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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Books » Harry Potter » A ta Merci

BadAngel666
Author of 23 Stories

Rated: M - French - Angst/Romance - Draco M. & Harry P. - Reviews: 702 - Updated: 02-07-09 - Published: 03-01-06 - id:2824311

Bonsoir à vous tous, comment vous portez vous ?

Bien, j’espère.

Je suis sûre que vous vous disiez que j’essayais encore de battre des records de non publication, mais à vrai dire attendre encore plus d’un an avant de poster serait assez peu élégant vu que ce chapitre est prêt :p

En plus je fête mon arrivée en Norfendre, c’est-y pas de la classe ça ? (oui, ultime suicide de ma vie sociale : WoW)

Alors, cette fois ze petite note of ze auteur aura sa petite utilité, peut-être.

Beaucoup d’entre vous m’ont confié avoir trouvé Draco et Harry « mignons » dans le chapitre précédent, qu’il « était temps »… Vraiment ? Bon, peut-être que ce n’était pas assez explicite, aussi ai-je clarifié les choses en ce qui concerne le futur proche de cette relation.

Soyez également avertis qu’à partir de ce chapitre certaines choses pourront être présentées de façon choquante (pas gore, rassurez vous), j’essaie d’installer une forme de relation assez malsaine, ce qui n’est pas vraiment simple et je ne sais pas si j’y arrive vraiment bien.

En ce qui concerne les réponses aux reviews, je crois n’avoir oublié personne (si c’est le cas, pardon), merci également aux revieweurs non enregistrés, et tout spécialement à Citrouille, dont la légumineuse review m’a fait bien plaisir (d’ailleurs, miss, tu peux tout à fait mettre ton adresse mail dans tes reviews, je pourrai te répondre plus personnellement, et j’aime bien que les gens me racontent leur vie, si, si… Grand merci à toi).

Et enfin, avant de passer au chapitre, je tiens à remercier Vif d’or, ma douce femme qui vit trop loin de moi pour sa gentillesse, ses compliments et sa capacité à me donner l’impression d’être un génie, en plus elle a été la 600 review sur cette histoire, n’est-ce pas merveilleux ?

Un immense merci également à BlackNemesis, qui n’a pas hésité une seconde à laisser de côté ses nombreux écrits (Trauma ! Trauma ! Trauma !) afin d’assurer la bêta lecture de ce chapitre, m’aidant ainsi à rendre Draco moins geignard, ce fut rude mais ce fut fait, ou presque (en passant, chouquette, ne crois pas que j’ai oublié comment tu m’as roulée, heureusement que je vais gagner sinon j’en aurais eu gros).

Voilà pour la note de début, pas de citation pour ce chapitre, le titre se suffit à lui même (il n’est toujours pas de moi mais extrait d’une très belle chanson intitulée « Let it shine », j’ai prouvé depuis longtemps mon total manque d’inspiration concernant les titres, heureusement la musique m’est toujours d’un grand secours).

Bonne lecture et rendez vous à la fin.


A ta merci – Chapitre 17

All that was pure

(POV Draco)


Appartement de Draco Malfoy, Bayswater Road, Londres – Dimanche 1er Novembre 1998 :

– Tais toi…

Sa voix n’est plus qu’un murmure, ses lèvres me ravissent le peu de souffle qui me restait.

Si j’avais pu penser, ne serait-ce qu’une seule seconde, que j’aurais à nouveau le droit de poser mes mains sur lui…

Sa peau est si douce sous mes doigts…

Cet homme me fait perdre la raison.

Il ne fait jamais ce que j’attends de lui, il va et vient dans ma vie, chamboule tout sur son passage et me laisse toujours plus seul, en état de manque, pour ensuite mieux revenir et me guérir des blessures qu’il a lui même causées.

Mais il n’y a que quand il est là que je me sens bien.

Que lorsqu’il laisse mes doigts parcourir son corps…

– Je t’aime, je souffle dans son cou.

Je le sens se crisper sous mes doigts, son dos se tend et il me retire sa chaleur avant que j’aie le temps de comprendre.

– Ne dis pas ça.

Je cherche dans son regard mais je ne trouve pas ce qui cloche, dans tout ce vert où le désir le dispute à la douleur…

La douleur ?

– Pardon ? je demande.

– Ne dis pas que tu m’aimes.

Cette fois il ferme les yeux, et ça commence à m’agacer… On vivait un moment d’une rare sensualité et monsieur fait sa sainte nitouche parce que je lui dis que je l’aime. C’est le monde à l’envers.

– Et que voulais tu que je te dise, Potter ? Que je te hais ? Nous savons tous les deux que si c’était le cas tu ne serais pas ici et nous ne serions pas à deux doigts de faire l’amour au milieu de mon salon.

– C’est là que tu te plantes, nous n’allions pas ‘faire l’amour’, nous allions baiser.

D’accord…

– Alors, reprend-t-il, je te serai reconnaissant de garder tes déclarations pour toi, je ne suis pas ici pour être aimé.

Son regard glacial me choque presque autant que ses mots. Il ne plaisante pas…

Cette fois c’est à moi d’avoir mal, juste là dans la poitrine, très légèrement vers la gauche. Et plus je comprends qu’il est sincère, plus j’ai mal.

Et comme toute personne dotée d’un minimum d’instinct de conservation, je me mets en colère, j’ai subitement envie de le faire souffrir, de lui enfoncer un couteau dans le cœur et de tourner encore et encore la lame jusqu’à former un trou béant, jusqu’à ce qu’il crie grâce… Jusqu’à ce qu’il me demande pardon…

Mais point de couteau, juste un Potter et son corps lourd sur le mien, un Potter qui me demande de le baiser…

Juste lui, et ce besoin de lui faire mal…

oOoOo

Appartement de Draco Malfoy, Bayswater Road, Londres – Lundi 2 Novembre 1998 :

Je crois bien que jamais un thé ne m’a semblé aussi insipide que celui qui réchauffe la paume de ma main depuis l’intérieur de ma tasse.

C’est peut-être dû au fait que je sois debout, appuyé nonchalamment au chambranle de la porte de la cuisine, piètre tentative de ressembler au petit connard suffisant que j’étais il n’y a pas si longtemps de cela… Et c’est peut-être parce que ça ne marche pas, je sens bien la grimace qui déforme mes traits, saloperie de douleur qui ne s’en va jamais bien longtemps.

Mais j’ai passé une semaine à souffrir après avoir baisé – j’aurais pu dire « faire l’amour » mais au vu de ce qui s’est réellement passé, ce terme ne s’applique pas – Harry, et si sa main a apaisé mon mal, mon bas ventre s’est chargé de le raviver en occultant ma pauvre conscience.

Putain de conscience aussi, qui revient me tarauder alors que je ne demande qu’une chose, qu’elle me laisse enfiler le Survivant en paix.

Je vous choque ?

Rassurez vous, je me choque aussi, mais pour d’autres raisons…

Hier soir j’ai voulu me la jouer gentleman, allez donc savoir pourquoi la façon dont j’avais procédé lors de la première fois avec Harry m’a laissé un goût amer dans la bouche – non je déconne, en réalité je sais que j’ai profité d’un moment d’égarement de sa part et je le regrette, parce que même si je sais qu’il ne m’aime pas, je ne peux m’empêcher d’attendre quelque chose de lui – du coup je lui ai dit que je l’aimais… oui, encore.

Il était là, penché au dessus de moi, ses putain d’yeux verts rivés aux miens, et il m’a clairement dit qu’il ne voulait pas de mes sentiments.

Franchement, si j’étais encore ce jeune con qui régnait sur la maison Serpentard, j’aurais piétiné cet enfoiré, je l’aurais réduit à une bouillie sanguinolente avant de lui balancer un avada kedavra salvateur pour nous deux.

Ou plus vraisemblablement, je ne serais pas tombé amoureux pour commencer… Ouais, c’est quand même beau de rêver hein.

Et vu que les choses sont ce qu’elles sont, il m’a fait du mal.

J’ai ressenti une telle douleur que j’ai voulu – eu besoin ? – de le faire souffrir comme je souffrais. Ce que j’ai fait.

Ce que je regrette.

Et je suis fatigué de regretter chaque geste que je fais, chaque mot que je lui dis…

Épuisé de me sentir comme la dernière des sous merdes.

J’en suis à un stade où en vouloir à quelqu’un relève de l’inutilité, de toute façon je ne saurais pas par qui commencer en ce qui concerne les blâmes : Voldemort, pour avoir étendu son règne sur le monde magique et avoir privé ma famille de liberté ? Mon père, pour ne m’avoir jamais laissé vraiment le choix quant à mes convictions ? Ma mère… pour m’avoir laissé orphelin de sa présence ? Les Maîtres de potions Mangemorts, pour cette fabuleuse décoction qui me pourrit la vie ? Harry Potter, pour n’être plus cet adolescent innocent dont je me suis épris ?

Derrière tout ça, je sais que le seul à déclarer coupable, c’est moi et moi seul.

Même pour ce qui s’est passé après la déclaration fracassante de Harry : baiser oui, aimer non…

J’ai perdu l’esprit et j’ai fait ce qu’il voulait.

Et je sais aussi que même en le désirant très fort, je ne pourrai jamais ne pas faire ce qu’il attend de moi.

Je suis réellement pathétique.

Et même si je sais au fond de moi que cet homme que je caresse du regard est dangereux pour moi, je ne peux m’empêcher de le vouloir.

C’est étrange comme dans le repos son visage peut être serein, j’en viendrais presque à douter que le temps ait réellement passé, mais ces cicatrices sur son corps ne laissent pas de place au doute : Harry Potter est un soldat.

Il y en a une très fine au milieu de son dos, comme si un sortilège de Sectum Sempra avait manqué de peu le couper en deux et je suppose que c’est ce qui est arrivé. Une autre, plus large mais plus ancienne, barre sa hanche droite. Il y en a aussi une au niveau de son cœur et quelques autres réparties sur les bras et les jambes, mais aucune n’est aussi effrayante que celle qu’il porte au cou… rouge et disgracieuse, elle a été faite à l’arme blanche et on voit clairement que la lame a traversé les cervicales. J’ignorais que quiconque ait survécu à ce genre de chose mais encore une fois, on parle de Potter le miraculé donc je ne devrais même pas m’en étonner…

Je réalise que je suis reparti dans mon observation et ça m’énerve un peu, parce que je le trouve douloureusement beau quand il ferme sa grande gueule et ses yeux si froids qu’ils en paraissent morts.

Le prix à payer pour avoir vécu plusieurs vies en une seule, j’imagine, et à cette idée je ressens une pointe de respect : cette vie me pèse déjà assez alors bon…

Du coup encore une fois, je veille Sa Majesté Potter, armé de ma tasse favorite tout en me demandant ce que je fabrique au milieu de ce bordel.

Et ce n’est que quand le bruit caractéristique d’un transplanage retentit derrière la porte d’entrée de mon appartement que je sors de ma contemplation.

Je me dirige à pas lents vers l’entrée, ignorant les élancements dans mes jambes et mon dos et maudissant silencieusement les visiteurs des heures indument matinales.

Lorsque la porte s’ouvre devant mon père, je ne peux que regretter de m’être dépêché d’ouvrir, il aurait sans doute renoncé au bout de deux minutes.

Un reste de politesse filiale me pousse à l’inviter, et je suis presque content de ne pas avoir soigné ma tenue quand ce visage si pareil au mien se crispe de dégoût devant mon vieux tee shirt défraichi sur lequel on peut à peine lire « Master of Puppets », et je souris intérieurement en réalisant que ce vêtement irait mieux à Lucius qu’à moi.

Je le précède jusque dans la cuisine, où je résiste à la tentation de m’asseoir pour ne pas être en position d’infériorité… Pour ne plus l’être.

Lorsque je le regarde à nouveau, je remarque qu’il est plus pâle qu’en arrivant, ce qui doit être dû à la présence d’un héros à moitié nu dans mon salon. Il sort sa baguette et lance un sortilège d’insonorisation.

– Puis-je savoir ce qui te prend ? demande-t-il d’une voix froide.

Je souris et sa colère glaciale augmente d’un cran.

– Bonjour à vous, Père, je vais très bien, et vous ?

– Pas de ça avec moi, Draco, siffle-t-il. Que fait Potter ici ?

Je hausse un sourcil narquois.

– J’ai le droit de recevoir qui bon me semble chez moi, je réponds, ce qui n’a pas l’air d’améliorer l’humeur de mon géniteur.

– Cela n’explique pas sa tenue.

– Oh… je fronce les sourcils, en apparence pour trouver une explication et en réalité pour trouver les mots qui le feront hurler de rage, on se défoule comme on peut. Eh bien voyez-vous, Père, il se trouve que j’étais fatigué d’enfiler des perles, alors je me suis dit qu’enfiler le Survivant serait plus distrayant…

Touché.

J’ai rarement vu Lucius Malfoy perdre la faculté de parler, à vrai dire la seule fois où il s’est énervé à ce point fut le jour où Mère lui a annoncé qu’elle reprenait les finances de la famille et qu’il n’avait pas son mot à dire.

Les secondes passent dans un silence tendu et je ne peux qu’admirer Lucius lorsque son visage reprend cette expression hautaine que je lui connais si bien.

– La vulgarité ne te va pas, mon fils. Tes fréquentations ont une bien mauvaise influence sur toi.

Je hausse les épaules pour lui signifier qu’il peut se mettre son avis quelque part si ça lui chante.

Au bout de quelques instants d’affrontement visuel, il finit par parler à nouveau :

– J’étais en chemin pour une réunion au Ministère au sujet des investissements de la famille, et j’ai profité de l’occasion pour venir te donner le bonjour ainsi qu’une invitation à la représentation du Lac des Cygnes qui sera donnée samedi soir à Londres.

Le ton est un peu crispé et l’invitation est étonnante, cela doit bien faire deux ans que nous n’avons pas mis les pieds dans une salle de spectacle moldue, le temps a manqué… nous aussi.

Et bien que je ne puisse pas dire que mes relations avec mon père soient idylliques, il y a une chose que j’ai toujours partagé avec lui : l’amour de l’art, et plus particulièrement de la danse classique. J’avais seulement cinq ans lorsqu’il m’a emmené voir Cendrillon, et même si à l’époque je ne comprenais pas tout, j’ai été immédiatement émerveillé par la grâce des mouvements des danseurs et leur aptitude à raconter une histoire juste avec leurs corps qui ondulaient sur une musique tantôt vivante, tantôt mourante.

Je m’aperçois que la musique m’a manqué.

Je me rends aussi compte que, bizarrement, ce rituel avec mon père m’a manqué.

Je hoche a tête pour lui signifier que j’accepte, encore un peu choqué d’avoir réalisé que j’avais aimé passer du temps avec lui à une certaine période de ma vie et je vois dans son regard une émotion que je n’y avais jamais vue.

Une émotion qui ressemble à de la joie.

– Très bien, je viendrai te chercher en taxi à dix neuf heures, dit-il et son regard redevient neutre avant que j’aie pu m’appesantir sur cette lueur.

À nouveau j’acquiesce, sans savoir quelle réaction est la bonne à adopter. J’ai un peu de mal à reconnaître l’homme indifférent qu’a été mon père avant que toute cette merde ne vienne souiller mon petit monde bien ordonné.

– Bien, je vais te laisser à présent, dit-il en glissant un regard en direction du salon. Je ne saurais trop te conseiller de limiter tes rapports avec notre petit sauveur de l’humanité, même si je sais que tu t’empresseras de faire exactement ce qui te plaira, surtout si cela va à l’encontre de mes recommandations.

Je ne peux retenir un petit rire amusé.

– Il se peut que vous me connaissiez mieux que je le pensais, Père.

– C’est une possibilité, mon fils, et peut-être qu’un jour tu comprendras que j’avais raison sur certaines choses, rétorque-t-il avec un léger sourire en coin.

Je ne réponds pas, mais mon air circonspect le fait sourire un peu plus et, après un bref hochement de tête il sort de la cuisine et se dirige silencieusement vers l’entrée. Une fois sur le seuil, je le vois sortir sa baguette pour annuler le sortilège de silence.

Il jette un dernier regard à Harry, toujours paisiblement endormi, et ce que je vois alors dans les yeux de mon père me donne des frissons…

Car jamais auparavant, pas même quand Voldemort s’invitait au Manoir, je n’avais lu cette peur dans ses yeux.

Une peur étrange teintée d’une lueur de tristesse.

oOoOo

Université de Médicomagie de Londres – Mercredi 4 Novembre 1998 :

Il y a des moments où on a vraiment envie de tout casser, et je pense que je suis en train de vivre ce genre de moment.

J’aime étudier et je connais mon sujet, cela dit, il y a des limites à tout…

Et devoir me farcir quatre piles de bouquins poussiéreux écrits dans des langues mortes est une limite assez logique surtout quand on sait que ce que j’y trouverai ne servira en rien mes études.

Parlons-en, de mes études, d’ailleurs…

C’est tellement facile que j’ai juste envie de chialer en demandant qu’on me donne quelque chose à me mettre sous le neurone, et c’est d’autant plus frustrant que je vois les autres étudiants ramer comme des fous alors qu’ils n’ont pas manqué un seul cours…

Moi, j’ai à peine jeté un coup d’œil aux parchemins que Padma m’a envoyés et je n’ai aucune difficulté.

Je songe à demander une dérogation pour sauter une année, mais je doute que ça me soit accordé, et ça m’attirerait probablement des ennuis.

Un ancien Mangemort qui veut en savoir plus a toujours des ennuis, je crois bien que si j’appelais les services de prévisions météo moldus, j’aurais des ennuis alors je me retiens de crier ma frustration.

Et je ferme ma gueule.

Je passe mon temps à fermer ma gueule.

Je la ferme en cours, je me tais dans les couloirs même quand les gens ne prennent pas soin de chuchoter leurs insultes, je la boucle quand on me bouscule…

Je dirais quoi, de toute façon ?

Il est bien loin, le temps où je pouvais me permettre de l’ouvrir sans craindre un retour de manivelle… c’était un temps où mon nom voulait dire quelque chose.

Alors depuis que je suis « Draco Mangemort » dans l’esprit des gens, je la mets en veilleuse.

Un mouvement devant mes yeux m’empêche d’aller plus loin dans mes réflexions stériles, je relève les yeux pour tomber nez à nez avec Padma Patil.

Cette fille aurait le pouvoir de me faire tomber amoureux si je n’étais pas une lavette transie du plus méprisable des sentiments pour un pseudo héros masochiste adepte du « allons-y franchement ».

– Tu as trouvé quelque chose ? demande-t-elle en désignant le grimoire ouvert devant moi d’un geste du menton.

– Pas le moindre indice, je soupire.

Elle souffle bruyamment.

– C’est dingue. On a cherché dans toutes les directions et rien. À croire que leur ingrédient stabilisateur est tombé du ciel.

– Je suis pourtant certain que nous ne sommes pas loin, je murmure.

– Mais nous n’arriverons à rien sans savoir dans quelle direction avancer.

Je referme le volume qui se trouve devant moi, le claquement sec de la rencontre brutale des pages me donne l’impression que je viens de sonner le glas.

Le glas de quoi ? Je ne sais pas encore.

Padma n’a même pas sursauté, elle est trop occupée à réfléchir à ce qui aurait pu lui avoir échappé je suppose.

Sa sœur a été hospitalisée juste après la bataille pour une blessure assez légère, elle n’aurait pas dû en mourir.

Oui, bon, en réalité elle a été euthanasiée mais elle serait morte de toute manière, et de façon beaucoup plus cruelle sans l’intervention de Potter, le héros inamovible.

Lui l’a très mal vécu en tout cas…

Mais plus j’y pense, plus je suis sûr que quelque chose m’échappe, c’est comme une sensation fugace qui disparaît dès que je veux l’approfondir.

– Je trouverai, dit Padma au bout d’un long moment. Même si je dois passer le restant de mes jours à chercher, je trouverai.

– Si cela peut t’aider à faire le deuil de ta sœur…

– Pourquoi as-tu accepté de m’aider ?

Je hausse les épaules, c’est une question que je repousse constamment et je n’ai pas spécialement envie d’y répondre, ce serait donner une réalité troublante à des pensées morbides.

– Je veux découvrir ce qui a failli me tuer, je réponds finalement.

Une demi réponse satisfaisante pour elle et pour moi.

Padma est suffisamment intelligente pour savoir quand elle ne doit pas insister…

Et moi… je suis assez cynique pour parvenir à me voiler la face… et ne pas m’avouer que si je parviens à recréer cette potion, je l’utiliserai probablement pour retourner dans ce rêve où je ne souffrais pas.

oOoOo

Appartement de Draco Malfoy, Bayswater Road, Londres – Vendredi 6 Novembre 1998 :

– Arrête ça.

– Pardon ?

Je cesse tout mouvement, il veut que j’arrête quoi au juste ?

– Je suis un homme, tu n’as pas besoin de t’étaler sur les préliminaires.

Ce type est complètement givré.

– Potter, il y a un minimum à faire même avec un homme, dis-je en m’asseyant à côté de lui.

– Je ne t’ai jamais demandé de te montrer prévenant.

Sans rire… ?

Le long soupir de frustration que je retiens depuis quelques minutes finit par sortir tandis que d’un geste machinal je pince l’arête de mon nez.

Potter veut me tuer, c’est clair et net maintenant.

Il veut m’humilier jusqu’à ce que mort s’ensuive.

– Tu veux donc que je te fasse mal, ce qui fait de toi un masochiste, dis-je en attrapant le paquet de cigarettes qui trône sur ma table de chevet, j’en allume une plus pour occuper mes mains qu’autre chose avant de reprendre : désolé de t’en informer aussi abruptement, mais je ne suis pas un sadique qui aime voir les gens souffrir.

Un petit rire sec retentit, je le fixe à travers le nuage de fumée qui s’exhale de ma cigarette. Il est encore sur le ventre, il y a quelques années j’aurais tout donné pour avoir l’occasion de l’écraser de mon mépris en le surprenant ainsi, nu et vulnérable… enfin presque.

Ses yeux morts m’auraient sans doute fichu la trouille.

Là, ils me font juste de la peine.

– Tu es de mauvaise foi, Malfoy, rappelle toi que tu adorais me faire souffrir à une époque, ricane-t-il.

Je serre les poings, mais je résiste à l’envie de lui en mettre une.

– Les temps changent, tu es bien placé pour le savoir, je murmure finalement.

– Et si je n’ai pas envie de changement ?

– Tu devras t’adresser à quelqu’un d’autre, parce qu’il est trop tard pour moi, maintenant laisse moi.

Je ne cille pas lorsqu’il se lève brusquement, pas plus que je ne bouge quand il se met à se rhabiller avec des gestes rageurs.

On dirait que je l’ai touché, pourtant ce n’était pas l’effet recherché…

La porte d’entrée claque, je ne bouge toujours pas.

Je me sens mal mais c’est pas comme si je pouvais faire grand chose pour remédier au problème.

Tout ça me fatigue tellement…

oOoOo

Covent Garden, Londres – Samedi 7 Novembre 1998 :

Je n’ai jamais été vraiment fan des Moldus, c’est un fait, ça ne fait pas de moi un être prêt à détruire l’humanité non magique, loin de là. Je ne suis pas du genre cruel, en plus je suis fainéant.

Il y a des choses qui me plaisent chez eux, comme leur capacité à remplacer la magie par des substituts souvent astucieux comme les voitures ou le téléphone, et il y a des choses que j’aime profondément, des choses qui font que je respecte les Moldus.

L’art fait partie de ces choses.

Les sorciers sont aussi capables de peindre, de composer, de sculpter, mais jamais un sorcier ne m’a donné autant d’émotion qu’un Moldu, ce que je n’avouerai jamais, pas même sous la torture (en plus je suis un vieux routard question sévices et séquestration, et ne dites pas que c’était pas drôle comme blague, pince sans rire, je veux bien, mais hilarant).

Tout ceci, vous l’aurez compris, pour dire… pas grand chose en fait, sauf peut être que mon cher paternel aurait pu trouver pire endroit que Covent Garden pour une virée père-fils comme au bon vieux temps.

Pour l’occasion, j’ai sorti ma plus belle canne, je me suis offert un smoking tout neuf (je nageais pitoyablement dans l’ancien) et j’ai même attaché mes cheveux. Tiens d’ailleurs il faudrait que je les fasse couper, ils me gênent et je ressemble beaucoup trop à Lucius.

Cela dit… Harry a l’air de bien les aimer…

Putain, j’ai recommencé.

J’essaie pourtant… mais ne pas penser à Potter c’est comme ne pas penser à une salle de bains quand on a envie de pisser… Oui, exemple de mauvais goût, mais vous devriez savoir que je suis une personne de mauvais goût à présent.

Heureusement que j’ai mes recherches pour le chasser de mes pensées, la nuit dernière après son départ je m’en suis tellement voulu que je n’ai pas fermé l’œil, du coup j’ai pu avancer quelques expériences longues et ennuyeuses comme la cristallisation du sang de dragon et l’extraction du venin de veuve noire. Ce n’est pas grand chose mais maintenant je connais deux des ingrédients présents dans la saloperie qui a failli me tuer.

Je n’ai pas dormi depuis trente six heures, je suis claqué mais assez fier du travail que j’ai abattu parce que mine de rien, il m’a fallu plonger dans des textes vieux de mille ans pour pouvoir comprendre les méthodes d’extraction et de cristallisation.

En bref, je me suis éclaté comme un dingue, et derrière mes lunettes teintées mes yeux sont tellement rouges qu’on pourrait penser que j’ai participé à une rencontre d’adeptes de la gandja au lieu de bosser.

– Tu fumes trop.

Ah… c’est fou comme on oublie vite la présence des gens que l’on ne fait que tolérer.

– Vous n’y êtes pas, Père, j’essaie juste d’entrer dans le livre des records, je réponds en écrasant ma cinquième cigarette depuis notre arrivée il y a une demi heure.

– Ton cynisme te tuera, fils, rétorque-t-il avec un petit sourire froid.

Je hausse les épaules, pas envie de remettre ça avec les joutes verbales, je manque de sommeil donc d’imagination, en plus de ça.

Ce n’est que lorsque les lumières du salon VIP faiblissent que je me lève pour me diriger vers la loge privée des Malfoy – non, Lucius ne se refuse jamais rien – tout en admirant la classe avec laquelle le début du spectacle est signalé. Ca m’a vraiment manqué tout ce rituel. L’ambiance des lieux m’a toujours paru un peu surnaturelle, c’est comme une espèce de sanctuaire dans lequel chacun sent que quelque chose de sacré est sur le point de se produire, alors les conversations se font à mi voix, ce qui crée un brouhaha feutré par lequel on ne se sent pas agressé.

Je m’installe confortablement – enfin, autant que possible, ce qui n’est pas chose aisée – et je laisse mon regard balayer la salle. Il y a principalement des Moldus, ce qui est normal, et je suis étonné d’apercevoir quelques visages connus de sorciers du Ministère.

– Ils ont fait des progrès au niveau du camouflage, mais ça ne les empêche pas de se faire remarquer où qu’ils aillent, dit Lucius alors que la musique s’élève depuis la fosse.

– Je suppose que vous saviez qu’ils seraient là.

– Je le savais.

– Vous êtes suivi, Père, ça ne vous perturbe pas plus que cela ?

– Non, j’ai l’habitude, comme je sais que les salles comme celle ci sont les plus sûres pour nous.

Je fronce les sourcils tandis que les choses se mettent en place dans mon esprit.

– Les sortilèges d’écoute sont inutilisables et les ondes des appareils d’espionnage Moldus sont trop repérables, poursuit-il. Et comme je ne veux pas que ce que j’ai à te dire soit entendu par des oreilles indiscrètes, j’ai pensé que nous serions en sécurité ici.

– Quelle désillusion, Père, moi qui pensais que vous m’aviez invité afin de ressouder nos liens familiaux.

Ironie, quand tu nous tiens… Eh oui, je suis capable de sortir des répliques à deux balles alors que je grille de curiosité au point de secouer mon père comme un prunier pour lui faire cracher le morceau le plus rapidement possible.

Mais, classe obligeant, je ne bouge pas un cil et me contente de suivre des yeux la danseuse qui évolue gracieusement sur la scène.

– C’était en effet le but, mais il y a des gens qui considèrent que nos « liens familiaux » représentent un danger.

Mon regard quitte la scène pour rencontrer celui de Lucius. Il ne ment pas.

Il ne ment plus.

– Cela signifierait-il que vous allez enfin me dire des choses intéressantes ?

Un léger sourire étire ses lèvres, il ne me regarde pas, peut-être que c’est plus facile pour lui d’être franc de cette façon.

– Il y a des choses que tu ne dois pas savoir, selon certaines personnes, c’est pourquoi je vais te les dire. J’estime que tu es en droit de détenir toutes les cartes afin de savoir comment décider de ton avenir.

– Dans ce cas, je vous écoute.

Peut-être vais-je enfin savoir pourquoi ma mère n’est plus là aujourd’hui… De toutes les choses qu’on me cache, c’est sans doute celle-ci qui me fait le plus défaut. Je me dis que si je savais, je pourrais peut-être faire son deuil… Peut-être.

– Tout d’abord, il y a une chose importante que tu dois réaliser : la pureté du sang n’est pas seulement une idéologie adoptée par Voldemort. Les familles de Sang Pur sont très rares, car les sorciers se sont mélangés avec les Moldus et au fil des siècles tout ce qui était pur s’est peu à peu dilué. Je n’ai jamais considéré les sang mêlé comme des êtres indignes de pratiquer la magie, à l’inverse du Seigneur des Ténèbres, mais comme une menace. Car plus ils sont nombreux, moins il y a de Sang Pur.

Je me raidis involontairement.

– C’est tout de même de l’intolérance, Père, que de considérer ces gens comme des menaces.

Je ne comprends pas exactement où il veut en venir avec son histoire de sang.

– Non, Draco, il n’est pas question d’intolérance dans cette histoire, ou alors de celle des autres sorciers à l’égard des Sang Pur, reprend-t-il. Les fondements de la société sorcière remontent très loin dans le temps et à l’époque, les privilèges allaient aux personnes dont le sang était entièrement magique car ils furent les premiers à prendre des mesures pour faire cesser les inquisitions.

– Ces privilèges ont été abolis après les grandes révoltes gobelines, je réponds, intéressé malgré moi par ce qu’il me raconte.

Lucius me lance un petit regard étonné, il devait s’imaginer que je passais mon temps à jouer au morpion pendant les cours d’histoire.

– Oui, mais pas tous. Les fondateurs du monde magique tel que nous le connaissons ont su protéger leurs acquits grâce à une magie très ancienne, ils craignaient l’avènement de mages noirs et on peut dire qu’ils avaient raison, l’histoire l’a prouvé.

– J’ai du mal à saisir en quoi consiste ce pouvoir lié au sang.

Il soupire doucement, il semble soudain plus vieux.

– Ce pouvoir est à la fois un don et une malédiction, Draco, tu comprendras mon hésitation à le remettre entre tes mains lorsque tu devras toi aussi faire des choix difficiles.

Il s’interrompt un instant, juste le temps – je suppose – de rassembler ses idées.

Les sorciers du Ministère nous regardent, je le sens. Combien d’entre eux sont là, à attendre que nous fassions le moindre mouvement suspect pour nous arrêter et nous jeter au fond d’une cellule d’Azkaban ?

Quelque part, c’est terrifiant…

Mais en réalité, j’ai juste envie de savoir.

– Les fondateurs étaient des sorciers avisés, continue Lucius, et ils savaient qu’un jour ou l’autre la société sorcière qu’ils avaient voulue parfaite s’effondrerait, que d’une façon ou d’une autre, la corruption prendrait le dessus. Ils ont donc scellé la magie de leur sang, ce qui donne le droit aux sorciers de sang pur de reprendre le pouvoir politique sans que personne ait son mot à dire. C’est un pouvoir dangereux qui peut déstabiliser le monde, c’est principalement pour cette raison que nous sommes surveillés.

Sur la scène, le cygne et le prince font connaissance, je me laisse un instant pour réfléchir.

– Ils pourraient aussi nous emprisonner.

– Non, justement, pour pouvoir enfermer un sang pur il faut lui retirer le droit de se servir de sa magie, ce qui n’est possible que par jugement.

– C’est ce qui s’est passé avec Sirius Black ? je demande.

Je n’ai pas connu cet homme, je le regrette car il devait être un personnage intéressant, suffisamment intéressant pour que ma tante Bellatrix le haïsse, ce qui suffit amplement à me le rendre sympathique. Quant à la façon dont il a été expédié en prison… sans commentaire.

– Black a été jugé inapte à la magie, en effet, bien qu’il n’y ait pas eu de procès… Mais, ajoute-t-il en me voyant ouvrir la bouche pour parler, il a toujours été impossible d’empêcher un sorcier d’utiliser ses pouvoirs. Car pour ce faire, il faudrait les lui retirer.

Les lui… retirer ?

Je me sens pâlir brusquement.

– Je vois que tu commences à saisir, mon fils, et c’est pour cette raison que nous sommes là ce soir. Tu dois comprendre que des gens haut placés ne veulent pas que nous usions de nos droits afin de prendre une quelconque part de pouvoir.

Mais prendre quoi ? Les rennes d’un pays ?

J’hallucine doucement mais franchement à l’idée que des gens puissent trembler de peur à l’idée qu’un gamin de dix huit ans se pointe en disant « poussez vous de là, que je m’y mettes ».

– Je n’ai aucune envie de faire ça, je réponds d’une voix peu assurée. Je veux juste qu’on me laisse en paix.

Lucius se tourne vers moi, cette fois.

– La paix n’est pas une option ces temps-ci. Mais il y a d’autres choses concernant le pouvoir du sang.

– Ah bon ? Parce qu’en plus de représenter une menace politique, il y a un bonus ?

– On peut dire ça, fait Lucius en souriant. Je vais résumer un peu si tu le permets. Tu n’as pas le droit d’utiliser tes privilèges à des fins personnelles, aussi le pouvoir pour le pouvoir ne te sera pas accordé de droit, c’est ce qui a empêché Voldemort de se servir de cette magie afin d’accéder au Ministère, bien qu’il ait essayé. C’est aussi pour cela qu’il a repris les expériences de Grindelwald sur la privation de magie, il ne voulait pas que l’on puisse passer par l’ancienne magie afin de reprendre le Ministère qu’il voulait conquérir par la force.

– Je commence à comprendre mon utilité en tant que rat de laboratoire, je grogne.

– Crois moi, j’ai tout fait pour t’éviter cela, dit Lucius d’une voix un peu plus rauque, mais depuis Azkaban, les choses n’étaient pas simples à gérer.

Je hausse les épaules, aucune envie de revenir sur ses pathétiques excuses. Il semble comprendre et poursuit :

– Et pour finir, en tant que sang pur, tu as le droit d’accorder la protection des anciens à une seule et unique personne. C’est un rituel qui s’est plus ou moins perdu au fil des siècles mais qu’il est nécessaire de connaître. On l’utilisait très souvent pour procurer aux enfants illégitimes des droits qu’ils n’avaient pas naturellement, c’est assez compliqué en fait, ce qui explique que la pratique se soit perdue dans la société actuelle.

Lucius se tait et reporte son regard sur la scène où le cygne éblouit une assemblée de danseurs dans un décor de fête mondaine. Je n’entends plus tellement le musique, je réfléchis à ce que je viens d’apprendre.

Le sang…

Ca voudrait dire que je suis baisé depuis le départ dans cette histoire, juste parce que je suis né dans la famille Malfoy, purs de père en fils depuis des siècles.

Tout ça, plus les regards qui me vrillent depuis les quatre coins de la salle, me donne le tournis assorti d’une sensation d’étouffement.

– Père ?

– Oui, Draco ?

– Y a-t-il un moyen d’échapper à tout ça ?

– Il y a effectivement un moyen, mais je ne suis pas sûr qu’il te convienne, aussi vais-je te laisser méditer sur tout ceci un moment. Le jour où tu seras prêt à entendre le reste, je te le dirai.

J’acquiesce, plus pour la forme qu’autre chose. Etrangement, le seul fait de savoir que je pourrais, si je le voulais, échapper à toutes ces conneries me suffit. Je n’ai pas envie d’en entendre plus ce soir.

Et pour la première fois, je regarde mon père avec l’impression inédite d’être protégé.

– A qui avez-vous accordé votre protection ? je demande sans quitter les circonvolutions du cygne.

– Pas à Voldemort, si c’est ce à quoi tu pensais, répond-t-il.

Par la suite, nous ne parlons plus. La musique m’entraîne et je me dis que je penserai à tout ça un peu plus tard.

oOoOo

No Man’s Land, quartier de Soho, Londres (côté Moldu) – Mercredi 11 Novembre 1998 :

Et nous voilà repartis pour un tour.

Je me disais justement que ça faisait longtemps que je n’étais pas revenu faire un petit coucou aux accros en tout genre dans ce bar à la con.

Voilà, c’est fait.

Cette fois, en plus, c’est moi qui ai choisi de venir ici.

J’ai dîné avec Blaise ce soir et, vu que nous n’avons pas tellement le temps de nous voir ces temps ci, l’option du petit verre entre amis s’est imposée d’elle même.

Et pour fêter ça, j’ai commandé une… non deux, ou peut-être trois vodka.

Ca aussi, ça faisait longtemps…

Mais c’est bon d’envoyer chier la médecine de temps en temps, histoire d’avoir envie de vomir pour autre chose que mon taux anormalement élevé d’acide gastrique.

C’est bon, aussi, de profiter de la présence de Blaise. Ca me rappelle les moments qu’on passait à Poudlard, les soirées qu’on passait à boire comme des trous jusqu’à oublier notre nom et les choses sans intérêt mais qui nous bouffaient la vie le reste du temps.

J’ai haï sa mère quand elle l’a emmené aux Etats-Unis.

Mas vu qu’à présent il est là, on va fêter ça.

Je lève mon verre pour la énième fois.

– A ma santé, Blaise, puisse-t-elle me permettre de te ridiculiser comme au bon vieux temps quant à ta piètre résistance à l’alcool.

Ma voix n’est pas pâteuse, ma main ne tremble pas. J’ai encore un foie de compétition, c’est rassurant.

– Tu t’en sors bien, pour un grand malade, ironise Blaise en souriant, mais cette fois, je vais te faire bouffer ta canne.

– Ouais, on lui dira, en attendant bois.

J’avale mon verre cul sec et le repose sans douceur sur le comptoir pour que le barman m’en remette un.

Mais comme dans toute soirée parfaite, il faut qu’un élément perturbateur vienne tout foutre en l’air.

Je me disais aussi que je n’avais pas vu le pote gothique de Potter depuis longtemps.

– Bonsoir messieurs, on s’amuse bien par ici, je peux participer ?

Bizarrement, il ne me manquait pas trop.

– Si tu paies ta tournée, pourquoi pas ? fait Blaise, l’air amusé.

Iannis attrape une bouteille derrière le comptoir et se met en devoir de nous servir tous les trois, j’en profite pour admirer – malgré moi – sa tenue, toujours indécente, toujours noire mais surtout seyante. J’ignorais qu’un homme pouvait si bien porter la jupe…

– Alors Draco, comment va-tu ? me demande-t-il après avoir rangé la bouteille.

Je hausse les épaules.

– Ca allait très bien avant que tu ne viennes m’emmerder, je réponds.

Oui, la sincérité est vraiment une chose que je maîtrise.

Bon, ça le fait rire…

Ca fait aussi marrer Blaise.

Super, je vais pouvoir me recycler dans le comique.

Ils se mettent à discuter de tout et de rien en souriant, comme deux vieux amis et tout d’un coup je me sens seul.

Et comme à chaque fois que je me sens seul, je me mets à penser à Harry.

Harry qui n’a pas donné signe de vie depuis vendredi.

Harry qui malgré tout me manque.

Ca me rend malade, tiens. Je descends mon verre cul sec pour voir si l’alcool va m’aider à l’oublier.

– Crois tu que boire soit une bonne idée ?

Je reporte mon attention sur Iannis. Son visage est redevenu lisse et son regard clair me passe au crible.

– Où est Blaise ? je demande, remarquant soudain l’absence de mon ami.

– Il avait un coup de téléphone à donner, il va revenir.

Putain, j’avais même pas remarqué… Je suis resté combien de temps à interroger ma vodka ?

– Ecoute, Draco… dit doucement Iannis en s’approchant de moi. Je sens que ça ne va pas, et comme je connais Harry, j’en déduis que c’est de sa faute.

Bingo… Remarquez, c’est pas trop difficile à deviner quand on est plus ou moins au courant de la « relation » qui existe entre Potter et moi.

– Ca ne te regarde pas.

Là aussi, c’est difficile d’aller contre son sens de l’auto préservation de sa vie privée.

– Je sais, mais à défaut de me regarder, ça m’intéresse, et tu es bien placé pour savoir que je connais Harry mieux que la plupart des gens. Il est perturbé et ça le rend maladroit.

– S’il avait cassé un verre, j’aurais pu dire qu’il a été maladroit mais en l’occurrence il a fait plus que ça.

Remarquez, il a été direct finalement, quand il a dit qu’il n’était pas chez moi pour être aimé, on ne peut vraiment pas lui enlever son sens de la franchise.

– Il t’a fait du mal ?

Je rêve… Iannis se ferait du souci pour moi ?

– Non, je murmure.

– Il t’a demandé de lui faire du mal ?

Je me crispe involontairement, et Iannis comprend qu’il a touché juste mais je ne voudrais pas qu’il se fasse de fausses idées.

– Il n’a rien demandé, il m’a juste fait comprendre que je ne devais pas… prendre de gants avec lui. Je l’ai juste envoyé balader, pas de quoi en faire un roman.

Et je baisse les yeux… je me sens vraiment comme une merde, c’est horrible. Je ne sais pas comment Iannis s’y prend pour me faire cracher le morceau à chaque fois.

– T’es amoureux de lui, pas vrai ? demande-t-il en se rapprochant un peu plus.

Il n’est plus qu’à quelques centimètres de moi, je peux sentir la chaleur qu’il dégage.

Je hoche la tête lentement.

Il soupire en passant une main sur ma joue et relève mon visage pour me forcer à le regarder dans les yeux.

– Dans ce cas, dit-il, je n’ai qu’un conseil à te donner : fuis.

Je fronce les sourcils, il ne me laisse pas le temps de parler.

– J’ai pensé que te fréquenter était la meilleure solution pour Harry, mais de toute évidence j’avais tort. Il te fera souffrir.

– Pardon ?

Avis de recherche : sens de la répartie Malfoyen en très bon état, forte récompense.

– Il pense qu’il ne mérite pas d’être aimé, et à chaque fois que tu seras doux avec lui, ça lui fera mal. Les choses ne peuvent pas bien se passer dans ces conditions, car même si tu lui décroches la lune, tu finiras par la prendre dans la figure.

– J’ai manqué quelque chose ? fait la voix de Blaise derrière moi.

Iannis me lâche si rapidement que j’ai l’impression d’avoir rêvé cette conversation.

– Non, très cher, par contre je vais vous laisser, j’ai du travail.

Il repart comme il est venu et Blaise reprend sa place.

– Quel drôle de personnage…

– Je reprendrais bien un verre, je réponds.

Car Iannis ne me fait plus rire.

Plus du tout.

oOoOo

Cimetière Sorcier de Londres, Chemin de Traverse – Dimanche 15 Novembre 1998 :

La fin misérable d’une semaine merdique.

J’ai un peu l’impression de répéter encore et encore le même schéma depuis ma sortie de l’hôpital, de plonger toujours plus avant dans une spirale qui m’entraîne plus bas à chaque instant.

Je me suis dit qu’une visite sur la tombe de ma mère me remettrait les idées en place et tout ce que je peux faire depuis une heure c’est tourner en rond dans ma tête sans trouver quoi faire.

La tombe blanche ne me parlera pas, ma mère n’est plus là pour passer sa main dans mes cheveux en me murmurant que je n’ai pas de souci à me faire, qu’elle veille sur moi.

Alors je gamberge…

J’ai repensé à mon père, à tout ce qu’il m’a dit, à tout ce que ça implique…

Tout ça veut dire que je suis l’homme à abattre, depuis le début. Peu importe mon camp, peu importent mes choix, je représente une menace.

Dire qu’à une époque j’adorais péter plus haut que mon cul en trimballant ma pseudo fierté de sang pur en bandoulière… Quel petit con j’étais.

Et quel gros con je suis devenu surtout, à me laisser balader par les uns et les autres sans réellement choisir ma place.

Si j’avais ne serait-ce qu’un peu de courage, je déciderais de m’en aller, je prendrais le large direction n’importe où pourvu qu’on me foute une paix royale.

Mais je n’ai pas de courage.

Et encore moins le courage de laisser Harry, cet enfoiré qui fait silence radio depuis plus d’une semaine. Je sais bien qu’il se fiche que je sois amoureux de lui, mais ça ne l’empêche pas d’être poli… Ou direct, s’il veut qu’on arrête de se voir, il n’a qu’à le dire et basta.

Je ne peux pas non plus partir sans découvrir ce qui se trame exactement et la raison pour laquelle on a tué ma mère. Tout le monde pense que Voldemort l’a faite assassiner mais il n’avait aucune raison de le faire, j’en suis sûr. Et après ce que Lucius m’a dit, j’ai d’autres raison de penser que des gens haut placés ont quelques squelettes dans leurs placards.

Rogue en premier, d’ailleurs, vu le hibou que j’ai reçu ce matin de sa part.

Il veut me voir, j’en profiterai pour le cuisiner.

En attendant, je continue de travailler sur le poison avec Padma, elle a adoré mes premiers résultats sur le sang de dragon. Il nous reste encore beaucoup de travail mais je sens que je touche au but.

Et puis c’est peut-être le seul objectif tangible que j’aie pour l’instant.

Iannis, ce « drôle de personnage », comme l’a si bien dit Blaise, commence à me donner des envies de repeindre les murs avec sa cervelle, et je m’y connais en art de ce côté là… Il me balance un Potter tout rôti dans les bras en me disant que je peux y aller avant de me sortir que le cadeau était empoisonné…

Un peu tard je trouve.

Je suis déjà intoxiqué jusqu’à l’âme, de toute façon.

Je le suis tellement que je sens arriver Harry avant même de l’entendre.

Lorsqu’il arrive à côté de moi, je n’ai pas besoin de le regarder pour savoir qu’il se sent gêné. Il a encore envie de s’enfuir, comme la dernière fois quand il a débarqué dans mon salon.

Il ne parle pas, moi non plus.

On dirait quoi de toute façon ?

Je dirais quoi ?

« Désolé, Potter, si je te fais du mal avec mon amour, je te promets de faire attention à bien te détester comme avant. »

Minable, en plus je serais incapable de faire ça.

Merlin sait que j’ai envie de le haïr, mais c’est trop tard.

Depuis le début, c’était foutu.

Mais même en sachant ça, je le laisse me suivre jusque chez moi, sans rien dire.

Je le laisse s’asseoir dans le canapé et jouer nerveusement avec le bord de l’accoudoir.

Et ce n’est que lorsque Baby disparaît après avoir servi le thé que je me décide à parler.

– Tu comptes rester muet toute la journée ?

Il sursaute légèrement et plante son regard troublé dans le mien, je regrette d’avoir ôté mes lunettes en entrant.

– Pardon… Je voulais te parler mais au cimetière, c’était un peu délicat, dit-il.

Je hausse un sourcil interrogateur pour l’inciter à poursuivre. J’essaie aussi de me préparer mentalement à la claque que je ne vais pas tarder à recevoir.

– J’ai conscience de me comporter comme un con.

– C’est le moins qu’on puisse dire, dis-je sur le ton de la conversation en sirotant mon thé.

Il soupire et passe la main dans ses cheveux, aggravant le désordre qui règne déjà au sommet de sa tête.

– Le problème, c’est que je ne sais pas trop où j’en suis par rapport à toi et à… ce qui s’est passé.

Merde… Finalement il a osé venir sur le sujet sans trop tourner autour du pot.

La phrase de Iannis se met à tourner en boucle dans mon esprit…

Je n’ai qu’un conseil à te donner : fuis.

Fuir où ? Comment ?

Avec quelle envie, surtout ?

– Tu ne sais pas où tu en es ? Je crois que tu n’es pas le seul, Potter.

– Tout est tellement compliqué, murmure-t-il.

– Il est évident que les choses seraient plus simples si on avait continué à se taper dessus comme au bon vieux temps, je rétorque, il hoche la tête avec un léger sourire. Mais on a grandi, Potter, et la hache de guerre est rouillée. Tout a changé, à commencer par mes sentiments pour toi.

Il se crispe, je souris en maudissant les mecs au prénom bizarres qui ont toujours raison.

– Je voulais te parler de ça aussi, dit-il après quelques instant d’un silence tendu. Il faut que tu saches que… je ne peux pas répondre à tes sentiments.

J’accuse le coup sans grimacer, normal, c’est Potter, il peut faire pire et puis là c’est presque une redite.

– Je peux savoir ce que tu fais ici, dans ce cas ?

Non parce qu’il faut arrêter de se foutre de ma gueule, un peu.

– C’est… compliqué.

Mais bien sûr…

– Essaie quand même, je suggère.

– J’ai besoin de toi, lâche-t-il, me sciant au passage. Je ne saurais pas expliquer pourquoi, je sais juste que tu es le seul à me calmer… physiquement.

J’ai dû mal entendre…

– Physiquement ?

– Oui… Comment dire ça clairement… ?

Je le regarde réfléchir et l’idée horrible qu’il est en train de me dire que je ne suis bon qu’à le baiser me donne envie de me jeter par la fenêtre.

– En gros, je l’interromps pour gagner du temps vu qu’il a l’air parti pour le marathon de la réflexion, tu aimes bien quand on couche ensemble mais tu n’es pas chaud pour être la mère de mes enfants, si je comprends bien.

– C’est à peu près ça, répond-t-il calmement.

Bien… laissez moi le temps de balayer les morceaux de mon cœur éparpillés sur le tapis et je suis à vous.

Putain…

Dire que je croyais qu’il ne pouvait pas me faire plus mal que la fois où il m’a craché à la figure que je pouvais crever… J’avais tort, au temps pour moi.

Pourtant sa phrase avait bien commencé… « j’ai besoin de toi », ça laisse place à l’espoir quand même…

Quand je disais qu’il essayait de me tuer, je crois que je n’étais pas bien loin de la vérité.

Je n’ai qu’un conseil à te donner : fuis.

Finalement, l’idée n’est pas mauvaise…

Mais avant d’appliquer ce sage conseil, il va falloir que j’élimine tout sentiment amoureux.

Et alors que je laisse la douleur obscurcir mon jugement, je me fais la réflexion incongrue qu’il ne doit pas être si difficile que ça de haïr à nouveau.

Je m’approche doucement de Harry, son regard suit le moindre de mes mouvements. Il n’est même plus gêné, il attend juste que je fasse quelque chose.

Il est arrivé, a lâché sa bombe et maintenant c’est à moi de faire quelque chose.

Son gémissement est à mi chemin du plaisir et de la douleur lorsque j’écrase mes lèvres sur les siennes, sans tendresse.

Il n’y a plus de place pour la tendresse de toute façon.

C’est juste un besoin « physique ».

Il n’y a pas de place pour autre chose que cette douleur en moi non plus.

Je le hais pour m’avoir dit ça, et je me hais encore plus au moment je le déshabille. Sa peau brûlante me rend fou mais je m’interdis de la caresser. J’ignore mon désir de douceur et l’appel de ma raison, je nie jusqu’à la douleur dans mes muscles fatigués.

Je deviens le déni.

Le déni quand mes dents s’enfoncent dans la chair tendre de son épaule.

Le déni encore lorsque mes ongles griffent ses hanches.

Le déni à la folie quand, sans aucune précaution, je m’enfonce en lui.

Ma dernière pensée consciente, avant de sombrer définitivement dans le plaisir coupable que me procure cet acte sans amour est que, plus que lui, c’est moi même que je suis en train de souiller.

À suivre…


Note (encore) de l’auteur : J’ai conscience de prendre des risques avec une telle fin, cela dit raser les murs ajoute un piment à mon quotidien :p

Merci à tous ceux qui seront courageusement arrivés à lire jusqu’à cette note sans avoir fui ou s’être endormis.

J’espère que ça vous a plu.

A très bientôt

Baddy


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