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Anime/Manga » Saint Seiya » Reyaâ
Rulae
Author of 4 Stories
Rated: T - French - Adventure/Romance - Reviews: 391 - Updated: 02-03-10 - Published: 04-17-06 - Complete - id:2897251

Titre : Reyaâ

Auteur : Rulae

Rating : T

Genre : Action-Aventure/ Humour/ Romance...

Histoire : Post-Hadès. Sanctuaire d'Apollon, un mystérieux jeune homme reçoit l'ordre de trouver la guerrière avec qui il devra s'unir. Pendant ce temps Shunreï attend, seule, aux Cinq Pics, que Shiryu et Dohko reviennent enfin. Mais un jour, tout bascule.

Disclaimer : L'univers Saint Seiya, ses personnages, ses intrigues appartiennent à maître Kurumada, comme chacun sait. En revanche, tous les personnages qui ne sont pas issus du manga, de l'anime ou des films et qui apparaîtront dans cette fiction sont à moi.

-o§o-

Epilogue : Roi d'ébène, reine d'ivoire

-o§o-

La nuit était tombée. Ne restait de la lumière du soleil que quelques traces dorées poudreuses dans le ciel. Plusieurs étoiles apparaissaient déjà, comme des flammes qui s'éveillent peu à peu. Malgré cela, les pavés sur l'allée du Sanctuaire Solaire continuaient de scintiller dans la pénombre. Ils semblaient faire des clins d'œil à la lune.

Debout, appuyé contre le mur d'un baraquement de Novices, Mikérinos observait le neuvième temple. Dans l'ombre, il paraissait plus grand que d'habitude. Il n'y avait pas une seule lueur aux fenêtres, pas un bruit à l'intérieur. La porte d'entrée, cachée sous le large perron, était fermée.

Il était là depuis plus d'une heure à présent ; peut-être davantage, il ne savait plus. Lentement, il rangea les mains dans ses poches. La conversation qu'il avait eue avec Zéphyr un peu plus tôt était toujours présente dans son esprit. Il se demandait pourquoi son frère s'était soudainement rappelé cette vieille histoire avec Maya. Il l'avait peut-être raconté à Shunreï.

Il était sûr que la jeune femme était à l'intérieur. Il ne savait pas comment, c'était simplement une certitude. Il savait qu'elle était là et qu'elle l'attendait. Il soupira et baissa la tête. En y repensant, il n'était pas très fier de son coup d'éclat. Bien au contraire. Et en y repensant, il avait du mal à se souvenir de la manière dont il avait pu perdre le contrôle de cette façon. Sa colère était retombée à présent. Il y avait toujours la tristesse mais elle, il la connaissait suffisamment, il savait l'apprivoiser.

Il n'y avait plus personne dans les allées dorées à cette heure. Mikérinos se redressa et prit une profonde inspiration. La nuit avait agréablement rafraîchi l'air. Le neuvième temple semblait plongé dans le sommeil. L'Artiste s'autorisa quelques secondes d'immobilité avant de pénétrer à nouveau dans le monde réel. Cela faisait trois jours. Il sourit pour lui-même. Oui, son délais était écoulé. Un peu apaisé, il s'avança vers les escaliers et monta jusqu'à la porte. Il ouvrit doucement et entra.

A l'intérieur aussi c'était sombre. Il n'y avait aucun bruit, aucune lumière. L'espace d'un instant, Mikérinos se dit qu'il s'était peut-être trompé, qu'elle n'était pas restée là à l'attendre bêtement, qu'elle était peut-être partie. Il ne pourrait pas lui en vouloir.

La cuisine était déserte. Elle était restée telle qu'il l'avait laissée la dernière fois, pas un objet n'avait bougé. Cela confirmait l'hypothèse selon laquelle Shunreï ne serait plus là. Il eut un pincement au cœur. Il aurait au moins voulu lui présenter des excuses.

Au salon, son cœur fit un bond quand il constata qu'une silhouette noire était roulée en boule au fond de son fauteuil préféré. Mikérinos se figea. Pendant un long moment, il battit des paupières pour être sûr de ne pas être victime d'un mirage.

Elle était pelotonnée en chien de fusil, la tête posée sur un accoudoir. Ses cheveux raides retombaient en une cascade désordonnée sur son visage et ses épaules. Son souffle régulier les faisaient frémir. Elle dormait. Elle ressemblait à une petite fille. L'Artiste esquissa un sourire et se détendit, soulagé.

Sans un bruit, il s'approcha du fauteuil et s'assit sur la petite table basse qui lui faisait face. Elle ne le remarqua pas. Il appuya ses coudes sur ses genoux tout en se passant une main dans les cheveux. Bon sang, c'était difficile. Il avait passé des heures à se formuler de belles phrases bien complètes et il se demandait maintenant où elles avaient bien pu disparaître. Il soupira, le plus doucement possible, pour ne pas la réveiller. Elle paraissait si fragile quand elle dormait. Il l'avait déjà remarqué la première fois, aux Cinq Pics. Et cette fameuse nuit aussi, trois jours plus tôt. Incapable de dormir, il avait attendu qu'elle succombe au sommeil et il l'avait contemplée presque jusqu'à l'aube, dévoré par l'envie de la toucher. Elle n'était plus là lorsqu'il s'était réveillé. Bien sûr, ce n'était pas anormal en soi. Toutefois, elle n'était pas réapparu de la journée. Et cette absence… c'était comme un regret.

Il respira profondément et croisa les mains sur ses genoux. Elle n'avait pas bougé. Mikérinos leva la tête vers elle.

- Je suis revenu pour te faire des excuses, dit-il à voix basse. Je pensais que tu serais peut-être partie après ça.

Il frotta ses paumes l'une contre l'autre. Il savait ce qu'il devait dire, il avait simplement du mal à le formuler à voix haute. Un peu comme si les mots avaient peur de sortir, peur d'affronter le monde extérieur.

- Tu n'es pas partie, souffla-t-il. Je ne sais pas pourquoi, mais je t'en remercie.

Il marqua un temps de pause.

- Je ne suis pas très fier de moi. Non seulement pour l'autre soir mais aussi pour tous les autres jours depuis que tu habites ici. J'ai conscience de t'avoir mené la vie dure. Je n'ai pas fait ça par plaisir, j'espère que tu le sais. Je crois…

Son cœur accélérait légèrement. Il déglutit et regarda au sol à ses pieds.

- Je crois, reprit-il, que j'avais un peu peur.

La jeune femme n'avait pas remué d'un iota. Elle dormait paisiblement, comme si le reste du monde n'existait pas. Mikérinos observa son visage, les yeux plissés. Elle ne pouvait pas l'entendre, c'était ridicule d'hésiter de cette façon.

- Tu m'as remué, Shunreï. Tu as détruit tout ce que j'avais mis des années à construire, murmura-t-il.

Il tendit une main vers elle et écarta délicatement une mèche de cheveux bruns qui lui barrait la joue.

- Tu ne le sais pas, bien sûr, tu penses trop à Shiryu. Tu n'as jamais cessé d'y penser. C'est pour cela que je t'ai renvoyée. Je ne veux pas te voir rester ici alors que c'est avec lui que tu voudrais être.

Emporté par ses aveux, il lui caressa la joue du bout des doigts. Quand il s'en rendit compte, il s'arrêta mais il était déjà trop tard. La Reyaâ remua au fond du fauteuil et émit un petit gémissement. Elle se réveillait. L'Artiste serra les poings sur ses genoux, le souffle suspendu. Il resta parfaitement immobile dans la pénombre, les yeux rivés sur elle.

Elle papillonna des cils et se frotta vigoureusement un œil. Encore perdue dans le brouillard du sommeil, elle se redressa en position assise tout en étouffant un bâillement. Visiblement, elle ne se souvenait pas s'être endormie : ses fins sourcils droits se froncèrent. Elle faisait toujours ça lorsque quelque chose la contrariait. Elle ne s'en rendait probablement pas compte.

Mikérinos ne fit pas un geste. Il savait que ce n'était qu'une question de secondes avant qu'elle ne s'aperçoive de sa présence. Il attendit, respirant le plus silencieusement possible. Elle se passa une main dans les cheveux pour les écarter de son visage. Elle s'apprêtait à se lever lorsqu'elle leva la tête. C'est à ce moment précis qu'elle le vit. Aussitôt, elle s'immobilisa. Sa bouche s'ouvrit mais elle dut s'y reprendre à deux fois pour arriver à parler.

- Mi… Miké ?

Sa voix était un peu éraillée, elle avait peut-être pleuré.

- C'est toi, tu es revenu…

Il s'éclaircit la gorge.

- Oui, répondit-il.

Ils étaient assis face à face et à présent, elle était très proche de lui. Beaucoup trop proche. Il se leva pour faire quelques pas ; Shunreï le fixait toujours, il sentait le poids de son regard sur son dos. Maintenant il ne trouvait plus rien à lui dire.

- Je t'attendais, déclara-t-elle alors. J'ai plusieurs choses à te dire.

C'était la première fois qu'elle parlait d'un ton aussi calme et assuré. D'habitude, sa voix tremblait toujours un peu lorsqu'elle s'adressait à lui. Cette fois, il y avait quelque chose de différent. Un peu surpris, il pivota dans sa direction, le regard interrogateur.

La Reyaâ était debout à présent. Et parfaitement calme. Elle avait un air doux mais ferme sur le visage, ses bras étaient croisés sur sa poitrine. Une mèche de cheveux, délogée par un subtil mouvement de son menton, retomba sur son épaule. Elle le contemplait sans ciller.

- En fait…

Elle parut chercher ses mots.

- Je vais parler, je vais dire beaucoup de choses, dit-elle. Je te demande simplement d'écouter sans m'interrompre. Tu veux bien ?

Il la regarda, incapable de prononcer un mot. Ses grands yeux bleus étaient toujours pleins de tendresse et d'un peu d'émotion. Elle attendait une réponse, il hocha doucement la tête. Elle se détendit.

- Je suis désolée d'avoir disparu jusqu'au soir l'autre jour.

Il ouvrit la bouche de saisissement. Elle continua, comme si de rien était, les sourcils froissés dans sa concentration. Il s'était attendu à tout, sauf à ça.

- Quand je me suis réveillée, tu dormais si bien que je n'ai pas osé te déranger, expliqua-t-elle d'un ton d'excuse. Je ne pensais pas que ça finirait comme ça, je ne pensais pas…

Elle fit un grand geste des bras, frustrée de ne pas parvenir à formuler ses idées. Il esquissa un sourire dans l'ombre. Elle secoua la tête en signe d'impuissance.

- Ce n'était pas ce que je voulais. Ce que je veux dire c'est que…

Leurs regards s'accrochèrent.

- Je n'ai pas prémédité cette disparition. C'était un concours de circonstances.

Il sentit son cœur se serrer. Shunreï reprit son souffle, apparemment décidée à aller jusqu'au bout.

- Je ne sais pas pourquoi, commença-t-elle, mais je me suis dit que peut-être, tu étais parti tout ce temps dans l'espoir que je m'en aille. C'est peut-être ce que tu voulais.

Il se rappela de justesse sa promesse alors qu'il allait protester.

- Alors je voulais te dire que tu te trompes. Je ne suis pas repartie. Tu as disparu trois jours, tu peux disparaître des mois si tu le veux mais je serai encore là quand tu reviendras.

Elle ne le quittait pas des yeux.

- Je suis revenue quand tu m'as renvoyée, je pensais que tu avais compris à ce moment-là. Je ne repartirai plus, lâcha-t-elle.

A cet instant, elle se détourna de lui pour s'approcher du grand bahut qui bordait le mur du fond du salon. Elle ramassa un petit objet posé dessus et revint à sa place. Ebahi, il la vit brandir la larme de sirène devant elle, avec détermination. Le saphir brillait même dans l'ombre. Il avait la gorge sèche.

- Je n'ai peut-être pas été assez claire à mon retour, fit-elle.

Sur ces mots, elle attacha le collier autour de son cou.

- Tu m'as libérée, je ne suis plus une esclave à présent. Quand tu m'as donné ce collier, tu m'as rendu mon libre arbitre.

Elle passa les doigts sur la pierre précieuse sur sa poitrine.

- Je suis revenue ici de moi-même et si je suis encore là, c'est également de mon propre choix. Tout ce que j'ai fait depuis ce jour-là, je l'ai fait parce que j'en avais envie. Absolument tout.

Il tressaillit.

- Je ne suis plus vraiment une Reyaâ. Théoriquement du moins.

Elle fit une pause. Ses joues avaient un peu rosi.

- Je voulais que tu le saches. Mon devoir de Reyaâ ne passe pas avant tout le reste, dit-elle à mi-voix.

Elle baissa la tête pour fixer le bout de ses sandales et ne dit plus un mot. Elle avait fini. De longues secondes de silence complet s'installèrent ; aucun d'entre eux ne bougea. Il ne savait pas quoi dire.

Shunreï ne le regardait plus en face. Elle recula, mains croisées devant elle, et se rassit dans le fauteuil. Elle devait attendre qu'il parle, qu'il réponde. Il avala péniblement sa salive. Tout ce qu'elle venait de lui dire. C'était vertigineux et apaisant à la fois. Un immense élan de reconnaissance envers elle le submergea. Il la remercia silencieusement, d'avoir parlé, d'avoir dit tout cela, d'avoir eu le courage de se tenir face à lui alors qu'elle – il le savait – était morte de trac. Il avait toujours admiré son courage, depuis le premier jour ; cette faculté qu'elle avait de hurler à la tête de n'importe qui ce qu'elle avait sur le coeur. Lui, il n'y serait jamais arrivé. Il se dit alors qu'ajourd'hui, il devait faire un effort. Puisqu'elle était parvenue à dire tout cela, il devait le faire aussi. Il devait parler à son tour.

Dès qu'il se sentit capable de prononcer une phrase construite, il fit un pas vers elle, en se raclant la gorge.

- J'ai toujours pensé…

Elle leva la tête vers lui et il détourna le regard.

- J'ai toujours pensé que tu étais devenue Reyaâ sans vraiment l'avoir choisi, dit-il. Je ne t'ai pas laissé le choix, depuis le départ je me suis arrangé pour que cela se déroule comme je le voulais. Si je ne t'avais pas un peu manipulée, tu ne serais jamais partie des Cinq Pics. Ou alors tu serais restée avec Shiryu au Sanctuaire d'Athéna.

Il prit une profonde inspiration et lui jeta un coup d'œil. Elle l'observait toujours sans rien dire, avec des yeux immenses, d'un bleu profond. Sa peau si claire était presque devenue lumineuse dans la nuit, contrastant avec sa chevelure en désordre. Sa bouche était légèrement entrouverte, ce qui lui donnait la forme d'un cœur. Il eut un frisson. Elle était d'une beauté impossible.

- Pourquoi es-tu revenue après ces trois jours aux Cinq Pics ? demanda-t-il d'une voix rauque. Pourquoi n'es-tu pas restée là-bas, avec ton maître, avec Shiryu ?

Elle quitta son siège à nouveau. Son visage pour une fois ne laissait pas deviner ses pensées. Il la fixa droit dans les yeux, attendant une réponse. Elle demeurait d'un calme désarmant. Elle qui était si susceptible, si impulsive d'habitude, elle agissait comme si elle savait quelque chose qu'il ne savait pas.

Shunreï ébaucha un pauvre sourire.

- Tu sais pourquoi, murmura-t-elle.

Il se força à respirer doucement. Elle paraissait implement attendre à présent. Plus bouleversé qu'il ne voulait l'admettre, il s'approcha d'elle.

- Dis-le moi, fit-il quand même.

Il prit son visage entre ses mains alors qu'elle allait s'écarter et l'obligea à le regarder à nouveau. Il entremêla ses doigts dans ses cheveux, un peu plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu. Leurs nez se touchaient presque. Mikérinos sentit son coeur accélérer. Il caressa ses joues des doigts.

- Dis-le moi, ordonna-t-il encore.

Elle ferma un instant les yeux puis elle inspira profondément et s'accrocha des deux mains à sa tunique.

- Parce que je t'aime.

Il l'attira à lui d'un coup, plaquant ses lèvres sur les siennes. Sans réfléchir, il l'embrassa avec fougue, presque avec violence tandis que son coeur tambourinait furieusement dans sa poitrine. Ses mains descendirent jusque sur sa taille et il s'émerveilla encore du fait qu'il puisse en faire le tour complet avec ses doigts.

Après une seconde de surprise, il la sentit se presser contre lui et lui rendre son baiser avec une ardeur égale. Elle posa les mains sur ses joues, entoura sa nuque et empoigna ses cheveux. La fraîcheur de sa peau sur la sienne, si chaude, le fit frissonner.

L'odeur de ses cheveux et de sa peau lui emplit la tête jusqu'à l'étourdir. Dieu ! qu'il désirait cette femme. Soudain elle frémit alors qu'il engageait sa langue sur sa clavicule, tout en dénudant lentement chacune des parcelles de peau laiteuse qu'il visitait. Il la souleva par les hanches et l'entraîna plus bas, sur le tapis, où il l'allongea.

-o§o-

Elle s'éveilla en sursaut, en poussant un cri de terreur. Quelque chose s'était entortillé autour de ses jambes pour l'empêcher de courir et elle se débattit comme une possédée pour se libérer. Son coeur battait si vite qu'elle n'entendait rien d'autre. Autour d'elle, ce n'était que du vide et du noir.

Soudain, quelque chose de brûlant lui entoura les épaules et elle se débattit de plus belle. Les mains immenses refusèrent de la lâcher malgré ses cris, au contraire, elles l'obligèrent à s'immobiliser.

- Shunreï !

Elle ouvrit les yeux, pantelante, pour croiser un regard doré pénétrant.

- Shunreï, calme-toi, tu as rêvé, dit Miké.

La jeune femme le regarda un moment sans comprendre ce qu'il faisait là puis, petit à petit, elle réalisa qu'elle venait de faire un cauchemar. Ebétée, elle jeta un coup d'oeil autour d'elle et reconnut la chambre de Mikérinos. L'Artiste la tenait toujours par les épaules, caressant doucement sa joue d'un doigt.

- Ca va ? demanda-t-il.

Elle acquiesça. Le rythme affolé de son coeur se calmait.

- Oui, répondit-elle. Excuse-moi.

Il esquissa un sourire et l'attira contre lui pour l'enlacer. Elle se laissa faire, rassurée par sa chaleur. Son cauchemar s'estompait peu à peu mais des bribes restaient suspendues ça et là dans son esprit, sans qu'elle puisse s'en saisir clairement. Elle frissonna, à la fois de froid et de peur et Mikérinos la serra plus fort. Il la rallongea dans le lit et tira la couverture sur eux.

Il faisait encore nuit. Shunreï dut réfléchir un instant avant de se souvenir que l'Artiste l'avait portée jusqu'ici alors qu'elle avait froid sur le tapis du salon. Ces souvenirs concrets l'apaisèrent.

- Contre quoi est-ce que tu te battais ? murmura soudain Mikérinos. Tu semblais avoir si peur.

Elle entoura sa taille du bras et se colla à lui, autant qu'il lui était possible de le faire.

- Je ne m'en souviens pas, dit-elle.

Pourtant, elle retint un deuxième frisson. Mikérinos le sentit. Il promena une main apaisante sur son dos.

- Ne t'inquiète pas, ce n'était qu'un rêve. Il ne t'arrivera rien cette nuit, promit-il, j'y veillerai.

Elle rit doucement.

- Est-ce que ce n'est pas moi qui suis censée veiller sur toi ? objecta-t-elle alors.

Mikérinos resta silencieux un moment, comme s'il réfléchissait. Puis il embrassa son front.

- Tu veilleras sur moi demain matin, décida-t-il. La nuit, c'est mon tour.

Elle croisa son regard, d'un doré lumineux, et vit qu'il ne plaisantait qu'à moitié.

- Marché conclu ?

- D'accord, fit-elle.

Il y eut quelques minutes de silence tranquille. Shunreï recommençait à somnoler, bercée par les caresses de Mikérinos sur son dos et sa nuque. Ses immenses paumes chaudes étaient comme un repère dans le noir.

- Je… fit-il alors.

Shunreï attendit la suite mais elle ne vint pas. Il cherchait peut-être ses mots. Elle se redressa pour le regarder et vit qu'il avait froncé les sourcils, les yeux dans le vague. Elle jugea préférable de garder le silence, de ne pas l'interrompre.

Il tourna à nouveau son regard vers elle, comme s'il s'apprêtait à recommencer. Elle le vit ouvrir la bouche. Il hésita. Rien ne vint cette fois non plus. Il ferma brièvement les yeux, l'air désemparé.

La jeune femme esquissa un faible sourire. Il ne parvenait pas à le dire. Cela n'avait pas d'importance. Cela viendrait plus tard.

Mikérinos rouvrit les yeux, la regarda tristement. Elle lui caressa la joue et l'embrassa avec chaleur.

Ce qu'elle avait pour l'instant lui suffisait.

-o§o-

Shunreï remua doucement entre les draps tièdes et roula sur le ventre pour enfouir à nouveau sa tête dans son oreiller. Trop tard, le sommeil la quittait inexorablement. Elle sentait que le soleil devait déjà être levé mais renoncer à sa torpeur lui semblait une perspective trop cruelle.

Les draps et la taie autour d'elle avaient l'odeur de Mikérinos, celle qu'il portait sur sa peau et qu'on ne pouvait sentir qu'en se serrant contre lui. Ses narines se dilatèrent avec ravissement et elle sourit alors que leur nuit lui revenait en mémoire.

Un doigt écarta délicatement les mèches de cheveux qui lui barraient le visage avant de caresser sa joue.

- Qu'est-ce qui te fait sourire ? demanda Mikérinos.

La jeune femme battit des paupières, grimaçant un peu face à la lumière du jour.

- Je me disais que, peut-être, si j'attrapais une maladie tropicale foudroyante au nom particulièrement barbare, Perle accepterait de me laisser faire la grasse matinée, dit-elle.

L'Artiste haussa un sourcil moqueur. Il était assis contre son oreiller, un bras appuyé sur son genou replié. Ses cheveux avaient pris des plis impossibles pendant son sommeil.

- En supposant bien sûr que je sois à l'article de la mort, ajouta-t-elle promptement.

- Bien sûr.

Elle se redressa brièvement, le temps de tapoter son coussin pour lui redonner du volume, puis se laissa retomber dessus, avec un soupir d'aise.

- J'ai décidé de passer la journée au lit, l'informa-t-elle en étouffant un bâillement. Ton lit pour être précise.

Mikérinos eut une moue dubitative.

- Shamio veut nous emmener pique-niquer aujourd'hui, objecta-t-il.

- Mmphphmm...

Elle plongea dans son oreiller, entre ses bras, pour fuir cette déclaration aussi pertinente que malvenue.

- Rien ne me fera quitter ce lit, marmonna-t-elle, la voix étouffée par la taie.

Il y eut un bref silence avant qu'elle ne l'entende remuer à nouveau.

- Ah oui ? fit-il, d'un drôle de ton. C'est dommage.

Shunreï resta immobile une seconde, déchirée entre l'envie de savoir ce qui justifiait ce ton narquois et celle, que lui dictait sa fierté, de l'ignorer superbement. Toutefois, rongée par la curiosité, elle finit par ouvrir un oeil, juste à temps pour le voir mordre dans une galette au miel, apparue comme par magie, avec l'air innocent et détaché d'un agneau qui vient de naître.

L'Amazone se redressa d'un bond, choquée. A ce moment-là, avec un à-propos tout féminin, son estomac parut se souvenir qu'il n'avait rien eu pour le dîner de la veille et se mit à grogner vigoureusement pour manifester son indignation. Mikérinos sourit de toutes ses dents et croqua une nouvelle fois dans sa galette.

Hypnotisée, Shunreï suivit chacun de ses gestes des yeux, comme un serpent à sonnette face à un joueur de flûte.

L'Artiste s'était apparemment levé pour préparer un énorme plateau pour le petit-déjeuner, plateau qui s'étalait à présent triomphalement sur la table de chevet derrière lui. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle remarqua enfin les odeurs de thé et de galettes chaudes qui flottaient dans l'air. Un nouveau rugissement furibond virevolta depuis son estomac. Elle déglutit.

- Bon, lança-t-elle en s'efforçant d'adopter un ton détaché et indifférent, peut-être que je pourrais faire un effort...

- Non ? ironisa-t-il.

Face à son air goguenard, elle craqua soudain et se jeta sur lui pour lui arracher sa moitié de galette. Il se mit à rire, par saccades, car elle s'était écrasée de tout son long sur son ventre et n'était pas disposée à bouger.

Les galettes étaient encore chaudes et fondaient sur la langue. C'était si bon qu'elle en avala une deuxième sans même prendre le temps de respirer. Miké riait toujours sous elle et elle lui adressa un regard rempli de promesses vengeresses, ce qui accentua son fou rire.

- Sadique.

Le sourire de Mikérinos s'élargit, il croisa les bras derrière sa nuque.

- Disons plutôt plein de ressources, répliqua-t-il. Et prévoyant. Tu es nue, tu le savais ?

-o§o-

Elle repoussa la mèche de cheveux mouillés qui lui retombait sur le visage. Sa peau était encore humide sous sa tunique suite à son bain. Une entêtante odeur de savon au miel flottait autour d'elle, lui donnant l'impression d'être un massif de fleurs ambulant.

Son large ceinturon du cuir résista un instant à sa volonté puis finit par se laisser boucler docilement autour de ses hanches. Elle quitta alors la salle de bain pour regagner la chambre où elle avait abandonné, non sans mal, le neuvième Artiste. Le soleil inondait déjà les couloirs du temple, il devait être près de midi. Perle avait sûrement compris qu'elle ne viendrait pas s'entraîner ce jour-là non plus. Shunreï eut un bref accès de culpabilité et décida qu'elle serait plus assidue à l'avenir.

La porte de la chambre était ouverte. Elle crut tout d'abord que Mikérinos était sorti mais elle l'aperçut ensuite près du grand bahut, face aux bibliothèques.

- Tu es encore là, je croyais que tu avais du travail, fit-elle en entrant.

Le lit était toujours en désordre, exhibant ses draps froissés et enchevêtrés comme une preuve de leur honteuse grasse matinée. La lumière du jour faisait scintiller les rideaux couleur orange et bronze. Il régnait dans la pièce une agréable atmosphère intime et douillette, peuplée de tissus merveilleux, de tapis d'orient et de coussins aux teintes flamboyantes.

Mikérinos lui faisait dos, il était planté devant le bahut et ne l'avait visiblement pas entendue. Elle traversa le petite salon.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle, intéressée.

Il leva la tête et lui jeta un rapide coup d'œil avant de porter à nouveau son attention sur l'objet qu'il avait entre les mains. Shunreï suivit son regard. Elle une seconde à reconnaître l'objet en question et tressaillit.

L'ocarina.

Shunreï eut un petit pincement au cœur et se mordit une lèvre. Elle avait complètement oublié l'instrument depuis le retour de Mikérinos. Effectivement, elle se souvenait maintenant l'avoir posé sur le bahut.

Mikérinos ne dit rien. Il se contenta d'observer l'ocarina, les yeux plissés, comme si les dorures qui ornaient l'instrument brillaient trop fort. Shunreï perçut très nettement le malaise qui venait de naître en lui mais elle ne put en deviner la nature. Elle se demanda vaguement si elle n'avait pas fait une erreur, si elle n'avait pas voulu aller trop vite. Est-ce qu'il allait lui en vouloir ?

Il fit lentement tourner l'ocarina entre ses doigts, sans un mot. Il ne le quittait pas des yeux, son visage était totalement impénétrable. Shunreï eut envie de poser une main sur son bras, de le ramener à elle, mais elle n'osa pas.

- Miké ? murmura-t-elle.

Il ne répondit pas. Oh non, songea-t-elle, tu ne vas pas te replier encore sur toi-même. Parle-moi !

- Miké ? répéta-t-elle un peu plus fort.

Cette fois, elle toucha son avant-bras. Sa peau était très chaude ; le muscle joua sous sa paume mais il ne fit rien pour la repousser.

- Où as-tu trouvé ça ? interrogea-t-il enfin, la voix neutre.

- Dans l'armoire, sous tes vêtements, avoua-t-elle.

Elle eut honte soudain d'avoir ainsi violé son intimité.

- Je ne voulais pas te blesser, dit-elle alors. Je n'aurais pas dû… Je voulais m'assurer que tu ne l'avais pas jeté.

Elle grimaça.

- Je n'aurais pas dû, conclut-elle.

Mikérinos ne dit rien. Il serra l'instrument dans sa main et se détourna du bahut. Il ne semblait pas en colère, pas vraiment. Il était peut-être troublé. Il quitta lentement la pièce et la laissa seule.

-o§o-

Shamio tint sa promesse et vint les chercher pour la promenade tant attendue. Il faisait très chaud, surtout depuis que le soleil était à son zénith. Pour l'occasion, la fillette avait mis un grand chapeau de paille entouré d'un ruban vert et une jolie robe en coton bordée d'un liseré émeraude. Elle débordait visiblement de joie et d'excitation à l'idée de partir en pique-nique.

Zéphyr, Maya et Adam l'accompagnaient, tous dans leur plus belle tenue d'été, munis de chapeaux, de paniers de victuailles et de sourires ravis. Même Adam arborait un vague air heureux malgré son attitude toujours aussi digne.

Mikérinos avait retrouvé toute sa bonne humeur lorsqu'il les rejoignit sur le perron de son temple, prêt au départ, sa sacoche en bandoulière. Shamio, après avoir embrassé Shunreï avec effusion, lui sauta au cou.

- Miké, Miké, on va aller près du lac ! s'exclama-t-elle. Tu sais, celui où on allait se promener avant, avec les grands rochers ?

L'Artiste sourit et hocha la tête.

- Je me souviens.

- Allons-y, la journée va être superbe, je veux en profiter le plus possible, dit Maya.

Zéphyr, qu'elle tenait pas le bras, se mit à rire.

- En route !

Shamio poussa un cri de joie et partit en courant derrière eux dès que Mikérinos l'eut reposée au sol. Shunreï ramassa le deuxième panier de pique-nique pour les suivre. Le groupe s'éloignait déjà entre les ruelles du sanctuaire solaire. Elle s'arrêta un instant en haut des escaliers du temple pour les observer.

Le spectacle ne manquait pas d'originalité. Et il ne passait pas inaperçu, c'était le moins qu'on puisse dire. Elle était contente de voir que Shamio était aussi heureuse, que Zéphyr était épanoui malgré son handicap, que Maya allait mieux, que Mikérinos tournait la page et qu'Adam s'ouvrait petit à petit.

Au moment où la joyeuse petite bande allait disparaître de son champ de vision, Mikérinos s'arrêta et se retourna, réalisant probablement qu'elle ne les suivait pas. Il lui adressa un regard interrogateur, mains dans les poches.

- Qu'est-ce que tu fais ? lança-t-il.

Elle lui sourit.

- Rien. J'arrive.

Elle descendit en vitesse l'escalier du perron et le rejoignit.

-o§o-

- Et après, tu mets la pâquerette comme ça, autour de la tige, pour que ça tienne mieux.

Shunreï écouta attentivement les explications de la petite fille tout en suivant du regard les gestes qu'elle effectuait. Elle enfila la dernière fleur blanche entre les tiges entrelacées de sa couronne et afficha un sourire triomphant.

- Voilà ! s'exclama-t-elle. C'est facile, essaye !

- Tu en connais un rayon sur les couronnes de fleurs dis donc, remarqua la Reyaâ.

Elle tenta de réitérer l'exploit de la fillette mais la fragile petite tige se brisa entre ses doigts et les fleurs retombèrent au sol. Elle eut un soupir déçu.

- Oh, ta couronne, elle est toute cassée, fit Shamio.

- Cela ne fait rien, assura Shunreï en souriant. Je recommencerai. Tu me montreras encore.

Shamio sourit à son tour et se leva pour s'approcher d'elle. Puis elle ôta sa propre couronne pour la poser sur la tête de la Reyaâ.

- Je te la donne, décida-t-elle.

Elle rit et battit des mains.

- Tu es jolie !

Shunreï rosit de plaisir.

- Merci...

La petite fille sautilla et se mit à danser dans l'herbe, au milieu des fleurs sauvages. Sa robe blanche voleta dans l'air et le vent agita le ruban sur son chapeau comme un oriflamme. Shunreï se sentit emplie d'une immense sérénité.

Autour d'elles, le monde paraissait s'être figé dans un moment de bonheur absolu. Le grand lac scintillait sous la lumière du soleil en contrebas, sa surface calme seulement troublée par les caresses des saules pleureurs. La clairière, en forme de colline, était bordée par une immense forêt d'où leur parvenait des dizaines de chants d'oiseaux et d'autres animaux.

Shunreï n'avait aucune idée de l'endroit où ils pouvaient bien être. Elle savait qu'ils avaient parcouru une grande distance, Shamio et Adam dans les bras, mais elle ne savait pas combien exactement. Ils étaient probablement dans un pays étranger, quelque part, dans un endroit isolé.

L'Amazone ouvrit les yeux quand des rires lui parvinrent de loin. Elle sourit. Maya et Zéphyr s'amusaient comme des enfants sur les rives du lac, leur tunique relevée sur leurs pieds nus. Des gerbes d'eau claire fusaient par moments vers l'un ou l'autre avant qu'ils ne se mettent à courir.

Plus loin, Adam était penché sur un rocher, observant très attentivement quelque chose qui ressemblait à un terrier, juste à sa base. L'enfant avait perdu son chapeau et ses cheveux couleur de feu étaient battus par le vent. C'était la première fois qu'elle pouvait le voir ainsi, avec une attitude d'enfant et non de dieu. A cet instant, c'était seulement de la curiosité amusée qu'il y avait dans ses yeux.

Petite fée des prairies, ta voix si jolie

Chante l'amour

Danse, danse pour moi tout le jour

Petite fée de l'amour

Shamio courait maintenant dans la clairière tout en ramassant les fleurs qu'elle croisait pour faire un énorme bouquet. Elle chantait à tue-tête une comptine inconnue, trébuchant parfois sur une fausse note.

D'où viens-tu, jeune fille des bois ?

Les yeux pleins de joie

Je t'ai attendue tout le jour, petite fée

Danse encore pour moi

La jeune femme chercha Mikérinos des yeux mais il n'était plus là. Elle secoua la tête, amusée. Peut-être avait-il repéré une plante rare quelque part. A l'heure qu'il était, il devait être en train de la dessiner sur l'un de ses carnets, tout en consignant des paragraphes et des paragraphes de notes, de sa fine écriture serrée.

A la tombée du jour, fée de l'amour

Tu virevoltes au gré des notes

Jolie mélodie

Ta voix est si jolie…

Shamio s'interrompit soudain alors qu'elle s'était penchée pour cueillir un coquelicot flamboyant. De sa place, Shunreï la vit se redresser et regarder autour d'elle, comme si une voix venait de l'appeler. Le long ruban sur le chapeau de la fillette frissonna dans le vent. La jeune femme attendit, intriguée. Et tout d'abord, il ne se passa rien, rien d'inhabituel. Pourtant, le regard de Shamio s'était perdu dans le vide, le bouquet pendait mollement dans sa main, comme si elle l'avait complètement oublié. Ce n'est qu'après une minute que Shunreï l'entendit enfin.

Au début, ce ne fut qu'un murmure, un souffle léger qui fit danser l'herbe de la colline et qui troubla la douce quiétude de la surface du lac. Shunreï sentit un frisson lui remonter le long de la colonne vertébrale. Elle s'immobilisa. Peu à peu, la mélodie emplit l'atmosphère, s'étendit jusqu'aux bois devenus silencieux. Les notes virevoltèrent dans l'air, d'abord timidement, un peu titubantes, puis elles grandirent, se firent plus confiantes. Les sons aigus de la flûte avaient des accents de soleil et de mélancolie. Ils envahirent l'esprit de l'Amazone, elle les ressentit jusque dans chacun de ses membres, comme si ses muscles vibraient avec eux, comme si la musique leur parlait un langage immémoriel, qu'eux seuls pouvaient comprendre. Ce fut comme si brusquement, la nature s'était tue, s'était arrêtée et répondait maintenant à l'appel d'une force ancestrâle qui lui ordonnait de se lever et de danser.

Shunreï ferma les yeux tandis que les notes courraient sur sa peau, caressaient son corps et son âme. La mélodie enserra lentement son cœur, elle sentit une puissante émotion lui nouer la gorge et lui faire monter les larmes aux yeux. Elle souleva les paupières, bouleversée. Ce fut comme si elle était seule au monde, perdue, le cœur déchiré. Cela ne dura qu'une seconde, avant que la colline et le lac ne réapparaissent, baigné par la clarté du soleil. Shunreï reprit son souffle et essuya la larme qui avait glissé sur sa joue.

Elle chercha frénétiquement du regard la source de cette musique. Au loin, Zéphyr, Maya et Adam s'étaient immobilisés eux aussi. Shamio ne bougeait plus, elle observait quelque chose en hauteur, les yeux brillants, son bouquet serré contre sa poitrine. Shunreï se retourna. Elle le vit alors.

Il était assis sur l'un des immenses rochers qui entouraient le lac en contrebas, un genou replié sur lequel il avait appuyé l'un de ses bras. Il jouait les yeux fermés, seuls ses cheveux bougeaient, agités par le vent. Ses doigts glissaient, dansaient sur l'ocarina, le caressant pour lui arracher cette plainte mélancolique, ce chant d'espoir. Il joua sans s'arrêter, du début à la fin, comme s'il était seul sur terre et que la musique le maintenait en vie.

Il fallut de longues minutes à Shunreï pour pouvoir à nouveau bouger et articuler un mot. Elle effaça les autres larmes qui avaient silencieusement coulé sur ses joues. Un sourire timide éclaira son visage.

Face à elle, Shamio s'était reprise elle aussi. Elle sourit à son tour, avant de se mettre à rire aux éclats. Soudain, elle se mit à courir et se jeta dans ses bras pour l'embrasser tandis que les fleurs de son bouquet retombaient autour d'elles dans une pluie colorée.

- Reyaâ ! C'est sa drôle de flûte ! s'exclama-t-elle. Il fait de la musique, il joue comme quand j'étais toute petite !

Shunreï rit à son tour, sans vraiment savoir pourquoi, simplement parce qu'elle était heureuse.

- Oui, c'est sa drôle de flûte, tu as raison, lança-t-elle.

Shamio l'embrassa encore deux fois sur chaque joue.

- Tu as réussi Reyaâ, dit-elle. Merci !

L'Amazone ne put que hocher la tête, la gorge nouée par l'émotion. Elle serra Shamio contre elle et regarda la silhouette de Mikérinos perchée sur son promontoire. Elle respira profondément, respira le puissant élixir d'air et de musique.

Finalement, il était parvenu à le dire.

Il fallait simplement comprendre son langage.

-o§o-

Mikérinos ouvrit doucement les yeux tandis que les dernières notes de l'air qu'il jouait s'étiraient dans les airs. Il se sentait calme. C'était comme si le vide à l'intérieur de lui s'était enfin comblé. Il était calme et serein.

Autour de lui, la nature reprit son rythme habituel. Il regard l'ocarina dans sa main. Après tant d'années, il n'avait pas oublié une seule note. Tout était revenu comme au premier jour, sans une once d'hésitation. Il esquissa un sourire et chercha le regard de Shunreï. Elle l'observait, assise au milieu des fleurs. Elle pleurait et riait tout à la fois. Mikérinos sentit à nouveau ce sentiment de plénitude lui envelopper le cœur.

Il lui sourit.

-o§o-

- Echec.

- Comment ça, échec ? protesta Midas, outragé.

- Echec au roi, précisa Pâris.

Effectivement, la roi noir était dans la ligne de mire de la reine blanche. La terrible souveraine avait déjà décimé une grande partie des effectifs adverses, avec une efficacité et une rapidité terrifiantes. Sa progression était jonchée de cadavres de tours, de fous et de pions, tous tombés bravement au combat.

Midas compta rapidement les soldats qui lui restaient.

- Bordel, jura-t-il.

Une équipe de deux pions et un cavalier risquaient d'être un peu faible pour lutter contre la furie blanche et son escadron de tueurs. Il se frotta le menton, réfléchissant à différentes combinaisons pour retourner la situation à son avantage. Il conclut qu'il était dans le pétrin. Face à lui, Pâris observait rêveusement le plateau de jeu, chacun de ses pions placés avec précision pour lui créer des problèmes. Midas grommela à nouveau.

- Alors, qu'est-ce que tu suggères ? fit le premier Artiste.

- Seigneur Apollon… !

- Pas disponible. Autre chose ?

- Tu as triché ! siffla Midas, en désespoir de cause.

- Pas du tout.

- Si.

- Non.

- C'est la troisième fois que tu gagnes ! Tu as forcément un truc !

Pâris saisit délicatement sa reine taillée dans l'ivoire et renversa le roi d'ébène. Il offrit un sourire enjôleur à Midas.

- Le pouvoir de la reine.

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