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Books » Harry Potter » la chute des anges font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: lilou black
Fiction Rated: M - French - Crime/Drama - Harry P. - Reviews: 220 - Published: 01-18-06 - Updated: 08-27-08 - id:2758713

Notes de l'auteur :

Je remercie kakalazen, alanachantelune, Chrys63, tching-tchong, Lynkaora, 'Clochett', Mademoiselle Ange, Chloe, Lulucyfair, Fenice, Alixe, Virginie2 et ambre verte pour leurs reviews. Vous trouverez des réponses sur mon Livejournal à une entrée datée du 9 avril 2008.

Puisque j'évoque le sujet des reviews, j'ai décidé de ne plus utiliser mon LJ pour répondre à vos messages. Ainsi, lorsque vous commentez ma fic, vous êtes priés de vous connecter à votre compte sur le site ou de laisser une adresse e-mail valide pour que je puisse vous répondre. Merci d'avance.

Mes remerciements vont à Alixe et à Shirenai pour les corrections de ce chapitre.

Bonne lecture à tout le monde.


Chapitre 10 : Sheryl, confidentielle

Olivier et moi quittâmes la pièce presque en courant pour nous précipiter dehors. À force de résoudre des affaires minables et sans gravité, nous n'étions pas habitués à de telles horreurs. J'ignorais ce que pouvait penser mon coéquipier mais en ce qui me concerne, cela me rappelait la guerre, Voldemort et les atrocités perpétrées par ses sbires. Une fois dans la rue, nous respirâmes profondément un air glacial qui n'était pas vicié par l'odeur écœurante de l'hémoglobine. Olivier, tremblant, se blottit dans sa cape en marmonnant :

— Putain de bordel de merde, tu as vu ça, Harry ?

— Oui, j'ai vu, répliquai-je mécaniquement.

— Tu penses la même chose que moi ?

— Comment je pourrais penser autre chose ? Tout concorde : les deux victimes étaient liées, et y a encore un poème pourri écrit avec du sang, aucun doute à avoir là-dessus.

— À mon avis, il a dû vouloir finir le boulot. Il a tué Smith parce qu'il a trompé la gamine, et il a tué Sheryl parce que c'est avec elle qu'il a couché.

— Evidemment...

Nous restâmes dehors un petit moment, le temps de nous remettre du choc, avant de regagner le bureau de la gérante. Celle-ci avait repris quelques couleurs. Un verre d'alcool à moitié vide était posé sur son bureau, et elle écrivait avec constance sur une feuille de parchemin. Elle leva la tête en nous entendant entrer :

— C'est horrible, n'est-ce pas ?, fit-elle.

Olivier et moi opinâmes du bonnet.

— J'ai envoyé un hibou aux quatre filles qui ont vu la scène, reprit la matrone. Elles devraient arriver d'ici quelques minutes, vous pourrez les interroger.

— Très bien, dis-je. En attendant, nous souhaiterions prendre votre déposition.

— Que puis-je vous dire, Monsieur Potter ? Je n'ai rien vu, rien entendu. C'était une soirée on ne peut plus normale. J'ai fermé le club à six heures ce matin, comme d'habitude, mes filles sont restées pour ranger et faire le ménage, et c'est à huit heures, au moment de partir, que Liz a découvert ce qui s'était passé.

— À huit heures ?, s'étonna Olivier. Comment se fait-il que nous n'ayons été mis au courant que maintenant ?

— Le Jardin de Phyllis ne jouit pas de... hum... d'une bonne réputation, vous le savez aussi bien que moi. J'ai donc hésité un peu avant d'alerter le Ministère.

— Mauvaise réputation ou pas, un meurtre reste un meurtre. Plusieurs heures se sont écoulées depuis que ça s'est passé, ça ne sera pas évident de rattraper le coupable.

— Vous m'en voyez navrée, mais...

Olivier, sentant que l'agacement commençait à me gagner, prit l'interrogatoire en main :

— Madame, à quelle heure avez-vous vu Miss Reuters pour la dernière fois ?

— Vers trois ou quatre heures du matin, je ne saurais vous le dire... Sheryl est seulement serveuse, elle ne quitte pas le rez-de-chaussée. Je suis passée au salon rouge vers ces heures-là pour vérifier que tout allait bien, et je suis retournée dans mon bureau. Je ne l'ai plus revue depuis.

— À quelle heure devait-elle quitter son travail ?

— Les horaires de Sheryl ne sont pas fixes... Elle travaillait de nuit, cette fois, elle devait partir à six heures.

— Je suppose, intervins-je alors, que vous êtes sortie de votre bureau pour assurer la fermeture de votre boîte. Ça ne vous a pas choquée de ne pas voir Sheryl partir ?

— Je ne surveille pas le départ de chacune de mes filles, monsieur Potter...

Nous ne pûmes tirer grand-chose de plus de la matrone. Elle ne savait rien, elle n'avait rien vu. On pouvait certes lui reprocher de ne pas avoir prêté beaucoup d'attention aux allées et venues de ses « employées » mais il n'était guère étonnant que le crime lui soit passé au-dessus de la tête. Le tueur avait dû coincer Sheryl dans le vestiaire alors que celui-ci était vide, bloquer la porte et jeter un sort d'Impassibilité pour assassiner la fille sans se faire remarquer.

Olivier, dont le regard se promenait sur le bureau de la grosse dondon, se figea en voyant le parchemin sur lequel elle écrivait avant notre arrivée :

— Je peux savoir ce que vous écrivez ?, demanda-t-il d'un ton froid.

— Une lettre à mes amis du Sorcier Indiscret, répondit-elle comme si c'était une évidence. Je compte, bien sûr, solliciter l'aide de la presse. Il faut alerter la population pour un tel crime.

— Jetez cette lettre, ordonnai-je. Vous n'avez pas le droit de faire ça sans l'aval du Ministère. De plus, il semble que cette affaire soit liée à une autre tout aussi confidentielle. Il est hors de question de prévenir les médias.

La matrone insista un peu mais Olivier et moi restâmes inflexibles. Je songeai que je devrais féliciter mon coéquipier de s'être montré si observateur. S'il n'avait pas vu ce que la bonne femme était en train de fabriquer, nous n'aurions pas été dans la merde.

oOØOo

Quelques instants plus tard, nous interrogeâmes les quatre témoins. Quatre jeunes femmes qui, vêtues de robes de sorcières ordinaires, ne ressemblaient absolument pas à des prostituées. Toutes semblaient très choquées. Nous posâmes de nombreuses questions à la nommée Liz qui avait découvert le corps. Elle était entrée à huit heures dans le vestiaire pour récupérer ses affaires et se changer avant de rentrer chez elle. Elle nous signala que la porte semblait fermée de l'intérieur et qu'elle avait dû recourir à un sort pour l'ouvrir. Dès qu'elle avait vu le corps de Sheryl, elle s'était précipitée dans le bureau de la patronne pour la prévenir, en essayant de ne pas alerter les autres. Les trois autres filles étaient arrivées après elle et la nouvelle de la présence d'un cadavre dans les vestiaires s'était alors répandue à la vitesse d'un balai de compétition dans tout le Jardin de Phyllis.

Ces renseignements pris, j'interrogeai les filles sur leurs relations avec Sheryl. Trois d'entre elles ne la connaissaient que de vue. La dernière, une jeune personne d'origine japonaise prénommée Azumi, nous expliqua qu'elle avait eu l'occasion de discuter avec elle car, à l'instar de la victime, elle était uniquement serveuse et ne montait jamais dans les chambres monnayer son corps pour les clients. Elle ne savait pas grand-chose cependant de la vie de Sheryl, mais elle nous donna le nom d'une autre fille, prénommée Ophelia, avec qui la malheureuse avait été amie. Il me fallut d'ailleurs un moment pour me souvenir que je l'avais déjà vue : lorsqu'Olivier et moi étions venus interroger Sheryl, elle avait échangé quelques mots avec une rouquine maigrichonne et un rien exhibitionniste qui répondait à ce prénom. Nous demandâmes les coordonnées de cette Ophelia à la dénommée Azumi qui nous les donna sans faire d'histoire. Nous lui posâmes également quelques questions sur les clients de la victime, ceux qui sollicitaient souvent sa présence à leur table, leurs habitudes, etc. Là encore, elle ne savait pas grand-chose. Elle-même était occupée avec ses propres habitués, elle ne se souvenait de personne en particulier et surtout, elle ne connaissait aucun nom. Après nous avoir fourni ces maigres renseignements, les quatre filles repartirent.

Avant de quitter le Jardin de Phyllis à notre tour, nous retournâmes voir la maquerelle en lui signifiant de n'avertir personne et de ne surtout pas toucher à la scène du crime. Elle frissonna à l'idée qu'un cadavre allait rester entre les murs de son établissement mais Olivier la rassura en affirmant qu'une équipe prendrait la chose en charge dans la journée.

Nous retournâmes alors au Ministère mettre Kingsley au courant de ce que nous avions appris.

oOØOo

Nous trouvâmes le chef en compagnie de Susan. Ça ne nous étonna pas outre-mesure : comme elle avait analysé le cadavre d'Andréas Smith, il avait dû la convoquer pour l'envoyer au Jardin de Phyllis après notre retour et notre rapport. En nous voyant arriver, la médicomage nous salua d'un petit sourire pincé :

— Je n'ai pas encore terminé d'analyser la lettre que vous m'avez donnée, dit-elle avant que nous ayons pu ouvrir la bouche. Ceci dit, une chose est formelle : ce n'est pas le sang de Smith. Le groupe sanguin et les paramètres magiques ne sont pas les mêmes.

— Merde, grognai-je.

— On est retournés à notre putain de point de départ, ajouta Olivier.

Kingsley ronchonna quelque chose sur les malpolis qui disent des gros mots en présence d'une dame avant de nous demander ce que nous avions appris sur le crime. On lui fit un rapide résumé avant de donner les conclusions que nous avions tirées.

— Qu'il s'agisse du même assassin, ça semble logique, fit le chef d'un ton pensif. Le mobile est tellement évident que c'en est presque grossier. Il a tué un couple d'amants. Ça ne nous facilite pas la tâche ; maintenant, il va falloir découvrir à qui il était lié : à Sheryl ou au môme Smith. Au fait, vous avez parlé à son frère ?

— Oui, répondis-je. Il ne savait rien de plus que les autres, à part l'histoire de la petite annonce. Andréas lui en avait parlé. Sorti de ça, il a dit comme tout le monde que son petit frère était un adorable garçon, qu'il ne comprenait pas qu'on ait pu l'assassiner et blablabla.

— Je vois. À part ce qu'il vous a raconté, vous en avez pensé quoi, de ce type ?

— C'est un hypocrite, affirmai-je. Je veux dire, son chagrin avait l'air sincère, mais son comportement avait quelque chose de bizarre. Il regarde froidement les gens, il a l'air de s'écouter parler... Le genre pas net, quoi.

Kinglsey pinça les lèvres et resta silencieux un moment avant de me dire de ne pas tirer de conclusions hâtives de mes impressions. D'autant plus qu'Olivier, lui, ne semblait rien avoir remarqué de particulier dans l'attitude de Tobias Smith. Il n'en restait pas moins que ce blondinet aux yeux perçants et aux allures de gonzesse m'inspirait plus de méfiance qu'autre chose.

Notre rapport terminé, on passa à la suite des opérations : Kinglsey, comme je l'avais deviné, envoya Susan séance tenante récupérer et analyser le cadavre de Sheryl. Je souhaitai mentalement bon courage à ma vieille camarade ; après tout, elle avait tourné de l'œil en voyant le cadavre de Smith. Le chef nous chargea ensuite, Olivier et moi, de retourner à Pré-au-Lard interroger l'amie de la victime, la dénommée Ophelia. Il nous donna également un papier nous autorisant à fouiller le domicile de Sheryl, des fois que nous y trouvions un indice quelconque. Ça risquerait de nous occuper pour un bon moment.

Nous nous préparâmes donc à repartir.

Avant de transplaner pour le village, je fis un crochet par la volière du Ministère. J'envoyai un hibou à Ginny, dans lequel je lui expliquai en quelques mots la situation en lui disant que j'ignorais à quelle heure je rentrerais à la maison. Tandis que le volatile s'envolait, je réalisai que je n'aurais sans doute pas le temps de passer chez Remus, alors que j'avais un tas de questions à lui poser et des tas de choses à lui expliquer. Mon travail rendait cependant mes inquiétudes secondaires et il me faudrait faire avec. Laissant de côté mes soucis pour l'ami de mon père et pour sa fille, je rejoignis Olivier et nous partîmes pour Pré-au-Lard tout de suite après.

oOØOo

L'amie de Sheryl, dont le nom complet était Ophelia Anna Grey, vivait dans une petite maison près de la gare où le Poudlard Express déposait un flot d'élèves tous les premiers septembre. Lorsque mon coéquipier frappa à la porte, personne ne répondit dans un premier temps.

— Elle a intérêt à être chez elle, râlai-je.

— Si ça se trouve, elle dort, supposa Olivier. Après tout, c'est une créature de la nuit...

— T'es obligé d'employer des termes aussi ringards ?

Nous amorcions une de nos énièmes disputes amicales pour des conneries quand la porte s'ouvrit sur une créature pâle comme un vampire avec des cernes violets jusqu'au menton et vêtue d'une robe de chambre matelassée et douteuse d'un bleu turquoise criard.

— Keskecé, grogna-t-elle d'une voix endormie. Keskevouvoulé ?

— Miss Grey ?, demanda Olivier d'un ton aimable.

— Voui, c'est moi, répondit la créature en battant des cils.

— Nous souhaiterions vous poser quelques questions à propos de Sheryl Reuters.

Soudain, la femme semblait nettement plus éveillée.

— Quoi ? Sheryl a un problème ?

— Si on peut dire, répliqua mon coéquipier. Miss Grey, Sheryl Reuters a été assassinée cette nuit, vous n'êtes pas au courant ?

L'état de choc se lut immédiatement sur le visage d'Ophelia Grey. Elle s'écarta silencieusement pour nous laisser entrer chez elle.

L'intérieur de la maison ne laissait en aucun cas présager qu'il s'agissait du logis d'une putain. Tout était propre, rangé, simple et coquet. Une odeur de fleurs parfumait l'atmosphère. Olivier et moi nous assîmes sur des chaises tapissées de cuir gris et Ophelia nous servit du thé. Nous l'interrogeâmes longuement, et cela nous apprit un certain nombre de choses.

Ophelia et Sheryl étaient amies depuis de longues années. Elles s'étaient connues à Poudlard, où elles avaient toutes deux appartenu à la maison Pouffsouffle. Ces deux jeunes sorcières de niveau médiocre avaient quitté l'école cinq ans auparavant, avec des résultats trop faibles pour trouver facilement un emploi. Sheryl aurait souhaité travailler à l'hôpital Sainte-Mangouste en tant que guérisseuse. Ophelia, elle, n'avait jamais renoncé à ses rêves d'enfant : intégrer le Wizard Theater de Londres en tant qu'actrice. Toutes deux avaient rapidement déchanté : alors que Sheryl jouait du sort ménager à l'hôpital, Ophelia était devenue pom-pom girl dans l'équipe de Quidditch des Canons de Chudley. Elle avait perdu son emploi après avoir eu une relation avec un des joueurs, ce qui était interdit par le règlement de l'équipe. Après être restée quelques mois au chômage, elle avait fini par accepter de travailler au Jardin de Phyllis où ses cheveux blond vénitien et ses regards effrontés avaient beaucoup de succès auprès des clients.

Elle nous affirma très bien gagner sa vie en monnayant ses charmes, ce qui ne nous étonna guère. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'au bout d'un certain temps, Ophelia avait poussé Sheryl à intégrer la maison close, qui offrait un salaire bien plus intéressant que celui d'une femme de ménage à Sainte-Mangouste. La victime avait un peu traîné des pieds : coucher avec des hommes pour de l'argent était contraire à ses convictions et, comme une enfant, elle croyait encore au grand amour et au prince charmant. Elle avait cependant fini par accepter un emploi de serveuse où elle se contenterait d'allumer les clients à coups de clins d'œil et de tenues affriolantes, sans leur permettre de la toucher pour autant. Les deux amies travaillèrent donc au même endroit et elles se voyaient assez souvent en dehors du Jardin de Phyllis pendant leurs jours de congé. Un peu plus tard, Ophelia avait découvert que Sheryl avait un amant. Nous lui demandâmes s'il s'agissait d'Andreas mais elle nous répondit que non. Il s'agissait à l'époque d'un de leurs anciens condisciples à Poudlard, mais Sheryl avait refusé d'en dire plus à son amie, bien que cette dernière ait lourdement insisté. À dire vrai, Ophelia ignorait totalement que la victime avait eu une liaison avec un adolescent. Sheryl s'était toujours montrée très secrète sur sa vie amoureuse. Ophelia avait appris la chose après que nous ayons appris à la jeune serveuse la mort d'Andréas.

Olivier et moi remerciâmes Ophelia pour le thé et les renseignements. Elle nous fit promettre de retrouver le coupable très vite et elle nous demanda de la prévenir quand le corps de Sheryl aurait été analysé pour qu'elle puisse en disposer : la victime n'ayant plus de famille, elle souhaitait se charger des obsèques et autres formalités.

oOØOo

Après cet interrogatoire, Olivier et moi nous rendîmes au domicile de Sheryl en discutant de ce que nous avions appris. La jeune serveuse avait eu une vie triste et assez minable. Piètre sorcière, elle n'avait eu qu'une meilleure amie et quelques amants pour mettre un peu de lumière dans son existence. En y repensant, je réalisai que notre société était bien dure avec ceux qui n'avaient pas la chance d'être doués pour la magie. Quelque part, ma Fatality s'en était bien sortie en trouvant un travail chez les Moldus, car en tant que Cracmolle, son avenir aurait pu être compromis dès le départ.

Il était près de midi lorsque nous atteignîmes la rue des Moufles où vivait Sheryl. Mon estomac grogna. J'échangeai un regard avec mon coéquipier et nous résolûmes d'aller manger un morceau aux Trois Balais une fois notre fouille terminée.

J'ouvris d'un sort la porte de la petite maison de la victime, et nous entrâmes. Les rideaux étaient tirés, il faisait très sombre et ça puait l'humidité. Olivier sortit sa baguette magique :

Lumos, dit-il.

— T'aurais pu te contenter d'ouvrir les rideaux, indiquai-je. Ç'aurait été suffisant.

— Peut-être, mais c'est pour ne pas attirer l'attention des voisins, répliqua mon coéquipier. C'est pas toi qui m'as dit que la voisine de Sheryl était une vieille chouette curieuse qui espionne tout le temps les gens ?

— Un point pour toi.

Le pavillon ne comportait qu'une seule pièce avec un coin cuisine et une porte cachant vraisemblablement une petite salle de bains. Malgré la vétusté — de l'humidité s'écoulait des murs en laissant de répugnantes traces brunâtres — le petit logis était accueillant. Une grosse cheminée de pierre, face à la porte d'entrée, permettait de faire de bons feux. Devant, une petite table aux pieds sculptés et deux fauteuils à bascule en bois verni. En m'approchant, je vis sur cette table un mug sale et une jatte contenant un sachet de thé desséché. À droite de la cheminée, près de la porte de la salle de bains, se trouvait le grand lit couvert de coussins, avec une couverture bleue et un vieil ours en peluche mangé aux mites. Près du lit, une grosse malle comme celles qu'avaient les élèves de Poudlard, qui contenait sans doute des vêtements. Olivier et moi nous en approchâmes pour l'ouvrir. Nous y trouvâmes effectivement la garde robe très variée de la victime : des robes de sorcière toutes simples, dans des nuances de gris et de bleu, une vieille écharpe de la maison Pouffsouffle (une relique de l'ancienne vie d'élève), une impressionnante collection de sous-vêtements aguicheurs de toutes les couleurs qui fit rougir le timide Olivier et quelques « tenues de travail » constituées d'une quantité minimale de tissu. Cela ne nous apprit rien d'extraordinaire : Sheryl, femme ordinaire de jour et allumeuse de bar la nuit. J'inspectai la malle avec ma baguette pour vérifier qu'une cachette ou un double fond n'y soit pas dissimulé. Je ne trouvai rien, aussi nous rangeâmes les vêtements avant de fouiller ailleurs.

De l'autre côté du lit se tenait un genre de secrétaire, un petit meuble en bois verrouillé. Nous cherchâmes la clé un moment sans succès avant de régler la question d'un Alohomora. On y trouva le sac d'or qu'Olivier avait donné à Sheryl pour pouvoir l'interroger.

— Dis, tu crois que je peux récupérer mon fric ?, me demanda-t-il.

— J'en sais rien, mais si j'étais toi, je ne le ferais pas.

— T'es pas marrant... N'empêche, hé, pourquoi elle l'a pas mis à Gringotts comme tout le monde ?

— Je sais pas, t'as qu'à lui poser la question, mais je doute qu'elle puisse te répondre.

— T'es con, toi, des fois...

Derrière le sac d'or se trouvaient deux autres sacs, eux aussi remplis d'argent liquide. Il s'agissait certainement des salaires de Sheryl. Nous trouvâmes également une liasse de parchemins qui faisaient office de feuilles de paye. J'ignorais combien la victime avait touché lorsqu'elle jouait du sort ménager à Sainte-Mangoust, mais son salaire au Jardin de Pyllis n'était guère mirobolant. Cent -vingt Gallions par mois, il n'y avait pas de quoi pavoiser. Ce n'était pas cher payé pour remuer du popotin devant un tas de mâles en rut.

Les finances de Sheryl occupaient le bas du meuble. Les deux petites étagères du dessus étaient remplies à ras-bord de parchemins divers entassés en piles bancales et nouées ensemble avec des bouts de ficelle. Nous sortîmes le tout, avant de nous asseoir par terre pour tout éplucher. En vrac, on trouva les anciennes fiches de paye de la victime à l'époque de Sainte-Mangouste (soixante-dix Gallions par mois), des vieux devoirs de magie datant de Poudlard dont les notes n'étaient pas brillantes et beaucoup de courrier. Les lettres étaient toutes relativement bien classées. Les lettres de la famille, du temps des études. Des cartes postales d'Ophelia, envoyées pendant les vacances scolaires. Des lettres, toujours d'Ophelia, écrites lorsque cette dernière gravitait dans le milieu du Quidditch. Beaucoup d'âneries plus ou moins vulgaires sur le physique des joueurs et des petites médisances sans importance sur les autres pom-pom-girls. Nous trouvâmes également des lettres de condoléances. En les lisant, je compris que Sheryl avait perdu ses deux parents en même temps, dans un « accident tragique » pour reprendre les termes d'une des lettres. Et enfin, la dernière pile, qui devait se trouver au fond du meuble, était constituée de lettres d'amour. D'ailleurs, ce n'était pas un bout de ficelle qui reliait les parchemins ensemble, mais un ruban de satin bleu. Je crus qu'il s'agissait d'une correspondance amoureuse avec Andréas Smith mais je me trompais. Ces lettres, signées simplement par la lettre T, étaient celles du petit ami et ancien comparse de Poudlard dont Ophelia nous avait parlé. Par acquit de conscience, je les lus toutes. Elles étaient classées par dates, traitaient du passé commun à l'école, de leurs retrouvailles dans un commerce que l'amant anonyme appelait « la boutique », des moments passés ensemble, etc. Le dernier courrier était une lettre de rupture. Olivier parcourut cette correspondance à son tour avant de me demander :

— Tu crois qu'on devrait se renseigner sur ce mec ?

— Qui sait ? Il nous fournira peut-être un indice...

— Ça ne coûte rien d'essayer, et ce ne sera pas difficile de le retrouver. D'après ce qu'il dit dans les lettres, il était dans la maison Serdaigle, et cette fille, Ophelia, a dit qu'il était de la même promo qu'elle et Sheryl... Ils doivent avoir des archives à Pot-de-Lard qui devraient nous permettre de trouver son nom...

— C'est Poudlard, Olivier, je te l'ai déjà dit. Mais tu n'as pas tort. On finit de fouiller la maison, on va manger un morceau, et on file à l'école poser des questions au professeur McGonagall.

Le reste du logis de Sheryl ne nous apporta pas grand-chose de plus, à part un sac sous le lit contenant quelques vêtements masculins. Je me souvins que la fille avait dit avoir quelques affaires appartenant à Andréas. C'était de ce sac dont il devait s'agir. Ce n'étaient que des sous-vêtements propres, soigneusement pliés et repassés, un pantalon et une chemise de rechange. Cependant, je fus un peu surpris de ne trouver que ces maigres traces de la liaison entre Sheryl et l'adolescent. Nous n'avions trouvé ni lettres d'amour, ni poésies, aucun indice évoquant clairement leur relation. C'était étrange.

N'ayant plus rien à y faire, Olivier et moi quittâmes la maison. On se dirigea tranquillement vers le centre-ville et les Trois Balais, fantasmant chacun dans notre coin sur une bonne assiette de nourriture bien chaude parce qu'il faisait froid et faim. Alors que nous marchions dans les rues où les commerçants s'affairaient dans leurs préparatifs de la Saint-Sylvestre, un hibou fondit sur nous pour la deuxième fois de la journée. Je fus pris de sueurs froides à l'idée qu'un troisième cadavre ait été découvert avant de réaliser que cette fois, l'oiseau transportait carrément un paquet. Nous nous installâmes sur un banc public pour l'ouvrir. Il contenait une lettre et... un sac à main. Olivier déroula le message et le lut :

Olivier et Harry, ceci est le sac à main de Sheryl. Je l'ai récupéré sur les lieux du crime, je pense que son contenu pourrait vous intéresser. Si vous êtes encore à Pré-au-Lard, prévenez-moi par retour de hibou, et filez aux Trois Balais. Je vous y rejoindrai dès que j'aurai votre réponse.

Susan.

Olivier gribouilla rapidement une réponse disant à Susan que nous l'attendions, puis nous filâmes vers l'auberge. On s'installa à une petite table tranquille, tout au fond et on commanda chacun une assiette de spaghetti aux légumes. L'image du cadavre de Sheryl était encore trop récente dans nos esprits pour nous donner envie de manger de la viande. En attendant nos plats, on s'attaqua au contenu du sac à main.

À suivre...



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