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Trucydae
Author of 35 Stories

Rated: T - French - Tragedy/Drama - Reviews: 14 - Updated: 05-21-07 - Published: 06-09-06 - Complete - id:2982933

Once Again

Chapitre 1
C’est assez !

Cette fois, ça en était trop ! Ça ne pouvait plus continuer ainsi, c’était invivable ! Le jeune homme, qui venait à peine d’atteindre ses 18 ans, repoussa violemment l’autre qui tentait une fois de plus de profiter de son corps frêle. Il pris ce moment où le plus âgé réalisait ce qui se passait pour se ruer dans le couloir en direction de la bibliothèque personnelle de son paternel, celle-ci étant réservée aux travaux de ce dernier. Le plus jeune savait où son père cachait son arme, en cas de besoin. Dans le fond du dernier tiroir de son bureau, dissimulé sous de nombreuses bouteilles de whisky vides, se trouvait en effet le pistolet qu’il cherchait. Il finissait de le charger maladroitement quand son assaillant entra avec fracas dans la pièce. Il sentit son bras pointer instinctivement l’arme sur la tête de l’aîné.

- Oh là ! fit celui-ci en freinant brusquement. Shinya tu ne vas tout de même pas me tirer dessus !
- Pourquoi pas ? Après tout ce que tu m’as fait !
- Mais tu sais bien que c’est parce que je t’aime que je faisais cela !
- Adieu, papa…

Et le coup parti, puis, plus rien à part le bruit de quelqu’un qui descendait les marches à vive allure. Quelques secondes après, sa mère mettait les pieds dans la bibliothèque, réprimant un cri lorsqu’elle vit le cadavre de son mari à ses pieds et Shinya qui avait toujours le pistolet pointé sur lui, bien qu’il fut indubitablement décédé de la balle qui lui avait percé le crâne.

- Mais qu’as-tu fait, mon Dieu ! Shinya ! s’exclama-t-elle en pleurant, maintenant.
- Je l’ai tué… expliqua-t-il d’un ton vide d’expression
- Pourquoi ça ! C’était ton père, à la fin ! cria la femme
- Maman… sais-tu au moins tout ce que j’ai enduré ? Tout ce qu’il m’a fait ! Tout ce mal qu’il m’a fait ! s’écria-t-il tandis qu’une larme de fureur perlait sur sa joue pâle.
- Il t’a éduqué et c’est comme ça que tu le remercies !
- Ce n’est pas comme ça qu’on élève des enfants !

Elle le gifla.

- Comment oses-tu ! Et bien, on voit comment tes amis t’influencent ! Ton père avait raison à propos de ce Daisuke ! J’en suis certaine, maintenant !
- Je te signale qu’il me reste encore cinq balles…
- Tu n’as donc aucun remords ? dit-elle en lui tournant le dos. J’appelle la police !

Jetant le fusil par terre, il sortit à la suite de sa mère, mais, à la place de l’empêcher de prendre le téléphone, il alla s’enfermer dans sa chambre où, assis les genoux remontés contre sa poitrine dans son lit, il ne put s’empêcher d’éclater en sanglots en attendant la venue proéminente des policiers. Il jurerait même entendre déjà le son des sirènes au loin. Peu de temps après, on vint brutalement le cueillir de sa chambre, mais il ne se débattit pas. À quoi bon se débattre quand la cause était perdue d’avance ? Le jeune châtain se laissa donc conduire jusqu’à la voiture qui allait le mener au poste de police, alors qu’un agent interrogeait sa mère et que d’autres avaient déjà commencé à fouiller la maison et à y recueillir des preuves l’incriminant. Dans la voiture, il ne dit pas un mot. De toute façon, les deux policiers présents ne lui adressèrent pas la parole et, même s’ils l’auraient fait, il n’aurait pas répondu. Il se contenta de rester le front collé à la fenêtre et de regarder le soleil disparaître à l’horizon.

Arrivé au poste, on le traîna sans ménagement jusqu’à la salle d’interrogation. Il garda la tête basse pour se cacher de l’artificielle lumière vive et agressante des fluorescents, mais aussi parce qu’il ne tenait pas à croiser le regard glacial de l’interrogateur.

- Alors, nous avons ici monsieur Terashi.

- Et nous avons aussi un meurtre sur les épaules ! Intéressant !

- Pourquoi avoir fait ça ?

- Répondez, Terashi !
- Parce qu’il le méritait !
- Oui, bien sûr ! Ils le méritent tous !
- Vous ne me croiriez pas, de toute façon !
- Ah bon ? Et pourquoi ça ?
- Parce que c’est toujours ainsi que ça se passe…
- Et comment le savez-vous ?
- Je le sais, c’est tout !
- Avez-vous la moindre idée de ce que vous aller écoper pour cela, Terashi ?
- Arrêtez de me parler comme ça !
- Je vous informe que je suis de la police ! Vous n’avez aucun droit de me parler sur ce ton !
- Vous n’en avez pas plus le droit…
- Très bien, Terashi ! L’interrogatoire est terminé.
- Parfait !
- Mettez-le dans une cellule, jeta l’agent en sortant.

Encore une fois, quand on le saisit, il ne broncha pas et de même fut-ce lorsqu’ils le jetèrent dans une cellule froide et humide. Il n’y avait aucune fenêtre, c’était donc très sombre et une forte odeur de moisissure émanait du matelas défoncé posé à même le sol, meublant le tout à lui seul. C’était sans parler de seau au fond de la petite pièce. Shinya n’osa même pas imaginer s’en approcher. Il ressentait la même chose envers cette ignoble pièce qu’envers son père : le dégoût. En réalité, il n’avait qu’un seul regret dans tout cela : celui de sa mère qui témoignerait contre lui lors de l’audience. Mais, il devait l’accepter, la prison ne devait pas être bien pire que ce qu’il avait déjà pu endurer.

Il ne dormit pas cette nuit-là, la puanteur était beaucoup trop entêtante. Le gardien fut surpris de le trouver éveillé quand il vint pour le réveiller à six heures, ce matin-là pour lui annoncer la date du procès. Cet agent étant moins distant que les autres, il lui expliqua qu’ils avaient tout mis en œuvre pour que le jour où il devrait se présenter au tribunal soit le plus tôt possible, mais on avait seulement réussi fixer la date trois mois plus tard. En attendant, il était mis en liberté surveillée et ne devait approcher se demeure et sa mère à moins d’un kilomètre. Ils voulaient que le procès soit plus tôt pour ne pas perdre le service d’hommes qui auraient pu servir à un autre département, mais il n’avait pu être autrement.

On le mit, d’ailleurs, littéralement à la porte du poste, une auto patrouille sur les talons. Il avait, malgré le peu de temps qu’il avait eu pour y penser, déjà choisi chez qui aller. Il irait chez son ami Die, chez qui il allait quand il fuyait de chez lui. Il ne lui avait jamais refusé son hospitalité et par il ne savait trop quelle chance, son appartement se trouvait à proximité d’où il se tenait à l’instant. Il ne voyait de raison pour que Die lui dise non. Ce n’était que quelques rues plus loin. À peine quinze minutes de marche, calcula-t-il. Il entreprit donc cette marche, l’auto patrouille presque scotchée à ses baskets. Il savait par où passer, mais il ne marcha pas vite pour autant. Il n’était pas pressé et à cette heure matinale, il risquait de réveiller son ami qui s’était récemment mis à teindre ses longs cheveux en un rouge flamboyant. Pendant le trajet, il ne regarda pas la voiture derrière lui, ça l’exaspérait trop de savoir deux policiers à sa surveillance. Ils auraient dû savoir juste en le voyant que Shinya n’était pas de nature violente, il croyait que c’était visible qu’il avait souffert, qu’on l’avait maltraité. Ça se lit dans les yeux de tous ceux et celles de qui on avait abusé d’une manière ou d’une autre. Alors pourquoi la police s’obstinait-elle à rester aveugle à ces appels à l’aide et mettait-elle en prison ceux qui, comme lui, avaient tenté par quelconque moyen de s’en sortir ? Les hommes de loi sont stupides, en vint-il à conclure avant de s’arrêter devant l’édifice où logeait Die. Il regarda l’heure sur sa montre à son poignet gauche. Sept heures quarante-cinq. Il soupira, mais monta quand même. Le roux n’était absolument pas un lève-tôt, il était évident qu’il allait le sortir des bras de Morphée. Préférant se faire répondre par un ami bourru que de rester à la vue des flics, il entra dans le bâtiment, monta au premier étage et sonna à l’appartement voulu. Il appuya une deuxième fois sur la sonnette quand il vit, au bout de deux ou trois minutes, qu’on ne lui ouvrait pas. Il répéta plusieurs fois l’opération, jusqu’à s’en demander si son locataire était présent. Il lui semblait pourtant avoir vu sa voiture dans le stationnement. Il allait partir quand la porte s’ouvrit enfin. Les yeux à moitié ouverts, la barbe qui aurait besoin d’être rasée sans être vraiment bien longue et en peignoir mal attaché, Die se tenait dans l’embrasure de la porte.

- Shin… ? demanda-t-il d’une voix ensommeillée
- Euh oui… je…
- T’aurais pu choisir une autre heure pour fuguer aujourd’hui…
- Ben, justement, je ne l’ai pas choisi… désolé, mais il y a les flics qui me collent aux basques…
- Quoi ! s’exclama le plus grand en agrandissant d’un coup ses yeux endormis.
- Laisse-moi entrer, je vais t’expliquer !
- Hey ! Tu as les flics au cul et tu veux m’embarquer là dedans ? Non merci, hein ! Pas à huit heures moins dix, ce matin !
- Mais non, ce n’est pas ça ! Mais je ne peux pas te le dire dans le couloir, comme ça ! S’il te plaît, Die, laisse-moi entrer… implora-t-il
- Bon, d’accord, répondit le roux d’un ton méfiant.

Il s’effaça pour laisser le plus jeune passer et referma la porte derrière lui. Il l’invita au salon et alla préparer du café pour celui qui venait de le réveiller et pour lui-même. Il revint quelques minutes plus tard avec deux tasses et en tendit une à Shinya.

- Tu vas me dire ce qui se passe, maintenant ?
- Je, euh… Attention… ça… c’est dur à avaler…
- Mais encore…
- Je l’ai tué.
- Quoi ! Qui ! Hein !
- Mon père… je…j’en ai vraiment eu marre… avant qu’il n’ait pris le dessus, comme d’habitude, je l’ai poussé et j’ai couru jusqu’à sa bibliothèque, j’ai pris son flingue et je lui ai tiré dessus… un coup… juste là, raconta-t-il en pointant au dessus de son arcade sourcilière gauche.
- Shinya ! Qu’est-ce qui t’a pris ! Tu vas aller en prison pour sûr !
- Je sais… mais si c’est le prix à payer pour être libéré de cet homme abominable…
- Mais tu es malade ! J’y crois pas !
- Écoute, Die ! J’aurais cru que vu que tu étais le seul qui connaissait toute l’histoire, tu aurais compris !
- Oui, mais c’était ton père !
- Tu aurais peut-être préféré qu’il continue à me détruire de la sorte ! S’écria le châtain, ses sombres yeux bridés plein d’eau.
- Mais non ! Mais… je ne sais pas… tu aurais pu venir chez moi définitivement. Ça t’aurait évité des tas de problèmes ! Qui plus est, ç’aurait été lui le plus susceptible d’être emprisonné… si tu te serais décidé à en parler, c’est évident !
- Ben, c’est trop tard, maintenant ! Ce qui est fait est fait ! En plus, j’ai fait ça sur l’impulsion du moment ! Je pourrais dire que c’était pour légitime défense…
- Et qui te croira ? Tu n’as jamais parler de tes problèmes familiaux à quiconque autre que moi !
- Je sais, mais…
- Tu t’es vraiment foutu dans la merde, Shin, coupa Die avec une voix pourtant plus douce. Tu as un avocat ?
- Je… euh… non…
- Je connais quelqu’un… mais ça sera bien tout ce que je pourrai faire pour toi. Sauf que, sincèrement, je crois que c’est déjà perdu.
- Merci quand même…

Un silence s’installa entre eux. Ni l’un ni l’autre ne pouvaient placer un mot. Peut-être était-ce parce que Shinya était perdu dans ses songes et que Die n’osait pas l’en sortir. Ce dernier décida donc de se lever et d’aller mettre les deux tasses vidées de leur contenu dans l’évier. Quand il revint au salon, le benjamin fixait toujours le même point dans le vide. Ne sachant pas trop quoi faire, il décida d’aller se doucher.

- Shinya ?

Il sursauta quand il entendit son prénom. Mais, réalisant où il était et qui l’avait appelé, il expira bruyamment, l’air comme soulagé.

- Écoute, je vais aller sous la douche et puis après… je ne sais pas, on verra, ok ?
- D’accord, acquiesça-t-il simplement.

Il suivit des yeux le grand roux s’éloigner vers la salle de bain et soupira à nouveau. Il s’étendit sur le sofa et ferma les yeux. Sans qu’il ne s’en rende compte, il s’endormit.

Sous l’artificielle pluie chaude tombant de la pomme de douche, Die n’en revenait pas. En 21 ans d’existence, ce problème était de loin le plus gros qu’il n’est jamais vu. Ce qu’il avait l’habitude de ne voir qu’à la télé était en train d’arriver à son meilleur ami. À Shinya ! Lui qui était si calme, si pacifique normalement ; il ne l’aurait jamais cru capable d’une telle bêtise. Une autre pensée lui vint en tête : Quand le procès aurait-il lieu ? Et où ? Il lui demanderait en sortant pour aller s’habiller. Ayant fini de se rincer, il coupa l’eau, pris sa serviette pour s’éponger, puis se la mis autour de la taille. Quand il sortit, sa première vue fut celle de l’autre jeune homme qui dormait sur son canapé. Il n’a certainement pas beaucoup dormit cette nuit s’il s’endort là, comme ça…pensa-t-il en mettant les pieds dans sa chambre pour enfiler quelque chose de plus présentable que sa vulgaire serviette blanche, c’est à dire un jean déchiré au niveau du genou droit et un t-shirt noir portant un logo d’AC/DC orangé sur la poitrine. Il ressortit avec les couvertures de son lit dans les bras pour en couvrir son ami. Ensuite, il laissa une note sur la table d’appoint à la tête de Shinya expliquant qu’il était parti faire des courses parce que, n’attendant personne, son garde-manger était vide. Le petit bout de papier placer bien en vue, il mit ses chaussures, lui lança un dernier regard pour s’assurer qu’il était toujours assoupi, puis partit en faisant le moins de bruit possible.

Le châtain n’avait pas le sommeil calme qu’il semblait malgré tout avoir. Dans ses rêves, il revoyait comment il avait mis fin à la vie de son père, mais avec des détails en plus. Tantôt, il tuait aussi sa mère, tantôt c’était son arme qui changeait. Une fois, même, il le tuait violemment pour une énième fois, mais avec un couteau de boucherie. Il finit par se réveiller en sursaut. Il regarda autour de lui : le téléviseur était en marche ; Die devait le regarder avant de tourner un regard intrigué vers lui.

- Est-ce que ça va ? interrogea le plus grand.
- Euh… oui… je n’ai fait qu’un cauchemar… dit l’autre en reprenant ses esprits.
- Tu n’as pas dû dormir beaucoup la nuit dernière pour venir le faire ici et aussi longtemps… remarqua-t-il.
- Quelle heure est-il ?
- Pas loin de dix-huit heures !
- Ah… en fait, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit… si tu aurais vu… ou plutôt sentit l’état de la cellule dans laquelle il m’ont mis !
- Au fait, c’est quand euh… le procès ?
- C’est que dans trois mois…
- Quelle date ?
- 23 mai.
- Ok, parce que j’ai appelé mon avocat tout à l’heure et…
- Ah, c’est ton avocat ? coupa Shinya.
- Celui de la famille, oui…
- Ok…
- Et puis il aurait fallu que je lui donne une date, continua-t-il, comme je ne le savais pas, il faudra que je le rappelle…
- Ah…
- Tu as faim ?
- Un peu…
- J’ai été faire quelques courses tout à l’heure. Donc, tu n’as qu’à aller fouiller !
- Euh… je ne voudrais pas…
- Si tu es trop timide, je peux aller préparer quelque chose… mais je ne te garantis rien sur la qualité du repas !
- Ça ne fait rien, va pour ta cuisine !
- Si tu insistes !

L’aîné se leva et disparu dans la cuisine. Quelques minutes plus tard, il revint en disant :

- Si je prépare des spaghettis, ça te va ?
- Oui !
- Tant mieux, parce que je n’avais pas envie de quelque chose de bien compliqué !

Il retourna à ses chaudrons tandis que le frêle tueur tentait de se concentrer sur le programme qui passait à ce moment-là. Abandonnant cette idée au bout de quelques instants, incapable de regarder l’écran plus de trente secondes consécutives, il choisit d’aller rejoindre Die dans la pièce voisine. Il ne semblait pas trop mal se débrouiller, même s’il affirmait le contraire, vu la bonne odeur venant de là

- Ça sent bon, dis donc ! fit Shinya en arrivant derrière l’homme de qui il serait plus que sûrement le colocataire pour les trois mois à venir.
- Tant que ça ne se met pas à senti le brûlé parce que ça a collé au fond…
- Dis-moi, Die… tu es sûr que ça ne te dérange pas que je reste chez toi pendant tout ce temps… surtout que je ne croie pas avoir de quoi te payer la moitié du loyer et que je n’ai pas l’impression que j’aurai accès à mon compte en banque…
- Pourquoi ne l’aurais-tu pas ?
- Ben… je ne sais pas… c’est presque certain que je serai mis en prison, donc…
- Le meilleur moyen de savoir, c’est de vérifier ! Qu’en dis-tu ?
- Oui… mais tu es sûr que je ne te dérangerai pas ?
- Mais non ! Ça me ferait même plaisir d’avoir quelqu’un avec qui parler pour raconter ma journée quand je reviendrai du boulot !
- Ha ! Je vois ! Tu en avais marre de raconter ça au mouton de poussières sous ton divan ! se moqua Shinya.
- Non ! C’est seulement pour dire que ça ne me ferait pas de mal d’avoir un peu de compagnie en dehors des week-ends et des fois où tu fuyais…

- Parce que tu n’as pas d’autres potes que moi ? fit-il encore, un drôle de sourire aux lèvres.
- Bien sûr que si, j’en ai d’autre ! Mais je ne peux les voir que durant les week-ends… Et les week-ends, la plupart du temps, on est en répétition…
- Qui ça, on ?
- Tu ne les connais pas, je crois…
- Dis toujours !
- Il y a Kisaki, Kaoru, Koota et Shinji.
- Tu avais raison, je ne les connais pas… Et par répétition… tu parles de répétition pour un groupe de musique, ne ?
- Oui ! On voudrait bien arriver à percer un jour… c’est pour ça qu’on bosse tous les week-ends
- Ah… donc, je t’empêchais d’y aller quand je venais te trouver ici ?
- Bah, ce n’est pas grave, vu que je ne suis qu’à la guitare d’accompagnement… ils peuvent pratiquer sans moi, ce n’est pas très grave !
- Est-ce que je pourrai venir avec toi, quelque fois ?
- Je ne crois pas que ça devrait poser de problèmes…
- Chic !
- C’est près ! Il ne reste plus qu’à égoutter les pâtes et à manger !

Il ferma le rond de la plaque chauffante, pris une passoire dans l’armoire et vida le petit chaudron de nouille dedans, au-dessus de l’évier. Shinya pris deux assiettes et en donna une à Die pour que, chacun leur tour, ils se servent pâtes et sauce.

Le reste de la soirée, après avoir mis la vaisselle à laver, ils discutèrent de ce qui rapportait de près ou de loin au meurtre que le plus jeune avait commis. Il était vrai qu’il pouvait plaider pour la légitime défense, mais le roux avait raison. Il n’avait pas préalablement parler de ses problèmes avec son père à d’autres personnes qu’à lui, ce qui rendait donc la chose bien difficile à croire pour n’importe qui d’autre. Même s’il l’utilisait, ça ne changerait rien au verdict, il en était persuadé. Il commençait à réaliser qu’il allait vraiment aller en prison… lui… un jeune garçon n’ayant jamais entravé la justice, ayant toujours été calme, n’ayant jamais été collé une seule fois à l’école. Pourquoi les autres ne pourraient-ils pas le croire ? Die lui avait répondu que les membres du juré ne connaissaient ni lui, ni ses antécédents, judiciaires ou pas, et que l’avocat de sa mère ferait en sorte qu’il passe pour un menteur. Ça serait plausible, Shinya devait l’admettre, tout comme il ne pouvait gagner ce procès.

Quand ils allèrent se coucher, le plus vieux prêta un grand t-shirt à son ami en guise de pyjama. Puis, il le raccompagna jusqu’à la chambre d’ami et lui souhaita de passer une bonne nuit avant de tourner les talons pour partir vers sa propre chambre. Le châtain soupira en entrant dans la sienne en repensant à sa future sentence. Il se mit directement au lit, mais ne s’endormit pas pour autant. Il avait dormi toute la journée, certes, mais il se sentait exténué et malgré ça, ce fut long avant que le sommeil ne vienne à lui. Quand il le trouva enfin, ce ne fut pas pour le remettre sur pied, loin de là. Il fit plein de rêves étranges et de cauchemars jusqu’à se réveiller une fois de plus en sursaut avec Die à son chevet qui montrait une mine inquiète.

- Tu as crié… ano… ça m’a réveillé et… je suis venu voir ce qui se passait…
- Un cauchemar…
- J’ai vu ça ! C’était quoi ?
- Je… j’ai oublié…
- Ah…
- C’est bon, ne t’inquiète plus pour moi, je vais bien !
- Ok ! Si tu le dis, ça ne doit pas être faux ! Oyasuminasai !
- Oyasumi !

Le roux retourna se coucher, quelque peu sceptique sur le fait que son ami aille bien. Il avait l’air affolé quand il avait ouvert les yeux, ça ne lui avait pas échappé. Mais il se disait que s’il ne voulait pas en parler, il n’avait pas à insister pour savoir. Un jour, il lui dirait sûrement tout, quoiqu’il se doute du rapport que ça devait avoir avec l’homicide impulsif qu’il avait commis. Il arrêta de penser et s’endormit aussitôt qu’il eut regagné son lit.

Shinya, lui, se tournait et se retournait dans celui qu’il squattait chez l’autre qui lui avait révélé être musicien. Les images cauchemardesques de son dernier rêve passaient en boucle dans sa tête. Ce rêve où il se voyait une fois de plus appuyer sur la gâchette, mais que lorsque son père s’effondrait dans une impossible marre de sang qui s’agrandissait toujours, il se relevait aussitôt pour se mettre à l’injurier. La vidéo rejouait comme si quelqu’un s’amusait à reculer la cassette de son cauchemar pour ne plus cesser de la faire cruellement rejouer, comme pour le torturer mentalement. Il tenta de se calmer en arrêtant de se retourner de tout bord tout côté et en se plaçant sur le dos, prenant de grandes inspirations. Mais ses yeux nerveux se posaient d’abord sur le cadran à affichage lumineux qui montrait les chiffres deux, quatre et huit en rouge, puis sur le plafond et sur le ciel noir à l’extérieur pour revenir aux chiffres cramoisis du cadran. Il soupira et ferma les yeux. Cependant, ainsi, les images étaient encore plus frappantes : il s’empressa donc de les rouvrir. Il s’assied, les jambes encore sous la couverture, adossé au mur adjacent au lit. Son regard s’arrêtait sur toutes les ombres de la chambre plongée dans l’obscurité. Son seul regret, maintenant, n’était plus que sa mère témoigne contre lui, mais plutôt ses rêves qui l’empêchaient de dormir convenablement.



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