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Disclamer : Rien à moi, tout à J.K Rowling… sauf cette histoire.
Chapitre 1
Règlements de compte
Draco Malfoy courait à toutes jambes vers le portail du château, le souffle court, les battements de son cœur résonnant jusque dans ses tempes.
Il fuyait la mort de Dumbledore, la vision de son pauvre corps basculant dans le vide, la culpabilité qui n’en finissait pas de lui grignoter les entrailles et la rage féroce de Potter qui les poursuivaient, lui et Rogue.
Draco n’avait pas voulu ça. Il n’avait pas vraiment désiré que Dumbledore meure, ni cette nuit-là, ni aucun autre jour, mais on ne lui avait pas donné le choix. Il se souvenait avec précision des larmes brillantes qui avaient envahi les yeux de sa mère quand elle lui avait annoncé que c’était lui que le Maître avait choisi. Comme s’il était déjà mort. Comme s’il allait tous les condamner. Et jamais il n’avait réussi à se sentir fier ou honoré, comme l’aurait tant voulu sa tante Bellatrix. Il avait fait comme si. Il avait masqué sa terreur derrière son habituelle arrogance. Il avait fanfaronné. Il s’était vanté. Et tout le monde n’y avait vu que du feu. Même Potter, qui avait cru que sa mission le réjouissait. L’abruti !
Le seul qui l’avait percé à jour avait été Dumbledore. Lui, avait vu. Lui, avait compris. Et il ne lui avait suffi que d’un seul regard pour cela. Comme toujours. Bien sûr, Draco savait se montrer méprisant, détestable et sarcastique mais il n’était pas un meurtrier… ça non.
Pourtant, ce soir-là, alors qu’il courrait comme si sa vie en dépendait, il avait l’impression d’avoir du sang sur les mains, de s’être sali pour toujours. Peut-être n’avait-il pas tué Dumbledore de sa main mais cela ne changeait pas le fait que c’était lui qui avait conduit le vieil homme à sa mort. Et se dire qu’il n’avait pas eu le choix n’allégeait en rien le poids de sa culpabilité. Il se sentait rempli de honte, jusqu’à ras-bord, jusqu’à ne plus savoir qu’en faire. Celle d’avoir été incapable de choisir son camp, celle d’avoir été trop faible pour embrasser le même destin que son père, et trop lâche aussi, pour lui tenir tête et choisir sa propre destinée.
Il ne ressemblait pas autant à son père que tout le monde semblait vouloir le croire, même si toute sa vie il n’avait eu de cesse de chercher son approbation, son soutien, en essayant désespérément de le copier, de toujours penser comme lui… pour qu’il soit un peu fier de son fils. Mais désormais, un fossé s’était creusé entre eux et Draco savait qu’il ne pourrait plus jamais l’enjamber. Son père aurait été heureux d’avoir Dumbledore à sa merci et complètement extatique à l’idée de le tuer. Draco, lui avait l’impression que plus jamais il ne pourrait se supporter. Son père allait être terriblement déçu. Peut-être même qu’il le renierait, et qu’au moment où il avait refusé de tuer Dumbledore, Draco avait aussi choisi de renoncer définitivement à l’amour de son père.
Draco se retourna un instant et remarqua que Potter les suivait toujours. Ses vêtements étaient sales, chiffonnés, déchirés par endroit. Son visage ruisselant de sueur exprimait un mélange terrible de rage et de chagrin et ses yeux luisaient dangereusement dans la pénombre. Mais c’était Rogue qu’il regardait, pas lui. Comme s’il savait exactement ce qui s’était passé là-haut, au sommet de la Tour d’Astronomie.
Un jet de lumière fusa et Draco sursauta violemment. Le sort lancé par Potter avait raté Rogue de quelques centimètres seulement.
- Courez Draco, hurla Rogue à quelques mètres de lui.
Comme paralysé, Draco resta cependant un long moment immobile à contempler Poudlard, qu’il s’apprêtait à quitter pour toujours. Il pouvait discerner la forme irrégulière des tourelles du château et ses lumières, qui brillaient au loin telles une multitude de lucioles dans la nuit. Draco devinait aisément l’effervescence qui devait régner derrière ces murs qui avaient abrité toute une partie de sa vie. Mais cette période d’insouciance était désormais révolue car il savait aussi qu’au pied de la plus haute tour du château devait se trouver le corps brisé et sans vie de Dumbledore.
Il baissa les yeux. Devant lui, Rogue et Potter se faisaient face, la haine suintant de chacun de leurs mouvements et de leurs regards, comme si un combat à mort était sur le point de s’engager.
Un peu plus loin, la cabane de Hagrid vomissait des nuages de fumées noires tandis que les flammes léchaient la pelouse du parc, éclairant la scène d’une drôle de lumière fauve.
Draco se détourna et se remit à courir. Ses jambes semblaient faites de plomb, et ses poumons étaient douloureux, peut-être parce que l’air qu’il respirait était rendu âcre et nauséabond par la fumée noire et épaisse qui lui piquait les yeux et la gorge. Quand il franchit enfin le portail, il s’arrêta, haletant et penché en avant, les mains posées sur ses genoux, il tenta de reprendre son souffle. Il releva la tête et se rendit compte qu’il était seul. Où pouvaient bien être les autres Mangemorts ?
Il sursauta à nouveau quand un hurlement rauque déchira soudainement le silence environnant et, bien qu’elle fut horriblement déformée par la douleur, Draco reconnut immédiatement la voix de Potter.
Et ce fut à cet instant précis que tout bascula vraiment et que Draco sut avec une certitude presque douloureuse que jamais il ne pourrait être un Mangemort. S’il avait eu cela en lui, il se serait sans doute délecté de la souffrance de son pire ennemi, mais les cris de Potter, qui continuaient à lui vriller les tympans lui donnaient seulement une furieuse envie de se boucher les oreilles. Pour ne plus entendre.
Incapable d’en supporter davantage, il ferma les yeux et transplana.
HPHPHPDraco perdit l’équilibre et tomba lourdement sur le sol dallé du manoir Malfoy. Il jura à voix basse puis se releva, époussetant sa robe noire d’un geste agacé de la main. Le manoir était plongé dans une pénombre inhabituelle et inquiétante. Le silence était épais, oppressant, presque palpable et Draco n’entendait que le bruit saccadé de sa propre respiration.
- Maman ? appela-t-il.
Seul l’écho de sa voix lui répondit et Draco frissonna. Le cœur au bord des lèvres, il parcourut à vive allure toutes les pièces du manoir en appelant sa mère. En vain. Il était seul. Seul et terrifié.
Draco ferma la porte de sa chambre derrière lui et appuya son front contre la surface lisse et fraîche du bois, les paupières closes. Il se sentait si seul, si sale. Il ôta rapidement ses vêtements crasseux et nauséabonds qui tombèrent un à un sur le sol puis il traversa la pièce jusqu’à la salle de bain attenante. Il fit couler une eau fumante dans la vaste baignoire en marbre blanc et, alors qu’il se relevait, il rencontra son propre regard dans le miroir. Ses yeux gris étaient brillants et injectés de sang, la peau laiteuse de son visage était sale, ses cheveux, trempés de sueur, pendouillaient sur son front et sa bouche formait un pli dur et amer. Draco ne parvenait pas à détacher son regard de son reflet. Est-ce que c’était vraiment lui, ce garçon hagard et perdu ? Peu à peu, la buée qui envahissait progressivement la pièce brouilla son image puis, s’épaississant, elle la fit totalement disparaître et Draco soupira de soulagement.
Il se glissa dans l’eau brûlante et retint le gémissement qui menaçait de sortir de sa bouche. Instantanément, sa peau était devenue écarlate et Draco ferma les yeux, attentif à la douleur que lui procurait la brûlure de l’eau. Il lui était complètement égal de souffrir, il le méritait.
Mais, dès que ses yeux s’étaient fermés, les yeux morts de Dumbledore s’étaient ouverts dans son esprit et, serrant les dents, Draco s’enfonça dans l’eau, les yeux grands ouverts, jusqu’à ce qu’il fut totalement immergé. Combien de temps pourrait-il cesser de respirer sans mourir ? L’eau lui brûlait la peau et lui piquait les yeux mais quand il les referma, le corps de Dumbledore se remit aussitôt à tomber du haut de la Tour d’Astronomie. Alors il les rouvrit, encore une fois. De petites bulles remontaient à la surface et penché au dessus de lui, se trouvait une forme noire… Draco se redressa brusquement en toussant.
- Vous essayiez de vous noyer, Draco ? fit la voix sèche du Professeur Rogue.
L’homme se tenait devant la baignoire et l’observait, le regard impénétrable.
- Je réfléchissais, fit Draco sur le même ton, cherchant par tous les moyens à masquer sa nudité.
- Je vous attends dans le salon, nous devons parler.
Rogue sortit de la pièce dans un bruissement d’étoffes et Draco fit une grimace puérile derrière son dos avant de pousser un profond soupir. Il sortit de l’eau et passa un long peignoir blanc sur son corps rougi puis il traversa le manoir, pieds nus sur le carrelage glacé, ses cheveux mouillés gouttant sur son front, ses joues et jusque dans son cou.
Dans le salon, un feu ronflait dans la grande cheminée de pierre et Draco s’obligea à détourner le regard des flammes hypnotiques qui ne lui rappelait que trop celles qui un peu plus tôt dans la soirée avaient dévoré la cabane de Hagrid. Je m’en moque, pensa Draco, je déteste ce gros lourdaud.
Rogue lui tournait le dos. Il se tenait devant la fenêtre, aussi immobile qu’une statue et ne semblait pas avoir remarqué sa présence. Draco s’assit dans un des canapés de cuir vert foncé, face à la cheminée et se racla la gorge.
- Les Aurors vont arrivés, déclara Rogue, à voix basse. Il vous faut partir Draco.
- Et pour aller où ? répondit le garçon, d’un ton agressif. Je n’ai nulle part où aller !
- Le Maître vous attend, dit Rogue.
Sa voix était sinistre, presque triste et les mains de Draco se crispèrent sur ses genoux, si fort que ses jointures devinrent livides.
- A-t-il l’intention de me féliciter pour mes actions héroïques ? ironisa-t-il, un sourire mal assuré au coin des lèvres.
- Peut-être, fit Rogue, l’air absent.
- Vous vous moquez de moi ? s’insurgea Draco. J’ai failli à ma mission, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué !
Rogue se retourna, le visage impassible.
- Que vous ne soyez pas parvenu à tuer Dumbledore joue évidemment en votre défaveur mais il est mort, malgré tout. Et que vous le vouliez ou non, vous avez contribué à ce qu’il en soit ainsi. Le Maître sera sans doute déçu de votre petite…faiblesse. Mais il vous pardonnera.
- Il ne va pas me tuer, s’exclama Draco, incrédule, ses prunelles grises emplies d’espoir.
- Peut-être qu’il vous torturera, par principe, mais je suis à peu près certain qu’en effet, il vous épargnera.
Draco déglutit, se rappelant avec une terrible précision les hurlements de Potter.
- Et si je ne n’y vais pas ? demanda t-il prudemment.
- Il vous fera tuer, vous et votre mère.
- Où est-elle ? demanda Draco, bien qu’il se doutât déjà de la réponse.
- Il la retient.
Evidemment. Draco s’appuya contre le dossier du fauteuil avec l’impression de suffoquer.
- Qu’est-ce que je dois faire ? demanda-t-il dans un souffle.
Rogue le regarda avec une inquiétude qui lui était inhabituelle.
- Je peux encore vous sauver Draco.
- Me sauver ? répéta le jeune homme avec un rire désabusé. Et de quoi ai-je besoin d’être sauvé ?
- Le Maître vous attend pour faire de vous un Mangemort.
- Vous voulez dire que je vais avoir… la Marque, fit Draco avec une grimace dégoûtée tout en regardant son bras.
La peau y était encore lisse et immaculée.
- En effet. Ensuite, il vous apprendra à tuer, à torturer… et surtout à aimer ça. Pour que vous ne flanchiez plus jamais. Est-ce que c’est de ce destin que vous voulez, Draco ?
Les yeux de son professeur fouillaient les siens et Draco baissa la tête, incapable de soutenir son regard.
- Non, murmura t-il.
De soulagement, Rogue laissa s’échapper le souffle qu’il avait retenu sans même s’en rendre compte.
- Vous parliez de me sauver, dit Draco. Que proposez-vous ?
- Je peux vous emmener au quartier général de l’Ordre du Phénix.
Draco releva la tête avec tant de brusquerie que, l’espace d’un instant, sa vision se brouilla.
- C’est une plaisanterie ? cracha-t-il avec mauvaise humeur.
Rogue secoua la tête et fit quelques pas vers son élève, le bas de sa robe frôlant le carrelage sombre.
- Je suis un espion Draco, mais pas celui que vous croyez, avoua-t-il.
- Ce qui veut dire ? demanda Draco, perplexe, en fronçant ses sourcils clairs.
- Ce qui veut dire que ma loyauté ira toujours à Dumbledore, même mort.
- Mais cela n’a pas de sens, c’est vous qui l’avez tué ! s’écria Draco en se levant.
Il était aussi grand que Rogue désormais et leurs regards se rencontrèrent, luttèrent l’un contre l’autre mais Rogue ne cilla pas.
- Je l’ai fait parce qu’il me l’a demandé.
- Vous mentez, s’écria Draco. Dumbledore ne vous aurait jamais demandé ça !
- Qu’en savez-vous ?
Draco ne répondit pas. Il avait froid subitement et il resserra son peignoir autour de sa poitrine, regrettant de ne pas s’être habillé plus décemment.
- Dumbledore m’a fait promettre de ne pas vous laisser le tuer. Dans le cas où la situation devenait désespérée, c’était à moi de le faire. Pour vous protéger.
- Me protéger de quoi ? demanda Draco.
Sa voix ressemblait presque à un gémissement et ses joues rougirent de honte.
- Du Seigneur des Ténèbres. Dumbledore refusait que vous deveniez un assassin. Il refusait encore plus que le Maître se serve de vous, qu’il fasse de vous un pion.
Draco retomba mollement sur le canapé et enfouit son visage dans ses mains. Il ne voulait pas y croire. Ne pouvait pas. Il préférait repousser la vérité de toutes ses forces parce que c’était plus facile. Rogue avait tué Dumbledore parce qu’il le haïssait. Parce qu’il était un Mangemort, fidèle au Seigneur des Ténèbres. Point. C’était le raisonnement le plus simple, le plus logique. Il refusait l’insoutenable réalité, celle où Rogue avait été obligé de tuer son mentor… à cause de lui.
- Je ne vous crois pas, murmura-t-il en secouant la tête, je ne vous crois pas. Vous avez promis à ma mère…
- De vous protéger. Et c’est exactement ce que j’ai fait. Et ce que je continue de faire.
- Non ! s’écria Draco, ses yeux lançant des éclairs. Vous avez prêté un Serment Inviolable ! Si j’échouais, vous étiez mort ! Vous avez sauvé votre peau ! Vous vous êtes protégé vous-même, rien de plus !
- Libre à vous de croire ce que vous voulez Draco…
- Et Potter ! le coupa Draco, sa voix grimpant dans les aigus. Vous l’avez torturé, j’ai entendu ses hurlements !
- Ce n’est pas moi qui ait lancé le sortilège mais Amycus. Et je l’ai empêcher de le tuer, sous un faux prétexte.
- Mais vous le détester, ne dites pas le contraire, protesta Draco.
- Pour des raisons personnelles. Pas par fidélité pour le Seigneur des Ténèbres. Vous aussi vous le détestez Draco mais avez-vous pour autant envie de le voir mort ?
- Parfois, grommela Draco et Rogue eut un petit rire sec et sans joie.
Ils restèrent silencieux quelques longues minutes durant lesquelles Draco contempla ses mains d’un air perdu.
- Draco, dit Rogue d’une voix adoucie. Dumbledore s’est sacrifié pour vous. Il pensait que vous aviez encore un rôle à jouer dans cette guerre, un rôle important, capital même. Et du bon côté. Et croyez-moi, Dumbledore ne se trompait que très rarement. Alors faites-moi un peu confiance. Nous n’avons plus beaucoup de temps.
Draco leva la tête. Il voulait désespérément faire confiance à Rogue.
- Et ma mère ? capitula t-il.
- Je m’en occupe, Draco. Il ne la tuera pas, je vous en fait le serment.
- Vous devriez arrêter de prêter serment à tout bout de champ, ça finira par vous perdre, marmonna Draco.
Les joues de Rogue tressaillirent comme s’il cherchait à réprimer un sourire.
- Vous avez fait le bon choix, se contenta t-il de dire.
- Pas le plus facile. Mais c’est le seul qui me semble envisageable.
Rogue acquiesça d’un signe de tête.
- Quand partons-nous ? demanda Draco, en se relevant.
- Immédiatement. Faites votre valise et mettez des vêtements moldus. Je vous attends dans le hall.
Rogue était en train de quitter le salon quand Draco l’interpella.
- Professeur ?
- Oui Draco ?
- Et Potter, est-ce qu’il fait partie de l’Ordre du Phénix ?
- Pas officiellement, non. Il n’est pas encore majeur. Mais… vous savez comme moi que son rôle est prédominant dans cette guerre… Ordre du Phénix ou pas… Pourquoi cette question ?
- Je voulais savoir s’il serait là…
- Alors rassurez-vous, il sera chez son oncle et sa tante, comme tous les ans… De toute façon, vous n’irez pas au QG de l’Ordre immédiatement. Nous allons attendre un peu que les choses se calment.
Draco hocha la tête, visiblement soulagé et retourna dans sa chambre pour faire ses bagages. Il ouvrit son armoire et jeta ses vêtements pêle-mêle dans sa valise, il y ajouta des livres, en vrac, et son balai qu’il rétrécit d’un sort avant de le déposer précautionneusement à l’intérieur.
Il se sentait honteux de ne pas ressentir plus de peine à l’idée de quitter le manoir. Pour la première fois, il se rendait compte à quel point les murs de sa chambre était froids, dépourvus d’âme, de chaleur et de vie, comme chaque centimètre carré de cette maison, comme lui, comme ses parents. Et pourtant, il y avait été heureux, à sa manière, parce qu’il avait compris depuis longtemps que l’éducation stricte que ses parents lui donnait était tout ce qu’ils pouvaient lui offrir. L’amour, l’affection, ses parents en avaient pour lui, certainement, mais ils étaient incapables de les lui montrer et Draco, même s’il ressentait douloureusement le manque et la solitude, n’était pas du genre à quémander.
Cela n’empêchait pas qu’il avait admiré son père et qu’il aimait sa mère plus que tout. Quand il était enfant, elle avait été tendre et aimante. Et puis, sous l’influence de son mari, elle avait subitement cessé de le cajoler, de le serrer contre son cœur, de le couvrir d’amour et de baisers. Car ce n’était pas comme ça que l’on élevait un homme. Ce n’était pas non plus comme cela que l’on élevait un Malfoy, un Lord…un Mangemort. Pour eux, la tendresse et l’affection n’auraient servi qu’à le rendre faible et dépendant et à défaut de le comprendre, Draco l’avait accepté. Il avait agi comme ses parents attendaient qu’il agisse, il avait regardé sa mère se glacer sous yeux et il en avait fait de même. D’un enfant vivant, joyeux, au regard expressif et insouciant, il était devenu un adolescent hautain et sarcastique, au regard de glace et au cœur aussi dur et froid que la pierre. Il avait construit des murs denses et infranchissables tout autour de lui, pour se protéger, et avait revêtu une carapace plus dure que l’acier. Il ne s’attachait à personne, n’avait pas un seul véritable ami et il avait même réussi à se persuader que c’était mieux ainsi, que plus rien ne pourrait jamais l’atteindre.
Quelle illusion ! Tout au long de l’année, alors qu’il se rendait compte qu’il n’était pas devenu celui que ses parents avaient voulu qu’il devienne, les murs s’étaient fissurés, la carapace avait craqué et il s’était senti vulnérable, faible et terrifié. Et pire que tout… il avait douté. De lui-même, de tout ce que ses parents lui avaient appris, de son propre courage, de sa froideur, de son envie de devenir un Mangemort, de sa capacité à en être un. Et c’est ainsi que cette nuit-là, face à Dumbledore, il avait failli.
Draco se laissa tomber sur son lit. Qu’était-il en train de faire ? Il se sauvait. Il laissait sa mère aux mains du Seigneur des Ténèbres. Il l’abandonnait. Comprendrait-elle que s’il faisait cela, ce n’était pas par lâcheté ou par faiblesse mais simplement parce qu’il avait envie de vivre et d’avoir un avenir ? Devinerait-elle que même s’il suivait sa conscience, son cœur continuait malgré tout de lui hurler d’aller se faire tatouer le bras, juste pour la sauver ? Mais sa conscience était plus forte. Cela faisait presque un an qu’elle ne lui laissait pas une seule minute de répit, qu’elle l’avait empêché de dormir, de manger, qu’elle n’avait eu de cesse de vouloir le secouer pour qu’il sorte enfin de sa torpeur. Et elle avait réussi. Est-ce que ses parents comprendraient que cela ne voulait pas dire qu’il était en train de les trahir ? Draco en doutait.
Il enfila un jean et une chemise en coton gris clair. Il laça ses chaussures, coiffa ses cheveux blonds et boucla sa valise.
Il avait pris sa décision. Il n’y avait désormais plus de retour en arrière possible. Il empoigna la lourde malle et après un dernier regard circulaire à sa chambre, il éteignit la lumière et ferma la porte.
HPHPHPRogue paya une chambre dans un hôtel-restaurant moldu du centre de Londres. La chambre était minuscule, les murs au papier-peint fleuri sales et délavés, les meubles miteux. Draco, habitué à plus de luxe, grimaça mais ne fit aucun commentaire. Il se contenta de déposer sa valise dans un coin de la pièce et de s’asseoir sur le lit, les mains tranquillement posées sur ses genoux, comme un enfant sage.
- Et maintenant ? demanda-t-il à Rogue, en levant vers lui un regard fatigué.
- Vous allez rester ici jusqu’à ce que je revienne vous chercher. Comptez environ deux ou trois jours. A ce moment-là, nous quitterons cet endroit et je vous ferai rejoindre l’Ordre du Phénix. Mais en attendant, reposez-vous, vous avez l’air épuisé. Pour les repas vous avez un Room Service. Vous savez utiliser un téléphone ? (Draco hocha la tête) Sinon, je vous interdis de sortir de cette chambre pour vous balader. Et n’utilisez pas la magie !
- Est-ce que vous m’autorisez quand même à respirer ? demanda Draco, un petit sourire sarcastique au bord des lèvres.
- Draco… je ne fais pas ça pour vous embêter… je fais ça pour…
- Me protéger, je sais, termina Draco d’un air las. Excusez-moi…
- Ce n’est pas grave, dit Rogue avec raideur en enfonçant ses mains dans les poches de son long manteau noir. Bien, je pense que je vous ai tout dit. Vous avez bien compris ?
- Parfaitement compris, soupira Draco.
- Alors je vais y aller.
Draco hocha la tête.
- Merci, professeur.
- Ne me remerciez pas, Draco. Je ne fais que mon devoir.
- Vous protégerez ma mère, n’est-ce pas ? demanda t-il une fois de plus.
- Je vous l’ai promis, dit Rogue en lui pressant gentiment l’épaule.
- Vous lui direz… non… rien…ne lui dites rien… ou alors juste que je pense à elle… que tout ira bien.
Rogue hocha lentement la tête, sans que ses yeux noirs et compatissants ne le lâchent, puis il transplana, le laissant seul.
Draco se sentait épuisé. Il ne parvenait même pas à se souvenir de la dernière fois où il avait passé une bonne nuit de sommeil. Après s’être dévêtu, il se glissa dans les draps frais et il s’endormit presque aussitôt. Mais derrière ses paupières closes, fourmillait une multitude de cauchemars. Il voyait Dumbledore tomber indéfiniment de la tour. Il voyait Potter, sa baguette pointée sur sa gorge, le traiter d’assassin. Il voyait un éclair vert et meurtrier frapper sa mère en pleine poitrine. Il voyait les Mangemorts pousser la porte de sa chambre d’hôtel et l’assassiner dans son sommeil.
Il se réveilla en sursaut et en sueur presque toutes les heures et ce n’est que quand les premières lueurs de l’aube pointèrent derrière les rideaux qu’il sombra enfin dans un sommeil comateux et sans rêves.
HPHPHPSeverus Rogue était prosterné aux pieds du Seigneur des Ténèbres, les yeux baissés sur ses genoux. Autour de lui, les Mangemorts formaient un arc de cercle menaçant.
- Tu peux te relever, fit la voix glaciale de Voldemort.
Rogue s’exécuta.
- Amycus m’a relaté les évènements de la nuit. Où est le jeune Draco ?
- Je ne sais pas, Maître. Le Manoir était vide.
- Voilà qui est terriblement … fâcheux. Se pourrait-il qu’il ait déserté nos rangs ?
- Je ne sais pas, Maître. C’est une possibilité.
- Il n’a pas tué Dumbledore.
- Non, Maître.
- C’est toi qui l’a fait, Severus.
- Oui, Maître.
- Peux-tu m’expliquer pourquoi ?
- Draco semblait sur le point de flancher et nous avions très peu de temps. Alors, j’ai pris sur moi de m’en charger. Le résultat n’est-il pas le même ?
- Pas exactement, non.
Il eut un rire sifflant et Rogue tressaillit.
- Un Malfoy incapable de tuer. Je ne pensais pas voir le jour où cela arriverait. Rien n’arrêtera donc la déchéance de cette famille. Quelle déception… Je fondais tant d’espoir dans cette jeune recrue…
Voldemort secoua lentement la tête, comme si cette nouvelle l’accablait vraiment et il se mit à faire les cent pas, la démarche souple, le regard flamboyant. Il semblait réfléchir. Il finit cependant par se tourner vers Rogue et il leva nonchalamment sa baguette.
- Endoloris, dit-il sur le ton de la conversation et Rogue s’écroula sur le sol, le corps parcouru de spasmes. Des hurlements aigus sortirent de sa gorge alors que la douleur, irrépressible, semblait envahir chaque organe, chaque parcelle de sa peau. Puis elle cessa, aussi brusquement qu’elle était apparue.
- C’est douloureux, n’est-ce pas ? susurra Voldemort.
- Oui Maître, souffla Rogue.
- Vois-tu, mon cher Severus, même si ce que tu as accompli ce soir m’apporte une grande satisfaction, je suis obligé de te punir… tu n’as pas obéi à mes ordres…
Il rangea sa baguette dans la manche de sa longue robe noire et fluide, l’air subitement très satisfait alors que pantelant, Rogue cherchait à reprendre son souffle.
- Bien, n’en parlons plus, déclara Voldemort, balayant ce qui venait de se passer d’un mouvement leste de la main. Dumbledore est…mort, après tout.
Il fit une pause, l’air soudainement émerveillé.
- Dumbledore est mort… répéta t-il.
On aurait dit qu’il faisait rouler ce son sur sa langue, savourant chaque mot, chaque sonorité.
- J’attendais cela depuis si longtemps… c’est presque aussi délectable que si je l’avais fait moi-même… Quand je pense à ce cher, ce très cher Harry, privé de son mentor, j’en éprouverais presque de la pitié… presque…
Il rit à nouveau, de ce rire qui ressemblait étrangement à un sifflement reptilien, froid au point de glacer le sang des Mangemorts dans leurs veines. Ils craignaient leur Maître autant qu’ils pouvaient l’adorer, l’admirer et s’ils l’imitèrent, riant à gorge déployée, c’était plus par devoir, par habitude qu’autre chose. Ils savaient que Voldemort aimait avoir un public fervent. Peut-être que Rogue lui-même aurait ri, pour parfaire la comédie qu’il servait à « son Maître », s’il n’avait pas eu autant de mal à respirer.
- Mes chers Mangemorts, déclara Voldemort, j’ai une nouvelle mission pour vous. Tâchez de ne pas me décevoir. Il est temps que nous resserrions l’étau autour de Harry, que nous bouleversions un peu plus ses repères. Je veux le briser. Je veux que le jour où il se trouvera en face de moi, il ne soit plus que l’ombre de lui-même et qu’il me soit alors aisé de l’achever. La mort de Sirius Black et celle de Dumbledore ont été plus que satisfaisantes mais ce n’est pas encore suffisant…
Il fit quelques pas vers les Mangemorts alignés, comme un général inspectant ses troupes.
- Pour le moment, j’attends de vous une toute petite chose, si facile que cela pourrait presque vous sembler ennuyeux… mais rassurez-vous, ce ne sera que la première d’une longue série de missions visant à son anéantissement le plus total. J’attends qu’il ne reste plus un seul mur debout au 4, Privet Drive, que Harry ne puisse plus jamais retourner dans cet endroit où il se sentait tellement en sécurité (n/a : je ne sais pas si c’est techniquement possible mais pour les besoins de l’histoire, il fallait que ce le soit !) et, bien évidemment, si les Moldus sont présents, vous les ferez… disparaître, surtout cette infâme Pétunia (il cracha son prénom)... la protection vient d’elle après tout, de son sang. Vous aurez même le droit de vous… amusez avec eux…
Les Mangemorts eurent un sourire cruel derrière leur masque.
Voldemort semblait sur le point de sortir lorsqu’il se ravisa, une main aux longs doigts squelettiques recourbée, telle une serre, autour de la poignée de la porte qu’il avait entrouvert.
- J’allais oublier : si jamais elle survit, vous relâcherez Narcissa, elle ne m’intéresse plus mais si, par le plus chanceux des hasards vous croisez le jeune Draco… tuez-le. Je veillerai personnellement à vous récompenser pour cela, d’autant plus si vous le faites souffrir.
La porte s’abattit sur la haute silhouette de Voldemort et un peu plus tard, quand il fut certain d’être seul, Rogue se courba en deux et vomit.
HPHPHPAu 4, Privet Drive, un coup de téléphone réveilla Vernon Dursley au milieu de la nuit. Un homme à la voix grave, qui se disait médecin, lui annonça que sa sœur Marge avait fait une attaque cardiaque et qu’elle était entre la vie et la mort. A l’aube le lendemain matin, ils quitta sa maison accompagné de sa femme Pétunia et de son fils Dudley.
Au milieu de l’après-midi, les Dursley trouvèrent la tante Marge chez elle, en excellente forme.
« Une attaque ? s’exclama-t-elle. Qui a bien pu vous faire croire une chose pareille ? Vous auriez au moins pu téléphoner pour vérifier, au lieu de débarquer chez moi comme ça ! »
Après avoir longuement fulminé contre l’auteur de ce canular, Vernon Dursley décida que puisqu’il était là, il en profiterait pour passer la semaine en compagnie de sa sœur, même si cela voulait dire qu’il devrait aussi supporter la présence de ses douze molosses.
Au même moment, à Little Whinging, sa maison fut réduite en cendres et la déception fut grande, pour les Mangemorts, quand il se rendirent compte qu’elle était vide.
HPHPHP
Les jours passèrent et, alors que tout le monde sorcier convergeait vers Poudlard pour rendre un dernier hommage à Albus Dumbledore, Draco, enfermé dans sa chambre d’hôtel, s’enfonçait peu à peu dans une apathie proche de la dépression.
L’isolement le rendait fou. Les quatre murs de sa chambre lui faisaient l’effet d’une prison. Il tournait en rond, ne sachant plus quoi faire de lui-même, ressassant les erreurs qu’il avait commises. Il dormait mal. Mangeait peu. Comblait l’ennui en lisant. Résistait tant bien que mal à son envie de se cogner la tête contre les murs.
De toute sa vie, il n’avait jamais été aussi seul.
Depuis sa fenêtre, il voyait défiler les premiers jours de l’été à une lenteur insoutenable. Chaque minute lui semblait une éternité à elle toute seule. Assis sur le rebord de la fenêtre, le menton appuyé sur ses genoux repliés, il regardait les moldus passer dans la rue. Ils s’affairaient à quelques mètres de lui, si vivants, si heureux, complètement inconscient qu’invisible à leurs yeux, un mage noir cherchait à tous les exterminer.
Et Draco se surprit à les envier un instant de leur bienheureuse ignorance.
HPHPHP
Le lendemain, à quelques centaines de kilomètres de là, Harry Potter se retrouva assis dans le Poudlard Express, sans doute pour la dernière fois de son existence. La joue appuyée contre la vitre, les paupières closes, il faisait semblant de dormir, écoutant d’une oreille distraite le bavardage de ses amis.
Depuis les funérailles de Dumbledore, il ne souriait plus vraiment, ou du moins plus de manière aussi franche et sincère que d’ordinaire et ses yeux restaient toujours un peu trop ternes, un peu trop absents. Sa tristesse ne faiblissait pas, même quand il tentait, en vain, de la transformer en une froide et solide détermination. Mais c’était au delà de ses forces. Pour le moment, il se sentait complètement englué dans son propre chagrin, comme s’il était prisonnier de sables mouvants : plus il se débattait, plus il semblait s’enfoncer.
Harry entendit la porte du compartiment coulisser mais il garda les yeux obstinément fermés, ce dont il se félicita quand il entendit Ginny grogner et Ron dire « il dort, vous voyez bien !» d’une voix autoritaire où perçait l’impatience. C’était au moins la quatrième fois que cela arrivait depuis le début du voyage. La curiosité malsaine des élèves les menaient tous là, devant la porte de son compartiment.
Ils ont du se donner le mot, ce n’est pas possible ! pensa amèrement Harry. Ils doivent espérer que s’ils sont un nombre suffisants de casses-pieds à me harceler je finirai par leur donner tout un tas de détails croustillants sur ce qui s’est passé cette nuit-là…
Tous cherchaient à en savoir plus sur la mort de Dumbledore. Mais lui, n’avait pas la moindre envie d’en parler.
- C’est stupide, fit la voix de Ginny, mais un instant je me suis presque attendue à voir entrer Malfoy et ses gorilles.
- On ne peut pas dire que ses petites visites courtoises vont me manquer, déclara Ron qui était assis à côté de Harry.
- Oh, tu sais, moi j’avais presque fini par trouver ça… divertissant, dit Ginny.
Au son de sa voix, Harry devina qu’elle souriait, de ce sourire espiègle et rusé qui creusait d’adorables fossettes sur ses joues piquetées de tâches de son. Son cœur eu un sursaut de tendresse qu’il ignora volontairement.
- Quand je pense qu’il y a tout juste un an, on le hissait sur le filet à bagages… il me semble qu’il ressemblait plus à une limace qu’à un être humain, à cette époque là ! s’exclama Ron, mortellement sérieux, un brin nostalgique même.
- Oui, c’était le bon temps, ajouta Ginny avec un soupir tragique.
Ron et Ginny furent tous les deux secoués d’un interminable fou rire.
- Vous ne devriez pas vous moquer ainsi de Malfoy, les coupa Hermione d’un ton désapprobateur. Qu’est-ce qui nous dit qu’il n’est pas mort à l’heure qu’il est ?
- Hermione, gémit Ron, ne me dit pas que tu éprouves de la compassion pour la fouine, maintenant !
- Ron, n’as-tu rien écouté de ce que nous a raconté Harry ?
- Bien sûr que si, protesta Ron, la bouche pleine.
- Dans ce cas tu devrais te rappeler que Voldemort le menaçait de mort, lui et sa famille !
- Et alors ?
- Et alors ? s’écria Hermione en refermant brutalement le livre qu’elle tenait sur ses genoux. Que serais-tu prêt à faire, toi, pour sauver un membre de ta famille ?
- Foncer tête baissé dans l’antre d’un Basilic avec mon meilleur ami ? hasarda t-il.
Un petit sourire se dessina au coin des lèvres de Harry.
- Exactement ! fit Hermione, triomphalement.
- Et qu’est-ce que ça prouve ? demanda Ron, qui ne semblait pas le moins du monde impressionné.
- Tu es vraiment désespérant… ce que ça prouve, c’est que Malfoy se retrouvait avec un seul choix : soit il tuait Dumbledore comme on le lui avait demandé, soit c’étaient sa mère et lui qui se faisaient tuer ! A sa place qu’aurais tu fais ?
- Je n’aurais jamais tué Dumbledore ! s’exclama Ron avec fougue.
- Justement il ne l’a pas fait ! Et si tu te rappelles bien de ce que Dumbledore a dit : « toutes ses tentatives ont été bien timides » !
- Oui, il a juste failli me tuer moi à la place de Dumbledore !
- Ron, tu sais très bien ce que je veux dire…
- Non justement, je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que tu t’inquiètes tellement du sort de Malfoy ? demanda Ron.
- Je trouve juste que dans toute cette histoire, lui aussi a été une victime !
- Je ne peux pas croire que tu viennes de dire ça ! s’écria Ron, scandalisé.
Harry ouvrit les yeux et se racla la gorge. Ron, Hermione et Ginny sursautèrent et se tournèrent vers lui d’un même mouvement.
- Harry… on t’a reveillé… dit Hermione, penaude.
- Non...Non... dit-il en cherchant ses lunettes à tâtons.
Ginny, qui était assise en face de lui, les lui remit sur le nez avec un sourire. Ses doigts frôlèrent « innocemment » ses tempes et tout le corps de Harry se crispa.
- Elles cognaient sur la vitre, expliqua-t-elle, j’ai pensé que tu serais plus à l’aise sans.
- Hum… Merci, Gin… bredouilla-t-il, mal à l’aise, les yeux baissés sur ses mains.
Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Pourquoi avait-il autant de mal à lui parler, parfois même à simplement la regarder ? Pourquoi ne supportait-il plus qu’elle le touche, même de la plus anodine des manières ? Il savait que cela n’avait rien à voir avec de la nostalgie ou des regrets car il avait pris la bonne décision, il en était certain. Non, ce qui le perturbait, c’était que Ginny n’avait pas renoncé à lui, qu’elle ne l’avait pas pris au sérieux. Il le voyait dans ses sourires, dans ses regards, dans son besoin incessant qu’elle avait de le toucher sous n’importe quel prétexte. Elle ne semblait pas remarquer qu’il ne répondait pas à ses sourires, qu’il fuyait son regard et qu’il se raidissait à chaque fois qu’elle approchait sa main. Harry aurait voulu qu’elle abandonne mais il ne se sentait pas le courage de le lui demander. C’était trop tôt et surtout trop cruel.
Harry ne savait même pas ce qu’il ressentait vraiment pour elle. Il l’aimait bien, beaucoup même, il avait été heureux avec elle, mais il avait manqué quelque chose, une étincelle. Il ne l’aimait pas comme il s’était toujours imaginé aimer la personne avec qui il partagerait sa vie. Lui, voulait un amour entier, passionnel, accaparant et pour Ginny, ce qu’il ressentait était, au mieux, de la tendresse, au pire, seulement de l’amitié et il savait que c’était loin, très loin, d’être suffisant. Comment expliquer, sinon, qu’il n’ait jamais éprouvé le moindre désir pour elle ?
- Tu voulais nous dire quelque chose… à propos de Malfoy, demanda Ron, plein d’espoir.
- Oui… dit Harry. En fait, je suis assez d’accord avec Hermione, sur ce coup là…
Ron poussa un grognement et se prit la tête dans les mains.
- Harry, pas toi aussi ! Par quoi est-ce que vous avez été contaminé tous les deux : le syndrome de la compassion aveugle ?
- Ron, crois-moi je n’ai rien oublié ! Ni ses insultes, ni son comportement odieux mais je crois que cette année il a … changé.
- Changé ? s’écria Ron en bondissant de son siège. A quel moment exactement ? Quand il t’a cassé le nez ou quand il a essayé de te lancer un sortilège impardonnable ?
- Non, Ron ! dit Harry en élevant légèrement la voix. Quand il s’est rendu compte qu’il était incapable de tuer Dumbledore et que cela causerait sa mort ! Tu n’étais pas là Ron, ni quand je l’ai surpris en train de pleurer, ni en haut de la Tour d’Astronomie quand c’est arrivé. Peut-être que si tu avais été témoin de sa peur et de sa détresse, tu verrais les choses autrement !
- Pas sûr, marmonna Ron en se rasseyant.
- Il avait abaissé sa baguette Ron, ça me suffit. C’est Rogue qui a tué Dumbledore… pas Malfoy ! Et puis, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il est sans doute beaucoup plus facile d’être à notre place qu’à la sienne. Vous et moi, nous sommes nés du bon côté. Mais quelle aurait été notre position dans cette guerre, si comme Malfoy nous étions nés du mauvais côté, élevés par des parents Mangemorts ? Si toute notre vie, on nous avait répété que nous venions d’une « race supérieure » et que ceux qui n’en faisaient pas partis ne valaient pas la peine de vivre ou du moins pas sur un pied d’égalité ? Nous aurions sans doute été conditionnés pour penser de la même manière. Si tous les enfants de Mangemorts sont en passe de devenir des Mangemorts eux-mêmes, ce n’est pas parce qu’ils ont ça en eux mais parce qu’on les a éduqué comme ça, dans cette sorte de « tradition familiale » qu’il faut respecter à tout prix sous peine, sinon, de devenir un traître et de se faire renier ou tuer ! Mais l’inverse est aussi vrai : la plupart des enfants de ceux qui ont combattu Voldemort par le passé sont passibles de le combattre à leur tour. C’est l’ordre logique des choses. Mais il y a aussi des exceptions. Il y a ceux qui, comme l’a fait Queudver, passent du bon côté dans le mauvais, c’est le choix de la facilité ! Plus rares, il y a ceux qui choisissent de quitter le mauvais côté pour le bon et ça c’est une preuve de courage ! Je pense qu’en refusant de tuer Dumbledore, Malfoy a fait un pas du bon côté… peut-être définitif ou peut-être que ça ne durera pas et qu’il deviendra un véritable Mangemort mais tant que je n’en aurais pas la certitude je ne perdrais pas de temps inutile à le haïr… J’ai trop à faire pour ça…
Quand il eut fini de parler, tous le regardaient, la bouche ouverte, l’air complètement ébahi.
- Harry, demanda Ron, amusé, en haussant les sourcils, depuis quand est-ce que tu nous répètes ce petit discours ?
- Longtemps, avoua Harry avec un petit sourire penaud.
- En tout cas, je ne peux qu’approuver ce que tu viens de dire, dit Hermione, admirative, avant de lancer un regard assassin à Ron.
- Ginny ? demanda doucement Harry.
Ses yeux bleu foncé étaient posés sur lui, impénétrables et Harry avait l’impression qu’ils lui brûlaient la peau.
- Tu n’as rien dit...
- C’est parce que je ne sais pas vraiment quoi te dire, répondit-elle en replaçant une mèche rousse derrière son oreille. Mes idées ne sont pas très claires.
- Essaye...
- Harry… j’aime Bill… Et… Bill ne ressemble plus vraiment à Bill… En fait, quand je le regarde, je n’arrive même plus à le reconnaître… Je sais que c’est Greyback qui a fait ça et pas Malfoy mais c’est quand même lui qui a fait entrer les Mangemorts dans l’Ecole ! Pour l’instant, je lui en veux trop pour pouvoir le considérer comme une victime, je ne sais même pas si je serais un jour capable d’envisager de lui pardonner…
- Je comprends.
- Et bien moi c’est tout vu, dit Ron, si je croise la fouine sur mon chemin… couic…
Il fit mine de tordre le cou à une fouine imaginaire et Hermione poussa un profond soupir avant de se replonger dans son livre.
- Ce serait dommage, dit-elle distraitement, il est quand même sacrément sexy !
De surprise, Ron sembla un instant s’étouffer avec sa propre salive.
- Qu’est-ce que tu as dit ? demanda-t-il, les yeux ronds comme des billes.
- Hein ? Oh, rien du tout… dit-elle avec un petit sourire innocent.
- Si, protesta t-il vivement. Tu as dit que tu trouvais Malfoy… sexy !
Il fit une grimace dégoûtée.
- Ah…ça ! fit-elle en haussant les sourcils. Tu penses que ce n’est pas le mot approprié ?
- Evidemment que ce n’est pas le mot approprié ! Tu aurais du dire, je sais pas moi…répugnant, abject, prétentieux !
- Bien sûr… bien sûr…, dit-elle sans le lever le nez de son livre. Mais bon, il y a quand même son corps de rêve… sa peau pâle… ses yeux gris… ses cheveux blonds… la finesse de ses traits… si on fait abstraction du caractère infect et du petit côté Mangemort, ça reste le garçon le plus sexy de Poudlard, non ?
- Hermione !
Elle se contenta de hausser les épaules, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres. Quand elle releva la tête, elle rencontra les deux émeraudes malicieuses de Harry qui l’observaient. Il secoua la tête d’un air clairement amusé.
Quant à Ginny, elle semblait avoir beaucoup de peine à refouler son fou rire.
Ron eut un petit soupir dramatique et se tourna vers Harry. Il posa une main sur son épaule, l’air soudain très solennel.
- Harry, mon vieux, rassure moi, tu n’as pas été contaminé par ça aussi ? Je t’en supplie, dis-moi que tu ne trouves pas la fouine sexy… implora t-il.
Harry leva les yeux au ciel.
- Siiiii, dit-il d’un ton faussement appréciateur, admets Ron qu’il a quand même une sacrée paire de fesses !
Ron lui donna une petite tape sur la tête et bientôt, tous les quatre riaient aux éclats.
HPHPHPAlors qu’ils descendaient sur le quai de la voie 9¾, où Mr et Mme Weasley les attendaient, la bonne humeur de Harry fondit comme neige au soleil. Le sourire accueillant des parents de Ron et Ginny vacilla légèrement quand il se posa sur lui et Harry sentit l’appréhension venir à l’assaut de son estomac.
- Venez, dit Mme Weasley, en prenant le bras de Ginny pour l’entraîner avec elle.
Ils se rangèrent tous les six dans la file d’attente qui se massait déjà devant la barrière magique qui les séparait de la partie moldue de la gare de King’s Cross.
- Vous en faites une tête, que se passe t-il ? demanda Ginny, qui regardait ses parents en fronçant les sourcils.
- Il y a un petit changement de programme, annonça Mr Weasley en prenant la cage d’Hedwige des mains de Harry. Nous vous emmenons Square Grimmaurd.
Il avait baissé la voix en prononçant les deux derniers mots si bien que Harry ne fut pas certain d’avoir bien entendu. Mais quand il vit les regards compatissants que lui jetèrent ses amis, il sut, à son plus grand désespoir, qu’il ne s’était pas trompé.
- Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée, dit-il. J’ai promis à Dumbledore que je retournerai à Privet Drive jusqu’à ma majorité.
- Harry mon chéri, dit Mme Weasley en lui pressant gentiment l’épaule, c’est malheureusement impossible. La maison de ton oncle et ta tante n’existe plus.
- Pardon ? fit Harry, abasourdi.
- Elle a été soufflé par une explosion, acheva Mr Weasley. Je suis vraiment désolé, Harry.
Il avala péniblement sa salive et respira profondément pour calmer le tremblement de ses mains. Il comprenait maintenant pourquoi Mr Weasley avait tant tenu à s’occuper de la cage d’Hedwige. Sous le coup de la surprise, Harry l’aurait certainement laissé tomber.
- Et les Dursley, est-ce qu’ils étaient…dedans ? demanda t-il finalement, le cœur battant la chamade.
- Non Harry, dit Mr Weasley, rassure-toi, ils vont bien.
Son rythme cardiaque retrouva immédiatement un tempo normal.
- Apparemment, ils étaient en vacances chez ta tante Marge, ajouta Mme Weasley.
- C’est bien la première fois que je suis content qu’elle existe, celle-là, murmura Harry.
Ron éclata de rire mais sa mère le fit taire d’un regard furieux et il sembla légèrement se tasser sur lui-même.
- Est-ce que ça va aller mon chéri ? demanda Mme Weasley à Harry. Tu dois être bouleversé…
- Et bien… On ne peut pas dire que je sois vraiment bouleversé, vous savez… ce n’est pas comme si cette maison était vraiment la mienne et que j’y avais été heureux. Je ne sais même pas si elle me laissera un seul bon souvenir. Je suis juste rassuré qu’ils aillent bien… je ne me serais jamais pardonné s’ils avaient du mourir à cause de moi… Mais autrement…
Il haussa les épaules, ne sachant pas trop comment finir sa phrase.
- Pourquoi est-ce qu’on ne va pas au Terrier, demanda Ron en se grattant l’arrête du nez d’un air perplexe.
- Pour des raisons de sécurité, dit Mr Weasley.
En voyant que ses enfants protester à grands cris, il leva les mains en signe d’apaisement.
- La décision est prise, il n’y a pas matière à discuter.
- Papa, gémit Ginny. Je n’ai pas la moindre envie de retourner dans cette vieille bicoque.
- Moi non plus, protesta Ron. Pas avec l’autre cinglée dans son portrait qui hurle dès qu’on a le malheur d’éternuer un peu trop fort.
- J’avoue que moi non plus je n’ai pas tellement envie de remettre les pieds là-bas, dit Harry, en essayant de masquer sa tristesse du mieux qu’il le put. D’ailleurs êtes-vous certains que le Square Grimmaurd soit un endroit sûr ? Rogue a très bien pu donner l’adresse à Voldemort.
- Nous sommes obligés de prendre le risque, c’est le lieu le mieux caché que nous aillons pour le moment. Les barrières magiques ont été renforcées si bien qu’aucune personne dotée de la marque des Ténèbres ne peut franchir les murs de la maison. Mais pour le moment nous n’avons eu aucun soucis et je crois que si Rogue avait du nous trahir, il l’aurait déjà fait.
- Vous croyez ça ? fit Harry d’un air sceptique.
Mr Weasley haussa les épaules.
- Donc si j’ai bien compris, on va fêter le mariage de Bill et Fleur là-bas ? dit Ginny, soucieuse de détourner la conversation.
- Bien sûr que non ! dit Mme Weasley d’un ton soudain beaucoup plus joyeux. Il aura lieu en France chez les parents de Fleur. Nous avons tout arrangé avec eux, ils sont en train de sécuriser leur maison et de tout préparer…
- En France ! s’exclama Ginny, si excitée qu’elle sautillait presque sur place. Voilà qui change tout !
Ron passa son bras autour des épaules de Harry.
- Harry mon vieux, à nous les petites françaises ! s’exclama t-il avec un sourire goguenard.
Pétrifié par le regard féroce que lui envoya Ginny, Harry eut la présence d’esprit de ne pas acquiescer et voyant qu’Hermione ne valait guère mieux, il lança un regard lourd de sens à son meilleur ami qui comme à l’accoutumée le comprit de travers.
- Je voulais dire, à moi les petites françaises ! corrigea t-il en se frottant les mains.
Les bras de Harry en tombèrent et il fit une petite grimace d’excuse à Hermione accompagné d’un regard amusé qui voulait dire « fallait pas le provoquer » Haussant les épaules, elle lui rendit un sourire complice qui semblait signifier « il l’avait mérité » et repensant à l’épisode Lavande Brown, Harry se dit qu’elle n’avait sans doute pas tord.
Une fois la barrière franchie, ils quittèrent la gare de King’s Cross et s’engagèrent à pieds dans le Londres Moldu. Harry marchait à côté de Ron à une bonne distance du groupe. Devant eux Ginny, Hermione et Mme Weasley discutaient avec animation des tenues qu’elles porteraient au mariage de Bill et Fleur tandis que Mr Weasley, la cage d’Hedwige se balançant toujours au bout de son bras, marchait le long de la façade, perdu dans la contemplation des vitrines moldues avec un sourire béat.
- Harry, maintenant qu’on est tous les deux je crois qu’il va falloir que l’on est une petite discussion, dit Ron.
Harry poussa un soupir résigné et ne prit même pas la peine d’avoir l’air surpris. Pour être honnête, il s’était même attendu à avoir cette « petite discussion » bien plus tôt.
- A quel propos ? demanda t-il.
- A propos de Ginny… Hermione m’a dit que vous aviez rompu… ou plutôt que tu l’avais laissé tomber, dit Ron d’un ton accusateur.
- Ecoute Ron… c’est ma décision… je n’ai pas tellement envie d’en parler.
- C’est peut-être ta décision Harry, mais c’est ma sœur ! Et même si tu es mon meilleur ami… je ne supporterai pas que tu lui fasses du mal.
- Ron, c’est en restant avec elle que je lui ferais du mal… Voldemort l’utilisera contre moi à un moment ou à un autre… est-ce que c’est ça que tu veux ?
- Permets moi de te dire que ton raisonnement est complètement stupide !
- Ah oui ? fit Harry avec colère.
- Parfaitement ! répliqua Ron sur le même ton. Ginny savait précisément ce qu’elle faisait quand elle a commencé à sortir avec toi. Et bon sang, Harry… tout le monde a vu à quel point vous aviez l’air heureux ensemble… et quand je dis tout le monde, c’est tout le monde, enfants de Mangemorts et Rogue compris ! Si tu ne voulais pas la mettre en danger il ne fallait pas du tout sortir avec elle ! Maintenant le mal est fait et crois moi, ça lui est complètement égal… parce que ça fait des lustres qu’elle est amoureuse de toi ! Elle fait comme si de rien était parce qu’elle sait que tu es suffisamment malheureux comme ça pour ne pas en rajouter. Mais Hermione m’a dit à quel point elle souffrait de votre séparation… mais elle est tellement fière qu’elle ne te le dira jamais… (il soupira)… je ne te comprends pas Harry…
- Je dois me concentrer sur Voldemort.
- Et éloigner les gens que tu aimes ? Qui sont les prochains sur la liste ? Hermione et moi ?
- J’ai déjà essayé, marmonna t-il …mais vous êtes du genre têtus !
Ron ne put retenir un éclat de rire.
- Ginny aussi est têtue, une vraie tête de mule ! Je crois que tu ne vas pas t’en tirer aussi facilement avec elle !
Harry masqua la grimace anxieuse que lui inspirait la dernière phrase de Ron. Ce dernier redevint soudainement sérieux, fixant Harry dans les yeux d’un air grave.
- Fait ce que tu penses être le mieux… mais réfléchis à ce que je t’ai dit…
Harry hocha la tête et, l’œil soudain pétillant, il eut un sourire légèrement moqueur.
- Dis-moi Ron-Ron, depuis quand tu joues les experts en relations amoureuses toi ? Depuis ta fabuleuse histoire avec Lavande Brown ?
- Oh ça va ! s’exclama Ron en lui donnant un coup de coude dans les côtes.
Dix minutes plus tard, alors que la porte du 12, Square Grimmaurd se refermaient derrière eux, la nuit tombait déjà sur Londres.
HPHPHP
Draco n’avait pas réfléchi. Quand il avait vu Potter passer sous sa fenêtre, il avait bondi, enfilé un jean propre et un tee-shirt blanc à manches longues avant de sortir de sa chambre d’hôtel en courant. Il avait dévalé les escaliers, bousculant une vieille habituée sur son passage, avant de débouler au rez-de-chaussée. Il était passé, toujours en courant, devant la réception où la fille du propriétaire lisait un roman à l’eau de rose, les jambes croisées sur le comptoir. Les joues écarlates, elle lui avait fait un signe de la main et un sourire éblouissant auxquels il n’avait pas répondu.
Il avait poussé la porte et il était sorti dans la rue. L’air sur son visage, la lumière déclinante du soleil, le bruit des voitures et des conversations, tout cela l’avait un instant étourdi et il était resté un moment immobile, humant l’air tiède à pleins poumons, les paupières closes, un petit sourire aux lèvres. Plusieurs filles qui passaient sur le trottoir s’étaient retournées sur lui en chuchotant.
Se secouant un peu, il s’était ensuite mis à courir dans la direction où il avait vu partir Potter. Au pas de course, il avait slalomé entre les passants à la recherche d’une tignasse noire et décoiffée, de quatre têtes rousses et d’une longue crinière brune et touffue.
Mais au bout d’un quart d’heure à tourner et virer, il avait du se rendre à l’évidence. Il avait perdu leur trace.
Appuyé contre un mur, son tee-shirt et son visage trempés de sueur, il respirait bruyamment, cherchant à reprendre son souffle. La nuit était en train de tomber et les lampadaires projetaient déjà une lumière blafarde et artificielle sur ses cheveux et son visage.
Ce n’est pas le moment d’abandonner, pensa t-il. Ils ne doivent pas être loin, ils ont du bifurquer.
Il se remit à marcher et prit la prochaine à droite. Il se retrouva alors dans une ruelle étroite et sombre dont les caniveaux empestaient l’urine. Avec une grimace dégoûtée, il plaqua sa main gauche sur son nez et continua à avancer. C’était comme si tous les bruits de la ville avaient brusquement été engloutis par l’obscurité. Chaque son était désormais feutré et rendu plus inquiétant. Il avançait à tâtons, ses pieds frappant les pavés irréguliers de la ruelle et plusieurs fois, il se tordit les chevilles et faillit tomber.
La rue était un cul de sac et Draco soupira.
Il ne me reste plus qu’à rentrer à l’hôtel et à attendre que Rogue daigne se souvenir de mon existence…
Alors qu’il rebroussait chemin, il entendit un deuxième écho de pas se répercuter sur les murs de pierre et il se retourna. Personne.
Pour se rassurer, Draco glissa sa main dans la manche droite de son tee-shirt et ses doigts enserrèrent sa baguette magique. Si un petit malfrat cherchait à le dépouiller, il verrait de quoi était capable un Malfoy ! Les pas avaient cessé et le bout de la rue était proche. Draco voyait déjà les lumières de l’avenue principale et il entendait à nouveau le bruit des voitures. Son cœur s’allégea considérablement et il força encore l’allure.
Mais, alors qu’il passait devant un porche plongé dans l’obscurité, une lumière rouge passa à quelques centimètres au dessus de sa tête et Draco sentit les vibrations faire voler ses cheveux. Il se retourna d’un bloc, baguette brandie mais avant qu’il ait pu faire quoi que ce soit pour se défendre, un deuxième sort vint lui frapper le flanc droit.
Ses yeux s’écarquillèrent alors qu’une douleur fulgurante lui transperçait le ventre. Il sentait quelque chose de chaud et épais couler sur sa jambe et détremper son jean. Il pressa sa main sur sa hanche droite et un gémissement s’échappa de ses lèvres. C’était du sang. Il tomba sur les genoux, hoquetant de douleur avant de s’écrouler à même le sol, sur le dos, les yeux grands ouverts sur le ciel rempli d’étoiles.
Un visage grimaçant se pencha au dessus de lui.
- De la part du Maître, dit Amycus avec un sourire cruel avant de poser son pied droit sur la poitrine de Draco.
Les mains toujours pressées sur son flanc dans un geste aussi désespéré qu’inutile pour endiguer le flot de sang qui en jaillissait, Draco retint son souffle et ferma les yeux, terrifié. Il allait mourir, il le savait. La lueur meurtrière qui brillait dans les yeux d’Amycus le lui disait aussi clairement que des mots et aussi sûrement que le sang qui se répandait sur les pavés.
- Une dernière volonté, Draco ? demanda Amycus.
Pour toute réponse, Draco leva le majeur de sa main droite, un sourire sarcastique aux lèvres. Seul ses yeux auraient pu trahir la peur violente qui l’étouffait presque mais il avait pris soin de les fermer. Il savait que s’il les avait ouvert pour contempler son bourreau, il aurait perdu tout courage et qu’il l’aurait alors supplié de l’épargner, quel qu’en soit le prix.
C’est pourquoi il ne les ouvrit pas.
N’ai pas peur, se répétait-il. Tout sera bientôt terminé… Tu n’auras plus mal… plus peur… et tout ira bien… pitié… que tout se passe vite… qu’il ne me fasse pas souffrir davantage… pitié… je ne veux pas mourir… n’importe qui… ne me laissez pas mourir…
Une larme glissa sous sa paupière et coula le long de sa tempe avant de venir se perdre dans ses cheveux d’or, inaperçue.
Au même moment, Amycus souleva légèrement son pied et l’abattit violemment sur le torse fragile du garçon. Draco poussa un hurlement rauque quand il sentit ses côtes se briser. Mais, parce qu’il était enveloppé dans une bulle de silence magique, personne d’autre ne l’entendit.
HPHPHP
Pendant ce temps au manoir Malfoy, Severus Rogue aidait Narcissa à s’asseoir sur le large divan du salon. Cela faisait maintenant une semaine qu’elle avait été forcée à quitter sa maison. Les tortures infligées et la malnutrition l’avaient laissées profondément affaiblie. Son visage était si pâle qu’il faisait ressortir les cernes violettes qui encerclait ses yeux clairs. Ses cheveux blonds qui tombaient jusqu’à sa taille étaient sales et emmêlés. Sa silhouette était désormais si gracile qu’elle donnait l’impression qu’une simple bourrasque aurait pu l’emporter.
Si son corps avait du mal à se remettre, psychologiquement c’était encore plus difficile. Sachant que c’était pour elle la plus insupportable des tortures, le Seigneur des Ténèbres lui avait annoncé, avec un plaisir manifeste, le sort funeste qui attendait Draco et depuis, elle semblait constamment sur le point de fondre en larmes.
- Je voudrais voir mon fils Severus, déclara t-elle, le menton tremblant.
Rogue soupira et s’assit à côté d’elle. Il avait déployé tant d’énergie, entre deux missions, à essayer de la maintenir en vie qu’il n’avait même pas encore eu le temps d’emmener Draco Square Grimmaurd, comme il lui avait promis.
- Pour le moment, c’est malheureusement impossible, lui dit-il.
- Tu ne comprends pas Severus, dit-elle en tournant vers lui ses yeux tourmentés, j’ai besoin de le voir… je voudrais juste… le serrer dans mes bras… sentir son odeur… Dis moi où il est… je t’en supplie…
- Je ne peux pas, Narcissa, ce serait trop dangereux pour lui.
Elle baissa les yeux et essuya du revers de sa main les larmes qui coulaient à présent sur son visage. Elle se leva et, le dos voûté, fit quelque pas jusqu’à la cheminée où elle saisit une des nombreuses photos de Draco qui trônaient sur le rebord. De son doigt tremblant elle caressa la joue de son fils qui souriait derrière la glace, de ce sourire en coin qui n’était qu’à lui, un peu étrange et toujours sarcastique et qui donnait l’impression que seule la moitié de sa bouche souriait.
- Regarde comme il est beau Severus, dit-elle d’une voix brisée. Il a toujours ressemblé à un ange.
Mais… pourquoi s’est-il enfui, Severus, pourquoi ? Le Maître lui aurait pardonné…
Rogue se leva à son tour et se posta derrière elle.
- Aurais tu voulu qu’il devienne un Mangemort ?
- Evidemment ! s’écria-t-elle en se retournant. C’était son destin… Lucius et moi, nous l’avions préparé pour ça… Tout aurait du être parfait… les deux hommes de ma vie auraient du se retrouver dans les bonnes grâces du Seigneur des Ténèbres… Cela ne devait pas se passer comme ça… il a tout gâché Severus ! Dumbledore mort, il devait devenir quelqu’un d’important…
Rogue se rembrunit.
- Regarde où j’en suis aujourd’hui, continua-t-elle, d’une voix aiguë qui frôlait l’hystérie. On m’a déjà enlevé mon mari… on veut aussi me prendre mon fils… Pourquoi ? Dis moi pourquoi ? Et que deviendra-t-on quand le Maître aura gagné cette guerre ? Qu’est-ce que je deviendrais s’il tue mon fils… mon petit garçon…
Elle s’effondra en pleurant dans les bras de Severus qui lui caressa maladroitement le dos.
- Il a fait son choix et tu dois l’accepter, sans le juger. Comme moi je l’ai fait. Et c’est justement pour que le Seigneur des Ténèbres ne te le prenne pas que je ne peux pas te dire où il est. Fais moi confiance. Tout ira bien pour lui.
Elle s’écarta de lui et renifla.
- Je crois que je vais aller prendre un bain, je me sens si sale, dit-elle d’un air las, avant de quitter le salon d’un pas traînant, la photo de son fils toujours pressée contre son cœur.
La porte claqua derrière elle et Severus se rassit dans le canapé en soupirant. Comment une mère pouvait-elle être déçue que son fils n’ait pas réussi à tuer un vieil homme ? Comment une mère pouvait-elle souhaiter qu’un jeune homme innocent se retrouve l’esclave d’un Mage Noir cruel, sanguinaire et impitoyable ? Il n’arrivait pas à le comprendre. Si lui avait eu la chance d’avoir un fils comme Draco, il aurait tout fait pour l’éloigner de cette guerre, pour qu’il vive sa jeunesse dans l’insouciance, pour qu’il n’ait pas à faire si tôt un choix qui engageait sa vie et celle de sa famille. Narcissa aimait sincèrement son fils, sans doute plus que tout, mais Rogue ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle l’aimait mal.
Une sorte de craquement se fit alors attendre et il releva la tête. Bellatrix Lestrange venait de transplaner et se précipitait vers lui, l’air particulièrement angoissé.
- Rogue, cria-t-elle, bon sang, je te cherchais partout… Il est arrivé quelque chose à Draco…
Le cœur de Rogue manqua un battement.
- Qu’est-ce que tu dit ?
- Amycus prétend l’avoir mortellement blessé. Il dit qu’il l’a croisé dans le centre de Londres et qu’il l’a laissé à moitié mort dans une ruelle mal famée… il est parti avertir le Maître pour le cas où celui-ci voudrait l’achever lui même.
- Est-ce que tu as le nom de la rue ? demanda Rogue, précipitamment.
Elle hocha la tête et lui tendit un morceau de parchemin.
- Tu sais ce que tu risques, Bellatrix ?
- Le Maître peut me punir autant qu’il veut, je m’en contrefiche. Draco est mon neveu.
- Je m’en occupe.
HPHPHP
Dans la ruelle sombre et étroite, l’odeur de sang, écœurante lui souleva le cœur et sa main se crispa convulsivement sur son estomac douloureux.
- Lumos, souffla Rogue.
Une lumière floue éclaira la ruelle et révéla l’horreur que l’obscurité avait trop longtemps réussi à cacher. Draco baignait dans une marre de sang. Son visage était encore plus pâle que d’ordinaire, blanc comme de la craie, cireux. Ses paupières étaient closes et du sang coulait de sa bouche sur son menton ainsi que dans son cou. Ses cheveux n’étaient plus de ce blond cendré si caractéristique des Malfoy mais rouges et poisseux et ses vêtements étaient imbibés de sang. Seul le soulèvement irrégulier de sa poitrine indiquait qu’il était encore vivant.
Rogue se précipita vers lui et s’agenouilla à ses côtés.
- Draco, appela-t-il doucement.
Le garçon ouvrit des yeux voilés et vitreux, étrangement fixes, qui semblaient regarder à travers lui. Mais cela ne dura qu’une fraction de seconde. L’instant d’après, les paupières est à nouveau closes et le corps inerte.
- Et merde, jura Rogue.
Du bout de ses doigts, il souleva précautionneusement le tee-shirt de Draco. Il y avait tant de sang sur la peau blanche et délicate du garçon qu’il ne parvint pas à distinguer où se situait vraiment la plaie. Il fit disparaître le liquide rouge et épais d’un mouvement de sa baguette avant de l’examiner à nouveau. Ses mâchoires se crispèrent et il ferma les yeux. Il y avait de quoi être inquiet. Le flanc droit était ouvert et la plaie, qui s’étendait de l’aisselle à la hanche, était longue et si profonde que Rogue pouvait percevoir la blancheur des côtes par endroits. Draco avait perdu une quantité de sang plus qu’alarmante et, à la respiration sifflante et au gargouillement qui montait dans sa gorge à chaque inspiration, Rogue devinait qu’une des côtes cassées avait abîmé ses poumons.
- Professeur…
Rogue sursauta et ses yeux rencontrèrent les prunelles grises et fixes de Draco. Ses lèvres remuaient à peine.
- Je suis là, Draco, tout va bien…
- Je vous ai attendu, Professeur… je vous ai attendu longtemps… pourquoi n’êtes-vous pas venu ? Pourquoi… m’avez-vous… abandonné ?
Rogue lui prit la main et la serra de toutes ses forces.
- J’ai été retenu plus longtemps que je ne pensais, je suis désolé, Draco, tellement désolé. Tout va bien se passer, je m’occupe de vous maintenant.
Les paupières de Draco papillonnèrent.
- Il fait si froid ici… et je suis si fatigué… peut-être que je pourrais juste… dormir… un peu…
Rogue retira sa cape et la posa délicatement sur le corps du garçon.
- Il faut que vous restiez éveillé Draco… tenez bon…
- Je suis en train de mourir… n’est-ce pas ? murmura t-il, d’une voix presque inaudible.
- Ne soyez pas ridicule ! répliqua Rogue, d’un ton féroce.
Devant la violente réaction de son professeur, Draco eut un faible sourire et Rogue remarqua alors que ses lèvres avaient pris une alarmante couleur bleuâtre.
- Je n’ai même plus mal… je crois que ce n’est pas bon signe… et je vous vois mal… c’est comme si j’avais quelque chose… devant les yeux… comme un voile…
Draco toussa et du sang se répandit à nouveau sur son menton. Rogue fouilla frénétiquement dans sa sacoche en cuir marron et en sortit une fiole au liquide ambré qu’il déboucha avant de la poser sur les lèvres entrouvertes.
- Il faut que vous avaliez ça, ordonna t-il, cela vous aidera à respirer.
Draco obéit avec une grimace et Rogue sortit une autre fiole de sa sacoche. Celle-ci était remplie d’un liquide épais d’une étrange couleur rouille qu’il versa dans la gorge du garçon.
- Pour ralentir les pertes de sang, expliqua t-il. Draco, c’est tout ce que je peux faire… je ne suis pas médicomage et si j’essayais de refermer la plaie moi-même, je risquerais de vous tuer… Nous allons transplaner, mais vous devez être conscient que ce n’est pas sans risques… le voyage peut vous être… fatal.
- Ce n’est pas grave… vous savez, je crois même que c’est mieux comme ça.
- Ne dites pas de bêtises…
- A quoi aurait ressemblé ma vie ?
- Vous n’êtes pas encore mort à ce que je sache… alors battez-vous !
Draco eut un petit rire brisé proche du sanglot et ses doigts se crispèrent soudainement sur la manche de son professeur.
- Mais je ne veux pas mourir, souffla-t-il, seulement je sens déjà la vie me quitter…
Des larmes coulaient maintenant sur le visage de Draco, traçant des sillons sur ses joues maculées de sang.
- J’ai tellement peur, hoqueta t-il.
- C’est normal…
- J’ai toujours été un trouillard… un faible…
- Vous n’êtes pas faible, Draco… n’importe qui aurait peur à votre place…
- Si ! Je suis faible… mon père n’a jamais cessé de me le répéter…
Ses sanglots redoublèrent. Des sanglots d’enfant qui le secouait tout entier. Rogue n’avait jamais rien vu d’aussi déchirant et, suivant son instinct, il souleva un peu le corps brisé de Draco et le serra contre lui, tendrement, comme l’aurait fait un père.
- Votre père se trompait, dit-il d’une voix enrouée. Il faut avoir beaucoup de courage pour faire le choix que vous avez fait… renoncer à l’héritage familial… vous mettre en danger par conviction… votre père n’a jamais eu ce courage-là… vous pouvez être fier de vous. Ce n’est pas au nombre de gens que l’on a réussi à tuer que l’on mesure le courage de quelqu’un, croyez-moi !
La tête posée sur son épaule, Draco plongea ses prunelles grises et hantées dans les yeux noirs de son professeur.
- Vous dites ça pour me rassurer… parce que vous savez que je vais mourir, dit-il d’une voix vacillante.
- Vous savez bien que c’est loin d’être mon genre, Draco ! Maintenant serrez ma main et accrochez-vous, nous allons transplaner.
Draco tendit une main tremblante et ses doigts, recouverts de son propre sang, enserrèrent faiblement le poignet de son professeur. L’instant d’après ils se trouvaient sur une petite place aux façades crasseuses et désolées.
- Le quartier général de l’Ordre du Phénix se trouve au 12, square Grimmaurd, Londres, murmura Rogue.
La porte apparut et Rogue fit asseoir Draco, qu’il tenait toujours contre lui, sur le perron. Il semblait respirer difficilement mais il avait survécu au voyage et Rogue soupira de soulagement.
- C’est ici que je vous laisse, dit-il.
Draco hocha la tête.
- Ils s’occuperont bien de vous, continua Rogue avec plus de conviction qu’il n’en ressentait réellement.
- Merci… pour tout, murmura Draco avant d’appuyer son visage contre la porte et de fermer les yeux.
Rogue émit une dernière pression rassurante sur la main inerte du garçon avant de lui jeter un regard inquiet. Draco semblait avoir perdu connaissance et Rogue, terrifié à l’idée que c’était peut-être la dernière fois qu’il le voyait vivant, dut se faire violence pour ne pas l’accompagner à l’intérieur. Détournant les yeux au prix d’un terrible effort, il frappa à la porte avec sa baguette et transplana.
A suivre…
Tout d’abord… merci d’avoir eu le courage de lire ce long chapitre jusqu’à la fin (qui a dit interminable ?)… je sais qu’il en faut !
Je sais aussi que le chapitre se termine de manière un peu… abrupte, dirons nous,… et que ça risque de vous laisser sur votre faim mais, comme je voulais vous donner envie de lire la suite, il fallait bien un peu de suspense ! Du genre… mourra… mourra pas… ? Insoutenable le suspense, n’est-ce pas ? Lol
Ensuite, désolée d’avance, il se peux que quelques fautes d’orthographe et de grammaire subsistent encore même après multiples relectures (multiples au point de me dégoûter de mon propre texte à vie…croyez moi… mais qui sait, dans quelques années peut-être que j’aurais le courage d’y rejeter un œil… sans rougir de honte, espérons-le !)
Enfin, last but not least, n’hésitez pas à me laisser une review ! Etant donné que c’est la toute première fic que j’écris… ce n’est forcément pas parfait…loin de là ! Donc si vous avez des remarques, des critiques, des conseils, des réclamations, laissez moi un petit mot, ça m’aidera forcément à avancer et à m’améliorer !
Voilà-voilà
Biz à tous et à la prochaine pour la suite…
Sillia…