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L'univers de Détective Conan ne m'appartient pas mais reste la propriété de son créateur, à savoir, monsieur Gosho Aoyama.
« Tu sais, petit détective, si tu ne fais pas preuve de délicatesse lorsque tu cueilles une rose, ses épines te transperceront au moment où tu l'étreindras… »
Chapitre 1
Assise à sa table de travail, la tête enfouie dans ses bras repliés sur le rebord, la jeune scientifique regardait d'un air indifférent la souris qui s'agitait frénétiquement dans la cage posée devant elle. Son hystérie était-elle un effet secondaire du poison responsable de son état, ou la simple conséquence de la peur continuelle qu'elle éprouvait, en demeurant enfermée dans cette cage, à la merci de ses tortionnaires ?
Miyano Shiho poussa un soupir…Il y a encore quelques semaines, elle aurait répondu à la question que suscitait ce spectacle en effectuant quelques analyses sur les échantillons de sang qui étaient prélevés sur le rongeur à intervalles réguliers. Mais à présent qu'elle avait juré sur l'amour qu'elle portait encore à sa sœur, cette sœur qui venait de lui être enlevé il y à peine quelques jours, qu'elle ne collaborerait plus jamais aux recherches qui lui étaient imposés depuis bientôt deux ans, il était hors de question qu'elle jette ne serait-ce qu'un coup d'œil aux rapports qu'on persistait à lui remettre encore.
Ouvrant la porte de la cage, la scientifique glissa la main à l'intérieur pour s'emparer de son occupant. L'animal apeuré se débattit de toutes ses forces pour lui échapper mais sa course continuelle à l'intérieur de sa prison l'avait tellement épuisé qu'il ne put déployer assez d'effort pour cela. La chimiste eût beau prodiguer maintes caresses et paroles rassurantes à la petite boule de fourrure qui s'agitait dans sa main, elle ne parvint pas à faire disparaitre la lueur de terreur qui brillait dans les yeux paniqués qui la dévisageaient.
Un sourire sarcastique se dessina sur son visage, tandis qu'elle observait d'un air amusée les tentatives désespérées de son cobaye pour s'extraire de sa nouvelle prison. Comment pouvait-il éprouver autres choses que de la terreur alors qu'il était entre les griffes de celles qui lui avait injecté, il y a de cela plusieurs semaines, le poison qui coulait encore dans ses veines ?
Si l'animal n'avait sûrement pas conscience que le poison qui aurait du le tuer l'avait simplement fait rajeunir, les souffrances qui l'avaient fait se tordre de douleur lorsqu'il lui avait été injecté devaient être encore suffisamment vives dans sa mémoire pour qu'il se méfie plus que tout au monde de celle qui le tenait dans sa main.
Est-ce que son autre sujet d'expérience, le jeune détective qui avait survécu à sa création, de manière aussi miraculeuse que le petit être vivant qui essayait désespérément d'échapper à son étreinte, réagirait de la même façons s'il était en face d'elle à cet instant ?
La scientifique n'en doutait pas une seconde, et elle ne doutait pas non plus que le fait d'avoir certifié à l'organisation qu'il n'y avait pas le moindre doute sur sa mort ne susciterait pas plus de gratitude chez sa victime que n'en suscitait chez la souris le fait qu'elle l'ait sortie de sa cage. Qu'elle lui ait accordé un sursis ne changerait sans doute pas grand-chose à au fait qu'elle demeurerait, à ses yeux comme aux siens, celle qui lui avait volé dix ans de sa vie…
« Tu es resté enfermé dans ta cage pendant tellement longtemps…Tu ne me croira sûrement pas si je te dis que c'est aussi mon cas, n'est ce pas?»murmura-t-elle en caressant le rongeur apeuré.
Se penchant sur le sol du laboratoire, elle y déposa doucement l'animal, qui, au lieu de saisir l'occasion qui lui était offerte de s'enfuir, y demeura figé, paralysé par la terreur ou par l'étonnement.
« Espèce d'imbécile, est-ce que tu va commettre la même erreur que moi et laisser échapper la seule chance que tu aura jamais de quitter cet enfer ? La peur m'a fait attendre trop longtemps, et il est sans doute déjà trop tard pour que j'ai de nouveau la même chance que toi… »
Abattant brusquement son pied à quelques centimètres de son ex-cobaye, la scientifique lui décocha un sourire désabusé en le voyant détaller apeuré, l'instant d'après.
Se rasseyant, elle enfouit de nouveaux sa tête entre ses mains en faisant le point sur les choix qui lui étaient encore offerts.
Reprendre ses travaux comme si rien ne s'était passé ?
Hors de question.
S'enfuir ?
Pour se réfugier où ? Il n'y avait aucun endroit sur cette planète où l'organisation ne finirait par la retrouver tôt ou tard, et elle n'avait de toutes façons personne vers qui se tourner pour lui demander de l'aide.
Des amis ? Elle n'en avait aucun.
De la famille ? La seule qui lui restait venait de lui être ôtée à tout jamais par ceux qui la tenaient en leur pouvoir depuis sa naissance.
Il n'y avait qu'une seule sentence pour les traitres dans le code juridique du syndicat, et tout ses efforts pour y échapper ne ferait que retarder l'échéance, alors à quoi bon ? Ne valait-il pas mieux rester ici, à attendre qu'ils se décident enfin à la tuer ? D'ailleurs, ne valait-il pas mieux qu'elle leur ôte le plaisir de l'exécuter en se chargeant elle-même de la sombre besogne ? Cela lui épargnerait en plus d'avoir à attendre sa mort encore longtemps.
Son regard finît par se poser sur une boite contenant le fruit de ses propres recherches qu'elle ne cessait de maudire.
Puisqu'elle n'avait pas le temps de réparer ses fautes, la moindre des choses ne serait-elle pas de les expier, au moins en partie, en goûtant à sa propre médecine ?
S'emparant d'une des gélules que contenait le récipient, elle la fit tourner entre ses doigts en la fixant d'un regard absent.
Oui, autant en finir maintenant, si elle attendait encore un peu, elle n'aurait plus le courage de le faire…
Sa main tremblait légèrement alors qu'elle approchait la capsule contenant le poison de ses lèvres, elle avait observé un nombre incalculable de fois l'effet que produisait la toxine sur les souris servant de cobayes, et les gémissements des rongeurs tandis que la souffrance les faisaient se recroqueviller sur eux même lui revenaient à présent en mémoire.
Nul ne savait mieux qu'elle les effets que produirait le poison sur son organisme, une fois qu'elle l'aurait ingéré, et son instinct de conservation ne cessait de lui rappeler l'intensité de la douleur qui allait la déchirer avant que sa création n'ait terminé sa sinistre besogne.
Ses hésitations allèrent en s'accroissant au fur et à mesure qu'elle contemplait sa propre main, figée à quelques centimètres de ses lèvres. C'est à cet instant que le grincement de la porte du laboratoire retentît, et le simple fait d'entendre ce son suffit à réduire à néant le peu de déterminations qui lui restait encore.
Glissant précipitamment la gélule dans la poche de sa blouse, la scientifique s'efforça d'arborer de nouveau l'expression indifférente qui lui était devenu coutumière au fil des ans.
« Alors, Sherry ? On dirait que tu persistes toujours à délaisser tes recherches? »
« Vous pouvez me forcer à venir dans ce laboratoire chaque jour que Dieu fait, mais vous ne pouvez plus m'y forcer à y poursuivre VOS recherches… »murmura la scientifique sans même se tourner vers celui qui venait de s'adresser à elle.
« Tu sais pourtant que si tu t'obstines encore dans cette voie, tu n'y survivras pas… Si nous t'avons épargnée, malgré le fait que tu fais tout ce qui est en ton pouvoir pour que nous remettions en cause la fidélité que tu as toujours témoignée à l'organisation, c'est uniquement parce qu' il estime que tes recherches peuvent encore nous être utiles. Or tu continues de les délaisser… »
« Et je continuerais de le faire, que cela vous plaise ou non… »
« Fais bien attention, Sherry. Tu as eu le droit à un traitement de faveur en raisons de tes compétences, mais tu sait très bien que « sa » patience à des limites…Et si tu les outrepasse, il n'hésiteras pas une seconde à signer ton arrêt de mort… »
Tout en parlant, l'interlocuteur de Shiho s'était rapproché, et lorsqu'il arriva derrière elle, il tendit la main pour la forcer à lever les yeux vers lui.
« Et tu sais aussi que lorsque ce moment viendra, je me ferais un plaisir d'exécuter la sentence… »
La scientifique s'efforça de fixer sans ciller le regard froid et cruel de son collègue. Elle savait pertinemment que si elle le laissait percevoir, ne serait-ce qu'un instant, la peur qu'il suscitait chez elle, il prendrait un plaisir immense à continuer de la torturer jusqu'à ce qu'elle implore grâce. Et c'était un plaisir qu'elle n'aurait voulu lui accorder pour rien au monde. Aussi déploya-t-elle autant d'effort que possible pour que son visage n'exprime rien d'autre à son égard que du mépris et du dégoût.
« Si sa patience à des limites, c'est aussi le cas de la mienne, Gin…Alors si tu n'as rien d'autre à me dire, laisses-moi tranquille. »
« Pourquoi es-tu si dure avec moi, Sherry ? Je veux juste t'éviter de faire la pire erreur de ta vie… »
Le ton avec lequel ses paroles avaient été prononcées ainsi que le rictus sadique qui les avait accompagné contrastaient singulièrement avec leur contenu, tandis que leur auteur approchait ses lèvres de celle de la scientifique à qui elles étaient destinées.
L'instant d'après, le claquement sec d'une gifle retentit dans le laboratoire.
Reculant de quelques pas, Gin extirpa un revolver de son ample manteau noir, avant de le pointer vers la tête de celle qui venait de le défier aussi effrontément.
« Si tu tiens tellement à presser cette détente, n'hésites pas. Cela nous épargneras beaucoup de temps, à toi comme à moi… »
Le sourire sarcastique avec lequel sa collègue avait illustrés ses paroles avait achevé d'accroître la fureur de l'assassin, mais il fît pourtant de son mieux pour se retenir d'exaucer sa requête.
Elle tenait tant que ça à mourir ? Très bien, il se ferait une joie de lui offrir cette mort qu'elle désirait tant, mais certainement pas à ce moment là, non. Il le ferait au moment ou il l'aurait décidé, non pas à celui qu'elle aurait choisi. Elle lui appartenait et non l'inverse. Le moment où il la ferait passer de vie à trépas serait celui ou elle le fixerait, non pas avec cet insupportable sourire cynique, mais avec une expressions apeurée, un moment ou elle le supplierait non pas de le tuer mais au contraire d'épargner sa misérable vie. Et il se pouvait bien qu'il n'ait pas à attendre longtemps ce moment.
Si son regard ne semblait exprimer que de l'amusement face à son incapacité de presser la détente, un simple coup d'œil sur le tremblement de cette main qui lui avait cinglé le visage quelques instants plus tôt suffisait à témoigner du fait qu'elle ne pourrait plus dissimuler sa peur encore bien longtemps.
« Allez, Sherry…Je sais que cette jolie façade derrière laquelle tu te cache va finir par voler en éclats. Epargne-toi des efforts inutiles et cesse de me faire languir… »
Si le tremblement de sa main s'accentua légèrement lorsqu'elle vit qu'un sourire narquois avait fait place, sur le visage de celui qui la menaçait, à la fureur qui y régnait l'instant d'avant, la scientifique ne se départit pas pour autant de son sourire.
L'affrontement silencieux se poursuivit durant plusieurs minutes avant que Gin ne finisse par capituler et par ranger son arme. A quoi bon s'impatienter ? Tôt ou tard elle finirait par succomber, d'une façon ou d'une autre, et pour l'instant il n'avait pas encore reçus l'autorisation de presser cette détente.
Mais si cela avait été le cas, il ne doutait pas un seul instant qu'il aurait poursuivi ce petit jeu jusqu'à ce que son apparente absence de peur à son égard finisse par se fissurer petit à petit sous son regard amusé.
« Pourquoi t'obstiner, Sherry ? Tu connais la règle. Obéis-nous aveuglément et il ne t'arriveras rien, fait seulement mine de nous trahir et tu mourras avant même d'avoir eu le temps de le regretter. »
« Ma sœur vous avait pourtant obéi à la lettre et ca ne vous a pas empêché de la supprimer quand elle ne vous a plus été d'aucune utilité, je me trompe ? Qu'est ce qui me garantie dans ce cas que je ne subirais pas le même sort ? Autant en finir tout de suite, non ? »
« Tu sais très bien que nous n'avons pas tué ta sœur, elle s'est donné elle-même la mort pour éviter de tomber entre les mains de la police. Tu devrais prendre exemple sur sa loyauté au lieu de vouloir t'engager sur la voie de la trahison. Est-ce que tu n'es pas en train de salir ta mémoire en agissant ainsi ? »
Gin se mit à sourire en voyant la fureur déformer les traits de son interlocutrice alors qu'elle s'efforçait de dissimuler aux mieux ses émotions derrière une apparente froideur. Il avait touché une corde sensible et il sentait que s'il la pinçait correctement, elle offrirait à ses oreilles la délicieuse musique qu'il désirait tant leur faire entendre.
« Comment oses-tu dire ca ? Tu veux me faire croire que ma sœur se serait suicidée pour une organisation qu'elle haïssait du fond du cœur et qu'elle cherchait à fuir à tout prix ? Tu veux me faire croire que c'est une coïncidence qu'elle ait trouvée la mort dans cette mission alors que vous lui aviez promis que si elle s'acquittait de sa tâche, elle pourrait quitter l'organisation avec moi ? Alors même que tu vient de m'expliquer que si je suis encore en vie, c'est uniquement parce que je vous suit encore utile ? »
Le sourire amusé de Gin se dissipa en l'espace d'un instant.
« Qui t'as raconté ces sornettes ? Qui t'as mis en tête que nous avions promis à ta sœur qu'elle pourrait quitter l'organisation ? »
Cette fois, ce fût au tour de Shiho de sourire.
« Tu ne me croiras sans doute pas mais c'est elle-même qui me l'a dit…Et quand bien même elle ne l'aurait pas fait, ca n'aurait pas été difficile pour moi de deviner. C'est uniquement en lui faisant miroiter une porte de sortie que vous auriez pu la convaincre d'exécuter une de vos sales besognes… »
Une lueur de colère illumina un instant le regard de Gin avant qu'il ne reprenne son expression amusée.
« Eh bien, tu veux savoir la vérité ? Tu as entièrement raison, nous avions prévu d'éliminer ta sœur dès l'instant ou nous lui avions confié ce hold up…Et si tu veut tout savoir, je me suis chargé moi-même de son exécution. Est-ce que tu veux que je te décrive ses derniers instants ? Le hurlement de douleur qui s'est échappée de ses lèvres quand la balle lui a perforé le poumon ? L'expression de désespoir qui a illuminé son regard dès l'instant où elle a compris qu'elle ne parviendrait jamais à te sauver, ni même à se sauver elle-même ? La souffrance qui déformait ses traits alors même qu'elle avait de plus en plus de mal à respirer ? »
Savourant l'expression horrifiée que ses paroles faisaient naître sur le visage de sa future proie, Gin entreprît de se rapprocher d'elle au fur et à mesure qu'il parlait.
« Le dégoût qu'elle a dû ressentir à l'égard d'elle-même quand elle a enfin compris que nous l'avions manipulés depuis le début ? La culpabilité qu'on pouvait lire dans ses yeux quand elle a compris que, non seulement ses efforts ne mettraient pas fin à tes souffrances, mais ne feraient au contraire que les accroître ? »
Posant ses mains sur les épaules frissonnantes de sa victime, Gin se retint d'exprimer sa joie autrement que par un sourire triomphant. Il n'y avait qu'à contempler les larmes qui coulaient de ses yeux ou le tremblement qui avait commencé à agiter son adorable menton pour se rendre compte à quel point le mur qu'elle avait érigé pour se protéger de lui venait de s'écrouler.
Il était certain que s'il continuait dans cette voie encore quelques instants, elle lui demanderait à nouveaux de la tuer. Mais cette fois les circonstances seraient différentes, cette fois ce ne serait plus un sourire sarcastique qui déformerait les traits de ce visage sublime mais une expression aussi anéantie que celle qu'elle arborait à présent. Cette fois sa voix n'exprimerait plus la moindre moquerie mais au contraire une plainte déchirante. Ce ne serait plus debout face à lui qu'elle formulerait sa demande mais au contraire à genoux devant lui.
Est-ce qu'il y aurait la même lueur amusée dans ses yeux quand elle le verrait s'obstiner à ne pas presser cette fameuse détente ? Oh que non, cette fois les rôles seraient bel et bien inversés.
Mais il ne devait pas aller trop vite en besogne, il avait tant attendu ce moment et il comptait bien prendre tout son temps pour le savourer…
Pressant ses lèvres contre les siennes, il ne ressentit aucune résistance de la part de la poupée de chiffon qui se serait sûrement écroulé à terre s'il n'avait resserré son étreinte sur ses épaules. Fermant les yeux, il entreprît de boire, à petites gorgées avides, au goulot de cette bouteille de Sherry qui lui faisaient envie depuis trop longtemps et qu'il avait eu tant de mal à déboucher. Entrouvrant un bref instant les yeux, il se mit à frissonner à son tour en voyant que sa douce et tendre Sherry n'avait fermé les siens à aucun moment et qu'ils continuait de demeurer écarquillés, témoignant du fait qu'il avait, en cet instant, définitivement réussi à briser la fragile poupée de porcelaine qu'il maintenait fermement dans ses bras.
Décidément l'ivresse que lui promettait ce si joli flacon dépassait toutes ses espérances et il n'avait fait que l'entamer…
D'un léger mouvement des mains, il fît glisser sa blouse de scientifique des épaules de sa proie, sans recevoir la moindre réaction de révolte en retour.
Non vraiment, les supplications pouvaient attendre encore un peu, il ne savourerait son désespoir que lorsqu'il aurait contemplé le fond de la bouteille, pas avant…
Mais alors qu'il avait déjà commencé à caresser doucement cette chevelure dont la couleur unique n'avait cessé de l'interpeller, il s'interrompît soudainement en entendant la porte du laboratoire, qu'il avait pris soin de fermer derrière lui, grincer de nouveau.
Relâchant brusquement son étreinte, il se retourna en un éclair vers celui qui avait osé le déranger, au moment précis ou il avait commencé à donner corps aux désirs qui le torturaient depuis des mois.
Vodka compris immédiatement, à la noirceur du regard que lui adressait son supérieur, qu'il n'avait sans doute pas choisi le bon moment pour rentrer en scène.
« Hum…Aniki, c'est bientôt l'heure et il ne nous le pardonneras jamais si nous le faisons attendre… »
Le subordonné de Gin avait beaucoup de mal à dissimuler son embarras et sa terreur devant la colère froide et implacable qui avait commencé à durcir les traits de son partenaire.
Se tournant vers Shiho, Gin eût la désagréable surprise de constater que ses craintes s'étaient réalisées. Elle avait déjà essuyé ses larmes, et le regard qu'elle pointait dans sa direction tandis qu'elle s'essuyait la bouche du revers de sa manche n'exprimait plus la moindre peur mais au contraire un dégoût et un mépris qui surpassait à cet instant celui qu'elle avait toujours témoigné à son égard.
Voyant à la froideur de son expression qu'elle s'était pleinement ressaisi et qu'il lui faudrait beaucoup de temps avant qu'elle ne se retrouve à sa merci, comme elle l'avait été encore il y a quelques instants, Gin se retint de sortir à nouveaux son arme, non pas pour la tuer mais pour tuer l'imbécile apeuré qui se trémoussait derrière lui.
« Nous reprendront cette conversation plus tard, Sherry, au point ou nous l'avons laissé…S'il te laisse encore en vie après l'entrevue auquel il te convie à présent…Et à laquelle nous allons te conduire maintenant. »
Il y a encore quelques semaines, la perspective de se retrouver face à face avec le responsable de tout ses tourments aurait plongé la scientifique dans la terreur, mais après sa confrontation avec Gin, la haine envers ceux qui avaient fait souffrir sa sœur l'emportait encore suffisamment sur la peur dans son esprit pour qu'elle maintienne un calme glacial vis-à-vis de la funèbre invitation qui lui avait été faites.
Ramassant sa blouse, elle la jeta négligemment sur sa chaise avant de se diriger d'elle-même vers la porte du laboratoire.
Le regard qu'elle jeta à sa Némésis quand elle fît mine de s'emparer de son bras, pour la conduire elle-même hors de la pièce, fût d'une telle froideur qu'elle se ravisa aussitôt.
Gin contempla sa proie tandis qu'elle quittait la pièce avec une expression où se mêlaient la colère et la frustration.
« Oh, tu peut encore faire la fière, Sherry…Je sais parfaitement que cela ne durera pas…Qu' « il » parvienne à faire de toi un mouton docile se dirigeant de lui-même vers l'abattoir ou que tu t'obstines à te dresser face à « lui » n'y changeras rien…Tôt ou tard, je savourerais ton agonie, qu'elle soit courte ou qu'elle se prolonge durant des mois…Et à ce moment là, Sherry, ce ne sera plus la même lueur méprisante qui illumineras ton regard mais cette même terreur, si douce, qui en jaillirait encore si notre entretien avait pu se prolonger encore un peu…j'attendrais le temps qu'il faudra pour ce jour béni, oh oui j'attendrais des années si nécessaire… »
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S'éveillant en sursaut du cauchemar qu'elle venait de vivre pour la seconde fois dans sa vie, Haibara plaqua immédiatement sa propre main sur sa bouche en faisant de son mieux pour réprimer le haut le cœur qui avait commencé à la gagner. L'horreur qu'elle venait de ressentir à nouveau était aussi vivace que si l'entrevue qu'elle avait eue avec Gin s'était déroulée il y a seulement un instant.
Jetant un bref coup d'œil à sa montre, qu'elle avait posé à sa table de chevet avant de s'endormir, la fillette constata que ni le rêve atroce qu'elle venait de faire, ni la nausée qu'il lui avait laissé n'était le fruit du hasard. Si elle ne se hâtait pas, le cauchemar allait se poursuivre de plus belle, lui réservant des terreurs en face desquelles ce qu'elle venait de vivre passerait pour le plus doux des rêves…
Après avoir vérifié qu'Agasa dormait encore paisiblement dans le lit situé juste à côté du sien, Haibara ouvrit d'une main tremblante le tiroir de sa table de chevet. S'emparant de la boite qu'il contenait, l'ex-membre de l'organisation entreprit d'en extraire une pilule qu'elle se fourra dans la bouche avant de l'avaler prestement à l'aide d'une gorgée du verre d'eau posé à côté de sa montre.
Sentant son anxiété aussi bien que sa nausée décroître au fur et à mesure que la substance contenue dans la gélule qu'elle venait d'absorber faisait son effet, Haibara reprit petit à petit son souffle.
Laissant retomber doucement sa tête sur son oreiller, la fillette se retint de pleurer, d'une part parce qu'elle ne tenait pas à réveiller Agasa, d'autre part parce qu'elle savait pertinemment que cela n'aurait servi à rien…
Jusqu'à la fin de sa vie, elle continuerait de vivre le même calvaire, nuit après nuit, alors à quoi bon se lamenter ?