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Anime/Manga » Yu-Gi-Oh » Vacances sous les Tropiques
Llily.B
Author of 14 Stories
Rated: M - French - Romance/Humor - Marik I. & R. Bakura - Reviews: 34 - Updated: 06-21-11 - Published: 02-14-06 - id:2800576

Auteur : Lily. B on the scene ! Yeah !

Disclaimer : Pas à moi et ils en sont bien contents – ou pas XD

Genre : Yaoï, Romance, Humour… Léger UA et pitet un chouïa de OOC sur la fin

Pairing : Alors tous les couples possibles et inimaginable Yami Yûgi (aka Atem)/Seto - Jôno-Uchi/Makuba - Yûgi/Rebecca - Honda/Anzu - Valon/Maï - Otogi/Shizuka… Et le couple phare à caser Marik/Bakura…Mais comment je vais m'en sortir oO ?

Avertissement : Cette fic fait allusion à une relation homosexuelle donc homophobes allez voir ailleurs si j'y suis !

Rating : Je vais mettre M pour relations sexuelles sous-entendues ou non…

Résumé : Ils sont douze… Douze à avoir percé le secret de leur cœur et à être prêts à tout pour leur ouvrir les yeux… Tout… Mêmes les coups les plus bas…

Note&Co : 8 mois ! Non mais 8 mois ! - quoique le chiffre 8 est un chiffre que j'affectionne tout particulièrement mais là n'est pas le sujet – HUIT MOIS que je suis sur ce fuck*** chapitre ! Je crois que je bats tous mes records au niveau d'update là (T_T)

Désolée pour le retard extrême avec lequel je poste ce chapitre, mais Makuba ayant échappé à mon contrôle, je n'ai pas eu d'autre choix que d'aller jusqu'au bout de son action. Ce fût un accouchement long ET douloureux et je peux d'ores et déjà vous affirmer une chose : PLUS JAMAIS.
Quoiqu'il ne faut jamais dire jamais ^^;
J'avais pas du tout prévu de développer autant les autres couples, mais que voulez vous, Marik dort – pardon TOUT LE MONDE dort - et Bakura a eu son heure de gloire lors du précédent chapitre XD

Pour vous consoler, j'aimerai vous dire que ce chapitre est plus long que les précédents (16 pages au lieu des 6 habituelles ^^ ENJOY !) mais vous risqueriez de le sentir passer, d'autant plus si vous n'êtes pas fan du JU/Maki ^^;
Aussi j'aimerai vous conseiller de zapper complètement le milieu, mais vous risqueriez un peu d'être perdu pour la suite de l'histoire. Néanmoins survolez-le, n'ayez pas peur, je ne vous en voudrai pas ^^
La fin en vaut la chandelle ! (surtout pour les fans du Seto/Atem ^^) Courage !

oOo

Spécial Thanks à Adamantys – parce qu'elle le vaut bien :D

Et encore et toujours MERCI à vous LECTEURS, pour vos petits mots, votre soutien ou simplement la mise dans vos favoris ! I LOVE U *coeur*

En espérant que ce chapitre vous plaise,

Bonne Lecture !


Vacances Sous les Tropiques


Chapitre IV :
Douce Nuit

Le départ de Seto, rapidement suivi d'Atem, puis de Maï quelques minutes plus tard avait plongé la salle de contrôle dans un étrange silence. La duelliste n'avait pris que quelques secondes pour analyser la situation critique dans laquelle ils se trouvaient et en tirer la conclusion suivante : il fallait gagner du temps.

À peine avait-elle énoncé les faits qu'elle commençait à se déshabiller, ôtant sans aucune pudeur chaque couche de vêtement qu'elle trouvait superflue Jôno-Uchi eut à peine le temps de se précipiter vers Makuba et de lui cacher les yeux avant qu'elle ne se retrouve totalement en sous-vêtements. L'image de ce corps sublime exposé à son regard d'homme concupiscent ne le laissa pas indifférent. Avec ses longs cheveux blonds, ses grands yeux malicieux, sa poitrine généreuse, sa taille fine et ses fines jambes fuselées, Maï était de ces femmes qui passaient difficilement inaperçues et dont le charme ravageur ensorcelait quiconque croisait sa route. Elle en était sournoisement consciente, jouant de sa beauté comme elle maniait les cartes, piégeant les hommes sans le moindre scrupule et il aurait fallu être atteint d'aphanisis (1) ou être Seto Kaiba pour pouvoir lui résister.

Kaiba était-il impuissant fut la question qui lui traversa vaguement l'esprit à ce moment-là. Cela aurait certainement expliqué le pourquoi de cette attitude si froide et détestable, mais il ne souhaitait pas un tel malheur au maître des jeux. Mais ne disait-on pas heureux au jeu, malheureux en amour, justement ? Bon. Il fallait définitivement qu'il parle à Atem. Il relégua bien vite ses réflexions au second plan quand il s'aperçut que son amie s'apprêtait à quitter la pièce dans cette tenue.

Le plan de Maï était simple. Elle n'avait pas eu besoin de l'énoncer pour qu'ils le devinent. Ayant fait croire à Bakura qu'elle allait se coucher un peu plus tôt, elle allait tout simplement feindre la rencontre hasardeuse.
Mais était-ce réellement nécessaire qu'elle y aille comme ça ? Il y avait des choses que Jôno-Uchi ne voulait pas infliger à son ami et cette vision en faisait partie. Il n'osait même pas imaginer la réaction de Bakura s'il croisait Maï vêtue d'un soutien-gorge noir push-up - dont le jeu de laçage transparent rendait la vue extrême attrayante - et de sa culotte assortie.

Enfouissant son visage dans la chevelure ébène de Makuba, il s'enivra des effluves fruitées de son shampoing pour masquer son trouble et reprendre ses esprits. Il ferma les yeux et respira profondément avant de suggérer à la duelliste de remettre son short, des fois que leur très respectable hôte ne se décide à l'arrêter pour exhibitionnisme et atteinte aux bonnes mœurs.
Elle fit claquer sa langue dans un geste agacé en lui lançant un regard noir, mais s'exécuta néanmoins. Elle ne voulait pas perdre plus de temps en bavardages inutiles, mais elle crut bon de préciser qu'elle avait été suffisamment généreuse de ne pas avoir fait sauter le haut, ce à quoi Jôno-Uchi lui en fût profondément reconnaissant en ajoutant qu'il ne manquerait pas de prier pour le salut de ses camarades, et surtout le sien. Ne pouvait-elle pas, pour une fois, prendre exemple sur Anzu ou même sa précieuse Shizuka et dormir avec une nuisette, simple au possible, au lieu d'un parfait déshabillé ?

Il poussa un soupir de soulagement quand la porte se referma derrière elle. Le calme envahit peu à peu les lieux et il se noya, une nouvelle fois, dans la délicieuse odeur que dégageaient les cheveux de son cadet, savourant un moment sa douce présence. Le souffle saccadé, son cœur battant à un rythme effréné, il tentait péniblement d'endiguer cette pulsion qui lui tiraillait le ventre. Là, maintenant, toute de suite, il avait terriblement envie de Makuba.

- Est-ce que tu pourrais enlever tes mains de mes yeux maintenant ?

Conscient de l'état de confusion dans lequel se trouvait son petit ami, le jeune Kaiba ne savait comment réagir. C'était la première fois qu'il était confronté à ce genre de situation et il ne comprenait pas vraiment ce qui avait poussé Jôno-Uchi à agir de la sorte. C'était vrai, après tout, des femmes nues, il en avait vu des centaines dans les magazines qu'il planquait sous son matelas pour éviter que son frère ne les trouve. Maï n'était pas si différente de l'une d'entre elles alors pourquoi avait-il réagi ainsi ?

- Jôno, elle est partie tu sais... Je ne crains plus rien, tenta-t-il avec humour, mais son aîné resta désespérément silencieux.

Hésitant, il porta ses mains à ses yeux et referma délicatement ses doigts sur ceux qui s'obstinaient à le maintenir dans le noir le plus complet. Il fut surpris de constater que Jôno-Uchi ne tenta pas de résister et se libéra totalement de son emprise. La lumière de la pièce lui fit cligner des yeux plusieurs fois avant qu'il ne puisse en redessiner correctement les contours. Son regard accrocha aussitôt l'angle d'une caméra d'où Seto venait de disparaître. Il voulut afficher l'image sur le moniteur afin de suivre sa progression mais la voix de son bien-aimé l'en empêcha.

- Ne bouge pas...

Okay... Ça, c'était nouveau aussi. Les mots avaient été jetés dans un souffle, un quasi-murmure, un ton que jamais Makuba ne l'avait entendu prendre avec lui. De plus en plus mal à l'aise, il n'eut pas d'autre choix que celui d'obéir à cet ordre indirect. Les mains de Jôno-Uchi, qu'il avait toujours dans les siennes, s'animèrent et se refermèrent sur elles dans une étreinte amoureuse alors que ses bras se resserraient sur son corps frêle d'adolescent. Quittant l'apaisante chevelure brune, son visage vint s'enfouir dans le creux de son cou en quête de tendresse.

- Jô..no...

- Ne dis rien non plus.

Sa bouche collée à son oreille, le son rauque de sa voix ainsi que la bise chaude qu'elle faisait naître, venant imperceptiblement caresser sa peau, le firent frissonner, provoquant en lui une vague de panique. Bon sang, qu'arrivait-il à Jôno-Uchi ?
De plus en plus inquiet pour son petit ami, il ne s'en laissa pas moins guider par son étrange attitude, lui faisant totalement confiance. Ils restèrent longuement enlacés, dans un silence tendu (2) avant que le duelliste de seconde zone – dixit Kaiba – ne relève légèrement la tête et ne fixe l'écran face à lui.

Au travers le filtre vert de la caméra infrarouge, il distinguait sans mal la forme longiligne qu'était la silhouette de Marik assoupi. Depuis le départ de Bakura, il n'avait pas bougé d'un centimètre, en proie à un profond sommeil. Le voir si paisiblement endormi, la respiration calme et détendu, le soulagea peu à peu de la tension qui l'habitait.
Avec douceur, il se sépara de son cadet, laissant l'empreinte de ses lèvres sur sa joue en guise de remerciement. Sous ses airs effrontés, têtus et capricieux, Makuba était, contrairement à son grand frère, une personne extrêmement docile (3). S'il s'était montré un tant soit peu téméraire – comme cela lui arrivait souvent lorsqu'il se rebellait contre l'autorité de ce dernier – Jôno-Uchi n'aurait pas été capable de dire ce qui se serait passé. Et d'une certaine manière, l'attitude du plus jeune des Kaiba lui confirmait que l'attention qu'il lui portait était tout à fait différente de celle qu'il accordait à son aîné.

- Merci, chuchota-t-il.

Il s'éloigna comme si tout ce qui venait de se passer quelques minutes auparavant n'avait été qu'un rêve fumeux, une étrange illusion de la réalité. Ses pas le menèrent près du mur où l'enregistrement continu de la caméra était projeté. La scène qui s'y déroulait était toujours la même, tant et si bien qu'on aurait pu aisément penser qu'on avait fait un arrêt sur image, si le corps de Marik ne se soulevait pas au rythme régulier de sa respiration. Il l'examina pensivement, comme s'il s'agissait là d'un tableau de maître, puis se tourna vers Makuba, un sourire malicieux aux lèvres.

- Marik a l'air de bien dormir... Si on allait faire pareil ?

Le jeune garçon manifesta aussitôt un profond soulagement quant à voir que son petit ami agissait de nouveau normalement. Il allait accepter sa demande, n'ayant de toute évidence plus rien à faire ici, quand un détail lui revint en mémoire, ainsi que le bien-fondé de leur mission.

- Je... Non... Pars devant, je te rejoins dans cinq minutes. Il y a quelque chose dont je veux m'assurer avant.

Jôno-Uchi acquiesça. Il ouvrit silencieusement la porte et se crispa à l'entente de son nom. Il se détendit rapidement en reconnaissant la voix ô combien enchanteresse de Maï et, jetant un rapide coup d'œil à l'un des téléviseurs, s'aperçut qu'elle était en grande conversation avec Bakura. Du moins le croyait-elle. Visiblement, la duelliste avait gagné son pari et avait réussi à l'entraîner dans l'un de ses trop nombreux monologues. Mais pourquoi diable devait-il nécessairement être au cœur de la conversation ? À croire qu'il y avait toujours matière à dire sur ce sujet. Était-il si désespérant ? Secouant la tête, il profita de ce moment de répit que lui octroyait la jeune femme pour se faufiler discrètement dans sa chambre.

À peine eut-il disparu de la pièce que Makuba parcourait des yeux les innombrables écrans offrant chacun une vue imprenable sur la villa, à la recherche de Seto. Il n'avait pas passé suffisamment de temps sur l'île, encore moins dans cette salle habituellement occupée par les agents de sécurité pour savoir convenablement quelle caméra s'accordait à quel poste. Il avait juste noté au préalable les deux numéros correspondant à celles qui se trouvaient dans la chambre de Marik et Bakura, histoire de les avoir toujours en mémoire.
Repérant enfin le plan qui donnait sur la piscine, il remarqua qu'Atem avait rejoint son vénéré grand frère dans l'eau et à en juger par son expression courroucée ainsi qu'à son T-shirt mouillé, il supposa que cela n'avait certainement pas été de son plein gré.

Mais à quoi pensait Seto ?

Ce n'était pas logique. Et maintenant qu'il y réfléchissait un peu plus longuement, rien de ce que faisaient Seto n'avait de sens. Tout comme Atem. Il avait l'habitude de les voir se chamailler, se provoquer et se défier sans cesse. C'était comme un jeu pour eux, seulement, il avait le sentiment que cela avait pris une tournure différente et il était incapable de se remémorer quand cela avait commencé. Quand les choses avaient-elles commencé à lui échapper ?
Fronçant les sourcils, il se plongea dans une profonde réflexion et se perdit dans le brouillard confus de ses souvenirs.
Il n'avait pas passé autant de temps avec eux pour laisser passer ce genre de détail. Et si Atem avait vraiment voulu taquiner son frère, il aurait pu au moins le mettre dans la confidence.

Il vit Seto tendre la main et capturer amoureusement entre ses doigts une de ses mèches blondes. Ce n'était pas la première fois qu'il assistait à ce genre de scène, la curiosité l'ayant trop souvent piqué au vif pour vraiment s'en sentir embarrassé aujourd'hui, cependant il hésita à afficher la vidéo sur le mur pour voir l'action de plus près.
Pour la première fois, il avait l'impression de violer leur intimité. De partager quelque chose qu'ils auraient dû être seuls à partager et Makuba maudit sa sollicitude maladive. Mais il voulait savoir. Il avait besoin de savoir si ces deux là lui cachaient réellement quelque chose ou si vraiment, il s'inventait des histoires.

Intervertissant les images, il eut alors tout le loisir d'épier le moindre de leurs mouvements. Son grand frère jouait affectueusement avec les cheveux d'Atem, s'amusant à les enrouler autour de ses doigts, tandis que ce dernier, bras croisés contre sa poitrine, fuyait ostensiblement son regard. De toute évidence, il semblait contrarié. Le plus jeune des Kaiba connaissait bien cette attitude agacée. Son beau-frère avait l'habitude de s'en revêtir lorsque Seto s'enfermait dans des discours qu'il jugeait insensés et même s'il n'en avait pas l'air, il n'en écoutait pas moins chaque mot avec attention. Et lorsque son aîné tourna délicatement son visage pour obliger leurs yeux à se croiser et qu'il pencha lentement sa tête pour l'embrasser, Makuba sut qu'il s'était trompé. Il était tout bêtement impossible qu'il se soit passé quelque chose entre eux. Il y avait tellement de douceur dans les gestes de son frère, tellement de tendresse qu'il se demandait si Atem avait véritablement conscience des sentiments qu'il portait à son égard.
Finalement, il s'était inquiété pour rien. Il s'était laissé prendre au jeu de leur dispute alors qu'ils n'avait fait qu'appliquer leur plan à la lettre, tenant leur rôle à la perfection.

Seto alla mordiller le cou de son amant, flattant ses hanches et remonta lentement son T-shirt. Makuba se sentit rougir devant son inquisition, et jugea qu'il était grand temps de rejoindre Jôno-Uchi. Seulement... Il n'arrivait pas à détacher son regard du spectacle que lui offraient inconsciemment ses deux modèles, tant il les trouvait magnifiques.
Leur étreinte, mystérieuse symphonie de deux êtres brûlants d'un amour insensé, trahissait toute l'intensité de ces sentiments inavouables, mettant des notes sur ce qui ne pouvaient être dit. Il aurait fallu être particulièrement insensible ou parfaitement malveillant pour oser s'immiscer entre eux et ainsi briser la fragile mélodie de leurs âmes tourmentées.
Cependant, même si le cadet des Kaiba ne pouvait prétendre à aucune des ces catégories, il ne put ignorer cette soudaine jalousie qui l'assaillit traîtreusement.
La tête basse, la honte envahissant peu à peu son visage, il s'empressa de couper l'image. Jamais, au grand jamais, il ne s'était senti aussi misérable. Jusqu'à maintenant, il n'avait eu aucune raison d'envier son grand frère, ayant parfaitement conscience qu'il ne pourrait jamais le surpasser, continuant certainement de vivre toute sa vie dans son ombre.
Seto avait toujours était un exemple de réussite et d'intelligence, une référence qu'il s'était toujours appliqué à suivre. Lui seul savait combien il avait travaillé dur pour leur offrir ce dont ils rêvaient, jusqu'à en perdre ce qu'il avait de plus de cher : son sourire.
L'arrivée d'Atem dans leur vie n'avait rien changé. Tout au plus, Seto avait été légèrement plus présent et il s'était vu soulagé par cette nouvelle présence rassurante qui était la seule à réellement pouvoir le libérer de cette solitude empoisonnante.
Seto s'était rarement confié à lui, se contentant juste de le rassurer quand ses angoisses étaient telles qu'il ne pouvait plus les contenir. Contrairement à lui, il n'avait jamais eu le besoin de taire ses émotions, s'épanchant insatiablement dès qu'il en perdait le contrôle. Il n'avait jamais était seul, ses bras chaleureux ayant toujours était là pour le réconforter et la présence sécurisante de Jôno-Uchi lui assurait qu'il ne le serait jamais.

La vérité lui empoigna brusquement le cœur. Comment avait-il pu oublier que son frère avait toujours préféré l'action à la parole au point qu'il en regrettait même que son petit ami soit si bavard, souhaitant parfois secrètement qu'il l'enlace aussi fortement contre lui que Seto le faisait avec Atem. Leurs sentiments seraient-ils aussi intenses ? Leur étreinte serait-elle aussi enviable ? Donneraient-ils l'impression de ne faire qu'un ? Une entité inséparable qui les conduirait lentement au bord du gouffre, au bord de la folie comme cela était le cas pour ses aînés ?

Un doute effroyable s'empara soudainement de lui, et quittant la pièce à grand pas, se dépêcha de rejoindre Jôno-Uchi. Il ouvrit la porte si précipitamment que ce dernier se retourna violemment sur le matelas, surpris par cette apparition intempestive.
Quand il avait quitté Makuba quelques minutes plus tôt, il s'était attendu à ce qu'il le rejoigne rapidement. Mais le temps passant, il avait fini par se jeter sur le lit, se recroquevillant sur l'un des rebords. Il se serait probablement endormi si le jeune homme n'était pas arrivé si inopinément.

D'une démarche assurée, l'adolescent se dirigea vers lui. Sa main se referma vivement sur son col et dans un mouvement aussi ferme que rapide, il scella leurs lèvres. Jôno-Uchi se figea, trop abasourdi par ce geste aussi soudain qu'inhabituel. Réfléchissant à toute allure, il tenta de comprendre ce qui avait bien pu se passer dans la tête de son cadet, le court instant où il l'avait laissé seul, et qui serait susceptible de justifier un tel comportement, mais rien ne lui vint. Ou plutôt, tout lui échappa.

Voyant qu'il ne répondait pas à ses attentes, Makuba rompit le baiser et s'éloigna légèrement de lui, contrarié. Pourquoi Jôno ne réagissait-il pas ? Il était stupide ou quoi ?

- Jôno, faisons-le ! s'exclama-t-il avec véhémence en guise d'explication.

- Faire quoi ?

Définitivement, il était stupide. L'expression confuse sur son visage ne pouvait que le lui confirmer. Seto avait raison : Jôno-Uchi Katsuya était bel et bien un imbécile. Un imbécile qu'il aimait, certes, mais un imbécile quand même. L'adolescent baissa la tête en soupirant alors que le duelliste essayait vainement de découvrir ce qu'il désirait si ardemment. À ce moment précis, jamais Makuba ne lui avait paru si incompréhensible. Encore plus lorsqu'il leva brusquement son regard lavandin empli d'une détermination qu'il ne lui connaissait pas.

- Coucher ensemble, voyons ! (4)

La réponse le déstabilisa complètement et fondant de nouveau sur ses lèvres, son cadet ne lui laissa pas le temps d'assimiler pleinement l'information. Sa bouche se referma avidement sur la sienne tandis qu'il se rapprochait davantage, glissant sans le vouloir son genou sur son entrejambe. Son gémissement plaintif se perdit dans le langoureux ballet de leurs langues enfiévrées cependant que son corps réagissait instinctivement à l'insouciante initiative du vice-président de la Kaiba Corporation. (5).

Machinalement, sa main s'égara autour de sa taille, resserrant leur étreinte, laissant, l'autre, plus cajoleuse s'égarer dans la forêt de ses cheveux désordonnés. Il était assez inhabituel qu'ils puissent se retrouver ainsi : seuls, à profiter pleinement de la présence de l'autre, Kaiba ayant toujours la mauvaise manie de venir jouer les rabat-joies, aussi Jôno-Uchi comptait bien savourer entièrement ce que Makuba avait à lui offrir. Ses initiatives étaient bien trop rares pour qu'il ne puisse pas les apprécier à leur juste valeur, même si celle-ci avait un arrière goût d'amertume. Il craignait qu'en le repoussant, il perdrait cette assurance, qu'il avait habituellement en toute circonstances... Sauf quand il s'agissait de se retrouver seul avec lui. Dans ces moments là, il devenait souvent gêné et maladroit, ne sachant quoi faire ou que dire, et Jôno-Uchi ne savait jamais comment dissiper son malaise. Plus que jamais, il avait conscience de la dangerosité de la situation, cependant, il ne tenta pas de la réfréner. Au contraire. Égoïstement, il voulait encore s'enivrer de la présence de son corps contre le sien, et goûter à ses attentions pourtant trop mécaniques pour être agréables. Makuba soupirait son nom entre deux baisers. Makuba gémissait sous ses innocentes caresses. Makuba embrassait, mordillait, dévorait chaque parcelle de peau qu'il rencontrait et tout cela ne cessait d'alimenter son imagination, réveillant un désir qu'il avait jusque là, essayé de refouler.
Aussi lorsqu'il sentit les doigts inquisiteurs de son petit ami s'infiltrer malicieusement sous son T-shirt et glisser sur son ventre nu, il fut contraint de l'arrêter. Ses mains se refermèrent sur les siennes avant de l'éloigner doucement de lui.

- Makuba, soupira-t-il. Arrête, tu ne sais pas ce que tu fais.

- Si ! Je veux coucher avec toi !

Jôno-Uchi se passa nerveusement une main dans ses cheveux, fuyant le regard inébranlable de l'adolescent. Ce regard si propre aux Kaiba et qui ne souffrait aucune protestation. Abdiquer était la seule alternative possible à moins de vouloir subir les foudres de leur contrariété. Mais, aussi étrange que cela puisse être, derrière ce masque d'impassibilité se cachait une peur sans équivoque : celle de souffrir. Le jeune homme en était plus que conscient et il ne souhaitait pas blesser Makuba, que ce soit dans son cœur ou dans son amour propre.

- Ce n'est pas comme ça que ça marche. Il ne suffit pas de le décider pour le vouloir. Tu n'es pas prêt, répondit-il doucement.

- Ce n'est pas vrai ! se récria aussitôt son cadet en faisant la moue.

Si vraiment il y avait une chose qu'il détestait, c'était bien que Jôno-Uchi le prenne toujours pour un gamin. Il avait 16 ans nom de Dieu ! 16 ans ! Il était temps que son petit ami s'en rende compte. Certes, il vivait sa première relation sérieuse et il avait durement bataillé pour l'obtenir, mais cela ne faisait pas pour autant de lui un novice en matière de sexe. Ce n'était pas pour rien s'il cachait ses magazines porno à son frère, il n'avait tout simplement pas envie de répondre à ses questions concernant ses activités nocturnes. Déjà que cela avait été affreusement gênant quand Isono l'avait surpris en train d'en acheter un, sortant par la même occasion de son rôle de garde du corps pour jouer les père moralisateur qu'il n'avait jamais eu.
Son adolescence n'avait, certes, rien de normal, mais quoi de plus étonnant lorsqu'on portait le doux nom de Makuba, rattaché à celui des Kaiba ? Cela pouvait s'avérer extrêmement difficile, d'autant plus quand on avait pour modèle, son frère aîné, Seto Kaiba, qui lui, n'avait rien d'un adolescent normal. Heureusement cela ne comportait pas que des inconvénients et à cet instant précis, Makuba eut une bouffée d'orgueil quant à être le petit frère et le prestigieux associé du président de la Kaiba Corporation, car à ce titre, il avait pu apprendre une chose essentielle : l'art de contourner les problèmes, ce qui, dans le cas présent, allait lui être d'une grande utilité.

- D'accord, abdiqua-t-il en laissant sa tête reposer contre la poitrine de son aîné.

- D'accord ? s'étrangla aussitôt ce dernier, surpris qu'il renonce si facilement.

Mais voyant que le jeune homme qu'il tenait tout contre lui n'envisageait rien de plus que rester blotti entre ses bras, il se détendit. Un léger soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres tandis qu'il levait la main pour caresser distraitement les cheveux ébène. Enfin les choses prenaient une tournure un peu plus naturelle. Fermant les yeux, il se laissa doucement bercer par l'apaisante respiration de son cadet qui semblait s'endormir. Les derniers préparatifs ainsi que le départ pour l'île avait été particulièrement éprouvants, d'autant plus que Makuba s'était personnellement investi, participant avec une assiduité effrayante au plan d'Atem, aussi méritait-il lui aussi son lot de sommeil.

Endormir la méfiance de Jôno-Uchi pour mieux obtenir ce qu'il voulait, telle avait été son idée mais à son contact, l'esprit du jeune vice-président s'apaisait doucement. Le trouble qui l'avait animé quelques minutes auparavant se dissipait lentement au rythme de ses caresses, l'endormant paisiblement. Cependant, malgré ce sentiment de sécurité et cette chaude éteinte, les images qu'il avait vues un peu plus tôt ne cessaient de défiler sous ses paupières closes, faisant écho à cette angoisse qui l'avait toujours habitée.
Il se sentait stupide de toujours tout ramener à son frère, comparant constamment leur vie et leurs relations, alors même qu'il détestait qu'on les confondît. Invariablement, son esprit le menait toujours vers Seto et sa façon de penser. De ses réactions à son comportement, il n'avait de cesse de vouloir l'égaler, l'imitant presque tant il l'admirait.
Même maintenant, il souhaita être comme lui. Lui à qui rien, ni personne ne résistait. Alors de nouveau, comme mu par une inspiration soudaine, ses mains s'animèrent et recommencèrent à parcourir le corps de Jôno-Uchi. Il l'aimait et il comptait bien le lui prouver ! Il était hors de question que son frère intervienne une fois de plus et lui gâche son plaisir, car Makuba se doutait bien que le refus de Jôno-Uchi n'était dû qu'à la volonté de plaire à son frère et non de réellement le repousser.

L'adolescent était frustré et cela se reflétait à travers ses gestes impatients, désordonnés mettant à mal les résolutions de son petit ami. Katsuya avait profité de ce moment d'accalmie pour se raisonner et apaiser cette envie dévorante qui menaçait de l'assaillir. Tant que Makuba ne s'agitait pas, son entrejambe cessait de souffrir, mais maintenant qu'il reprenait ses attentions, ravivant la flamme de son désir, il tenta une nouvelle fois de l'arrêter. Mais il était faible sous cette soudaine ardeur et les baisers maladroits du jeune garçon avait un goût de « reviens-y ».
Cependant, il avait de plus en plus de mal à en apprécier la saveur, conscient dès le départ que tout n'avait toujours été que poudre aux yeux. Oui Makuba l'embrassait, oui Makuba le touchait, oui il aimait ça et oui il en redemandait... Sauf que ce n'était pas Makuba. Ce n'était qu'un ersatz, à peine une pâle copie bon marché et il avait délibérément abusé de l'occasion qu'il lui était offerte, se dégoûtant lui-même.

La soudaine passivité de Jôno-Uchi ne sembla pas préoccuper le jeune Kaiba, qui, ne répondant qu'à la satisfaction de son besoin égoïste et jaloux, continuait son é, ses souvenirs guidaient complètement ses actions, l'image de son frère et de son amant se donnant l'un à l'autre plus que jamais ancrée dans sa mémoire. Il les avait suffisamment surpris dans ce genre de situations embarrassantes pour être désormais capable de les imiter.
Il ne comprenait pas très bien les notions d'envie et de plaisir. Tout ce qu'il savait c'est que c'était là une manière de faire comprendre à Jôno-Uchi, les sentiments qu'il avait pour lui. Alors qu'il l'embrassait, sa main quitta innocemment sa nuque pour glisser le long de sa poitrine, déviant sur ses flancs. Lorsqu'elle rencontra le cuir de la ceinture, Makuba prit réellement conscience de ce qu'il voulait faire et ses joues se teintèrent de rouge sans que cela ne le découragea, au contraire. Ses doigts longèrent la barrière de cuir avant de brusquement se faire arrêter par ceux de Jôno-Uchi qui venait de rompre le baiser. Levant timidement les yeux, Makuba rencontra alors ceux noirs de colère de son petit ami.

- Je peux savoir ce que tu comptais faire ? gronda-t-il

La question prit le jeune homme de court et il détourna la tête, rougissant de plus belle. Ce n'est qu'à ce moment là qu'il réalisa pleinement la position dans laquelle il se trouvait. Il était bien trop près de Jôno-Uchi et sa jambe n'aurait pas dû être là où elle était. Néanmoins, loin de l'embarrasser, cette simple constatation donna naissance à une étrange sensation accompagnée d'une douce chaleur qu'il fut bien incapable de nommer avant que la douleur d'un nouveau rejet ne viennent affecter ses pensées.

- Tu ne veux pas de moi c'est ça ? demanda-t-il dans un souffle.

Le ton de la voix apaisa quelque peu la colère du duelliste, qui, de nouveau, se passa une main dans ses cheveux dans un geste nerveux et se mordilla les lèvres. Il ne comprenait vraiment pas ce qui pouvait bien se passer dans la tête de Makuba et il se désespéra d'être aussi stupide. Si seulement il avait eu l'intelligence de Yûgi ou même d'Atem, sans doute aurait-il compris ce qui tracassait tant son cadet au lieu de le blesser. Mais n'étant ni l'un ni l'autre, il allait agir comme l'imbécile qu'il était.

- Bon sang Makuba !

En désespoir de cause, il attrapa sans douceur le menton du jeune garçon entre ses doigts, l'obligeant à lui faire face avant de coller sa bouche à la sienne avec fureur, le renversant sur le lit. Il aurait tout le temps de penser aux conséquences plus tard. Pour l'heure, tout ce qui comptait à ses yeux, était d'apaiser le chagrin qu'il venait de causer à la personne qu'il aimait et peu importait le moyen. Mais il se devait de faire comprendre à Makuba qu'on ne jouait pas impunément avec le feu sans se brûler les doigts. Il ne voulait pas penser au fait que quelques instants auparavant, il avait passé plus d'un quart d'heure dans la salle de contrôle à réfréner ses pulsions et il ne voulait pas que cela soit vain. Si le cadet des Kaiba voulait l'allumer, qu'il le fasse en âme et conscience et non pour il ne savait quelles raisons idiotes.

Malgré la pression qu'exerçait Jôno-Uchi sur ses poignets, le maintenant sous lui, Makuba ne put s'empêcher d'apprécier la rudesse de ce baiser. C'était si inattendu, si inhabituel qu'il fût assailli par un fulgurant vertige, une délicieuse fièvre, comme s'il avait toujours attendu cet instant.
Son aîné s'était souvent montré tendre et patient, parfois même taquin voire carrément « lourd » quand il ne lui distribuait pas des leçons, mais jamais, il ne s'était comporté de manière aussi violente, aussi possessive. Pour une raison qu'il ignorait, Jôno-Uchi semblait avoir momentanément brisé les chaînes de la moralité qui le liait à son frère, pour ne plus penser qu'à lui, à eux, et il appréciait grandement cela.
Oubliant tout ce qui s'était passé auparavant, son esprit était désormais focalisé sur ces nouvelles émotions qu'il ressentait. C'était si puissant, si grisant qu'elles lui tordaient le ventre d'une indescriptible impatience.
La sensation de sa langue caressant la sienne l'étourdissait, l'odeur de son parfum l'entêtait et le poids de son corps contre le sien le réconfortait. Il se sentait comme entouré d'un incroyable cocon de bien-être duquel il ne souhaitait jamais sortir.

Lorsque Jôno-Uchi délaissa ses lèvres, la perte de ce contact lui parut si étrange qu'il le réclama aussitôt dans un gémissement plaintif. Mais son petit ami refusa d'accéder à sa requête, préférant goûter le grain de sa peau. Il gémit de nouveau tandis que des dents affamées lui dévoraient le cou, laissant sur lui l'empreinte de leur passage. Prenant lentement conscience de son assujettissement, Makuba n'en restait pas moins soumis à la moindre de ses envies dont il ne voulait se soustraire alors que l'appréhension s'infiltrait dans ses veines, inextricable mélange de crainte et d'excitation.
Desserrant sa prise, l'une des mains qui le retenait jusqu'alors prisonnier, redessina en une caresse légère le contour de son bras et glissa le long de sa clavicule pour atteindre le premier bouton de sa chemise entrouverte. Il cessa de respirer. Jôno-Uchi bougea légèrement afin de facilité ses mouvements et lentement, très lentement s'attarda à faire sauter chacune de ses attaches. Il commença par embrasser le creux de sa clavicule, puis au fur et à mesure qu'il le déboutonnait, chatouillait doucement de son souffle la peau mise à nue. Pour chaque bouton enlevé, l'adolescent sentait son cœur faire un bond dans sa poitrine. Sa respiration se fit de plus en plus saccadée au fur et à mesure que son aîné le déshabillait, emmenant avec lui une multitude d'émotions qu'il ne pouvait identifier. Sa crainte s'accentua en même temps que son impatience tandis que le dernier bouton sitôt ôté laissa tout le loisir aux lèvres gourmandes de Jôno-Uchi de découvrir et de se repaître de cette partie de lui, encore immaculée.

- Jôno... supplia Makuba

L'inquiétude déformait sa voix. Il ne savait que craindre, qu'espérer. Sa main glisserait-elle le long de son ventre tandis qu'il le regarderait de ses yeux chocolat brûlants de désir ? Ou alors serait-ce sa bouche qui, espiègle, s'amuserait à le tourmenter ?
À cette pensée, son corps sembla soudainement s'embraser, tandis qu'il laissait échapper un léger gémissement. Jamais auparavant il ne s'était imaginé dans ce genre de situation compromettante, et cela l'effraya. Il ne s'agissait plus d'un film ou d'un quelconque fantasme. Ses sentiments étaient bien réels, tout comme la présence de Jôno-Uchi.
La panique s'insurgea brusquement en lui, estompant sa torpeur alors que la réalité s'imposait à lui.

Une bouche amoureusement posée sur son nombril accentua sa dé, elle disparut rapidement pour mieux happer ses lèvres, avec la même tendresse. Sentir de nouveau la langue de Jôno-Uchi jouer avec la sienne, le rassura et le réconforta. Son compagnon n'avait vraisemblablement nul envie de pousser plus loin son exploration. Son angoisse se distilla au gré du baiser dont il savoura la douceur. Comme prit dans un semi-songe, sa main libérée vint se glisser derrière la nuque de son aimé, l'invitant à prolonger leur étreinte.
De nouveau enveloppé par son agréable chaleur, ses doutes se dissipèrent. L'esprit apaisé, il se surprit à vouloir passer la nuit ainsi, tendrement enlacé dans ses bras. Très vite cependant, la peur s'empara de son corps, le paralysant. Jôno-Uchi venait d'effleurer ses hanches et ne semblait pas vouloir s'y poser.
Ses doigts, en une légère caresse, glissaient le long de son ventre, lui arrachant des frissons. Instinctivement il se cambra à la recherche de contact. Cette réaction le terrifia. Ce n'était pas ce qu'il désirait. Mais comment le faire comprendre à Jôno-Uchi qui l'embrassait avec une intensité telle qu'il l'empêchait de parler ?
Il lui semblait impossible de croire qu'il n'ait pu remarquer sa tétanie. C'était impossible. Pourtant c'était bien ce que cela semblait être. Il ferma les yeux plus fortement, comme si cela lui permettrait de se sortir de ce mauvais rêve mais lorsque Jôno-Uchi fit sauter le bouton de son jean, la panique s'infiltra totalement en lui, transformant ce nid d'amour en prison cauchemardesque.
Il n'était pas idiot. Il savait où son petit ami voulait en venir. Seulement, il ne s'était pas préparé à ça. Il ne voulait pas que cela se passe. Pas dans ses conditions. Serrant les poings, il commença à lui marteler le dos dans l'espoir de l'arrêter. Terrorisé, les larmes roulaient le long de ses joues tandis qu'il ne cessait de frapper faiblement le duelliste. Jôno-Uchi cessa alors tout mouvement et s'éloigna prestement de lui, les yeux noirs de colère.

- Tu vois ! Tu n'es pas prêt ! gronda-t-il.

La réaction surprit Makuba qui se redressa légèrement, abasourdi par le ton et ses paroles. Jamais auparavant Jôno-Uchi ne s'était permis de lui parler de la sorte. Pourtant il comprenait son ressenti et ne pouvait que s'incliner devant lui. De par son comportement égoïste, il l'avait mis dans une situation délicate. Jôno-Uchi avait raison de le traiter comme un gamin, il ne valait pas mieux.

Il baissa la tête, coupable.

Le duelliste passa une main nerveuse dans ses cheveux, en soupirant. Il n'avait jamais voulu en venir à de telles extrémités mais l'entêtement des Kaiba ne pouvait se contrer qu'une fois au pied du mur. Il regrettait seulement de l'avoir fait pleurer.
Atem était-il souvent confronté à ce genre de caprices ? Il doutait que Kaiba sache pleurer, mais Makuba ? L'avait-il souvent contrarié ?
Las de toutes ces pensées et de toutes les interrogations qu'elles apportaient, il poussa de nouveau un profond soupir et se décida à descendre du lit. Il avait besoin de mettre un peu de distance entre lui et Makuba. Ses précédentes attentions n'avaient pas été dénuées de désir. Il se devait maintenant de le contenir avant de commettre une erreur, qui ne serait pas sans incidences. Pourquoi diable avait-il fallu qu'il cède à ses simagrées?

Alors qu'il s'apprêtait à se lever, Makuba eut une violente bouffée d'angoisse et se précipita pour le rattraper. Il espérait ainsi dissiper le malaise qui s'était progressivement installé. Il craignait que ce long et blessant silence n'empoisonne leur relation, s'il ne le faisait pas. Dans son affolement, ses pieds s'enmêlèrent dans le dessus de lit. Jôno-Uchi le rattrapa de justesse avant qu'il ne tombe, l'entraînant dans sa chute. (6)
Le choc fut plus rude que ce qu'il n'avait pensé. En tant que duelliste, il avait l'habitude de subir des revers et il ne comptait plus le nombre de fois où l'onde de choc provoquée par la destruction de ses montres l'avait soufflé comme une brindille - Kaiba accordant toujours extrêmement d'importance aux réalismes de ces illusions. Veillant toujours à ce que les Duel Disk restent à la pointe de la technologie, les sensations étaient décuplées lors d'un duel, et Jôno-Uchi restait persuadé que les souffrances infligées aux joueurs – aussi minimes soient-elles – n'étaient dues qu'au plaisir sadique de son créateur.

- Makuba, est-ce que ça va ? demanda-t-il soucieux de son bien-être.

L'adolescent acquiesça silencieusement, les yeux résolument fixé sur l'imprimé de son T-shirt. « Professional Gaming » clamait l'image, agrémentée de deux mains qui tenaient une manette de jeu. Elle ne croyait pas si bien dire. Son cœur en avait souvent fait la douloureuse expérience. Ses doigts se resserrèrent sur le tissu chocolat, alors qu'il se replongeait dans ses tristes souvenirs.
Comme s'il avait soudainement ressenti sa peine, Jôno-Uchi, ignorant la position délicate dans laquelle il se trouvait, referma ses bras autour de lui, l'emprisonnant dans une tendre éteinte.

- Excuse-moi, lui murmura-t-il au creux de l'oreille.

Makuba secoua vivement la tête en s'écartant. Il se sentait terriblement coupable. Les joues rouges, il repensait aux caresses auxquels il s'était laissé allé, qui, loin de le laisser indifférent, avaient réveiller en lui un indicible besoin, impossible à s'était comporté comme un enfant et il devait maintenant en assumer les conséquences.

- Non, c'est à moi de le faire, dit-il mal à l'aise.

Il tenta de s'échapper, mais dans sa fuite, sa main rencontra malencontreusement la protubérance plus qu'imposante qui déformait le pantacourt de Jôno-Uchi et qu'il avait jusque là, tenté de cacher.

- Oh ! s'exclama-t-il en rougissant alors que son esprit analysait la situation.

Jôno-Uchi, presque étendu sur le sol, redressé sur ses coudes, étaient visiblement, dans le même état que lui qui, le dominant presque, chemise ouverte, tenait entre ses doigts, la preuve flagrante de son désir. Difficile de faire plus embarrassant.

- Oh, comme tu dis ! se moqua Jôno-Uchi, gêné.

La honte lui brûlait le visage et se relevant pour mettre fin à son embarras, annonça qu'il allait se doucher. Encore tout chamboulé, Makuba le regarda faire sans réagir. Ce n'est que lorsqu'il entendit la porte se refermer qu'un sourire niais étira ses traits. Il venait soudainement de comprendre l'étrange attitude à son égard. Durant tout ce temps, Jôno-Uchi n'avait eu de cesse de réprimer son envie, contrôlant son empressement de le faire sien et cette constatation fit battre son cœur plus rapidement encore. Il était bêtement heureux. Lui qui avait cru qu'il ne partagerait jamais ses sentiments, venait d'être assuré que le duelliste l'aimait suffisamment, au point de lui laisser choisir le moment où leur relation devrait prendre un autre tournant.
Cependant une moue boudeuse vint rapidement remplacer la trace de son bonheur, en songeant aux mauvaises intentions qui l'avait assailli quelques minutes auparavant. Il se sentit honteux d'avoir ainsi tourmenté son aîné pour des raisons purement puériles et égoïstes. Cela ne l'empêcha pourtant pas d'en éprouver une légère frustration. Même s'il avait le temps, il avait hâte de savoir si en matière de convoitise, son couple égalait celui de son frère.

Soupirant, il se laissa tomber sur le dos, enchanté malgré tout par la tournure qu'avaient pris les évènements et les révélations qui en avaient découlées. Dans son euphorie, il en oublia le lit, se trouvant derrière lui et qui ne se rappela à son bon souvenir que lorsque le haut de sa tête en rencontra la bordure de bois.

- Itai !

Grimaçant de douleur, il se frottait l'arrière du crâne dans le but d'en faire disparaître le mal, quand on frappa à la porte. Surpris par cette visite pour le moins inattendue, il se releva et d'un pas léger se dirigea vers l'entrée de la chambre. Ce qu'il découvrit de l'autre côté le laissa muet de stupeur. Bakura, les yeux rougis d'avoir trop pleuré, emmitouflé dans une légère couverture marine se tenait sur le seuil, en compagnie d'Atem, dont l'expression grave se reflétant sur son visage lui intimait de se taire.

- Bakura ne veut pas retourner dans sa chambre. Il peut rester ici pour la nuit ? expliqua-t-il.

Il portait le peignoir bleu de son frère, ne laissant nullement place au doute quant à ce qu'ils avaient fait, surtout compte tenu des dernières images qu'il avait vu. Ce qu'il comprenait moins en revanche, c'était la présence de Bakura ainsi que sa soudaine désolation. Lui qui avait toujours l'habitude de le voir si souriant, il sentit sa gorge se serrer de le voir si accablé. La fragilité du jeune homme lui sauta brutalement aux yeux tandis qu'il cherchait du réconfort dans ceux du maître des jeux. Mais la profondeur des prunelles violines lui disait de ne surtout pas poser de questions et d'accepter la requête sans chercher à avoir d'explications. Makuba perçut très bien le message, sachant pertinemment qu'il aurait les détails plus tard. Pour l'heure, l'état de Bakura était plus que préoccupant, si bien qu'Atem, même s'il l'avait remarqué, ne fit aucun commentaire quant à sa tenue.

- Bien sûr.

Il s'effaça pour laisser entrer le jeune homme à la chevelure de neige, qui s'excusa du bout des lèvres, en franchissant la porte, juste avant que le jeune Kaiba ne la referme non sans avoir regardé une dernière fois son complice.

Une fois seul, Atem ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Bakura était entre de bonnes mains désormais. Makuba était suffisamment intelligent pour ne pas accentuer son mal être ; en revanche il ne parierait pas sur Jôno-Uchi. Leur ami était peut-être une personne de confiance, pourtant, quand il s'agissait de se taire, il faisait parti des abonnés absents. Il espérait vivement que cette fois-ci, il aurait la présence d'esprit de s'effacer... Voire disparaître... Complètement. D'ailleurs en y songeant, il ne l'avait pas aperçu aux côtés de l'adolescent et il n'aurait su affirmer si cela était une bonne ou mauvaise chose. Réflexion faîte, il ne voulait même pas penser à ce qui se passait entre ses murs, ni même à quoi que ce fût.
Tout ce qu'il voulait maintenant, c'était goûter au repos auquel il aspirait depuis plusieurs heures déjà, à défaut de pouvoir savourer sa maudite cigarette. Qu'importe ce que dirait Yûgi, si les choses continuaient au même rythme, c'était tout un paquet qu'il s'enfilerait.

Jetant un coup d'œil par-dessus la balustrade, il se demanda vaguement si Seto avait terminé d'effacer toutes traces de leur passage. Quelques instant auparavant, il l'avait enveloppé dans son peignoir, voulant s'en doute l'empêcher de prendre froid, puis l'avait laissé seul avec Bakura. Atem se souvenait encore avec précision de la teinte carmine qu'avait prise les joues du jeune homme en le voyant se pavaner nu et il s'en serait presque amusé si la situation n'avait pas été si dramatique. C'est à peine s'il s'était étonné de l'étrangeté de son comportement, laissant entrevoir une complicité qu'il ne croyait exister que lors de leur duels de Magic and Wizards.
Il soupira. Il n'avait même plus la force d'être en colère contre lui, bien qu'il sache pertinemment que dès qu'il croiserait son regard, les affres de la fureur ne manqueraient pas de faire bouillir son sang.
Après tout, tout était de sa faute. Entièrement de sa faute et rien que d'y penser, il en tremblait de rage. Non mais quel idiot ! Comment avait-il seulement pu le laisser faire ?

Serrant les poings, il s'empressa de regagner leur chambre et plus précisément, la salle de bain. Il avait besoin de se débarrasser de cette odeur de chlore, mais plus encore, de cette odeur de sexe qui ne cessait de lui renvoyer sa propre faiblesse.
La chaleur moite de la pièce accompagnée d'une légère flagrance épicée le renseigna sur le passage de Seto et il ferma les yeux pour mieux en savourer les dernières notes. Respirer ce parfum si familier lui fit l'effet d'un tranquillisant et il sentit toute la tension accumulée quitter ses épaules tandis que la preuve flagrante de sa vulnérabilité lui enserrait une nouvelle fois la gorge.

Il se dégoûtait.

Tout à sa colère, il ne prit pas le temps de refermer les portes et laissa l'essence délicatement ambrée de son gel douche envahir ses sens et apaiser son esprit tourmenté. Les yeux fermés, il s'octroya un instant de détente, se forçant à la sérénité, tandis que le jet d'eau chaude meurtrissait sa peau de par sa puissance. Levant la tête, il abandonna son visage aux gouttes assassines qui emportaient avec elles la preuve flagrante de sa détresse. Il se détestait. Mais plus encore, il détestait Seto Kaiba, l'homme qui était responsable de tous ses maux, de toute sa douleur sans qu'il puisse rien n'y faire pour l'endiguer. Et pire que tout... Il en était profondément, désespérément amoureux. Ses sentiments l'attachaient à lui mieux que n'importe quelles chaînes, le condamnant à souffrir encore et encore.
Il aurait pu jouer les ignorants à coup de « si j'avais su » pour oublier sa peine, mais Atem avait toujours été extrêmement honnête et il avait su dès le départ, dès qu'il avait croisé son regard quelles seraient les règles du jeu. Il avait joué et il avait perdu... Pire. Ils avaient tous les deux perdu. C'était peut-être ce qu'il y avait de plus pathétique. Si seulement l'un d'eux avait continué à jouer... Si seulement l'un d'entre eux avait triché, alors toute cette souffrance aurait trouvé son excuse dans le mensonge de l'autre. Mais il savait. Il aimait. Il souffrait. Et son mépris de lui-même était si profond, son déchirement si grand qu'ils s'en ressentaient dans le moindre de ses gestes. Son corps commençait à se couvrir de striures, sinistres empreintes des ses ongles contre sa chair tandis qu'il se frictionnait avec acharnement.

- Tu comptes continuer longtemps ?

La voix calme et implacable de son amant le ramena brusquement à la réalité. Depuis quand était-il là ? Depuis combien de temps l'observait-il ? Furieux de s'être de nouveau laissé surprendre, Atem lui décocha un regard noir.

- Ça ne te regarde pas, répondit-il froidement tout en réactivant l'arrivée d'eau, que Seto avait préalablement coupée alors qu'il le dévisageait.

Le message était clair, le sous-entendu sans équivoque ; pourtant, le président de la Kaiba Corp. n'en continua pas moins de le regarder, impassible. L'aigreur de la phrase avait à peine égratigné la glace qui composait son être. Atem en avait parfaitement conscience, et ses mouvements doublèrent d'intensité tandis qu'il tentait d'ignorer ce regard scrutateur. Sa présence l'indisposait plus qu'elle n'aurait dû. Seto n'était pas dupe, il avait parfaitement remarqué son trouble. Il pouvait même deviner le petit sourire narquois au coin de ses lèvres tandis qu'il s'appuyait contre le lavabo, comme pour mieux se délecter de ce spectacle. Atem se maudissait de paraître si transparent.

- Comment tu l'expliqueras aux autres ?

La question le prit au dépourvu, si bien qu'il s'immobilisa pour mieux y réfléchir. C'était une chose à laquelle il n'avait pas pensé. Comment aurait-il pu ?
Il avait toujours accordé une grande importance à la considération que lui portaient ses amis. Elle lui était plus que précieuse et il s'était toujours refusé de les impliquer dans sa relation avec le président de la Kaiba Corporation, la dissociant dans un accord tacite. Aucun d'entre eux n'ignorait sa liaison avec Seto, qui était parfois sujette aux plaisanteries, mais jamais il n'avait songé à s'en plaindre, gardant ses angoisses pour lui. Il savait qu'en cas de problèmes, ses amis s'avéreraient être des alliés exceptionnels. Leur soutien était tel qu'il n'avait jamais envisagé de le perdre. Pourtant, présentement, cette amitié lui empoisonnait l'existence.

- Je ne l'expliquerai pas.

- Pas même à Yûgi ?

Atem eut un claquement de la langue agacé, et de nouveau le foudroya du regard. À quoi il jouait là ? C'était bien la première fois que l'homme le plus arrogant qu'il n'ait jamais connu se souciait autant du « qu'en dira-t-on ». Se pourrait-il qu'il s'inquiète réellement pour le mal qu'il pourrait faire à son ami ? Un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres. Bien sûr que non. Seul lui importait les répercussions qu'une telle découverte pourrait avoir sur leur couple.
Néanmoins, il devait le reconnaître, blesser Yûgi était bien la dernière chose qu'il souhaitait faire. Son sourire se fana en même temps qu'il fermait les robinets, restant un instant immobile devant ses pensées. Il se sentait comme prisonnier. La moindre de ses paroles, le moindre de ses actes pouvaient avoir des conséquences terribles qu'il ne se sentait pas prêt à assumer, dans l'état actuel des choses. Il était fatigué. Soupirant, il quitta la large cabine de douche, vaincu. De mauvaise grâce, il accepta la serviette que son amant lui tendait et la noua à sa taille avant d'en attraper une seconde et de la passer dans ses cheveux.
Elle ne resta, pourtant, pas bien longtemps entre ses mains. Machinalement, le président de la Kaiba Corp. s'était approché et par habitude, lui frottait maintenant la tête avec.
Même sil était conscient du ridicule de la situation, le maître des jeux ne s'en laissa pas moins faire. Le geste était trop banal, trop familier pour être interrompu et surtout révélateur d'un quotidien qu'ils sentaient au bord du gouffre.

C'était douloureux. C'était hypocrite.

- Tout ça, c'est de ta faute, lâcha-t-il au bord du désespoir.

Seto ne répondit pas, bien trop conscient de la vérité de ces paroles et Atem continua de fixer misérablement le blanc du T-shirt qu'il portait, se rattachant à quelques souvenirs. Il n'avait pas le droit de craquer, pas maintenant. Les enjeux étaient bien trop importants pour qu'il se permette de les gâcher sur un coup de tête. Nul doute qu'une bonne nuit de sommeil lui serait bénéfique. Il recouvrerait son calme, chasserait ses idées noires et serait plus apte à appréhender les différends futurs, voire les éviter... Ce qui pour l'heure, n'était pas chose aisée. Il lui était difficile de penser correctement. Cette tendresse... Il en crevait. Il en rêvait, mais il ne pouvait malheureusement pas s'y laisser aller.

- Arrête, gémit-t-il

Et bien qu'il eut voulu que cela cesse, il ne savait pas exactement ce qu'il souhaitait voir arrêter. Était-ce simplement ce contact qu'il voulait voir disparaître ? Cette promiscuité étouffante qui lui donnait l'illusion délirante d'être encore aimé ? Ou bien souhaitait-il mettre un terme à ces faux semblants dérisoire d'une réalité dépassée ?

Pourtant déjà, Seto avait cessé de lui ébouriffer les cheveux, hésitant quant à l'attitude à adopter. Lui, d'ordinaire si confiant avait vu son assurance faillir au fur et à mesure que ses sentiments envers l'ancien Pharaon s'intensifiaient. Jamais auparavant il n'avait autant désiré quelqu'un, lui habituellement si prompt à obtenir tout ce qu'il voulait. Ce sentiment inconnu l'avait rongé nuit et jour, jusqu'à ce qu'il y mette un nom. C'est là que le cauchemar avait commencé. Pour la première fois, il avait connu la peur de perdre quelqu'un. En comparaison, les divers enlèvements de Makuba n'avait été que de pitoyables tentatives d'intimidation. Il ne s'en était jamais réellement soucié tant il était convaincu de le revoir, quoiqu'il arriva. Même lorsqu'ils se disputaient, l'angoisse qu'il l'abandonne réellement ne lui étreignait pas le cœur. Contrairement à Atem.
Dès qu'il était concerné, l'incertitude le dévorait tant et si bien que parfois, il ne se reconnaissait plus. Comme maintenant.
L'appréhension l'étouffait mais seuls ses gestes en étaient le réel reflet. Comme s'il craignait de soudainement le voir disparaître, sa main redessinait en une longue et lente caresse aérienne son visage, cherchant à s'assurer de son contour.
Tout. Il aimait tout dans cette attitude désinvolte, dans cette colère et dans cette amertume. Il aurait seulement aimé ne pas y lire autant de désarroi. La joue d'Atem s'appuya davantage contre sa paume, cherchant plus de chaleur. Il vit ses paupières s'abaisser sur ses prunelles nébuleuses, les soustrayant à son regard, l'emmenant une fois de plus, loin de lui.

- J'ai vraiment besoin d'une cigarette.

Dans un murmure incertain, presque indistinct, l'ancien Pharaon avait confié son indécent désir. Seto aurait pu ne pas l'entendre. Il aurait pu ne pas le comprendre. Seulement, il ne savait que trop ce que représentaient cette envie aux yeux de son amant. C'était dans le sexe qu'Atem trouvait autrefois le salut à sa frustration, leurs étreintes ayant toujours l'incroyable pouvoir d'apaiser son esprit tumultueux. À présent, seule la nicotine semblait pouvoir apporter ce calme auquel il aspirait. L'ignorer aurait été l'injurier, d'autant qu'il était l'unique responsable de son état et bien qu'il condamnait assidument le geste, il ne pouvait pas ne pas l'accepter. Aussi, loin de le lui reprocher, il se rapprocha doucement de lui, murmurant son prénom.
C'était léger, à peine aussi doux que le toucher d'une plume mais néanmoins suffisant pour avoir de nouveau toute son attention. Juste un mot. Juste un nom. Son nom. Et il y avait tant d'amour et d'indulgence dans la manière dont il le prononça, qu'Atem frissonna. Une vague de culpabilité s'insinua en lui alors qu'il sentait cette bouche si ardemment désirée se poser tendrement sur la sienne. Pourtant, jamais plus elle ne pourra le consoler. Trompeuse, il n'y distinguait plus que le goût âpre du mensonge. Rien n'était plus comme avant. Rien ne serait plus comme avant. Et c'était sans doute ce qu'il y avait de plus cruel. Il ne pouvait pas lui pardonner.
Dans un accès de rage, ses dents rencontrèrent l'extrémité de cette chair offerte, la blessant jusqu'à il en ressente pleinement la saveur sanguinolente. Ce n'est que bien après qu'il le repoussa, l'éloignant violemment de lui. Le violet de son regard, assombri par la colère, le défiait de faire un quelconque mouvement alors qu'il s'essuyait les lèvres d'un revers de main, dégouté. Puis, brusquement il détourna la tête et quitta la pièce, sans un mot. Il n'en existait de toute façon aucun qui ne puisse qualifier réellement ce qu'il ressentait. Aucun pour exprimer si justement l'état de confusion et de contradiction dans lequel il se trouvait, ni toute la rancœur qu'il éprouvait à l'égard de cet homme.

Seto n'esquissa aucun geste pour le rattraper, à peine surpris par ce comportement. Machinalement ses doigts vinrent effleurer ses lèvres meurtries alors que le reflet dans le miroir semblait lui renvoyer l'image d'un imbécile. Il soupira. Pourquoi fallait-il que tout soit devenu si compliqué ?
S'agrippant au lavabo, il baissa la tête. Ses yeux se voilèrent de doutes au fur et à mesure qu'ils détaillaient le blanc de la céramique. Allait-il réellement pouvoir arranger les choses entre eux ?
La villa n'était pas le manoir, l'île n'était pas un territoire flou au contour illimité. Atem ne pourrait pas le fuir indéfiniment. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne l'accule définitivement. Il fallait juste qu'il se montre patient. C'était comme jouer à Magic and Wizards, les monstres en moins. Il espérait juste que son amant ne trouverait pas une parade dont lui seul avait le secret pour s'échapper.
Ils devaient parler et ils allaient parler. Même si pour l'heure la communication était brouillée. Il trouverait le moyen de la rétablir. Après tout, n'était-il pas Seto Kaiba, petit génie de l'informatique devenu directeur de la Kaiba Corporation à quinze ans, une entreprise toujours à la pointe de la technologie dont il était lui même le créateur ? Avec pareille intelligence, nulle doute qu'il réussirait à rétablir une connexion, même si, lorsqu'il s'agissait de s'exprimer il frôlait le error system data.

Revenant dans la chambre, il retint un nouveau soupir en voyant l'objet de ses inquiétudes reclus à l'extrémité de leur lit. Enroulé dans un pan de la couverture, il aurait pu le croire paisiblement endormi si les traits de son visage n'étaient pas déformés par les sentiments ravageurs qui l'habitaient. Or dans le langage de son amant, cela signifiait qu'il ne voulait plus le voir, ni même continuer leur absurde conversation. Il lui suffirait de le contourner pour que de nouveau, ils s'endorment dos à dos, une fois de plus.
Le vêtement de coton, bien trop large pour lui et bien trop gênant pour dormir, trouva une place sur l'imposante chaise régence au velours bleu nuit, très vite rejoint par le sous-vêtement noir, se confondant presque avec le foncé du tissu avant qu'il ne se glisse à son tour sous les draps frais. La soie lui apporta la douceur dont il manquait, le réconfortant presque. L'absence d'Atem lui pesait. Sans sa présence sécurisante à ses côtés, ses nuits étaient toujours désagréables et peu importaient la température ambiante de la pièce, il avait toujours trop froid. Cette nuit ne ferait pas exception et il appréhendait déjà les moments où il se réveillerait tremblotant. Et bien qu'il détesta cette situation, il dût pourtant s'y résigner. Sans aucun autre échange, il ferma les yeux.

Le silence les étouffa alors.

Un silence comme Atem les détestait. Il détestait cette obscurité et cet excès de calme. Lorsqu'il était prisonnier du puzzle millénaire, cela avait toujours était propice aux réflexions, mais présentement, elles attisaient son angoisse. C'était pourtant lui qui déterminait les limites de ce que Seto pouvait dire ou faire. C'était lui qui jouait avec ses nerfs, au détriment des siens. C'était lui qui se perdait dans cette impossible bataille. Être joueur et juge n'était pas une position enviable mais il ne pouvait réagir autrement. Sa raison lui dictait une conduite que son cœur parjurait. Autant de voix qui résonnaient dans son esprit torturé, si bien, que parfois, il aurait aimé pouvoir crier pour les faire taire. À la place, son amant subissait inlassablement l'assaut inconstant de ses humeurs.
Dans les ténèbres environnantes, son regard chercha celui de son tourmenteur, mais ne rencontra que l'ombre de son dos... Ainsi que les sinistres marques de représailles qu'il lui avait laissé. Accablantes. Coupables. Ignobles.
Lentement, il se rapprocha d'elles, mu par une irrépressible envie de les toucher. Il sentit le corps de Seto se crisper à son approche. Sa main resta suspendue dans les airs, hésitante avant de finalement effleurer délicatement la peau qui frissonna à son contact. Apaisants, ses doigts rencontrèrent le bas de l'omoplate et la redessinèrent affectueusement. Puis sa bouche, vint à son tour, se poser sur les stigmates de sa rancune, les embrassant une à une comme pour en effacer toutes traces.

Au travers son souffle irrégulier, Atem percevait toute l'envie qu'avait Seto de vouloir le toucher lui aussi... Sa lutte constante pour s'empêcher de se retourner car tous deux avaient cruellement conscience qu'au moindre geste de sa part, tout disparaîtrait. Immédiatement.
Trouvant le creux de son épaule, son menton s'y cala tout naturellement, tandis que ses bras se resserraient autour de sa taille.

- Pardonne-moi, chuchota-t-il.

Il avait besoin de dire ses mots. Il avait besoin que Seto les entende, même s'il savait pertinemment qu'au fond, c'était déjà fait. Parce qu'ils s'aimaient sans paroles, envers et contre tout.

À Suivre...


Notes – pas toujours débiles de l'auteur -

(1) L'aphanisis est un terme désignant le défaut d'apparition ou la disparition du désir sexuel chez l'homme ou la femme

(2) Y'a pas que le silence qui est tendu si vous voulez mon avis (^_-)

(3) Un bon petit uke ? Bon ok, j'arrête :p

(4) Oui Makuba est un boulet qui comprend rien XD

(5) Qu'est-ce qu'il faut pas inventer pour éviter les répétions XD

(6) Quand on est pas doué, on est pas doué ^^:


Voilà, 5 mois après qu'Adamantys est publié la suite de Corneille et ses Choix (quoi déjà 5 mois ? Je veux la suite moi !), c'est à mon tour de publier la suite de VSLT, histoire de vous faire patienter en attendant la suite !
Comment ça, ça ressemble à de la pub ? Absolument pas, on inverse seulement les rôles pour que vous puissiez profiter au mieux de ce merveilleux couple qu'est le Seto/Atem !

Ah ? On me souffle dans mon oreille qu'ici c'est du Marik/Bakura ! Tant pis j'aurais au moins essayé ! XD

oOo

Plus sérieusement, j'espère que ce chapitre vous aura plus ^^

Par ailleurs Chers Lecteurs, je sollicite votre aide pour la suite. Qu'aimeriez-vous voir ? Du karaoké ? Du beach-volley ? Plus de Yûgi/Rebecca ? XD

Demandez et je verrai si je peux incorporer vos idées ^^

J'ai terriblement besoin de vous, car mis à part la trame de l'histoire (Seto/Atem – Marik/Bakura), je n'ai strictement aucune idées de ce qui va se passer pendant ces vacances ^^;

Je compte sur vous et vos doux encouragements ~

N'oubliez pas de me laisser votre adresse mail pour que je puisse vous répondre, n'est-ce pas Syndrome ? (^_-)

Sinon, je peux juste vous dire Merci :(

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