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La Rose et les Narcisses
Chapitre I : Les visages du passé
« Coule une rose sur les souvenirs ; fleurit une larme sur le passé. »
L’hiver instaurait une auguste couverture d’une blancheur immaculée sur le paysage silencieux et paisible ; une fine neige tombait doucement des nuées en altitude qui recouvraient d’un manteau gris et impénétrable le ciel ; le vent s’engouffrait en tourbillonnant entre les branches nues et recouvertes de neige des arbres centenaires, qui, ployant sous son souffle sifflant, représentaient le seul mouvement perceptible parmi la nature temporairement assoupie, attendant le doux éveil du printemps afin de renaître en fleurs suaves et en verdure florissante.
Abrité du froid et du vent qui sévissaient au-dehors, un homme en robe de sorcier contemplait le spectacle endormi qu’offraient les matins hivernaux, sans toutefois l’apercevoir réellement — ce vieil homme était en effet plongé dans ses songes, et son regard semblait moins embrasser le paysage uniment blanc qui s’étendait devant ses yeux que les champs lointains aux fleurs toujours plus éparses du passé.
Ses cheveux gris argentés, autrefois d’un noir de jais, encadraient un visage sur lequel étaient apparues les rides de la vieillesse (c’était en effet lui qui avait planté les arbres aujourd’hui centenaires qui dressaient leurs hautes silhouettes sur la colline où il résidait, dominant en contrebas le petit village aux maisons confortables) et parmi lequel brillaient deux yeux d’un vert toujours éclatant ; et ces deux yeux détenaient le regard perçant et profond qui va de pair avec la sagesse issue des fruits de l’expérience d’une longue vie.
Harry Potter détacha finalement le regard de la fenêtre avec le soupçon d’un soupir, balaya pensivement du regard la pièce confortablement meublée (sans luxe apparent toutefois) dans laquelle il se trouvait, puis se dirigea vers une des nombreuses étagères en bois ancien accolées au mur ; il pointa un long doigt vers un livre d’aspect vétuste qu’il fit ensuite glisser sur tous ceux qui s’étendaient à sa droite, jusqu’à ce qu’il eût trouvé celui qu’il cherchait.
Le saisissant précautionneusement, il le posa doucement sur une petite table devant un fauteuil aux jolis motifs rouges et or (ce fauteuil était un présent qu’il avait reçu de la part des Weasley, il y a de cela quelques années) dans lequel il s’assit. Il ouvrit en prenant ses gardes le volume à la page du sommaire ; ses yeux fouillèrent la page jusqu’à ce qu’ils fussent tombés sur le chapitre recherché :
Chapitre XVII : Liens de nature nécromancienne (p.636-647)
Il tourna avec soin les pages jusqu’à celles recherchées. Le titre Liens de nature nécromancienne s’étalait en lettres d’un sombre inquiétant — comme pour mieux avertir le lecteur des royaumes obscurs dans lesquels il se hasardait si d’aventure il franchissait la frontière qui séparait la magie des arts des ténèbres. Une image glauque illustrait l’horreur inhérente à la magie noire : elle représentait un… individu (mais était-ce le mot ?), visiblement mort si l’on en jugeait par l’état de décomposition dans lequel il semblait se trouver, aux yeux caves — des yeux sans lueur aucune de volonté propre ou d’intelligence, des yeux soumis à la volonté tyrannique d’un nécromancien auquel il était relié par des chaînes de souffrance et de sujétion.
Harry eut tôt fait de s’informer — ou plutôt de se remettre en mémoire — du contenu des deux pages. Puis, alors qu’il avait refermé et reposé le livre devant lui, et qu’il s’interrogeait de nouveau sur la nature des étranges évènements qui s’étaient récemment produits…
Toc toc.
Il tourna sa tête vers la fenêtre : une chouette aux ailes d’un blanc neigeux la martelait de son bec. Harry se releva d’un mouvement d’une souplesse étonnante pour son âge avancé, même chez les sorciers, puis alla à grands pas ouvrir la fenêtre afin que la chouette entrât se réchauffer à la chaleur confortable du feu qui consumait lentement les quelques bûches dans l’âtre. Déposant assez vivement la lettre dans la main de Harry (soit que la chouette fût pressée d’exposer ses ailes glacées au feu, soit qu’elle fût irritée contre le temps qu’avait mis Harry avant de lui ouvrir la fenêtre — voire les deux), la chouette alla se poser devant la cheminée et étendit ses ailes devant le feu (à distance respectable toutefois) cependant que Harry refermait la fenêtre.
Harry s’amusa de l’empressement de la chouette (et du regard plutôt inamical qu’elle venait de lui décocher), puis le contact glacé de l’enveloppe lui rappela que quelqu’un lui avait écrit. Il ouvrit la lettre, mais…
WHOOSH !
Troublant la quiétude de la pièce, un minuscule hibou, visiblement assez agité et portant un journal qui lui était trois fois supérieur en taille (et probablement égal en poids) fit irruption devant la cheminée. Cette brusque apparition paniqua momentanément la chouette, et un concert de hululements indignés envahit la pièce. Étouffant un léger rire, la lettre à semi-ouverte toujours dans sa main gauche, Harry alla ramasser l’exemplaire de la Gazette du Sorcier au sol, pendant que la chouette, apparemment fort réchauffée à présent, s’envolait à la poursuite du hibou dans un tourbillon d’ailes et de chuintements. Ce fut le hibou qui se révéla le plus malin : amorçant un virage serré qui eût pu spectaculairement mal s’achever s’il n’avait pas fait preuve d’une superbe virtuosité ailée, il esquiva la poursuite de la chouette et fonça droit vers la cheminée dans laquelle il disparut avec un WHOOSH ! retentissant.
Étrangement, cet épisode rappela beaucoup à Harry les fréquentes chamailleries de ses amis Hermione et Ron lorsqu’il fréquentait, il y a plus d’un siècle, l’École de Sorcellerie de Poudlard. Une pointe de nostalgie assaillit soudainement Harry au souvenir de ses deux meilleurs amis ; cela faisait plus d’une quinzaine d’années qu’il ne leur avait pas parlés. Ron avait disparu, puis Hermione quelques mois plus tard, et Harry avait dû inhumer ses deux meilleurs amis tout en supportant la solitude croissante de son existence.
Au moins étaient-ils morts naturellement et après une longue vie ensemble, aussi heureuse que possible.
Un Harry mélancolique ouvrit la fenêtre à une chouette irritée qui esquissa de mauvaise grâce un vague signe de tête en guise de remerciement, puis s’envola. Sa mince silhouette s’éloigna dans les airs, jusqu’à devenir un minuscule point blanc puis à se fondre parmi les nuages.
Elle ressemblait beaucoup à Hedwige.
« Harry ! »
Harry eut un sourire à l’exclamation surprise mais enthousiaste de Melinda Weasley. Celle-ci était habillée d’un tablier de cuisine par-dessus ses vêtements, et une agréable odeur se répandait en provenance de la cuisine.
« Entrez, entrez ! Il fait un temps glacial dehors. Vous resterez sûrement pour déjeuner ? J’ai fait le repas pour cinq, mais cela ne posera pas problème, il y aura bien assez pour une personne de plus. Venez, par ici… »
Harry pénétra dans le couloir d’entrée et suivit Mrs Weasley dans une vaste pièce lumineuse ; les meubles étaient modestes mais pratiques, et le « bon sens Weasley » régnait dans ce séjour.
« Melinda, pourquoi persistes-tu à le vouvoyer ? » fit la voix joyeuse d’Eric Weasley, le mari de Melinda. « Il te l’a dit je ne sais combien de fois ! »
Après que les trois jeunes enfants de Mr. et Mrs Weasley eurent mangé, ces derniers et Harry passèrent à leur tour à table. Eric et Melinda Weasley étaient les petits-fils de Ron et Hermione ; et Harry était enchanté de voir que la famille Weasley, bien loin de s’éteindre, ne cessait de s’accroître, toujours caractérisée par un certain nombre d’enfants et la couleur rousse de leur chevelure.
« Les événements de ces derniers jours sont bien inquiétants. Les temps s’assombrissent, dirait-on… » fit Eric d’un ton quelque peu inquiet, fronçant les sourcils.
Harry inclina la tête en guise d’assentiment.
« La Gazette du Sorcier atténue les faits. » répondit-il. « Le Ministère n’a changé sur ce point. Même si la Seconde Guerre leur fit prendre conscience de certaines choses, les mentalités sont d'une lenteur désespérante à évoluer… Plus d’un siècle après sa chute, combien osent prononcer le nom de Voldemort ? »
Melinda et Eric frissonnèrent de concert.
« Vous devez nous comprendre… » avança Melinda. « Nous sommes nés après sa chute, mais nous avons tous grandi dans le Monde des Sorciers, et donc dans la crainte absolue de son nom, même si nos parents nous ont toujours affirmés que nous pouvions prononcer sans peur son nom ! »
« Je le sais bien, Melinda, je le sais bien… Les superstitions et autres croyances ont la vie bien longue. Elles perdureront peut-être pendant des générations encore… D’autant plus que le Ministère les entretient. Maintenir une part permanente de peur leur permet d’asseoir leur puissance. »
Eric acquiesça vigoureusement : « Et je parie que ces nouvelles alarmantes les réjouissent, en fait ! Cet Alphius Skwal est un conservateur de premier ordre. Il fait délibérément tarder la réforme sur le statut des Aurors, et ce depuis plus de cinq ans ! C’est une honte ! »
« Les institutions desservent tout esprit de réforme. Elles datent de plus de six siècles... Malgré le fait qu’elles soient obsolètes, personne ne songerait même à les actualiser. »
Harry essaya, durant toute la conversation qui suivit, de rassurer Melinda autant qu’il le put ; celle-ci était réellement inquiète au sujet d’une possibilité d’un « retour » de ce que le Ministère appelait « les forces du Mal ». Elle redoutait que ses enfants eussent à grandir dans une atmosphère saturée par la terreur d’une remontée en puissance de l’insécurité et par la panique engendrée par les attentats. Harry dut « mentir » en lui conseillant de ne pas trop s’alarmer de signes mineurs ; mais il se promit en son for intérieur de jeter clarté sur cette sombre affaire.
Il prit congé des Weasley d’humeur songeuse ; et déjà s’installait en lui, lentement, la perspective d’une implication personnelle dans les évènements…
La nuit tombait lorsque Harry regagna son domicile. Nulles étoiles ne parsemaient le ciel ; le mugissement mélancolique du vent glacial se faisait plus fort que jamais, agitant les branches nues des arbres dans une sorte de macabre parodie de danse cruelle. Les rassurantes lumières disparates des maisons en contrebas illuminaient encore faiblement le paysage qui, progressivement, était plongé dans un noir de plus en plus profond.
Se pouvait-il réellement qu’une nouvelle période sombre attendît le Monde de la Magie ? Les signes ne mentaient pas… Harry avait connaissance, contrairement à ceux qui n’avaient pour seule source d’information qu’une Gazette étroitement surveillée par le Ministère, des prémices infaillibles d’un retour des « forces du Mal »… Les évènements concordaient par trop, les coïncidences étaient trop énormes pour en être, certains endroits s’agitaient trop pour que tout cela ne fût, comme le soutenait et le martelait le Ministère, qu’un « regain temporaire de violence »…
Le Ministère, Harry le savait, était foncièrement incompétent : cela signifiait que si les évènements poursuivaient leur cours, sans plus ample intervention, les ténèbres semées par quelque obscur pouvoir croîtraient jusqu’à dégénérer en un monstrueux arbre arachnéen, au tronc sombre et aux branches d’acier, qui plongerait dans l’ombre le jardin perfectible tout entier que s’était efforcé de construire conjointement tout un Monde, et qui étendrait ses racines profondément, jusqu’à ce que se refermassent impitoyablement sur ce fragile jardin les mâchoires métalliques du « Mal »…
Les chaudes lumières de la pièce contrastaient avec l’obscurité extérieure tandis que Harry, l’air sombre, poursuivait sa réflexion… Il se leva brusquement, faisant les cent pas dans la pièce, sa robe tourbillonnant en un bruit sourd d’étoffe dans son sillage comme pour illustrer la spirale de pensées dont il était captif ; il devait réfléchir… Son expérience passée lui avait enseigné cette sagesse : se précipiter de manière fulgurante dans les évènements pouvait induire l’effet contraire de celui recherché… Tempérer son désir d’action par une solide réflexion préalable était un effet positif de la vieillesse et de la sagesse. Il s’agissait de ne pas rechuter dans les affres des erreurs de jeunesse : les conséquences, Harry le savait, pouvaient être dramatiques. Qui tirait les ficelles de ces sinistres pantins dans l’ombre ? Comment remonter le fil jusqu’à ce que cet individu, quel qu’il fût ? Où auraient lieu les prochaines attaques ? Et, le plus important — comment contrer ce pouvoir naissant ? Car le danger était réel, la menace consistante, n’en déplaise au Ministère qui…
WHOOSH !
« Mr Potter ? »
Harry réprima savamment un léger sursaut (il avait l’habitude des dérangements intempestifs) et se tourna d’un air résolument placide vers la cheminée, où la tête d’un Auror, Mr. Dennis, était apparue : Harry reconnut les cheveux courts d’un brun grisonnant, les yeux pâles et le nez tordu suite à une lutte face à quelque adversaire farouche, lequel était également responsable de la cicatrice sur la joue droite de l’employé du Ministère.
« Bonsoir, Dennis. »
Celui-ci sembla hésiter un instant, comme s’il appréhendait la réaction qu’allait avoir Harry, puis il débita d’une traite :
« Le Ministre de la Magie souhaiterait avoir une entrevue immédiate avec vous. »
« Qu’est-il arrivé qui justifie une telle urgence dans sa requête ?… »
« Il… »
Le visage de Dennis était agité de manière inhabituelle ; il se retourna comme pour vérifier que personne derrière son dos ne s’était subrepticement dissimulé afin de surprendre la conversation, puis, du même ton empressé, il fit :
« Une nouvelle attaque a eu lieu. J’ignore cette fois comment le Ministère va pouvoir s’occuper… de ceci. Vous irez constater par vous-même. Le Ministre vous attend. Quelle réponse dois-je lui communiquer ?… »
« Celle qu’il attend. Bonne soirée, Dennis. »
Le dénommé Dennis acquiesça puis sa tête disparut de la cheminée avec un nouveau WHOOSH !. En dépit du ton serein dont il avait usé, le cœur de Harry battait à un rythme accru. Les évènements avançaient vite, très vite — trop vite… Ces attaques et tout ceci ne pouvaient être qu’une stratégie préalablement déterminée et rigoureusement mise en application, — non des attaques chaotiques et concomitantes par quelque coïncidence aléatoire.
« Feverus ! » fit Harry.
Une agréable chaleur interne se répandit dans le corps de Harry : ce sortilège le dispenserait de se vêtir plus chaudement et hâterait son départ. Harry marcha à grands pas vers l’entrée et ouvrit la porte, la baguette toujours à la main. Le vent fouetta violemment son visage tandis qu’il pénétrait dans l’air vif de la nuit glacée, mais le sortilège protecteur était efficace. Il ferma la porte et apposa sa main sur un endroit où était gravée de manière invisible une rune de protection ; Harry l’avait enchantée de manière à ce que seule sa main fût reconnue, et sa maison était ainsi défendue contre toute possibilité d’intrusion étrangère indésirable durant son absence. Puis il fit volte-face et entreprit de descendre hâtivement le sentier qui serpentait jusqu’en contrebas afin de sortir de la zone où il ne pouvait transplaner du fait du Charme qu’il avait jeté sur les environs de sa maison.
« Lum— »
« Expelliarmus ! » s’écria une petite voix aiguë.
L’attaque prit totalement au dépourvu Harry : sa baguette lui échappa des mains sans qu’il pût faire quoi que ce fût pour l’en empêcher. Il y eut une demi seconde où il resta debout, foudroyé par la surprise et hébété ; mais ses réflexes d’ancien joueur de Quidditch reprirent le dessus en un tournemain : profitant de l’ombre, il se jeta à terre—
« Accio baguette » murmura-t-il, cependant que son adversaire inconnu couinait : « Stupéfix ! »
La pratique de la magie sans baguette était d’une utilité incontestable ; la baguette dans la main, Harry se releva alors que le sortilège s’écrasait sur le mur de sa maison, et invoqua silencieusement une vive lumière.
Il n’eut le temps de distinguer qu’une petite forme emmitouflée dans un manteau crasseux, haute de soixante centimètres tout au plus, et deux petits yeux jaunes perçants et emplis d’intentions nuisibles, avant que celle-ci ne disparût en un éclair, laissant tomber un petit tas de cendres à son emplacement.
Le cœur de Harry battait à tout rompre, et un maelström de questions siégeait en son esprit : qu’était ceci ? Quel était le but de ce qui se présentait bel et bien comme une embuscade ? Comment cette… créature avait-elle pu savoir que… ? Harry balaya à la lueur de sa baguette les ténèbres aux alentours, mais il ne trouva rien de suspect. Le vent agitait hostilement les branches ; la nuit glacée semblait soudainement inamicale, emplie de secrets et de mystères, — et les ombres paraissaient démesurées à la puissante et vive lumière que produisait sa baguette.
Mais ses yeux brillaient d’une flamme bien plus intense encore.
« Ah, Mr Potter. Je vous attendais. »
M. Skwal était un homme aux traits intelligents ; sa voix était doué d’intonations subtiles, et son visage légèrement ridé semblait inspirer un air de confiance, mais il subsistait toujours quelque méfiance lorsque cet homme souriait — comme si son sourire même dérobait quelque sombre arrière-pensée. Harry essaya de rendre plus sereine son expression qui, il le savait, devait encore porter les traces de la récente attaque qu’il avait subie ; son esprit était par ailleurs assailli par une multitude de questions qu’il se devait pour l’heure de repousser à une date postérieure : il devait accorder toute son attention aux paroles du Ministre. Ce fut toutefois assez distraitement qu’il serra la main du Ministre ; celui-ci dut percevoir que son regard contemplait le vide, puisqu’il demanda :
« Vous paraissez soucieux. Tout va-t-il comme vous le souhaitez ? Tenez, asseyez-vous, asseyez-vous ! »
Harry fit un suprême effort et inclina la tête d’un air serein.
« Oui, je vous remercie. »
Il s’assit en prenant bien soin de garder son regard sur le Ministre ; il sentait que s’il se hasardait à observer les riches décorations du luxueux bureau, son esprit dériverait de nouveau vers le récent « attentat ».
« Comme Mr… »
« Dennis. »
« Merci. Comme Mr Dennis vous l’a sûrement dit, la raison de votre présence ici — je vous remercie une nouvelle fois de vous être déplacé si rapidement à pareille heure — est qu’il s’est produit, il n’y a pas deux heures, une attaque. Il s’agit d’un village où il existait une assez nombreuse communauté sorcière, mais habitaient également là-bas de nombreux Moldus… »
« Habitaient ? » releva Harry.
Une ombre passa sur le visage du Ministre, et un silence pesant s’installa. Harry et Mr Skwal échangèrent un bref regard, puis le Ministre reprit la parole, d’un ton plus sombre :
« Défaire le plus puissant mage noir qui soit depuis bien des siècles, et ce à un âge aussi jeune, relève d’un rare privilège… »
« Êtes-vous bien sûr qu’il s’agisse-là d’un privilège ? »
Le Ministre eut un sourire quelque peu contrit.
« Non, bien sûr… J’ai bien connaissance des terribles pertes que vous avez dû subir, et des nombreuses sacrifices auxquels vous avez dû consentir afin d’arriver à ce résultat — et j’en suis sincèrement désolé. Il reste cependant indéniable que votre talent en ce qui concerne la lutte contre les forces du Mal pourrait être très… utile. »
« En quoi puis-je être utile au Ministère ? »
« Je… souhaiterais… » (le Ministre choisissait soigneusement ses mots : la voix était subtile, le ton calculateur) « … que vous veniez avec moi sur les lieux de l’attaque afin de nous aider. »
Harry ne fut aucunement dupe : il perça aisément à jour les intentions ministérielles le concernant ; le Ministre allait mettre en exergue le caractère alarmant des attaques (le spectacle désolant auquel allait probablement assister Harry en se rendant sur les lieux de l’attaque fournirait le meilleur argument visuel que pourrait exhiber le Ministre), donc la nécessité de soutenir le Ministère dans sa politique vis-à-vis de celles-ci. Sa décision fut rapidement prise ; il demeura néanmoins silencieux durant une dizaine de secondes avant de relever le regard pour le plonger dans celui du Ministère :
« Où est le Portoloin ? »
« Par ici. » fit le Ministre en se relevant.
Harry reconnut ici la grande habileté du Ministre : feindre de ne pas être le moindre du monde surpris du fait que Harry savait que le Portoloin était déjà prêt, et donc que le Ministre avait entièrement prévu sa « mascarade ».
« Je dois toutefois vous prévenir d’une chose, » fit le Ministre en saisissant un livre. « Maints Aurors sont bien évidemment sur les lieux, mais je ne puis garantir une sécurité totale. On ne sait jamais… »
Harry acquiesça et attrapa le côté opposé du livre. Son regard croisa celui du Ministre.
« Un… Deux… Trois. »
La secousse familière au nombril et l’habituel tourbillon rugissant de couleurs tremblantes… Puis les pieds de Harry touchèrent la terre ferme.
Le spectacle de désastre auquel il s’était préparé apparut alors dans toute son ampleur dans la nuit sans étoiles : des Aurors criaient des ordres, entraient dans les bâtiments approximativement épargnés par la furie des attaquants afin de s’assurer qu’il ne subsistait plus d’assaillants, luttaient pour éteindre les incendies qui embrasaient des quartiers entiers du village, des Oubliators plongeaient les Moldus dans une rassurante inconscience de ce qui venait de se produire, des corps sans vie étaient transportés dans les airs à la baguette, des Médicomages soignaient les blessures des personnes miraculeusement épargnées, parant au plus pressé avant de rediriger les blessés graves vers Sainte Mangouste, l’air résonnait du chaos sonore des injonctions et du bruit de crépitement que produisaient les divers brasiers géants qui illuminaient de sinistre manière la nuit glacée.
Harry avisa calmement tout ceci, puis se tourna vers le Ministre qui contemplait d’un air sombre la vue funèbre des sinistres séquelles laissées par l’attaque.
« Savons-nous qui a attaqué ? » demanda Harry.
« Venez par ici — les Aurors se sont installés dans ce bâtiment — juste là-bas… »
Le Ministre indiqua une maison assez haute, apparemment inviolée par l’assaut ; Harry emboîta le pas de Mr Skwal.
« Nous pourrons répondre à vos questions à l’intérieur. » ajouta-il.
Harry remarqua la note d’inquiétude dans son ton, alors qu’il balayait du regard les alentours, les sourcils froncés.
La maison était haute, et visiblement ancienne ; bâtie de pierre et envahie de lierres, il émanait quelque chose d’impressionnant de sa silhouette massive à plusieurs étages, et la rue s’achevait sur cette maison. La porte était haute et de bois épais ; les volets des fenêtres étaient clos ; un rai de lumière était toutefois visible entre l’espace fin qui séparait la porte du sol. Le Ministre ôta sa baguette de ses robes et tapota la serrure en marmottant quelque formule destinée à ouvrir la porte. Enfin, il y eut un déclic ; la porte s’ouvrit, et…
« Qu’est-ce que— ? »
L’exclamation de surprise du Ministre fit se retourner un individu en robe noire, qui brandissait une longue et fine baguette ; immédiatement, de l’extrémité de celle-ci jaillit une flèche argentée à l’allure destructrice — droit vers le Ministre et Harry. Mais le sinistre missile fut soudainement détourné de son but originel, et dévia vers le mur contre lequel il explosa ; Harry brandit à nouveau sa baguette — mais l’individu avait déjà transplané.
« Je vous dois une fière chandelle. » fit d’un voix très basse le Ministre.
« En parlant de chandelle… »
D’un vif geste de sa baguette, Harry alluma les rares chandelles qui ne l’étaient pas encore. La pièce était vaste ; elle avait été récemment réaménagée (supputa Harry) en urgence par les Aurors afin de pouvoir servir de « quartier général » temporaire : les meubles avaient en effet été délocalisés sans ménagement dans divers coins de la salle, tandis qu’une table géante avait été installée afin d’y installer le nécessaire. Ce nécessaire s’étalait à présent à terre : papiers, plumes, bouteilles d’encre jonchaient le sol ; les cartes de la ville, hâtivement accrochées au mur et stratégiquement annotées, gisaient sur le sol, déchirées.
« Nous rangerons ceci plus tard. » fit Harry. « Pour l’heure, parons au plus important — où sont vos Aurors ? »
« Je… Je l’ignore. Ils étaient censés être ici… » répondit le Ministre (sa voix n’était toujours qu’un murmure).
Harry avisa soudainement l’escalier au fond de la pièce, menant aux étages supérieurs.
« Montons. Peut-être se sont-ils réfugiés en haut. »
« Peut-être… »
Pourvu qu’ils soient dans un meilleur état que cette pièce, songea Harry. Enjambant savamment les objets éparpillés au sol, Harry marcha d’un pas déterminé vers l’escalier et en entama l’ascension à la lueur de sa baguette. Le Ministre le suivit — d’un pas plus réticent toutefois.
Parvenu à l’étage supérieur, Harry accentua la lumière diffusée par sa baguette et parcourut des yeux la pièce principale. Tout y avait été laissé en ordre ; rien de suspect n’alerta l’attention de Harry. Celui-ci alla semblablement vérifier que les trois autres pièces de l’étage ne contenaient rien. Le Ministre toujours sur ses talons, il gravit le second escalier ; son appréhension augmentait à mesure qu’il franchissait silencieusement les marches.
« Enervatum ! » s’exclama une voix froide, en provenance de la deuxième porte à gauche du couloir dans lequel ils venaient d’arriver.
Harry se retourna et plaça son index gauche sur ses lèvres, intimant ainsi le silence au Ministre. Il gagna de cinq rapides et silencieuses foulées la porte ; pointa sa baguette sur la serrure, l’ouvrit, puis—
Quatre Aurors étaient à terre, ligotés et inconscients. Une haute silhouette, en robe noire elle aussi, se retourna en brandissant sa baguette ; mais trop tard — Harry s’était écrié :
« Stupéfix ! »
Le sortilège alla percuter le mur : la figure avait subitement disparu, sans même un bruit. Bien qu’interloqué, Harry alla délivrer et ranimer les quatre Aurors inconscients, tandis que le Ministre s’occupait de l’Auror que venait de ranimer la silhouette qui s’était échappée si promptement.
« Nous n’avons rien pu faire. »
Deux des Aurors, assez sérieusement blessés, étaient restés à l’étage, soignés par des Médicomages en attendant leur transfert à Sainte Mangouste. Un autre était parti au Ministère rendre compte des récents évènements. Les deux restants étaient attablés avec Harry et le Ministre ; ces deux derniers écoutaient le rapport d’une Auror d’age mûr, aux cheveux bruns et à la voix légèrement tremblante.
« Nous vous attendions comme convenu pour faire notre rapport, et… »
« Ils ont transplané si rapidement ! » renchérit l’autre Auror, un homme à l’allure sévère.
« Oui. » acquiesça l’autre. « Ils étaient une demi-douzaine. Nous avons été pris par surprise… Et n’avons quasiment rien pu faire pour nous défendre. Vous avez vu ce qu’ils ont fait à… » (Elle fit un signe de tête vers le haut, désignant par là ses deux camarades restés en haut.)
« Je vois… » fit le Ministre.
Il semblait profondément troublé, et plongé dans ses pensées.
« Que cherchaient-ils ? » demanda-t-il.
La femme haussa les épaules.
« Aucune idée. »
« Vous. » répondit Harry en regardant le Ministre.
« Moi ? » fit celui-ci, interloqué. « Qu’entendez-vous par là ?… »
« Ils s’attendaient à ce que vous soyez là. »
« Comment ? Mais c’est impossible ! Personne ne savait que — à part au Ministère, bien sûr… »
Il s’arrêta brusquement.
« Êtes-vous en train de me dire que… ? »
« Ce n’est qu’une supposition. » admit Harry.
« Je refuse à croire qu’il puisse y avoir un ou plusieurs traîtres au Ministère ! »
« Des événements semblables se sont déjà produits par le passé. Nous ne sommes pas à l’abri d’une récidive. »
« Mais— ? »
« Dites-moi, en ce cas, pour quelle autre raison auraient-ils tendu une embuscade ici même ? Rien ici ne leur était utile ! Leur attaque était terminée. Il ne s’agissait pas de détruire sans but ni raison. Non, ces personnes poursuivaient un bien plus sombre dessein… »
« Hmmm… » fit le Ministre. (Il semblait très préoccupé.) « Il faudra enquêter, bien sûr… J’ai encore du mal à y croire. Si notre ennemi peut effectivement disposer de renseignements aussi importants et capitaux, et aussi rapidement, alors nous courons un danger plus grave encore que je le pensais… »
Mais Harry n’accordait aucune intention aux lentes réflexions du Ministre. Son esprit était en effervescence : qui étaient ces mystérieuses figures ? Avait-il bien deviné leur but en attaquant précisément ici, — après la fin de l’offensive ? D’où venaient-elles ? Un nouvel ordre naissait-il dans l’ombre ? Et si oui… qui le dirigeait ?
Ainsi étaient-ils revenus : sombres pantins damnés manipulés par une main impérieuse qui les tourmentait par-delà la mort même, marionnettes informes dirigées par un sceptre d’acier, les Inferi avaient refait surface après des années où leurs visages blêmes aux yeux noyés n’avaient plus jamais paru à la lueur nacrée de la lune afin de semer la terreur parmi les rangs des vivants, incapables de lutter contre ce fléau immortel qui, inlassablement, inexorablement, poursuivait son avancée dans la bataille. Harry, de retour chez lui, méditait à la faible lueur d’une unique bougie les propos du Ministre. Celui-ci avait confirmé la présence d’Inferi lors de l’attaque. Harry avait également indirectement appris que l’embuscade qui lui avait été tendue était liée à ces évènements : en effet, de « petits démons » (selon le témoignage des survivants), de nature non identifiée, avaient été aperçus, exécutant de la magie sans baguette visible.
De toute évidence, les ténèbres gagnaient du pouvoir — et il représentait un obstacle à supprimer pour celles-ci…
Le lendemain, Harry s’interrogea toute la journée sur les évènements — et surtout, par quel moyen intervenir. Une possibilité jaillit dans son esprit peu après midi, alors qu’un pâle soleil perçait de ses rayons la terre ; germant dans son esprit, la possibilité s’accrût jusqu’à devenir une possible solution. Mais cette dernière ne serait pas sans prix. Alors que l’après-midi poursuivait son cours, et que le soleil déclinait à l’horizon, cette solution fut la seule réponse qui apparut pleinement adaptée au problème de la levée de l’ombre.
Sa décision fut prise au crépuscule — une porte serait sonnée ; un serment ancien respecté.
Le lendemain, Harry s’éveilla tôt, réveillé par quelque étrange rêve dont le souvenir s’éloignait lors même qu’il tendait la main pour le saisir ; ouvrant les volets d’un mouvement négligent de baguette magique, Harry constata que le jour n’avait point encore paru : le paysage crépusculaire somnolait encore avant l’avènement de l’aube.
Ayant l’étrange intuition qu’il ne parviendrait pas à se rendormir, et l’esprit toujours occupé à tenter de rattraper les restes disparates et évanescents du rêve filant qui l’avait éveillé, Harry se leva et se revêtit d’une chaude robe de chambre. Puis, mû par une soudaine impulsion — il sortit par la porte arrière de sa maison et marcha à pas lents jusqu’au recoin le plus éloigné du jardin.
Là, sous l’ombre d’un gigantesque arbre que Harry avait lui-même planté, était érigé un sépulcre : celui de James et Lily Potter, reposant pour l’éternité là où ils avaient péri, il y a plus d’un siècle, tués de la main de Lord Voldemort lui-même. Aucun ornement particulier ne venait troubler la sobriété de la tombe ; nulle épitaphe n’y était inscrite. Harry se tenait debout, fixant cette tombe, songeant aux derniers instants qu’avait vécus sa mère : l’horrible conscience de l’inéluctable ; la terreur qu’inspirait Lord Voldemort — mais également le sacrifice délibéré, par amour, afin de le sauver, lui, bébé âgé d’à peine plus d’un an. Morte pour préserver la vie. Le sacrifice d’une mère pour son unique enfant…
Dans la quiétude crépusculaire, le froid matinal et l’air immobile, Harry songeait aux temps antérieurs, inexorablement emportés par le flot éternel du temps. Les souvenirs s’éloignaient, disparaissaient, les images devenaient floues, les visages du passé s’estompaient. Lentement ; mais sûrement, et inévitablement. Bien sûr, certains seraient éternels : ceux de Ron et Hermione, par exemple. Ceux de ses parents, également : les photographies qui avaient emprisonné en mouvantes images leur éternelle jeunesse pourraient témoigner, et ce jusqu’à la fin, de leur existence, de leurs visages, de leur joie atemporelle de savoir leur fils en vie. Mais jamais il n’avait pu contempler de ses propres yeux ses parents danser en hiver, alors que la neige tombait doucement autour d’eux, comme sur l’une des photographies qu'il détenait. Jamais plus il ne pourrait entendre le rire de Ron ou Hermione — seul l’écho évanescent du son demeurerait, jusqu’à ce qu’il chût dans l’abysse du silence. Ils étaient tous partis — et leur temps ne reviendrait jamais.
Ce fut bien après que l’aube eût percé la nuit glacée et taciturne que Harry sortit de son oraison silencieuse. Il détourna alors son regard du sépulcre et retourna lentement en sa demeure, le visage sombre et les épaules ployées comme sous le faix du temps et des souvenirs passés.
Il avait encore une ultime visite à accomplir. Ou plutôt — l’avant-dernière. L’après-midi touchait à sa fin lorsqu’il poussa la grille d’un vaste cimetière. Un vent fort s’était levé ; les branches des arbres se pliaient régulièrement sous son souffle. Passant d’un pas lent entre les allées de tombes, Harry se dirigea vers l’extrémité sud du cimetière. Après une marche funèbre, Harry parvint à sa destination ; il s’arrêta devant une tombe faite d’un marbre aux reflets tirant sur le pourpre. Cela faisait plus d’un siècle qu’était enterrée la personne à laquelle était dédiée cette tombe — mais le souvenir de cette personne était toujours aussi vif chez Harry. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Mais lire l’épitaphe de cette tombe était toujours douloureux, même plus d’un siècle après.
Ci-gît Ginevra Weasley
1981—1997
Si seulement… Il n’aurait jamais dû — c’était sa faute. Si — il aurait dû… Jamais elle… Harry soupira. Une lame de tristesse semblait lui lacérer la gorge ; la culpabilité, cette culpabilité latente qui l’avait tant tourmenté il y a si longtemps et le hantait parfois encore, l’assaillait de nouveau. Mais tous ces ‘si’ ne servaient à rien. Le passé ne pouvait être modifié.
Puis ce fut la mélancolie qui donna subitement l’assaut ; l’esprit de Harry fut soudainement empli de souvenirs heureux malgré l’époque sombre : la présence vivifiante de Ginny, son rire, sa longue chevelure virevoltant au vent, lançant des reflets au coucher du soleil ou au feu de la Salle Commune… Harry fut étonné et désarçonné par la puissance de ces souvenirs.
À l’Ouest, le soleil se couchait, dardant ses ultimes rayons et peignant l’uniformité froide et sombre du cimetière de chauds reflets dorés, pourpre voire mordorés ; le ciel était une étendue rubescente de nuages filant au vent, tandis que l’énorme orbe orangée du soleil disparaissait peu à peu à l’horizon. Harry se sentit étrangement rasséréné par ce spectacle ; et, esquissant même un faible sourire, comme s’il se remémorait quelque heureux souvenir de Ginny, il sortit de sa poche une belle et fine rose. La tenant haut face au soleil, il en admira pensivement un instant les éclats aurore aux reflets de ce dernier ; puis, avec un léger soupir, il s’accroupit et la déposa sur la tombe.
Peut-être est-ce la dernière fois, Ginny.
La nuit était tombée. Le vent avait beaucoup perdu en puissance, mais demeurait toujours aussi frais ; et les nombreux bosquets remuaient subrepticement, tel un océan de verdure vaguement agité. Ce fut ici que Harry transplana : il apparut aussi soudainement que silencieusement. Il lança un regard à la lune quasiment ronde qui s’était hissée dans le ciel sans étoiles, puis entama à grands pas sa progression vers quelque destination connue de lui seul.
Après quelques minutes de vive marche, il parvint devant un vaste portail de couleur argentée. Il produisit sa baguette, la tint en l’air—
Devait-il réellement ? Était-ce la seule solution ? Ne commettait-il pas une erreur ce faisant ? — Non. Il avait mûrement réfléchi ; et il était la seule option dont il disposait.
Harry tapa doucement sa baguette contre le portail, à trois reprises. Il y eut un instant de silence ; même le vent semblait s’être tu. Tout était immobile. Puis…
« Qui sonne à ma demeure ? » retentit magiquement une voix grincheuse et irritée.
Harry inspira calmement.
« Le passé. »
Fin du chapitre.