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Chapitre bonus
Pourquoi ma vengeance
C’était un soir de nouvel an, le vingtième de Shigure. Celui-ci, alors encore un jeune écrivain débutant, se rendait à la fête annuelle avec Hatori et Ayamé. Ils apprirent qu’Akito avait passé le début de la soirée en compagnie de Yuki, s’amusant comme à son habitude : il n’avait pas encore commencé à le torturer mentalement, car l’enfant n’était encore qu’un simple compagnon de jeu pour lui. Ayamé avait envoyé son ami chercher Akito, de peur de se faire lui-même crier dessus (ndTal : ah, c’est beau l’amitié !). Une fois en haut des escaliers menant à la chambre, il entrouvrit la porte :
- Akito-san ! Le dîner va bientôt commencer. Tout le monde vous attend en bas.
Sans se retourner, l’intéressé répondit machinalement.
- Bien, merci Shigure. Yuki, descends immédiatement.
L’enfant se leva et sortit de la chambre pour atteindre les escaliers.
- Shigure…
- Oui ?
- Approche…
L’écrivain avança alors, puis s’agenouilla pour se mettre au niveau de son dieu, demeuré assis.
- Qu’est-ce qui compte le plus pour toi ? demanda ce dernier, passant une main sur le visage de l’écrivain.
- Bien évidemment, répondit l’autre du tac au tac, c’est vous, Akito.
- Hum… j’aime cette réponse…
C’était en effet la réponse qu’utilisait toujours le chien lorsque Akito le questionnait de la sorte, une manière de lui témoigner autant son respect, son admiration, que sa crainte envers lui.
Akito se leva, et dans son élan, déposa un doux baiser sur les lèvres de l’écrivain.
- Qu’est-ce que… !
Répondant d’un regard emprunt d’une chaleur glaçante, d’une douceur douloureuse et d’un mystère silencieux, il posa son index sur ses lèvres avant de descendre. Shigure comprit qu’il devrait taire cette action injustifiée de la part d’Akito : celui-ci se serait certainement amusé à jouer avec lui, rien de plus, et ce n’était d’ailleurs pas la première fois que ce genre de choses arrivait.
- Allez, Hatori, bois un coup !
Déjà bien ivre, Ayamé secouait le bras du médecin avec ferveur.
- Lâche moi…
- Il a raison : pour une fois, tu peux te détendre un peu !
Shigure s’accrocha à l’autre bras de son ami. Les deux, se mirent à tourner autour du médecin, qui finit par les repousser machinalement pour qu’ils aillent s’écraser sur le sol, puis revint s’asseoir auprès d’Akito, où siégeait déjà Kureno.
- Que se passe-t-il, Hatori ? demanda le premier.
- Pardon ?
- Tu ne profites pas de la fête, pourtant, il y a tout pour s’amuser !
- Ces festivités ne sont pas trop de mon goût… les voir s’amuser est amplement suffisant pour moi, tant qu’ils ne me demandent pas de jouer avec eux…
Une petite silhouette apparut alors dans l’entrebâillure de l’une des portes de la pièce, derrière Akito. Ce dernier se retourna, avant de souffler :
- Entre donc, Yuki-chan, n’aie pas peur.
Mais il restait immobile, à moitié caché par la porte. Sans un mot, Hatori se leva et quitta la pièce : il le savait, c’était lui que craignait Yuki, et il préférait le soulager de sa présence. Il se sentait coupable, au nom des enfants dont il avait effacé la mémoire sous l’ordre d’Akito. Ainsi, il préféra rejoindre Momiji et Hatsuharu, affairés à divers jeux enfantins…
- Shi-chan… t’es bourré !
- Pas du tout Aya ! C’est toi ! C’est toi j’te dis !
Les deux amis étaient allongés sur la moquette. Alors que le visage d’Ayamé s’écrasait sur le sol, Shigure fixait le plafond, penseur.
- Shi-chan…
- Quoi ?
- J’t’aime mon frère !
Un court silence s’ensuivit.
- Aya-chan ?
- Oui ?
- Dors au lieu de dire des conneries.
Il ne fallut que peu de temps au serpent pour exécuter, plus ou moins volontairement, l’ordre de l’écrivain. Ce dernier se leva alors, puis sortit prendre l’air. Il marcha un peu, avant de croiser une silhouette dans le jardin. Désirant connaître l’identité de la personne, il s’approcha pour distinguer les traits d’Akito dans l’obscurité.
- Shigure ?
- C’est bien moi.
- Ah, je suis rassuré… je ne voulais pas parler à quelqu’un d’autre…
Il lui fit signe, et le chien s’avança.
- Tout le monde dort déjà ?
- Oui…
- Tu as l’air moins ivre que tout à l’heure…
- C’est normal, je ne le suis pas. L’alcool ne me fait rien.
- Pourquoi jouer la comédie ?
- Ca m’amuse, sourit l’écrivain, avant de sentir une main froide serrer la sienne.
- Ta peau est chaude…
Akito se colla alors contre lui, dans une étreinte qu’il n’osa refuser, bien qu’il n’en comprit pas le but.
- Akito-san… pourquoi ce comportement si soudain ?
- Faut-il se justifier pour aimer ?
Shigure sentit alors son cœur battre anormalement vite. Akito ? Pourquoi lui ? D’une part, il ne l’aurait jamais imaginé homosexuel, et d’autre part, pourquoi fallait-il qu’il se retrouve la cible de ses avances ? Non, ce n’étaient même plus des avances, c’était une déclaration !
- Tu m’appartiens, murmura le dieu en collant ses lèvres à celles de l’écrivain, qui, bien que gêné, n’osa le repousser : sa colère n’aurait été que trop destructrice.
Etonnement, ce contact ne le dégoûtait pas ; même s’il n’avait jamais tenu de relation amoureuse sérieuse avec une fille, et ce entre autre à cause de la malédiction, l’idée d’embrasser un jour un homme n’avait jamais traversé son esprit. Tout ce qu’il espérait, à présent, c’était que les désirs d’Akito se limitent à cela.
- Suis-moi… murmura pourtant celui-ci.
Il le tira par la main, accédant ensuite à un coin reculé du jardin. Ils traversèrent les allées du domaine en courant, avant de parvenir à un petit jardin, derrière la maison d’Akito. Là, il s’arrêta et de nouveau, embrassa chaleureusement Shigure, qui ne comprenait pas pourquoi son cœur battait si vite, qui ne s’expliquait pas cette attirance soudaine qui grandissait en lui pour Akito, pour cet homme qu’il craignait, qu’il respectait, et qui le couvrait à présent de baisers. Il sentait ces lèvres chaudes courir sur son cou, se glisser sur son torse à travers le kimono déjà entrouvert. Perdant alors le contrôle de son corps, il saisit le visage d’Akito dans ses mains pour l’embrasser encore, car à présent, il en avait besoin, et savourant chaque instant, il désirait ne jamais voir la fin de ce langoureux baiser. Pourtant, Akito finit par séparer leurs langues, pour faire glisser la sienne sur l’oreille de Shigure, qui gémissait de plaisir.
Il prit de nouveau sa main, et l’emmena dans sa maison. En silence, ils grimpèrent les escaliers et atteignirent la chambre d’Akito, qui n’attendit pas pour allonger l’écrivain sur son lit, retirant le haut de son kimono, et s’allongeant auprès de lui, pour se plonger dans une étreinte amoureuse, durant laquelle les baisers s’enchaînaient, les langues se baladaient…
Mot de l’auteur : Notre imagination a des ailes, laissons la s’envoler… Non, je ne vous ferai pas la scène… déjà que la page précédente m’a demandé de grands efforts (j’ai encore beaucoup de mal dans ce domaine). Oui, Shigure et Akito couchent ensemble. Je reprends donc l’histoire juste après qu’ils l’aient fait…
Le souffle court, en sueur, la peau brûlante, Shigure se blottissait contre son amant. Enfin, tout était terminé, mais il souhaitait que ce fut le début d’une histoire, d’une longue histoire, et il s’endormit dans les bras de cet homme qu’il aimait à présent, de cet homme en qui il voyait son avenir, un avenir heureux, après avoir déposé un dernier baiser sur ses lèvres.
Le réveil fut pourtant bien plus douloureux qu’il n’aurait pu s’y attendre. En effet, le froid tira de son sommeil l’écrivain, qui frotta ses yeux lourds et massa son crâne douloureux. Lorsqu’il eut enfin réalisé qu’il se trouvait au beau milieu du jardin, à moitié nu, il commença à se poser des questions : que faisait-il là ? Où était passé Akito ? Pourquoi ne se réveillait-il pas à ses côtés ? Pourquoi… Il lui semblait encore sentir ses lèvres chaudes caresser les siennes… Alors il se leva, resserrant autour de sa taille le morceau de tissu qui subsistait de son kimono, et marcha dans le froid de cette fin de nuit pour regagner la demeure d’Akito. Une fois là bas, il monta rapidement les escaliers et rejoignit son amant, couché dans ses draps. Lentement, il se pencha pour l’embrasser ; l’autre le rejeta violemment.
- Qu’est-ce que tu fais ? Tu oses venir me déranger ?
Une gifle suffit à le mettre à terre. Le jeune écrivain se leva, une main sur la joue ; pourtant un coup de pied du dieu le refit tomber.
Que se passait-il ? Pourquoi Akito était-il soudainement si violent ? Et pourquoi son cœur, qui battait au rythme de sa peur, semblait-il se déchirer ? Un cri le tira brutalement de ses interrogations, un cri plein de rage qui tonnait son nom, et il entendait cette voix, cette voix douce et tranchante, cette voix glaciale et brûlante, cette voix mystérieuse qui pourtant lui semblait par moments tout dévoiler : celle d’Akito. Ce dernier s’était approché, et, alors que Shigure tentait de se redresser, il lui plaqua son pied sur l’épaule, l’écrasant sur le sol.
- Enfoiré ! Enfoiré ! Tu ne mérites pas d’exister ! Enfoiré !
Lorsqu’Akito sembla décider de cesser le piétinement, l’écrivain balbutia :
- Pourtant… cette nuit… nous…
- Tu as du rêver ! Abruti ! Crois-tu que je t’aime, toi ? Crois-tu seulement que je puisse aimer ?
Non, il n’était pas fou, il avait bien entendu ses mots, son « je t’aime » murmuré à son oreille quelques secondes avant qu’il ne plonge dans le sommeil. Tout ceci ne pouvait être un simple rêve : Akito jouait de lui, il cherchait à le détruire, comme il l’avait déjà fait pour d’autres avant… Il aurait voulu le tuer, lui sauter au cou pour l’étrangler, pourtant, seul le désir du baiser parvenait encore à l’animer. Pendant de longues minutes, il se laissa piétiner au sol, impuissant, de chaudes larmes perlant sur ses joues, et la seule envie de mourir dans l’âme. C’en était fini de son cœur…
- Akito-san ! Calmez-vous !
Hatori venait d’ouvrir la porte à la volée. Il se précipita sur le fou, lui empoignant les bras pour l’arrêter dans son élan destructeur.
- Arrêtez ça, calmez-vous, enfin… !
- Il… Il a voulu abuser de moi ! Hatori, c’est lui qu’il faut frapper ! Lâche moi ! Lâche moi !
- Ca suffit ! Vous n’êtes pas en état de crier comme ça ! Allongez vous, je m’occupe de lui !
Il fallut pourtant au médecin de longues minutes pour raisonner Akito, car ce dernier ne voulait plus écouter personne, il ne voulait plus que détruire Shigure…
Lui était encore au sol, il n’avait pas bougé. Lorsqu’Hatori parvint enfin à immobiliser Akito sur le lit, et que ce dernier fut enfin calmé, il s’occupa d’aller ramasser son ami à terre, sous la forme du chien.
- L’émotion était telle… murmura le médecin.
Oui, l’émotion trop forte l’avait fait se transformer. Ainsi, il le transporta dehors, alla le coucher chez lui, mais il ne dormit que bien plus tard.
Ce n’est qu’après le réveil qu’il retrouva un Shigure détruit, sans émotion, comme un corps vidé de son âme. Plus un sourire n’illuminait son visage d’ordinaire rieur, plus une lumière ne venait illuminer son visage, plus rien que l’envie de mourir et que ces yeux vides, plus rien que ce visage pâle sur lequel les larmes restaient gravées en deux sillons symétriques…
Il lui fallut plusieurs jours pour accepter la situation. Là, il avait pu discuter librement avec Hatori, lui racontant tout ce qu’il s’était passé. Finalement, le médecin dut en venir à la question la plus délicate à poser :
- Veux-tu oublier cette nuit ?
Shigure avait semblé choqué. Oublier ? Cela signifiait ne plus en souffrir, pourtant, n’était-ce pas cette joie, cette espérance, cette simple pensée du contact de son amant qui le laissait encore en vie ? Alors il secoue la tête, les yeux pleins de larmes ; et il se jure de pleurer les dernières, il se jure de ne plus s’attacher à personne, car il sait qu’il a laissé son cœur auprès d’Akito, il sait que plus rien ne saura le rendre humain, il sait qu’à présent, le monde ne sera plus jamais le même, qu’il ne sera plus jamais capable de réellement sourire… et dans cette optique, il décide de vivre, il décide d’exister, il décide de se battre et d’écraser les autres, de n’aimer plus que lui et sacrifier le reste…
C’est ainsi que Shigure vint s’installer hors de la résidence principale. Chaque visite auprès d’Akito est un moyen de le blesser discrètement, sans pour autant éveiller sa colère, en attendant un jour, l’occasion qui fera sa vengeance.
FIN
(oui, cette fois, c’est la dernière)