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Effet Papillon
Author: Leviathoune PM
La plus anodine des actions peut avoir à long terme des conséquences colossales. Les battements d'ailes d’un papillon dans le coeur d'un jeune homme déclenche t il une tornade des années plus tard ? Yaoi HPDM, M, No Spoiler T6.
Rated: Fiction M - French - Romance/Fantasy - Draco M. & Harry P. - Reviews: 576 - Updated: 05-26-09 - Published: 11-24-05
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Auteur: Leviathoune

Bêta : Junno-chan

NDA : J'ai écrit ce second long chapitre dans la foulée du précédent. Comme je vous le disais, c'est le dernier chapitre en POV de Draco. C'est donc… un peu… la fin. Et oui, c'est quasi la fin, là ! Alors bonne lecture à vous !

EFFET PAPILLON, Chapitre 13 : La Tempête Electrique

C'est une infirmière de St Mangouste qui m'arracha au corps de Mude. Elle me parla des journalistes qui allaient probablement publier quelque chose dans la presse s'il voyait ma tête défaite, elle me parla de Tabris, qui devait l'apprendre de la bouche d'un proche avant de le lire dans la presse.

Elle avait raison.

En sortant de la chambre de Mude, j'avisais mon père et ma mère qui avaient été mis au courant afin de venir me soutenir, je suppose. Ils me proposèrent de s'occuper de tout. J'aurais voulu avoir la lâcheté d'accepter…

Mais il y avait une chose que je me devais de faire moi-même. Je sortis de St Mangouste et avisai les photographes, trop contents que pour une fois je vienne à eux au lieu de tenter de les soudoyer pour qu'ils ne publient rien à propos de l'hospitalisation de ma femme.

« Mude Malfoy, née Lahar, mon épouse, est morte. » dis-je simplement. « N'ébruitez pas la nouvelle avant demain matin. »

Mon père, derrière moi, prit le relais et donna plus de détails – évidemment, il brodait… Je transplanai devant les portes du parc de Poudlard où j'entrai. Je me rendis directement dans les appartements de Severus dont je connaissais le mot de passe et où je restais prostré quelques temps, peut-être deux heures, je ne sais pas. Lorsqu'il eut terminé ses cours et qu'il me découvrit, il en resta pantois.

« C'est terminé. » lui dis-je simplement. « Il faut tout dire à Tabris, maintenant. Va le chercher. »

« Draco… » tenta-t-il. « Est-ce que tu es seulement en état de lui annoncer la nouvelle en douceur ? »

Je serrai les doigts sur le cuir de ses accoudoirs de canapé.

« Tu me prends pour qui ? » sifflai-je entre mes lèvres.

« Tu n'as pas l'air de… »

« Va chercher mon fils comme je te le demande, ou bien je vais le chercher moi-même ! » aboyai-je.

Et il m'obéit…

Quelques minutes plus tard, Tabris entrait dans la pièce, accompagné de son Directeur de Maison. Il avait encore grandi, par Merlin… Je le contemplais, avec sa tenue de Serpentard impeccable. Il me ressemblait énormément au même âge, mais la couleur de ses yeux et de ses cheveux… c'était du Mude tout craché. Son inquiétude grandit en voyant mon humeur.

« Papa ? » bredouilla-t-il. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Je lui désignai le canapé en face du mien et il s'y assit. Je me penchai en avant, les mains jointes sous mon menton, le dévisageant.

« Tabris… Pour te protéger, pour que tu ne sois pas malheureux, pour que tu puisses continuer à vivre ta vie d'adolescent normal et pour que ta scolarité n'en pâtisse pas, nous t'avons menti, ta mère et moi. » commençai-je.

Il avait l'air interloqué.

« Vous… vous voulez divorcer ? » me demanda-t-il, interdit.

J'eu envie de rigoler, un rire jaune, et d'éclater en sanglot en même temps. Il vit que mes yeux rouges signifiaient que quelque chose de plus grave qu'un divorce l'attendait.

« Non, écoute… En fait, ta maman ne voulait surtout pas que tu apprennes qu'elle était née avec une très grave maladie. Pour te dire la vérité, je ne l'ai appris moi-même qu'il y a peu de temps, et c'était ici même. »

Tabris agrandit ses yeux, réalisant lentement ce que je lui disais.

« Elle ne voulait pas que tu saches, pour les raisons que je t'ai dit : elle voulait que tu gardes un souvenir d'elle comme celui d'une maman normale et en pleine santé… Elle m'a fait promettre que tu ne la verrais jamais dans ce sale état dans lequel elle se trouvait, depuis des mois, peut-être plus longtemps. Elle s'est vraiment beaucoup battue avec elle-même pour faire bonne figure pour toi, cet été, pour que tu ne te doutes de rien et que tu t'amuses. Parce que te voir heureux était tout ce qui comptait pour elle. Maintenant, c'est fini… Elle ne souffre plus. »

« Est-ce que tu es en train de me dire que ma mère est morte ? » demanda mon fils en palissant à vue d'œil. Je n'eu même pas besoin de répondre qu'il bondit sur ses pieds : « Tu es en train de me dire que ma mère était mourante et que vous ne me l'avez même pas dit, que vous ne m'avez même pas laissé la voir une dernière fois ! » hurla-t-il à s'en déchirer les cordes vocales. « Mais vous… mais… T'ES DEGUEULASSE ! »

Il se précipita vers moi pour me frapper mais Severus l'arrêta en l'empoignant et le retourna vers lui en le tenant par les poignets.

« Tabris… » commença-t-il pour le calmer.

Mais celui-ci se débattit et lui donna des coups de pieds en hurlant et en pleurant comme un fou furieux. Ses yeux, changeant comme ceux de sa mère, étaient à présent rouge sang.

« LACHEZ-MOI ! Vous aussi vous saviez ! Et vous ne m'avez rien dit ! Je vous DETESTE ! Mais LACHEZ-MOI ! »

Severus s'exécuta et mon fils tomba en arrière, si rudement que cela le calma un peu. Je m'étais déjà levé, catastrophé par sa réaction, et allai me précipiter vers lui. Il restait sur le dos, les mains devant les yeux à pleurer à s'en rendre malade.

« Tabris… » l'implorai-je en voulant le prendre dans mes bras, mais il me repoussait à chaque fois.

« Laisse-moi… » disait-il entre ses larmes, se soustrayant à mon regard derrière l'une de ses mains. « Je ne veux plus jamais te voir… »

Je ne savais que faire, j'allais le prendre de force dans mes bras lorsque la porte des appartements de Severus vola en éclats. Lui et moi, nous nous retournâmes, choqués. Clyde se trouvait dans l'embrasure de la porte, les poings fumants et les yeux vert étincelant, l'expression… effrayante. Sans un regard pour nous, elle se précipita férocement sur Tabris et le prit dans ses bras, il l'enlaça et éclata de plus belle en sanglots en se blottissant contre elle. Bientôt, ils formèrent un seul et même corps, enlacés étroitement, recroquevillés sur le sol.

J'étais estomaqué, je ne savais que faire, je voulu parler mais à ce moment là, une sphère se déploya autour d'eux, un peu comme la dernière fois. D'abord rouge-violette, translucide et parcourue d'arcs électriques bleu turquoise, elle devint de plus en plus opaque, massive et granuleuse quand je m'approchais ou tentais de parler.

Dans les appartements de Severus, il y eut bientôt un énorme œuf parfaitement rond et noir-violet piqueté de rouge. Je posai la main dessus. Il était chaud, doux… légèrement bosselé, mais suffisamment lisse et brillant pour refléter quelque peu la pièce environnante. Celle-ci était comme dévastée par un ouragan et j'entendais Severus pester derrière moi en jetant des sorts pour réparer et remettre en ordre ses précieuses affaires. Et moi, je cognais contre la paroi de l'énorme œuf où se terrait mon enfant.

« Tabris… Tabris ! » hurlai-je en donnant finalement un rude coup de poing.

Un arc électrique parcouru toute la surface de la sphère et me brûla le bras, me repoussant à quelques mètres. Je poussai un cri de haine et de douleur.

« Très bien ! » crachai-je en m'en allant. « Je suppose qu'ils en sortiront quand ils auront faim ! »

« Draco… » tenta de me rattraper Severus en me jetant un sort pour soigner mon bras. « Draco… Il ne pense pas ce qu'il a dit ! Laisse-lui du temps, et… »

« Je sais parfaitement cela, Severus ! » explosai-je. « Il a besoin d'être seul et ça tombe bien, moi aussi ! »

Et je m'en allai. Je quittai Poudlard en tremblant de rage. Arrivé dans la zone où je pouvais transplaner, je n'en fis rien et continuai de marcher avec fureur. Je sortis de Préaulard et me retrouvai bien vite dans une campagne inconnue, mais je marchais et marchais toujours.

Mon cœur, ma poitrine… Tout en moi était comprimé par une montagne de fiel et de haine dirigée contre le monde entier. J'avais envie de hurler, de cogner, de vomir, et je fis un peu de tout cela… Des heures plus tard, je jugeai que j'étais enfin apte à transplaner sans me désartibuler, je tombai dans un canapé de mon manoir, seul et dans le noir. Je réfléchissais, je cogitais sur ma vie. C'était le commencement de la plus longue réflexion sur moi-même jamais entamée…

Mude malade, j'avais laissé tomber mon travail. Mude morte, qu'allais-je faire ? Mon fils me détestait et avec raison, je ne voulais rien faire, je me sentais vide ou empli à ras bord de l'amertume la plus noire et corrosive au monde. J'avais beau respirer calmement et tenter de faire le vide, je ne parvenais pas à échapper à cette sensation d'étouffer dans la dégueulasserie.

Mon père finit par me trouver, très tard. Il s'approcha de moi, inquiet et prudent. Craignait-il que j'explose de colère contre lui, comme Tabris l'avait fait contre moi ?

« Draco… » tenta-t-il. « Que fais-tu comme cela, dans le noir ? Tu devrais rester avec nous, ce n'est pas bon que tu cogites trop, malheureux et seul. Ta mère est très inquiète, Severus nous a raconté ce qu'il s'est passé... » Je me tournai vers lui et il poursuivit sa tentative d'approche : « Regarde-toi… Tu as les yeux explosés, tu es certainement mort de fatigue… Et si tu prenais un bon bain et allais te coucher ? » acheva-t-il en s'asseyant à côté de moi, essuyant mes larmes avec… tendresse ?

Je le regardais, écœuré.

« Tu crois vraiment que je peux arriver à dormir ? Ou que j'ai envie d'un bain ! »

Il passa son bras autour de mes épaules et me ramena contre lui. J'étais aussi grand que lui, et ce depuis longtemps. Même mes cheveux étaient presque aussi longs que les siens. J'étais lui… en plus jeune, en plus censé et en moins mauvais. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que son étreinte de père allait me réconforter, alors que je savais pertinemment que pour lui je faisais acte de faiblesse ? Je me laissai pourtant aller dans ses bras, et je crois que je pleurais encore, silencieusement… Je m'en fichais de le décevoir en étant tout simplement anéanti, cela faisait vraiment très longtemps que je ne faisais plus les choses en fonction de sa fierté à mon égard. Mais je crois que mon père a beaucoup changé à mon contact, depuis sa sortie de prison, depuis la naissance de Tabris et surtout, depuis qu'il avait tant vécu en oisif, loin de toutes responsabilités. Il a lâché prise, fait tomber peu à peu son masque de « Malfoy » tel qu'il le concevait, il a réalisé que la vie n'était pas aussi carrée et inflexible, qu'il avait le droit de se laisser aller et que ce n'était pas la fin du monde, que tout le monde s'en fichait, et lui le premier, des règles et des codes d'honneurs.

Je ricanai et il me demanda doucement :

« Qu'est-ce qui te fais rire ? »

« C'est toi… » soufflai-je. « Est-ce que tu sais combien de fois j'ai rêvé que tu viennes me consoler quand j'étais petit ? Je me croyais fou d'imaginer que tu puisses faire cela un jour mais tu le fais, enfin… Et j'ai trente-sept ans. »

Il ricana à son tour et me serra un peu plus dans ses bras, cavalièrement.

« Dans ce cas, profite. Ce n'est pas tous les jours que j'exauce tes rêves… »

Je souriais un peu, entre mes larmes…

Je me rappelle de ces moments. Je m'étais finalement allongé sur le canapé, à moitié affalé contre lui. Il passait sa main dans mes cheveux et ne cessait de me parler doucement. Il me changeait les idées en enchaînant les anecdotes et les souvenirs qu'il avait de moi, petit. Il cherchait à me faire rire, et je crois qu'il voulait aussi, quelque part, me rappeler le fait qu'il n'avait pas été un père si indigne que ça, même s'il n'avait pas été du genre à consoler. Il parla aussi de mon grand père, mort quand j'étais trop jeune pour m'en souvenir correctement. Il m'expliqua quel genre de père c'était… Bien sûr, je savais à peu près tout cela, ma mère me l'avait dit, mais ce n'était pas pareil d'entendre les choses venir de la personne qui les avait vraiment vécues. Mon père m'expliqua à demi mot qu'il avait tué son vieux père lorsque j'étais petit. J'agrandissais les yeux de surprise, haussant fortement les sourcils. Il poursuivit en me disant que ça avait été facile, parce qu'il avait tué pas mal, durant la guerre… Un de plus, un de moins… Au moins, ce meurtre là, il l'avait vraiment décidé.

« Mais… pourquoi ? » demandai-je, me doutant pourtant la réponse.

« Parce qu'il le fallait… Ce César m'avait autant pourri la vie que Tu-Sais-Qui en personne, il pourrissait en plus celle de ta mère et il allait te la pourrir à toi aussi. La guerre finie, il regrettait ouvertement la mort du Lord Noir, il me mettait des bâtons dans les roues pour rabibocher notre famille avec le Ministère alors que je disais à qui voulait bien l'entendre que j'avais été mis sous Imperium. Ton grand père avait une vision très tranchée du monde, il avait tant espéré que le Seigneur des Ténèbres balaye le Ministère, balaye tous les Moldus, que les sorciers retrouvent une place de Maîtres en ce monde… Il ne pouvait pas accepter la défaite, de voir sa famille se plier et rester dans l'ombre, comme les rats. Il voulait que la lutte se poursuive et commençait même à organiser des meetings au Manoir, il voulait libérer les Mangemorts enfermés à Azkaban, retrouver Voldemort et lui rendre sa force… J'admirais sa détermination, mais pas ses idées folles qu'il imposait à tout le monde, et surtout à moi-même. Il courait à sa perte et à la notre. Alors je l'ai tué, lui et ses quelques acolytes… Je les ai tués alors que j'avais encore un peu l'habitude de le faire. Tu te rends compte, Draco ? Ton père a tué sans être sous les ordres du Seigneur des Ténèbres, ton père a tué son propre père… Tu es sur le cul, pas vrai ? »

Je soupirai en esquissant un sourire blasé.

« Si tu avais eu les mêmes idées que lui, je t'aurais laissé crever en prison. Et si tu n'avais pas été en prison, je crois que je t'y aurai envoyé fissa… »

« Tu cherches à me déculpabiliser ? » me demanda-t-il, taquin. « Mais je ne culpabilise pas. Car si je ne l'avais pas fait, tu ne serais certainement pas tel que tu es aujourd'hui, et Tabris n'existerait probablement pas. »

« Et Voldemort serait réellement revenu plus tôt, et Potter aurait été trop jeune, peut-être même pas encore un sorcier, pour le combattre et le tuer. En fait, tu as sauvé le monde ! »

Mon père resta silencieux un moment, puis il dit :

« Ou peut-être que le Ministère et les Moldus auraient été enfin balayés et que le monde appartiendrait enfin aux sorciers qui auraient endigué le changement climatique et que la Terre serait réellement sauvée… »

« C'est sûr que si on voit les choses sous cet angle… »

Après cela, on continua un peu de discuter de notre famille, sans jamais parler de la mort de Mude, puis l'aube apparut et il me força à aller me coucher en me tendant une potion de sommeil sans rêve. Mais même avec elle, je ne parvins pas à trouver un repos digne de ce nom : je m'agitais, je me réveillais sans cesse… Je ne supportais plus cette chambre qui avait été la notre alors j'en changeai, la laissant en l'état.

Ma mère vint me voir pour m'apporter un petit déjeuner. J'étais si épuisé que j'étais d'une humeur massacrante !

« Tu te prends pour un elfe… » demandai-je.

Ma voix était grave, rauque… acerbe.

« Draco… » dit-elle avec des larmes dans les yeux – elle aussi était terriblement malheureuse à cause de cette perte. « J'ai eu des nouvelles de l'école… Tabris et Clyde vont bien. Le Directeur leur a donné l'autorisation de ne plus aller en cours aussi longtemps qu'ils le voudraient… Pour assister à l'enterrement, pour… »

« Mais Tabris ne reviendra pas à la maison. » dis-je.

Narcissa acquiesça et s'assit au bord de mon lit.

« Il est en colère, il a besoin de cette colère… mais il comprendra bientôt et tout s'arrangera. »

« Je le sais bien… » tranchai-je. « Et donc, il reste à Poudlard ou bien… »

Elle passa la main dans mes cheveux.

« Il est chez la famille Potter, je les ai vus… Je t'assure qu'ils s'occupent bien de lui. Potter, surtout… Il… Il m'a même demandé de te dire qu'il… »

« Je m'en moque ! » la coupai-je vertement. « Je ne le tolère, lui et sa famille de merde, que parce que Tabris aime Clyde, mais je me contrefiche d'eux ! »

« Je sais bien que c'est faux… » soupira ma mère. « Je n'ai jamais compris pourquoi Potter et toi vous n'êtes pas devenus plus amis, les années passant… »

« Ne me parle pas de lui. »

« Mange un peu… » tenta-t-elle en me désignant le plateau.

« Je n'ai pas faim. Je ne suis pas de très bon poil, je veux juste qu'on me laisse tranquille. »

« Draco… » soupira-t-elle en me serrant de force dans ses bras. « Je ne veux pas que tu te morfondes, comme ça… Je veux être là pour toi. »

« Père a déjà fait cela, toute la nuit… » soufflai-je. « Ne t'en fais pas pour moi, c'est normal après tout que je sois triste. Je veux juste être seul, laissez-moi un peu… »

« Très bien… »

Elle était peinée par ma réaction mais elle s'exécuta. Et juste avant de quitter ma nouvelle chambre, elle se retourna et dit :

« Dans le bureau de Mude, nous entreposons toutes les lettres de condoléances, les cadeaux, les bouquets que nous recevons… Tu serais peut-être heureux de voir combien elle manque à tant de gens. »

Je grognai en renfonçant la tête sous la couette mais je me rendis pourtant dans cette fameuse pièce, des heures plus tard, dans la soirée. Le bureau de Mude était le reflet du mien, en à peine plus féminin et en moins encombré. Enfin, habituellement…

Pour l'heure, il était couvert d'orchidées bariolées, de couronnes de roses rouge sang et orange ambre ou de fleurs de papier d'argent. C'était si joli… Je voguais d'un bouquet à l'autre, lisant distraitement les cartes, les lettres…

Soudain, je m'arrêtais devant un bouquet qui ne rappelait en rien Mude. C'était un bouquet de roses rouges et noires avec des lys blancs. Je le reconnaissais, j'avais reçu le même juste après la fin de la guerre, tandis que je me rétablissais, et j'avais longtemps gardé de lui quelques pétales séchés dans mon portefeuille… Je cherchai la carte, mais cette fois-ci, elle n'était pas imprimée mais de son écriture manuelle, toute moche. C'était une véritable lettre et elle disait :

Bonjour, Draco

Que te dire…

Toutes mes condoléances, j'imagine ta peine et je voudrais connaître les mots ou les gestes qui te consoleraient… Si je les connaissais, sache que je serais auprès de toi…

Pour l'instant, j'ai un peu l'impression d'être près de toi depuis que ton fils est chez moi, avec Clyde. Il te ressemble tellement que s'en est troublant. Je m'occupe de lui comme de mon propre fils alors sois sans crainte, Clyde et moi, on ne le laissera pas te détester longtemps...

Il faut que tu saches, aussi… Je crois qu'ils sont vraiment ensembles, maintenant. Pas parce que je les ai vus s'embrasser et ne plus se lâcher durant des heures, ou parce qu'ils ont dormi ensembles malgré le fait que Ginny ait bien préparé la chambre d'ami en spécifiant qu'elle ne voulait pas de ça sous son toit… Mais ils nous l'ont dit, et ils nous ont montré leur nouvelle marque.

C'est un papillon. Ils ont un papillon rouge et violet tatoué sur l'avant bras, de profil. Et quand ils se tiennent par la main, les deux parties se collent et ça fait un papillon vu de face. Quand ils font ça, le papillon semble revêtir des reflets bleu métallique en devenant vraiment vivant et il se passe des trucs magiques.

Quand ils nous ont montré ce phénomène, il y a eu des papillons partout dans la cuisine, des papillons comme celui que l'on avait écrasé dans nos mains, il y a longtemps dans le parc, quand ils étaient petits…

Ginny a bien essayé de faire partir ce tatouage, mais c'était étrange… celui-ci a disparu, puis est réapparu dès qu'elle a arrêté de jeter des sorts. Comme si c'était eux qui le contrôlaient.

Je crois qu'elle aime vraiment bien ton fils, maintenant, parce qu'elle lui a ébouriffé les cheveux avec affection en lui disant qu'il la rendait vraiment chèvre. Elle aussi le considère un peu comme l'un de ses fils.

Tabris pleure beaucoup. Il a pleuré contre elle, contre Molly aussi.

Il est effondré…

Je dois dire que je comprends pourquoi vous avez fait cela, lui aussi le comprend mais il regrette de ne pas avoir dit à sa mère combien il l'aimait, de le lui avoir prouvé encore et encore, et on a beau lui dire que celle-ci le savait très bien, il regrette tellement de ne pas avoir été là alors qu'elle se mourait. Il aurait voulu la voir au moins une dernière fois.

On fait tout pour lui faire comprendre qu'il en aurait été encore plus malheureux et que c'était là sa volonté, ne t'en fais pas.

Nous te verrons tous à l'enterrement. En attendant, prends bien soin de toi, Draco.

Harry

Il avait tenté de dessiner deux mains enlacées, deux avant bras collés l'un contre l'autre avec le papillon entier et plein d'autres papillons qui semblaient partir du principal. Le dessin n'était pas très réussi, mais cela avait dû être une scène intéressante…

Je froissai la lettre entre mes doigts et la laissai tomber par terre en sortant de la pièce.

oOo

Le jour de l'enterrement, il faisait beau. Un soleil éclatant à outrance même. Si éclatant que cela ne choquait personne que la plupart des gens portent des lunettes noires, moi-même j'en portais.

Dans la pleine du Wiltshire s'érigeait le caveau de famille, petit et ravissant édifice de marbre blanc un peu dissimulé dans l'ombre d'une forêt de sapins, de pins et de cèdres, comme une basilique miniaturisée dans un écrin de verdure. Les portes avaient été ouvertes et devant celui-ci avait été déposé dans l'herbe verte le cercueil de Mude, un cercueil argent recouvert de toutes les fleurs qu'elle avait reçues. Les centaines de bouquets s'éparpillaient aux alentours et d'autres sorciers venaient régulièrement déposer une nouvelle gerbe, observant son corps. Elle était morte mais si jolie sous le soleil, si ravissante dans sa dernière robe. On aurait dit une princesse de conte de fée…

J'en étais malade.

Je n'avais rien organisé de cet adieu, mes parents avaient tout fait. Ce fut également ma mère qui tint le discours. Elle parla de ce bal qu'elle m'avait organisé il y a longtemps, s'étonnant encore de mon choix alors qu'il y avait tant de magnifiques créatures de rêve. Elle parla du fait que Mude avait fait fondre tout son apprêt pour passer inaperçue, devenant grisâtre, et que c'était cela qui m'avait intrigué et qui m'avait donné envie de la séduire. Ce qui avait fonctionné, visiblement… Elle parla de ce qu'avait fait Mude pour la famille Malfoy, un étendard magnifique que tant de gens aimaient, elle rendit même hommage à ses parents, qui étaient là et qui pleuraient à peine, et blablabla et blablabla…

J'étais droit et digne… Et totalement amorphe et nauséeux.

Je voyais Tabris. Lui aussi était droit et digne, mais toujours en colère. Il ne me jeta pas un seul regard et serra farouchement la main de Clyde en défiant quiconque de l'approcher, bien à l'abri au sein d'une armée de rouquins aux yeux verts et de bruns échevelés avec des taches de rousseur. Potter était là avec toute sa famille, bordel… Lui, ses deux grands jumeaux, son second fils, Clyde et sa femme.

D'autres sorciers s'avancèrent pour dire quelques mots, après que ma mère eut terminé de parler. Un vieil archimage ponctua la cérémonie de quelques sorts censés être magnifiquement émouvants sur fond musical grandiose… Le couvercle fut refermé et le cercueil glissé dans l'un des emplacements de la chapelle, point.

Après cela, durant la réception qui s'ensuivit au sein du manoir, j'eus l'impression de serrer au moins un millier de mains, d'écoper de tout autant de doléances rasoirs.

« Pardonnez-moi, je souhaiterais être un peu seul et prendre l'air. » hasardai-je au bout d'un temps infini.

J'en avais marre… J'en venais même à en vouloir à Mude de me faire subir ça.

Pourquoi tu es partie… je me disais encore et encore. Pourquoi tu m'obliges à vivre tout ça…

« Mais c'est tout naturel, et puis vous êtes encore chez vous ! » s'exclama la mère de Mude qui me tenait le crachoir, son bras glissé sous le mien, s'essuyant ses yeux secs de temps à autre.

Elle n'était jamais venue en Angleterre, pas même pour voir son petit fils. Je me demandais pourquoi, pourquoi… Pourquoi !

Pourquoi accepter de se marier avec son cousin germain surtout quand on sait qu'on vient d'une putain de famille de Sang Pur déjà à moitié consanguine ? Pourquoi faire un gosse dans ses conditions ? Pourquoi ne pas l'avoir laissée se marier avec celui qu'elle aimait ? Pourquoi ne même pas avoir un tant soit peu de peine à la mort de son seul enfant ? Pourquoi, bordel, ne pas daigner avoir suffisamment de honte ou de décence après tout ça pour rester dans son putain de pays de merde et ne pas montrer sa sale gueule de grosse salope !

J'étouffais à rester poli, à sauvegarder les apparences. Ma mère et mon père me jetaient des regards éloquents en me désignant la sortie afin que j'aille me calmer. Je crois que si j'étais resté une minute de plus, je l'aurai tuée, cette vieille peau !

Je disparus sur les balcons et empruntai un escalier pour descendre dans le parc. Le jour éclatant s'était mué en crépuscule et la fraîcheur automnale me faisait frissonner. Une main attrapa la mienne.

« Draco… »

C'était lui… J'arrachai dans un sursaut ma main à la sienne.

« Tiens, je me demandais quand tu ferais ton approche… » ironisai-je avec une moue dégoûtée. « Je suis satisfait que tu l'ai faite en privé, comme ça je ne suis pas obligé de faire de bonnes manières ! Alors que ce soit bien clair, je ne veux ni te parler, ni te toucher, ni même te voir, Potter ! Tout ceci ne te concerne en rien à ce que je sache, alors ne te sens pas obligé ! »

« Mais, je ne me sens pas obligé… » bredouilla-t-il, gêné. « Ça me concerne, quand ça te concerne, non ? »

Honnêtement... Il était beau à en pleurer, dans son costume d'une classe folle, avec son expression digne et sérieuse. Honnêtement, j'avais envie de voir s'il allait réussir un tant soit peu à me consoler, mais… ce n'est qu'avec le recul que je puis dire cela, maintenant. Parce que sur le moment, j'étais au bord de l'explosion.

« Seulement dans tes rêves, Potter ! » crachai-je. « Et maintenant, fiche-moi la paix ! Tu es la dernière personne dont j'ai besoin ! »

Je crois que je me disais que je ne méritais aucune attention, aucun bonheur, rien… Je n'étais que haine et désespoir hargneux.

Je le laissai comme ça puis je marchai ensuite dans mes jardins, entre les allées de buis taillés, les rosiers et les diverses choses plus libres de grandir et de pousser en liberté. Je broyais du noir.

Quelqu'un me suivait…

« Malfoy… » souffla une voix d'homme.

Je me retournai, prêt à incendier ce connard de Potter lorsque je remarquai, instantanément, que ce n'était pas lui.

Cet homme là, je ne l'avais jamais rencontré avant, mais il était pourtant présent à l'enterrement. Je croyais l'avoir vu, en retrait, peut-être parmi les arbres. Au moins, celui là n'était pas venu me voir pour me dire ses condoléances, et il ne semblait pas venir pour me les faire en privé…

Il était grand avec une peau dorée, ses cheveux étaient châtains mais semblaient faits d'une matière solaire dans le couchant. Même ses yeux parlaient de vacances tellement ils étaient bleu estival. Je m'étais dit qu'il était à l'image de cette journée, bien trop resplendissant… Pourtant il semblait défait, comme s'il avait beaucoup pleuré. Je le voyais bien à présent qu'il avait enlevé ses lunettes noires.

« A qui ai-je l'honneur ? » maugréai-je tandis qu'il s'approchait, à la fois hésitant et sûr de lui.

« Je m'appelle Ylian Conors, peut-être avez-vous déjà entendu ce nom… »

Il semblait être certain que je le connaissais. Je compris, surtout qu'il avait un accent américain…

Je plissais les yeux et dis :

« Non, je n'ai jamais entendu votre nom… Pourquoi, je devrais ? »

Il baissa le regard, gêné.

« Et bien… Non. » concéda-t-il. « Enfin, je… Je suis un ancien camarade de Salem de Mude, on s'est pas mal vu ses dernières années. Pour tout vous avouer, j'étais son mec, à l'époque. Je l'avais même demandée en mariage mais comme je suis d'origine Moldue… »

Je faisais un geste agacé de la main.

« Jolie façon de présenter les choses. Vous m'annoncez quand que vous étiez restés amants ? »

Il rougit et semblait mourir de gêne, intérieurement.

« Mais vous le saviez, n'est-ce pas ? Elle m'a toujours dit que vous le saviez dès le départ. »

Je roulai des yeux et me remit à marcher, lui sur mes talons.

« Bien sûr que je le savais, alors cessez d'être confus. Je me suis toujours demandé quelle tête vous pouviez bien avoir… »

Il était plutôt beau gosse. Je les imaginais, lui et Mude, au bord d'une piscine à faire les fous…

Alors c'était donc lui, ton bel amour, Mude… Tu as bon goût.

« Vous avez dû avoir la belle vie. » crachai-je. « Elle vous a offert une maison de rêve à ce que j'ai cru comprendre, elle venait vous voir simplement pour passer du bon temps avec vous. »

Mais est-ce qu'il s'est servi de toi, est-ce qu'il t'aimait vraiment ?

Il ne me répondit pas tout de suite.

« Tous les jours, je regrettais de l'avoir laissée se marier avec vous, mais comment aurais-je pu lui enlever la vie qu'elle a eue à vos côtés ? Avec moi, on serait allé vivre chez les Moldus en Ukraine ou que sais-je encore, et je n'aurais même pas pu lui offrir de bons soins pour sa maladie… »

« Je me contrefiche de vos regrets, ils ne me concernent pas ! Pourquoi êtes-vous venu me parler ? Nous n'avons rien à nous dire. »

Il me rattrapa par le bras et me força à me retourner, furieux.

« Tous les jours, j'ai rêvé de casser votre jolie petite gueule de Sieur Parfait ! »

Je haussai les sourcils.

« Vraiment, vous devez être encore un Moldu pour parler ainsi, mais allez-y, faites ! Si ça peux vous aider ! »

J'en avais foutrement envie de cette bagarre… Comme à l'époque de Poudlard, où je me battais avec Harry, juste avant nos examens. Je me disais, stupidement : S'il me cogne fort, c'est qu'il t'aimait, ma belle !

« Cela ne m'aiderait pas du tout… » cracha-t-il en se reculant, se forçant au calme. « Il faut que vous sachiez que vers la fin, on ne se voyait plus… Mude m'écrivait seulement des lettres… On n'était plus ensemble, elle me considérait juste comme un vieil ami, un confident. Elle ne me disait pas grand-chose, mais j'en percevais pas mal… De sa maladie, sur le fait qu'elle vous aimait, vraiment… Il fallait que je vous voie, que je vous remercie pour elle. »

« Vraiment… » dis-je, morne.

Il me serra dans ses bras, soudainement, très rapidement. Il était maladroit.

« Vraiment, merci pour elle ! Vous êtes un type bien, j'aurai préféré que vous soyez un gros connard, cela aurait été tellement plus facile, mais vous avez vraiment été parfait… Je connais Mude mieux que personne au monde, alors je sais combien sa vie a été agréable, palpitante et même… A mon plus grand regret, c'est vous qui êtes devenu finalement l'homme de sa vie. Vous êtes décidément bien énervant… mais je ne peux pas vous en vouloir, je ne peux que vous remercier, d'avoir été mille fois plus à la hauteur que moi. Merde, bon sang… Vous avez été là pour elle jusqu'au bout, n'est-ce pas ? »

Il avait les larmes aux yeux. Je fronçai le nez, dégoûté, et secouai la tête.

« Et maintenant… C'est moi qui ai envie de vous casser la gueule. Evidement que j'ai été là jusqu'au bout ! Mais tous les jours je me demandais si je devais me mettre à votre recherche afin d'échanger nos places, mais elle ne voulait pas ! Ni son fils, ni vous, elle voulait que personne ne soit au courant ! Mais en faite, vous l'étiez ? Vous saviez pour sa maladie et vous n'êtes pas venu ! »

« Je suis venu… Mais les infirmiers n'ont pas accepté que j'entre la voir : que les proches et la famille, monsieur. Et je n'étais personne ! J'ai volé le cheveu d'un vieux Médicomage et j'ai pris son apparence avec du Polynectar pendant qu'il prenait sa pause, mais elle ne m'a même pas reconnu, on a parlé de tout et de rien, et surtout de vous ! Je n'ai pas osé rester plus d'une heure afin qu'elle me voit pour de bon ! Allez-y, frappez-moi, si ça peut vous aider… Je le mérite… Je n'ai vraiment pas assuré ! »

Je me faisais craquer les phalanges en serrant les poings.

« Ne croyez pas que, parce que je suis un Sang Pur supposément parfait, je ne sais pas me battre. »

Il sourit.

« Nous n'allons pas en venir aux mains, je le sens bien… »

« Ah oui ? »

Je l'agrippai par son col avant de le lâcher presque immédiatement, mâté par son sourire désolé.

« C'est vrai… » concédai-je, ma colère un peu envolée. « Parce que je n'ai plus aucune réelle motivation pour rien du tout... »

« C'est ce que Mude me disait lorsque je l'ai vue et dans ses lettres, elle se demandait ce que vous deviendrez sans elle. Elle ne s'en faisait pas pour moi, son soi disant véritable amour, mais elle s'en faisait pour vous, son soi disant mari d'intérêt. Qu'est-ce que vous compter faire, maintenant ? »

Je me renfrognai.

« Je ne vois pas pourquoi j'en causerai avec vous. »

« En causez-vous seulement avec quelqu'un ? Considérez-moi comme un ami envoyé par votre femme et dites-moi ! »

Je ne dis rien et le considérai... Il avait vraiment des allures d'ange gardien bienveillant, lumineux.

« Il est trop tôt pour savoir quoi faire… » me justifiai-je enfin.

« Ce n'est pas faux, mais il ne faudrait pas que vous vous déprimiez trop longtemps… Mude a eu une très belle vie, grâce à vous. Je le sais, je la connais… Bien plus belle, longue et riche d'expériences que si vous n'aviez pas été là… »

« Et moi, alors… » murmurai-je. « Et si ma vie avez été meilleure, grâce à elle. Je suis censé faire quoi, maintenant ? Renouer avec mes vieux amis et faire la fête pour l'oublier ? Et si je ne savait pas comment passer à autre chose ! »

Il resta longtemps silencieux.

« Elle m'a souvent dit que vous aussi vous aviez quelqu'un d'autre, comme elle… »

« Pas du tout comme elle. » Je le fusillai du regard et ajoutai : « Cette option n'est pas envisageable et ne le sera jamais. »

« Pourquoi êtes-vous si catégoriquement remonté ? »

« Vous n'en saurez rien. »

Je comptais partir mais il me rattrapa une nouvelle fois par le bras.

« Malfoy, Mude m'a fait un cadeau mais il ne me sera d'aucune utilité. Je veux dire… Il vous serait plus utile, à vous… »

« Si elle vous l'a offert, c'est qu'il est à vous. »

« J'insiste. » dit-il en me mettant dans les mains quelque chose. « Malfoy… Vous et moi, nous ne sommes pas vraiment amis, mais nous sommes proches, que vous le vouliez ou non. A présent, je m'inquiéterai un peu pour vous. Je prendrai de vos nouvelles, alors faites-moi plaisir, utilisez ce cadeau. Il ne me va pas de toute façon… Il est bien trop… » Il frissonna. « Regardez et vous comprendrez. Portez-vous bien. »

Sur ce, il s'en alla et je regardai ce qu'il m'avait donné : une carte étrange, semblant faite d'or ou de diamant et qui faisait apparaître un drôle de bateau voguant dans le ciel lorsqu'on l'inclinait, comme un hologramme. Un passe pour le Lord of Word, réalisai-je, pantois. En effet, ce fils de Moldus aurait été un tantinet mal vu, là bas. C'était un cadeau hors de prix… Il n'y avait pas son nom, voilà pourquoi il me l'avait donné. A croire que Mude avait tout prévu…

« Hey, Conors ! » l'appelai-je. Il se retourna et je désignai la précieuse carte qui luisait dans la pénombre. « C'est une chouette idée afin de me sortir de la dépression. Portez-vous bien, vous aussi. »

Il sourit, engageant comme un soleil, et disparut dans les tréfonds de mon jardin. Il retournait vers la chapelle, le pauvre… Il allait la pleurer encore, et moi je retournai vers la soirée, revigoré.

A présent, il faisait vraiment noir. En revenant, je tombai presque sur Tabris et Clyde qui s'étaient cachés pour… Mon fils était assis sur un banc de marbre blanc, une jambe de part et d'autre de la pierre. Sa « jumelle » était installée exactement de la même façon, face à lui et les jambes par-dessus les siennes, en jupe... Ils s'embrassaient dans la pénombre, en se tenant par les mains. Ils avaient beau être à une distance à peu près respectable, ça semblait un peu chaud entre eux, et pourtant, c'était pur aussi… Ils semblaient luire comme des êtres magiques, me dis-je. C'était vraiment… très beau.

Je me raclai la gorge et ils bondirent pour se tenir plus correctement.

« Tabris… » commençai-je. « Il faut que je te parle… »

« Je n'ai rien à te dire. » rétorqua-t-il en détournant le visage, dédaigneux.

Clyde lui serra la main et le fusilla du regard.

« Et bien dans ce cas, tu seras content d'apprendre que je m'en vais. » expliquai-je. « Je vais quitter l'Angleterre. »

« Vous partez ! » s'exclama la jeune fille. « Où ça ? »

Je m'approchai et leur montrai la jolie petite carte, la faisant bouger pour faire surgir dans l'air le magnifique bateau miniature qui voguait dans le ciel, vingt centimètres au dessus de mes doigts.

« Partout… Je vais embarquer à bord de ce navire pour le voyage le plus cher du monde. C'est un cadeau de Mude que je viens de recevoir, pour me remonter le moral… » dis-je, tristement.

Qui pouvait croire ça…

Tabris leva les yeux vers moi, suspicieux.

« Et, heu… Ce sera pour combien de temps ? » tenta Clyde.

« Je ne sais pas… Je reviendrai pour les vacances d'Halloween, en tout cas. Pour vous voir et fêter avec vous vos quinze ans… »

« Ce n'est pas la peine, moi je ne reviendrai pas. Tu peux rester là-dessus tant que tu veux, je m'en fiche pas mal et puis ce n'est pas mes affaires… On passera nos vacances à Poudlard ou bien chez ses parents s'ils nous préparent un anniversaire. »

Je soupirai et Clyde s'exclama :

« Il ne pense pas ce qu'il dit ! »

« Arrête-toi de parler pour moi ! »

« Il faut bien que je le fasse ! Tu ne dis que de la merde ! »

« Comment ! »

« Ah, ne vous disputez pas ! » tranchai-je. « Ce n'est pas grave, Clyde : Tabris a le droit d'être en colère contre moi et puis je ne lui en veux pas. Ce sale gamin sait qu'il peut faire tout ce qui lui chante, mon amour inconditionnel lui est acquis à jamais. Il peut bien le piétiner et me vomir, ça ne changera rien car je suis son père. »

« Tsss… » rétorqua Tabris en détournant le regard, une nouvelle fois.

Clyde se leva et se précipita dans mes bras, me serrant très fort contre elle. Si je baissais la tête, ses mèches rebelles me chatouillaient le nez. Je l'enlaçai également et lui caressai les cheveux, exactement comme ceux de son père à l'époque, en à peine plus longs…

« Merci d'exister, petite Clyde… Que seraient nos vies sans toi ? » soufflai-je à son oreille. « Prenez bien soin l'un de l'autre. »

Elle leva ses yeux si verts vers moi. Ils étaient humides de larmes…

« Merci à vous aussi d'être là… » dit-elle. « Sans vous, Tabris n'existerait pas. Sans vous, on ne serait peut-être même pas ensemble. Vous avez été le plus gentil avec nous. »

« Le plus laxiste, tu veux dire ? »

Soudain, Tabris se leva de son banc et je crus qu'il allait arracher Clyde de mes bras, jaloux. Mais ce fut tout le contraire, il se jeta contre moi et m'enlaça, l'imitant comme toujours. Je les serrai tous les deux, j'avais envie de rire et de pleurer. Peut-être parce que je sentais Clyde rire et Tabris pleurer.

« Vous êtes vraiment… » soupirai-je. « Vraiment… Vous me montrerez votre marque un jour ? »

« Comment tu sais pour la marque ? » cracha Tabris en levant des yeux colériques et débordant de larmes vers moi, les mains toujours crispées et tremblantes sur mon costume.

« C'est… Harry. Il m'en a parlé. »

« Vous êtes amis ou ennemis ? » demanda mon fils en fronçant les sourcils.

« Aucun des deux… » soufflai-je. « On est juste… vos parents. »

Nous restâmes encore un petit moment comme cela, puis je les laissai seuls ensembles, n'abusant pas de ce revirement de situation. Lorsque je remontai les escaliers de la terrasse jouxtant la soirée, je vis Harry au même endroit où je l'avais laissé. Il me jeta un regard triste et je lui fis un pauvre sourire d'excuse, en m'arrêtant pour lui parler.

« Je te remercie… »

« De quoi ? » demanda-t-il sur la défensive.

« Tu as tenu promesse : ta fille et toi, vous n'avez pas laissé Tabris me détester bien longtemps. Enfin… Je sais bien qu'il a été magnanime juste parce que je vais partir… »

« Tu pars ? » demanda-t-il en agrandissant ses yeux.

Ils étaient aussi verts que ceux de Clyde mais ses lunettes les dissimulaient, comme toujours.

« Très loin, et longtemps… » lui dis-je en posant une main sur son épaule. « J'aimerais te dire adieu, mais je suis certain qu'on va encore se voir au moins un millier de fois avant que je ne crève pour de bon. La vie est quand même cruelle parfois, tu ne trouves pas ? Je veux oublier ta drôle de promesse, la première. Je veux vraiment oublier tout ça… »

Après cela, je le laissai seul et encore moins apte à revenir vers moi, à me parler. C'était voulu, je n'avais pas menti…

Dans ma vie, j'ai été deux fois malheureux à en crever. La première fois, c'était parce que je l'avais quitté. J'avais voulu l'oublier et devenir le Maître de Ma Vie… Mude avait été le symbole de cette décision et des suivantes, la première de toutes, pour me remettre de lui. La seconde fois, ce fut lorsque j'appris que Mude était mourante, et lorsqu'elle mourut enfin, des mois plus tard. A présent qu'elle était enterrée, il allait falloir que je me remette d'elle, comme je m'étais remis de Harry, et de cette vie qui s'effondrait à nouveau, mais de beaucoup plus haut, que je redevienne une nouvelle fois le Maître de Ma Vie, mais autrement.

L'empire des Malfoy était au mieux : mon père et Joshua pouvaient continuer à prendre le relais. Mon fils était ma vie, mais moi… je n'étais pas vraiment la sienne. Il allait retourner à Poudlard, il allait continuer son existence tranquille d'adolescent amoureux à qui tout souriait… Je serai toujours là pour lui, mais je ne devais pas être en attente de lui.

Qu'allait être ma vie, à présent ? Je n'en savais rien… Rien du tout… Tout était détruit et flou, et surtout je n'avais aucune volonté de me rebâtir… Bien sûr, il me restait mes amis, mes collègues. Mais je voulais retrouver ma voie seul, tout en faisant mon deuil impossible de Mude et de notre existence. Je voulais surtout échapper à Harry… Je ne voulais surtout pas rebâtir en fonction de lui, comme je l'avais fait précédemment.

Voilà pourquoi je partais.

C'était il y a six semaines.

oOo

J'embarquai à bord du Lord of Word juste après que Tabris soit retourné à Poudlard. Ma mère et mon père m'assurèrent qu'ils s'occuperaient de tout, que je ne devais m'inquiéter de rien et juste penser à moi afin de leur revenir en pleine forme, mon deuil accompli.

J'activai la carte qui se transforma aussitôt en Portoloin et je me retrouvai aussitôt sur l'un des ponts du plus magnifique des bateaux volants naviguant dans un ciel azur.

Le Lord of Word était gigantesque. Ses voiles étaient un mélange entre les voiles classiques d'un bateau marin et celle d'un dirigeable gonflé à l'hélium. Il y en avait partout au dessus de ma tête, prises dans un réseau de mats, de cordages et de filets. Totalement blanches, certaines semblaient vivantes, se gonflant au gré d'une respiration immense, d'autres battaient mollement telles les nageoires de quelques créatures célestes. Il y avait aussi des hélices et des éoliennes, pas seulement en l'air mais partout autour du bateau, et sous sa coque. Le bateau en lui-même était somptueux, fait de bois travaillé avec une finesse remarquable, poli et lustré, marqueté et incrusté d'or et d'armoiries.

Un vieux domestique humain très distingué dans son costume et ses manières vint prendre mes bagages, étonnamment en sous-nombre – je n'avais rien eu envie d'emporter avec si ce n'est le minimum vital – et m'indiqua ma chambre avant de me faire visiter le navire en discourant : la salle des repas, les petits salons, le casino, la salle de bal, le bar, la bibliothèque, les thermes, la salle de massage et que sais-je encore. J'écourtai rapidement cette visite historique sans fin en précisant que je ne comptais pas trop me mêler aux autres passagers, que je prendrais mes repas dans ma chambre et ferais mon sauvage, seul.

« Tout sera fait selon vos désirs, monsieur. » s'inclina-t-il bien bas.

Voilà comment débuta mon séjour à bord du Lord of Word, et voilà comment il se poursuivit...

Je sortais très souvent de ma chambre où je paressais de longues heures, dormant, lisant, prenant des bains jusqu'à ce que même les sorts de chauffage s'épuisent et me laisse glacé… Je longeais les bastingages, de jour comme de nuit. Je contemplais le ciel bleu ou les étoiles, plus grosses que jamais tant nous étions haut dans le ciel. Cela n'était pas incommodant : le Lord of Word était truffé de sortilèges pour éviter à ses nobles passagers d'être victime de la pression atmosphérique ou du froid. Je contemplais la mer ou les continents qui défilaient lentement en dessous de nous, et c'était si beau… Même les villes Moldues ressemblaient à des merveilles, vues d'ici. Même quand il y avait des nuages et qu'il n'y avait rien à voir, j'avais l'impression d'être dans un autre monde somptueux où la mer était faite de coton. D'autres fois, nous passions vraiment très près d'un avion Moldu mais le bateau était réputé pour sa discrétion et sa sécurité. Là aussi, il était truffé de sortilèges et de brouilleurs, de répulsifs, etc. Il n'y avait jamais d'accident, pas même de dérangement auditif.

Le seul inconvénient de ce Paradis volant, c'était les autres. Tous ces grands bourgeois suintant la réussite sociale… Tous ces aristocrates, ces princes et ces princesses ivres de richesses, de boissons, de jeux et de fêtes me tapaient sur les nerfs. Et dire que nous étions du même monde… J'étais riche, comme eux. Mais qu'avais-je fait de mon fric durant toutes ses années ? J'avais laissé Mude gérer les dépenses, les constructions, les dons et les investissements. Je n'avais choisi que la destination de mes vacances… Je m'étais attelé au travail, je m'étais enfermé dans mon cocon familial, j'avais à peine vu mes amis, j'étais à peine sorti du cadre de « la Chambre des Pierres » ou de chez moi, si ce n'est ces derniers temps, au bras de Mude. Et maintenant, j'étais devenu un bourreau de travail ayant perdu son entrain, un patriarche ermite loin de sa famille à moitié disloquée, un sauvage aux allures nobles… J'étais différent d'eux… Heureusement, le bateau était suffisamment grand et insonorisé pour que je ne souffre pas trop de la présence des autres passagers.

Toutefois, ma façon d'être commençait à attirer l'attention de certain. Je voulais rester seul, j'étais anormal, une curiosité…

« Monsieur. » me disait le vieux domestique distingué en m'apportant le petit déjeuner, un matin. « Dame Olga Doleskta vous fait parvenir son bonjour le plus agréable et son invitation. Elle souhaiterez vous voir ce soir à sa table, avec ses amis, et espère que vous y répondrez favorablement. »

Ce n'était pas la première fois que je recevais ce genre d'invitation.

« Tu sauras comment le lui refuser sans la vexer, Jemy. » lui dis-je en paressant encore dans mon lit avec un bon bouquin.

« Monsieur ne devrait pas gaspiller sa jeunesse en restant si seul et méditatif, même si les circonstances sont tout à fait compréhensibles… »

« Ma jeunesse ! » m'exclamai-je. « J'ai presque quarante ans ! »

« N'est-ce pas là le début de l'âge adulte, pour un sorcier, monsieur ? » me demanda-t-il avant de me laisser.

Moi aussi j'avais pensé comme cela autrefois.

Plus tard, je me regardai dans le miroir gigantesque de ma salle de bain.

J'étais… comme figé dans une enveloppe de « moi adulte » : beau… très pâle, quoi qu'un peu trop cerné peut-être. Mes longs cheveux faisaient peine à voir tellement je les délaissais en ce moment, mais enfin… je n'étais pas vieux… Non, j'étais plus proche de la jeunesse que de la vieillesse, sauf dans mes yeux tristes et blasés de tout. Des yeux de mort…

Ce soir là, je me rendis à la table de cette vieille femme Russe qui me présenta à ses amis, tous plus riches et princiers les uns que les autres. J'étais pour eux une attraction : j'étais moins fortuné qu'eux, d'un autre pays où il y avait eut tant d'histoires… J'étais un jeune veuf triste et romantique… Chacun voulu m'épater ou me prendre sous son aile, mais j'étais si distant et froid qu'ils en riaient. C'était cela qui attisait leur intérêt, je le savais bien…

La soirée ne fut pas si exécrable que je me l'étais imaginée car je découvrais que je n'avais rien perdu de ma verve, et même s'ils étaient tous russes, je connaissais suffisamment la langue pour me faire bien comprendre et jouer avec les mots. Et quand je n'y parvenais pas, il restait la perle de traduction, glissée dans le creux de mon oreille.

A partir de ce jour, je me fis un devoir de socialiser un minimum. Je jouais au poker, j'allais dans les salons où l'on fumait de drôles de drogues ou de simples cigares. Bientôt, quelques vieilles mères me proposèrent de me remarier avec quelques beaux partis que je refusais en disant que mon cœur n'était pas prêt, et blablabla.

« Vous êtes encore jeune, vous pourriez encore faire tant d'autres beaux enfants ! » me disaient-elles.

« Une ribambelle mais j'ai déjà un héritier. Cela évitera les conflits meurtriers de le laisser seul avec son héritage. » plaisantai-je, ce qui les fit rire.

J'étais sur le Lord of Word depuis trois ou quatre semaines lorsqu'un autre genre de femme m'aborda.

Elle s'appelait Anissa et elle était telle l'une de ces princesse de contes des mille et une nuits, dissimulée de la tête au pied par son mari jaloux sous de grands et précieux tissus. Elle m'aborda la nuit tandis que je me perdais dans mes contemplations habituelles, et je compris tout de suite ce qu'elle voulait malgré le fait qu'elle laissa la conversation s'éterniser et tourner en contours et en détours indéfinis, tant et si bien que je n'attendais que de la faire aller droit au but.

« Je sens bien que je vous intrigue… J'aimerais en connaître la raison. » dis-je.

« Votre cœur… Il est meurtri et vous semblez vouloir le garder chastement enlacé à l'âme de votre défunte épouse, peut-être jusqu'à ce que votre peine s'envole. Mais votre jeune corps ne hurle-t-il pas d'impatience et d'envie ? D'envie de vivre… » me demanda-t-elle d'une voix veloutée avec des œillades brûlantes.

« Mon corps me laisse en paix. » rétorquai-je fermement. « Est-ce mon corps qui vous intrigue ? »

« Vraiment, je trouve cela intriguant… » acquiesça-t-elle, posant sa main sur mon avant-bras. « Peut-être est-il lui aussi endormi par la tristesse ? »

« Par la tristesse, ou la volonté de ne rien vouloir, ni rien, ni personne. »

Elle me sourit, derrière ses voiles. Elle se glissa dans mon dos, sa main volant de mon bras jusqu'à mon épaule, et commença à me caresser, un peu comme si elle me faisait un massage. Je m'éloignai d'elle, mais pas très loin.

« Allons, que faites-vous… »

« Je tente de briser la glace. »

« Je n'en ai aucune envie. »

« Vraiment ? Et si j'y parvenais malgré tout, vous feriez semblant de ne rien entendre, de ne rien vouloir ? N'est-ce pas déjà ce que vous faites en ce moment même… Je crois que vous aussi êtes intrigué par mon manège… »

« Vous me prêtez des intentions que je n'ai pas. »

« Vraiment ? » répéta-t-elle, amusée. « Dans ce cas, vous restez ici à souffrir de ma conversation simplement par politesse ? Je ne pense pas… Pour dire les choses franchement, monsieur Malfoy, je crois que vous avez envie de voir si je suis réellement capable de donner un petit coup de griffe à votre sublime veuvage de Perfection qui doit fortement vous peser… Je dirais même plus : il vous insupporte et il vous donne envie de vomir ! »

Je haussai les sourcils.

« N'êtes-vous pas plutôt en train de parler de votre mariage ? » demandai-je.

« Peut-être… » concéda-t-elle avec amusement. « Mais je constate que vous n'avez pas non plus démenti mes propos. Peut-être donc vous concernent-t-ils aussi… »

Elle se recula, commençant à enlever ses voiles compliqués, dévoilant quelque peu son corps brun et nu sous mes yeux.

« Peu importe si cela me concerne. Ma femme est défunte mais votre mari ne l'est pas, à ce que je sache. » dis-je en jetant des regards aux alentours. « Et il est ici… »

« … et drogué par mes soins. » poursuivit-elle en ôtant le voile de son visage qui m'apparut enfin en son entier, tout bonnement magnifique, rond et délicat à la fois.

Cette fille était un vrai bijou dans un écrin de tissu. J'en restai pantois quelques secondes.

« D'autres personnes pourraient vous voir et se poser des questions quant à votre tenue. » soulignai-je enfin.

« J'ai payé l'équipage qui a fait en sorte de nous dissimuler magiquement. » dit-elle en se retournant.

Elle tenait la plupart de ses voiles dans ses mains et ceux-ci tombaient en drapés lâches juste sous ses fesses amples et rebondies. Toute sa personne était un savant mélange de félinité, de formes généreuses et de fermeté. Sa peau sombrement cuivrée semblait faite du velours le plus fin, souligné par des bijoux en or, partout. Ses très longs cheveux noirs bouclés tombant en cascade semblaient avoir été enduis d'huile ou de je ne savais quoi. Ils s'arrêtaient au creux de sa fine taille où s'entortillait plusieurs fois une fine chaînette dorée. Elle tourna son beau minois vers moi et se mordit sa lèvre inférieure, pulpeuse à outrance.

Une vraie concubine arabe de harem de luxe… Un appel à la débauche.

« Vous allez oser me faire l'outrage de me repousser ? » demanda-t-elle en se dissimulant sa poitrine généreuse derrière l'un de ses voiles.

Mes yeux avaient été captivés par les petites pointes foncées. Je haussai les sourcils, pour la énième fois, réalisant qu'il était plus que temps que je m'exprime.

« Alors là… » commençai-je en m'approchant d'elle comme un chat le ferait de sa proie. « Alors là, ce serait d'une grossièreté rare, et je suis bien trop poli pour m'y résoudre. »

Elle sourit de plus belle et poussa la porte qui menait au couloir où se trouvait ma cabine.

« Dans ce cas… Faites vite honneur à vos bonnes manières et montrez moi votre chambre. Il fait un peu froid dehors… »

Je posai moi aussi une main sur le battant de la porte, l'autre sur le creux de sa hanche.

Elle n'aurait pas froid bien longtemps…

oOo

Baiser…

Quasiment comme un animal déchaîné et dépourvu de raison.

Voilà ce que j'ai fait avec elle, sans regret et presque chaque nuit…

Baiser ! Juste ça, juste baiser… Juste oublier tout le reste, juste faire parler son corps et ses envies. Juste du plaisir, juste ça.

Ah putain, que ça m'avait manqué !

Cela m'anesthésiait le cerveau et m'épuisait physiquement. C'était parfait, ça ne rimait absolument à rien et ça n'avait strictement aucun lendemain. Oui, c'était exactement ce qu'il me fallait.

Est-ce que c'était ça la solution ? Redevenir comme je l'étais avant de me mettre sérieusement avec Mude et aller avec qui je voulais quand je le voulais aux quatre coins du monde ?

Non… Cela ne pouvait pas être ça, cela aurait été régresser. Mais alors, c'était quoi la solution ? Chercher l'amour ?

Quand je regardais le ciel, j'avais l'impression de voir mon humeur chaotique prendre vie, car en dehors du sexe, j'étais en rage contre moi-même, d'une rage froide et contenue.

Quelque chose n'allait pas… Non, ça n'allait vraiment pas, là !

Ou alors c'était ce temps merdique qui me mettait les nerfs en pelote ? Depuis quelques jours, de gros nuages grisâtres semblaient suivre le Lord of Word, et l'atmosphère devenait pesante.

Le bateau fit escale en Amérique du Sud et pour une fois, j'en descendis, ce que je ne faisais pourtant jamais habituellement. Nous étions à Rio et je sillonnais les rues, tandis que la tempête se massait au dessus de nos têtes, ne semblant jamais vouloir éclater.

Je voulais un mec… Après toutes ses années, je voulais le refaire avec un mec : lécher un beau torse virile, sucer une grosse bite, enculer un cul étroit en déchirant un dos musclé de mes ongles !

Est-ce que c'était ça, la solution ? Est-ce que j'avais juste la rage contre tout simplement parce que ça faisait beaucoup trop longtemps que je refoulais cette partie de moi ?

J'étais tellement impatient que j'avais envie d'aller directement voir un mec qui ferait le tapin pour m'épargner la case « drague à la con ». J'entrai dans l'un de ces bars Moldus que j'avais appris à repérer à l'époque où j'étais un queutard fini. Il y avait bien un petit gars qui avait l'air pédé et qui me matait : il était mignon, parfaitement typé brésilien. Peut-être qu'il se vendait, peut-être qu'il ferait ça gratos, je m'en fichais. Au bout de dix minutes, on en était déjà à converser en se tripotant sous la table. Je lui avais payé un verre en prétextant que j'avais besoin de mieux connaître la ville, en bon touriste. Il ventait mon espagnol en commençant à glisser la main dans mon pantalon, vraiment pas farouche, lorsque Jemy entra en m'avisant.

« Monsieur, pardonnez-moi de vous interrompre, mais j'ai ordre de retrouver tous les passagers car nous devons embarquer à l'instant. En effet, si la tempête qui menace éclate nous serons bloqués ici peut-être des jours et ce n'est pas dans les habitudes du Lord of Word d'être tributaire des intempéries. »

« Oh… Et bien, je suppose que nous n'avons pas le choix… Adiós, mon joli. » dis-je en lui foutant une petite claque taquine.

Il se renfrogna mais je n'en avais cure. Je posais des billets fournis à des taux de change défiant tout entendement par le Lord of Word sur la table et m'en allait.

Plus loin dans la ruelle, Jemy me dit, diplomatiquement :

« Si monsieur est intéressé par ce genre de jeu, je connais pas mal de garçons d'étage qui ne sont pas craintifs de ces choses-là. »

« Vraiment, mais ce navire est tout bonnement magnifique… » m'exclamai-je, amère.

Je surnageais dans des émotions variées : la colère, la frustration, le soulagement de redécoller loin de la terre et de ses souillures dans lesquelles je voulais me vautrer, l'envie d'avoir la tête vide et le cœur en Paix… J'étais à la fois content et à la fois… enragé.

Je ne comprenais vraiment pas ce qui m'arrivait, mais mon deuil partait sur une bien mauvaise pente. Je culpabilisais en imaginant Mude me regarder faire de là-haut en secouant la tête, atterrée…

Mon pauvre Draco… me dirait-elle. Tu ne sais même plus ce que tu fais… Tu ne sais plus qui tu es.

oOo

Le Lord of Word décolla, invisible aux yeux des Moldus, et s'éleva au dessus de Rio, au dessus de la tempête naissante, grise acier et furieuse. Lorsque l'on passa à travers les nuages, je vis plusieurs éclairs parcourir le brouillard, s'accrochant dans les mats. Indifférent, le bateau s'éleva au dessus d'elle et partit vers l'est, l'abandonnant.

Le soir même, tandis que je dînais avec les autres convives, un garçon d'étage à l'allure irlandaise m'effleura la main en me servant le vin. Il était grand et mince, pâle comme le lait avec des taches de rousseurs jaune pâle sur le nez et ses yeux étaient très bleus. Son costume lui allait très bien et ses cheveux d'un blond-roux léger étaient plaqués à la perfection, sur le côté de son crâne. Il avait de très bonnes manières mais chacun de ses gestes était un sous-entendu…

Lorsqu'il vint pour, soit disant, m'apporter des serviettes dans ma chambre, plus tard, je lui demandai :

« Tu as des liens avec la famille Weasley ? »

Il cligna des yeux et me répondit avec un accent germanique :

« Oh, cela m'étonnerait que vous connaissiez ma famille, monsieur, je suis Allemand. »

« Tant mieux… » lui dis-je en l'attrapant par la nuque et la taille pour l'attirer vers moi. « Tu as des conditions ? »

Il cligna encore une fois des yeux.

« A part de vous voir très généreux, aucune, monsieur. Et vous ? »

« Ne t'inquiète pas, je n'ai pas de goûts bizarres. J'ai juste envie de me taper ton joli petit cul pendant que tu me donnes du monsieur. »

Tout d'abord surpris, il sourit et je commençai à le déshabiller. Il en fit de même avec moi et je le détaillai. Quel âge avait-il ? La vingtaine ? Il était bien jeune pour se prostituer, et j'avais des scrupules… Bien plus qu'avec le Moldu…

« Cela fait-il longtemps, monsieur ? »

« Quinze ans. »

Sa bouche s'arrondit en un petit o parfait, puis il devint malicieux. Il glissa ses mains sur mon torse à présent dévoilé et m'embrassa, me montrant par là qu'il n'était vraiment pas dégoûté par ma personne. Ou bien était-ce de la comédie ?

« Vous étiez fidèle à votre femme, malgré que vous aimiez les hommes. C'est trop mignon… »

« Ferme-la et… »

Quelqu'un tambourinant à ma porte nous coupa dans notre élan et j'aboyai :

« Je désire être seul ! »

« Malfoy, nous savons tous les deux que tu n'es pas seul… » persifla Anissa. « Ouvre-moi ou je fais un malheur. »

Elle ajouta une très très longue phrase menaçante en arabe et j'ouvris la porte en la défiant du regard :

« De quel droit exiges-tu ? »

Ses yeux noirs avisèrent mon torse dénudé puis le jeune garçon qui ne savait plus où se mettre et ils eurent une expression écœurée

« Je pourrais te maudire toi et ta descendance sur dix générations pour cela, abominable chien ! »

« Les chiens ne vont pas avec les chats, ma jolie. Si je t'ai intéressée, c'est bien pour une raison. Pose-toi la question avant de proférer des menaces inutiles. De plus, tu n'es même pas assez forte pour maudire une plante verte ! »

« Sans doute Malfoy, mais je suis assez riche pour me payer la malédiction des Dieux eux-mêmes ! Tu crèveras de la lèpre et tes enfants et tes petits enfants auront une haleine de mort ! »

« Ton mari verrait cette dépense d'un sale œil et il te brûlerait vive en apprenant la vérité, ma pauvre ! » éructai-je en tirant sur son voile, faisant apparaître son visage toujours aussi joli bien que déformé par la haine. « Ou bien il te couperait le nez, la langue ou que sais-je ! »

« Et si je m'en moquais ! »

« Et si je te balançais par-dessus bord ! »

Je l'empoignai et la traînai à l'extérieur du couloir. Elle posa sa main sur mes bras et incanta. Sa magie n'était pas la même que la mienne et je parai d'un Protego avant de lui lancer un Stupefixe qu'elle dévia en dessinant des signes dans l'air avec ses doigts.

« Ne… Ne vous battez pas ! » glapit le rouquin en palissant à vu d'œil. « Mais qu'est-ce que c'est que ça ! » s'exclama-t-il en montrant quelque chose avant de baragouiner des insultes en allemand.

Anissa et moi tournâmes la tête sans arrêter de nous menacer, elle avec ses mains et moi de ma baguette.

La porte au bout du couloir qui donnait sur le pont battait et claquait, ouverte par des vents violents. Et de l'extérieur des courants électriques entraient et parcouraient les murs presque jusqu'à nous.

« Qu'est-ce que… » bredouilla Anissa en remettant ses voiles malmenés autour d'elle et en s'approchant, inquiète. « N'étions-nous pas au dessus de la tempête ? »

« La tempête… » ironisai-je en m'approchant de la porte qui était en train de se fracasser à force d'être battue par les vents et d'être parcourue par l'électricité.

A l'extérieur, c'était… l'Apocalypse. Littéralement !

« Il faut quitter le navire. » trancha Anissa avec froideur.

« Le Lord of Word est l'endroit le plus sûr au monde, ses sortilèges sont… »

Le rouquin n'acheva jamais sa pauvre phrase dénuée de sens. Mort de trouille, il partit en courant en direction des cuisines ou que sais-je.

Anissa renifla de dédain en le regardant et se tourna vers moi.

« Il faut quitter le navire en activant nos Portoloins… Je retourne auprès de mon mari, disons que… je n'ai rien dit. »

Je relevai ma baguette.

« Parce que tu penses que je vais te croire sur parole après de telles menaces envers ma famille ? »

Elle ne se fit plus menaçante.

« Et alors, que vas-tu me faire ? Me jeter un Obliviate ? Fais-le vite, dans ce cas. Je me fiche pas mal de t'oublier… » se renfrogna-t-elle en regardant ailleurs, orgueilleuse et digne.

Je l'aimais bien, cette teigneuse… mais j'allais tout de même la mettre sous Obliviate lorsque la porte craqua et sortit de ses gonds. Elle traversa tout le couloir et manqua de nous décapiter.

« Mon sort n'a pas marché… » bredouillai-je, accroupi sur le sol en tenant ma baguette en tremblant.

J'avais tenté de nous protéger pourtant.

« Les miens non plus… » bafouilla-t-elle, tout aussi hagarde que moi.

Je tentai de jeter un sort, n'importe lequel, mais ma baguette semblait grésiller et dysfonctionner. Un éclair venant de l'extérieur la frappa et elle tomba au sol, noircie et fumante tandis que je la regardais en me tenant la main, les yeux agrandis d'horreur. Ma baguette était détruite ! Anissa tenta de faire de son côté de la magie mais entre ses mains ne se formaient que des éclairs qui la brûlaient elle-même et elle abandonna. Elle se saisit le visage et étouffa un long gémissement d'angoisse avant de partir en courant vers les tréfonds du navire, dans une nuée de voiles et de tintements de bijoux.

Dans un état second, je me dirigeai vers ma cabine et cherchai ma carte passe du navire. Lorsque je la trouvai, je tentai de l'activer afin de retourner chez moi par Portoloin, mais comme ma baguette, celui-ci n'était plus en état de marche à cause des émanations de la tempête. Je lâchai la carte et me précipitai devant le miroir de la salle de bain.

Mes cheveux étaient en pétard malgré le fait qu'ils étaient attachés et chacun de mes gestes faisait naître des gerbes d'électricité statique.

« Oh putain… » grondai-je en avisant ma pauvre tête blême. « C'est pas une gueule pour mourir, ça… »

C'était pourtant ce qui allait arriver… Tout était actionné par magie sur ce navire. Alors, si la tempête électrique déréglait la magie elle-même, que fallait-il faire ?

Au radar, je me dirigeai vers le solarium, cette salle de bal immense dont le toit était une verrière. Apparemment, beaucoup de monde avait eu la même idée que moi car il y avait foule. Tous les grands de ce monde, en tenues de nuit pour la plupart, qui levaient des yeux exorbités vers les parois transparentes d'où des arcs électriques gigantesques s'entremêlaient comme des serpents de feu. Il y avait une autre « paroi » qui était parcourue des mêmes éclairs gigantesques : l'aura de protection qui était censée entourer le navire. Celle-ci s'étiolait sous les assauts et de plus en plus d'éclairs passaient et commençaient à embraser les grandes et belles voiles blanches, une à une.

Dans l'assemblée, des cris, des gémissements et des hurlements raisonnaient à mes oreilles. Certains exigeaient, d'autres sombraient dans la panique la plus totale. D'autres encore savaient, comme moi, que c'était la fin et ils étaient incapables d'avoir une réaction tellement ils étaient sous le choc.

On allait tous crever… Soit grillés, soit fracassés au sol, ou dans l'Atlantique.

Des morceaux de voiles consumées tombaient en cendres sur les vitrages qui chauffaient et devenaient rouges, la pièce commençait à surchauffer et à être envahie par la fumée et soudain, ce fut le plus horrible…

On ressentit tous clairement que le navire ne volait plus, qu'il était comme suspendu dans l'air, et puis il s'inclina en arrière et commença, avec une lenteur morbide, à tomber…

On était tous en train de glisser lentement vers le bas, avec les tables et les chaises, lorsque la verrière se brisa en mille morceaux et que la tempête s'engouffra dans la salle avec ses vents dantesques, sa folie électrique et autre chose… Quelque chose qui tomba comme une bombe, explosant le plancher de la salle.

« Draco ! » Draco ! » hurla une voix par-dessus le déchaînement.

J'étais à moitié asphyxié et brûlé mais je voyais clairement une grosse boule se ruer vers moi. Je tendis la main et une poigne m'agrippa férocement et je basculai dans une sphère où tout redevint calme, ou presque… La sphère sembla elle aussi tomber vers le bas et on se fracassa, Harry et moi, sur l'un des murs de la salle autrefois prestigieuse. Je me mis à genoux et posai mes mains sur la paroi protectrice qui nous englobait tous les deux.

« Ha… Harry… » bredouillai-je. « Qu'est-ce que tu fous, c'est… »

Mes tympans étaient en train d'exploser à cause de notre chute de plus en plus rapide et j'avais envie de vomir, deux milles fois plus que la fois où j'avais pris un ascenseur Moldu. On était en train de tomber à très très grande vitesse, on allait mourir ensemble, fracassés sur l'océan…

Pourquoi était-il là ? Et s'il était là, c'était bien pour quelque chose ? Par Merlin, il devait avoir une idée en tête !

« Bon sang, tu as ta baguette ? » m'exclamai-je.

Je commençai à le fouiller et remarquai enfin qu'il était assommé. Je le réveillai en le secouant comme un malade.

« C'est pas le moment, Potter ! » lui hurlai-je aux oreilles. « Je ne sais pas pourquoi tu es venu mais on va bientôt crever, là ! »

Je trouvai finalement sa baguette et la serrai dans ma main en tremblant. Je tentai un Lumos et dans la sphère, le sort fonctionna. Se ressaisissant quelque peu, il se redressa et attrapa ma main qui englobait son arme. Il poussa un gémissement et soudain, la sphère protectrice autour de nous grandit et grandit, et devint immense. Elle enclava tout le navire et il n'y eut plus de tonnerre, plus d'éclairs, juste le crépitement d'un incendie et quelques lamentations d'agonie. Puis il y eut un bruit immense, comme une explosion et soudain… Un gros choc !

Puis plus rien…

Le bateau était toujours là, à moitié brûlé et fracassé, de guingois, mais il n'y avait plus de tempête. La sphère continua de se maintenir autour de nous et je la regardais, abasourdi. Elle était violette et rouge et des reflets turquoise la parcouraient. Je reconnaissais cette magie là… Harry se redressa à côté de moi, en gémissant. Sa tête était en sang, il se tourna vers moi et cligna des yeux et se les essuya pour mieux me voir.

« Drôle de coupe… » me dit-il.

J'hallucinais. Il me parlait de mes cheveux, là ! Je lui fis lâcher ma main et me redressai en tremblant, en essayant de marcher comme je pouvais sur le mur de la salle à peu près à l'horizontal pour rejoindre l'immense pont renversé. La sphère s'étiola au fur et à mesure que je m'éloignais de lui en me faufilant entre les monceaux de tables et de chaises, puis elle finit par disparaître totalement. Et je vis ce qui nous entourait… Nous nous étions échoués avec le bateau sur une grande langue de sable blanc et, au loin, je voyais la tempête dans le ciel comme un gros amas de nuages gris et noirs parcourus d'électricité. Elle était lointaine mais les vents qu'elle déclenchait me fouettaient le visage sans ménagement.

Harry… réalisai-je. Il était arrivé et il avait fait transplaner tout le bateau.

Je passais la main dans mes cheveux. Ils étaient fondus et brûlés, et ma queue de cheval vint quasiment d'un seul tenant lorsque je tirai sur mon élastique.

Soudain je m'écriai comme un damné :

« Hé ho, il y a quelqu'un de vivant ? Hé ho ! »

Presque frénétiquement, je me mis à chercher des survivants, mais à chaque fois que je trouvais un corps il était mort et calciné. Horrible…

Harry vint me rejoindre, il transplana avec moi et me laissa au moins à cinq cents mètres du bateau.

« Laisse-moi faire, c'est mon métier après tout ! »

Et il repartit en transplanant. J'étais éloigné mais je l'entendais lancer des sorts de recherche. A chaque fois qu'il trouvait un corps, il transplanait avec lui et commençait à aligner les cadavres. Soudain, il transpslana près de moi en tenant délicatement dans ses bras un homme qui semblait pourtant mort.

« Il est vivant. » me dit-il. « Tu as ta baguette ? »

« Non, je… Elle a brûlé et… »

Il m'en tendit deux ou trois autres.

« Je les ai trouvés dans le bateau… Prends celle qui te convient le mieux et soigne-le. Et essaye d'appeler les secours aussi… »

Je lançais des sorts avec les baguettes trouvées mais aucune ne me correspondait tout à fait. Je me rappelais du Lumos que j'avais fait avec celle de Potter… Cela avait été si facile. Je pris la moins pire des trois et commençai à jeter à l'homme tous les sorts de soins que je connaissais. La nuit continuait à s'étirer et Potter avait ramené au moins une trentaine de survivants, mais il avait aligné une bonne centaine de morts aussi, non loin du bateau échoué. Il revint me voir, l'air hanté. Je devais avoir à peu près la même tête que lui…

« Alors ? » lui demandai-je.

« Il n'y a en plus à bord, ni de vivants, ni de morts. Combien vous étiez, là-dessus ? »

« Au moins deux cent cinquante… »

Il baissa le regard. Il n'y avait rien à ajouter.

« Tu as pu lancer un SOS ? »

« J'ai fais ce que j'ai pu. »

« Je vais me reposer un peu et après je transplanerai à nouveau vers le continent… » dit-il en s'asseyant, accablé.

« Tu as transplané de l'Angleterre, et puis… tu as fait transplaner un bateau entier. » dis-je en le regardant, debout. « Comment as-tu seulement su où j'étais ? »

Il regardait le sable.

« Je ne l'ai pas fait tout seul… » dit-il enfin. « La magie de Tabris et Clyde était avec moi, et ta magie aussi était avec moi… »

Presque machinalement, je lui lançai des sorts de soin mais il ricana pauvrement et m'attrapa vivement la main. Aussitôt, je sentis un bien être fou se déployer autour de nous : la magie dont il parlait, sans doute. Il m'entraîna derrière lui sans me lâcher et toucha le front de chacun des blessés dans le sable et chacun d'eux s'endormit, comme apaisé, sauf deux.

« Ceux-là sont morts… » dit-il, sombrement.

Sans relâcher sa main, je me penchai et touchai une pierre bordant la plage. Celle-ci se mit à luire puis redevint normale.

« C'est maintenant un Portoloin pour le Ministère de la Magie… » lui dis-je. « Va chercher de l'aide, de la vraie aide… »

« Non, attends… »

Il prit ma deuxième main et ferma les yeux, en posant presque son front contre le mien. Je le regardais faire, intrigué. Je pouvais presque ressentir dans ma chair son appel à l'aide qu'il envoyait à travers le monde.

« Ce n'est plus la peine, ils vont arriver… D'ici deux minutes, les plus grands Médicomages du monde vont venir ici, je leur ai transmis les coordonnées. »

« Je sais… Il n'y a plus qu'à attendre… » soufflai-je.

« Non, viens… »

Une nouvelle fois, il nous fit transplaner.

oOo

A présent, il faut que sachiez que ce que je vais vous raconter maintenant s'est déroulé il y a seulement quelques heures à peine. Oui, vous m'entendez bien : quelques heures à peine avant maintenant !

Il faisait toujours nuit, il nous a fait apparaître dans une clairière plus enfoncée dans la jungle de l'île. Sous les grands arbres, il y avait de la terre noire couverte de fougères, de larges rochers moussus, une petite cascade et une espèce de mare d'eau à peu près claire. Je peux vous parler de ce lieu dans les moindres détails car j'y étais encore il n'y pas dix minutes.

Dans l'eau jusqu'aux genoux, Harry entreprit de laver son visage maculé de sang et je l'imitai rapidement pour me débarrasser de ma sueur qui sentait la peur et le brûlé. Je passais mes mains dans l'eau et tentais de plaquer mes cheveux mais ils avaient vraiment morflé sévèrement. Je ne pouvais pas voir mon reflet dans l'eau, mais je sentais bien que ce n'était pas trop ça...

« Tu es blessé toi aussi… » me souffla-t-il en venant derrière moi pour m'enlever ma chemise avec délicatesse.

Il commença à me soigner et effectivement, j'avais des blessures partout et des brûlures atroces. Mes vêtements avaient fondu et collaient à ma peau et je gémissais tandis qu'il essayait de décoller ces petits bouts de tissus sans m'arracher trop de peau.

« Putain… » m'énervai-je en me retenant de hurler de douleur à chacun de ses gestes. « Je vais ressembler à quoi, moi, maintenant ! »

J'avais envie de lui dire d'arrêter, de me laisser tranquille.

« Ne t'inquiète pas, je m'en occupe. » me disait-il gentiment. « Tu peux crier tant que tu veux si ça peux t'aider, mais ne bouge pas. Je t'assure que je fais ça bien… »

Plus facile à dire qu'à faire, mais je m'y astreignais tandis qu'il nettoyait mes plaies et les faisait cicatriser. Je tentais de ne pas bouger et de le laisser faire.

Cette dure épreuve passée, je tentais de retrouver ma dignité, assis dans la mousse, trempé et épuisé, physiquement et moralement. Lui, il vint s'assoir également, derrière moi. Il entreprit de me couper les cheveux avec sa baguette, partout là où ils avaient été abîmés.

« C'est gentil, de me rendre figure humaine… » murmurai-je, l'esprit encore égaré quelque part dans cette tempête de folie.

Je revoyais les éclairs, les corps qui s'envolaient à travers la verrière qui explosait. J'entendais les grondements du tonnerre qui résonnaient et les hurlements… Je revoyais ces cadavres alignés par dizaines, par Harry, sur la plage. Parmi eux, j'avais reconnu certains des gens que j'avais côtoyés chaque jour… Jemy, Anissa et le rouquin sans nom… Je n'avais pas vu leurs corps à eux, mais j'avais vu celui du check arabe qui lui servait de mari et la vieille Olga était parmi les blessés, cette vieille peau de Russe tannée…

« Tu entends ? » me demanda Harry, me sortant de mes pensées en faisant tomber une mèche brûlée sur le sol.

Je tendis l'oreille. Il y avait des bruits de transplanage non loin de là, des gens criaient et il se passait visiblement quelque chose sur la plage que l'on avait délaissée.

« Les secours… » dis-je. « On devrait y aller. »

« Non, on doit d'abord parler… »

« Mais ça fait une heure qu'on est là et que tu ne dis rien… »

« Draco, ça ne fait même pas vingt minutes… »

Une autre de mes longues mèches tomba au sol et il continua ainsi pendant encore un petit moment puis il m'enlaça en tremblant, en me serrant fort à m'en faire craquer les os.

« Aie… » gémis-je. « Mes brûlures… »

Mais je ne faisais rien pour le déloger de là.

« Draco… J'ai cru te perdre ! »

Je serrais les mains sur ses avant bras, stupéfait par la faiblesse que je percevais dans sa voix. Jusqu'ici, il avait tellement bien assuré face à tout ça… Il m'avait époustouflé, réellement.

« Moi aussi j'ai cru me perdre… » ironisai-je. « Mais tu as fait ton Sauveur, blabla… »

« Draco ! » s'énerva-t-il et je sentais des larmes contenues dans sa voix. « Essaye de comprendre un peu ! »

« Dans ce cas, parle ! »

« J'ai cru mourir en te sentant si proche de la mort, j'ai cru… J'ai agi sans réfléchir, j'ai transplané là où l'on me hurlait de me rendre et c'était tellement loin, que j'ai cru que j'allais me disloquer et crever, juste comme ça ! Et quand je suis arrivé là bas, c'était… une telle Folie ! Je t'appelais, ma tête a heurté quelque chose… Je ne me souviens de presque rien, mais quand tu as attrapé ma main… Cette Force… »

« C'est toi qui a attrapé ma main. »

« Quand on s'est attrapé la main, j'ai eu l'espoir de nous en faire réchapper et puis… J'ai compris… J'ai compris qu'il y avait d'autres gens. Alors, j'ai essayé, j'ai tenté d'utiliser cette Force qui était devenue immense, grâce à toi. Mais là, il était trop tard, beaucoup trop tard pour faire mieux que ça… Mais je m'en moque bien, Draco ! Je m'en moque complètement, parce que toi tu es vivant. Tu es vivant, et c'est tout ce qui comptait à mes yeux, en ces instants insensés. Putain, cela comptait tellement. Cela compte encore, en ce moment… »

Il me serrait dans ses bras à m'en rendre mal à l'aise. Il tremblait, il était faible… Je n'aimais pas le sentir comme ça.

« Tu en as sauvé bien plus qu'il n'était humainement possible… » tentai-je de le réconforter.

« Peu importe combien j'en ai sauvé, car c'est de ma faute s'ils sont morts… » assena-t-il.

« Qu'est-ce que tu racontes, tu n'y es pour rien… »

« Draco, cette tempête… elle était bizarre… »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Bien sûr qu'elle était… bizarre. »

« Quand tu es parti, je t'ai senti t'éloigner de moi. Depuis longtemps je sens que je te perds, que tu t'éloignes… Mais à la mort de ta femme, ça a été… Je ne voulais pas y croire, je me disais que tu étais toujours bien là, en Angleterre, encore tout proche de moi. Mais tu n'étais plus vraiment là… Et quand tu es parti, j'ai senti que je te perdais, vraiment… J'étais en colère, en rage… Contre tout, contre toi, contre moi… Cette tempête… J'ai eu l'impression que c'était ma colère ! Que c'était moi qui… t'obligeais… à me… »

« Tais-toi… » soufflai-je, estomaqué par ses paroles.

J'en avais le cœur qui faisait des ratés : c'était exactement l'impression que j'avais eu en la regardant se former, cette tempête. Bordel de merde, il avait dit des mots tellement justes, tellement… Mais je ne lui fis pas part du fait que nous avions été, à des milliers de kilomètres l'un de l'autre, exactement sur la même longueur d'onde. C'était trop horrible de se dire que tout cela pourrait être de notre faute.

« S'il te plait, ne raconte pas n'importe quoi pour faire ton intéressant, Potter. » murmurai-je en caressant ses bras qui me serraient si fort. « Il faut vraiment être mégalo et se prendre pour le centre du monde pour avoir des idées pareilles. »

« Mais Draco, rappelle-toi quand tu m'as dit une fois que tu avais fait un pari avec la météo. »

« Cette fois-ci, ça n'a rien à voir ! » tranchai-je. « Même toi tu n'es pas assez fort pour créer une tempête de la sorte, Potter. »

« Tu as peut-être raison… » admit-il en soupirant de soulagement. « Mais il y avait cette Force… Tu la sens ? Elle est encore avec nous… »

Il n'avait pas cessé de me serrer dans ses bras et il enfouissait à présent son visage dans mon cou. Il m'embrassait la peau et je commençais à me demander si je n'aurais pas dû me dégager de son étreinte, mais j'y étais tellement bien, trop à ma place, trop choqué par ce qu'il venait de se passer, d'autant plus avec ses dernière révélations, pour vouloir aller contre ça… Putain, je venais d'échapper à la mort ! Je pouvais bien me laisser aller… Un peu, rien qu'un petit peu…

« Je t'aime. » me dit-il.

Ou pas…

« Tu commences à un peu trop déraper, Potter… » grognai-je en commençant à me soustraire à l'étau de tendresse de ses bras.

Mon cœur s'emballait tandis qu'il m'empêchait de m'éloigner de lui.

« Je t'aime ! » me répéta-t-il en s'enflammant de plus en plus, me ramenant contre lui avec force, posant ses lèvres dans mon cou. « Je t'aime depuis… toujours ! Je t'aime ! Je ne veux plus jamais te quitter, Draco ! »

« T'es sous le choc, Potter ! Lâche-moi ! »

« Et alors ! Quand tu m'as quitté il y a si longtemps, tu étais toi aussi sous le choc ! Je peux bien me remettre avec toi parce que je le suis à mon tour ! »

« Tu racontes vraiment n'importe quoi ! » Je me dégageai enfin d'une ruade et me retournai pour le secouer : « Non mais regarde-moi ! Regarde-toi ! Pense à tes quatre chiards et à ta putain de femme ! »

« Je n'ai pas envie de penser à eux… » me rétorqua-t-il en me regardant droit dans les yeux. « J'ai envie d'être totalement égoïste et même carrément un gros bâtard, pour une fois. Et puis ils sont assez grands pour comprendre, maintenant ! »

« Mais Tabris et Clyde n'ont même pas encore quinze ans ! Alors tu ne peux pas faire ton égoïste de bâtard de mes deux, tu comprends ! »

« Ils les auront dans trois semaines et après ! Qu'ils aient quinze ans ou cinquante ans, ils seront choqués pour nous, de toute façon ! »

« Et ta rouquine ! Tu vas la larguer comme ça, comme une grosse merde ? Tu es marié, je te le rappelle ! Sans compter que mon fils vient de perdre sa mère, il ne va pas en plus devoir encaisser que son père détruit la famille de sa petite amie ! Est-ce que tu m'entends ? C'est mille fois trop tard pour jouer au con ! »

Il se rembrunit férocement et détacha chacune de ses syllabes :

« Mais je t'aime. Et je ne veux plus te quitter. »

Je lui mis une grosse baffe et il ferma les yeux, blessé. Je restai pantois de mon geste misérable.

« Désolé… Mais moi je ne veux pas… » lui murmurai-je.

« Je m'en fiche totalement… »

« Comment ça ? »

« Que tu le veuilles ou pas, je vais quand même demander le divorce, je vais poser ma démission et je vais le dire à mes enfants. »

« Potter, ferme-là ! Ferme ta gueule ! » hurlai-je en l'agrippant par le col. « Tu deviens trop dingue ! »

« Si je ne le fais pas maintenant, alors que j'ai risqué de te perdre à jamais, dis-moi quand ça pourrait être le bon moment pour le faire ? » dit-il enfin, au bout d'un très long moment de silence, à me dévisager.

« Peut-être jamais. »

« Alors c'est ça la vie que tu veux ! » explosa-t-il.

« C'est la vie qu'on a mené jusqu'ici. Si tu oses dire que c'était une erreur, alors ça veut dire que notre vie est une erreur, que nos enfants sont des erreurs ! Tu oserais dire ça ! »

« Mais je t'aime… Et je ne veux plus jamais te quitter ! JAMAIS ! » hurla-t-il à nouveau en tentant de m'agripper par les épaules. « Draco, essaye de comprendre ! »

J'essayai de me débattre, de le repousser, mais il était bien trop fort, le bougre.

« Arrête ! Tu pètes les plombs, Potter ! Regarde-toi un peu : t'es lamentable ! »

« MAIS ARRÊTE DE M'APPELER POTTER COMME SI TU NE SAVAIS PAS CE QU'IL A ENTRE NOUS ! » rugit-il.

« Y'a rien encore nous ! NI DE TEMPÊTE ! NI RIEN D'AUTRE ! » aboyai-je sur le même ton.

A ce moment là, je pense qu'on était sur le point de se battre pour de bon, voir même de s'entretuer. Il m'avait agrippé par le col et allait me jeter par terre pour me casser la gueule mais soudain ce fut comme si la foudre tombait à nos pieds. Un éclair blanc, éblouissant, dangereux se fracassa entre nous, montant du sol ou de nous-mêmes, nous séparant. Un avertissement, une sommation. J'étais sonné… et lui aussi.

Il tomba assis sur le sol tandis que je restais debout en tremblant. Il passait la main dans ses cheveux et l'on se regardait, à nouveau calme.

« Je t'aime… » redit-il, plus doucement.

« Tu me l'as déjà dit… » rétorquai-je dans un murmure.

« Mais est-ce que tu entends, et assimiles le sens de mes paroles ? »

Je secouai la tête et il agrippa ma main pour me forcer à m'agenouiller devant lui. Il prit mon visage dans ses mains et l'attira vers le sien. Il m'embrassa et, instantanément, un bien être sans bornes m'envahit et un besoin de plus, de lui…

J'en avais assez de cette lutte. Elle semblait juste dans les mots, mais tellement injuste dans les faits. Je me sentais comme enfermé dans un piège à rat et il était ma liberté. Cette putain de liberté que j'avais tant désirée trouver loin de lui, en vain.

Je me pressai contre lui en tenant son visage dans mes mains comme il le faisait avec moi, et je lui rendis son baiser au centuple. Je le serrais contre moi, je ne voulais plus le lâcher, plus jamais.

Nous fîmes l'amour et cela me fit un mal de chien ! Ce n'était pas du tout comme toutes les fois où je m'étais imaginé le refaire avec lui, parce que ça faisait trop longtemps, parce qu'on était blessé et encore sous le choc, parce qu'on était à même la roche et complètement maladroit, mais…

C'était…

J'en ai le ventre noué, rien que de m'en rappeler, c'était...

J'étais sous lui, il m'embrassait et me parlait en même temps. Il me rassurait, il me disait que tout irait bien et que même si ça n'allait pas aller si bien que ça, ce ne serait pas grave parce qu'on serait ensemble. Il m'embrassait encore et encore et entrelaçait ses doigts avec les miens. Il plaquait son corps contre moi et allait doucement, il avait peur de me faire mal tellement j'avais des brûlures partout, tellement ça faisait longtemps que je n'avais été pris et que ça se voyait parce que je n'étais pas tranquille, bordel. Il était trop doux, trop…

« Ne pense pas à ça… C'est fini, oublie tout… En ce moment, rien de tout ça ne te concerne. » me disait-il. « Ne pense qu'à moi… »

« Comment tu sais que… »

Je pensais à des choses morbides : je voyais encore l'accident, les corps. Je voyais Mude, je voyais Tabris et toute la famille Potter réunie, je voyais tout ça au milieu des cadavres alignés sur la plage et j'entendais encore les râles d'affolements…

« Je vois ce que tu vois, dans ces moments là… » Il soufflait dans mon cou, il bougeait en moi, sur moi. « Comme tu me comprends quand je parle Fourchelangue… On est connecté. »

« Alors va plus vite… » me crispai-je. « Et force moi à oublier… »

Il glissa une de ses mains sous ma cuisse pour la relever et la plaquer contre sa hanche, son autre main restant enlacé avec la mienne. Il glissa son nez dans mon cou en soupirant à chacun de ses mouvements qui devenaient si chauds, si…

A partir de là, je ne saurais raconter ce qu'il s'est passé avec exactitude. Cela ne dura plus bien longtemps, je crois, mais comment le savoir ?

On était parti, et c'était tellement bon, tellement…

J'ai tout oublié, durant quelques secondes, ou quelques minutes, dans ses bras. J'étais déconnecté de la réalité, de moi-même. Ce n'était plus que lui et moi, les retrouvailles de nos corps, une fusion douloureuse mais d'une évidence absolue. Là est l'expression exacte : Evidence Absolue. J'étais tellement au-delà du bonheur, c'était autre chose… Une sorte de bénédiction.

J'ai joui, j'ai crié en lui broyant la main, j'ai crié sans tenter de retenir mon orgasme, parce que, putain… que c'était bon ! J'avais un tel besoin de me sentir vivant, et là… j'explosais littéralement ! Et lui aussi… Lui aussi, il est venu et il était tellement beau, beau de jouir comme un dingue au dessus de moi, pour moi… tellement beau et dingue que j'en aurais pleuré. Je crois que j'ai un peu pleuré, contre lui, après. Je crois que lui aussi…

On est resté un temps incalculable comme ça, enlacés dans la mousse de la jungle, à se câliner, à ne pratiquement rien dire si ce n'est de petits chuchotements, à dormir par intermittence, à moitié KO…

« C'est parti… » dit-il au bout d'un très long moment en jouant avec l'une de mes mains tandis qu'on était dans les bras l'un de l'autre et que l'aube faisait pâlir la nuit.

« De quoi tu parles ? » demandai-je, encore totalement amorphe.

« … de la magie de Tabris et Clyde. »

Je touchai sa main et jouai avec, mais il n'y avait plus de lien magique, plus d'électricité statique. Il y avait encore un lien, quelque chose… mais il était interne et diffus, comme un sentiment, comme ce que je connaissais depuis maintenant des années et des années.

« J'espère que… qu'il ne leur est rien arrivé de mal. » dis-je enfin en me redressant et en me dirigeant vers l'eau.

« Draco… » murmura-t-il, peiné que je m'éloigne de lui.

« Je veux me laver… » grognai-je en entrant dans l'espèce de petit bassin et en m'y laissant couler en poussant des soupirs à fendre l'âme.

Et merde, il avait fallut qu'il parle de nos gosses… Toute la magie était brisée juste à cause de deux mots que je chérissais pourtant plus que tout : Tabris et Clyde. En ce moment, j'avais pourtant l'envie diffuse de les rayer de la carte du monde et cela me révulsait plus que tout.

Il me rejoint en m'enlaça par derrière en m'embrassant dans le cou, sur ma mâchoire.

« Ne pense pas à ça… »

« Tu vois encore ce à quoi je pense ? »

« Un peu… »

« Arrête de fouiller dans ma tête, tu… » Je me tus. « Tu ne vas pas vraiment faire ce que tu as dit ? »

J'avais maintenant autant peur d'une réponse affirmative que négative à présent que l'on venait de le faire et que… c'était tout ce à quoi j'aspirais au monde ! Pourquoi étais-je aussi faible…

« Je suis toujours décidé, même si toi tu ne veux pas… »

« On va faire beaucoup de mal autour de nous… Tu peux vraiment l'assumer ? Pas moi… »

Il se tut.

« Je pouvais vivre comme ça avant, Draco, et j'en étais même très heureux, vraiment. J'ai eu tout ce que j'attendais d'un foyer à moi, et même au-delà. J'aime ma grande famille de fous, chacun de mes enfants, j'aime Ginny, c'est ma femme et je l'aime, vraiment. Mais je ne pourrais plus être heureux, j'en suis sûr. Parce que toi aussi, tu fais parti de ma vie, je ne pourrais plus t'occulter aussi facilement, en te voyant de temps en temps, en jouant les bons amis, en te volant un baiser tous les trente-six du mois. Tu m'as tellement manqué toutes ses années. Tu fais partie de ma vie, tu m'es cher, tu m'as construit, comme quelqu'un de ma famille. J'ai besoin de toi… J'ai besoin de ça, de te serrer dans mes bras, je…Cela aurait fini par arriver de toute façon, tu le sais très bien… Je me suis toujours dit qu'une fois que mes gosses seraient tous adultes et casés, qu'ils feraient leur vie… je reviendrai te voir pour sérieusement te ravoir, peut-être simplement comme amant, peut-être pour plus... Cela ne m'était même pas venu une seule fois à l'idée que tu puisses mourir avant. Mais bon sang, Draco… Tu as bien failli crever ! Je ne t'aurais plus jamais vu, plus jamais touché… Si tu étais mort, ma vie en aurait été anéantie, malgré ma femme, malgré mes enfants, malgré tout l'amour que je leur porte… Mais ce n'est pas que à cause de la tempête si je te dis tout ça, la mort de ta femme m'a fait me poser dix mille questions, j'ai cru en devenir fou. Et si tu te remariais, et si tu refaisais des enfants… Et si et si… Ce n'était pas possible. J'étais en train de réaliser que je te sentais infiniment malheureux et que je ne faisais rien pour toi, je réalisais que tu allais t'en remettre ou bien sombrer, sans moi… Et ce n'était vraiment pas possible. »

Après cette longue tirade, je restais apathique. Ce qu'il me disait me faisait vraiment plaisir, mais ce que cela impliquait était tellement mal. Je concevais de tout ça une joie et une culpabilité que je ne savais comment gérer.

« Me remarier, avoir d'autres enfants… » ânonnai-je. « Mais je n'ai envie de rien… Ma vie est devenue merdique… et il faudrait que je t'exhorte à détruire ta famille qui est ce que tu as de plus précieux au monde pour aller mieux ? Je ne pourrais jamais me regarder dans une glace, si on faisait ça… On ne peut tout simplement pas le faire. C'est foutu, on n'en a pas le droit. »

Il posa son front dans mon dos.

« Putain, Malfoy… » gémit-il. « Arrête de faire ton borné, tu ne crois pas qu'on a assez galéré comme ça, qu'on a assez menti comme ça ? On peut souffler, on peut dire stop, on peut enfin être franc. De toute façon, je te l'ai dit, avec ou sans toi… je ne pourrai pas continuer cette vie là, elle est terminée. Maintenant, je dois reconstruire une autre vie, avec ou sans toi. »

Je soupirai.

« Je ne peux pas croire que toi, tu parles comme ça… De tout plaquer sans te préoccuper de ce que vont ressentir ou penser ceux que tu aimes. »

« Tu dramatises mille fois trop ! Même divorcé, je suis sûr que je resterai ami avec mes amis, même avec Ginny, je suis sûr que ça ne va pas être si terrible. Elle va m'éclater la tronche mais elle finira par comprendre. Et puis elle est jolie, elle se retrouvera très facilement quelqu'un de bien, et puis… S'ils ne comprennent pas et bien je m'en fiche. Je ne suis pas quelqu'un de mauvais, Draco. Et toi non plus. »

Je me retournai vers lui et le pris dans mes bras.

« Tu es drôlement convainquant, mais je ne peux pas… Je te supplie de ne pas faire cette folie. »

« Et moi je te supplie de la faire. »

« Ecoute, prends juste la peine de réfléchir sérieusement à tout ça, attends un peu… D'accord ? Si tu dois prendre une décision, fait-le à tête reposée… Je suis persuadé que tu es sous le choc et que tu ne penseras plus cela dans deux jours et que tu regretteras de t'être précipité. »

« Mais je ne veux plus rester loin de toi, je veux être avec toi… Et puis, je n'ai pas envie de ne pas oser tout foutre en l'air. Draco… »

« Et bien si tu es vraiment sérieux, prouve-moi que ce que tu dis est mûrement réfléchi en ne faisant pas n'importe quoi ! Attends ! Un peu, juste un peu. »

Il resta prostré contre moi encore un long moment. Il ne m'avait pas lâché depuis le début, mais c'était moi à présent qui avais l'impression de le réconforter.

« D'accord… » dit-il finalement. « Si c'est vraiment ce que tu veux… » Il serra ses bras autour de moi avec plus de fougue. Il me caressa et m'embrassa avant de dire : « Mais refaisons-le… Je veux être sûr que tu te rappelles bien qu'on a refranchi ce cap, toi et moi. On l'a fait, et on l'a refait… »

Son baiser devint brûlant et ses mains se baladaient sur tout mon corps couvert de brûlures sensibles, désireuses de m'enflammer plus encore. Il ne m'aurait pas laissé me dérober, mais je n'en avais aucune envie. Je ne pus qu'acquiescer car après tout, je l'avais peut-être convaincu, peut-être qu'il retrouverait la raison, loin de moi, et alors il ne me resterait que ça, que ces deux petites fois, des dérapages dans la jungle après un grave accident, des vestiges…

A nouveau, je le laissais me faire l'amour, sans volonté, juste frémissant entre ses bras, sous ses mains avides, sous ses baisers, sous toute sa fougue. Je me perdais encore une fois, et j'oubliais tout. J'avais envie de le retenir et de ne plus jamais le lâcher, de profiter jusqu'à m'en dégoûter de lui, de sa tendresse, de son envie de moi, de nous, d'un tout…

Cette fois-ci, ce fut un peu plus comme dans mon imagination, ce fut plus… parfait. Putain, il n'avait rien perdu avec les années, ce qu'il était bon… Cette seconde jouissance fut longue à venir et terrible quand elle déferla enfin, me laissant vidé, pantois, le corps pétri de délice.

Et pourtant, ce fut encore moi qui y mis un terme en m'éloignant de lui pour me rhabiller de mes loques à moitié calcinées. C'était tout ce qu'il me restait à faire, poser des limites à tout ça… Alors que moi-même, cela me déchirait de le faire.

Merde… ! Je n'étais même pas foutu d'arranger mes vêtements avec cette baguette qui ne me convenait pas.

« Répare-les, s'il te plait… » demandai-je en soupirant, lui désignant mes frusques mais il me lança sa baguette avec un air taquin.

De celle-ci, je m'en servis sans aucune difficulté et j'en profitai pour lui aussi le remettre quelque peu en état.

Après cela, on marcha côté à côte dans la jungle. Plusieurs fois, il me prit la main et m'attira contre lui pour m'embrasser, doucement, possessivement. Je m'aperçus, surtout en nous approchant de l'orée de la jungle et de la plage, que je m'adonnais moi aussi à ses petites haltes. J'avais envie de lui hurler que je l'aimais moi aussi, comme un fou. Mais je ne m'autorisais qu'à cela : lui prendre la main, le retourner vers moi en prenant son visage dans mes mains et l'embrasser et l'embrasser encore. Enrouler ma langue avec la sienne, respirer son odeur, aspirer son goût et lui manger les lèvres. Et enfin soupirer lorsque ça s'arrêtait… Et ne surtout pas regarder ses yeux, si francs, si magnifiques.

Nous rejoignîmes la plage, enfin. Le navire était toujours là, échoué sur son flanc. Même à moitié fracassé, il restait toujours somptueux, sous l'aube qui était bel et bien là, maintenant. Le soleil rouge au dessus de l'horizon achevait de chasser les derniers nuages de la tempête qui avait fui au sud, on en voyait encore quelques bribes grises et parcourues d'éclairs.

Sur le sable, il n'y avait plus de blessés ni de cadavres. L'équipe des secours avait mis les morts dans des sacs noirs et les emportaient un à un par Portoloin. Il n'en restait plus beaucoup… Les autres passagers malmenés étaient probablement dans la grande tente bleue où il y avait beaucoup d'effervescence. Nous fûmes tous deux happés par des Médicomages parlant espagnol et ce fut moi qui conversai avec eux, vu que je parlais leur langue couramment.

Potter s'éloigna quelque peu. Il me regarda, et je le regardais…

Voilà la dernière image que je garde de lui. Il avait les mains dans le dos et une expression pensive et résignée… mais pas seulement. Son regard me dévisageait avec douceur, il me perçait et semblait me dire : « Vais-je te décevoir ? Tu me pardonnerais de te décevoir ? » Il était un homme avec une barbe de trois jours, de larges épaules et des cheveux courts, mais en ce moment même j'avais l'impression de le voir adolescent, à dix-sept ans. Et puis il donna un petit coup de pied dans le rocher que j'avais enchanté pour en faire un Portoloin direction notre Ministère de la Magie, un peu plus tôt, lorsqu'il faisait encore nuit.

J'en avais le souffle coupé. Il était parti, comme ça… Comme un voleur, comme…

Qu'est-ce qu'il allait faire ?

Les Médicomages ne me laissèrent pas le temps de me poser milles questions, ils en avaient tout autant. J'entrepris de tout leur raconter. La tempête, le naufrage… Potter qui m'avait sauvé moi, le futur beau père de sa chère fille en tentant d'en sauver un maximum malgré la situation, puis le transplanage du bateau tout entier sur la plage, la recherche des survivants, les premiers soins, l'appel à l'aide.

« Mais pourquoi êtes-vous resté caché pendant tout ce temps ! » s'exclama un Médicomage, trouvant la situation fortement louche. « Et pourquoi est-il parti si précipitamment ? »

Et en effet, il y avait de quoi trouver nos manières pour le moins louches… Est-ce qu'on allait être accusé du sabotage du Lord of Word, de son naufrage, de tous ces morts. Impossible… Il y avait des Survivants, ils témoigneraient que la tempête était… indescriptible. Aucun homme, ni même deux, n'aurait pu la provoquer…

Je déglutis.

« On a fait ce qu'on a pu… comme vous avez pu le constater. » commençai-je en hésitant. « Mais on était extrêmement choqué… On vous a appelés à l'aide, mais on avait aussi besoin d'être seul pour discuter de ce qu'il s'était passé, pour s'en remettre… On ne voulait plus voir de morts, ni de grands brûlés à l'agonie mais on ne les a laissés que lorsqu'on ne pouvait rien faire de plus, et puis vous alliez arriver... Harry Potter est allé à son Ministère pour déclarer l'accident. Est-ce que les blessés vont bien ? »

« Les survivants… » me dit-il en fronçant les sourcils. « … ont eu des premiers soins de très bonne qualité. Le pouvoir qui les a anesthésiés est… véritablement remarquable. »

Il me donna une tape sur l'épaule.

« C'était du très bon travail. Votre nom va être lancé par la radio internationale, votre famille sera mise au courant que vous allez bien. »

Après cela, ils vérifièrent une dernière fois que je n'avais vraiment rien, puis on me laissa seul et je me mis à errer le long des vagues s'échouant avec langueur, sur la plage. J'enlevai mes chaussures, retroussai mon pantalon et marchai dans l'eau à mi mollet, les mains dans les poches.

Moi aussi j'aurais dû me décider à rentrer pour l'Angleterre afin de rassurer ma famille en personne, mais je restais là à regarder la mer et à me rappeler, et à vous raconter… Tout. Tout depuis le début. Depuis que Pansy, un matin au petit-déjeuner, m'avait révulsé en m'apprenant que Potter et Weasley avaient décidé de rester vierges jusqu'au mariage… On en avait fait des conneries depuis nos dix-sept ans… La première fois, c'était il y a vingt ans, à même le sol d'un vestiaire de Gryffondors, et aujourd'hui…

Je souris. Oui, je souris en pensant à tout ça, car ce n'est vraiment pas une vilaine histoire. C'est mon histoire et je la chéris comme un trésor secret, un feu intérieur. C'est notre histoire, à lui et moi et je ne la fuirai plus, et je l'accepterai.

Je t'aime, Harry…

Je t'ai toujours aimé.

Merci d'exister. Même de loin, tu m'as rendu la vie plus belle. Tenter de t'oublier c'est m'oublier moi-même… et c'est au dessus de mes forces.

A présent, je ne sais pas ce que tu vas faire, ce qu'il va nous arriver…

Je n'en sais rien, mais en regardant cette tempête électrique qui s'étiole à l'horizon, cet horizon devenant de plus en plus bleu et limpide tandis que le soleil se lève, j'ai quand même un fin sourire qui ourle mes lèvres.

Parce que, quoi qu'il m'arrive… tu m'as sauvé, bébé.

Tu m'as sauvé.

Merci…

A suivre…

NDA : Halalalalala, on pourrait quasiment terminer cette fanfic comme ça, ça serait même peut-être mieux… mais il reste encore un chapitre : celui écrit par un narrateur omniscient mais du côté de Harry ! Il fallait au moins un seul chapitre de son côté à lui, et ce sera pour la toute fin ! J'espère que vous avez frémi dans cette tempête électrique que j'espère avoir faite titanesque, que vous n'avez pas été trop dégoûtés par le carnage (ou le fait que Draco se tape encore une meuf avant, lol, ou encore le fait qu'il ait une sale coupe après, mdr !) et que vous aimez cette fin… qui finit bien mais… peut-être pas aussi bien que ce que à quoi vous vous attendiez ! Tout n'est pas parfaitement clair, il y a des doutes, mais le principal c'est que le Draco de cette histoire vous racontait son histoire à cet endroit là, à ce moment précis de sa vie, et que la boucle est bouclée. Tout comme lui, vous ne pouvez qu'espérer que la suite sera sympa ! Sauf que la suite, vous devrez beaucoup vous l'imaginer !

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