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Anime/Manga » Saint Seiya » Reyaâ
Rulae
Author of 4 Stories
Rated: T - French - Adventure/Romance - Reviews: 391 - Updated: 02-03-10 - Published: 04-17-06 - Complete - id:2897251

Titre : Reyaâ

Auteur : Rulae

Rating : T

Genre : Action-Aventure/ Humour/ Romance...

Histoire : Post-Hadès. Sanctuaire d'Apollon, un mystérieux jeune homme reçoit l'ordre de trouver la guerrière avec qui il devra s'unir. Pendant ce temps Shunreï attend, seule, aux Cinq Pics, que Shiryu et Dohko reviennent enfin. Mais un jour, tout bascule.

Disclaimer : L'univers Saint Seiya, ses personnages, ses intrigues appartiennent à maître Kurumada, comme chacun sait. En revanche, tous les personnages qui ne sont pas issus du manga, de l'anime ou des films et qui apparaîtront dans cette fiction sont à moi.

-o§o-

Chapitre 1 : L'Ordre d'Apollon

-o§o-

- Tu es l'être le plus pénible, têtu et...

Le Consul chercha rageusement son mot.

- Borné ?

- Le plus pénible, têtu et borné de toute la création ! explosa le Consul. Par l'astre du jour, Miké, il est temps d'arrêter ces enfantillages !

- Prends garde, Zée, tu blasphèmes... remarqua calmement le dénommé Miké.

Le Consul émit un très profond soupir et se laissa tomber sur son trône avec lassitude. Il savait que cela n'allait pas être une partie de plaisir mais à ce point-là, c'était impensable ! Il ferma les yeux et chercha à se calmer pour continuer son argumentation. Lentement, il passa les doigts dans ses longs cheveux blonds et inspira une grande bouffée d'air. Il devait se reprendre, il était tout de même le Grand Consul d'Apollon ! Il leva la tête et toisa son interlocuteur fixement.

Mikérinos observait passivement les fresques qui couraient sur les murs de la salle du trône. Il avait l'air de s'en battre l'oeil, comme d'habitude. Il était désespérant.

- Tu veux bien arrêter de mâchouiller cette tige et m'écouter quand je te parle ? fit le Consul. Tu pourrais montrer un peu de respect pour le bras droit de ton dieu au moins !

Le jeune homme se tourna vers lui avec une mine innocente.

- Mais je t'écoute, Zée, assura-t-il.

- Et cesse de m'appeler Zée.

- Comme tu veux Zéphyr.

Le Consul sentit qu'il s'échauffait.

- Miké ! lâcha-t-il. Tu es un Artiste d'Apollon, tu t'en souviens ?

Miké sourit. Zéphyr n'aimait pas quand il souriait car il ne pouvait plus rien lui refuser.

- Bien sûr.

- Alors tu dois te comporter comme tel ! reprit le Consul. Des neuf Artistes de ce Sanctuaire, tu es le seul à refuser les règles, ça ne peut plus durer !

Il vit Mikérinos lever les yeux au ciel.

- Non, écoute-moi, coupa Zéphyr. Le Sanctuaire des Astres est...

- Un Sanctuaire jumelé, oui je sais, termina Miké. Chaque Artiste doit s'associer à une guerrière, ça aussi je sais. Je sais tout ça, Zée, ne te fatigue pas.

- Et tu ne trouves pas scandaleux d'être le seul Artiste à refuser ce jumelage ?

- Je ne le refuse pas, rectifia-t-il. Je n'éprouve pas le besoin d'avoir un petit chien qui me suit partout, c'est tout.

Le Consul se leva et commença à arpenter la grande pièce déserte, les mains croisées dans le dos.

- Une Reyaâ, Miké. Une Reyaâ.

- Un petit chien, répéta Miké d'un ton léger.

- Une Reyaâ !

Mikérinos soupira.

- Une Reyaâ, si tu y tiens, pour moi c'est du pareil au même, lâcha-t-il doucement.

Le Consul fit plusieurs pas et se mit à tourner autour du jeune homme qui ne semblait toujours rien remarquer de son énervement. Miké ne s'énervait jamais, il ne savait même pas ce qu'obéissance voulait dire. Il n'en faisait jamais qu'à sa tête. Le Consul aurait déjà du le radier de l'ordre des Artistes d'Apollon, il le savait bien. Il aurait du. Mais voilà, Miké était non seulement son frère mais aussi le plus puissant de tous les Artistes de ce Sanctuaire. Pourquoi, pourquoi seigneur Apollon, avait-il fallu qu'il n'écoute jamais rien de ce qu'on lui disait ?

- Je suis désolé Miké, je n'ai plus le choix.

Mikérinos tourna nonchalamment la tête vers lui, sans cesser de mâchouiller cette tige d'herbe séchée. Il avait toujours eu cette manie agaçante.

- Ce sont les ordres ? dit simplement Miké.

- Oui, ce sont les ordres. Apollon ne tolèrera aucune désobéissance. Ce sont les ordres. Si tu ne te résignes pas à prendre une Reyaâ, tu devras quitter le Sanctuaire définitivement.

Le jeune homme ne répondit pas. Un lourd silence tomba sur eux et le Consul cessa brusquement de faire les cent pas. Il avait de la peine. Et surtout, il avait un peu peur.

- Miké, je sais que l'ordre des Artistes est important pour toi. Je t'en supplie, ne fais pas de bêtise. Accepte, ce n'est pas si terrible d'avoir un petit chien.

Plusieurs secondes passèrent dans une immobilité totale. Le silence devenait de plus en plus pesant, le Consul en tremblait presque. Il ferma les yeux et pria silencieusement son dieu Apollon d'être clément.

- Qu'en dis-tu Miké ? demanda-t-il alors fébrilement.

Mikérinos ne dit rien. Après une seconde, il pivota lentement sur ses talons. Zéphyr le vit esquisser un sourire, tête baissée. Puis le jeune homme se dirigea vers la sortie. Il passa calmement devant le Consul sans lui jeter un regard. Zéphyr n'osait plus respirer. Au moment où il franchissait le seuil, Mikérinos ralentit.

- Une Reyaâ, Zée. Une Reyaâ, pas un petit chien !

Zéphyr le vit disparaître derrière la porte et passé un instant, il sourit, éperdu de soulagement.

-o§o-

Shiryu quitta le temple d'Athéna et se dirigea vers le baraquement qui servait d'infirmerie au Sanctuaire. Il faisait beau ce jour-là. Depuis plus d'un mois qu'il vivait en Grèce, il ne s'était pas encore habitué à cette chaleur torride des jours d'été. Ce pays était décidément bien différent de sa Chine natale. Il secoua brusquement la tête : il avait encore franchi cette limite qu'il s'était juré de ne plus dépasser. Il s'obligea à penser à autre chose. Peut-être que les nouvelles seraient bonnes à l'infirmerie cette fois.

Cela faisait un mois que la guerre contre Hadès était terminée. Un mois et ils étaient tous revenus des Enfers. Enfin, en quelques sortes. Certains étaient dans un état plus critique que les autres. Shiryu eut un pincement au coeur. Seiya était toujours allongé sur son lit, suspendu quelque part entre la vie et la mort. Athéna avait pu tous les ramener mais à quel prix ? Sur les douze chevaliers d'or, quatre ne s'étaient toujours pas réveillés. Dohko, Shaka, Saga et Aioros étaient à l'infirmerie aux côtés du chevalier Pégase. Et puis il y avait cet homme. Saori leur avait expliqué qu'il s'agissait de Shion, l'ancien Pope que Saga avait assassiné. Shiryu ne s'expliquait pas comment cela avait pu être possible mais il avait ressuscité. Même s'il était pour l'instant plongé dans le coma comme les autres. Après tout, cela n'avait pas d'importance, il ne voulait pas le savoir. La guerre était finie, la paix régnait au Sanctuaire et le reste n'avait plus d'importance. Il n'y avait plus de traître, d'ennemi ou d'allié. Ils ne voulaient plus penser à quoi que ce soit en rapport avec la guerre.

Le chevalier de bronze du Dragon traversa rapidement le Sanctuaire et gagna l'infirmerie. Il frappa doucement à la porte et entra pour prendre les nouvelles.

C'était Mû qui était de garde aujourd'hui. Shiryu était content de l'y trouver, il appréciait beaucoup le chevalier du Bélier. Il était pour lui l'un des plus puissants des douze et surtout, quelqu'un de très sage. Le Dragon lui enviait sa sérénité, son charisme, son caractère souple. Il lui rappelait son vieux maître.

- Bonjour.

Le Bélier d'or leva la tête et répondit d'un sourire. Il était au chevet de Shion, son ancien maître. Shiryu se rappelait que Mû avait été très ému de le voir encore en vie. Autant que lui avec Dohko.

- Ils n'ont toujours pas repris connaissance, constata Shiryu en s'approchant des lits.

Mû essora un linge dans un bac d'eau froide et l'appliqua sur le front de Shion.

- Non, répondit-il.

Shiryu eut un soupir de déception. Il regarda son jeune « frère » Seiya immobile sur sa couchette puis son vieux maître Dohko, qui n'était d'ailleurs plus si âgé que cela.

- Mais cela ne veut rien dire, ajouta alors Mû.

Le chevalier de bronze sourit. Il était reconnaissant à Mû d'essayer de lui remonter le moral. Après tout, les autres chevaliers avaient fini par se remettre de la bataille, il ne voyait pas pourquoi cela en irait différemment avec eux.

Shiryu avança jusqu'à la couchette de Pégase et entreprit d'aider Mû à prodiguer ses soins. Il remplit un petit bac avec de l'eau froide et appliqua un linge humide sur le visage de Seiya. Celui-ci ne bougea pas, bien entendu.

- C'est normal qu'ils mettent du temps à se remettre, remarqua soudain Mû. Ils ont été les plus touchés.

- Oui, tu as raison. Et puis Athéna veille sur eux, il n'y aucun danger.

Mû acquiesça en souriant et délaissa son maître pour s'approcher de la couchette du chevalier du Sagittaire. Shiryu regardait ce dernier d'un air curieux.

- Ainsi, c'est lui le fameux Aioros ? demanda-t-il. Celui qui a sauvé Athéna il y quatorze ans de cela ?

Le chevalier du Bélier trempa son linge dans l'eau.

- Oui, c'est bien lui, confirma-t-il. Aioros est l'un des plus vieux chevaliers du Sanctuaire.

Il jeta un regard sceptique au jeune garçon allongé devant lui. Puis il sourit.

- Enfin, à l'époque, il l'était en tous cas, fit Mû. Aujourd'hui, il a plutôt l'air d'un enfant de treize ans !

Shiryu se mit à rire.

- C'est un vrai miracle qu'il soit revenu, reprit le Bélier.

- Tout comme le Pope. Il paraît qu'il connaissait bien mon maître, est-ce vrai ?

Mû jeta un regard en direction du corps inerte de Dohko de la Balance. Entre temps, Shiryu termina ses soins sur Seiya et approcha de son maître.

- C'est ce qu'on raconte, en effet, admit Mû.

Shiryu prit un air étonné.

- Tu ne les as pas connu ? fit-il.

- Pas ensemble en tous cas. Quand je suis arrivé au Sanctuaire, je n'avais que sept ans et Dohko s'était déjà retiré aux Cinq Pics. Shion, lui, était Grand Pope. Tu connais la suite je suppose.

Shiryu acquiesça, les yeux rivés sur Dohko. Il avait toujours un drôle de sentiment quand il regardait son « vieux maître » soudain rajeuni de plusieurs années. Il avait l'impression que ce n'était plus lui. Pas tout à fait en tous cas. Qui aurait pu croire que cet honorable vieillard était en fait un jeune homme ? Shion quant à lui ne faisait pas non plus ses deux siècles et demi.

- Je parie que cela te fait bizarre de voir ton vieux maître avec une telle apparence ? lança soudain Mû.

Shiryu se reprit et continua ses soins.

- Un peu, oui, admit-il. Je ne m'étais jamais douté de la vérité durant toutes ces années.

- Tu as grandi aux Cinq Pics, c'est cela ?

- Oui.

Mû nettoya délicatement le visage du chevalier d'or du Sagittaire.

- Dans ce cas, cela doit être éprouvant de vivre en Grèce depuis un mois, remarqua le Bélier. La Chine ne te manque pas ?

Shiryu eut un sursaut.

- Euh... oui, un peu... Enfin, je ne sais pas, lâcha-t-il précipitamment.

Mû parut surpris et suspendit ses gestes un instant pour lui jeter un regard interrogateur. Le Dragon se sentit rougir et baissa la tête. Durant un moment, il n'y eut plus un bruit dans la pièce. Shiryu craignait que les battements emballés de son coeur ne le trahissent. Puis enfin, Mû reprit ses activités.

- Je vois, murmura-t-il. Tu ne veux pas y retourner ? Est-ce que ce ne serait pas à cause de cette jeune fille qui vivait là-bas avec toi ?

Le jeune homme se tortilla sur place, terriblement mal à l'aise. Il avait essayé de repousser toute cette conversation dans un coin de son esprit depuis un mois mais il ne pouvait pas continuer à nier l'évidence. D'habitude, il se braquait quand quelqu'un évoquait le sujet. Mais étrangement, avec Mû, cela le gênait moins. Peut-être parce que le Bélier savait s'y prendre pour en parler sans pour autant avoir l'air d'être indiscret.

Shiryu soupira.

- Oui. Enfin, en quelque sorte, avoua-t-il. Dohko ne s'est pas réveillé, je ne l'ai pas vue depuis un mois et... je ne sais pas comment faire. Je... je crois que ça me fait peur de me retrouver face à elle. Je ne saurais pas quoi lui dire et puis, elle m'en voudra...

Mû acquiesça en silence.

- Oui, je comprends.

Il eut la délicatesse de ne pas insister.

- Tu as tout le temps pour visiter le Sanctuaire comme ça, plaisanta-t-il.

Shiryu sourit courageusement.

- Oui, répondit-il. Il fait très chaud dans ce pays mais c'est magnifique, il faut l'avouer.

- Toute une civilisation. Sans compter les maisons du Zodiaque et le temple. Est-ce que toi et tes frères commencez à vous y habituer ?

Le Dragon ne put s'empêcher de sourire à l'évocation de ses trois autres frères d'armes.

- Si l'on veut, dit-il.

- Mais où sont-ils à propos ?

- Ils dorment encore. Nous avons tous un peu de mal à regagner nos forces, j'ai l'impression.

-o§o-

Mikérinos sortit du palais pour se perdre dans le Sanctuaire. Mais il ne regagna pas son temple tout de suite.

Il glissa les mains dans ses poches et suivit l'allée de pavés dorés, se dirigeant vers un bâtiment en contrebas. D'un coup d'oeil vers le ciel, il constata qu'il était déjà tard. Il ferma brièvement les yeux et soupira.

Quand il poussa la haute porte de bois sculpté, des effluves de parfum, d'encens et d'alcool assaillirent ses narines. Il constata que les nombreuses banquettes étaient occupées et reconnut plusieurs de ses compagnons dans la pièce. Plusieurs jouaient de la musique, en bons Artistes qu'ils étaient. Mikérinos passa le seuil sans se presser et s'appuya nonchalamment à un poteau pour profiter de la mélodie. Un jeune homme menait le rythme en caressant sa lyre, un autre jouait de la flûte tandis que leurs Reyaâs écoutaient attentivement.

Quelques minutes plus tard, Mikérinos sentit quelqu'un s'approcher derrière lui. Une main se posa sur son épaule mais il ne bougea pas.

- Alors Miké ? fit une voix qu'il connaissait bien. Enfin décidé à te rendre à l'évidence ?

Il jeta un coup d'oeil à la jeune femme qui lui souriait. Ses cheveux bleus brillaient à la lumière. Miké esquissa un sourire.

- Qui t'a dit ça, Sasha ?

Celle-ci sourit à son tour et son regard s'embrasa. A ce moment-là, l'un des Artistes assis dans la pièce l'aperçut et vint le rejoindre.

- Miké, mon ami ! s'exclama-t-il. Tu viens de chez le Consul sans doute ?

- Oui, admit-il.

Sasha se mit alors à rire et lança un clin d'oeil à Mikérinos avant de s'éloigner.

- N'oublie pas Miké ! fit-elle. De nombreuses Amazones donneraient volontiers leur vie pour devenir ta Reyaâ, alors fais bien ton choix. Tu sais où me trouver !

Miké ne répondit pas. Le jeune homme à ses côtés jeta alors un coup d'oeil aux hanches dansantes de Sasha qui s'en allait et afficha un petit sourire.

- Une chose est sûre, lâcha-t-il. Personne ne lui refuserait jamais rien... Heureux celui qui pourra se l'approprier !

Il passa joyeusement un bras autour des épaules de Mikérinos.

- Je suis heureux pour toi, mon ami, dit-il. C'est pour quand ? Notre bon Consul t'a-t-il donné une date limite ?

- Non, Marsyas. Rien de tel.

- Bah ! Qu'importe ! lança Marsyas. Sasha pourra bien attendre quelques jours de plus !

Mikérinos croisa les bras sur sa poitrine.

- Tu fais erreur, fit-il. Je n'ai pas l'intention de choisir Sasha.

Marsyas en fut si décontenancé qu'il manqua renverser son verre. Il ouvrit des yeux ronds et se figea, comme s'il avait pris un coup sur la tête.

- Comment ? s'écria-t-il ahuri. Mais... alors... le Consul ne... ?

- Le Consul a été très clair à ce sujet, confirma Miké.

Le visage de Marsyas exprimait le plus total ahurissement. Il ne semblait ne pas en croire ses oreilles.

- Qu'est-ce que tu me dis là, Miké ? dit-il.

Mikérinos esquissa un sourire et se dégagea lentement de son étreinte pour quitter la pièce.

- J'ai consenti à prendre une Reyaâ, rien de plus, confia-t-il avant de disparaître.

Marsyas demeura ébahi un long moment après que Miké eut disparu. Puis il pivota prudemment sur ses talons et embrassa la pièce du regard. Les Artistes jouaient toujours de divers instruments devant leur Reyaâ et d'autres jeunes Novices. Il avisa la silhouette féline de Sasha qui discutait un peu plus loin avec une amie à elle et eut une grimace désolée. Après quoi, il finit son verre d'un trait et le jeta par dessus son épaule avant de se replonger dans la foule.

- Où a-t-il la tête, je vous le demande ! marmonna-t-il.

-o§o-

- Comme si c'était moi qui avait choisi de venir dans ce foutu pays !

- C'est toi qui voulais chasser le grand tigre je te signale ! rétorqua l'homme.

- Mais ce n'est pas moi qui ai oublié d'acheter une carte ! Maintenant nous sommes perdus en plein milieu de la Chine !

- Ferme-la un peu Olon !

Olon souffla bruyamment par le nez et fit volte face pour partir à travers la jungle.

L'homme observa un grand arbre qui se trouvait devant lui. Son tronc faisait bien plusieurs mètres de large, il lui semblait que le tapis de mousse qui le recouvrait lui était familier. Ils tournaient en rond, il n'y avait plus de doute. Olon avait raison, ils étaient complètement paumés dans la foutue jungle de ce foutu pays vert ! Bon, il avait effectivement oublié la carte, mais il ne fallait pas tout lui mettre sur le dos non plus. Et puis ils allaient bien finir par trouver une solution.

- Ohé, Saw ! Tu te bouges un peu ou quoi ? hurla Olon à quelques mètres.

Saw soupira et cala son fusil sur son épaule avant de se remettre en route.

- Ouais, ça va, j'arrive !

Foutu pays.

-o§o-

Il lui semblait bien qu'ils n'étaient jamais passés par là. C'était un bon point, au moins, ils ne tournaient plus en rond. Pour ce qui était de savoir exactement où ils étaient, par contre, c'était une autre paire de manche. Autour d'eux il n'y avait que des bambous, des pierres et des arbres. Pas trace de chemin ou de sentier quelconque. Olon enleva son chapeau et essuya lentement son front avec un mouchoir à la propreté douteuse. C'était vrai qu'il faisait chaud.

- Cela fait trois heures qu'on tourne, lâcha-t-il.

- Je sais, répondit Saw.

- Et comble de tout, avec cette chaleur on transpire comme...

Saw se figea brusquement et plaqua une main sur la bouche de son compagnon pour le faire taire. Olon s'immobilisa aussitôt et lui jeta un regard interrogateur. Saw regarda autour d'eux attentivement et tendit l'oreille. Après quelques secondes, il libéra son acolyte.

- Tu n'entends rien ? demanda-t-il.

Olon haussa les épaules.

- Non. Quoi ?

- On dirait de l'eau...

Olon ne chercha pas à en savoir plus, Saw avait prononcé le mot magique. De l'eau ! Il mourrait de soif depuis plus d'une heure ! Si seulement ils pouvaient tomber sur un ruisseau ! Saw lui fit signe de faire doucement et de le suivre.

-o§o-

Quelques minutes plus tard, ils arrivaient au sommet d'un immense promontoire rocheux qui dominait les alentours. Saw se redressa de toute sa hauteur et regarda vers l'horizon. Olon, haletant et épuisé, arrivait péniblement derrière lui.

- Alors ? pantela-t-il. Il y a de l'eau quelque part ?

Saw scrutait le paysage avec attention. Soudain, un large sourire éclaira son visage.

- Mon vieux c'est notre jour de chance ! s'exclama-t-il. Viens voir !

Olon puisa dans ses dernières forces et rejoignit son compagnon. Puis celui-ci lui montra quelque chose du doigt. Olon suivit la direction des yeux et découvrit aussitôt en contrebas les contours d'une grande cascade sauvage. De l'eau !

- Dieu merci, souffla Olon.

Au moment où il allait s'élancer vers ce petit coin de paradis, Saw l'arrêta d'un geste brusque.

- Qu'est-ce que... commença Olon.

Il vit alors ce que Saw avait remarqué bien avant lui. Juste en dessous d'eux, dans le cours d'eau, émergea lentement une silhouette aux formes gracieuses. Olon se figea et observa sans rien dire la femme qui remontait le courant. Ses cheveux bruns voletaient dans l'eau claire. Les deux hommes échangèrent un regard. Puis Olon sourit.

- Ouais, fit-il. C'est vraiment notre jour de chance.

-o§o-

Shunreï nagea rapidement vers la surface et émergea soudain à l'air libre pour reprendre son souffle. Elle repoussa les mèches brunes qui lui retombaient devant le visage et se dirigea vers la rive avec de grands gestes souples. Elle avait toujours adoré nager dans le fleuve, depuis toute petite. C'est le vieux maître qui lui avait donné cette habitude. Son sourire s'effaça soudain quand elle repensa à Dohko. Comme chaque jour depuis un mois maintenant, elle leva la tête et regarda longuement le ciel. Rien. Rien du tout. Elle secoua la tête et sortit doucement de l'eau fraîche. Puis elle partit à la recherche de l'endroit où elle avait abandonné ses vêtements, sans se soucier du fait qu'elle était totalement nue. De toute façon, il n'y avait jamais personne d'autre qu'elle ici.

Elle marcha lentement, l'esprit ailleurs. Ils n'étaient jamais revenus, ni l'un ni l'autre. Peut-être étaient-ils morts ? Les larmes lui montèrent soudain aux yeux et elle battit des paupières pour endiguer le flot. Le vieux maître et Shiryu avaient disparu. C'était plus fort qu'elle, elle ne cessait d'y penser. Cela faisait un mois qu'elle était toute seule et qu'elle attendait. Etaient-ils morts ? Blessés ? Dans les Enfers ? Elle voulait croire qu'ils étaient toujours en vie. C'était comme une intuition profonde. Mais dans ce cas, pourquoi n'étaient-ils pas revenus ? L'avaient-ils oubliée ? Ne voulaient-ils plus d'elle ? Cette fois, des larmes lui échappèrent et se mirent à rouler sur ses joues. Elle les essuya rageusement. Non ! Ce n'était pas vrai, ce n'était pas possible ! Elle les attendrait, même si cela devait prendre des années ! Elle les attendrait, elle resterait là... Toujours.

Ses vêtements étaient là, en tas sur la berge. Elle sécha ses larmes, reprit son souffle et releva courageusement la tête. Elle ne voulait plus y penser. Elle ramassa sa chemise et l'enfila directement, sans même prendre la peine de s'essuyer. Ses cheveux étaient trempés. Au moment où elle allait remettre sa tunique, un bruit lui donna un haut-le-coeur. Elle se redressa d'un bond et jeta des regards vifs autour d'elle.

- Il y a quelqu'un ?

La jungle était calme, rien ne bougeait. Derrière elle, la cascade ronronnait tranquillement. Peut-être avait-elle rêvé ? Elle se calma peu à peu et entreprit de finir de se rhabiller. Soudain, un mouvement attira son attention et cette fois, elle se figea.

Deux hommes. Des chasseurs. Elle sentit son coeur accélérer sous le coup de la peur. Elle ne les avait pas entendu venir.

Ils sortirent lentement des enchevêtrements de feuilles de la forêt et avancèrent vers elle. Elle recula, le corps tremblant sous leur regard brillant. Ils étaient armés, elle était seule, loin de tout et de tout le monde.

- Qui êtes vous ? bégaya-t-elle.

L'un des deux hommes, un petit au crâne chauve et au corps rond comme une balle s'inclina d'un air moqueur.

- Vos serviteurs mademoiselle, lança-t-il en louchant dangereusement du côté de ses jambes nues.

Elle suivit leurs pas du coin de l'oeil et recula encore en essayant de contenir le tremblement dans ses membres. C'est alors qu'elle prit conscience que sa pauvre chemise humide ne cachait plus grand chose de sa poitrine et du reste. Elle eut un hoquet horrifié.

- Vous savez, ce n'est pas prudent de rester toute seule en plein milieu de cette jungle, objecta le deuxième homme qui la détaillait lui aussi du regard, sans vergogne. Il pourrait vous arriver quelque chose, on ne sait jamais c'est plein de bêtes sauvages par ici.

Le petit gros acquiesça vigoureusement, un immense sourire lubrique aux lèvres.

- Oui, il vaut mieux que nous vous raccompagnons pour plus de sécurité.

Shunreï tressaillit.

- Je sais me défendre, je vous remercie, je n'ai besoin de rien, fit-elle. Laissez-moi s'il vous plait, je...

Elle les vit brusquement s'élancer en avant et sans réfléchir, elle se recroquevilla sur elle-même en poussant un hurlement.

Quelque chose explosa et une lumière aveuglante emplit l'air. Elle sentit un tourbillon se lever autour d'elle et soudain, elle se retrouva projetée dans les airs. La vitesse augmenta encore et encore, sa tête se mit à tourner. La puissance de la tornade s'intensifia tout à coup jusqu'à l'écarteler. La douleur devint intolérable, elle ouvrit la bouche pour hurler mais aucun son n'en sortit. A la place, une vague d'énergie s'étendit comme une onde à la surface d'un lac et faucha tout ce qui se trouvait sur son passage. Loin, très loin, elle entendit les cris terrifiés des deux hommes. Tout se mit à tourner, elle perdit pied avec la réalité. Le tourbillon l'emporta jusqu'au ciel avec une violence inouïe. La jungle disparut, les hommes disparurent, elle ne distingua plus rien que cette lumière aveuglante. Subitement sa vue se brouilla, tout se mélangea et elle se sentit tomber en chute libre.

Le sang lui fouettait douloureusement les tempes. Elle avait mal partout, ses muscles brûlaient de l'intérieur, c'était atroce. Quelque chose semblait encore remuer en elle, elle en avait la nausée. Ses paupières étaient à vif, elle mit du temps à parvenir à les soulever.

Tout tournait autour d'elle. Le sol était instable, elle sentait qu'elle allait tomber. Peu à peu sa vue redevint plus nette et elle aperçut des formes vertes au-dessus d'elle. La jungle. Des arbres, des feuilles. Que s'était-il passé ? Où étaient ces deux hommes ? Elle cessa aussitôt de réfléchir quand une violente douleur lui perça le front. Elle avait la très désagréable impression que son cerveau percutait les parois de son crâne à chacun de ses mouvements. Elle essaya de soulever une main pour repousser une mèche brune qui lui barrait la vue mais la brûlure qui lui mordit le bras la fit renoncer. Elle échappa une plainte malgré elle.

C'est alors que quelque chose remua dans son champ de vision. Elle vit une forme sombre se dessiner sur le paysage flou et elle plissa les yeux pour se concentrer sur elle. Qu'est-ce que... ? Peu à peu, les formes devinrent plus nettes et elle reconnut une tête. C'était un homme. Le chasseur ? Non. Non, ce n'était pas eux. Après une seconde, elle distingua une épaisse tignasse brune hérissée dans tous les sens. Deux yeux dorés brillaient au milieu de son visage. Elle ne le reconnaissait pas mais elle était trop mal en point pour songer à avoir peur. Sa tête recommença à tourner.

- Ah, tu es réveillée, remarqua une voix inconnue.

Ses paupières se refermaient malgré elle. Le paysage redevenait flou.

- Repose-toi, les deux brutes ont filé. Tu as besoin de récupérer.

Elle voulut dire quelque chose mais sa voix refusa de fonctionner correctement. Ne sortit de sa gorge qu'un borborygme éraillé. Une main se posa alors sur son front et repoussa les mèches de son visage.

- Ne parle pas, ça vaut mieux. Dors. Ne t'inquiète pas, je veille sur toi.

Elle ne chercha pas plus loin, elle était trop fatiguée. Lentement, elle referma les yeux et se laissa sombrer dans l'inconscient, sans même se demander qui était cet inconnu, ni s'il lui avait menti.

-o§o-

Quand Shiryu et Mû sortirent de l'infirmerie quelques minutes plus tard, Hyoga et Shun vinrent à leur rencontre. Ils avaient l'air pressés.

- Vous voilà ! s'exclama Shun. On vous cherchait.

- Que se passe-t-il ? demanda le Dragon.

Hyoga désigna le palais d'Athéna derrière lui du doigt.

- Saori a convoqué tous les chevaliers d'or pour une réunion, expliqua-t-il. Notre présence est également requise.

Shiryu prit un air étonné. Une réunion ? Tout de suite ?

- C'est grave ?

Hyoga haussa les épaules. Il avait encore les traits tirés par la fatigue mais paraissait tout de même aller un peu mieux chaque jour.

- C'est urgent en tous cas, elle a peut-être quelque chose à nous dire.

Mû acquiesça.

- Très bien, fit-il, merci beaucoup. J'y vais tout de suite.

Shun le suivit en faisant signe à ses frères.

- On t'accompagne, Ikki est déjà au palais.

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