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Remerciements :
Merci à tous pour vos reviews. Je pense avoir répondu à tout le monde cette fois. J'espère que ce chapitre vous plaira.
Je remercie par ailleurs Alixe pour la relecture.
Bonne lecture.
Chapitre 12 : Théories dans l'œil du cyclone
Mes certitudes mettaient mon esprit en ébullition. J'étais conscient que ce n'était pas une bonne chose, que tout se devait d'être vérifié et qu'il fallait éclaircir les zones d'ombres, mais pour moi, c'était clair : Tobias Smith avait tué son frère et son ancienne maîtresse. Peu m'importaient ses motivations, j'étais sûr qu'il était coupable. Si je m'étais écouté, au lieu de retourner au ministère avec Olivier, j'aurai foncé à la librairie de Pré-au-Lard pour offrir à l'homme un petit séjour de santé à Azkaban sans possibilité de retour. Cependant, une part de moi tempérait mes ardeurs et je savais que mes seules théories étaient insuffisantes. Je devais m'obliger à prendre le temps de rétablir le mobile du crime et de tout faire pour que, lors de son procès, la culpabilité de Smith ne fasse aucun doute. Les quelques preuves que nous avions et les vagabondages de mon esprit convaincraient difficilement un tribunal.
Je me forçai donc à être raisonnable. Quand Olivier me proposa de faire lui-même le rapport de ce que nous avions appris dans la journée, j'acceptai. Il était plus facile pour lui que pour moi de garder la tête froide, et s'il gardait son calme, il aurait moins de mal que moi à se faire comprendre de Kingsley.
— Quand j'aurai terminé, je te laisserai expliquer ta théorie, me dit mon coéquipier avant de pousser la porte du bureau du chef, mais avant, tu me laisses parler et tu la fermes. Il faut que Kingsley arrive à se faire son idée sur la question pour que nous puissions confronter nos points de vue.
C'était effectivement ce qu'il y avait de mieux à faire, aussi j'acceptai d'un signe de tête.
oOØOo
Olivier fit un rapport à la fois objectif, structuré et complet de ce que nous avions vu et appris. Il parla de la vie de Sheryl, des trouvailles que nous avions faites dans son appartement et du mystérieux amant appelé T (comme Tobias, eus-je envie d'ajouter. J'eus d'ailleurs du mal à garder la bouche fermée). Il raconta de ce que Peter O'Donnell nous avait dit de la vie affective compliquée d'Andréas Smith avant de terminer par le contenu des dossiers que McGonagall nous avait montrés. J'eus à peine besoin d'exposer mes soupçons vis à vis du libraire puisque Kingsley sembla rapidement arriver aux mêmes conclusions que moi :
— Tobias Smith ferait a priori un coupable idéal, dit-il. Si on parvient à prouver qu'il a bel et bien été l'amant de Sheryl, nous saurons qu'il connaissait les deux victimes ce qui, avec ou sans mobile, le mettrait en tête des suspects. Cependant (il coula un regard vers moi avant de continuer), il s'agit de garder la tête froide et de vérifier chaque élément. Montrez-moi d'abord les dossiers scolaires que vous avez ramenés de Poudlard.
Je sortis le porte-document de cuir que j'avais rangé dans ma cape pour le donner à mon chef. Il feuilleta rapidement les dossiers, nota les noms des quatre jeunes gens et reclassa soigneusement l'ensemble avant de poser le tout en pile bien nette au coin de son bureau.
— Les noms de ces garçons, à part celui de Smith, ne me disent rien. Je vais envoyer une note au département des Archives sorcières, ils devraient avoir de plus amples renseignements sur eux.
Il prit un des petits parchemins rouges utilisés pour les messages de service, écrivit sa requête dessus, puis le plia en forme d'avion avec sa baguette magique.
— On n'aura certainement pas de réponse avant demain, dit Kingsley. Avec les fêtes de fin d'année, les gens sont en congé et le service fonctionne en sous-effectif. En attendant, dites-moi ce que vous comptez faire.
Olivier déclara vouloir analyser les vêtements de Sheryl trouvés sur le lieu du crime pour déterminer, comme il l'avait fait pour ceux d'Andréas Smith, quels sortilèges avaient été utilisés sur elle avant sa mort. Il se porta également volontaire pour feuilleter les documents concernant les suspects quand le département des Archives nous les transmettrait.
— Très bien, approuva Kingsley. Et toi, Harry, quel est ton plan ?
Je rassemblai mes idées avant de répondre. Qu'avais-je prévu de faire avant de monter mes théories sur la probable culpabilité de Tobias Smith ?
— Je souhaite retourner chez Remus Lupin, finis-je par répondre. J'ai quelques questions supplémentaires à lui poser à propos du poème qu'il a trouvé dans les affaires de Lycénia. À part ça, je voudrais voir Drago Malefoy.
Kingsley haussa les sourcils.
— Pourquoi faire ? me demanda-t-il.
— On n'a pas retrouvé les baguettes magiques des victimes, expliquai-je, un peu honteux de m'en être rendu compte si tard, et comme c'est un spécialiste de la question, je souhaiterais lui demander s'il pourrait y avoir une raison pour que l'assassin les ait emportées avec lui.
Le chef sourit :
— Je me suis demandé quand vous vous en seriez aperçus, dit-il. Susan l'a vu rapidement, elle m'en a fait part quand elle m'a fait son premier rapport sur le cadavre de Smith. Je lui ai dit de ne pas vous en parler pour voir si vous vous en rendriez compte. Résoudre des enquêtes basiques n'est pas très bon pour vos réflexes, apparemment.
Nous rougîmes de concert.
— Bon, enchaîna Kingsley. Je vous laisse faire ce que vous avez à faire. Le rapport d'autopsie de Susan devrait être prêt demain. Je veux vous voir ici à l'heure du déjeuner pour faire le point. Vous pouvez disposer.
oOØOo
Avant de quitter le ministère, je repassai par mon bureau. Une note de service de Susan m'y attendait, m'annonçant que, ainsi que l'avait dit Kingsley, le rapport d'autopsie de Sheryl serait prêt le lendemain midi et que j'en trouverais une copie. Je ne me donnai pas la peine de répondre, ce n'était pas nécessaire. Je pris cependant ma plume et un bout de parchemin rouge de service et écrivis le message suivant à mon ancien ennemi d'enfance :
Malefoy,
Dans le cadre d'une enquête, j'aurais quelques renseignements à te demander à propos de deux baguettes magiques disparues. Je souhaiterais te voir demain matin au plus tôt. Réponds-moi par hibou le plus rapidement possible. Harry Potter.
J'ensorcelai la note et la regardai s'envoler vers son destinataire. Puis je restai quelques instants assis dans mon bureau à essayer de faire le vide et de me concentrer sur mon entrevue à venir avec Remus. Lorsque je m'estimai prêt, je récupérai ma cape et transplanai jusque devant la maison du vieil ami de mon père.
Ce fut Sirius qui m'ouvrit la porte.
— Salut, parrain, dit-il. Tu es venu voir Papa ?
— Oui, répondis-je.
— Il est encore en train de consoler Lycénia, mais je vais lui dire que tu es là.
— Où est ta mère ?
— Sortie faire des courses. C'est le réveillon de la Saint-Sylvestre demain. Génial. Je vois l'ambiance d'ici…
Mon filleul avait l'air morose, ce que je pouvais comprendre. Je ne pus m'empêcher de me sentir coupable parce que ce que j'avais à dire à Remus n'allait pas améliorer la situation.
Sirius m'accompagna au salon, puis il s'éclipsa pour aller chercher son père. Il redescendit une minute plus tard.
— Papa arrive dans cinq minutes.
— Hum…
Je crus que mon filleul allait s'asseoir pour discuter avec moi, mais il resta planté dans l'encadrement de la porte, le regard braqué sur ses pieds.
— Sirius, tout va bien ?
Il leva un œil torve.
— J'ai entendu Papa parler à Maman du bébé chéri de ma frangine adorée… Il a dit que Smith voyait une autre fille au Jardin de Phyllis. Même si des fois, Lycénia m'énerve, je trouve qu'elle ne mérite pas ça. C'est dégueulasse. Andréas Smith était vraiment un con.
Je soupirai.
— Je comprends pas les mecs, continua le fils de Remus. Les nanas, à long terme, c'est une source d'ennuis. Bon, c'est sympa d'en emmener une boire un café de temps en temps et la draguer un peu, mais quand ça va plus loin, c'est le début de la fin. Je n'arrive pas à saisir pourquoi on fait tout un cirque avec ces histoires de petites amies. Même mon frère court après une fille, maintenant.
— Göran a une petite amie ? m'étonnai-je.
— Pas encore. Il a juste des vues sur elle. C'est dingue, elle est de notre promo, on la croise dans la Grande salle et dans les couloir depuis qu'on est arrivés à Poudlard, et c'est comme s'il venait juste de se rendre compte qu'elle existait. En ce moment, il se fait tout un plan pour l'emballer au moment de la Saint-Valentin.
— Qui veut emballer qui pour la Saint-Valentin ?
Remus, qui venait d'entrer dans le salon, n'avait entendu que la dernière phrase de son fils. Sirius se renfrogna et regarda ses genoux.
— Personne, Papa. On parle juste de mes potes.
Je faillis sourire devant le mensonge. Sirius voulait protéger les petits secrets de son frère. À son âge, je n'aurais pas agi différemment. Mon filleul quitta la pièce et Remus s'assit en face de moi.
— Alors, me demanda-t-il. Comment avance ton enquête ?
— On a un nouveau cadavre sur les bras, répondis-je laconiquement. Et comme par hasard, c'est la maîtresse de Smith.
— Mon Dieu, souffla Remus.
Je lui résumai rapidement la situation sans lui expliquer mes théories. Je n'étais pas là pour ça. Je lui demandai ensuite comment allait Lycénia :
— Elle se sent coupable, soupira le vieil ami de mon père en haussant les épaules. Elle dit que si elle avait cédé à Smith, il ne se serait pas tourné vers cette prostituée et il ne serait pas mort. C'est difficile de lui faire comprendre qu'elle n'a rien fait de mal, qu'elle a eu raison de vouloir attendre et qu'elle n'est pas responsable de ce qui s'est passé.
Je ne cherchai pas à comprendre l'état d'esprit de la gamine. Le cerveau féminin était décidément un mystère pour moi. Comment pouvait-elle culpabiliser au lieu d'être en colère avec ce petit con qui l'avait trompée avec une pute ? Refusant d'y réfléchir, j'enchaînai sur l'objet de ma venue :
— A-t-elle reçue d'autres lettres comme celle que tu m'as montrée ?
— Non, répondit Remus. J'ai surveillé de près les hiboux qui venaient à la maison, et Lycénia n'a pas reçu le moindre courrier depuis la dernière fois.
— J'ai fait analyser le message que tu m'as montré, dis-je. Le sang avec lequel il a été écrit est d'origine inconnue. Cependant… (j'inspirai un bon coup avant d'aller plus loin).
— Quoi ?
— Le sens caché de ce poème pourri est assez inquiétant. Il est possible que l'auteur de cette lettre, qui est vraisemblablement l'assassin d'Andréas Smith et de Sheryl Reuters, s'en prenne à Lycénia.
Remus se tendit immédiatement :
— Tu peux être plus clair ?
— Dans le poème, expliquai-je, il fait allusion à l'innocence de ta fille qui a été souillée. Visiblement, la naïveté de Lycénia le fait fantasmer. Ce n'est qu'une supposition, mais je crois que par précaution, il vaut mieux qu'elle ne sorte pas de la maison avant que nous ayons attrapé ce malade. Surveille-là comme tu peux, mais ne la laisse ni sortir ni voir qui que ce soit. Ça risque d'être dangereux.
— Et il te faudra combien de temps pour l'attraper ? Les enfants doivent retourner à Poudlard dans cinq jours, comment pourrais-je cloîtrer Lycénia sans lui expliquer de quoi il en retourne ? La pauvre petite serait terrifiée…
— Je l'attraperai avant, affirmai-je. Nous avons un suspect, et sa culpabilité sera une certitude dans très peu de temps.
— Dis-moi qui c'est.
Le regard de Remus me faisait presque peur. Il était dur, glacial. Je compris pourquoi. Il avait eu beaucoup de mal à se créer un environnement stable et sa famille comptait plus que tout pour lui. Si quelqu'un touchait sa fille, la prunelle de ses yeux, il le sentirait passer. Je préférai donc ne pas révéler l'identité de Tobias Smith. Remus n'aurait pas mes scrupules. Il se rendrait immédiatement à Pré-au-Lard pour réduire le libraire en miettes.
— Désolée, mais tant que rien n'est sûr, cette information doit rester confidentielle.
Je crus qu'il allait insister, mais il se calma immédiatement.
— Je comprends, dit-il lentement. Ceci dit, promets-moi d'attraper ce fou en vitesse. Je ne dormirai pas tranquille tant qu'il sera libre d'aller et venir.
— Je te le promets, assurai-je.
En quittant la maison de Remus quelques instants plus tard, j'espérai de toutes mes forces que mes théories soient justes. Si la piste Tobias Smith était fausse, il faudrait reprendre l'enquête depuis le début. Cela prendrait du temps, il faudrait finir par avertir les médias et Remus risquerait de s'inquiéter encore plus.
oOØOo
La première chose que je remarquai en regagnant mon logis fut l'agréable et réconfortante odeur de soupe à la carotte qui embaumait l'atmosphère. Il s'agissait d'un des plats que Ginny réussissait le mieux et je sentis mon appétit revenir à la perspective de trouver ce potage délicieux dans mon assiette. J'accrochai ma cape dans l'entrée et me rendis dans la cuisine.
J'y trouvai ma femme, vêtue d'un tablier, qui se tenait penchée sur une marmite d'où s'échappait une fumée odorante. Alice était assise derrière elle et elle lisait un livre qu'elle avait posé sur la grande table. Cette image d'un foyer accueillant me fit du bien après cette longue journée.
Ginny se détourna de la cuisinière et vint m'embrasser sur la joue quand elle m'entendit entrer dans la pièce :
— Je pensais que tu rentrerais plus tard, dit-elle. Le dîner n'est pas encore prêt.
— Je suis désolé, répondis-je. Je n'avais aucune idée de l'heure à laquelle je pourrais quitter le boulot. Les événements se sont un peu précipités.
— La Grande Enquête avance, Papa ? demanda Alice en levant la tête de son livre.
— On peut dire ça.
— Tu as trouvé le coupable ?
— On a un suspect, oui…
— Qui c'est ?
Je résumai dans les grandes lignes l'avancée de l'enquête à ma fille qui me pressa de questions. Je n'entrai pas dans les détails cependant, préférant une version largement édulcorée. Cette histoire était trop sordide pour une petite fille de douze ans ; il valait mieux qu'Alice conserve encore un peu ses illusions. Elle apprendrait bien assez tôt à quel point les hommes peuvent se conduire comme des salauds et à quel point l'amour ne peut être qu'une vaste supercherie. En résumé, je lui dis qu'une autre personne était morte, et qu'il s'agissait d'une amie d'Andréas Smith dont il avait fait la connaissance à Pré-au-Lard. Je ne lui révélai pas non plus l'identité du suspect. Elle insista beaucoup, mais je me tirai d'une pirouette de cette situation inconfortable :
— Je ne peux pas te dire qui c'est parce que je ne suis pas sûr que c'est lui. S'il s'avère que je me suis trompé, je serais déshonoré aux yeux de ma propre fille.
Je prononçai avec emphase la dernière partie de ma phrase et Alice roula des yeux en riant. Elle n'insista pas.
oOØOo
La réponse au message que j'avais laissé à Drago Malefoy me parvint alors que nous passions à table.
Potter,
Je prends mon service demain matin à huit heures et serai disponible jusqu'à dix heures. Mon bureau se trouve au fond de la Grande Salle d'Étude des Sortilèges, septième porte à droite à la sortie de l'ascenseur au Département des Mystères.
Drago Malefoy.
Une drôle de sensation m'envahit. Je n'avais pas échangé de véritable conversation avec ce type depuis de nombreuses années, et ce serait la première fois que nous allions discuter d'égal à égal.
— Qui t'a envoyé ce hibou ? me demanda Ginny en me servant une assiette de potage.
— Drago Malefoy, répondis-je, un peu gêné sans savoir pourquoi.
Ma femme eut une curieuse grimace. Elle non plus, du temps de nos études, n'avait pu supporter ce mec arrogant.
— Malefoy ? fit Alice. C'est le père de Theresa et Sigrun Malefoy ?
— Probablement, répliquai-je.
J'ignorais que les filles de mon ancien ennemi s'appelaient Theresa et Sigrun.
— Elles sont en première année à Serpentard, raconta ma fille. Tout le monde les a remarquées à la rentrée parce qu'elles sont le portrait craché l'une de l'autre, pire que Sirius et Göran. Elles sont blondes, on dirait deux poupées. Elles ne parlent à personne et il paraît que ce sont les chouchoutes du professeur Rogue.
— Le contraire m'aurait étonné, souris-je.
Cet affreux bonhomme, agent double officiant à la fois chez les Mangemorts et dans l'Ordre du Phénix pendant la guerre, avait repris ses fonctions de professeur de potions à Poudlard après que Voldemort ait été tué. Il avait été décoré de l'Ordre de Merlin de première classe pour services rendus à la communauté sorcière et je ne m'étais pas rendu à la cérémonie à l'époque, nourrissant à son égard une rancune encore plus tenace que celle que j'éprouvais vis à vis de Malefoy. Je m'étais fait un peu de souci quand Alice était entrée à l'école, me demandant quel traitement il ferait subir à cette gamine qui était la fille de Harry Potter et la petite-fille de James Potter, mais les choses ne se passaient apparemment pas si mal que ça. Tout cela pour dire qu'il n'y avait rien de surprenant à ce que Rogue fasse du favoritisme envers les filles Malefoy.
— Au fait, Alice, dit Ginny, profitant du détour que prenait la conversation, où en sont tes devoirs ?
Ma fille se renfrogna aussitôt. Si ses résultats scolaires étaient bons dans l'ensemble, elle était assez paresseuse et n'aimait pas passer trop de temps derrière ses livres de classe. Elle marmonna quelque chose à propos d'un devoir de sortilèges qu'elle n'avait pas terminé, puis la discussion dériva sur autre chose.
oOØOo
Lorsque Ginny et moi allâmes nous coucher plus tard dans la soirée, ma femme me posa d'autres questions sur l'enquête et je lui racontai tout ce que je n'avais pas dit à Alice. Je lui fis part de mes soupçons concernant Tobias Smith et elle se contenta de me répondre :
— J'espère que tu tiens le bon coupable.
Elle m'apprit ensuite qu'elle avait discuté avec sa mère par cheminée du fameux dîner du lendemain soir pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. Molly était apparemment déçue que nous ne participions pas à ce grand repas familial, mais Ginny lui avait promis que nous viendrions pour le déjeuner le premier janvier. Je dus faire de nombreux efforts pour cacher mon ennui. Que ce soit ce jour-là ou la veille, je n'avais aucune envie de me coltiner ma belle-famille. Théoriquement, je ne travaillerais pas ce jour-là – la Terre pouvait s'arrêter de tourner le jour de l'an, cette fête était immuable – mais j'aurais préféré rester chez moi tranquillement plutôt que de faire des entrechats devant mes beaux-parents, mes beaux-frères et belles-sœurs et ma myriade de neveux et nièces. J'étais trop épuisé pour me coltiner tout ce monde-là, étant donné que les gamins feraient un boucan de Merlin pendant tout le temps et que Fred et George s'arrangeraient encore pour me faire goûter les dernières confiseries farceuses de leur invention. Rien que d'y penser, je me sentais déjà malade. Je n'en fis pas part à Ginny cependant, voulant une fois encore éviter tout conflit. Je me contentai de me coucher et de souffler les bougies en espérant que le sommeil vienne très vite.
oOØOo
Le lendemain matin, je quittai la maison à huit heures. Je passai à mon bureau où je trouvai quelques notes de services sans importance concernant le procès Christiansen – le trafiquant de potions que j'avais arrêté avant la Grande Enquête –, et je me préparai un café avant de me rendre à mon entrevue avec Drago Malefoy. J'ignorais ce qui me mettait le plus mal à l'aise, le fait de devoir lui parler ou de me rendre au Département des mystères, un endroit que j'évitais autant que possible depuis certains événements qui s'y étaient produits quand j'avais quinze ans. Je finis par m'y rendre quand même, cette histoire de baguettes magiques disparues se devant d'être résolue.
Je chassai l'impression désagréable qui me saisit à la gorge en sortant de l'ascenseur. La pièce circulaire qui tournait sur elle-même n'avait pas changé depuis cette fameuse nuit, mais j'avais appris son fonctionnement depuis. En sortant de l'ascenseur, il fallait annoncer son arrivée à voix haute, donner les raisons de sa venue à cet étage et le nom de la personne qu'on voulait voir. Personne ne pouvait pénétrer sans raison dans le Département des mystères et sans l'accord de quelqu'un qui y travaillait. Je m'éclaircis donc la gorge :
— Je suis Harry Potter, Auror, et je viens voir Draco Malefoy, Langue de Plomb travaillant à la Grande Salle d'Études des Sortilèges pour obtenir des renseignements sur les baguettes magiques dans le cadre de mon enquête.
La salle fit un quart de tour, puis s'arrêta. Je comptais les portes sur ma droite et ouvris la septième.
Je me trouvai dans une immense pièce remplie de cages de verre. À l'intérieur se trouvaient des petits animaux, en majorité des rongeurs, atteints de bizarreries diverses : oreilles manquantes, fourrure d'une drôle de couleur, yeux déplacés sur les pattes, etc. Ce spectacle était assez effrayant. Des baguettes magiques, comme tenues par une main invisible, s'agitaient en l'air, frappant de sorts les bestioles qui couinaient avant de se métamorphoser. Je déglutis péniblement et sondai la pièce du regard pour trouver la porte du bureau de Malefoy. Je la repérai au fond de la salle et je fonçai jusqu'à elle, mal à l'aise à cause des petits cris des animaux et d'une sorte de bourdonnement désagréable qui emplissait l'atmosphère.
Je reconnus immédiatement la voix traînante qui m'invita à entrer lorsque je frappai. Je poussai le battant et m'introduisis dans le petit bureau.
C'était une pièce circulaire de faible surface remplie d'étagère de registres et de boîtes comme celles qu'on trouvait dans la boutique d'Ollivander sur le Chemin de Traverse. Au milieu se trouvait une simple table en bois couverte de documents, derrière laquelle était assis Drago Malefoy. L'âge ne semblait pas avoir de prise sur lui. Il donnait l'impression d'avoir vingt ans alors qu'il en avait trente-cinq. Il avait toujours ses cheveux blonds et raides, et ses petits yeux de fouine n'avaient pas perdu leur regard dédaigneux. Quand il me vit, il se contenta d'incliner la tête dans ma direction.
— Qu'est-ce que tu veux, Potter ?
Je ne répondis pas tout de suite. Bien sûr, même s'il y avait eu une chaise dans ce fichu bureau, il ne m'aurait jamais invité à m'asseoir. Je décidai donc de faire comme chez moi. Je sortis ma baguette magique, fis apparaître un tabouret et m'installai dessus avant de prendre la parole. Malefoy suivit du regard le moindre de mes gestes sans laisser transparaître la moindre émotion.
— J'ai besoin des lumières de l'expert en baguettes magiques que tu es apparemment devenu, expliquai-je sans cacher un certain mépris.
— Mais encore ?
— Je travaille actuellement sur une affaire de meurtre. Un malade a tué deux personnes et on n'a pas retrouvé les baguettes des victimes sur les lieux des crimes. Y aurait-il selon toi une raison pour que l'assassin les ait prises ?
Malefoy sembla réfléchir un moment. Ses petits yeux se perdirent dans le vague et il prit son temps avant de répondre :
— J'aurais une théorie, dit-il, mais encore faudrait-il que ton criminel soit au fait de certaines découvertes en matière de sortilèges…
— Le principal suspect est un libraire, indiquai-je. Il peut avoir des bouquins dans sa boutique qui évoquent les découvertes en question…
— Peut-être… Quoiqu'il en soit, des sorciers américains ont mis en place il y a environ cinq ans un protocole de sortilège permettant d'identifier tous les utilisateurs d'une baguette magique donnée. Ce sort est ne s'est pas encore démocratisé chez nous, mais il est souvent utilisé par l'équivalent des Aurors aux États Unis. Maintenant, partons du principe que ton assassin n'ait pas voulu commettre ses meurtres avec sa propre baguette parce que s'il était soupçonné, il se serait fait prendre par le biais du Priori Incantatem. Il utilise donc celles de ses victimes. S'il connaissait le sortilège d'Identification, ou peut-être par simple précaution, après tout, il a fait disparaître les baguettes de ses victimes parce que ce sort vous aurait permis de remonter jusqu'à lui. Tu comprends ce que je veux dire ?
— Oui, répondis-je.
Je n'avais jamais entendu parler de ce fameux sort d'Indentification. Il avait l'air pratique. Je pensai que Kingsley devait être mis au courant de son existence car cela nous serait sans doute utile à l'avenir.
— Potter ?
— Oui ?
— Cet assassin… Par curiosité, qui a-t-il assassiné ?
Cela ne me coûtait rien de lui répondre :
— Un adolescent nommé Andréas Smith, et Sheryl Reuters, une prostituée.
Malefoy eut un reniflement méprisant. Je devinai ce qu'il pensait : la prostitution n'était pas une profession digne pour une sorcière. Il garda cependant ses réflexions pour lui. Sa théorie me semblant valable, je ne m'attardai pas dans son bureau. Je quittai le Département des mystères aussi rapidement que je le pus.
A suivre…