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Black and white
Extrait du journal Blanc
18 mai 2006
J'ai toujours pensé avoir une vie exemplaire, avec tout ce qu'une personne rêve d'avoir, que tous les événements dans celle-ci étaient faits pour me mener loin. C'était avant que je le voie ce matin, un peu comme un ange... Un peu ? En fait, j'aurais juré que ça en était un. Je crois qu'il ma sourit, mais comme on était dans la gare du métro, ç'aurait put être adressé à n'importe qui et peut-être que j'ai complètement halluciné, aussi... En plus, il était avec quelqu'un d'autre qui lui tenait la main. Mais j'ai franchement eu l'impression que nos regards se sont croisés... Il était tellement beau... Il a dû penser que j'étais stone à la tête que je devais avoir ! Et ce moment restera graver à jamais dans ma tête, même si je sais que jamais je ne le reverrai, jamais je ne pourrai être à ses côtés, il faut être réaliste. Mais bon, ça ne m'empêchera pas de dormir, quand même ! Du moins, je ne crois pas... ça doit m'être arrivé au moins tous les jours de l'année un truc comme celui-là ! Faut pas en faire un cas... Allez, la répétition va recommencer, Rame me crie déjà dessus...
- Jui ! Sors de tes rêveries et viens bosser, bon Dieu de merde !
- J'arrive, j'arrive ! Pas la peine de gueuler !
- Ça faisait bien cinq fois qu'il disait ton nom, remarqua Shun.
- Bon, ça va ! On va reprendre où on était, enchaîna le leader.
- C'est-à-dire ? demanda Giru
- Chocoripeyes... répondit Tero, comme lassé des répétitions qui semblaient toutes pareilles.
Environ deux heures plus tard, la répétition se terminait. Ils avaient travaillé longtemps cette journée là, d'habitude, après la pause, il faisait à peine une heure puisque après ce laps de temps, Rame s'énervait et partait en claquant la porte du studio avec le soupir général des quatre autres. Ils rangèrent donc leur instrument, Shun et Giru ramenant chacun leur guitare et Rame sa basse chez eux, Tero laissant son set de batterie en place ne faisant que fourrer ses baguettes dans son sac et Jui ne faisant qu'éteindre son microphone.
- Tu veux que je te ramène ? fit Shun à l'intention du chanteur.
- Non, ça va, je vais prendre le métro... comme d'habitude...
- Tu pourrais faire changement, pour une fois...
- Pourquoi ? J'en verrais pas l'intérêt...
- Ah... bon... d'accord... Au revoir, dans ce cas !
- Bye, Shun.
Il regarda le jeune guitariste s'éloigner, puis partit en direction du métro.
Extrait du journal Blanc
18 mai 2006
Je ne croyais pas que ce serait possible ! Je l'ai revu ! C'est incroyable ! Il était seul, cette fois... Il semblait attendre quelqu'un... J'ai sauté sur l'occasion. Il s'appelle Kaya... C'est si joli comme prénom, ça lui va comme un gant.
Flash-Back
- Salut !
L'autre ne fit qu'un léger geste de la tête pour signifier qu'il l'avait entendu.
- C'est bondé, ce soir, ne !
Il n'acquiesça encore que d'un hochement de tête.
- Tu attends quelqu'un ?
Il fit signe que non.
- Alors tu attends le prochain train, j'imagine.
Il hocha la tête.
- Tu n'aimes pas parler, on dirait...
Aucune réponse.
- Ah ! Le voilà !
Il se leva et partit vers le wagon avant qu'il ne soit arrêté et que tout le monde se bouscule pour entrer. Curieux personnage, se dit Jui. Malgré ses efforts pour ne pas que cela arrive, il le perdit de vue. Il se leva à son tour et entra dans un wagon.
Mais le hasard voulu que ce soit le même que celui de cet étrange personnage, wagon dans lequel, vu le nombre phénoménal de passagers, ils étaient presque empilés les uns sur les autres et Jui se trouva à être collé sur son bel inconnu.
- Et ben ! Quel destin, ne ? Bon alors, si on est pour être scotché comme ça pendant tout le trajet, aussi bien faire que de se présenter ! Moi, c'est Jui !
- Kaya.
- Oh ! C'est un joli prénom !
À peine l'ombre d'un sourire s'esquissa sur sa figure.
- Tu prends souvent le métro ?
Il fit signe que oui.
- Tu sais, comme tu ne parles pas beaucoup, j'ai un peu l'impression que je te gonfle... Si c'est le cas, tu n'as qu'à me le dire... ano... me faire signe... Je vais me taire ! Je parle trop de toute façon !
- Ça ne me dérange pas.
- C'est vrai ? Hey... Je crois que je t'ai vu hier à cette station...
- J'y étais.
- C'est ce que je croyais ! Ça m'arrive souvent de croiser le regard des gens et puis de me dire que probablement jamais plus je les reverrai... c'est arrivé avec toi, je trouve ça bien qu'on ait pu faire plus ample connaissance ! Au fait, tu descends où ?
- Prochain arrêt.
- Ah, dommage... Je dois avouer que j'aurais aimé que ce moment dure plus longtemps...
- Je serai là, demain.
- Génial ! Alors, on pourra se dire à demain quand tu descendras !
Il eut encore droit au semblant de sourire de Kaya.
- Tiens, c'est ici... À demain !
- Oui, à demain.
Il descendit sans se retourner.
Fin du Flash-Back
En plus je vais le revoir demain ! J'ai tellement hâte ! Me tarde trop d'être demain ! Je suis heureux comme jamais ! C'est sûr qu'il est mystérieux, mais... je sais pas pourquoi... je crois que ça m'attire chez lui... Pourtant... c'est pas ça qui m'intéresse chez quelqu'un d'habitude... C'est peut-être le fait qu'il me soit pas accessible... Il était avec quelqu'un hier... Enfin, c'était peut-être pas son copain, qui sait ? Je crois que... je voudrais qu'il ne le soit pas, que je puisse avoir une chance avec lui... Kaya...
Le lendemain matin, il était là, mais accompagné, comme au matin précédent. Devait-il aller vers lui ? Peu importe la bonne réponse à cette question, il y alla.
- Hey ! Tu te souviens de moi ?
- T'es qui, toi ? fit l'autre avec Kaya. Dégage un peu, tu vois pas que tu nous importunes !
- Mais Kaya m'a dit que...
- Arrête un peu ! Kaya ne parle pas aux étrangers !
- Mais...
- Vas-t'en j'te dis !
Jui jeta un regard d'incompréhension à Kaya qui lui semblait n'avoir aucune émotion dans le sien, ce qui le gela sur place. Peu après cette incompréhension fit place à de la colère envers l'autre qui, malgré son aspect froid, tenait fermement la main de Kaya.
Ce fut la mine toujours sombre que le jeune chanteur entra dans le studio.
- Dis donc ! s'exclama Giru. On dirait que la mort t'a donné son masque !
- La ferme, Giru !
- Hey, ça va pas, Jui ? s'inquiéta Shun.
- Ça va très bien !
- Mais...
- Shun, c'est que ce ne sont pas de nos affaires, s'il ne nous en parle pas, fit Tero.
- Allez, aux boulots, les enfants ! s'écria Rame en tapant dans ses mains.
Extrait du journal Noir
19 mai 2006
Non mais, c'est qui, celui-là ! Kaya ne parle pas aux étrangers ! Mon œil ! Il m'a bien parlé à moi ! Je lui aurais sauté à la gorge si je n'étais pas figé quand il m'a dit ça... Franchement qu'est-ce qu'il fait avec Kaya ? Ils ne s'assortissent totalement pas ! Je ne peux pas croire qu'ils sont en couple ! C'est impossible ! Non, mais il pourrait pas la fermer un peu, lui... J'ai pas que ça à faire, moi, chanter ! Tss ! Quel boulet... Il veut que je chante ? Ben tiens ! J'vais chanter ! Tellement mal qu'il va finir par s'énerver et je vais pouvoir rentrer chez moi ! C'est bon, ta gueule minable !
- Je commence à en avoir vachement ras-le-bol de tes voyages sur la lune, Jui !
- C'est bon, hein, j'ai compris.
Et pas même trente minutes plus tard, le châtain était déjà assis sur un des bancs de la rame de métro en attendant le prochain train. Il était tellement loin dans ses noires pensées qu'il ne le vit même pas s'asseoir à côté de lui.
- Jui ?
Il sursauta.
- Ah ! Kaya ! C'est toi ! Tu n'es pas avec euh... Le mec de ce matin ?
- Hora ? Non, pas le soir.
- Ah... Ben au moins je vais pouvoir mettre un nom sur son visage ! Et vous êtes ensemble, lui et toi ?
- Ah ! je comprends, ce ne sont pas de mes affaires...
- Écoute, si tu pouvais éviter de m'approcher quand il est là, ça éviterait des tas de problèmes.
- Des tas de problèmes ! Dans quel genre ? Il te fait mal ? Il est violent ?
- Ok, ok, pas de mes affaires non plus, désolé... C'est d'accord, je ne t'approche pas tant qu'il est là ! N'empêche que je le trouve... possessif...
- Tu sais, on m'a crié dessus toute la journée, au boulot... ça m'a rendu de mauvaise humeur, mais quand tu es arrivé, tout est redevenu rose ! C'est drôle, ne ?
- On ne devrait pas te crier dessus...
- Quoi ?
- C'est méchant.
- Oh, mais je l'avais cherché aussi... J'avais la tête ailleurs...
- Tu rêvassais ?
- Oui...
- J'étais là, n'est-ce pas ?
- ... Euh... ano... je... Comment tu sais ça ?
- Ça alors ! Tu es encore plus étrange que je le pensais !
- Mais c'est pas négatif, hein ! s'empressa-t-il d'ajouter. Loin de là...
- Le train arrive.
Il se leva et Jui le suivit. Ils se retrouvèrent collé l'un sur l'autre, une fois de plus. Sauf que cette fois-ci, ils firent le voyage en silence, ce qui ne sembla pas gêner Kaya le moins du monde, mais il en était autrement du châtain.
Extrait du journal Blanc
19 mai 2006
Il est encore plus mystérieux que je le pensais. On aurait dit... qu'il lisait dans mes pensées... Il m'intrigue de plus en plus. Et surtout je me demande ce qu'il fait avec ce Hora. Et aussi, pourquoi il m'a autant intimidé dans le train. J'ai tant de question à lui poser, mais je doute qu'il leurs réponde vraiment. Demain, il n'y a pas de répétition, mais j'irai quand même voir s'il y est.
Devait-il se lever si tôt ? Après tout c'était encore plus tôt que lorsqu'il allait à ses répétitions... C'était peut-être une mauvaise idée... En tout cas, Jui semblait déterminé à revoir Kaya aussi souvent qu'il le pouvait.
À cette heure, la rame de métro était carrément vide. Mais le chanteur voulait savoir à quelle heure il arrivait, si jamais il se pointait les samedis, pour pouvoir l'observer silencieusement, à son insu, puisque le matin il était avec Hora.
C'est alors qu'il le vit, une heure après sa propre arrivée. Il regardait droit devant lui, placide, alors que son... accompagnateur achetait leurs billets. Ils allèrent ensuite s'asseoir sur un banc. Ni l'un ni l'autre ne parlaient. Vraiment, ils formaient un drôle de duo. Puis Hora se mit à s'adresser à Kaya, sans toutefois que celui-ci ne lui réponde, un peu comme s'il parlait dans le vide, sauf que l'autre jeune homme hochait de temps à autre la tête. Pourquoi ne parlait-il jamais ? Sauf à lui, à Jui... Était-ce ainsi lorsqu'ils étaient à la maison ? Si oui... quel genre de vie menaient-ils ? Peut-être que Kaya ne faisait seulement que parler à la maison...
Le train arriva. Hora se tut et l'entraîna à l'intérieur. Pas une seule minute il n'avait lâché sa main. Il semblait ne pas vouloir qu'il s'éloigne, comme s'il s'agissait d'un gamin. Jui décida de les suivre discrètement. Finalement, ils descendirent deux arrêts plus loin. Tentant de ne pas les quitter des yeux ils les suivit sur le trottoir, jusqu'à une assez grande bâtisse... Un studio d'enregistrement. Ils étaient donc musiciens...
Il resta planté là à observer le bâtiment pendant ce qui semblait être des heures. Il en avait aussi fait le tour pour voir ce qui se trouvait à l'arrière. Il fut surpris de constater qu'il y avait un jardin clôturé, avec plein de rosiers et un sentier border ici et là de banc. C'était très beau. Il fut cependant tiré de ses pensées par le son d'une porte qui se refermait d'elle-même. Il était là ! Mais contrairement à comment il l'avait vu précédemment, il marchait la tête basse quand il alla prendre place sur un des bancs.
Jui ne pouvait pas voir son visage, mais il était presque certain qu'il pleurait. Il était sur le point d'aller l'y rejoindre, mais il vit Hora sortir à son tour. Pareillement à s'il avait été soumis, Kaya se leva avant même que l'autre n'ait dit un mot. Le chanteur qui les observait remarqua alors que ce Hora avait l'autre furieux. Il paraissait être le réel antipode de Kaya. Ne sachant plus quoi penser, Jui retourna à l'avant du bâtiment et attendit qu'ils sortent, quelques heure après cet épisode et reprit sa filature. Apparemment, celui envers qui il portait une affection spéciale avait encore les yeux humides quand Hora le laissa sur le trottoir en entrant dans un autre établissement et le laissant seul pour probablement rentrer chez eux.
Jui attendit quelques minutes avant d'arriver à sa hauteur. Kaya semblait franchement surpris.
- Salut ! Ça doit te faire curieux de me voir ici, ne ? En fait je venais rendre visite à quelqu'un et puis je t'ai vu, je me suis dit que comme on semblait tous les deux aller vers le métro, on pourrait y aller ensemble, qu'en penses-tu ?
Il eut l'air septique.
- Non ? d'accord alors je vais prendre un autre chemin...
- Ce n'est pas un quartier résidentiel.
Le châtain s'arrêta et regarda autour de lui. Que des commerces.
- Ah, c'est vrai, mais euh... Ouais, bon... C'était pas crédible... bon euh... en fait, je... dit-il en baissant la tête, honteux. Je vous ai suivis, Hora et toi... Je suis trop curieux, je suis désolé... J'aurais pas dû, je sais... mais... C'était plus fort que moi, tu vois... Bon d'accord, je me tais.
- Alors vous êtes musiciens ?
Il fit signe que oui.
- Moi aussi. Je chante dans un groupe.
- Au fait, je peux te poser une question ? demanda-t-il alors qu'ils entraient dans la gare de métro pour acheter leur billet.
Il hocha la tête.
- J'ai remarqué que tu ne parles à personne, sauf à moi... enfin... parler... Tu ne me fais pas grand discussion, mais au moins tu me dis quelques mots... Mais pas à Hora, du moins pas en public, je ne sais pas pour en privé, mais bon... ça m'intrigue, tu ne peux pas savoir comment !
- D'accord c'est peut-être un peu trop personnel... Hey ! Ça te dirait de passer chez moi, un de ces jours, pour discuter tranquillement, toi et moi ?
Quelque chose brilla dans les yeux de Kaya. Il voulait bien.
- Je ne peux pas.
- Ah... Pourquoi ?
- Emploi du temps trop chargé, j'imagine... C'est pas grave, ce sera pour plus tard !
Il y eut un silence.
- Jui ?
- Oui ?
- Tu voulais savoir si Hora était mon petit ami, l'autre jour, non ?
- ... Si...
- Non, il ne l'est pas, il ne fait que veiller sur moi.
- Veiller sur toi ?
- Parce que je suis différent.
- ... Ah...
- Le train.
Toujours sous l'effet de la réponse, Jui suivi Kaya dans le wagon.
- J'avais parler de tas de problèmes, aussi, n'est-ce pas ?
- ... Hai...
- En fait, c'est que, Hora, il est un peu xénophobe, je crois. Quand il voit un inconnu me parler... enfin... il paranoïde.
- ... Ah
- Je voudrais bien venir chez toi, un jour ,mais Hora ne me laissera jamais y aller.
- Tu n'es pas obligé de lui dire...
- Il le remarquerait. Je préfère m'en abstenir.
- ... Comme tu veux, alors...
- Ça faisait longtemps que j'avais parlé publiquement à quelqu'un...
- Ah ?
- Pour être franc, avant, les gens m'effrayaient.
- À cause d'une mauvaise expérience. Mais grâce à Hora, j'en ai moins peur maintenant. Je peux me rendre seul dans le métro sans paniquer.
- Je peux voir que tu fais de grand progrès, alors !
- Oui. Je dois descendre.
- Tu seras là, demain ?
- Non, jamais les dimanches.
- Ok ! On se revoit lundi dans ce cas ! Bye, bye !
- Au revoir.
Extrait du journal Blanc
20 mai 2006
J'en ai appris plus sur lui que pendant les deux autres jours réunis ! Ce mec est incroyable ! Il me fascine ! C'est dommage qu'on ne puisse pas se voir demain... Et encore plus qu'il ne puisse pas venir chez moi... on aurait pu parler plus tranquillement que dans le métro...
J'ai un peu l'impression de devenir accro... Mais est-ce vraiment le cas ? Peut-on être accro à une personne comme on peut l'être à une drogue ? Peut-on être en manque de quelqu'un ? Une personne qu'on ne connaît pas vraiment, au bout du conte... Ou alors... J'en suis... amoureux... On dirait que je parle comme si je n'avais jamais aimé auparavant... Non, en fait, je n'ai jamais aimé de cette manière, c'est différent avec Kaya. Je me demande ce qu'il en pense.
Je voudrais d'abord lui poser d'autre question avant d'en venir à celle-là... parce que... peut-être qu'au fond, il est un homme tout à fait différent... Je voudrais savoir ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas, où il habite, depuis quand il fréquente Hora, d'où lui vient cette xénophobie, ce qu'il fait dans ses temps libres, s'il va au cinéma parfois... Tout...
J'ai vraiment été surpris aujourd'hui qu'il me parle autant... peut-être suis-je en train de gagner sa confiance ?
Il ne dormit pas, cette nuit-là. Il n'en fut pas capable, il n'arrêtait pas de penser. Et toutes tournaient autour de Kaya, juste Kaya. Comment un personnage pouvait-il être aussi fascinant ? Obsédant...
Pendant la journée, il fut tenté d'aller à la gare, juste par curiosité, pour voir si Kaya lui avait menti ou non. Mais il ne le fit pas, ça aurait été déloyal. Il la passa donc à marcher de long en large dans son appartement, en oubliant même de manger. À vrai dire, il ne se rendit même pas compte que la nuit était tombée, et ne le réalisa que lorsqu'il entendit les oiseaux chanter, ce qui annonçait que le matin était venu. Il venait de passer comme un rien deux nuits sans le moindre sommeil... Il sourit. Aujourd'hui il allait revoir Kaya ! Ça le rendait heureux. Il alla prendre une douche, choisit ses vêtements avec encore plus de soin qu'à l'habitude et sortit malgré sa tête qui semblait s'alourdir à chaque pas qu'il faisait. Il arriva en même temps qu'un flot de gens dans le métro, il n'était pas autant d'avance que normalement. Il ne vit pas Kaya, il avait dû le manquer. Rageant, il entra avec tant de bien que de mal dans le train. Sans le vouloir, il s'endormit. Il se réveilla avec l'impression qu'il avait dormi pendant des heures pourtant, il était toujours vidé d'énergie... À l'endroit où il devait descendre. Il faillit manquer son arrêt, il sortit alors que les portes automatisées se refermaient. Il tituba un peu, puis repris ses esprits, secouant un peu la tête. Quelle idée il avait eu ! Il avait la désagréable impression que son cerveau flottait dans sa boîte crânienne. Il prit une grande inspiration puis se dirigea vers l'extérieur et marcha d'un pas incertain, en frôlant les murs, jusqu'à son studio.
- Oh la vache ! Un zombie ! s'exclama Giru en le voyant entrer.
- Oh, putain ! Manquait plus que ça ! railla Rame.
- Kamisama, Jui ! Qu'est-ce que t'as ? s'inquiéta Shun.
- Insomnie ? demanda Tero. Ou alors fantastique gueule de bois !
- J'ai seulement un peu mal dormi... fit l'arrivant.
- T'es capable de chanter, au moins ? reprit le leader
- Si... si...
- Alors, allons-y ! On commence avec Narcolepsy1 aujourd'hui !
Il commença à chanter, mais aucune note ne sortait comme elle se le devait. Et ses yeux qui fermaient tout seuls... Il essaya de les garder ouverts, mais finit par leur succomber. Quelle ironie d'avoir commencé avec cette chanson !
- Jui ! s'écria Shun en le voyant tomber.
- Bon Dieu ! On sera jamais capable d'avoir une répétition normale ! s'énerva Rame
- Et qui c'est qui a eu l'idée de commencer avec Narcolepsy, ne ? fit Giru
- Ouais, c'est ça, et si on aurait commencé avec Waisetsu Ningyou, il se serait mis tout nu ? dit Tero, sarcastique.
Pendant ces remarques, Shun avait traîné le chanteur sur le sofa.
- T'inquiète pas trop pour lui, lui adressa le batteur, il a seulement pas du dormir beaucoup, ce week-end...
- Peut-être, Tero, mais il n'est jamais tombé de fatigue, comme ça, remarqua un des guitaristes.
- Alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda Giru.
- Je crois qu'il ne nous reste plus qu'à annuler la répèt', soupira Rame, un peu de mauvaise foi. Allez, rentrez chez vous !
Tous rentrèrent, sauf Shun qui resta avec Jui pour veiller sur lui. Il n'avait pas voulu le réveiller, il devait avoir besoin de ce sommeil. De toute façon, il se réveilla de lui-même, en sursaut, quelques temps plus tard.
- Qu'est-ce qui se passe ? On est où ? Il est quelle heure ? Où sont les autres ?
- Tu es tombé de fatigue, on est au studio, il est presque quinze heures et les autres sont rentrés...
- Quinze heures ? Mais je dois y aller !
- Je vais te raccompagner.
- Non, pas besoin !
- Écoute, Jui, ma sœur est partie avec ma voiture, ce matin, parce que la sienne est en panne, je suis donc venu en taxi... et ça me coûterait moins cher de prendre le métro, je crois...
- ... J'ai pas besoin d'être raccompagné...
- Peut-être, mais moi, je dois rentrer chez moi...
Le chanteur se leva et sortit avec le guitariste sur les talons.
- Veux-tu bien me dire ce que tu as ! Tu pars dans la lune à tout bout de champs, t'es plus du tout concentré aux répétitions en plus de tomber de sommeil et pis tu veux plus que je te raccompagne ! Qu'est-ce qui se passe ?
- Ça ne te regarde pas, Shun...
- Je me fais du souci, c'est tout !
- Je vais bien.
- C'est pas ce que je crois !
- De toute façon, ça ne te regarde pas, je t'ai dit !
- Je comprends pas pourquoi tu t'énerves pour un petit truc comme ça, alors...
- C'est peut-être pas si petit que tu le penses...
- Quoi ?
- Rien.
- Tu as des problèmes, Jui ?
- Ouais, pour l'instant, c'est toi !
- Mais arrête d'être sarcastique ! Je cherche juste à savoir ce qui ne va pas chez toi !
- Je vais bien, Shun ! Et pis t'es pas ma mère !
- J'espère bien ! Sinon, ça aurait fait longtemps que je t'aurais fait comprendre que tu dois me dire ce qui ne va pas pour qu'on te vienne en aide !
- Shun, j'ai pas besoin de toi ! cria le chanteur, les nerfs sur le vif. Va t'en !
- Tu fais partie du groupe, ok, c'est bien, mais c'est tout ! Ça s'arrête là ! Si je te dis que quelque chose ne te regarde pas, c'est que ça ne te regarde effectivement pas !
Extrait du journal Noir
22 mai 2006
Quel BOULET ! Il M'ÉNERVE ! Franchement pour qui il se prend ! Je ne vais pas mal ! C'était qu'un coup de fatigue ! Qu'est-ce qu'il va s'imaginer ? Que je vais lui conter ma vie parce qu'il se fait un peu de soucis pour moi ? Non, mais ! Comme si j'allais dire à cet idiot que je n'ai pas vu Kaya aujourd'hui ! Que je ne l'ai pas vu ni entendu et que ça me fait mal, que j'ai envie de crever à cause de ça ! Pff... Il pourra toujours rêver, ce bouffon. J'aurais dû lui arracher les yeux. Là, il aurait eu une raison de s'inquiéter et d'en brailler ! Combien de fois je lui ai dit que ma vie ne le regardait pas ? Combien ! Voyons ! Comme si j'étais malade ! Si je le suis c'est de ne pas pouvoir être avec Kaya en ce moment ! Ce n'est sûrement pas ce qu'il croit. Je suis en parfaite santé. Jamais pu rêver mieux. Ce trou du cul devra aller s'inquiéter ailleurs ! Je vais bien !
Une autre nuit à ne dormir que d'un œil. Comme si on lui avait enlever le droit au sommeil. Il eut un drôle de sourire. Cette comparaison lui avait fait penser à Gaara dans Naruto. Il eut alors une idée. Il saisit le téléphone et composa le numéro de Shun.
- Moshi, moshi ?
- Shun... fit-il d'une voix qu'il fit faible.
- Bon tu veux me demander pardon, maintenant ?
- Je me sens pas bien, je pourrai pas venir à la répétition... Je suis désolé...
- Ok... c'est pas grave, juste Rame qui sera furieux...
- Tu lui diras ?
- Oui, bien sûr, je vais l'appeler quand tu auras raccrocher.
- Ok... merci, Shun...
- Je vais passer te voir, pendant la journée.
- Oh non, pas la peine, je vais bien, je te l'ai dit... Je suis juste un peu fatigué...
- Bien, si tu le dis... Alors appelle-moi demain pour me donner des nouvelles !
- D'accord. Bye.
- Bye.
Il raccrocha et manqua d'éclater de rire. Il se changea et partit sans même penser à mettre son appartement sous verrou. Aujourd'hui il allait reprendre Kaya en filature. Il devait savoir tellement de chose, aujourd'hui serait le bon jour.
Et dans la gare, il attendit, attendit, attendit... encore... et encore...
Extrait du journal Gris
23 mai 2006
9h : Je suis arrivé à la gare
9h30 : J'arrive à cette heure, normalement et Kaya est déjà là... Pas aujourd'hui
10h : J'attends...
11h : J'attends...
12h : J'attends...
13h : J'attends... Je sais qu'il viendra... Je le sais...
15h : J'attends toujours...
15h15 : Je savais qu'il viendrait... Mais il n'est pas seul... C'est pas Hora, pourtant. Je pense pas que je puisse aller le voir... Il a la même attitude qu'avec Hora... Je fais quoi ?
Il voulait paraître absorber par son écriture dans son journal, il ne regarda donc plus à ses alentours et ne vit pas que l'autre avec Kaya avait disparu et qu'il était venu s'asseoir à côté de lui.
- Tu écris ?
Jui releva vivement la tête.
- Ah... dans mon journal, oui... Tu n'étais pas avec quelqu'un ?
- Il est parti.
- Ah...
- Il devait juste m'accompagner ici parce que Hora n'avait pas le temps de le faire.
- Je vois...
- Tu vas bien ?
- ... Pourquoi ?
- Tu es blême, tes yeux sont cernés. Tu dors mal ?
- Oh, c'est rien de grave... Regarde, notre train arrive, dit-il en se levant sur ses jambes qui ne tenait plus vraiment.
Il avait vraiment besoin de dormir.
- Je crois que c'est plus grave que ce que tu dis, Jui. Je vais te ramener chez toi.
- C'est pas grave, Kaya... Et pis, je crois que Hora n'aimerait pas que tu rentres en retard...
- Je lui mentirai, je ne peux pas te laisser retourner seul chez toi comme ça. Assieds-toi là, ordonna-t-il en le faisant s'asseoir sur un banc à l'intérieur du wagon.
- Pourquoi tu fais ça pour moi ? demanda le chanteur après un moment.
- Parce que nous sommes amis, non ?
- ... Si...
Il lui fit ce qui lui parut être un minuscule sourire.
- C'est gentil à toi, remercia Jui lorsqu'il descendit. Mais je peux me rendre tout seul chez moi...
- Qu'est-ce que tu racontes, j'ai dit que je te ramènerai chez toi et j'ai bien l'intention de le faire.
- Et Hora ?
- Hora ne m'importe pas !
Les yeux de Jui s'ouvrirent ronds comme des billes. C'était la première fois qu'il lui parlait sur ce ton.
- Où est-ce, chez toi ?
- Là-bas... Mais tu es sûr de ce que tu fais ?
- Certainement !
- C'est ici, finit-il par dire.
- Je monte ?
- Ano...
- Alors je monte.
- ... D'accord, mais j'habite au troisième et l'ascenseur est en panne.
- Ça m'est égal, c'est toi qui es le plus à plaindre !
Ils montèrent toute fois sans problème et Jui fit entrer Kaya chez lui.
- Aller, va dormir, maintenant que tu m'as vu, ça te fera un grand bien et tu pourras aller à ta répétition, demain.
- Oui, tu as sûrement raison, fit-il en se dirigeant vers sa chambre puis il se figea. Comment tu sais ça ? Je ne t'en ai même pas parlé !
- Je vois... J'imagine que tu ne répondras jamais à toutes ces questions...
- Je te laisse aller te mettre en pyjama.
- D'accord.
Malgré sa grande fatigue, il mit son pyjama, ou plutôt le bas de son pyjama, dans le temps de le dire et se pointa, torse nu, dans le salon où l'attendait patiemment Kaya.
- Tu sais, Kaya, je trouve que tu es... très mystérieux, tu caches beaucoup de choses et tu omets de répondre à beaucoup de questions...
- Tu sauras les choses en temps et lieu.
- Oui, ça colle bien à toi...
- Tu ferais mieux d'aller dormir, Jui.
Il le guida jusque dans sa chambre.
- Il y a tellement de questions que je me pose sur toi... fit le châtain alors qu'il se glissait dans son lit.
- Il y a une chose que je peux te dire tout de suite.
- Ah oui ?
- Quand j'ai dit que Hora ne m'importait pas, je le pensais.
- Ah bon ?
- Parce que maintenant, c'est toi qui es le plus cher à mes yeux.
Il effleura de ses lèvres celles entrouvertes de Jui et partit en le laissant interloqué sous sa couette.
Extrait du journal Gris
23 mai 2006
Je dois rêver ! C'est impossible ! IMPOSSIBLE ! Kaya est monté chez moi et plus encore ! Il m'a embrassé ! Non, ça ne peut pas être la réalité ! Ça ne se peut tout simplement pas ! Il faut que je dorme, Shun avait raison... Pourtant ça avait l'air si vrai... Non ! Je rêve éveillé, je dois dormir ! ... Si seulement on ne sonnait pas à ma porte... Il faut que je dorme... Laissez-moi dormir en paix !
- Jui, tu es rentré ?
C'était Shun. "Tu es rentré ?" ? Donc il savait qu'il n'avait pas passé la journée chez lui. Il posa son journal sur la table de chevet et sortit d'entre les draps.
- Mais où étais-tu passé ?
- Ano... Ici...
- Menteur ! Je suis venu deux fois et les deux fois, tu n'étais pas là ! Tu n'avais même pas verrouillé ta porte !
- Qu'est-ce que ça peut bien faire ?
- Ça peut faire que tu étais censé ne pas allé bien ! Tu aurais dû rester au lit et récupéré un peu ! Tu as l'air malade, Jui !
- Et pis je t'avais dit que tu n'avais pas à passer !
- Jui, je me faisais du souci pour toi ! Quand est-ce que tu comprendras ça ! J'en peux plus de te voir dépérir comme ça, sans savoir pourquoi parce que tu ne daignes pas en informer qui que ce soit ! dit-il d'un trait, les derniers mots avec des larmes dans les yeux.
- Et toi tu t'inquiètes trop !
- Je ne m'inquiète pas trop, Jui, bon sang ! Tero, Rame et Giru aussi s'inquiètent ! On est tes amis, enfin ! On ne veut pas qu'il t'arrive quoi que ce soit ! Tu as l'air... névrosé !
- Je te le répète une dernière fois, Shun, je vais bien !
Le guitariste le gifla.
- Arrête de nier ! Ça finira par avoir raison de toi !
- Non, mais ça va pas la tête ! C'était pas la peine de frapper aussi fort, hein !
- Réveille-toi, merde !
- C'est assez, Shun ! Dégage de chez moi ! Je te l'ai dit et redit ! Je vais pas mal et j'ai pas besoin de toi !
- Tu ne comprends donc pas ! Ouvre les yeux, Jui ! Ouvre les bien grand ! Je ne partirai pas ! Pas avant que tu ne t'avoues à toi-même que tu ne vas pas bien !
- Tu sais bien que c'est inutile, Shun... Franchement... Pourquoi t'acharnes-tu ainsi ?
- PARCE QUE JE T'AIME, JUI ET QUE J'EN AI MARRE DE TE VOIR DEVENIR UN RIEN JOUR APRÈS JOUR ! hurla-t-il dans ses larmes.
- ... Va-t'en, Shun... souffla le chanteur après un moment en se retournant vers sa chambre.
- Non je ne m'en irai pas ! Tu sais pourquoi maintenant ! Je me fous bien que mon sentiment soit réciproque ou non, je veux juste que tu sois heureux et en ce moment, c'est pas le cas...
Sans un mot de plus, Jui retourna dans sa chambre et se laissa tomber sur son lit et s'y endormit instantanément.
Cependant, il se réveilla à presque toutes les heures pendant la nuit. Si bien que, un peu perdu, vers trois heures du matin, il s'habilla, prit son journal et un stylo et sortit prendre l'air. Il vit Shun sur son sofa, il n'était pas parti, comme il avait pratiquement jurer de le faire, mais ça ne le fit pas même ciller.
Extrait du journal Gris
24 mai 2006
Il est encore très tôt, mais j'ai tellement de chose à évacuer, ça m'empêche de dormir.
Premièrement, je réalise que Kaya est bel et bien monté chez moi... Je le sais parce que ça s'enchaîne parfaitement à ce qui s'est passé avant et après, c'est Shun qui vient confirmer tout ça... Donc j'ai peut-être une chance avec lui... Mais que voulait-il dire par c'est moi qui suis le plus cher à ses yeux ? Y a-t-il un sens caché, ou dois-je vraiment le prendre tel quel ? Peut-être qu'il ne me fait que languir, en fait... ou qu'il se moque de moi... Je ne sais pas, je ne sais plus... Plus rien n'est clair à ce niveau, dans ma tête... dans mon cœur... Je ne sais même plus si c'est vraiment de l'amour que je ressens à son égard.
Deuxièmement, Shun qui me dit qu'il m'aime... Comment, diable ! est-ce que ça peut-être possible ! Voyons... C'est absurde ! Qui pourrait bien tomber amoureux de moi ! Et pourtant il est resté, comme il a dit qu'il le ferait, jusqu'à ce que je m'avoue que je ne vais pas bien... Mais il a tord ! Pourquoi est-ce que tout le monde croit que je ne vais pas bien ? J'ai juste quelque nuit d'insomnie... Ça aurait pu arriver à n'importe qui, non ? Sinon, je suis en parfaite santé... Il n'y a vraiment pas de quoi s'en faire. À la limite, j'irai me faire prescrire des somnifères !
Troisièmement, je dois penser à demain... à tout à l'heure en fait... Je n'ai pas envie d'aller à la répétition... C'est devenu tellement futile... J'ai autre chose à faire que ça ! Je crois que je vais retourner attendre Kaya... Mais devant le studio d'enregistrement, cette fois ! Je lui ferai comprendre que... que je veux que ça aille plus loin, lui et moi... Il comprendra et après on sera heureux ! Et tout sera réglé ! Shun n'aura qu'à se trouver quelqu'un d'autre, moi, je ne suis plus libre ! Même si rien n'est encore officiel avec Kaya.
Maintenant que j'ai fait le tour de la question, je vais aller essayer de dormir un peu.
- Qu'est-ce que tu faisais dehors à une heure pareille ?
- Tiens, tu pleures encore, toi... Tu devrais être parti depuis, pourtant...
- Réponds-moi ! Tu étais où ?
- J'avais besoin de prendre l'air...
- À trois heures du matin !
- J'arrivais pas à dormir...
- C'est qui, Kaya ?
- Quoi ?
- Fait pas l'ignorant ! J'ai lu ça ! fit-il en lui balançant un petit livre noir à la figure.
- Tu as mis ton nez dans mes affaires ! s'indigna le chanteur.
- Alors comme ça, je suis un boulet, hein ! Et tu as mal parce que tu n'as pas vu Kaya ! C'est quoi cette histoire !
- Tu n'avais pas le droit de lire ça ! C'est à moi et c'est personnel !
- Tu vois bien que tu vas mal, tu l'as même écrit !
- C'était passager !
- Ça ne date que de quelques jours !
- Et alors ! C'est passé !
- Parce que tu as revu Kaya ? Jui, pourquoi tu joues à l'autruche ? ... Tu vaux mieux que tout ça !
- Comment, tout ça ! Kaya n'est pas un ça ! Il est quelqu'un ! Sors de chez moi ! cria-t-il en l'agrippant par le bras pour le mettre dehors et avant de refermer la porte, dire d'un ton à faire froid dans le dos : Et ne t'avise pas de remettre les pieds ici, sinon ça pourrait bien être finit de toi... Et même finit de Vidoll... j'en aurais plus rien à foutre !
Extrait du journal Noir
24 mai 2006
Cet enfoiré a lu mon journal ! Il ne sait pas à quel point cette erreur pourrait lui être fatale ! Il aurait sérieusement mieux fait de rester chez lui, le morveux, aujourd'hui pourrait s'avérer à être sa pire journée à vie ! Mieux vaut pour lui qu'il ne tombe pas sur mon chemin, sinon c'est clair que je le tue ! À mains nues, au Diable les flics ! Qu'est-ce que ça pourrait bien changer à mon cas de toute façon, ne ? Je commencerai par... oui... je sais... lui couper chacun des doigts, chacun des orteils au sécateur. Ensuite... Les bras... avec... avec une scie à chaîne... Et j'arrêterai l'hémorragie avec un chalumeau. Je veux qu'il souffre ! Après, je prendrai un scalpel pour lui enlever ses yeux de leur orbite pour les faire pendre au bout de leur nerf. Je crois que je ferai un nœud entre les deux... Puis, le coup de grâce : je lui ouvrirai le ventre et lui sectionnerai l'estomac pour que ses sucs gastriques se répandent dans son corps et le tue à petit feu. Ça en serait finit avec ce boulet. Finit ! Et je n'aurai plus qu'à me laver les mains que son sang sale aura tachée.
Il avait fini par s'endormir le visage dans son journal, celui que Shun avait eu le malheur de lire. Il aurait eu plus de chance s'il avait lu le blanc, le pauvre.
Jui finit par se réveiller vers quinze heures moins cinq. Il prit une douche rapide, se vêtit, cacha ses trois journaux sous son matelas et partit vers le métro pour y trouver Kaya. Cependant, ce dernier ne vint jamais. Après cinq heures d'attente, le châtain se dit qu'avec un peu de chance, il serait encore au studio d'enregistrement. Il pris donc le prochain train pour la station la plus près. Quinze minutes plus tard, il descendait du wagon et marchait sur la rue où il y avait de moins en moins de gens. Il s'arrêta enfin devant le bâtiment. Aucune lumière, il n'y avait personne. Il s'assit sur les marches de l'entrée et regarda les constructions et leurs enseignes lumineuses qui brillaient autour de lui. Il accota sa tête sur la rampe de béton en soupirant. Il ressentait un vide en dedans de lui. Un second soupir et il s'endormit.
Il rouvrit les yeux à l'aube et attendit toute la journée... en vain. Il attendit toute la nuit et tout le jour suivant, ses yeux fermaient d'eux même pendant la deuxième nuit et le troisième matin il perdit connaissance. Il ne vit pas Kaya passer avec Hora pour entrer dans le studio. Puis ces deux même ressortir, plusieurs heures plus tard, sans un semblant d'aide à lui donner. Et encore Kaya revenir, seul cette fois et appeler son nom sans qu'il ne puisse y répondre. Il avait passé plusieurs jours sans manger ni dormir, ces deux éléments combinés avaient eut raison de lui et il était tombé inconscient.
Extrait du journal Blanc
... mai 2006 ?
Je ne sais même pas quelle date nous sommes... Je ne sais pas non plus où je suis... Mais c'est beau ici. Ça respire la tranquillité. Toutefois, il y a une chose que je sais : J'ai horriblement faim ! D'ailleurs, j'écris sur une des feuilles qui a été mise sur la table de chevet, comme si elles étaient à ma disposition, comme si on savait que j'avais besoin d'écrire. Je glisserai la feuille dans mon journal quand je reviendrai chez moi. Tiens... J'entends des pas dans le couloir.
- Tu es réveillé ! Tu as dormi deux jours entiers en ligne ! J'ai eu peur que tu te réveilles pendant mon absence...
- Kaya ?
- Oui, tu es chez moi, il est vingt-deux heures le 29 mai 2006 et comme je peux voir, tu as commencé à te servir des feuilles que j'avais mises là pour toi. J'imagine que tu as faim.
- Oui, beaucoup.
- Je reviens, ne bouge pas.
Il revint quelques seconde plus tard avec un plateau plein de nourriture.
- Voilà ! dit-il... avec un sourire... Un franc sourire.
- Merci !
Le brun s'assit sur le bord du lit et regarda le châtain manger comme un ogre, toujours avec ce même beau sourire.
- Kaya... dit-il entre deux bouchées.
- Hum ?
- ... C'est étrange... c'est... la première fois que je te vois sourire...
- ... (il détourna le regard) Je suis content que tu sois là, c'est tout.
- En même temps, j'ai pas trop le choix, ne !
Il l'entendit rire faiblement.
- Je ne voulais pas t'amener à l'hôpital... ça aurait alerté trop de gens.
- Je comprends parfaitement, ne t'inquiète pas !
- Pourquoi tu m'attendais là ?
- ... Je voulais te voir... J'avais quelque chose à te dire... quelque chose d'important...
Kaya vint s'étendre à côté de lui et glissa un bras autour de sa taille.
- Il ne faut pas que Hora l'apprenne.
- Alors tu savais...
- Oui... murmura-t-il en l'embrassant dans le cou.
- J'aimerais être avec toi pour toujours...
- Je suis là, Jui.
- Je sais, mais pour combien de temps, encore ?
- En temps et lieu, Jui, en temps et lieu.
- Tu as raison. conclut-il en mettant le plateau sur la table de chevet pour mieux se blottir dans les bras de Kaya. C'est le plus beau jour de ma vie...
Mais l'autre s'était déjà endormit et il ne tarda pas à faire pareil.
Le matin suivant, Kaya n'était plus à ses côtés mais la table de chevet avait été débarrassée et un mot remplaçait le plateau de la veille. Un mot écrit de la main du brun. Il avait une belle écriture arrondie, comme celle de certaines femmes. Ça disait qu'il était parti au studio, qu'il reviendrait le plus tôt possible et qu'en l'attendant, il pouvait visiter l'appartement, écouter la télé, jouer à la console, bref faire tout ce qui lui passait par la tête du moment qu'il restait dans l'appartement. Et cette phrase était soulignée : Je t'en prie, sous aucun prétexte ne quitte mon appartement. Il n'allait pas désobéir à cette unique règle. Il avait obtenu ce qu'il avait voulu et l'avait durement payer, il n'allait pas tout abandonner comme ça ! Il avait aussi écrit qu'il avait mis ses vêtements à laver et que, vu qu'ils étaient encore dans la blanchisserie, il avait garder un yukata à sa disposition sur la commode. Jui réalisa alors qu'il ne portait aucun vêtement sous les couvertures soyeuses du lit de Kaya. Il l'avait vu nu, alors... Quand même ! Kaya était quelqu'un de confiance ! Qu'avait-il à craindre ?
Il descendit du lit en remarquant qu'il était à baldaquin et que de grandes draperies de soie d'un blanc crémeux tombaient jusqu'au sol. Un lit de princesse, pensa-t-il. En fait, tous les meubles de la chambre semblaient tout droit sortis d'une chambre de princesse ou d'une autre riche demoiselle de la renaissance européenne. Il vit puis enfila le yukata prêté par le locataire de l'appartement et sortit pour le visiter. Il eut le souffle coupé en ouvrant la porte de la chambre qui donnait sur un vaste salon, décoré de façon très sophistiquée, très riche, très européenne, au plafond cathédrale. Trois marches faisaient le tour de la pièce pour mener, de n'importe où il venait, au centre de celle-ci. Sur le mur du fond, à sa droite, il y avait une grande baie vitrée bordée de longs rideaux sombres. Sur celui face à lui, il y avait une large ouverture, identique à celle qui se trouvait à sa gauche, la première donnant sur l'entrée et la seconde sur la salle à manger. Dans cette dernière, une longue table de bois sculpté servait de pièce maîtresse avec ses huit chaises assorties. Puisqu'il arrivait du salon, à sa gauche il n'y avait rien d'autre qu'un mur. À sa droite, deux portes, une battante menant à la cuisine et l'autre plus conventionnelle derrière laquelle se trouvait une grande salle de bain avec, croyez-le ou non, non seulement une baignoire à tourbillon assez grand pour accueillir aisément deux personnes, un assez grand cabinet de douche, une toilette et un plan de travail faisant le long du mur en face de lui coupé au milieu par un lavabo sur pied en porcelaine blanche, mais aussi un bain à remous placé en plein centre de la pièce. Il retourna dans le salon pour ensuite aller voir l'entrée. Il y avait quatre porte : une donnant sur le palier de l'étage, une sur une chambre d'ami avec presque autant de classe que la chambre principale, une dissimulait une garde-robe pleine de manteaux de toute sorte et la dernière cachait la blanchisserie.
N'en croyant pas ses yeux que Kaya habite un appartement aussi luxueux, il alla se laisser tomber sur un des canapés moelleux du salon où il venait tout juste de voir l'écran géant et le home cinema ainsi que la collection inimaginable de DVDs entreposée dans ce qui avait dû servir de bibliothèque à part entière à une autre époque. Aujourd'hui, elle était d'un côté pleine de boîtier de DVDs, de l'autre pleine de bouquins. Il ne put s'empêcher d'aller jeter un coup d'œil aux tablettes. Fasciné, il n'entendit pas Kaya rentrer. Il ne s'aperçut de sa présence que lorsqu'il sentit sa main délicate se poser sur son épaule.
- Ha, tu es rentré !
Il sourit.
- C'est drôlement beau, grand et... riche... chez toi... Jamais j'aurais cru que tu avais autant d'argent en te voyant comme ça...
- J'ai eu droit à un bon héritage.
- J'aimerais avoir une famille aussi riche ! C'est vraiment la classe !
- On vient qu'à ne plus voir cette richesse un jour, et on envie les gens normaux...
- On envie toujours ceux qui ont ce qu'on a pas...
- Oui... L'être humain est fait bizarrement, non ?
- Si !
Le brun posa un doux baiser dans le cou de l'autre.
- Kaya ?
Il ne fit que lever le regard vers son interlocuteur.
- Je voudrais... je voudrais que... notre histoire... ça aille plus loin... que ce soit plus... solide, plus sérieux...
- Ça ne l'est pas assez, déjà ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Que je suis prêt à tout pour toi, à condition que l'on garde notre relation secrète...
- D'accord !
Il vint cueillir sa bouche pour un premier vrai baiser, pas qu'un simple frôlement. Mais Kaya rompit bientôt cette étreinte, il devait parler.
- Je dois te dire quelque chose.
- Quoi donc ?
- Tu savais que je faisais de la musique, mais je ne t'ai jamais dit en quoi consistait la mienne... Je chante aussi... j'ai commencé avec Isola, sous le nom de Hime3.
- Hime ? Ça explique le décor de ta chambre, alors !
Il sourit puis enchaîna.
- Puis j'ai connu Hora et nous avons formé Rudolf Steiner. Nous nous sommes fait remarquer ensuite par Mana-sama et il a changé le nom du groupe pour Schwarz Stein. Mais par divergence d'opinion avec celui-ci, nous en avons feint une entre Hora et moi pour dissoudre le duo et quitter Midi:Nette, le label de Mana. Nous sommes de retour depuis peu avec Another Cell, avec, en simultané, chacun notre carrière solo de notre côté. Hora a déjà un album, et moi je finalise un single et commence l'enregistrement d'autres chansons pour un album, probablement, tout en travaillant sur Another Cell.
- Wow... Tu as du chemin de fait !
- Oui, mais ce n'est pas tout, attends.
Il se dirigea vers le centre de la bibliothèque, où il y avait deux hautes portes d'armoire. Il en ouvrit une et pris une boîte à l'intérieur sur laquelle était inscrit en lettres cursives "S.S."4. Il l'ouvrit et y plongea la main pour en sortir une photographie.
- Regarde, c'est moi, avec Hora, dit-il en la lui tendant.
- C'est... toi... Avec la robe ?
- Si.
- Wow ! fit-il en alternant ses yeux de la photo au Kaya en chair et en os qu'il avait devant lui. Tu as l'air d'une princesse, comme ça.
Il eut un sourire timide.
- Parfois, je me dis que je ne suis pas né dans le bon corps, sauf que peu de temps après, une autre partie de moi m'assure que non et que ce n'est qu'une préférence comme une autre.
- Cette deuxième partie de toi a bien raison, je crois !
Ce soir là, ils dînèrent ensemble à la table basse du salon, le brun ayant expliqué à Jui qu'il ne se servait que rarement de la table de la salle à manger. Il discutèrent de tout et de rien, même que plusieurs fois, ils rirent. À un moment, lorsqu'ils furent sur le point de se mettre au lit, Kaya redevint sérieux.
- Demain, il faudra que tu retournes chez toi. Et sans te faire voir par Hora.
- Pourquoi ?
- Parce qu'après avoir travaillé sur notre projet, il va venir à la maison. Je ne veux pas qu'il te voit ici.
- D'accord je partirai quand vous aurez disparu dans l'entrée de la gare du métro, alors !
- Parfait, dans ce cas ! sourit-il
- J'ai été content de passer du temps ici.
- Moi aussi, ça m'a fait du bien. Ça m'a changé de mon habituelle solitude.
- Dis, après, est-ce que je pourrai revenir te voir ?
- Je ne sais pas, en temps et lieu, Jui...
- Oui, c'est vrai...
- En attendant... pourquoi ne pas... profiter pleinement de cette nuit ? demanda-t-il avant de l'embrasser tendrement.
- Parfaitement d'accord !
- À une seule condition.
- Laquelle ?
- Promets-moi de prendre soin de toi, une fois de retour chez toi.
- D'accord !
Puis il embrassa Kaya à pleine bouche. Il le guida vers le lit et l'y fit doucement tomber. À califourchon sur lui, il commença à lui défaire les boutons de sa chemise et à faire pareil avec le haut de son yukata, quoique point de boutons il y avait, pour ensuite l'enlever. Il fit danser ses mains sur le torse pâle du brun alors que celles de ce dernier se promenaient dans son dos. Il l'embrassa de nouveau, de plus en plus désireux d'en avoir plus pour lui et d'en même temps en donner à part égale à son bientôt amant. Il le débarrassa de sa chemise déjà à moitié enlevée et s'attaqua ensuite à son pantalon. Pendant ce temps, les mains de Kaya lui avaient subtilement enlever le reste de son yukata et ils s'étaient tous les deux retrouvé aussi nus qu'au premier jour.
Il trouva dans les bras de Kaya les bras de Morphée et son torse lui servit d'oreiller pendant une bonne partie de la nuit. Il était si bien installé que lorsqu'il du se lever, au matin, le brun le réveilla.
- Pardon, je ne voulais pas te réveiller...
- C'est pas grave, je dois partir aussi, de toute façon, ne ?
- Oui, c'est vrai... J'aurais voulu te garder plus longtemps...
- J'aurais voulu rester plus longtemps, moi aussi... Mais comme je ne dois pas croiser Hora, alors je dois m'en aller...
- Je sais, c'est moi qui t'ai dit ça !
Le brun se prit quelques vêtements dans sa commode et alla prendre une douche alors que Jui resta un peu à se prélasser dans le lit. Il finit par sortir et d'enfiler le yukata de son nouveau koibito pour aller chercher ses vêtements propres dans la blanchisserie. Comme convenu un peu plus tôt, Kaya partit non sans avoir dit un chaleureux et plutôt langoureux "Au revoir" à Jui, qui lui, quitta l'appartement en le verrouillant avec la clé qu'il lui avait prêtée environ dix minutes après lui et alla directement jusqu'au métro pour passer chez lui, question de glisser la feuille sur laquelle il avait écrit avant d'apprendre qu'il était chez Kaya dans son journal. Ceci fait, il se dirigea vers son studio où il espérait trouver les quatre autres membres de Vidoll.
En effet, ils étaient tous là quand il entra. Et tous vinrent l'accueillir et lui faire part de leur inquiétude, tous sauf Shun, qui resta dans son coin, comme s'il était effrayé. Pour célébré le fait que Jui était bel et bien sain et sauf, Rame les invita tous les quatre à déjeuner au restaurant.
- Partez d'avance, il faut que je parle seul à seul avec Shun, dit le chanteur.
- D'accord, mais ne prenez pas trop de retard, hein ? fit le leader.
- Promis !
Donc Giru, Rame et Tero sortirent puis il se tourna face au guitariste resté avec lui. Il tremblait, il avait franchement peur.
- Excuse-moi, Shun. Je ne pensais pas ce que je t'ai dit... J'étais seulement en colère parce que tu as foutu ton nez dans des affaires que j'aurais préféré garder pour moi-même.
- Je... je comprends...
- Tu en as parlé à quelqu'un ?
- Non.
- Ok. Ne t'inquiète plus, je vais mieux, aujourd'hui !
- D'accord.
- Bon, tu viens ?
- Hai...
Il se mirent en marche.
- Je ne t'en veux plus, Shun, mais dorénavant, tâche de ne plus lire ce qui m'appartient.
- Je ne l'aurais pas refait de toute façon... Tu... tu m'as vraiment fait peur en me disant ça après que j'aie lu ça...
- J'écris sous l'émotion du moment, la plupart du temps, je ne pense pas ce que j'écris.
- Ok...
Extrait du journal Blanc
31 mai 2006
J'ai l'impression que ça fait un siècle que j'ai écrit ici ! Pourtant, ça ne fait pas tout à fait une semaine...
Aller chez Kaya m'a fait le plus grand bien. Enfin, je dis "aller", mais c'est plutôt le verbe "être" qui devrait être là. C'est vrai que je me sens mieux depuis que notre relation à lui et à moi a évoluée. Ça se fait sentir d'ailleurs ! Tout le monde me disait que j'avais la pêche au restau, ce midi ! Ça n'a pas fait de mal non plus de sortir avec Giru, Rame, Shun et Tero, ça faisait 5 ou 6 jours que je ne les avais pas vu... Je ne me souvenais pas combien on s'amusait en leur compagnie.
Cependant, tout ça a fait que je n'ai pas pu voir Kaya ce soir... Je suis un peu triste, mais je me dis qu'au moins, demain on est jeudi et non dimanche. J'ai donc plus de chance de le voir, et ça me ravi !
Je vais aller au dodo, maintenant !
Le matin suivant, il rentra dans sa routine d'avant son épisode chez Kaya. Il se doucha, s'habilla et sortit avec un sourire aux lèvres à la simple idée de le revoir. Il attendit quelques minutes dans la rame de métro, jusqu'à ce que son train arrive, mais le brun ne se montra pas. Il arriva déçu au studio, mais tâcha de ne pas le faire paraître.
La répétition fut ordinaire. Une nouvelle fois, Shun demanda à Jui s'il voulait rentrer avec lui, mais une nouvelle fois, il refusa. Le châtain quitta le bâtiment sans savoir que le guitariste le suivait par curiosité de savoir pourquoi il déclinait tout le temps son offre.
Arrivé à la station, le chanteur scruta la foule pour tenter de trouver Kaya. Il ne le vit pas tout de suite, mais il était là, assis sur un banc, la tête basse.
- Hey ! fit-il en s'assoyant à côté de lui. Ça va pas ? Tu as l'air tout triste...
Le brun vint se blottir contre lui.
- Voyons, Kaya, qu'est-ce qui se passe ?
- Je crains que Hora ne se doute de quelque chose.
- Quoi ? Comment ça ?
- Il n'était pas comme d'habitude, chez moi, hier.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je ne sais pas trop comment l'expliquer. Ça se voyait dans ses gestes, dans ses paroles. On aurait dit qu'il parlait avec plein de sous-entendu. Je n'ai pas aimé ça. Il a dû se rendre compte que j'étais un peu nerveux.
- Je vois... Mais je ne comprends pas comment il aurait fait pour savoir...
- Moi non plus et je dois avouer que ça me fait peur.
- C'est rien, peu importe ce qu'il arrive, on ne t'enlèvera pas à moi ! Tu peux en être certain !
Kaya resserra son étreinte autour de la taille de Jui.
- Notre train arrive, fit le châtain en se levant, entraînant l'autre avec lui puisqu'il le tenait toujours par la taille.
Aucun mots ne fut prononcé pendant la durée du trajet. Toutefois, le brun resta fermement accroché au châtain. Il était apparemment effrayé d'être séparé de lui. Quand il fut arrivé à son débarcadère, il avait eu terriblement envie de l'embrasser, mais ça ne se fait pas en public, il avait dû contrôler sa pulsion. Kaya avait l'air si triste, si apeuré... Jamais il ne l'avait vu ainsi et ça lui donnait envie de pleurer.
Il alla se mettre au lit directement en rentrant chez lui.
Extrait du journal Gris
1er juin 2006
Ça m'attriste de le voir comme ça. J'aurais envie de lui voler toute sa peine et la garder pour moi pour qu'il n'ait pas à en souffrir.
Et il y a une chose à laquelle je m'efforce de ne pas penser, mais de plus en plus, la question est présente dans mon esprit. Pourquoi tant essayer d'éviter Hora ? Kaya a tellement réalisé de belle et bonne chose avec lui, pourquoi tente-t-il alors de le fuir ? Parfois je pense qu'il est un peu comme une femme battue par un mari violent... Mais il ne porte aucune marque de violence, je ne peux donc pas opter pour cette option !
J'espère qu'un jour il voudra bien me faire part de quel genre de relation il entretient avec lui...
Il avait recommencé à omettre de manger et dormir. Il ne voyait plus que très rarement Kaya et lorsque c'était le cas, il était avec quelqu'un plus du trois quart du temps. Ça le rendait encore plus agressif. Shun avait définitivement arrêté d'essayer de l'aider, de peur d'encore avoir droit à des menaces sordides. De toute façon, il ne voyait plus personne, sauf dans le métro, où il passait le plus clair de son temps, et il attendait. Une fois, il avait pu reparler à Kaya un court instant où Hora s'était absenté et le brun l'avait supplié de manger un peu. Il était rendu tellement maigre qu'il en était rachitique et ses yeux étaient cernés de grandes traces noires, plus grandes qu'on ne peu se l'imaginer. Il avait carrément l'air d'un squelette ambulant... ou d'un zombie, au choix.
Un soir, près de minuit, alors qu'il était entre les brumes de l'inconscience et la clarté de la conscience, il cru d'abord halluciner, mais il vit bien assez rapidement qu'il ne rêvait pas, il accourait vers lui, les joues ruisselantes de larmes.
- Kaya...
Sa voix n'était à peine qu'un murmure.
- Vite, il faut partir, Jui ! Vite, avant qu'il ne me retrouve !
- Viens chez moi...
- Je ne demande que ça. Allez, viens ! Dépêche-toi, il ne vont pas tarder ! Et le train non plus avant de partir !
Il prit un bras du châtain et le passa autour de ses épaules et l'aida à monter à bord du wagon. Il l'assit sur un banc et prit place dans celui adjacent. Jui laissa mollement tomber sa tête sur l'épaule de Kaya.
- Qu'est-ce... qu'est-ce qui c'est passé... ?
- Je te raconterai ça chez toi.
- D'accord.
Il s'endormit dans cette position. Kaya eut un mal de chien à le traîner jusqu'à chez lui. Encore heureux qu'il se souvienne de l'endroit où il habitait ! Et encore plus heureusement, l'ascenseur avait été réparé.
Devant la porte de l'appartement, il constata qu'elle n'avait pas été verrouillée (encore). Il entra donc, toujours en traînant Jui et l'installa dans son lit. Il le déshabilla et se coucha à ses côtés. Des larmes coulaient encore sur ses joues quand lui aussi glissa dans les bras de Morphée.
Une semaine se passa avant que Hora ne le retrouve. Sept petites gouttes de bonheur dans un océan de tristesse. En plus, il était venu le chercher pendant la nuit alors que les deux dormaient paisiblement... un peu aidé par son chloroforme. Jui s'était donc réveillé le lendemain avec aucun souvenir de la veille. Mais il savait que Kaya n'était pas parti de son plein gré.
Extrait du journal Noir
17 juin 2006
J'ai de la difficulté à écrire tellement je fulmine ! Il a osé venir me voler mon bien le plus précieux sous mon nez. Ce fils de pute a enlevé Kaya ! Il est donc si jaloux que ça ? S'il pense que je vais le laisser faire ! Qu'il s'attende à entendre parler de moi ! On arrache pas son trésor à Jui sans le regretter, ça je peux le garantir ! Je vais ravoir mon Kaya et jamais plus on ne me l'enlèvera. Jamais plus...
Il entra sans frapper dans l'appartement plongé dans la noirceur. Il avança lentement, pour ne pas se heurter aux meubles et se rendit jusqu'à la chambre principale. Il ouvrit doucement la porte, mais arrêta son mouvement lorsqu'il entendit le froissement des couvertures créé par la motion de quelqu'un dans le lit.
- Qui est là ?
C'était Kaya qui avait posé la question d'une voix à peine audible.
- Kaya, chuchota-t-il, c'est moi.
- Jui...
- Viens.
- Et si Hora se réveillait ?
- Il est où ?
- À côté.
- Pars d'avance, attends-moi à la station de métro.
- D'accord.
- Je ne serai pas long.
Kaya obéit à son aimé en silence. Quand il fut parti, Jui s'approcha du lit.
- Alors comme ça, on essaie de s'approprier ce qui m'appartient ? dit-il d'une voix qu'il ne reconnut pas lui-même.
Il empoigna l'oreiller sur lequel reposait le brun, à peine une minute auparavant et en recouvrit le visage de Hora pour ensuite l'étouffer avec. Un meurtre rapide et propre. Comme ça il ne viendrait plus nous embêter, pensa-t-il en remettant l'oreiller à sa place originelle. Il partit ensuite rejoindre Kaya dans le métro.
- Viens, on rentre à la maison, annonça-t-il en le voyant avant d'acheter leur deux billets, il ajouta par la suite : Jamais plus personne ne t'enlèvera à moi, Kaya, c'est une promesse !
Il lui sourit, puis ils montèrent dans le wagon.
Extrait du journal Noir
17 juin 2006
J'ai récupéré Kaya.
Il rangea son journal et se tourna vers son amour pour l'embrasser tendrement.
- Je t'aime, Jui.
- Je t'aime encore plus, Kaya...
Il vint se blottir un peu plus contre lui.
- Tu veux savoir la vérité, Jui ?
- La vérité à propos de quoi ?
- À propos de Hora.
- Oui...
- Tu n'avais pas tout à fait tord, quand on s'est rencontré. Tu m'as demandé si Hora était mon petit ami. J'ai répondu non et c'était vrai. Mais quelques semaines auparavant, ce n'est pas la réponse que j'aurais donné. Ça faisait longtemps que j'étais avec lui, mais je crois que je ne l'ai jamais aimé comme lui disait le faire. Je crois que je le voyais plutôt comme un protecteur, ou quelque chose dans ce genre-là. En fait, cette idée me vient de la fois où il m'a... sauvé d'un viol. C'est depuis ce temps qu'il me surprotège. Je n'osais alors pas lui dire que je ne l'aimais plus autant. J'avais peur de sa réaction. Mais il a fini par s'en rendre compte tout seul. Et il s'est mis à me protéger encore plus. Comme s'il avait peur que je tombe sur une personne malsaine. Comme par jalousie. Mais maintenant, c'est fini, n'est-ce pas ?
- Hai...
- Tu t'es débarrassé de lui.
- C'est vrai...
- As-tu pensé aux conséquence que ça apportera ?
- Je me fiche bien des conséquences, du moment où je peux être avec toi.
Le brun n'ajouta rien, il ne fit que poser sa tête sur la poitrine de l'autre. Jui plongea sa main dans les cheveux du premier. Il lui embrassa le sommet de la tête.
- Reste ici, je reviens, fit le châtain en sortant du lit.
- D'accord.
Il revint peu de temps après avec deux flûtes de champagne.
- À nous pour toujours ! dit-il en lui en tendant une.
- À nous pour toujours ! répéta Kaya en la prenant.
Jui prit une gorgée et vint s'étendre à côté de lui. Ils finirent leur verre en discutant de leur futur en commun. Les deux flûtes posées sur la table d'appoint, ils se glissèrent sous la couverture.
- Jui ?
- Hai ?
- Je t'aime.
- Je sais, je t'aime aussi !
Et ils s'endormirent l'un dans les bras de l'autre.
Extrait du journal Blanc
18 juin 2006
Ça y est ! Maintenant, plus rien ne me l'enlèvera.
- Il m'inquiète, Rame ! Ça fait des lustres qu'il n'est pas venu au répétition ! Il ne donne pas de signe de vie ! Et... et...
- Moi, ce que je vois, c'est que tu es amoureux d'un mec qui t'a menacé de mort !
- Mais il m'a demandé pardon et pis... je l'avais poussé à bout... Je l'avais cherché ! Il faut qu'on aille voir chez lui, Rame ! J'ai vraiment peur qu'il lui soit arrivé quelque chose ! Et pis on ne peut pas continuer Vidoll sans lui !
- Je sais, soupira le leader. Bon, d'accord, on va aller voir.
- Alors on y va maintenant !
- Maintenant ? Mais Shun...
- Rame ! coupa-t-il. Je me fais un sang d'encre !
- D'accord ! D'accord ! Ça va, on y va ! Mais c'est moi qui conduit, ne ?
- D'accord...
Le trajet se fit avec une tension tangible. Shun n'était vraiment pas commode lorsqu'il se rongeait les sangs.
Arrivés devant l'édifice, le guitariste se précipita littéralement à l'intérieur, mais le bassiste le rattrapa pour lui dire de se calmer un peu, qu'il n'y avait probablement rien de grave, sinon que Jui devait être dans un down émotif, rien de plus.
Devant la porte, Shun serait entré sans frapper si Rame ne l'avait pas retenu et rappelé à l'ordre. Le leader y frappa donc. Cela prit un moment avant que le chanteur ne viennent leur ouvrir. Il était tout pâle, comme s'il n'était pas sorti de chez lui pendant des années...
- Rame, Shun ... ?
- Jui... T'es tellement blême... !
Ce fut tout ce que Shun réussit à dire.
- Tu nous laisse entrer ? demanda Rame.
- Euh... ben... c'est que... ouais...
Il s'effaça pour les faire entrer. L'appartement était plongé dans une certaine pénombre causée par les épais rideaux obstruant les fenêtres. Ils allèrent au salon. Il y flottait, comme dans tout le reste du logement, d'ailleurs, un odeur assez désagréable. Les arrivants tentèrent de ne pas en tenir compte.
- En fait, Jui, commença Rame, on commence à vraiment s'inquiéter pour toi...
- Ah...
- Tu ne vient plus au répèt' et en plus, tu ne nous donnes plus aucun signe de vie !
- Et alors ?
- Ano, Vidoll peut pas continuer sans chanteur !
- Pourquoi n'en cherchez-vous pas un nouveau ?
- Mais Jui ! s'exclama Shun. C'est toi qu'on veut, nous !
- Ma foi ! Faites un autre groupe, c'est tout !
- Mais non ! On veut tous garder Vidoll !
- Pourquoi ? C'est bête !
- Mais non !
- Jui... dit le bassiste, après un moment. C'est quoi, cette odeur, bon sang ?
- Quelle odeur ? ... Ah ! Ça... c'est qu'ils ont un problème de tuyauterie...
- Ah...
- Ça me fait penser qu'il faut que j'aille au petit coin, moi... fit le guitariste.
- Pas de problème, répondit le châtain. Tu sais où c'est.
- Ouais.
Il se leva et disparu dans le couloir. Il vit la porte de la chambre du locataire fermée, or il n'avait aucun souvenir d'avoir déjà vu cette poste fermée... Il continua jusqu'à la salle de bain, mais n'y entra pas. Il écouta la conversation dans le salon. Qui s'apercevrait qu'il avait jeté un coup d'œil dans la chambre ?
Un cri. Provenance : le couloir. Jui se leva d'un bon.
À la vue de ce qu'il y avait dans la chambre, il ne put réprimer un cri et recula en manquant de tomber jusqu'à ce qu'il atteigne le pied du mur. Il vit Jui arriver précipitamment.
- Qu'est-ce que tu faisais, Shun ? rugit-il, l'air sérieusement furieux. Je t'ai déjà dit de ne pas fouiller dans mes affaires !
- Hey ! Qu'est-ce qui se passe ici ? questionna Rame en arrivant à son tour.
- Te mêle pas de ça, Rame ! C'est entre Shun et moi !
- Ça, j'en doute pas, mais j'ai l'impression que ça ne se réglera pas de cette façon, dit-il en saisissant le poignet du chanteur.
- Lâche-moi, Rame ! cria-t-il en essayant de se libérer.
Mais Rame avait une bonne poigne, si bien que Jui se retrouva bientôt hors d'état de nuire.
- LÂCHE-MOI, PUTAIN, RAME !
- Shun ? appela le bassiste.
Le pauvre guitariste qui s'était éloigné en sanglotant, puis qui s'était laissé glisser sur le long su mur, releva la tête.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- MAIS RIEN, MERDE !
- D... dans... dans la chambre... y a... y a...
Le leader, avec Jui toujours serré contre lui pour l'empêcher de faire une connerie, avança en direction de la porte ouverte.
- NON ! ENTRE PAS ! JE TE DIS QU'Y A RIEN, BORDEL DE MERDE !
Mais l'autre ne l'écouta pas et alla vérifier de quoi Shun parlait. En entrant, l'odeur qui traînait dans l'appartement se fit d'un coup plus intense, presque insupportable. Et il comprit vite d'où cela venait.
- Mon Dieu... Jui... Qu'est-ce que t'as fait... ! fit-il en relâchant prise.
- Mais rien ! C'est rien ! ragea le chanteur en poussant son leader hors de la chambre avant de s'y enfermer à double tour.
- Shun, faut appeler les flics... ajouta-t-il d'une voix blanche.
Extrait du journal Noir
27 juin 2006
Il l'ont trouvé ! Il l'ont trouvé donc ils vont vouloir me l'enlever ! Je ne les laisserai pas faire ! Je le jure sur ta tête, Kaya ! Oh non ! Il ne t'auront pas ! Je ne les laisserai pas faire ! Tu ne veux pas qu'ils t'emmènent, ne ? Bien sûr que non tu ne veux pas ! Ces enculés ne perdent rien pour attendre !
- Je le savais, Rame, je savais qu'il n'allait pas bien ! Tu as vu ce qu'il a fait ! Tu l'as vu ! Tu a vu le...
- Arrête, Shun ! le coupa-t-il, incapable d'en entendre plus. Oui, je l'ai vu ! Je l'ai vu et je sais pas quoi en penser !
- Je ne le pensais pas capable de ça...
- Écoute, Shun... Je sais pas pourquoi il a fait ça, mais seulement le fait qu'il le garde ici, ça veut dire qu'il n'a pas toute sa tête...
- Mais voyons ! Jui n'est pas fou !
- Les plus grand psychopathe ont l'air parfaitement normaux, tu sais... Les flics ne devraient pas tarder, maintenant...
- Je peux pas le croire !
Sa voix se brisa, il éclata une fois de plus en sanglots. Au même instant, on frappait à la porte. C'était les policiers.
- Police ! Ouvrez !
C'est ce que Rame fit.
- C'est vous qui avez appelé ?
- Oui.
- Vous avez dit qu'il y avait eu un meurtre ?
- Si... Mais... celui qui l'a fait... est un ami à nous... enfin... il est embarré dans sa chambre... avec le corps.
- D'accord, sortez de l'appartement, nous allons nous occuper de cela.
Le bassiste retourna chercher Shun dans le salon et exécuta l'ordre reçut. On vint les interroger peu de temps après.
- Connaissiez-vous la victime ?
- Non, répondit Rame
- Si... fit Shun.
- Quoi !
- Enfin... Je l'avais seulement déjà vu avec Jui... Il s'appelle Kaya... Ils se voyaient en secret... je ne sais pas pourquoi, c'est tout ce que je sais...
- Bien, ce sera suffisant pour l'instant, leur signifia l'agent avant de se lever et de retourner à l'intérieur.
- Comment tu sais ça ?
- ... Je l'ai suivi un jour...
- Ah...
- Et je les ai vu dans le métro...
Un bruit de porte que l'on enfonçait de fit entendre.
- SORTEZ D'ICI ! VOUS N'AVEZ AUCUN DROIT ! LÂCHEZ-MOI ! MAIS LÂCHEZ-MOI, SALE FILS DE PUTE ! LAISSEZ-MOI AVEC KAYA ! NOOON LÂCHEZ-MOI ! NE LUI TOUCHEZ PAS ! NON ! ARRÊTEZ ! VOUS ALLEZ LUI FAIRE MAL ! LÂCHEZ-MOI, PUTAIN ! MERDE, MAIS VOUS POUVEZ PAS COMPRENDRE ! VOUS NE POUVEZ PAS ME L'ENLEVER ! IL NE VEUT PAS ME LAISSER ! IL ME L'A DIT ! LAISSEZ-LE TRANQUILLE, MERDE À LA FIN !
Shun se boucha les oreilles. Il n'en pouvait plus d'entendre Jui délirer ainsi. Les policiers le sortirent de l'appartement et sur le palier, ne s'étant toujours pas calmer, ils durent prendre la manière forte. L'un deux portait une trousse avec lui. Il l'ouvrit et en sortit une seringue qu'il planta dans le bras de l'agité qui, peu de temps après l'injection, tomba mollement dans les bras des agents de sûreté qui le tenaient. Ils l'emmenèrent dans leur voiture. Et on pria Rame et Shun de bien vouloir venir avec eux au poste de police.
Il assis à même le sol dans un coin d'une grande salle blanche. En face de lui, il voyait une fenêtre-miroir. Il essaya de se lever en s'appuyant sur ses bras, mais vit bien assez rapidement qu'un tissus rigide les retenait. Une camisole de force. Il se leva difficilement et se mit à hurler, hurler tout l'air qu'il avait dans ses poumons, pour ensuite les remplir et hurler de nouveau, jusqu'à ce qu'il tombe, à bout de souffle. Des larmes de rage coulaient sur ses joues. Un homme avec un uniforme blanc entra alors. Il semblait insensible au regard meurtrier qu'il posa sur lui, qui plus est, il continua d'avancer vers lui.
- Tu es Jui, c'est bien ça.
Il ne lui répondit d'un regard méprisant, simplement.
- Il y a un monsieur de la police qui voudrait te poser des questions. Serais-tu consentant à donner quelques réponses ?
- Pourquoi ? Pour qu'il me demande : Pourquoi as-tu fait cela ? J'ai déjà répondu à cette question ! Et ces imbéciles veulent pas comprendre que j'ai rien fait de mal ! C'est ce qu'on voulait tous les deux, Kaya et moi !
- Non, ce n'est pas cette question-là qu'ils veulent te poser. Je crois qu'ils veulent en savoir plus sur Kaya.
- ... Pourquoi voudrait-il ça !
- Parce qu'ils ont leurs raisons, Jui. Ils n'ont pas voulu me les dire. Mais ils veulent te voir, parce que tu es le seul qu'ils connaissent qui le connaissait aussi bien.
- ... D'accord...
- Tu vas être calme, n'est-ce pas ?
- Ouais...
- Bien, viens avec moi, dit-il en l'aidant à se lever.
L'infirmier le tint par le bras pendant toute la longueur du couloir les menants à la salle où allait avoir lieu l'interrogatoire. Il le fit asseoir sur une chaise et attendit. Jui vit alors un autre homme, un policier, cette fois-ci, entrer dans la salle toute aussi blanche que celle qu'il venait de quitter. Celui tout de blanc vêtu quitta la salle pour probablement aller prendre place dans la salle derrière l'apparent miroir au fond de la pièce.
- Bonjour Jui ! fit l'homme en essayant d'avoir l'air sympathique. Je suis l'agent Shimatani, je suis de la police. Je suis ici pour te poser quelques questions, si tu n'y vois pas d'inconvénient.
- C'est bon, vous pouvez arrêter de me parler comme si j'étais un gosse, ne !
- Oui, bon... Désolé. Je vais commencer par le commencement. Vous souvenez-vous de quand vous avez rencontrer Kaya ?
- Vous saurez, Shimatani, que j'ai encore toute ma mémoire !
- D'accord. Alors, vous répondez à ma question ?
- Je l'ai connu à la mi-mai, le 18, pour être plus juste.
- Alors vous ne le connaissiez pas depuis longtemps...
- Effectivement, non !
- Un de vos amis nous a affirmé que vous vous voyiez en cachette, Kaya et vous.
- En cachette ? Non, mais si vous appelez le métro une cachette, alors là, oui c'était en cachette !
- Cependant, il n'y avait aucune personne de votre entourage qui savait que vous formiez un couple, lui et vous.
- C'est qu'on ne voulait pas que tout le monde le sache, parce que lui, il ne voulait pas que Hora le sache... Parce qu'il l'aurait mal pris, probablement... Il ne m'a jamais vraiment dit pourquoi il ne voulait pas que Hora le sache...
- Qui était Hora ?
- Son ex-petit ami... Il était un peu envahissant, si vous voulez mon avis... Il était toujours après Kaya... il me l'a même enlevé, une nuit... mais j'ai été le récupéré.
- Il ne vous est jamais arrivé de penser que Kaya de voulait pas être avec vous, qu'il préférait être avec Hora ?
- Quoi ? Mais vous êtes dingue ou quoi ! Jamais depuis que je le connais il n'aurait préféré être avec Hora ! Jamais !
- D'accord... Et qu'en est-il devenu de ce Hora ?
- Il est seulement hors d'état de nuire...
- Que voulez-vous dire ?
- Shimatani, si vous voudriez en rester aux faits, s'il vous plaît !
- Donc vous disiez que c'était ce que Kaya désirait de rester avec vous ?
- Oui, bien sûr ! Plus que tout ! Il me l'a dit.
- Alors qu'est-ce qui vous a poussé à le tuer ?
- Le tuer ? Vraiment Shimatani, vous êtes cinglé ! Je ne l'ai pas tué ! Oh que non ! Je voulais seulement faire en sorte que notre vœux d'être ensemble pour toujours se réalise ! Et vous avez anéanti tout ça ! Vous me l'avez arraché ! Vous n'êtes qu'une pourriture ! s'énerva-t-il. Je ne l'ai pas tué ! J'ai réalisé notre vœu ! Vous avez brisé ce qui me tenait le plus à cœur ! Êtes-vous si insensible que ça ? Hein ?
- Calmez-vous, Jui...
- Me calmer ? Vous voulez que je me calme alors qu'un fou dangereux m'a enlevé l'amour de ma vie ?
Il continuait de débiter des insultes quand les infirmiers arrivèrent avec des sédatifs pour le ramener dans sa cellule.
Ces murs blancs... Encore ! Et un mal de tête... vaudrait mieux dormir...
- Bien sûr qu'il vous est possible de le voir, mais il vous faut prendre conscience qu'il n'a plus tout à fait toute sa tête, qu'il peut aussi être violent, il est donc préférable qu'il garde sa camisole de force. Il peut être très vulgaire, de temps à autres. Et il refuse d'avaler quoi que ce soit depuis qu'il est arrivé, nous devons donc le nourrir par intraveineuse, il est donc normal qu'il vous paraisse maigre, un peu.
- D'accord, merci pour les informations.
- Tu es sûr que tu veux le voir, Shun ?
- Oui, Giru, je suis sûr... écoute, je crois que vous devriez tous faire pareil que moi, le groupe et toi... Ça lui montrerait qu'on ne l'a pas abandonné parce qu'il est à l'hôpital psychiatrique...
- Peut-être, mais ça m'fout les j'tons, à moi, pour être franc... On sait pas, il peut p't-être te tuer, toi aussi...
- Je sais, mais je veux lui faire comprendre qu'il y a autre chose dans la vie...
- D'accord, d'accord, vas-y, je vais t'attendre ici, moi...
- Ok... Nous pouvons y aller, madame.
- Suivez-moi.
- Je voudrais que tu sois là, Kaya... Tu me manques... Je sais pas ce qu'ils ont fait de toi... Ils n'avaient pas le droit de faire ça... Et moi je les ai laisser te prendre... Je suis un lâche, je m'en veux tellement, Kaya... Tu sais quoi ? Ici on me force à manger... mais par les veines... C'est drôle, hein ? Je sais que tu voulais que je prenne soin de moi, mais... mais j'y arrive pas parce qu'il me manque un élément, il me manque toi ! En plus, je n'ai rien pour écrire... il faut que je garde tout en dedans... sauf que parfois... parfois... la bulle éclate... je me mets à hurler... je hurle ma douleur... ma peine, parce que tu n'es pas avec moi... on était bien quand on passait toutes ses journées ensemble, collés l'un contre l'autre... on était bien... bien... tellement bien... la vie était belle, je me sentais... invincible... oui invincible... Oh ! Écoute ! On vient ouvrir ma porte !
- Jui ? Vous avez un visiteur.
- Qui c'est ?
- Un ami à vous.
- Ah !
- Vous venez, ou je lui dire de partir ?
- Je viens, je viens !
Une seconde fois pendant ce qu'il pensait être un mois, Jui traversa le long couloir qui menait à la salle de rencontre semi-privée. Cette fois-ci, il y avait quelqu'un à l'intérieur lorsqu'il entra.
- Salut, Jui !
- Ha... c'est toi...
-Oui... Je me suis dit que tu devais t'ennuyer ici, tout seul... Parce que j'ai appris qu'on ne te laissait pas sortir de ta cellule...
- Et alors... J'aurais préféré rester là, tant qu'à ça !
- Mais non, Jui... Écoute... Je suis désolé si j'ai pu te faire mal, mais... bon ça m'a chamboulé tout ça...
- Tout ça quoi ?
- Que... que tu sortes avec Kaya...
- Ah...
- J'étais jaloux... alors en plus de le voir dans ta chambre...
- Tu étais jaloux ? Alors tu savais pour nous !
Il baissa la tête pour signifier qu'il avait honte de ce qu'il allait dire.
- Je t'ai suivi, un soir... et je t'ai vu avec lui... depuis ce temps-là, je l'envie... Parce qu'il a ce que je n'ai pas...
- Ah... Shun... C'est bizarre... tout le monde parle de Kaya au passé... sauf toi et moi...
- Eh bien... c'est étrange, en effet...
- C'est comme si tout le monde croyait qu'il était mort... Mais c'est pas vrai, ne ?
- Non, c'est pas vrai...
- Finalement, je suis quand même content d'être venu ! Maintenant je sais qu'il y a quelqu'un d'autre qui pense comme moi !
- En venant ici, j'ai eu comme idée que, si tu es d'accord, je pourrais venir assez souvent, comme ça tu aurais quelque chose à faire de tes journées !
- Oui... Shun ?
- Oui ?
- C'est quelle date aujourd'hui ?
- Trois juillet.
- ... J'ai perdu le fil du temps... je suis rentré ici quand ?
- Euh... ben... Depuis que les flics sont passés dans ton appartement... le 27 juin.
- Ah... Tu sais, je comprends pas pourquoi je suis ici... mais j'ai compris où j'étais... ça m'attriste de savoir qu'on me pense fou...
- Au moins ça t'a empêché la prison...
- J'ai bien peur que ce soit similaire, Shun...
- En sortant je demanderai que tu aies le droit de sortir avec les autres dans la cour. Tu ne leur fera pas de mal, ne ?
- Non... il ne m'ont rien fait, eux... Les infirmiers non plus... C'est les policiers que je porte moins dans mon cœur...
- Mais par chance il n'y en a pas ici !
- Oui !
- J'ai été content de te reparler Jui.
Le châtain sourit, puis Shun se leva et s'approcha de lui.
- Ils te l'enlève parfois ?
- Seulement au moment de la toilette...
- ... Si je te détache, tu ne me sauteras pas à la gorge, hein ?
- Non, c'est promis !
- D'accord, voilà ! dit-il avant de défaire une à une les boucles métallique de chaque sangle.
Une fois détaché, le chanteur, à la surprise du guitariste, l'étreignit, un peu en remerciement, car il savait que lorsqu'il partirait, on le rattacherait.
- Kaya me manque, Shun !
- Je sais...
- Pourquoi il ne viens pas lui ?
- ... Parce que... euh... il est tombé malade... il est cloué au lit...
- Ah... il est malade... c'est grave ?
- Assez pour qu'il ne puisse pas sortir...
- Je voudrais être à son chevet... mais on ne me laissera pas y aller...
- De toute façon, il ne veut pas que tu le vois comme ça...
- Voyons ! Il m'a vu si faible tant de fois ! Et moi je ne l'ai jamais vu ainsi... C'était lui qui veillait sur moi, même si, quand j'étais soigné, c'était moi qui devenais sa protection...
- Jui... dit-il après avoir regardé sa montre, il faut que je m'en aille...
- Ah...
- Je vais revenir dans deux jours, d'accord ? Je viendrai à tous les deux jours.
- Ok...
- Allez... et prends soin de toi ! Ça te va pas d'être aussi maigre...
- J'essaierai...
- À dans deux jours alors !
- Oui...
Voyant par la fenêtre-miroir que Shun se dirigeait vers la sortie, les infirmiers revinrent dans la salle. Il leur demanda en passant un droit de sortie pour Jui. Ils lui répondirent qu'ils verraient ce qu'ils pourraient faire et il repartit en se disant qu'il détestait ce genre de réponse.
- Allez, Jui ! Il est temps de retourner dans ta chambre !
- C'est pas une chambre ça ! C'est une cellule capitonnée !
- Ah ! Au moins toi tu as conscience d'où tu es.
- Pourquoi je ne le serais pas ? Je ne sais même pas pourquoi je suis ici !
- Personne ne sais pourquoi il est ici... c'est normal !
Il fit la moue alors qu'on lui rattachait sa camisole de force et se laissa entraîner jusque dans sa cellule. Là, il resta un moment planté au milieu de celle-ci et finit par se coucher sur le sol, roulé contre lui-même, comme un gamin effrayé. Il s'endormit comme ça.
- Debout là-dedans ! fit une voix féminine. C'est l'heure de la toilette !
Une femme grassouillette d'un certain âge coiffée d'un chignon gris et de l'uniforme d'infirmière se pencha pour l'aider à se lever, puis entreprit de défaire les sangles dans son dos.
- J'ai remarqué que c'était toujours vous qui veniez me voir pour ça... madame euh...
- Appelle-moi Pinku, comme tout le monde ! dit-elle avec un sourire aimable. Oui, c'est vrai, c'est toujours moi !
- Et bien, Pinku... Je me demandais si... c'est possible d'avoir du papier et un crayon...
- Je ne sais pas. Je dois t'avouer que c'est plutôt rare que les gens en camisole et dans les cellules capitonnées demande ce genre de chose... répondit-elle en l'aidant à se déshabiller.
- C'est que, voyez-vous... j'extériorise ce que je ressens sur papier... ça m'empêcherais de crier pendant la nuit... ou le jour parfois... vous savez de quoi je parle, ne ?
- Si, bien sûr... Je vais demander au chef infirmier, après on verra bien ! Mais je crois que nous allons pouvoir t'enlever ça, fit-elle en pointant la camisole tout en commençant à le laver.
- C'est quand même un début... J'aurai plus les bras engourdis, au moins.
Elle rit.
- Mais, Pinku, si vous pouviez m'avoir du papier et un crayon, je vous serais tellement reconnaissant !
- Malheureusement, ce choix ne repose pas sur mes épaules ! Sinon, crois-moi, tu les aurais tes feuilles et ton crayon !
- Vous êtes gentille, Pinku...
Elle lui sourit.
- Voilà ! Tu es tout propre maintenant !
Elle lui donna des sous vêtements et un pyjama d'hôpital propres lui laissa le temps de les enfiler puis lui remis sa camisole de force. En sortant, elle ajouta :
- Je parlerai aux supérieur pour votre camisole et votre demande.
- Merci, c'est vraiment gentil !
- À demain, alors !
- À demain...
Lorsqu'elle eut refermé la porte, il s'assit dans un coin de la cellule, remontant ses genoux contre sa poitrine et se perdit dans ses pensées.
Il resta une partie de la journée ainsi, de la nuit aussi. Quand Pinku revint, comme à tous les matins, il ne dormait pas non plus. Elle lui demanda s'il avait passé une nuit blanche et il se contenta de hausser les épaules. Elle lui apprit aussi qu'elle avait l'autorisation de lui enlever sa camisole. Il esquissa un semblant de sourire en la remerciant. Quand elle partit, il reprit sa position d'origine.
Le lendemain, il n'avait pas plus dormi. Quand on lui dit qu'il avait un visiteur, il refusa de le voir. Il recommençait à sombrer dans sa tristesse. Il voulait tant voir Kaya encore une fois...
Une semaine passa, il ne revit qu'une seule fois Shun durant ce temps. Cependant la rencontre fut brève. Trop brève au goût du guitariste. Et dans sa cellule, il parle de plus en plus à ce vide qui lui tenait compagnie et qui, selon lui, aurait du être son Kaya. Plus les jours passaient, plus il dépérissait, il n'avait même plus la force d'avoir des accès de violence.
Le personnel infirmier, craignant pour sa santé physique, lui obtinrent l'autorisation d'être dans une chambre normale, et d'avoir les restriction d'un patient moyen. Toutefois, même s'il sortait, même si maintenant il avait un vrai lit, même s'il n'avait plus de camisole, il déprimait sévèrement. Il voulait de moins en moins voir Shun. Mais une fois, celui-ci exigea à le voir.
Il était déjà présent dans la salle quand il arriva, comme les fois précédentes. Quand on l'assit à la table, il s'effondra sur celle-ci sans jeter un regard à celui qui avait déjà été un de ses proches. Ce dernier ayant, par ailleurs l'impression que Jui ne le considérait plus que pareil à un rien.
- Jui, ça ne va vraiment plus, chez toi...
- Hum...
- C'est à cause de Kaya, ne ?
-... Hai...
- Parce qu'il ne vient pas te voir, ne ?
- ... Hai...
- Jui... Je sais que ça va te blesser, mais... il faut que je te le dise... Kaya ne viendra pas... Il ne viendra jamais...
Ses yeux, qu'il leva vers Shun, s'emplirent de larmes.
- Tu veux me faire mal encore plus, c'est ça ? Tu me trouves pas assez bas comme ça ! Il faut que tu me rabaisses encore plus, hein !
- Jui, je sais... tu aurais préféré que je te dise continuellement qu'il va venir et qu'il va bien... mais ce n'est pas le cas...
- Ce n'est pas le cas ? Il ne va pas bien ?
- ... Non...
- Mon Dieu ! Qu'est-ce qu'il a ? Pourquoi tu ne me l'as jamais dit !
- Jui, calme-toi... Calme-toi... Écoute... ça va te faire très, très mal... mais il faut que tu saches... parce qu'il n'y a rien de plus cruel que le faux espoir que tu as de le revoir un jour...
- Qu'est-ce qui se passe, Shun ! Il est parti avec un autre ? Qu'est-ce qu'il a !
- Non, il n'est pas parti avec un autre, Jui... Il n'est pas parti avec un autre parce qu'il est mort...
- Je suis désolé Jui...
- ... Mort...
- Hai...
- ... Mort...
- On l'a enterrer le 28 juin...
- ... Pourquoi tu me l'as caché ! interrogea-t-il la voix déformée par les sanglots.
- Parce que tu n'étais pas près à l'entendre, tu ne l'es toujours pas non plus, mais avant que tu finisses par être légume de l'avoir trop attendu, il fallait te le dire !
- Mais... Shun ! Ça fait des mois !
- ... Ça n'en fait qu'un, Jui...
- Le 28 juin... ça veut dire... Mais... je... non... il est mort... je ne le reverrai plus... jamais... non... jamais...
- Je suis navré...
- Shun... J'ai perdu... tout ce que j'avais... tout ce que j'avais de plus précieux... je l'ai perdu... et... en plus... je suis dans une maison de fou... MAIS C'EST QUOI MON PROBLÈME, ENFIN !
- ... Écoute... je ne sais pas si je devrais te dire ça, mais... je crois que ton problème... c'est Kaya...
- Mais il est mort !
- ... Justement... il t'obsède...
- Ta gueule Shun ! Kaya c'était pas un objet ! On peut pas être obsédé d'une personne ! On ne peut pas !
- Je ferrais mieux de m'en aller...
- Oui ! Va t'en ! Je veux plus te revoir ! J'ai jamais voulu te revoir ! C'est pas vrai que Kaya est mort ! C'est pas vrai ! Tu mens ! T'es un menteur ! Un putain de menteur ! Je te hais, Shun ! Je te hais ! Je te hais...
Et ce fut le retour des infirmiers pour l'injection de calmant.
Pourtant lorsqu'il se réveilla, il était dans une chambre normale. Il se leva, mit ses pantoufle et sortit dans la fraîcheur de l'aube. Il marcha sur tout les sentiers de la cour et parvenu inconsciemment à la clôture, il se dit qu'il n'avait rien a perdre, s'il la franchissait pour aller voir si c'était vraiment la vérité que lui avait dit Shun. Il traversa donc de l'autre côté sans trop de difficulté. Il regarda aux alentours. Ce quartier lui était peu familier, mais il le connaissait quand même un peu, il l'avait déjà vu et savait à peu près où se trouvait le cimetière. Il devait savoir la vérité. Il marcha longtemps, il ne pourrait dire combien de temps puisqu'il n'avait plus aucune notion du temps. Mais comme la ville était grande, il ne se surpris pas que ce soit si long. C'est alors qu'il le vit, droit devant lui, le cimetière de la ville. Il le regarda, repérant une à une les tombes un peu plus fraîchement creusées. Il y en avait six. Il marcha vers la première, la plus près de lui. Pas le bon nom. Il alla à la deuxième, pas le bon nom, non plus. Pas plus pour la troisième. Lorsqu'il vit que sur la quatrième non plus, il sourit, commençant vraiment à croire que Shun avait eu tord. À la cinquième, toutefois, son sourire s'effaça. Il lut et relut le nom. Le guitariste avait raison... Kaya... Il était décédé... Le châtain tomba à genoux sur la terre plus ou moins fraîchement retournée. Il caressa chacune des lettres du prénom du bout de ses doigts. Comment ? C'était la seule question qui lui revenait en tête.
Non ! C'était impossible ! Ils avaient dû l'enterrer vivant ! Kaya n'était pas mort ! Il se mit à creuser avec ses mains dans la terre dure et froide.
- Je n'aurais jamais dû t'abandonner ! Regarde ce qu'ils t'ont fait ! Pardonne-moi, Kaya ! Pardonne-moi ! C'est pas comme ça, non, c'est pas comme ça que ça aurait dû se passer !
Il continua de creuser, petite motte de terre par petite motte de terre. Mais on l'avait vu sortir à l'hôpital, on avait vu par où il était parti, et on l'avait suivit, puis, voyant qu'il allait loin, ils étaient allé chercher un véhicule. Et maintenant, ils l'arrachaient à sa sale besogne pour le ramener à l'hôpital.
- NON ! KAYA ! IL FAUT LE SORTIR DE LÀ ! IL ÉTOUFFE ! IL ÉTOUFFE ! IL VA MOURIR ! NE LE LAISSER PAS CREVER ENFIN ! AIDEZ-LE !
Ils lui administrèrent une fois de plus des sédatifs, cette fois, la dose fut assez forte pour le tenir endormit pendant deux jours. Lorsqu'il émergea de ce sommeil comateux, ce fut pour être encore moins épris de la vie et d'entrer dans un mutisme obstiné. Même Pinku ne réussissait plus à lui arracher un mot.
Vu son état, un jour au début d'août, Shun décida qu'il le ramènerait chez lui. Ne bougeant plus que pour aller au petit coin, et même encore... ce n'était pas tout le temps, il n'en voyait pas l'utilité, le guitariste avait jugé préférable qu'il soit entouré de ses amis et non de gens en uniforme blanc déprimant.
Mais, même chez Shun, il resta dans son état végétal muet. Sauf un soir où il fixait le plafond, refusant catégoriquement de dormir, et que Shun, étendu à côté de lui, le regardait, les larmes aux yeux de le voir aussi... vide.
- Shun...
- Jui ! s'écria-t-il, heureux d'enfin l'entendre parler à nouveau. Vas-y, je t'écoute !
- ... C'est moi qui ai tué Kaya, hein... ?
- Euh... eh bien...
- Réponds-moi, Shun... j'en ai rien a foutre que ce soit oui ou non !
- Oui... oui, c'est toi...
- Et j'ai tué Hora, aussi...
- Ça, je ne sais pas... j'en ai pas entendu parler...
- C'était pas une question... Je l'ai fait pour avoir Kaya... Pour qu'il reste pour toujours à mes côtés... et vice versa...
- Alors pourquoi tu l'as tué...
- Parce que... parce que... je... je croyais que... ce serais plus facile... je croyais... je... je ne sais plus...
- C'est pas grave... C'est peut-être mieux que tu ne t'en souviennes plus...
- Tu as récupéré mes journaux... ?
- ... Ano...
- Le blanc, le gris, le noir...
- Si...
- Où sont-ils ?
- Euh...
Il se leva et alla chercher une petite boîte dans son placard.
- Là dedans... dit-il en y plongeant la main pour ressortir les trois petits livres et les lui tendre.
Il approcha sa main tremblantes des bouquins mais stoppa son mouvement en chemin.
- Je ne veux plus qu'ils me servent... Je ne veux pas les relire... Je ne veux pas les revoir...
- Mais tout ce qu'il te reste de Kaya est là dedans...
- Shun... Tu avais raison... Kaya m'obsédait... il m'a fait perdre la tête, dans le sens propre du terme... et il en a payé de sa vie...
- ... D'accord...
- Je regrette... tellement... j'ai vraiment été aveuglé... je ne comprendrai sûrement jamais pourquoi... je veux juste que ça ne se reproduise plus... jamais...
- Eh bien... On pourrait descendre dans la rue... Tu sais, où y a des sans abris... il font brûler tout plein de trucs dans un baril de métal...
- D'accord.
Il suivit Shun dans son appartement, enfila ses chaussures et sortit à sa suite. Ils marchèrent pendant un trentaine de minutes avant de trouver ce pour quoi ils étaient sortis. Jui fouilla dans une des poches de sa veste mince qu'il avait enfiler avant de sortir et en sortit un stylo avant d'ouvrir le journal blanc.
Extrait du journal Blanc
17 août 2006
Deux mois après ce soir-là... le soir non seulement où la folie a eu raison de moi et a fait un monstre de moi... Un monstre qui t'a enlevé la vie... mais c'était aussi le soir de ton anniversaire... Je ne te l'ai pas souhaité ce soir-là... Je vais le faire maintenant, d'accord ? Joyeux anniversaire... Et maintenant, deux mois après, je commence une nouvelle vie... Je voudrais tout oublier de ton épisode, mais je sais que ce sera impossible. Je t'ai trop aimé... Je ne comprendrai probablement jamais pourquoi tu m'as tellement obsédé, mais dorénavant, cela fera partie de l'ancien Jui, celui dont plus personne de reparlera... Maintenant, je voudrais juste... recommencer à neuf, sans faire les mêmes erreurs...
Il referma le livre et le jeta avec les trois autres dans les flammes. Il le regarda brûler, un larmes perlant sur sa joue alors que Shun vint passer un bras autour de ses épaules.
OWARI
1 Narcolepsy : Ou narcolepsie, en français, maladie qui fait qu'on s'endort n'importe où, n'importe quand.
2 Waisetsu Ningyou : Poupée obscène, en japonais.
3 Hime : Princesse, en japonais
4 S.S. pour Schwarz Stein