de cette opportunité.

- D’accord… admit Kingsley. Ce qui m’amène au deuxième obstacle. Tonks est montée avec sa baguette. La même baguette que tu avais planifié de lui confisquer pour leur éviter de mettre la maison à feu et à sang. Tu te rappelles ? demanda-t-il en la singeant sans masquer son sarcasme. Tu ne penses pas qu’il est temps de revoir ta copie ?

Hestia fronça les sourcils, visiblement contrariée. Elle s’était peut-être un peu trop vite félicitée d’avoir si facilement envoyer Tonks là où elle le souhaitait qu’elle en avait négligé l’essentiel. Elle se mordilla pensivement la lèvre inférieure.

- Tonks n’osera rien tenter chez moi, finit-elle par dire d’une voix qui laissait quand même percer une pointe d’inquiétude.

Kingsley leva les yeux au plafond en soupirant.

- C’est une question ou une affirmation ?

Hestia le regarda, visiblement indécise.

- Hestia, tu me connais, reprit Kingsley, d’une voix plus posée, je suis de ceux qui pensent que les événements qui doivent réellement se produire trouvent leur chemin même s’il est semé d’embûches, si c’est ce qui doit vraiment arriver. Je sais, c’est un raisonnement bizarre pour un Auror dont le métier se résume plutôt à éviter que les incidents ne se produisent ou à les provoquer quand il le veut, mais ce n’est pas toujours incompatible. Ce que je veux dire, c’est qu’il est encore temps de ne rien faire du tout et de laisser les choses suivre leur cours naturellement.

Les épaules de Hestia s’affaissèrent.

- Tu sais te montrer convaincant. Gagné. Maintenant, je ne sais plus.

- Dans le doute, abstiens-toi, conclut doctement Kingsley.

Hestia eut l’air atterrée par cette perspective et le grand sorcier noir la serra dans ses bras pour la réconforter.

Remus vint à leur rencontre quelques vingt minutes plus tard.

- Bonsoir vous deux, les salua-t-il. Bon anniversaire, Hestia.

Il se pencha vers elle, lui fit la bise et lui tendit son cadeau.

- Je suis désolé d’être si en retard, cette réunion des Responsables régionaux tombait vraiment mal…

- Pas de problème, le rassura Hestia avec un sourire. Et merci. Je les ouvrirai un peu plus tard.

- Heu… J’ai un petit service à te demander. Il était déjà tellement tard quand je suis parti que je n’ai pas voulu repasser à mon vieil appartement.

Il désigna l’attaché-case qu’il tenait.

- J’ai pris quelques dossiers pour la maison mais je ne tiens pas à les garder sur moi. Je pourrais les déposer dans un endroit sûr ? Dans ton bureau, par exemple ?

Hestia saisit sans hésiter l’opportunité qu’elle attendait.

- Mon bureau est malheureusement occupé pour la soirée mais il y a un petit meuble dans ma chambre à coucher qui conviendrait très bien. Tu peux même le verrouiller si tu le souhaites.

Hestia sentit la main de Kingsley se refermer sur la sienne pour attirer son attention, elle fit mine de ne pas comprendre le message et lui adressa un sourire éblouissant.

- D’accord, répondit Remus. C’est une bonne idée, merci. J’y vais.

Pourtant il ne bougea pas. Il passa une main nerveuse dans ses courts cheveux blonds et afficha une mine embarrassée.

- C’est à l’étage, tu te rappelles ?

- Oui, je m’en souviens très bien, c’est juste que… heu… je me demandais si Tonks était encore dans les parages ? finit-il par demander. J’ai repéré Shaffer de loin mais je ne l’ai pas vue alors je…

- Rassure-toi, elle est toujours là. Va donc déposer tes affaires ensuite je pense que tu devrais la retrouver sans trop de difficultés.

Remus les remercia d’un sourire.

- Je reviens vite, promit-il.

Une fois parti, Hestia adressa un sourire triomphant à Kingsley.

- Tu vois ? Ces dossiers à mettre en sûreté, c’était le signe que j’attendais, ça m’a conforté dans l’idée que c’était exactement ce qu’il fallait faire.

- Très bien, s’inclina le sorcier noir. J’espère que tu as raison parce que Remus est monté avec sa baguette aussi.

- C’est une bonne chose, il en aurait peut-être besoin pour obliger Tonks à écouter ce qu’il a à dire.

- En attendant, qu’est-ce qu’on fait ?

Hestia fronça brièvement les sourcils.

- Je crois qu’on va aller occuper Peter pendant un bon moment.

Remus monta les escaliers quatre à quatre et atteignit le palier en quelques secondes. Il se dirigea sans hésiter vers le fond du couloir et ouvrit la porte. La pièce était plongée dans l’obscurité. Il leva sa baguette et commanda au lustre de s’allumer. Dès que la lumière se fit, il chercha des yeux le meuble dont lui avait parlé Hestia et, interloqué, se rendit compte que le lit était occupé.

Son premier réflexe fut d’éteindre et de refermer la porte aussitôt en bafouillant un : « Oh, excusez-moi ! » embarrassé. Puis, l’instant de gêne passé, il se permit une grimace amusée ; manifestement, un couple avait décidé de s’éclipser dans la chambre de Hestia sans l’avertir. Il allait s’éloigner à la recherche d’une autre solution quand son esprit aiguisé analysa enfin ce qu’il avait réellement entrevu et non ce qu’il avait cru apercevoir. Il n’y avait qu’une seule personne dans le lit, pas deux. Et, à l’évidence, cette personne avait un peu trop picolé et dormait. Il n’avait donc pas interrompu une partie de jambes en l’air de manière intempestive. C’était déjà ça.

Vaguement contrarié que cette histoire retarde le moment où il verrait Tonks, il revint sur ses pas en se demandant où il allait mettre ses dossiers, quand il s’arrêta brusquement, les sourcils froncés. Quelque chose avait alerté ses sens et il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il ferma les yeux et fit appel à sa mémoire olfactive ; la pleine lune de septembre était proche et accroissait sa perception.

Machinalement, il avait répertorié les effluves qu’il avait sentis et reconnus sans y prendre garde, son esprit était bien trop occupé à imaginer sa rencontre avec Tonks. Mais maintenant qu’il y repensait, il se rendit compte que même s’il n’avait entrouvert la porte que quelques secondes, aucun relent d’alcool n’était venu agresser ses narines. Il y avait juste… un mélange d’odeur de savon et de produits de douche – ce qui n’était guère surprenant, vu que la salle de bain était attenante à la chambre à coucher – la fragrance subtile d’un parfum à la rose – celui de Hestia – et… du cannabis.

Du cannabis ?

C’était cette senteur-là qui l’avait alerté. Et cette odeur émanait sans équivoque du dormeur. Les yeux d’ambre de Remus étincelèrent de colère. Certes, tout le monde savait que les sorciers utilisaient des drogues pour préparer des potions sauf que leur dosage s’avérait généralement bien au-dessus de la légalité et c’était tout le problème. Hestia avait travaillé quelques mois au Contrôle des Narcotiques, elle en était ressortie catastrophée par les ravages que l’abus de stupéfiants pouvait engendrer. Depuis elle militait pour qu’une loi interdise leur vente libre chez l’apothicaire. Et ça, ce n’était un secret pour aucun de ses amis. Le petit salopard qui avait eu le culot de venir en consommer et planer chez elle, le jour de son anniversaire – dans sa chambre à coucher – ne méritait certainement pas le statut d’ami et Remus allait se faire un plaisir de lui expliquer sa façon de penser.

Fonçant tête baissée, il rouvrit la porte de la chambre à coucher à la volée, lança son attaché-case dans un coin et claqua le battant derrière lui. Le dormeur, emmitouflé dans le couvre-lit, la tête plongée dans le traversin, n’émit qu’un léger ronflement, remua un peu mais resta plongé dans les brumes que la drogue avait provoquées dans son cerveau. Remus plissa les yeux devant cette complète inertie. Il connaissait quelques sortilèges qui allaient le réveiller, il n’en doutait pas. Il s’approcha du lit et tira d’un geste rageur la courtepointe à fleurs. La silhouette brutalement déroulée poussa un cri qui n’avait rien de masculin et se redressa d’un bond. Remus alluma enfin sa baguette et écarquilla les yeux.

- Tonks !?

Elle cligna des yeux plusieurs fois, frotta ses paupières puis tenta de s’éclaircir les idées.

- Remus !?

Bouche bée, le loup-garou fixait son ex-compagne, incapable de formuler la moindre phrase. Tout ce qu’il avait imaginé comme conversation, ce qu’il lui dirait, ce qu’elle répondrait, venait de disparaître de son cerveau comme autant de bulles de savon qui éclatent dans le vent. Il avait échafaudé tout un plan dans sa tête, comment il lui demanderait de le suivre dans un coin retiré, comment il lui expliquerait ce qu’il avait appris, comment il lui ferait part de ses sentiments…

Il avait presque rêvé cette rencontre et là… il venait quasiment de la jeter par terre. Il était mortifié. Comment avait-il pu se tromper à ce point ? Il se sentit terriblement mal à l’aise et allait se confondre en excuses quand il avisa le flacon de potion mal rebouché sur la table de chevet. Ainsi donc son odorat ne l’avait pas trompé du tout. La peau de Tonks dégageait encore un vague relent de cannabis mais la source principale venait de là. Il était si choqué qu’il ne savait que dire. A sa connaissance, Tonks n’avait jamais prisé ce genre de paradis artificiel, même occasionnellement. Est-ce que ce salaud de Yankee… ?

- Depuis quand tu prends de la drogue ? questionna-t-il plutôt abruptement.

- Quoi ?

Tonks secoua la tête sans comprendre, d’habitude, elle dormait presque une heure et elle sentait bien qu’elle était loin du compte. C’était déjà arrivé et elle savait qu’elle allait se sentir encore vaseuse un bon moment avant d’être pleinement opérationnelle.

- C’est Shaffer qui te fournit ? exigea-t-il encore de savoir.

- Hein ?

Ses pensées avaient encore du mal à s’aligner correctement.

- Qu’est-ce tu racontes, Remus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

Elle le dévisagea longuement puis parut remarquer quelque chose d’inhabituel.

- Mais qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ?

- Mes cheveux ? répéta machinalement le loup-garou. Rien, ils… Tonks ! Ne change pas de sujet ! Comment oses-tu consommer du cannabis ? Tu es enceinte !

- Merci, j’avais remarqué, rétorqua-t-elle, un brin sarcastique.

Elle essaya de s’extirper du lit mais ses membres ne lui répondaient pas encore comme elle l’aurait souhaité. Elle avait l’impression que son corps était aussi mou que de la gelée. Elle roula sur le côté et tenta de s’asseoir sur le bord du lit, sans succès.

- Tu veux bien me donner un coup de main pour me redresser, s’il te plait ?

Remus, un peu à court de mots, s’exécuta. Il la prit par les épaules et l’aida à se positionner correctement. Ce ne fut qu’une fois assise qu’il constata combien elle avait changé physiquement. Son visage en forme de cœur s’était joliment arrondi, son tour de taille était plus qu’impressionnant, quant à ses seins – Remus déglutit avec difficulté – ils paraissaient avoir encore doublé depuis mai. Il ne l’avait pas vue ni même touchée depuis des mois mais le simple fait de lui tenir les épaules lui donna envie de la serrer contre lui. Il se retint pourtant, la façon dont il l’avait dédaignée ces derniers mois ne lui autorisait nullement une telle familiarité.

- Ah… soupira-t-elle, en attendant que se dissipe son léger étourdissement. Merci. Ce truc est vraiment bon mais si je ne dors pas assez, j’ai l’impression d’avoir la tête dans le cul.

Remus fronça les sourcils, semblant se souvenir de quoi il parlait précédemment.

- Je ne veux plus que tu en prennes, ordonna-t-il soudain. Ce n’est sain ni pour toi, ni pour le bébé. Si c’est Shaffer qui t’a incité à en prendre, je le tue…

Tonks se passa une main sur le visage et soupira.

- Remus, de quoi tu parles ? s’enquit-elle, la diction encore laborieuse. Qu’est-ce que Peter vient faire là-dedans ?

Exaspéré, Remus empoigna le flacon et le lui colla sous le nez.

- Je parle de ça, Tonks ! Je ne veux pas que cet enfant ait des séquelles ! Tout le monde sait que consommer de la drogue retarde le développement du fœtus !

- Ah, ça ? fit Tonks en pointant son index sur la petite bouteille. C’est bon, c’est l’apothicaire qui me l’a donné. Pour mes douleurs de dos. Le dosage est faible et j’ai une posologie très stricte. Pas plus d’une fois par jour.

Remus émit une sorte de ricanement et ouvrit le flacon.

- Faiblement dosée ? Tu te fous de moi, Tonks ? Sens-moi ça, on se croirait dans un coffee shop d’Amsterdam !

La jeune sorcière huma le liquide plusieurs fois et secoua la tête.

- Je ne sens presque rien, je t’assure. Je crois que ton odorat est périodiquement un peu trop sensible et qu’il t’a induit en erreur.

Elle le fixa longuement, ses idées se mettaient peu à peu en place. Le brouillard qui obstruait son cerveau se dissipa enfin et elle parut se rappeler que l’individu qui lui faisait face lu avait fait beaucoup de mal et que même si elle entamait le processus de deuil de leur relation et qu’elle se sentait mieux, elle n’avait pas envie d’être aimable avec lui.

- Je croyais que tu me connaissais suffisamment pour savoir que je ne mettrai jamais le développement et la vie de ce bébé en danger. Mais, vu ce que tu en penses, je suis la première surprise que tu t’en inquiètes. Tu m’as largement fait comprendre que le sujet ne t’intéressait pas le moins du monde. Alors que signifie cette scène ?

- Je…

Remus reposa la bouteille, il se sentait nul et ne savait plus comment reprendre la discussion qu’il avait envisagée. Mais il sentait bien que c’était maintenant ou jamais. Il tira une chaise et s’y assit pour lui faire face.

- Je voulais te parler, Tonks.

La sorcière croisa les bras sur son opulente poitrine et le dévisagea plutôt froidement.

- C’est ce que j’ai cru comprendre.

- Je t’ai cherchée, tu ne vas plus à l’appartement…

- Non, trop d’ondes négatives. Bon, maintenant, tu m’as trouvée. Qu’est-ce que tu veux ?

Remus ferma brièvement les yeux. C’était un cauchemar.

- Je… je vais commencer par te présenter des excuses.

Tonks haussa un sourcil mais resta impassible.

- Je te demande pardon, continua Remus, pour toutes les choses horribles que je t’ai dites. Je me rends compte que je t’ai blessée de la pire façon qui soit. Tu me suppliais de croire en toi, de te faire confiance, et j’en ai été incapable. Je n’ai qu’une excuse, celle d’avoir cru que tu m’avais trahi. Ça m’a rendu fou. Je n’arrivais pas à concevoir que notre monde magique recelait encore beaucoup de secrets et qu’une telle grossesse était possible. Maintenant, je sais que j’ai eu tort et je te demande de me pardonner.

Tonks ouvrit la bouche mais Remus leva la main pour l’interrompre.

- Laisse-moi juste finir sinon je ne vais pas y arriver. Je comprendrais parfaitement que tu ne me pardonnes jamais, je devrai vivre avec ça et je l’accepte. J’ai gâché la relation que nous avions et je le regretterai toute ma vie.

Il prit une profonde inspiration.

- Ce que j’essaie de dire… c’est que je t’aime. Oh, je sais que tu ne m’aimes plus et tu as refait ta vie, c’est entièrement ma faute si je t’ai perdue mais… je ne supporterai pas de tout perdre. Je suis le père de cet enfant. Il m’a fallu du temps pour y croire. Pour te croire. Mais je le sais, maintenant. Alors, je t’en supplie, ne me prive pas de sa présence.

Tonks se leva, chancela mais se redressa aussitôt en refusant la main qu’il lui tendait. Elle se tenait raide comme un piquet, le visage figé dans un masque de colère. Remus venait de prononcer chacune des paroles qu’elle avait toujours rêvées d’entendre et pourtant elle n’en retirait aucune satisfaction. Au contraire, elle ressentait les excuses de Remus comme un affront, comme une volonté de démolir les bases de sa propre reconstruction. Remus pâlit quand elle pointa un index accusateur sur lui.

- Comment… comment oses-tu me faire ça ? hurla-t-elle soudain. Comment oses-tu te pointer ici après des mois de silence et me débiter ton petit discours sur tes regrets alors que moi, je commence tout juste à essayer de t’oublier, que j’entrevois enfin le bout de ce long tunnel dans lequel tu m’as plongée ?

Tonks sentit les larmes qu’elle avait retenues jaillir et couler sur son visage. Elle les essuya rageusement d’un revers de main.

- Tu n’as pas le droit de me dire que tu m’aimes, Remus. Tu n’as pas le droit de me faire une chose pareille. Je ne suis pas ta marionnette.

- Non, je…

Remus voulut la prendre dans ses bras mais elle se déroba d’un geste brusque.

- Je suis désolé, je voulais juste me montrer sincère et…

- TAIS-TOI ! Je ne veux rien entendre de plus ! VA-T-EN !

Remus ferma les yeux, il était prêt à jouer la seule carte qu’il avait en main. Réclamer ses droits parentaux.

- Non, je ne me tairai pas. Je comprends que tu ne veux plus jamais de moi dans ta vie, mais je suis le père de ce bébé et tu sais parfaitement que j’ai certains droits et…

- Arrête ! Pendant des mois tu as refusé d’envisager d’être le père biologique de ce bébé et maintenant, par je ne sais quel miracle, tu as changé d’avis et tu exiges de l’être ?!

- On a trouvé un livre qui…

- JE M’EN FOUS ! TU N’AS AUCUN DROIT !

- Je suis le père de ce bébé, répéta Remus en martelant ses mots avec sa baguette, et je veux participer à son éducation.

Folle de rage de voir que Remus pensait pouvoir tout décider pour elle alors qu’il avait brillé par son absence jusque-là, Tonks hurla :

- N’Y PENSE MÊME PAS ! TU NE FIGURERAS MÊME PAS SUR L’ACTE DE NAISSANCE !

À peine prononcés, elle sut que ses paroles étaient de trop, qu’elle venait de dépasser la limite mais il était trop tard pour les reprendre. Remus semblait statufié. Tout le sang s’était retiré de son visage, sa bouche s’était pincée en une ligne si mince qu’on ne distinguait même plus ses lèvres.

Ainsi donc, elle savait. Elle savait qu’elle pouvait faire une telle chose. Elle savait que le sang des métamorphmagi contenait tous les codes génétiques possibles. S’il décidait de soumettre leur bébé à un test moldu, son ADN à lui, sa molécule d’hérédité, serait perdue dans la masse. Jamais il ne pourrait prouver sa paternité devant un tribunal.

Le pire était arrivé, il avait tout perdu. Jamais il ne l’aurait cru capable d’une telle cruauté, d’une telle haine envers lui. Mais, au vu de la manière dont il l’avait traitée, pensa-t-il, amèrement, il ne récoltait que ce qu’il avait semé.

C’en était trop, il devait quitter cet endroit au plus vite. Il se rua sur la porte, l’ouvrit si brusquement que le battant rebondit contre le mur et sortit dans le couloir à grands pas.

Tonks, tétanisée elle aussi par les horreurs qu’elle lui avait balancées, sortit de son immobilisme et se précipita à sa suite.

- Remus ! Attends ! Je ne voulais pas dire ça !

Elle le vit disparaître dans l’escalier qui rejoignait le salon.

- Remus !

Elle se déplaçait aussi vite que sa condition de femme enceinte le lui permettait.

- Remus ! cria-t-elle depuis le haut de l’escalier. Attends-moi !

Les invités qui entendirent son appel pivotèrent vers elle pour voir ce qui se passait exactement. Elle vit Remus se retourner, indécis et crut qu’elle avait réussi à stopper sa fuite mais il baissa la tête et poursuivit son chemin. Elle se mit à dévaler les marches deux par deux. Elle n’avait pas fait un mètre qu’elle sentit son pied riper sur la moquette qui recouvrait les marches. Comprenant qu’elle allait tomber et dévaler le reste de l’escalier, elle poussa un cri terrifié et plaqua instinctivement ses deux mains sur son ventre pour protéger son bébé.

Remus se glaça en entendant son hurlement. Il se retourna en pointant sa baguette sur elle et s’égosilla avant même d’avoir complètement pivoté sur lui-même

- LEVICORPUS !!

Le sortilège la frappa de plein fouet et la suspendit dans les airs juste avant que son corps ne heurte une dernière fois le bas de l’escalier. Remus se précipita vers elle en écartant les invités affolés qui s’étaient rassemblés autour d’elle. Tout le monde s’était tu et fixait la jeune femme d’un air horrifié.

Remus la prit dans ses bras et annula le sort de lévitation. Elle avait percuté plusieurs fois les marches sans chercher à préserver à son visage et les ecchymoses apparaissaient déjà.

- Tonks ! Réponds-moi, je t’en prie !

La jeune sorcière ouvrit un œil vitreux.

- … suis désolée… pensais pas ce que je disais… murmura-t-elle avant de pousser un long gémissement de douleur. J’ai mal. Mon ventre…

- Les guérisseurs de Ste-Mangouste sont en route, confirma Hestia qui venait d’arriver.

Les larmes aux yeux, elle s’agenouilla à côté de Tonks.

- Oh, Merlin… Qu’est-ce que j’ai fait ?

Tonks essaya se réprimer un autre gémissement de douleur mais c’était au-dessus de ses forces. Hestia se mordit violemment la lèvre puis se détourna, le poing serré contre sa bouche. Kingsley posa une main apaisante sur son épaule et elle se blottit dans ses bras, en pleurs. Derrière eux se tenait Peter Shaffer, il était pâle et défait.

Il s’était lui aussi précipité vers Tonks mais les propos qu’elle avait échangés avec Lupin l’avait stoppé dans son élan. Il savait que s’il lui posait la question à cet instant même, elle nierait jusqu’à son dernier souffle mais il avait des yeux pour voir, les jeux étaient faits. Il ne pouvait même pas prétendre qu’il l’avait perdue parce qu’elle n’avait jamais été à lui. Il était assez lucide pour comprendre que Tonks avait essayé d’apprendre à vivre sans Lupin mais qu’elle n’avait jamais cessé de l’aimer. Peter soupira, il ne s’était jamais senti aussi inutile de toute sa vie.

Assis par terre, un bras passé sous les aisselles de Tonks, son autre main tenant les siennes et caressant son ventre, Remus tenta de la rassurer mais il n’avait pas l’air convaincu, même à ses propres oreilles.

- Ça va aller. Je te le promets. Tout ira bien.

Il sentit soudain le ventre onduler sous ses doigts et une série de petits coups cogner sous leurs paumes.

- Il bouge, souffla Tonks. Oh, merci Merlin…

Puis Tonks geignit encore une fois et se tourna à demi vers lui. Il se déplaça un peu pour qu’elle puisse mieux s’appuyer sur lui et ce qu’il vit manqua de le faire défaillir.

Il croisa le regard de Kingsley et comprit qu’il l’avait vu aussi. L’arrière de la jupe de Tonks avait laissé une marque sur le sol carrelé. Une marque rouge et humide. Elle perdait du sang.

Un craquement sec annonça les deux médicomages que l’hôpital Ste-Mangouste avait envoyés. Ils l’examinèrent succinctement et lui posèrent quelques questions sur l’accident. Remus raconta brièvement le déroulement des événements. Après s’être concertés, ils la firent léviter et se préparèrent à transplaner.

- Je peux vous accompagner ? s’enquit Remus, terriblement inquiet.

- Seuls les membres de la famille sont acceptés. Vous êtes de la famille ?

Remus croisa le regard de Tonks puis baissa la tête sans répondre. Il y eut un instant de flottement. Tonks chercha Peter parmi les gens qui étaient autour d’elle. Quand elle le trouva, il lui adressa un petit sourire triste et un imperceptible mouvement de tête. Elle lui rendit son sourire en essayant d’y faire passer toute la reconnaissance qu’elle éprouvait pour lui en cet instant.

Les deux médicomages suivirent cet échange, un peu perplexe et lui demandèrent si elle était prête. Tonks acquiesça et tendit la main vers le loup-garou.

- Remus Lupin est le père de mon bébé. Je veux qu’il soit à mes côtés.

Epilogue

Il s’avéra que Tonks eut beaucoup de chance. Le saignement n’était dû qu’à une méchante estafilade qui courait le long de sa cuisse. Elle était couverte de bleus et de bosses mais le bébé n’avait pas souffert de la chute.

Ste-Mangouste la garda en observation pendant dix jours. La violence du choc avait provoqué une douleur encore plus forte dans son dos et elle ressentait des contractions par intermittence. Mais elles finirent par se calmer et, lorsque tout danger d’accouchement prématuré fut écarté, Tonks put rentrer chez elle.

À son grand dam, elle dut observer un repos absolu pendant huit semaines. Cette inaction forcée se passa sans autre complication puis, finalement, quand ce fut enfin le moment, elle se rendit à l’hôpital pour accoucher.

Le 7 novembre 2000, au petit matin, Tonks mit au monde un vigoureux garçon. En accord avec Remus, ils le prénommèrent Teddy, en souvenir de son grand-père Ted Tonks.

Remus n’avait pas oublié le risque potentiel de lui transmettre le gène de la lycanthropie. Dès qu’il vit son fils, il ne put s’empêcher de l’examiner sous toutes les coutures à la recherche d’indices révélateurs. Il apparut que le petit Teddy n’aima pas du tout ce traitement et y répondit en hurlant de toutes ses forces. Et à chaque cri, l’épaisse touffe de cheveux qui couronnait son crâne changeait de couleur.

Remus sentit un intense soulagement l’envahir et il éclata de rire en se tournant vers Tonks. Oui, ils étaient heureux et il se fit la promesse de ne jamais plus penser qu’il ne le méritait pas.

FIN

Voilà. Merci d’avoir lu jusque-là. Si ça vous a plu ou même déplu, faites-le-moi savoir. Si vous souhaitez une réponse et que vous n’avez pas de compte FFnet, laissez-moi votre e-mail privé.

Bisous

Falyla



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