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Anime/Manga » Detective Conan/Case Closed » Unforgivable sinner
Claude le noctambule
Author of 51 Stories
Rated: K+ - French - Drama - Ai Haibara & M. Sera - Reviews: 1 - Updated: 05-14-06 - Published: 05-12-06 - id:2936603

Le manga détective Conan appartient à Gosho Aoyama.

Chapitre 2

« Tu sait, tu peut en boire. Il n'est pas empoisonné si c'est ce que tu imagine… »

Le détective garda les yeux baissés sur les reflets lumineux apparaissant et disparaissant à la surface du liquide contenue dans cette tasse qu'il n'osait pas porter à ses lèvres.

Haibara soupira en reposant la tasse qu'elle venait de boire avant de se lever de son fauteuil pour aller vers lui et lui arracher le récipient qu'il tenait entre ses mains. Elle le vida ensuite d'un trait sans la moindre hésitation devant ses yeux ébahis.

« C'est bon, j'ai réussi à dissiper ta méfiance ? Cette fois tu accepteras que je t'en resserve une tasse ?»

« J'ai encore des doutes… »

« Vraiment… Si j'avait empoisonné ce thé, est ce que j'aurait fait la bêtise de le boire devant toi au risque d'en mourir ? »

« Ce ne serait pas la première fois que tu tenterait de te tuer… »

« Est-ce que j'ai déjà essayé de le faire d'une façon qui mettrait d'autres personnes en danger à part moi ? »

Les deux enfants se défièrent mutuellement du regard pendant plusieurs minutes.

« Non, c'est vrai… »répondit enfin Conan en tendant se tasse vide.

La scientifique alla se rasseoir après avoir rempli les deux tasses.

« Mais tu sait… Si je me suis toujours arrangé pour essayer de mourir seule, c'est parce que je pensais que personne ne voudrait jamais être proche de moi… J'étais toute seule dans cette vie, je pensais qu'il serait normal que je le sois encore dans la mort… »

« Idiote, tu n'es pas seule… Combien de fois faudra-t-il te le répéter… »

« C'est vrai…Et c'est en partie grâce à toi que j'ai fini par l'apprendre… Alors maintenant, je pense que si je devais mourir, je m'arrangerais pour qu'une personne qui a bien voulu être mon ami soit avec moi lors de mon passage dans l'autre monde… »

Le détective manqua de s'étouffer en recrachant son thé devant le regard amusé de celle qui le lui avait préparé.

« Voyons Kudo, j'ai dit que je m'arrangerait pour que ce soit un ami qui m'accompagne… Or cela m'étonnerait que tu veuille encore l'être, non ? »

Préférant garder le silence sur ce point, Conan reposa sa tasse sur la table. Pourquoi ne voulait-il pas lui répondre ? Parce qu'il ne voulait pas qu'elle connaisse sa réponse ou parce qu'il l'ignorait lui-même ?

« De quoi allons nous bien pouvoir parler maintenant ? Ah oui, Ayumi m'a appelé pour une chasse au trésor au parc demain… Je pense que je vais y venir, tu m'y accompagneras ? »

« Ai, c'est inutile, on ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé et que tout était demeuré comme avant… »

« Oui bien sûr… Mais j'aurais pourtant voulu… Tu es sûre qu'on ne peut vraiment pas revenir en arrière ? »

Le détective se contenta de secouer la tête. C'était bien triste, mais il ne l'avait jamais vu avoir vraiment l'air d'une petite fille avant ce moment là…

« Oui, on ne peut pas aller contre le cours du temps… Ce qui est derrière nous est définitivement perdu… Bon, alors de quoi allons nous parler ? »

« Je pense que nous pourrions parler de l'organisation et de ses liens avec toi… Après tout, tu n'as plus aucune raison de me cacher quoi que ce soit maintenant, non ? »

« Que tu es ennuyeux… Il n'y a vraiment rien d'autres dont nous pourrions parler ensemble pour une fois ? Est-ce que nous n'avons vraiment rien d'autres en commun, toi et moi ? »

« Oh, je ne pense pas que ce soit la seule chose qui nous ait jamais relié… Mais je crois que maintenant, c'est la dernière qui nous relie encore, tu sais… »

« Sans doute… J'aurais aimé que ce ne soit pas le cas mais bon… Enfin, pose tes questions, pour une fois, je ne me déroberais pas… »

Conan eut un sourire triste, il avait tellement espéré que ce moment viendrait, et maintenant qu'il était venu, il le regrettait…

« Est-ce qu'Akemi était vraiment ta sœur ? »finit-il par demander.

« Oui… »se contenta-t-elle de répondre sans laisser transparaître ses émotions.

Il attendit qu'elle se décide à lui donner de plus ample précision mais elle se mura dans le silence, attendant visiblement qu'il lui pose d'autre question.

« Quel âge as-tu ? »

« Je suppose que si je te dit 84 ans, tu ne me croiras toujours pas, hein ? Bon, alors disons que je ne m'y suit pris ni en avance, ni en retard, pour écouter le dernier enregistrement que m'avait laissé ma mère… »

« J'avoue que j'aurait plus de chance de te croire si tu me disait avoir 84 ans… Tu veux vraiment me faire croire que tu as pu te retrouver à la tête d'une organisation criminelle de cette ampleur à 18 ans ? »

« Tu sait depuis combien de temps l'organisation existe Kudo ? Plus d'un siècle… Et la plupart de ses membres sont persuadés que c'est encore la même personne qui la dirige… Comment pourrait-il faire autrement puisqu'ils n'ont aucune chance de voir cette personne jusqu'à leur mort ? On n'a infiniment plus peur d'une menace sans visage, qu'on ne voit jamais mais qui n'en est pas moins omniprésente, et qui pourrait mettre fin à votre vie du jour au lendemain aussi facilement que si Dieu lui-même avait décidé de mettre un terme à votre existence… Dieu ou le diable… Voilà pourquoi pratiquement personne n'a essayé de nous trahir… »

« Tu es vraiment le Moriarty de ce siècle, hein ? Dieu et le diable… Est-ce que c'était toi qui avais menacé par téléphone ce programmateur de jeu vidéo avant qu'il ne meure ? »

« Hum ? Ah oui, je m'en souvient maintenant… Tu sait que ce jour là, tu as faille me surprendre en train de lui parler ? Ce qui t'avait sauvé à ce moment là, à moins que cela ne m'ait sauvé moi, c'était ta gentillesse…Tu avait trouvé un chat dans la rue et tu l'avait ramené à la maison du professeur pour que je m'en occupe… Et comme il t'avait précédé dans mon laboratoire, j'ai pu raccrocher à temps… »

« J'avait vu que tu aimait les animaux… Enfin maintenant je comprends mieux ce message sur son journal… Mais cela ne m'avance pas beaucoup… Si c'est toi qui diriges l'organisation maintenant, qui le faisait avant que tu ne lui succèdes ? »

« Pourquoi crois-tu qu'on avait surnommé ma mère Hell angel, Kudo ? Celle qui lui a donné ce surnom était la seule à savoir qui elle était réellement… »

Conan mit un certains temps avant d'enregistrer la révélation.

« Mais c'est impossible ! Ta mère avait essayé de fuir l'organisation, c'est d'ailleurs pour cela qu'elle avait confié ses enregistrements à ta sœur… »

« …au cas où elle échouerait, je sait… Tu n'imagines pas à quel point elle aimait ses deux filles… Au point qu'elle ne voulait pas qu'elles grandissent dans l'ombre du syndicat. Elle avait prévu de provoquer elle-même la chute de sa propre organisation pour en sauver ses filles et avoir une chance de mener une vie normale avec elle… L'ange déchu voulait retourner au paradis, Kudo… Mais malheureusement… »

« Malheureusement ? »

« Il y avait une personne qui n'aurait jamais accepté de la laisser faire, et elle ne l'as pas fait… Bien sûr ma mère aurait pu la supprimer, mais le problème, c'était qu'elle n'avait rien d'une proie facile… C'était tout de même le bras droit du chef de l'organisation, en plus d'être sa meilleure, si ce n'est sa seule amie… Alors elle n'a pas pu se résoudre à la tuer, et elle l'a payé de sa vie… »

« Et cette personne qui a assassiné ta mère.. ? »

« Tu n'as pas deviné qui ça pouvait être ? Qui aurait pu donner un surnom pareil à ma mère à ton avis ? »

« Tu ne voudrait pas parler de…Vermouth bien sûr… Comment se fait-il qu'elle n'ait pas essayé de prendre le contrôle de l'organisation au lieu de te le donner ? Après tout, personne ne connaissait l'identité du chef, elle aurait très bien pu parvenir à le faire… D'ailleurs, tu était bien trop jeune pour prendre la place de ta mère au moment où elle est morte…»

« Si tu la connaissait vraiment, tu comprendrait pourquoi elle ne l'as pas fait… Tirer les ficelles dans l'ombre, sans prendre le moindre risque, et en faisant exécuter la sale besogne par d'autres personnes qu'elle-même ? Ce n'est pas son genre, Kudo. Elle veut être sous la lumière des projecteurs, pas dans les coulisses, elle veut tenir le premier rôle, pas celui du metteur en scène… Manipuler les autres en se faisant passer pour ce qu'elle n'est pas ? C'est son plus grand plaisir, mais à condition qu'il y ait un risque, même infime, pour que quelqu'un la démasque… Quitte à prendre le risque d'essayer de lui faire comprendre qu'elle le trompe depuis le début… »

Il se rappelait du clin d'œil complice qu'elle lui avait adressé sous l'apparence du docteur Araide, lorsqu'il s'était servi d'elle pour éviter que Sato ne renonce à Takagi… Pourquoi avait-elle pris le risque qu'il la démasque à ce moment là ? Pourquoi avait-elle pris le risque de le laisser en vie ? Son comportement devenait moins obscur, sans être beaucoup plu clair pour autant…

« Je voit… Elle préférait le rôle d'Irène Adler à celui du professeur Moriarty… »

« On peut voir les choses comme ça, oui… Ca a été un vrai calvaire pour elle d'assurer l'intérim en attendant que je puisse prendre la relève, tu sait ? Elle ne pouvait pas gagner sur les deux tableaux, le chef de l'organisation a continué d'exercer son pouvoir sans commettre la moindre erreur mais parallèlement, son bras droit était de moins en moins présent sur le devant de la scène… Au point de perdre petit à petit le respect qu'elle suscitait chez ses collègues, je crois même que sa fille a essayé de prendre sa place à cette époque… La pauvre idiote, si elle avait su… »

« Tu veut dire que Chris Vinyard a vraiment existé un jour ? »

« Oui, mais à présent elle est morte et enterrée… enfin, la véritable Chris Vinyard s'entend… Mais quel importance ? Pour le reste du monde c'est sa mère qui est morte, pas elle… De la même façon qu'il n'y a jamais eu qu'une seule personne à la tête de l'organisation… »

« Mais pourquoi avoir rempli ce rôle si cela lui posait tant de problème ? Qui plus est, pour que ce soit une autre qui tire profit de sa déchéance…Qu'est ce qu'elle pouvait y gagner… »

« La vengeance, Kudo… Sa meilleure amie l'avait abandonné pour tenter de sauver ses filles de l'organisation ? Alors elle ferait tout son possible pour que ce soit l'une d'elle qui en hérite après sa mort… C'est quelqu'un de très rancunier, tu sais… Tu imagine qu'elle a tenu le rôle de sa fille morte pendant des années juste pour avoir le plaisir de continuer à exercer sa vengeance sur elle après l'avoir tué ? C'était la même chose avec ma mère… Enfin à sa décharge, elle s'est quand même arrangée pour que le rêve de sa meilleure amie s'accomplisse, même si ce n'était qu'en partie… L'une de nous deux a eu le droit à une vie à peu près normal… Et elle a veillé sur elle discrètement pendant qu'elle me prenait en charge… »

« C'est pour cette raison qu'Akemi a vécu hors de l'organisation au Japon pendant qu'on t'avait emmené aux Etats-Unis… »

Ai acquiesça avant de remplir de nouveau les tasses de thé.

« Donc si je comprends bien, Vermouth t'as tenu lieux de mère pendant toutes ses années… »

« Ce n'est pas le terme que j'emploierait pour décrire nos rapports, tu sait… Après tout, j'étais la fille de celle qui l'avait trahie… Elle m'a appris tout ce qui était nécessaire pour pouvoir succéder à ma mère, et elle a pris beaucoup de plaisir à m'inculquer ses leçons de la manière la plus douloureuse possibles… Honnêtement, si elle s'y ait pris de la même manière avec sa propre fille, ce n'est pas étonnant qu'elle ait tenté de la tuer… Enfin, en un sens, tu peux dire que je suis sa fille spirituelle… »

« Et pourquoi est ce que tu n'as pas essayé de le faire quand elle t'en a enfin donné l'occasion ? »

« La tuer ? Eh bien, j'ai retenu ses leçons, j'ai appris à laisser ma vengeance perdurer pendant plusieurs années… C'était tellement plus amusant de la faire souffrir à petit feu comme elle l'avait fait avec moi… Par exemple en refusant de continuer les recherches de mes parents et ne la laissant s'enfoncer dans la vieillesse… Elle avait beau faire de son mieux pour le cacher, elle éprouvait une véritable nausée en découvrant devant son miroir la multitude de ravages que le temps lui faisait subir… La tuer au sommet de sa gloire ? Oh non, j'ai préféré la laisser mourir en s'enfonçant dans la déchéance… Et lorsque j'ai découvert qu'elle était tombée amoureuse de Gin… Mon Dieu, si tu avait la moindre idée des souffrances que je lui ait infligés grâce à cela… »

Le frisson qu'il éprouva face à la lueur de joie qui dansait dans les yeux de la scientifique persuada Conan qu'il valait mieux changer de sujet.

« Tu parlait des recherches de tes parents ? »

« Les recherches… Ah oui, est ce que tu sait quel était le but poursuivi par l'organisation pendant toutes ses années ? Le poison qui t'a fait rajeunir n'était pas un simple moyen de parvenir à nos fins, c'était une fin en soi… Il y a un peu plus d'un demi-siècle, le chef de l'organisation s'est rendu compte, un peu tard le pauvre idiot, qu'il n'emporterait au paradis, ou plutôt en enfer, ni sa fortune, ni le pouvoir qu'il avait accumulé pendant toutes ses années à s'enfoncer dans le crime… Alors il s'est mis en tête d'employer toutes les ressources de son organisation pour trouver un moyen de se soustraire à la mort. Se rendre compte à la fin de sa vie qu'un linceul n'a pas de poches, vraiment… Il en a même été réduit à dépenser des sommes colossales pour vérifier si, parmi la multitude de légendes qui indiquait une façon d'atteindre la vie éternelle, il y en avait au moins une de vrai…Enfin, toujours est-il que même après sa mort, l'organisation a continué de poursuivre ce but… Ma mère n'était pas seulement la plus grande criminelle de son époque, c'était aussi une scientifique de génie alors elle a essayé de concrétiser cela de façon un tant soit peu rationnel. C'est au cours de ses recherches qu'elle a rencontré mon père, d'ailleurs… Est ce qu'elle était amoureuse de lui ou est-ce qu'elle l'a épousé pour l'avoir sous son emprise ? On ne le saura jamais j'imagine… Bref, c'est de cette façon qu'est né l'apotoxine, une drogue censée ralentir et même supprimer de façon définitive le processus naturel de dégénérescence des cellules… Elle était sur le point de parvenir à la mettre au point mais à ce moment là, elle avait fait son choix entre la jeunesse éternelle et ses filles, la suite, tu la connais… »

« Est-ce que c'est toi qui as eu l'idée d'en faire un poison ? »

« Oui, à l'époque, j'ignorait que ma mère avait essayé de nous sauver, Akemi et moi… Je lui en ait beaucoup voulu de nous avoir abandonné, alors je me suit amusé à pervertir le résultat de ses recherches. Elle voulait créer une drogue qui prolonge la vie éternellement ? J'en ferais un poison qui y mette fin en l'espace d'un instant… Paradoxalement, c'est de cette façon que j'ai réussi à réaliser le rêve de ma mère… Tu en es la preuve vivante… C'est ironique, hein ? »

Conan garda le silence, regardant petit à petit les pièces du puzzle s'emboîter dans son esprit, essayant de combler les zones d'ombres qui l'empêchaient encore d'admirer la vérité.

« Tu disait que tu en voulait à ta mère pour vous avoir abandonné… Est-ce que tu en voulais aussi à Akemi parce qu'elle avait eu droit de mener une vie normale, contrairement à toi ? Est-ce que c'est pour cela que tu as ordonné sa mort ? »

Pour la première fois depuis que cet entretien avait commencé, Conan vit la scientifique perdre sa contenance. Sa main tandis qu'elle reposa doucement sur la table la tasse qu'elle tenait trembla légèrement, au point qu'elle renversa une partie de son contenu sur le sol.

« Kudo, si jamais tu fait ne serait-ce qu'une seule autre insinuation dans ce sens, j'oublierait ce que tu as fait pour moi, j'oublierait ce que Ran a fait pour moi, et je m'arrangerait pour qu'elle meure lentement, devant toi, sans que tu puisse rien faire pour la sauver, c'est clair ? »

Le ton glacial qu'elle avait employé et la haine qui avait illuminé son regard aurait largement suffit à souligner ses paroles.

« Alors si tu n'as pas voulu sa mort, pourquoi.. ? »

« Je n'ait jamais voulu qu'elle meure, et je n'ai jamais éprouvé la moindre haine ni la moindre rancœur à son égard. En fait, si tu veux tout savoir, la seule chose qui m'a maintenu en vie toutes ses années, ce n'était pas le désir que j'avais de me venger de Vermouth, ce n'était pas ma haine envers ma mère, c'était uniquement l'amour de ma sœur. Il n'y a eu qu'une seule personne pour pleurer sa mort et c'était moi, comment est ce que tu as pu penser… »

Un silence pesant tomba sur la pièce et y perdura pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que Conan se décide à le rompre.

« Il y a eu au moins quelqu'un d'autre pour pleurer sa mort, tu sait… »

« Oui, je sait… J'ai vu le visage de ce petit garçon près du corps de ma sœur sur la première page du journal annonçant son suicide… Son suicide…Est-ce qu'ils espéraient que j'avalerait ça ? Comme si elle avait pu seulement pensé mettre fin à ses jours…Personne n'aimait la vie plus qu'elle et elle ne m'aurait jamais abandonné…Jamais… »

Elle fut incapable de continuer. Conan contempla impuissant la petite fille tremblante qui faisait de son mieux pour retenir ses larmes sans y arriver. Il aurait voulu la consoler mais il savait qu'il y avait bien plus qu'une table pour s'interposer entre eux.

« Comment est-ce que tu as su.. ? »

Elle renifla en essuyant ses larmes avant de lui répondre.

« Quelques jours après sa mort, j'ai reçu une lettre… Une lettre où elle me disait quelle ferait tout son possible pour nous libérer du syndicat, comme avait essayé de le faire maman avant elle… Que je n'aurais pas à m'inquiéter, qu'elle avait tout prévu. Qu'elle s'était arrangée avec eux, qu'il lui suffirait d'effectuer un simple travail pour eux pour qu'ils nous libèrent… Elle n'aurait même pas besoin de tuer qui que ce soit… Elle m'avait même insisté pour que je n'essaye pas de la rejoindre si jamais elle échouait… Est-ce que tu as la moindre idée de ce qu'on peut ressentir quand la personne pour laquelle on aurait sacrifié sa propre vie vous envoie une lettre pareille ? A fortiori quand on est responsable de sa mort ? Oh bien sûr, je n'aurait jamais ordonné à Gin de la tuer, il s'est contenté d'appliquer l'éternel règle du syndicat, la mort est le seul sort que mérite les traîtres… Ce n'est pas moi qui l'ai édicté, elle existait même avant que ma mère ne dirige l'organisation… Mais je n'ai rien fait pour l'abolir non plus… En un sens, c'est donc moi qui aie signé son arrêt de mort… »

« Mais pourquoi est ce qu'Akemi a négocié avec Gin alors que… »

« …que sa propre soeur dirigeait l'organisation ? Mais parce qu'elle l'ignorait complètement, espèce d'idiot ! Comment est ce que j'aurais pu seulement lui révéler cela alors que j'avais déjà fait tout ce que j'ai pu pour qu'elle en apprenne le moins possible sur les activités de l'organisation ? »

« Mais lorsqu'elle a accepté ce travail, tu aurait pu… »

« Tout lui dire ? Le problème, Kudo, c'est que j'ignorais tout du pacte qu'elle avait passé avec Gin avant qu'elle ne me l'apprenne dans sa lettre. Et lorsque je l'ai confronté à son crime, il s'est contenté de me rappeler que je lui avais ordonné de ne plus interrompre mes recherches avec les problèmes du syndicat sauf en cas d'urgence… je l'avait chargé de superviser les basses besognes comme l'élimination des traîtres sans plus me déranger et c'est ce qu'il a fait…Avec un malin plaisir… Tu vois, les choses ne se seraient pas passés de manière différentes si j'avait placé ma sœur dans la ligne de mire de son arme et que je lui avait ordonné de presser la détente… »

Le silence régna de nouveau entre eux. Il aurait sans doute aimé lui dire qu'elle n'avait pas à porter seule la culpabilité pour la mort de sa sœur, au lieu de cela, il ne pu que lui poser une dernière question… Celle qu'il avait en tête depuis le début.

« Pourquoi ? »

« Pourquoi est ce que j'ai mis en scène ma propre fuite de l'organisation ? Pourquoi j'ai ordonné à mes subordonnées de tuer leur propre chef ? Pourquoi j'ai avalé mon propre poison ? C'est simple, Kudo, j'avait perdu tout ce qui m'avait donné envie de vivre mais je ne pouvait pas pour autant en finir puisqu'elle m'avait fait promettre dans sa lettre de ne pas me suicider…Ensuite…Ensuite je n'ai pas pu aller contre sa volonté… Qu'est ce que j'allais bien pouvoir faire maintenant ? Faire payer sa mort à tout ceux qui en était responsable ? J'y aie pensé… Tu te rappelles de ce jour où je t'ai dit que j'allais te tuer avant d'aller faire de même avec tous tes proches ? »

Conan acquiesça.

« Eh bien, figure toi que cela a vraiment failli arriver et que tu n'y a échappé que de très peu… Lorsque j'ai vu ta photo de ce petit garçon dans le journal, cela ne m'a pas pris beaucoup de temps pour faire le rapprochement avec le détective prétentieux qui en faisait la une quelque mois avant… Ce détective dont j'avais dissimulé à Gin qu'il avait survécu pour pouvoir continuer mes recherches… Ce détective si sûr de lui mais qui n'avait pas pu sauver ma sœur malgré cela…

Pour moi, tu étais autant responsable de sa mort que je l'étais et que l'était Gin, et j'ai envisagé de te la faire payer. Oh mais on dirait que tu as peur en imaginant ce qui aurait pu se passer… Quand je te disais que tu étais un idiot qui prenait trop de risque pour ses enquêtes au point qu'il allait inévitablement finir par tomber tête baissé entre les griffes de l'organisation… Si tu n'avais pas fourré ton nez dans cette affaire de hold-up, tu n'aurais jamais figuré sur ce journal et je t'aurais ignoré… Mais tu as eu de la chance, j'aie finalement renoncé à te tuer…

Pourquoi ? Je me suit très vite rendu compte que la vengeance ne me rendrait jamais ma sœur et que de toute façon, elle ne suffirait jamais à combler le vide qu'elle avait laissé derrière elle. Après tout, te tuer avant de tuer Gin, cela ne m'aurait occupé que quelques jours… Et la principale responsable de la mort de ma sœur, je ne pouvais pas la tuer et j'allais être forcé de vivre avec elle jusqu'à la fin de mes jours… Alors qu'est ce que j'allais bien pouvoir faire, hein ?

Et puis… J'ai eu cette idée… Je ne pouvait pas me tuer mais je pouvait toujours expier ce que j'avait fait subir à ma sœur en endurant le même sort qu'elle… J'allais moi aussi devenir un traître pourchassé par l'organisation et qui n'aurait plus un seul instant de repos jusqu'à ce qu'il finisse enfin par mourir de la main de ses ex-collègues… Si je pouvais m'arranger pour que ce soit Gin en personne qui le fasse, c'était parfait… J'ai même poussé le luxe jusqu'à goûter à ma propre médecine pour payer mes fautes jusqu'au bout…

Et ma création ne m'as pas trahie, ou alors elle m'a sauvé en me trahissant puisque je ne peut pas nier que j'espérait que je mourrait en l'avalant… Enfin, avant cela bien sûr, j'avait annoncé à deux de mes collègues la couleur du petit jeu auquel ils allaient se livrer avec moi… Bien sûr, j'ai choisi les seuls qui connaissaient ma véritable position au sein de l'organisation, Vermouth et Gin… Cela n'a pas été très dur de les convaincre, ils rêvaient tout deux de pouvoir me faire souffrir, bien que ce soit pour des raisons différentes… Et comme, pour l'inciter à accepter plus facilement, j'avais fait don à Vermouth de ce qu'elle désirait depuis si longtemps, une version complète de l'apotoxine…Soit dit en passant, c'est en partie grâce à ce qui t'es arrivé que je suit parvenu à la concevoir à partir de mon poison raté…

Pourquoi j'ai choisi de me réfugier chez toi ? Je me le demande encore… Parce que je voulais parler avec celui qui n'avait pas réussi à sauver ma sœur pour savoir si lui aussi méritait de mourir avec moi ? Parce que je me sentais aussi coupable vis-à-vis de toi, Parce que je n'avais personne d'autres vers qui me tourner ? Honnêtement, je n'en sais rien…

Toujours est-il que ce fût la pire bêtise de ma vie… Non seulement il a fallu qu'après seulement quelques semaines passé avec toi, je n'arrive plus à t'en vouloir pour la mort de ma sœur mais il a fallu, en plus, que tu fasses tout ton possible pour me convaincre de vivre au lieu de me laisser ronger par mon passé… D'avoir une vie normale malgré tous les crimes que j'avais pu commettre… Et il a fallu que tu réussisses… Et dans le même temps pourtant, tu faisais tout ton possible pour continuer d'essayer de détruire l'organisation… Est-ce que tu comprends enfin pourquoi je faisais tout mon possible pour que tu y renonces ? Si seulement tu m'avais écouté, j'aurais pu enfin me décider à faire de même avec toi, à oublier l'organisation et à mener une vie normale… J'aurais peut-être même fini par te donner cette maudite antidote que tu désirait tant… Mais non, il a fallu que monsieur le détective continue à être obstiné…

Excuse-moi Kudo, je recommence à t'accuser pour quelque chose dont tu n'es pas responsable… Après tout, la seule manière dont j'aurais pu me débarrasser de l'organisation c'était d'y rentrer de nouveau pour provoquer sa chute…J'aurais pu le faire mais… Mais voilà, c'est paradoxalement parce que l'organisation existait que je pouvais être auprès de la seule personne avec ma sœur qui pouvait me donner envie de vivre…Alors… Oui, je sais, je suis une sale égoïste. Je ne te demande pas de me pardonner, ni même de me comprendre, seulement de m'écouter… Pour couronner le tout, il a fallu que grâce à toi, j'apprenne que ma mère m'avait toujours aimé et qu'elle n'avait jamais voulu que je prenne sa place… Elle me l'a confié dans cet enregistrement qu'elle avait fait pour mes dix-huit ans… C'est amusant, ma mère a essayé de fuir l'organisation pour ses filles, ma sœur a essayé de le faire pour moi, et j'ai essayé de le faire pour elle…

C'est à croire que ma famille est victime d'une malédiction, hein ? Peut-être que dans ce cas, je finirais comme elles… Et tu me disais d'affronter mon propre destin au lieu de le fuir… Pourquoi est ce que tu ne m'as pas laissé fuir, hein Kudo ? Pourquoi as-t-il fallu que tu parviennes à me donner envie d'être heureuse, sans pour autant parvenir à vraiment me dissuader de mettre fin à mes jours pour expier la mort d'Akemi ? J'ai eu plusieurs occasions de mourir de la même façon qu'elle, en faisant mon possible pour que ma mort permette à d'autres personnes de vivre en les mettant hors de portée de l'organisation… Et à chaque fois, il a fallu que tu soit là pour me sauver… »

Conan demeura figé, essayant de digérer toutes les implications de la confession d'Haibara. A présent qu'il connaissait le dessous des cartes, tout ce qu'il avait vécu, tout ce qu'ils avaient vécu ensemble se présentait sous un éclairage nouveau, et il avait encore bien du mal à l'accepter.

« Est-ce que tuas d'autres questions, Kudo ? »

Le détective secoua la tête sans dire un mot.

« Bien, alors c'est à mon tour de t'en poser une… Qu'est ce que nous allons faire à présent ? Tu l'as dit toi-même, nous ne pouvons pas faire comme si rien ne s'était passé et tu ne peut pas non plus me livrer à la police ou au FBI… Alors maintenant, petit détective, que vas-tu faire ? »

Il avait tout fait pour écarter cette question fatale de son esprit et voilà qu'à présent il était obligé d'y faire face.

« Tu ne sait pas ? Tu n'as plus qu'une seule solution de ton côté, tu le sais… Si tu veut vraiment détruire l'organisation, alors il faudra que tu me tue…Mais ça, tu en es incapable, je me trompe ? »

Ai eut un sourire triste face à l'air dépité du détective.

« Hélas, je ne t'ai pas surestimé ou plutôt je ne t'ai pas sous-estimé… Tu as trop bon cœur pour faire ça alors que tu n'as pas d'autres solution pourtant… Bon, alors posons le problème différemment, qu'est ce que je vais faire, moi ? »

Son expression se fit aussi mélancolique que celle de son ami lorsqu'elle se rendit compte qu'il s'obstinait à garder le silence.

« Tu as besoin d'aide, hein ? Alors que ferait Sherry ? »

« Je suppose qu'elle me tuerait sans hésiter pour ne pas que je révèle son secret. »

« Bravo, c'est la bonne réponse. Que ferait Shiho Miyano ?

« Je ne l'ai jamais vraiment connu mais pour le peu que j'en sait, j'imagine qu'elle me tuerait pour me faire payer la mort de sa sœur, n'est ce pas ? »

« Parfaitement exact. Tu ne devrais pas avoir de problème maintenant puisque cette fois, je vais te demander de me donner le point de vue d'une personne que tu connais quand même assez bien… Que ferait Ai Haibara ? »

Le détective eut un sourire sans joie.

« Je suppose qu'elle ferait de son mieux pour oublier l'organisation et profiter de sa nouvelle vie sans essayer de récupérer ce qu'elle a perdu avec l'ancienne… Qu'elle essaierait d'être heureuse avec ses nouveaux amis…et sa nouvelle famille… »

« Ca, Kudo, c'est la façon dont tu aimerait qu'elle réagisse… »

« Est-ce que tu ne souhaiterait pas, toi aussi, qu'elle agisse de cette manière pour mettre fin à ses problèmes ? »

La tristesse s'accentua sur le visage de la chimiste mais elle se contenta pourtant de répéter sa question une nouvelle fois.

« Réponds-moi, Kudo. Que ferait Ai Haibara ? »

« Ai… Eh bien je suppose qu'elle irait mettre fin à ses jours en étant persuadés qu'ainsi, elle sauverait ses proches de l'organisation et mettrait fin à ses souffrances… Mais elle se trompe en agissant ainsi… »

« Je t'ai demandé son point de vue, pas ce que tu en pensait… Enfin, cette fois, tu as donné la bonne réponse. Maintenant, il ne te reste plus qu'à répondre à une seule question et tu pourras savoir comment cette histoire va se terminer. Laquelle des trois se trouve devant toi en ce moment même ? »

« Ai… »murmura doucement le détective avec un ton suppliant.

« Et là encore, Kudo… C'est la bonne réponse… »

La chimiste se leva de son fauteuil et commença à se diriger vers lui.

« Est-ce que tu pourras cacher la vérité au professeur et lui dire que je me suit enfui de cette maison après avoir terminé l'antidote ? S'il te plaît, promets-le moi… »

« L'antidote ? Tu veut dire que… »

« …Que je l'ai achevé ? Ce n'était pas si difficile que cela puisque, contrairement à ce que je t'avais dit, je disposais depuis le début de la formule de l'apotoxine. Le professeur trouvera la composition et le mode de préparation de l'antidote dans mon ordinateur. Avec mes instructions, je ne pense pas qu'il aura le moindre problème à la fabriquer. Maintenant, Kudo, promets-moi que tu lui diras que je me suis enfui… Je ne te demande même pas de le faire pour moi mais pour lui… »

« Ai… »

« Promets-le moi, Kudo… Et promets-moi aussi que tu trouveras aussi une excuse pour Ayumi…Et pour tous les autres… »

« Je te le promets, Ai… »

« Mais je ne te promets pas pour autant que je te laisserait faire… »

« Merci, Kudo…Merci pour tout… »murmura -t-elle en se penchant vers lui en souriant. Le détective tressaillit lorsqu'il la sentit lui poser un baiser sur la joue, mais elle s'était déjà mise hors de sa portée quand il essaya de la retenir.

« Si tu cherche bien dans mon ordinateur, tu trouveras toutes les informations dont tu as besoin sur l'organisation, je suppose que tu te feras un plaisir de les donner au FBI, n'est ce pas ? Je te conseille cependant de te dépêcher de le faire. Une fois que je serais morte, ceux qui me remplaceront s'empresseront de procéder aux arrangements nécessaires pour qu'elles soient obsolètes… »

« Ai, attends… Est-ce qu'il n'y a vraiment pas moyen de faire autrement ? »

« Le seul moyen, Kudo, ce serait de remonter dix ans en arrière, et si tu croit que c'est possible, moi je sait que ça ne l'est pas… »

Ayant fini d'enfiler ses chaussures, elle tendit la main vers son parapluie lorsqu'elle s'aperçût qu'une averse avait commencé à tomber durant leur conversation mais elle fini par se raviser…

« Après tout, là où je vais, je n'en aurait pas besoin, non ? Soit heureux, Kudo, et n'oublie pas ta promesse… »

Sur ses mots, elle ouvrit la porte de la maison et s'engagea sous la pluie sans se retourner une dernière fois vers lui.

« Oh non, rassure-toi, je ne l'oublierait jamais… »

Elle se tourna vers lui et lui adressa un dernier sourire, l'un des rares sourires qu'il lui avait vu et qui exprimait non pas de la moquerie mais de la joie. Mais elle garda les yeux fermés lorsqu'elle le lui fit, sans doute pour ne pas croiser son regard lui suppliant de rester.

« Merci…Shinichi… »

« Parce que tu l'as peut-être oublié, Ai… Mais j'ai promis de te protéger, et je tiendrais cette promesse… Même si c'est de toi-même que je dois te protéger… »

-:-

Contemplant d'un air morose la pluie qui s'abattait sur la ville à travers la fenêtre du bar où Gin l'avait laissé seule, Vermouth décrocha sans hâte son téléphone portable qui s'était mis à vibrer.

« Allo ? »

« Vermouth ? »

Les lèvres de l'actrice se plissèrent en un sourire dès l'instant où elle avait reconnue la voix qui s'adressait à elle.

« Tiens donc… A qui ait-je affaire cette fois ? La fille de ma meilleure amie ? La traîtresse qui a fui l'organisation ? Ou bien à celui qui m'a demandé de l'exécuter ? »

« A la fille d'Helen, qui voudrait bien revoir sa mère et sa soeur…A la traîtresse qui en assez de fuir sans cesse… Et à ton employeur, qui voudrait que tu achèves enfin cette mission qu'il t'a donnée il y a plusieurs mois… »

« Alors cette fois, c'est bien le dernier acte ? »

« Oui, cette tragédie que tu as écrite il y a plus de dix ans, et que j'ai mise en scène moi-même, elle se termine ce soir… »

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