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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Anime/Manga » Gravitation » Pour Toujours, mon Ange

Patpat
Author of 22 Stories

Rated: M - French - Supernatural/Tragedy - Eiri Y. & Shuichi S. - Reviews: 83 - Updated: 11-09-06 - Published: 08-10-06 - Complete - id:3097212

Titre : Pour toujours, mon Ange.

Auteur : Patpat

Bêta-lectrice : Shizuka Kurai

Source : Gravitation

Genre : Shonen-aï, Yaoi, Lemon

Rating : M

Paring : Yuki Eiri / Shindô Shûichi

Disclaimer : Les personnages ne m’appartiennent pas, ils sont partie intégrante de l’œuvre de la grande et vénérée (j’abuse un peu mais c’est tout de même un génie ) Maki Murakami.

Notes : Ohayo ! Il est 5h25 du matin et me voilà à taper l’avant-dernier chapitre de « Pour Toujours, Mon Ange ». J’ai reçu un nombre considérable de reviews, de même qu’une demande assez inhabituelle : une lectrice m’a demandé mon autorisation pour reprendre le contexte de l’histoire pour une de ses propres fics… J’ai accepté mais sachez que j’ai déjà hâte de voir le résultat . A côté de ça, aux vues du succès remporté par cette histoire écrite sur un simple coup de tête et en moins d’une semaine pendant mes vacances de juillet, j’ai décidé de modifier la structure de cette histoire, supprimant le 6eme chapitre pour écrire une séquelle. D’abord parce que ma copine Tichan m’a fait remarqué combien la fin que j’avais écrite à l’origine était décevante mais aussi parce que vous semblez beaucoup aimer cette histoire d’ange et de démons… Sinon, bonne lecture et rendez-vous à la fin…

Pensées en italique. Dialogues en gras.

Chapitre 5 : Le sacrifice d’une vie.

En arrivant chez les Shindo, c’est Maïko qui lui ouvrit. La maison était silencieuse alors Eiri en conclut que leurs parents devaient être absents. Devant la chambre de Shuichi se tenaient Hiro et Tatsuha, adossés au mur du couloir.

Aniki ! S’exclama son frère en le voyant.

Il vous a dit ce qui s’est passé ? demanda froidement Eiri.

Non, il n’a rien dit. Mais quand je lui ai dit que tu viendrais, il s’est mis à pleurer, répondit Hiro.

A pleurer ?... Eiri serra les dents et les poings, tentant de réprimer sa rage. Il tourna la poignée de la porte et entra, refermant derrière lui.

Va-t-en… murmura Shuichi, allongé sur le côté en lui tournant le dos.

Shu-chan…

Eiri s’assit sur le rebord du lit, juste derrière lui.

Je suis désolé… marmonna-t-il. J’aurais dû être là… Tout ça, c’est de ma faute.

Je sais, répondit simplement Shuichi.

Tu m’en veux ?

Bien sûr que non.

Alors regarde moi.

Mais Shuichi ne répondit pas, ni ne se retourna. Alors Eiri grimpa à quatre pattes sur le lit et se pencha au-dessus du jeune homme. Doucement, il saisit le visage de Shuichi entre ses mains pour l’obliger à tourner la tête dans sa direction.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il tout bas en plongeant ses yeux ambrés dans les iris lavande de son jeune amant.

Même s’ils étaient pleins d’amour et d’innocence, Eiri y trouva de la peine, de la peur et quelque chose qu’il n’arrivait pas à décrire. De la honte ?... Alors, ce fut comme s’il avait lu dans l’esprit de Shuichi, comme si la vérité s’était offerte à lui. La rage et l’horreur le submergèrent. Comment avaient-ils pu lui faire ça ? Il était si innocent… Si doux…

Shuichi… gronda Eiri. Dis-moi qu’ils n’ont pas osé te… te…

Il ne parvenait même pas à le dire. C’était comme si prononcer ce simple mot allait le détruire de l’intérieur. Il sentait déjà son cœur se dissoudre en petites miettes, se briser douloureusement. Il était d’hors et déjà envahi par la peine, la culpabilité, la tristesse, le dégoût, la colère… J’ai eu tort de penser qu’il n’y avait qu’avec moi qu’il était en sécurité. C’est de ma faute. C’est moi qui aie provoqué tout ça. Il souffre à cause de moi.

Non, Eiri. Ne fais pas ça. Il ne faut pas. Il ne mérite pas que tu te perdes…

Bordel Shuichi ! Ils t’ont violé ! Ils t’ont pris ce qu’il n’avaient pas le droit de prendre ! Ils t’ont pris ce qui est à moi ! Ce que tu n’offrais qu’à moi !

Mais je suis toujours à toi, Eiri. Et je le resterai à jamais. Sauf si tu pars maintenant… Alors dans ce cas-là, la prochaine fois qu’on se verra, ce sera pour des adieux.

Tu vas me quitter alors que je veux te venger ?! s’énerva le blond.

Tu te trompes. Je ne veux pas te quitter ! s’exclama Shuichi. Pas plus que je ne veux être vengé. Parce qu’alors je serais OBLIGE de partir. Et ce que tu veux, ce n’est pas me venger ; c’est TA vengeance. Ca a toujours été ça ! Mais si tu tiens plus à ta rancune qu’à moi, alors vas-y, je n’ai pas le droit de te retenir…

Alors dans ce cas…

Eiri se leva et s’apprêta à quitter la pièce quand il entendit une voix à la fois triste et douce derrière lui. C’était comme si Shuichi chantait, pourtant, il n’y avait pas l’ombre d’un fredonnement ou d’une mélodie dans son ton. Sa voix en semblait presque éthérée… Comme celle d’un ange…

J’avais espéré que j’avais réussi à te changer suffisamment pour éviter que tu ne te perdes… Pardonne-moi d’avoir échoué.

Eiri aurait voulu lui demander de quoi il parlait exactement en répétant sans cesse cette expression : « avant que tu ne te perdes… ». Mais il n’avait pas de temps à perdre avec ça pour l’instant. Et il s’occuperait d’empêcher Shuichi de partir une fois qu’il aurait réglé son compte à Seguchi.

Ce n’est pas Seguchi qui a fait ça, dit Maïko lorsqu’il eut fermé la porte derrière lui.

Ah non ? Et qui alors ?

Aizawa, Murawa et Itsuki.

Et tu vas me dire que Seguchi n’a rien à voir avec tout ça ?!

Seguchi a été celui qui a donné les ordres. Mais mon frère a raison : tu dois choisir entre Vengeance ou Amour.

Je veux les deux.

Alors tu risques de te rendre compte trop tard que tu as commis la plus grosse erreur de ta vie, car on ne peut choisir qu’un seul chemin.

Mais Eiri préféra l’ignorer et sortit de la maison, laissant derrière lui une Maïko déçue, un Tatsuha abasourdi par la situation et un Hiro qui savait que son ami refuserait son aide pour ce qu’il s’apprêtait à faire…

J’espère juste que tu arriveras à le sauver, onii-chan… murmura Maïko pour elle-même, en tournant son regard vers la porte de Shuichi. Même ça devait être la dernière chose que tu aies à faire dans cette vie.

XXX XXX XXX

Eiri se trouvait devant le QG des Graspers : un vieux bâtiment désaffecté pas très loin du lycée. Les mains dans les poches, le regard froid et meurtrier, l’esprit concentré sur sa rage qu’il ne voulait pas perdre au risque de se dégonfler, il entra. Dans l’immeuble, des Graspers à chaque recoin se contentaient de le regarder, avec un abominable sourire aux lèvres, comme s’ils s’attendaient tous à sa venue. Comme s’ils connaissaient tous le sort qui l’attendait. Il passa pièce après pièce, étage par étage, sans jamais être arrêté ou retenu par le moindre adversaire. C’est une fois arrivé au 5eme escalier qu’il atteignit le toit où il trouva ceux qu’il était venu chercher : Aizawa qui ricanait tranquillement avec Murawa et Itsuki…

Tohma nous avait bien dit d’attendre le bon moment et on a bien fait ! s’exclama Aizawa.

Bon sang, ce p’tit con était un sacré bon coup ! Ce mec était mieux non-consentant que toutes filles consentantes ou non que je me suis faites avant, s’extasia Itsuki, faisant davantage encore bouillonner la colère de Eiri.

Ouais, dès qu’on le choppe tout seul, on se le refait, approuva Murawa. Mais bon, j’ai un peu peur de ce que fera Uesugi quand il découvrira ce qu’on a fait à Shindo.

Uesugi ne fera rien, car il a trop peur de perdre son petit ami. Seguchi m’a dit que Shindo partirait s’il se vengeait. Et puis, s’il se décide à sauver son honneur de pédale malgré tout, Uesugi sera également perdu.

Je serais peut-être perdu, mais toi tu es mort, gronda Eiri en plaquant le canon de son semi-automatique contre la nuque d’Aizawa.

Non ! Fais pas ça ! s’exclama Murawa, terrorisé.

Fallait y songer avant de le violer, répliqua froidement le blond en ôtant le cran de sécurité.

C’est alors que Itsuki dégaina son propre revolver, un colt, et tira en direction du chef des Saïans. La balle frôla l’épaule du bras gauche d’Eiri qui leva son arme sur Itsuki et tira. La balle le toucha dans le bras, la douleur le terrassant. Je te finirais plus tard, p’tit con ! A l’évidence, les armes, c’était pas le truc d’Itsuki : il ne savait pas tirer et à en juger par les hurlement de douleur qu’il poussait, il ne s’était jamais pris une balle et supportait très mal la douleur. Murawa tenta de fuir mais Eiri lui tira dans les genoux. Le Grasper tomba au sol en criant et en gémissant lamentablement. Le blond baissa de nouveau son arme jusqu’à la tête d’Aizawa.

Alors tu comptes me tuer alors que je te tourne le dos et que je suis désarmé ? demanda-t-il.

T’as raison, Aizawa. Je veux te voir dans les yeux pendant que je te ferais couiner comme un porc qu’on égorge en suppliant que je t’achève vite.

Taki se retourna, un sourire aux lèvres, et dit d’un ton badin :

Ton copain n’a même pas pleuré. Il n’a pas crié. Et il s’est à peine débattu. Il avait l’air résigné ; il devait savoir que de toutes façons il n’y réchapperait pas. Je me souviens cependant l’avoir entendu appeler ton nom, sans doute dans l’espoir que tu viennes à son secours… Mais je suppose que s’il n’a pas pleuré, c’est parce que tu lui es déjà passé dessus. Il savait déjà ce que ça faisait de se faire enculer. Et puis, à mon avis, il aurait pu prendre un max de plaisir s’il ne s’était pas autant crispé… Mais moi aussi j’adoré l’entendre couiner pendant que je le baisais…

Tu espère crever plus vite en me disant ça ? Bah c’est raté ! J’ai encore plus envie de prendre mon temps ! gronda Eiri.

Le tuer, c’est trop rapide. Il doit souffrir… pensa le blond en assénant un coup de crosse de son arme sur la tempe d’Aizawa. Il tomba à moitié assommé et Eiri lui sauta à la gorge pour le matraquer de coups de poings au ventre, au visage et à l’abdomen. Au milieu des assauts de son adversaire, le Grasper parvint à attraper le colt laissé au sol et…

Tout se passa si vite qu’Eiri lui-même n’était sûr de ce qui venait de se produire. Pourtant, la douleur foudroyante dans son ventre et la chaleur qui le quittait disaient vrai. Il venait de se prendre une balle et il allait mourir d’une hémorragie. Il n’avait pas eu le temps de se venger de ces connards et en plus, il perdrait stupidement Shuichi.

Un deuxième coup de feu retentit. Eiri pu voir Aizawa laisser tomber le colt, sa tête basculant en arrière, le regard vide, tandis que du sang se dévidait du trou dans sa poitrine, là où se trouvait son cœur. Quelqu’un venait de tuer Aizawa Taki.

J’aurais préféré que tu restes en vie, Uesugi. Parce qu’un être vivant qui a perdu son âme est vraiment plus amusant à voir qu’un mort. Mais de toutes façons, ton âme sera notre au bout du compte alors ça revient au même, dit Tohma, arrivant derrière Eiri, toujours à genoux au-dessus d’Aizawa, ses mains crispées sur sa plaie sanglante. Parce que le plus important dans tout ça reste que tu perdes ton âme. Les gens susceptibles de rendre heureux trop de monde, comme toi avec tes histoires dans un futur proche, sont toujours gênants pour nous. Mais sans ton âme, vivant ou mort, tu ne nous dérangeras plus. Parce que c’est avec ton âme que tu écris. Donc plus d’âme, plus de belles histoires, pas de gens heureux, et je remplis ma part du contrat.

La tête commençait à lui tourner et sa vision devenait trouble. Le froid en lui se faisait plus mordant. Voilà donc ce que Shuichi voulait dire par « se perdre » ? Pourquoi ne l’ai-je pas écouté quand il me disait de ne pas partir ?

Bonne question ; pourquoi tu ne l’as pas écouté quand il te suppliait de ne pas venir ? Maintenant tu ne le verras plus. Si tu vis, il mourra pour toi. Et si tu meurs, tu le perdras en fin de compte. Mais si tu es venu, c’est parce que tu es un homme. Et les hommes sont des pêcheurs. Ton pêché à toi, c’est la colère. Mmmmh… Il est doux ce froid qui te ronge. Et ces ténèbres qui voilent tes yeux… La mort est douce et tu es fatigué… Laisse-toi sombrer… Laisse-la t’emporter…

Je… Je ne me perdrais pas… parvint à souffler Eiri.

Mais tu ne comprends pas ? C’est trop tard, dit Seguchi avec une pointe d’amusement dans sa voix.

Eiri n’avait plus de force. Il finit par s’effondrer sur le dos, pas très loin d’Aizawa. Il s’attendait à ce que sa tête heurte le sol de béton dur et froid mais elle atterrit sur…

Shu… murmura-t-il dans un gémissement de douleur.

Un petit sourire se dessina sur son visage lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de son amant.

Shsss… Tout ira bien, Eiri, susurra Shuichi en caressant ses mèches dorées avec douceur et tendresse. Il était à genoux, assis sur ses talons, avec la tête de son petit ami sur ses cuisses. Il était tout vêtu de blanc : une chemise sans manches, blanche et un jeans de la même couleur. Ses mains étaient gantées de mitaines également blancs. Et il arborait un sourire chaleureux et réconfortant. Au moins je mourrais heureux, dans ses bras… pensant Eiri.

Ne pense pas ça, mon amour. Tu ne vas pas mourir, assura Shuichi.

Qu’est-ce que je t’avais dit, Uesugi ? Tu vivras et il mourra pour toi.

Non… Shu… gémit-il, la gorge sèche.

Il le faut. Tu as de belles choses qui t’attendent… Pourvu que tu ne te perdes pas. Tu dois vivre.

Trop tard, petit ange, il est déjà perdu. Son âme est mienne.

Son âme n’appartient qu’à lui tant qu’il n’a pas succombé à tes tentations, répondit Shuichi en levant vers Seguchi un regard dur. Et je ne te laisserais pas l’emmener là-bas.

Pourtant, en te sacrifiant pour lui, tu lui donneras encore plus de raison pour céder à la colère. C’est ce qui le rongera.

Je sais qu’il saura trouver le bon chemin. Je t’aime Eiri... Comme je n’ai jamais aimé personne d’autre, murmura le jeune homme en baissant son regard vers son amant. Tu ne te perdras pas, j’ai confiance en toi.

Et avant que Eiri ait pu dire quoi que ce soit, un spectacle magnifique s’offrit à lui. Deux immenses ailes de lumière pure se déployèrent dans le dos de Shuichi. Une brise chaude enveloppa les deux amants, faisant virevolter les mèches fuchsia de l’ange. Une larme de cristal, pleine de tristesse, de peine et d’amour glissa le long de la joue de Shuichi, tandis que Eiri sentait la chaleur et la force rejaillir en lui comme d’une fontaine. Soudain, il y eut un éclat de lumière aveuglant puis une flopée de plumes tomba autour de lui en disparaissant peu à peu comme autant de flocons de neige fondant sous les rayons du soleil. Non… Shuichi…

Shuichi ! s’exclama-t-il en se redressant, regardant désespérément autour de lui à la recherche de son ange.

Il est mort, répondit froidement Seguchi, désormais vêtu d’un costume noir avec une cravate rouge en satin.

Menteur !

Pourtant, tu l’as vu comme moi : il s’est sacrifié pour toi… Par ta faute. Il n’aurait jamais eu à le faire si tu l’avais écouté et si tu n’avais pas cédé à ta colère…

Sentant les larmes monter à ses yeux, Eiri se leva, les poings serrés.

Et c’est moi qui t’ai amené ici… En fournissant au feu de ta colère le bois pour la nourrir… Je n’ai pas encore ton âme mais ça ne devrait pas tarder… Et en attendant, grâce à TA colère, j’ai réussi à nous débarrasser d’un de ces anges… Ton petit ange a payé pour toi…

Eiri sentait la colère monter une fois de plus en lui, l’envahissant lentement et doucement, telle un poison. Mais cette fois, elle était aussi forte à l’encontre de Seguchi que vis-à-vis de lui-même.

C’est bien… Viens te battre…

Tu ne te perdras pas, j’ai confiance en toi, murmura la voix de Shuichi au fond de lui. Il pouvait presque voir le sourire radieux de son petit ange devant lui. Un sourire qu’il n’offrait qu’à lui. Eiri baissa la tête, submergé par le chagrin et les souvenirs de ces quelques semaines de pur bonheur avec son amant. Alors des larmes, aussi belles que celles de cet ange qui s’était penché sur lui, coulèrent le long de ses joues blanches. Lentement, tandis qu’il déversait ces larmes, il se vidait de toute sa colère… Comme si ces gouttelettes salées étaient l’eau salvatrice qui le lavait de ce pêché mortel qui lui avait coûté l’amour de sa vie. Au bout d’un long moment, il releva les yeux vers son ennemi de toujours et dit :

Je ne me perdrai pas, je te l’ai déjà dit. Le seul à qui j’aurais donné mon âme est mort par TA faute et non la mienne. Je tiendrai mes promesses en te refusant mon âme…

Puis il se détourna et repartit…

XXX XXX XXX

Il avait marché pendant des heures, torturé par sa peine d’avoir perdu l’amour de sa vie et néanmoins heureux d’avoir sauvé ce pourquoi Shuichi s’était sacrifié : son âme. Sans trop savoir comment, ses pas l’avaient guidé à travers toute la ville jusqu’à ce parc où Shuichi et lui avaient contemplé le soleil couchant. Il s’était assis sur le même banc à ceci près que cette fois, c’était sous une nuit claire, sans nuages, parsemés d’étoiles lumineuses avec une pleine lune basse qui dominait le ciel. Des larmes continuaient de rouler silencieusement sur ses joues tandis que son esprit était hanté par l’image de son amant lui souriant, l’embrassant, chantant pour lui, dormant au creux de ses bras, se sacrifiant pour lui…

Il te manque.

Eiri ne tilta même pas en entendant cette voix cristalline qu’il reconnut comme étant celle de Shindo Maïko. Du coin de l’œil, il vit la jeune femme s’asseoir à ses côtés.

Il m’a demandé de répondre aux questions que tu lui as posées. Je pense que ça te ferait du bien de savoir.

Eiri ne se sentait pas la force de réfléchir à savoir si oui ou non la vérité ferait du bien. Alors il la laissa continuer.

Il y a une lutte en ce monde… Une lutte pour des âmes… Des mortels sont destinés, avant même leur naissance, à faire de grandes choses. Pour chacun de ces mortels est envoyé un ange gardien et un démon, qui s’incarnent en un être humain afin de se fondre dans la masse. Ils naissent donc humain à ceci près qu’il possèdent les dons de ceux d’en haut, ou des autres, ceux qui viennent d’en bas. Jamais les mortels ne sont tombés amoureux de leur ange gardien. Ils peuvent s’en enticher, comme Tatsuha l’a fait avec moi. Mais pour Shuichi et toi, c’était différent. C’était du véritable amour. Le Destin, ou je ne sais quelle autre force, a fait que vos âmes étaient liées : l’ange en Shuichi s’est incarné dans la personne destinée à être ton âme sœur. Et rien ni personne ne peut s’interposer à ce genre de chose. Rien ni personne ne pouvait vous séparer, pas même ces règles qui interdisent aux mortels et aux éthérés d’être ensemble. C’est pour ça que dès que tu as vu mon frère tu as reconnu en lui l’amour de ta vie. C’est également pour cette raison et à cause de la nature angélique de Shuichi que vous partagiez les mêmes rêves. Et tout comme tu ne cesseras jamais de l’aimer, il t’aimait d’un amour infini. C’est pour ça qu’il s’est sacrifié pour te sauver et pas uniquement parce que c’était son devoir d’ange gardien. Il savait depuis le début que tout commencerait par votre relation et que tout finirait par elle également, mais malgré tout il n’a jamais pu rejeter cet amour. Il a tout fait pour te mettre sur la voix de lumière qui t’attend dans l’avenir : il t’a redonné goût à ton art, il t’a redonné le goût du véritable amour. Et quand le moment où tu as failli te perdre est venu, il a tout donné pour toi ; jusqu’à sa vie. Parce qu’étant ce qu’il était, sauver ton âme était son unique raison d’être. Quant à Seguchi, il était ton antagoniste, mais aussi celui de Shuichi car son but à lui était de te tromper et de voler ton âme, pour t’empêcher d’accomplir ce que tu étais destiné à faire. Nous ne savions pas qu’il était celui envoyé par les autres, au début. Mais nous l’avons su à peu près au même moment où il nous a découvert. Je crois que pour le reste, ce dont tu as été témoin tout à l’heure te permettra de comprendre.

Après ce très long monologue, un silence étrange s’installa entre eux jusqu’à ce que Eiri se décide enfin à demander à Maïko :

Mais vous êtes humains malgré tout…

Oui, comme je te l’ai dit, nous nous incarnons dans être humain pour nous confondre parmi vous. Lorsque les anges descendent sur Terre, il s’agit d’une sorte de réincarnation, sans quoi nous ne sommes que des esprits. Alors nous naissons, grandissons, vieillissons et mourons. Nous éprouvons les choses comme vous. Nous pleurons, nous rions. Nous sommes de vrais humains. Tout comme les autres… Ceux comme Seguchi. Mais nous sommes aussi différents. Notre rôle dès notre naissance est de répandre le bonheur et de protéger les âmes, en particulier celles de ceux qu’on nous a envoyé guider. Celui des autres, ceux qui viennent d’en bas, est d’étendre le chaos et de mener les bonnes âmes à leur perte, surtout celle des mortels élus pour faire des choses importantes, comme toi. Nous venons au monde dans des familles normales également : nos parents ne sont au courant de rien, et Fujisaki n’est pas comme Seguchi…

Tu as dit que Shu était mon âme soeur et que rien ni personne ne pouvait nous séparer, mais Seguchi nous a séparé. La mort nous a séparé !

Je suis désolée. Je ne suis qu'un ange gardien, celui de ton frère. Si ça ne dépendait que moi, vous n'auriez jamais pu être séparés. Mais ceux d'en haut en ont décidé autrement. Demain matin, plus personne ne se souviendra de Shuichi, de son existence. Plus personne à part Seguchi et moi. Et toi, si tu veux continuer avec ces souvenirs qui te feront souffrir à jamais... On m'a envoyé t'offrir ce choix.

Eiri ne savait plus que penser. Il souffrait tellement... Etait-il vraiment prêt à perdre la seule chose qui le lie encore à Shuichi ? Etait-il vraiment prêt à souffrir encore des années, peut-être même toute sa vie, pour un souvenir ? Mais quel souvenir ! Celui de son ange, celui de l'homme de sa vie, celui de l'être le plus pur et le plus parfait à ses yeux... Non, il ne pouvait définitivement pas oublier ce garçon étrange, mais adorable. Il ne pourrait jamais oublier Shuichi, quitte à en souffrir, à vie. Ce serait sa peine, sa croix à porter, pour avoir cédé à la colère de sa vengeance et à l'orgueil de son statut de chef de gang à sauver. Shu-chan avait raison: il n'avait pas besoin d'être vengé, c'était Eiri et lui seul qui en avait envie...

Non, je veux me souvenir de chaque instant...

Le silence s’imposa de nouveau, puis, devinant qu’il n’y aurait plus de questions, Maïko se leva et dit avec un sourire aux lèvres :

Qui sait ? Peut-être qu’un jour tu l’entendras de nouveau chanter pour toi…

La jeune femme disparut dans la nuit. Eiri restait seul, sur ce banc où il aurait tant aimé sentir Shuichi se blottir contre lui, réclamant silencieusement sa chaleur. Mais non, il était seul, dans la douce froideur de cette nuit sombre mais pourtant si belle. Son regard se fixa sur la lune argentée qui brillait au-dessus de lui et bientôt il vit tomber avec une lenteur envoûtante, les premiers flocons de neige de cet hiver qui lui présageait une intense solitude… Il sentit les minuscules cristaux de glace se poser sur son visage et les larmes coulèrent de nouveau.

Shuichi…

XXX XXX XXX

Eiri retourna à sa chambre d’hôtel vers les 2h du matin. Il verrouilla derrière lui et alluma les lumières. Un coup d’œil autour de lui et il se laissa glisser dos à la porte. Il parcourut sa chevelure d’or avec ses doigts. Ses larmes s’étaient enfin taries mais la douleur demeurait. Comment pourrais-je encore réussir à m’endormir dans cette chambre où tout me rappelle Shuichi ? Ce lit où je le tenais serré contre moi pendant des heures et dans lequel j’ai passé les plus belles nuits de ma vie. Ce balcon sur lequel on a passé des heures assis sur la banquette, blottis l’un contre l’autre, et m’inspirant pour mes histoires de sa simple présence, de ses simples caresses. Cette salle de bain où on prenait nos bains et nos douches ensemble, appréciant la chaleur de l’autre. Et même cette commode sur laquelle je lui ai fait l’amour après qu’il m’ait aidé à y ranger mes affaires quand je me suis installé ici définitivement… Je ne veux pas perdre mes souvenirs de Shuichi… Je veux juste qu’il ne me hante pas. Peut-être que je devrais changer de chambre, ou même d’hôtel. Je devrais peut-être même carrément changer de ville et faire ce que Shu m’a dit : envoyer mes histoires à un éditeur. Si j’ai réussi à émouvoir un ange avec mes histoires, alors je devrais pouvoir en faire autant avec un vieux con grincheux…

Regagnant un peu le sourire, Eiri se leva, quitta son uniforme du lycée qu’il portait encore et qui était tâché de sang et enfila un jeans, puis se laissa tomber sur son lit, fourrant sa tête dans les oreillers moelleux qui sentaient encore un peu l’odeur de Shuichi.

Tu me manques déjà tellement… C’en est insupportable…

Il ferma les yeux, serrant contre lui les couvertures. Il repensa à ce soir-là, où il avait quitté la maison familiale parce que son père l’avait surpris avec Shuichi et qu’il l’avait obligé à choisir entre le jeune homme et la maison. Le choix avait été vite fait et il ne l’avait jamais regretté.

Viens avec moi… avait demandé Eiri.

Il se souvenait encore avec quelle douceur son petit ange avait pris son visage entre ses petites mains délicates.

Pour toujours ? avait-il murmuré en plongeant son regard améthyste dans les iris ambrés du blond.

Il se rappela qu’à cet instant il avait pris conscience de la force de son amour pour ce garçon. Il lui aurait donné son âme ; à lui et à personne d’autre.

Alors Eiri ouvrit les yeux, jetant un regard au ciel par-delà la baie vitrée. La neige continuait à tomber à gros flocons sous la lumière de la lune blanche. Il esquissa un petit sourire triste et murmura :

Pour toujours, mon ange…

Notes : Voilà, c’est fini. J’espère que vous avez aimé cette histoire car je suis en train d’en écrire la suite que s’appellera « Lettres à mon Ange ». Je travaille aussi sur « Quand tout bascule… » qui sera corrigé par Laku-san et sur « Dessine-moi ton amour » qui sera corrigé par Shizuka Kurai. Cette fic est mini, comme « Pour toujours », mais dans un registre beaucoup plus comique. A bientôt sur « Should I believe in Destiny ? » chapitre 14 et « Des Surprises à la pelle » chapitre 8.

Encore merci à Shizu d’amour . Kikou à Tichan !!! Gros poutous Drudrue… Et petit clin d’œil à Blue Tea dont je suis devenue la bêta-lectrice.


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