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Prologue
Babel était calme. Dehors il faisait nuit noire et le palais était si haut qu'on eût dit qu'il pouvait effleurer le ciel. Il n'y avait pas un bruit, seuls quelques gardes étaient encore éveillés et vérifiaient qu'il n'y avaient pas de problèmes particuliers pour pouvoir aller se coucher. Cependant cette nuit-là, ils n'en eurent jamais l'occasion.
Tout à leur dernière inspection et à leur fatigue, les sentinelles ne le remarquèrent pas. Ils tournèrent autour du temple, entrèrent à l'intérieur et ne virent rien du tout. L'homme était tapi dans un minuscule coin d'ombre, le cosmos voilé, irrepérable grâce à sa volonté de fer. Dès que les gardes lui eurent tourné le dos, il retint son souffle et bondit. Les deux anges ne purent même pas réagir qu'ils gisaient déjà au sol, raides morts. L'intrus soupira de soulagement et, sans perdre un instant, fila dans la pénombre pour continuer sa course.
Aussi silencieux qu'une ombre, il rasa les murs, évita les faux mouvements et progressa vers ce qu'il cherchait avidement. Son maître lui avait dit qu'elle se trouvait dans une salle spéciale, isolée et qu'il ne serait pas facile d'y entrer. Mais il n'avait pas le droit déchouer, le maître ne l'accepterait pas. Il frissonna à l'idée de ce qui l'attendait s'il venait à rentrer bredouille. Ce n'était pas permis.
Il se concentra, essaya de repérer une quelconque cosmo énergie quelque part aux alentours mais ne sentit rien. Il supposa qu'il disposait d'un peu de temps avant que d'autres gardes n'arrivent et découvrent les corps des deux autres idiots. A ce moment là, il faudrait qu'il soit loin avec son butin. Il ne pouvait absolument pas se permettre d'affronter les Archanges de Zeus à lui tout seul.
Il décida d'accélérer le mouvement et traversa plusieurs couloirs à première vue déserts. Il contrôlait toujours son énergie, personne ne pouvait le repérer, pas même Zeus. Mais ce gros salopard divin devait ronfler comme un bienheureux à cet instant. Il le maudit plusieurs fois avant de reprendre sa route. La pensée de lui dérober son trésor sous son nez et à sa barbe sans même qu'il s'en aperçoive lui donnait des envies d'exploser de rire. Un rire démentiel, hystérique. Oui, son maître serait fier de lui.
Quand il trouva enfin la salle qu'il cherchait, il réalisa qu'il avait perdu beaucoup de temps. La Cité des Cieux était un vrai putain de labyrinthe ! Il maudit encore une fois tous ses habitants en silence et se glissa à l'intérieur de la pièce. Il n'avait plus beaucoup de temps devant lui. Alors soudain, elle lui apparut, brillante, magnifique. Quelle puissance elle contenait ! L'odeur de pouvoir qui se dégageait d'elle faillit le rendre fou. Il s'approcha doucement, cérémonieusement et baissa humblement la tête devant la relique sacrée de son maître. Puis il eut besoin de la tenir dans ses mains, de la toucher, de respirer son parfum. Il tendit ses bras noirs et décharnés vers l'autel. Ses mains tremblaient d'émotion. Au moment où ses doigts entrèrent en contact avec elle, il fit un bond. Si j'avais eu un coeur, songea-t-il, il se serrait sûrement arrêté. Il ricana en silence et saisit l'objet tant convoité. Mais aussitôt, le socle se mit à briller et une vague d'énergie s'en échappa. Il comprit qu'il était repéré.
Les gardes se précipitèrent en masse vers la pièce et déclanchèrent des éclairs de rage. Le piège se refermait. Mais il était trop tard, l'homme avait disparu et l'objet avec lui. En quelques instants toute la Cité des Cieux fut réveillée et la fureur de Zeus fit trembler le ciel. L'armée de ses Archanges se rua à la poursuite de l'intrus. Mais il était trop tard, il s'était déjà fondu dans l'ombre pour s'échapper avec le trésor de son maître.