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Petit rappel, ceci n'est pas la suite de Suzuran Day mais une version alternative à cette Oneshot !
Je le dirai pas en anglais ni en japonais, mais le premier qui vient raler comme quoi "ça ressemble au premier chapitre !", que je vois venir gros comme un tracto-pelle, je le pends avec un rouleau de PQ !...
Mais je vous aime X3.
Le Prince Suzuran
Les jours passaient décidément au ralenti. Ou peut-être n'était-ce qu'à Konoha qu'il en était de la sorte ?
Allongé dans l'herbe tendre encore épargnée des rayons du soleil, dans la plaine située derrière l'académie des ninjas, Sasuke contemplait le ciel d'azur, égaré dans des pensées qu'il avait déjà trop écoutées. C'était étrange. Il avait beau dire, cette situation était trop étrange pour lui. Etre en vie…La belle affaire. A quoi bon être vie, si rien ne nécessitait qu'on le soit ? Il n'avait plus de revanche à commettre. Plus de frère à retrouver.
Certes, en mettant son égoïsme de côté, il aurait pu trouver bien des raisons de rester. Aider le village, maintenir l'alliance, enseigner s'il le fallait…
Mais une fois penché sur ces pensées-là, il n'existait plus de place pour un quelconque autre sentiment que l'égoïsme d'une vie. Que lui. Que son avenir.
Alors il se posait la question, ses iris carmines figées sur l'étendue pure du ciel d'été. Que serait-il, dans dix ans ? Où, pourquoi ?
Quelque part dans son champ de vision, le ciel se tâchait. Un nuage d'oiseau migrait. Dans dix ans…C'était tellement simple : il ne s'imaginait pas vivre. Peut-être alors, que le vide qui s'imposait à son esprit s'il s'imaginait des années après symbolisait celui qui lui tiendrait compagnie dans la tombe.
Dépliant ses bras, il les laissa retomber en croix, sur le sol frais où l'herbe vint doucement amortir leur chute. Comme un drôle de soutien, cette terre où il finirait le retenait.
Il ne détacha son regard des mers célestes, craignant que le monde ne l'engouffre, se disloquant sous son corps s'il échappait à la vue de cette pure immensité. Mais comme il se mentait, se forçant au mensonge au plus profond de lui-même, il préféra se répéter qu'il continuait d'observer le ciel parce que celui-ci était simplement beau, ou lui rappelait le regard de Naruto.
Il se rappela soudain le jour où il lui avait dit qu'il le considérait comme l'être le plus proche de lui. Naruto, une valeur sure ?
Au bout d'un instant qui lui sembla être une éternité, il ferma les yeux. Le néant de l'obscurité s'imposa à son esprit à une vitesse telle qu'il en eut le vertige, et ses poings se crispèrent un bref instant les brindilles qui lui caressaient jusqu'alors les paumes. La clarté intense du soleil avait beau s'imposer à lui malgré ses paupières closes, il tressaillit et rouvrit les yeux.
Il soupira d'ironie. Condamné à suffoquer dans des pensées l'étouffant pour ne pas sombrer dans l'obscurité l'effrayant.
Soupirant contre son front, une frêle fleur blanche murmurait des louanges pour apaiser les craintes de cet être qui avait cessé des années auparavant d'attendre quoi que ce soit de la vie. Morphée, lassé de ces plaintes, vint à son tour bercer l'être qui s'abandonnait paradoxalement au monde.
- Sasuke-kun ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Il rouvrit un œil, et reconnut d'emblée les mèches roses frôlant son visage.
- Sakura ?
Un sourire tendre, elle hoche de la tête.
- Je suis rentrée…
Il se rassit, un léger sourire aux lèvres.
- Content de te revoir…Tout s'est bien passé ?
En face de lui, la jeune fille hausse un sourcil et se peint d'un sourire amusé, appuyant doucement sa main contre le front du jeune homme.
- Tu as de la fièvre, Sasuke ? Il n'y a que dans mes fantasmes de jeune fille que tu aurais dis ça…Les vacances ne te réussissent pas.
Il hausse un sourcil, l'air ennuyé.
- Moques-toi…
Un sourire gentil aux lèvres, elle secoue la tête.
- Hun, hun…Je suis contente. Tu es encore plus gentil, Sasuke…
- Mais je n'ai jamais été gentil.
- Oooh, si, crois-moi. D'ailleurs…
Il n'eut pas le temps de s'étonner que la fille se jetait à son cou, suivit de près par Inô. Il eut encore moins le temps de s'étonner de sa présence, que les deux filles tentaient de l'immobiliser au sol. Partout autour, ses amis de cours s'activaient à cueillir des fleurs.
- Mais, qu…
- Ne bouge pas, Sasuke…Je te jure que tu n'auras pas mal, ne t'en fais pas…
Marrantes. Vraiment. C'était censé le rassurer ? Il allait falloir trouver mieux, parce que la lueur (lubrique ?...N'y pensons même pas) dans les yeux des deux amies avait de quoi terroriser le plus expérimenté de hommes en matière de menace.
Il tenta de les repousser sans pour autant les blesser, mais se retrouva attaché à même le sol par des lianes s'enroulant à ses poignets et chevilles. Relevant la tête, il aperçu Naruto, et l'appela précipitamment, en désespoir de cause. Il ne s'étonna pas de suite de voir des fleurs bondir hors de la terre et fuir les élèves, courant, leurs racines pour pieds de fortune.
C'est un Naruto de 9 ans qui accouru vers lui, s'installa sur son ventre, roulé en boule tel un chat, bailla puis s'endormit. A sa gauche, Inô, âgée du même âge, maintenait fermement sa main dans les siennes tandis que Sakura, haute comme trois pommes, s'approchaient dangereusement, une couronne de fleur en main.
- Sasuke, tu es la fée aux fleurs ! Tu vas le faire, hein ?
- Qu..Quoi ? Et puis quoi encore ? Jamais ! Lâchez-moi !
Sur coup, il se demanda vaguement pourquoi il parlait aux fleurs, mais comme celles-ci lui mordaient les poignets pour protester, il ne s'y attarda pas plus.
- Allons, Sasuke-kun, il ne faut pas faire pleurer les filles, et tu ne veux pas décevoir tes fiancées, pas vrai ?
- Eh ! C'est moi qui veux pleurer, là ! Et d'abord, pourquoi j'en épouserai une ?
Il raisonna un instant. Pleurer ? Pourquoi pleurer ?...Mais comme il n'avait pas le temps – du moins, c'est ce qu'il ressentait – de s'y attarder, il mit ce désir étrange sur soit une grossesse inattendue, soit la crainte de finir travesti sur un char paradant dans tout Konoha.
Devant lui, Naruto et les deux fillettes s'étaient mit en ligne, vêtus d'une robe blanche garnie de fleurs roses pour Sakura, jaunes pour Naruto et violettes pour Inô. Etrangement, le mot "garnies" fit écho de longs instants de son esprit, tandis que les trois clamaient, d'une voix aigüe, "Alors, laquelle choisis-tu ?".
- Sasuke ! Cela suffit.
Accroupi dans l'herbe qui sinuait sur son corps, remontant jusqu'à son torse pour aller lui agripper les épaules, Sasuke tourna lentement la tête, une main plaquée sur sa bouche.
Vêtue d'un voile blanc qui se tintait peu à peu d'une couleur sang sombre, une femme s'accroupit en face de lui, posant doucement ses mains sur ses épaules. Son regard exprimait la déception, et ses sourcils, froncés, l'accusaient. Une odeur de souffre se dégageait de ses bras, et il se mit à tousser, étouffant sous la puanteur que dégageait le voile, là où le sang coagulait.
- Pourquoi as-tu fait ça, mon chéri ? Papa va être si triste…
Dans un ultime effort, il força ses cordes vocales, écorchant sa gorge déjà en feu, et cracha un vague murmure, là où il tentait d'hurler.
- Non, maman, c'est f…
Les mains sur ses épaules se firent plus lourdes, comme les yeux en face de lui se fermaient. Doucement, le corps déjà frêle pris feu.
- Maman, attends ! Je n'ai pas menti !
Des rires lui griffaient la gorge, comme l'herbe s'insinuait jusqu'à son visage. En face, Naruto se bouchait les oreilles. En regardant mieux, il vit qu'il se griffait pour faire disparaitre les marques sur ses joues.
- Sasuke…
- Maman…
Peu à peu, les ténèbres l'envahissaient. Une main griffue vint l'extraire douloureusement des herbes, et un souffle acide vient s'imposer à ses joues, creusant des sillons de lave. Sur la plaine ne restait qu'une étendue macabre, le voile tâché s'élevait devant lui, imposant, accusateur, criminel. Il referma les yeux, et dans un cri, se replia sur lui-même. Il sentit l'étoffe se rabattre, synchronisant un hurlement guttural au sien, désespéré.
Quelque chose explosa violemment contre son crâne. Il ne pouvait rouvrir les yeux, mais il savait qu'à ses poignets, l'herbe reculait lentement, apeurée et geignant, comme se brûlant à sa peau. Et comme la carté du soleil s'imposait à nouveau, lui brûlant les yeux au travers des paupières closes, il se laissa sombrer peu à peu dans cette terre qui l'extirpait lentement de la réalité.
- Sasuke !
Il rouvrit brutalement les yeux, la respiration saccadée. Il fouilla le ciel de ses yeux, comme pour trouver une attache à la réalité, s'assurer qu'il était sortit de ce cauchemar. Enfin, ça, c'était au plus profond de lui, que c'était vrai. En surface, il se demandait ce qu'il lui était arrivé.
- Eh ben…Coriace ton sommeil.
Sasuke tourna les yeux vers la voix, reconnut la personne. Il porta la main à son front, fronçant les sourcils.
- Bon sang…
- J'ignorais que les cauchemars t'atteignaient aussi.
- …T'es là depuis longtemps, Shika ?
- Assez pour être marqué par l'idée de la fée aux fleurs.
Il aurai ri, s'il n'avait pas été autant choqué. Il soupira doucement, calmant la course frénétique de son cœur.
- Pourquoi…
Shikamaru le regarda, attentif.
- Elle m'en voulait tellement…
S'asseyant à ses côtés, le jeune homme posa ses coudes sur ses genoux repliés.
- Parce que tu as pris la faute sur toi.
Sasuke ferma les yeux un instant. C'était vrai. Ce sentiment de culpabilité, il l'avait toujours ressenti. Peut-être de n'être pas mort. Peut-être de n'avoir pas sauvé sa famille, ce soir-là. Alors, finalement, même son inconscient lui en voulait ?
- C'est si ironique..
Shikamaru s'étonna, comme sa voix était soudain redevenue calme, contrôlée. Sasuke reposa ses bras sur son ventre, plongeant son regard dans l'étendue bleutée du ciel.
- Depuis cette époque, le seul parent à m'apparaître en rêve était Itachi.
C'était si ironique…Car ses rêves sur Itachi étaient toujours des souvenirs, des brides d'un passé loin déjà, où tous deux s'entraînaient ensemble ou jouaient. Ce simple fait donnait tant d'ironie à ce rêve, comme l'unique fois où sa mère lui apparaissait, elle le haïssait.
Les rêves ne seraient, au final, qu'une totale opposition de la réalité ?
Une main passa sur sa joue droite, effaçant les sillons de larmes.
- Ca passera.
- Je n'ai jamais dit l'inverse…
- Tu as mal au crâne ?
- Oui. Ca faisait longtemps…
Bien longtemps, qu'il n'avait pas pleuré.
Un silence s'instaura, apaisant. Le temps que la raison rappelle qu'un cauchemar reste un cauchemar. Pas la réalité.
Sasuke accrocha du regard les mèches brunes de l'homme à ses côtés. Réalité.
Il se redressa, les yeux dans le vague. Il ne remarqua qu'après quelques secondes la main qui s'était doucement insinué dans ses cheveux en pagaille. Tournant la tête, il répondit à l'appel silencieux de l'homme, qui s'approcha, appuyé sur son bras libre. En silence, Sasuke lui offrit ses lèvres encore pâles du rêve.
Un instant passa avant que l'un des deux n'esquisse le moindre geste, et lorsque Shikamaru recula de quelque peu, c'était en laissant Sasuke idiot, une fleur de muguet dans les cheveux.
- Le prince Suzuran, ça rend quand même mieux…
- Un léger sourire, et lui donne un léger coup, à peine une caresse, sur le bras.
- Idiot…
Un simple sourire en réponse.
Et il savait que bientôt il n'y penserait plus.
Owari.
Ja, ne !