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Cela ne s'appelle même plus du retard... Je vous jure que cela n'est pas un manque d'inspiration, mais les journées sont vraiment trop courtes, d'autant plus que je prépare mes examens ainsi que mon année à l'étranger...
J'ai une affection particulière pour ce chapitre, même si je ne sais pas trop pourquoi...
eldar-melda: merci beaucoup. Je ne dirais pas que Tom est capable d'éprouver de l'amour. Il a juste trouvé un adversaire à sa taille, de mon point de vue. Bisous.
lessa: je suis navrée de t'avoir fait attendre... j'espère que le suspens n'a pas été trop insoutenable!
elise: merci à toi, j'espère que celui ci te plaira!
alexou: voilà la suite!
Pow': bienvenue en tout premier lieu! J'irai jusqu'au bout de cette fiction quel que soit le temps que cela prendra! merci encore pour tes compliments, cela flatte ma vanité, lol! Bisous
Merci à tititaisant, selena flowright, sellesta, lehonora et spider clemti.
Je ne vous remercierai jamais assez d'être toujours là à me lire, mais surtout à faire vivre Sigrid.
Chapitre 29 : Celle que je ne serai jamais plus
Sigrid faisait les cent pas devant le miroir en pied de sa chambre. Vêtue d’un simple peignoir, les cheveux retombant sur ses épaules, le visage encore vierge de tout maquillage, elle n’avait rien de la future mariée à laquelle elle aurait dû ressembler. La robe de soie blanche attendait sur le lit, une robe de bon goût qui avait surpris la jeune fille.
Par Merlin, comment le temps avait-il pu passer si vite ? Il lui semblait que les jours s’étaient joués d’elle, depuis ce baiser de Sean sur son front, depuis sa surprise.
Elle se laissa glisser sur le sol, ramena ses genoux contre sa poitrine. Durant les semaines qui avaient suivi, elle avait eu la sensation d’avoir un merveilleux secret, un secret qui lui tenait chaud, et qui la faisait rayonner. Ses yeux avaient brillé d’un éclat lumineux, un éclat qui lui avait laissé un doux sourire, qui avait donné une nouvelle dimension à sa beauté. Cela n’avait échappé à personne, à Tom moins qu’à quiconque. Il n’avait pu ignorer sa mine rêveuse, sa nouvelle manie de tortiller ses mèches sombres autour de son index, sa façon de se mouvoir, en véritable ballerine, touchant à peine terre, et paraissant sans cesse sur le point d’esquisser un entrechat.
Elle grimaça soudain et contempla un bref instant son poignet gauche. Un vilain hématome, qui était passé par toutes les couleurs de l’arc en ciel, d’un violet noir à ses débuts, qui désormais affichait une couleur jaune. Tom avait failli lui briser l’os. Au détour d’un couloir, peu avant le couvre feu, alors qu’elle sortait de la bibliothèque, il l’avait agrippée violemment par le poignet. Elle n’avait même pas tenté de se débattre, retenant les gémissements de douleur qui lui montaient aux lèvres. Le chemin jusqu’à la chambre de Jedusor lui avait paru incroyablement long, et elle n’avait cessé de trébucher. A peine arrivés, il l’avait poussée à terre.
« Que t’a-t-il fait ? »
La pierre était grise et triste mais il était tellement plus facile de la contempler que de relever la tête et de regarder Tom. Un coup de pied dans les côtes lui avait arraché un cri.
« Tu es toujours amoureuse… » Ce n’était pas une question, comme la première fois, mais une affirmation, sur ce ton à la fois glacial et méprisant. Bravache, elle s’était redressée, sans toutefois se relever.
« Tu es jaloux. » Il lui avait adressé un étrange sourire.
« Peut être bien, oui. Je n’aime pas qu’on touche à mes affaires ». Une peur s’était insinuée dans son cœur, à la fois irraisonnée… et pourtant sensée.
« Je fais une erreur en m’en prenant à toi. Tout compte fait, je pense que c’est Reiker que je devrais tourmenter. Avec son passé, rien de plus simple. »
Elle avait haussé les sourcils, ne pouvant masquer son expression de sincère surprise. Il avait rit. « Tu n’es pas courant ? Alors, ne brûlons pas tous nos vaisseaux, mon ange. Pas encore du moins ».
Elle se mordilla le pouce, machinalement, une inquiétude lui serrant le plexus. Tom savait quelque chose qu’elle ignorait, ce qui jusqu’ici n’avait rien d’étonnant. Il avait l’art de découvrir les secrets des uns et des autres. Elle posa ses doigts sur ses lèvres, ses lèvres qui avaient effleuré la joue de Sean, lors de leurs adieux. Elle avait embrassé ses amies, certaine de ne pas les revoir avant longtemps. Cela avait été plus difficile qu’elle ne l’aurait cru. Bien plus difficile en fait. Sans s’en rendre compte, elle s’était attachée à la douceur de Jill, aux pitreries de Lisbeth, à la chaleur de Deirdre, et même à l’esprit caustique d’Eleanor. Mais quitter Sean… cela lui avait procuré une souffrance qu’elle avait déjà éprouvé des années auparavant, en voyant les cercueils de ses parents descendre en terre. Un déchirement de tout son être. Elle n’avait pleuré que dans sa grande chambre froide et impersonnelle du manoir, pleuré toute la nuit, jusqu’à en avoir mal à la gorge, jusqu’à qu’elle s’endorme, la tête et le cœur lourds.
Et maintenant… elle se releva, et effleura la soie de sa robe. Le miroir lui renvoya son reflet, impassible, que rien ne semblait pouvoir troubler. Elle avait le visage de toutes ces femmes qu’elle avait rencontrée, ces femmes de Sang Pur, qui savaient si bien dissimuler tout sentiment et toute émotion. Toutes figées en apparence, mais qui avaient tant à donner, qui avaient une telle vie intérieure ! Elle détourna son regard du miroir, qui lui renvoyait trop de choses désagréables, trop de choses auxquelles elle ne voulait pas penser.
Elle ouvrit toute grande la fenêtre victorienne de sa chambre et l’air du petit matin la glaça, apaisant sa peau brûlante. Ce soir… ce soir, elle serait mariée.
Tom, en tant que témoin avait eu droit à une place privilégiée près de l’autel. Il avait regardé ce qui lui avait toujours fait envie et qu’il n’avait jamais eu. Cet immense manoir aux hautes tours qui reposait dans un domaine tout aussi vaste. L’herbe verte et tendre, les fleurs, tout s’épanouissait dans la chaleur de juillet. Sous le chapiteau, des centaines de sièges, tous plus ouvragés les uns que les autres, qui accueillaient les invités, vêtus avec la plus grande recherche, tous des sorciers sang pur, riches et puissants. Les elfes de maison s’agitaient autour des tables recouvertes de nappes maculées, sur lesquelles brillait l’argenterie de famille, tables éparpillées un peu partout dans le parc, attendant la fin de la cérémonie.
Tom tapotait impatiemment du pied. A ses côtés, Rose, vêtue comme à son habitude en noir, semblait troublée. Le brouhaha ambiant enflait, tandis que la mariée se faisait désirer. Damien se tenait tout près de Tom, paraissant un peu nerveux, son père figé dans une immobilité de statue. Il s’était contenté de serrer la main de l’impudent qui avait osé embrasser sa belle fille, lui serrer la main à lui briser les jointures. Soudain, le silence se fit et tous les invités se retournèrent. Tom fit de même et il regarda la mince silhouette avancer vers l’autel. Une fois encore, la beauté éclatante de Sigrid le frappa. On ne pouvait qu’admirer son superbe port de tête, le contraste de sa peau ivoire et de sa lourde chevelure brune ramenée en un chignon orné d’une couronne de fleurs d’oranger. Dans l’écrin de son visage délicat, les sourcils sombres soulignaient la clarté de ses yeux bleu vert. Les rayons déclinants la nimbaient d’une lueur sanglante, qui la rendait encore plus fascinante et qui éclaboussait sa robe de soie blanche, d’une simplicité confondante, qui soulignait sa poitrine ronde et découvrait ses jolies épaules.
Elle passa devant lui sans même le regarder. Les yeux de Tom s’attardèrent sur sa nuque fragile, là où sa peau était la plus diaphane, là où il aimait la mordre. Il n’entendit rien du cérémonial. Il n’entendit que le oui ferme et assuré de la jeune fille, un oui sans émotion, sans tremblement de la voix, qui contrastait avec celui de son époux. Il se sentit envahi d’une rage meurtrière lorsqu’il vit les lèvres de Damien se poser sur celle de Sigrid, un chaste baiser.
Elle était mariée. Elle dût recevoir les félicitations de tous les invités, une longue et interminable litanie. Elle ne retint que l’étreinte de Rose, si proche de celle qu’aurait pu donner une mère, elle ne retint que l’expression inquiète de son splendide regard vert, fragile et transparent. Elle ne retint que l’expression furieuse du regard noir de Tom. Elle ne retint que l’expression bizarrement apeurée des yeux bleus de Damien.
La nuit tomba, une nuit moite, au ciel étoilé. Torches, feux d’artifices, candélabres, tout était fait pour ne pas laisser l’obscurité gagner. Sigrid ne mangea rien, ne participa pas aux conversations. Elle dût se lever pour ouvrir le bal, la première danse, dévolue aux jeunes mariés. La musique retentit, une musique qui lui fit monter les larmes aux yeux. Rose l’avait choisie. Bien sûr. Rose qui avait été si longtemps la confidente de Christina. C’était un morceau que Manfred avait l’habitude de jouer à sa femme. Il prétendait que la musique était magique, une magie créée de toute pièce par les Moldus. Tourne, tourne, tourne. Ces notes si claires qui s’élevaient, les mains de son père qui couraient sur le piano, cette mélodie si entraînante, si envoûtante. Et Christina qui lui apprenait à danser, la faisait tournoyer en riant. « Ecoute ma chérie. Cette musique sera toujours là avec toi… ». Oui, cette musique était là, mais pas comme elle l'aurait voulu et certainement pas comme Christina l’avait imaginé à l’époque. Sa mère aurait dû arranger son voile, non pas une elfe de maison. Manfred aurait dû la conduire à l’autel, et jouer ce morceau, non pas un orchestre. Et ce n’est pas la main de Damien qui aurait dû se trouver sur sa taille.
Toutes ces femmes de sang pur portaient les plus belles soieries, les tournures les plus compliquées. Dentelle, satin, mousseline. Leurs coiffures étaient toutes plus complexes les unes que les autres, les chevelures blondes retombant en boucles soyeuses, les chevelures brunes en volutes sur les épaules, et les chevelures rousses cascadant sur leurs reins. Leurs somptueux bijoux, émeraude d’une bague, rubis d’un collier, diamants d’un diadème, indiquaient leur rang. Mais aucune, de la plus jeune, une petite poupée aux prunelles lavande, à la plus âgée, une sévère sorcière aux pommettes saillantes, aucune ne pouvait rivaliser avec Sigrid. La simplicité de sa robe révélait sa beauté plutôt que de la parer ; son cou, ses poignets, ses mains, étaient vierges de toute apparat, hormis son alliance.
« Vous dansez ? »
Les couples s’étaient formés et cette voix douce le tira de ses réflexions. Il croisa alors le regard de la jeune sorcière, un regard bleu foncé, presque violet. Elle ne devait guère avoir plus de quinze ans et elle exhalait un charme frais et enfantin, avec ses joues rondes et ses fossettes. Il ne lui répondit pas, se contenta de se lever et de la conduire sur la piste.
Sigrid sourit en voyant Tom s’approcher, au bras de la ravissante héritière d’une des plus grosses fortunes de Grande- Bretagne, dont la famille pouvait s’enorgueillir, privilège rare, de n’avoir absolument aucun sang moldu dans les veines. Sigrid la compara aux poupées de porcelaine qu’elle avait étant enfant, une poupée qui ne lâchait pas Tom des yeux.
« - Sigrid ?
-Damien ? répliqua-t-elle d’un ton ironique, mordant.
-Je…
A-ttention, mon cher époux, vous me marchez sur les pieds. Je croyais que vous saviez danser. »
Ses traits se contractèrent sous l'effet de la colère. Mais il ne pouvait provoquer de scandale, pas le jour de son mariage !
Les invités prirent congé les uns après les autres, avec des manières factices. Rose prit les mains de Sigrid dans les siennes.
« Ma chérie… si vous avez des ennuis, je vous prie de ne pas hésiter et de faire appel à moi. »
Sigrid lui répondit par un baiser. Elle chercha Tom des yeux mais ne le vit pas. Damien la tira légèrement par le bras pour l’entraîner dans le manoir. Leur nouvelle chambre, tendue de velours bleu, les attendait. Elle regarda son mari s’asseoir sur le lit, et elle sentit une vague de dégoût l’envahir. Sa mimique n’échappa pas à Damien.
« - C’est trop tard maintenant Sigrid.
-Trop tard pour qui ?
-Pour nous deux je crois.
-Nous deux ? Tu as eu ce que tu voulais, que je sache. Alors que moi, je me retrouve enchaînée !
-C’est vrai, je t’ai eu. J’ai cru que je parviendrai à te faire mienne, complètement. Mais cela a été une grave erreur.
-Tu… tu es en train de me dire…
-Je regrette. Peut être que nous arriverons à nous entendre. »
Elle le fixa, incrédule, les pupilles dilatées, ressemblant à une chatte aux aguets. Elle fit volte face et claqua la porte. Elle dévala le grand escalier du hall, sa robe tournoyant autour d’elle. Son corset trop serré l’empêchait de respirer à son aise et la tête lui tourna. Elle se retint à la rampe, des taches de couleur dansant dans la pénombre. Elle sortit du manoir ; les dernières torches s’éteignaient, les elfes faisaient disparaître les tables, les chaises. Elle se dissimula derrière un rosier, jusqu’à ce que Brian passe la porte, le visage figé comme du marbre.
Les odeurs du jardin dans la nuit d’été étaient enivrantes, même entêtantes. Une affreuse ritournelle ne sortait pas de son esprit « Mariée, mariée, mariée, je suis mariée… ». Toute l’horreur de sa situation lui apparaissait à présent et pire encore, elle ne parvenait pas à oublier la mine malheureuse de Damien, qui n’avait plus rien du jeune arrogant qu’elle avait rencontré plus d’une année auparavant. Elle ne s’expliquait pas ce changement ; ou plutôt, elle se rendait compte qu’elle n’avait pas su le voir tel qu’il était, tant elle avait été murée dans sa haine.
Elle se sentie agrippée. La bouche de Tom s’écrasa sur la sienne, des lèvres qui avaient un goût prononcé de champagne. Elle se détacha de lui, le souffle court. Il était plus séduisant, avait un charme plus empoisonné que jamais. Ses cheveux en bataille retombaient sur son front, sa cravate était dénouée et sa chemise froissée. Ses yeux brillaient étrangement. Simultanément, deux détails la frappèrent. La bouteille qu’il tenait à la main ; et la trace flagrante de rouge qu’il avait sur la gorge.
« Mais… tu es complètement ivre ! »
Il porta la bouteille à ses lèvres et but, une longue gorgée.
« -Et… tu… tu as… mais enfin…ne me dis pas que tu embrassée cette gamine !
-Elle est plutôt douée. J’ai toujours aimé les… sucreries blondes dans son genre. Tu sais… elles ont quelque chose de particulier.
-Non, je ne le sais pas et je ne veux pas le savoir.
-Tu es jalouse ?
-Cela te ferait trop plaisir. »
Il voulut la prendre près de lui, mais elle fit un pas en arrière, fronçant le nez.
« - Ne m’approche pas, tu sens l’alcool à des kilomètres à la ronde. Jedusor, perdant son sang froid et son flegme légendaire. Je vois vraiment quelque chose d’unique.
-Tu préfères passer ta nuit de noces avec… lui ?
-Non, » murmura-t-elle, après quelques secondes de silence.
Tom jeta la bouteille, et quand il fut aux côtés de Sigrid, elle ne recula pas. Ses mains mirent un temps infini à dégrafer son corsage et à dénouer le corset qui lui emprisonnait impitoyablement la taille, révélant son buste blanc d’ivoire. Les jupons tombèrent en corolle à terre. Sigrid frissonnait, l’air de la nuit sur son corps nu. Une à une, Tom retira les épingles de son chignon. Sa douceur et sa lenteur étudiées surprenaient sa maîtresse. Mais cela fut de courte durée ; dès qu’elle fut déparée, il mordit sa nuque, jusqu’au sang, lui arrachant un cri.
Elle ne remonta dans sa chambre qu’à l’aube. Damien ne dormait pas. Il contemplait le lever du soleil, installé dans un fauteuil confortable. Il ne tourna même pas la tête à l’entrée de sa femme. Elle apportait avec elle le parfum du parc, le parfum de la rosée matinale. Elle ne savait pas très bien comment interpréter son attitude.
« - Je… je vais ouvrir nos cadeaux de mariage. Je pense que cela serait bien que nous le fassions tous les deux.
-Tu t’en occuperas très bien toute seule. »
Elle retint une exclamation de colère, puis se contenta de hausser les épaules.
Il lui fallut des heures pour tout ouvrir, des cadeaux qui rivalisaient de luxe et de bon goût, mais aucun n’avait été choisi avec cœur. Ce fut finalement celui de Rose qui parvint à lui arracher un sourire, mais surtout beaucoup de regret.
Ce n’était qu’une simple photographie en noir et blanc, à la Moldu, la seule qui pouvait figer des personnes pour l’éternité. Une petite fille était assise sur un banc, tout près d’un lac gelé, dans un paysage enneigé. Elle portait un chapeau de fourrure, d’où s’échappaient de lourdes boucles. Les mains sagement croisées sur ses genoux, la mine sérieuse, elle n’était rien de plus qu’une innocente petite fille. Une petite fille au franc regard clair, une petite fille qui pouvait faire des projets, qui pouvait rêver…
« Celle que je ne serai jamais plus… »