Help
Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search
: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Anime/Manga » Finder Series » Finder No Nikui

Roshieru
Author of 11 Stories

Rated: M - French - Suspense/Angst - Reviews: 108 - Updated: 04-15-09 - Published: 09-12-06 - Complete - id:3150724

Commentaire : peut-être l’un des chapitres les plus durs à écrire (j’ai changé trois fois la scène de fin, dont une fois car je me suis rendue compte que ce que je voulais faire ne collait pas avec la personnalité d’un des personnages). Ecrire la conversation entre Iakov, Asami et Feilong n’a pas du tout était facile. Comme le chapitre fait déjà 11 pages word (presque 12), je suis revenue sur certaines idées mais elles seront intégrées dans les prochains chapitres. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire la scène finale, enfin surtout car j’adore mettre Mikhaïl en scène. Pour ceux qui se poseraient la question, « Betrayal » signifie « trahison ». Ce qui est drôle, c’est que je commence à regretter le manque de lemon depuis un certain temps alors que je n’aime pas spécialement en écrire. En même temps, ce n’est pas trop le moment de s’amuser (quoique, qui sait, dans le prochain chapitre…).

Chapitre 18 – Betrayal

« - Je suis venu vous proposer un accord. »

La voix de Iakov n’avait trahi aucune hésitation. Pourtant, il aurait eu des raisons de s’inquiéter. Les deux hommes d’Asami, qui se tenaient à présent juste derrière lui, lui avaient pris son arme. Feilong, bras croisés, le considérait avec une haine farouche alors qu’Asami conservait une expression impassible. Toutefois, à son regard venimeux, il se doutait que le sang du businessman japonais bouillonnait. La seule chose qui devait le retenir de lui faire payer l’enlèvement d’Akihito était la curiosité.
A sa grande surprise, ce fut Feilong qui parla en premier alors qu’il paraissait être celui qui avait le plus grand mal à gérer ses émotions et donc à établir un semblant de dialogue.

« - Rien de ce que pourrait proposer Mikhaïl ne saurait m’intéresser. Je le tuerai, quoiqu’il arrive. Mais pas avant de lui avoir fait comprendre qu’il n’a jamais été à notre hauteur. »

Iakov serra légèrement le poing, agacé que son employeur soit ainsi méprisé par les deux autres mafieux. D’une certaine manière, Asami et Feilong se respectaient. Ils étaient ennemis mais reconnaissaient le statut de l’autre. Mikhaïl n’avait jamais eu cette reconnaissance de leur part et ses dernières actions ne semblaient toujours pas les avoir impressionné, alors qu’il avait su frapper là où était leur cœur. Pourtant, ils auraient dû admettre que Mikhaïl menait la partie et qu’ils peinaient à le suivre…

En une autre occasion, Iakov aurait répliqué pour défendre son employeur et blesser Feilong dans son amour propre. Peut-être lui aurait-il même révélé comment le mafieux avait su manipuler Tomoki, alors qu’il n’en avait tiré aucune fierté jusqu’à présent et avait au contraire éprouvé une certaine pitié pour le garçon. Il s’en retint et se contenta de répondre calmement :

« - Mikhaïl ne sait pas que je suis ici. »

Asami s’approcha de lui. Tout japonais qu’il fut, il était un peu plus grand que Iakov, ce qui lui donnait l’opportunité de le toiser de haut. Pourtant, loin de se sentir écrasé par sa silhouette, le russe leva la tête pour le fixer droit dans les yeux. Il était venu négocier, non pas se soumettre, et il n’était pas dans son éducation d’implorer pour obtenir quelque chose, contrairement à ces fichus asiatiques qui abusaient des courbettes. Si Asami essayait de l’impressionner dans cet objectif, il perdait son temps. Iakov ne le supplierait pas et ce n’était pas un regard, aussi acéré fut-il, qui le ferait céder.

« - Chercherais-tu à le doubler, par hasard ?

« - Pas plus que de rejoindre votre camp, » s’offusqua Iakov qui n’aurait pas reconnu ouvertement une telle chose. « Tout ce que je souhaite, c’est que Mikhaïl sorte indemne de cette affaire.

« - Tiens donc. Je voudrais voir ça… »

L’amusement qui transparaissait dans le sourire et le regard d’Asami était une insulte plus cuisante que n’importe quel mot. L’homme d’affaires savait y faire pour trouver les points faibles de ses adversaires et il avait compris en un instant que le russe ne supporterait pas que l’on traite sa proposition avec légèreté. Iakov mit pourtant sa fierté de côté et, faisant fi de l’attitude moqueuse du mafieux, exposa ses intentions d’une voix calme.

« - Je peux vous aider à récupérer Akihito et Tomoki… intacts. En échange, je veux que vous laissiez la vie sauve à Mikhaïl.

« - En quoi ton aide serait-elle profitable ? » demanda Feilong qui était resté à distance. « Il nous suffit d’entrer de force et de tuer ceux qui tenteront de nous barrer la route. »

C’était le genre de réponses que Iakov avait craint mais il s’était préparé à l’avance à ce cas de figure. Il savait comment intéresser Asami et Feilong, quitte à devoir mentir un peu sur la situation exacte. Ils n’avaient pas à savoir qu’il n’était plus dans les petits papiers d’Arbatov, ni même que Tomoki était déjà à l’abri.

« - Mikhaïl donnera alors l’ordre de faire abattre vos deux protégés. Peut-être parviendriez-vous à le tuer, mais vous aurez tout perdu dans cette affaire. Je suis le seul à pouvoir protéger Akihito et Tomoki lorsque vous viendrez les chercher. Si je le pouvais, je vous les amènerais sur un plateau… mais il n’y a aucun moyen de les faire sortir sans qu’ils ne soient vus.

« - Je ne vois pas ce que tu gagnes dans tous ça, » l’interrompit Feilong avec méfiance. « Si tu les protèges, alors Mikhaïl te considérera comme un traître. Il te tuera. Es-tu prêt à te sacrifier simplement pour que nous laissions ton employeur en vie ? Je ne crois pas qu’une telle dévotion soit possible chez un russe comme toi. »

Iakov aurait dû se douter que le chef d’une organisation aussi rigide que Baishe mette en doute son sens de la loyauté. Sans doute imaginait-il que la droiture n’était qu’un trait propre aux membres de la Triade. Alors qu’il avait fait preuve de maîtrise jusqu’à présent, Iakov ne put s’empêcher de laisser tomber une remarque acide.

« - Oh, bien sûr, il faut dire que tes hommes sont tellement plus dévoués lorsqu’ils te trahissent pour les quelques billets que leur donne Mikhaïl.

« - Quoique tu en dises, Feilong soulève un point intéressant, » intervint Asami avant que la situation ne s’envenime entre les deux hommes. « Il y a plus de raisons de croire que Mikhaïl t’envoie pour nous tendre un piège que de penser que tu fais passer sa vie avant la tienne.

« - De toute manière, que vous acceptiez ou pas ma proposition, vous attaquerez tout de même. D’ailleurs, ce ne sont pas les plans de la villa que je vois sur cette table ?

« - Mais si nous acceptons ta proposition, tu sauras quand nous attaquerons et tu pourras le dire à Mikhaïl. Nous ne sommes pas… »

Asami fut interrompu par les nombreuses détonations qui éclatèrent au bas de l’immeuble. Quelqu’un les attaquait… et chacun d’entre eux savait de qui il s’agissait. Stupéfait, Iakov se tourna par réflexe vers la porte, puis sentit contre sa nuque l’acier froid du canon d’un pistolet.

« - Cela fait partie de ton plan ? »

Feilong s’était glissé derrière lui. A en juger par le ton malveillant de sa voix, il n’attendait que sa réponse pour pouvoir l’abattre. Plus que de Feilong, c’était d’Asami dont Iakov se méfiait jusqu’alors. Le chinois agissait selon ses émotions là où l’homme d’affaires restait inébranlable d’apparence. Il était impossible de le cerner ou de prévoir ses actions, ce qui le rendait plus dangereux. A en juger par l’arme qui s’appuyait juste à l’arrière de sa tête, peut-être que l’emportement de Feilong pouvait s’avérer plus dangereux encore. Asami, lui, n’avait esquissé aucun geste à l’inverse de son cadet. Avant de juger s’il devait tuer ou non Iakov, il semblait attendre ses explications.

Iakov fut pourtant incapable de trouver quoique ce soit à répondre. Il avait pourtant conscience que s’il conservait le silence, Feilong l’abattrait sans hésitation – tout comme il le ferait si la réponse ne lui plaisait pas. Mais l’inquiétude qui le dominait n’était pas causée par la perspective de mourir mais par l’incompréhension de la situation. Il était certain de ne pas avoir été suivi et il ne voyait pas comment Mikhaïl aurait pu apprendre son plan alors qu’il n’en avait parlé à personne. Même Tomoki ne savait pas ce qu’il faisait en ce moment même. Jusqu’à présent, il n’avait pas été non plus question d’attaquer Asami et Feilong mais de les laisser venir à eux. Il ne voyait pas Mikhaïl changeait ses plans du jour au lendemain. D’autant plus qu’un tel assaut aurait été imprudent.

Que se passait-il, au juste ?

« - Je vais te tuer, Iakov, et envoyer dans un joli colis ta tête à Mikhaïl.

« - Tu crois que Mikhaïl m’enverrait ici pour attaquer et ensuite me faire tuer ?

« - Une preuve de ta dévotion, » railla Feilong, prêt à appuyer sur la détente.

Asami lui saisit soudainement le bras tout en lui jetant un regard sévère. Feilong en fut contrarié car il avait l’impression que le japonais le réprimandait pour son emportement comme s’il… avait été un enfant. Les paroles suivantes d’Asami ne firent qu’augmenter son aigreur.

« - Il a raison. Mikhaïl perdrait son bras droit inutilement. Hors, il n’est pas encore suffisamment bête pour ça. Peut-être l’a-t-il fait suivre…

« - Non, j’en suis certain, » le coupa Iakov.

De mauvaise grâce, Feilong cessa de mettre Iakov en joue. En bas, les coups de feux n’avaient toujours pas cessé. Les hommes d’Asami et Feilong luttaient mais Iakov se demanda pour combien de temps encore. Il devait partir. S’il était découvert… Si l’un de ses compatriotes rapportaient ce qu’il avait vu à Mikhaïl… Son plan tomberait à l’eau. Pour peu qu’Asami et Feilong survivent à cette attaque, ils engageraient alors des représailles envers Mikhaïl, le tueraient et il aurait échoué à le protéger. Il ne pouvait tolérer pareil échec.

Iakov fit mine d’avancer vers la porte mais les deux hommes de main lui bloquèrent le passage d’un geste d’Asami.

« - Où crois-tu aller ? Rejoindre les hommes d’Arbatov, peut-être ?

« - Tu sais ce qui arrivera si quelqu’un me voit et s’échappe…

« - Il fallait y songer avant de venir ici, » rétorqua Asami avec autant de compassion que l’iceberg ayant coulé le Titanic.

« - De plus, si Mikhaïl te considère comme un traître, nous n’aurons plus à craindre que tu nous doubles, » ajouta Feilong avec un sourire en coin. « Si tu veux vivre, tu seras obligé de nous aider lorsque nous irons récupérer Tomoki et Akihito. »

Iakov serra les dents et baissa légèrement la tête. Bien entendu, il ne s’attendait pas à être bien reçu, ni à ce qu’il soit simple de gagner leur confiance, mais il se sentait piégé. Tout cela à cause de l’intervention des hommes d’Arbatov…

« - Sortons d’ici, » reprit Feilong. « Je vais donner à ces russes une raison de rentrer chez eux en pleurant. »

Asami plongea la main dans sa veste et en sortit son beretta. La remarque de Feilong avait imperceptiblement tirée ses lèvres en un sourire.

« - Tu es encore plus vindicatif qu’un japonais nationaliste rêvant de récupérer les îles Kouriles. »

Feilong n’eut aucune réaction au sarcasme d’Asami et le petit groupe quitta la pièce alors que lescoups de feu n’avaient toujours pas cessé.

Iakov eut un fourmillement dans le ventre et les muscles de ses épaules se contractèrent. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas été aussi nerveux. Feilong et Asami semblaient confiants mais il n’était pas certain que la fusillade qui avait lieu quelques étages plus bas tourne à leur avantage. Mikhaïl avait beaucoup d’hommes à Macao, des russes mais aussi des chinois alléchés par l’appât du gain. Quant à la police, elle viendrait à la fin des hostilités, afin de coffrer d’éventuels survivants et s’enorgueillir ensuite de son action contre la pègre. Les gens y croiraient benoîtement. Pendant ce temps, les chefs des organisations continueraient à se faire bronzer au bord de leurs immenses piscines tout en glissant des billets dans les soutiens-gorge bien remplis de prostituées. Dans le cas d’Asami et Feilong, sans doute étaient-ce de jeunes hommes alanguis. Il se demandait s’il ne valait pas mieux rapporter les têtes des deux mafieux à Mikhaïl et lui demander de laisser en paix Akihito et Tomoki, plutôt que de les remettre à ces deux pervers.

Iakov était tout à ses pensées lorsque devant lui Feilong fit un bond de côté pour se coller au mur. Il tira en direction de deux hommes qui avaient surgi au coin du couloir. L’échange de coups de feux ne dura guère et les deux attaquants s’effondrèrent. L’un des hommes d’Asami était blessé au ventre, l’autre était occupé à s’assurer que leurs agresseurs étaient bien morts. Iakov en profita pour tordre le bras de celui qui avait été amoché et lui arracher son beretta de force, avant de lui envoyer un coup de coude dans la mâchoire pour l’empêcher de toute riposte. Ce n’était pas une action très noble mais il n’avait jamais prétendu à la droiture.

En entendant le cri étranglé du blessé, Feilong et Asami se retournèrent. Il ne leur fallut qu’une seconde pour analyser la situation et encore moins pour pointer leurs armes sur Iakov. Bien qu’il en brûlait d’envie, le russe ne fit aucun geste pour se défendre et garda le pistolet contre sa cuisse, le canon orienté vers le sol.

« - Partez de votre côté et moi du mien. Si vous vous en sortez vivants, je vous recontacterai. »

Iakov recula lentement. Il n’était pas encore assez fou pour tourner le dos à deux types qui ne voyaient en lui qu’un ennemi.

Asami, comme en proie à l’hésitation, fronça des sourcils, puis releva légèrement le canon de son arme.

« - Laisse le partir, » fit-il à Feilong qui gardait le bras obstinément tendu.

« - Il m’en faut plus pour faire confiance à quelqu’un. S’il tient tant à nous aider, qu’il lâche cette arme et reste sage.

« - Serais-tu prêt à faire ce qu’exige Feilong ? »

Iakov ne se donna pas la peine de répondre, ni de rendre son arme. Son regard restait fixé sur Feilong et le défiait de tirer.

« - Nous n’avons pas le temps de nous quereller, » continua Asami d’un ton agacé. « Qu’il parte de son côté si cela lui chante. »

Sur ces derniers mots, Asami s’éloigna sans attendre Feilong et demanda à son employé d’aider le blessé à marcher.

Iakov et Feilong continuaient de se fixer en chiens de faïence, puis le russe esquissa un sourire.

« - On dirait qu’Asami est plus maître de soi que tu ne le seras jamais. Prends exemple sur lui.

« - Tu n’as jamais vu Asami en colère, Iakov.

« - Et toi, es-tu en colère ?

« - Je n’accorderais jamais ma confiance à un homme qui se montre prêt à trahir son chef.

« - Tout ce que je souhaite, c’est qu’il rentre en Russie en un seul morceau. Ce que tu appelles trahison est le seul acte de loyauté qui puisse le sauver.

« - Je doute que Mikhaïl partage cette vision des choses mais j’aimerai vraiment être là quand tu lui expliqueras. Ca s’annonce épique par avance. »

Feilong se détourna et marcha rapidement pour rejoindre Asami, qui ne l’avait guère attendu. Iakov resta un instant immobile. En une autre occasion, il n’aurait eu aucune hésitation à exécuter Feilong alors que celui-ci lui tournait le dos. D’ailleurs, cela aurait pu être une solution radicale à son problème. Plutôt que par une alliance, il pouvait aussi venir en aide à Mikhaïl en tuant ses deux adversaires de ses propres mains. Cependant, cela reviendrait à sacrifier Akihito. Il n’était pas certain que Mikhaïl aurait la bonté de le renvoyer au Japon… Il le ferait tuer ou pire…

C’était pour cela qu’il n’avait jamais cherché à s’attacher aux gens. Cela faisait naître des complications inutiles. Alors qu’il lui aurait suffit de viser et d’appuyer sur la détente, il s’en révélait incapable.


Toutes ces heures passées dans un placard à balais avait fait naître une seule et unique conviction chez Satoshi. Il était dans une sainte merde et c’était de la faute de sa fiancée. Lorsque ses parents l’avaient conçue, ils auraient dû penser à commander un surplus de neurones. Ainsi, il n’aurait pas eu l’immense honneur d’être « invité » par deux mafieux, ni de se retrouver enfermé sans savoir s’il serait encore en vie le lendemain parce que mademoiselle avait joué avec le feu.

A bien y réfléchir, il aurait dû écouter sa mère, devenir professeur de français et apprendre à cuisiner le bœuf bourguignon, plutôt que d’avoir envie de faire comme son père. Un honnête professeur n’était jamais en contact avec la pègre et ne risquait pas de se retrouver séquestré dans un placard, au beau milieu d’un pays étranger.

« - As-tu seulement pensé à moi ? » avait-il demandé après avoir hurlé sa colère pendant plusieurs minutes.

« - Je n’allais pas le laisser jouer avec la vie d’Akihito !

« - Si tu aimes tant Akihito, c’est lui que tu devrais épouser !

« - Ne dis pas ça !

« - Et c’est toi qui a joué avec sa vie dès le départ. Tout ça, ce n’est ni de la faute d’Asami, ni de celle de Feilong, ni même celle de ce Mikhaïl Arbatov. Qu’est ce que tu croyais ? Qu’il suffirait de recharger la partie au « game over », comme dans un jeu vidéo ? Tu te croyais dans l’un de tes mangas, peut-être ? Et maintenant, quoi ? Tu veux qu’Asami nous tue ? Continue comme ça, tu es sur la bonne voie ! »

Il avait fait pleurer Natsumi et n’avait trouvé aucun mot pour la réconforter, même lorsque sa colère l’avait quittée. Depuis qu’ils étaient enfants, Natsumi n’avait fait que lui causer des problèmes. Pourtant, ce n’était pas de sa faute, cette fois-ci. Après tout, ce n’était pas elle qui avait imaginé ce plan…

« - Quand je reverrai l’inspecteur Imamiya, je…

« - Tu ne feras rien, » le coupa Natsumi en reniflant. « Il te plierait en deux avant que tu n’aies levé le petit doigt. Oh… tu sais ce qui est vraiment merdique, Sato-kun ?

« - Tu veux dire, à part se retrouver enfermés dans un placard à balais et certainement pas parce qu’on cherchait un coin tranquille pour faire l’amour ?

« - J’ai raté la diffusion d’un super anime yaoi. »

Satoshi laissa échapper un ricanement.

« - Je vois que tu retrouves vite tes priorités, fille dépravée.

« - Au moins, ça te fait rire.

« - Alors, c’est que je dois vraiment être désespéré. »

Leur passionnante discussion trouva un point final lorsque de nombreuses détonations éclatèrent. Tous deux se levèrent mais, avant que Satoshi puisse préconiser la prudence, Natsumi tambourina à la porte de leur placard. Elle savait qu’Asami et Feilong avaient posté un homme devant celle-ci pour les surveiller.

« - Eh ! Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ! Laisse-nous sor… »

Elle ne put terminer lorsque Satoshi la tira en arrière d’un bras passé autour de sa taille et lui cloua les lèvres avec la main.

« - Mais ferme-la, espèce d’idiote ! »

Il ne savait pas à quelle distance se trouvait la fusillade, ni entre qui elle avait lieu, mais il ne tenait pas à attirer d’éventuels ennemis droit sur leur prison devenue entre temps une excellente cachette.

Durant plusieurs minutes, d’autres détonations résonnèrent. Il n’avait aucune idée de ce qui se passait mais cela devait bien valoir les guerres entre gangs aux Etats-Unis, du moins telles qu’il se les imaginait. Avec un pareil tintamarre, ils s’étonnaient de ne pas encore entendre les sirènes de la police. Celle-ci trouvait-elle plus simple de ne pas intervenir et de laisser les mafieux s’entretuer ? A moins qu’elle n’ait reçu l’ordre de ne pas se montrer… Quand il était entré dans la police, Satoshi avait vite mis son idéalisme dans sa poche et compris que quelques fonctionnaires corrompus suffisaient à entraver toute lutte contre la pègre.

Ils sursautèrent lorsque de nouveaux coups de feu détonèrent dans l’immeuble, cette fois-ci tout près d’eux. Le garde qui se trouvait à leur porte cria, puis se fut le silence le plus total. Rien ne se passa durant plusieurs secondes, puis la porte s’ouvrit…


Iakov toisa les deux gamins qui le fixaient avec inquiétude. Un homme normal se serait peut-être demandé pourquoi tous deux se trouvaient dans un placard à balais mais le russe avait d’autres chats à fouetter et se souciait peu des manigances d’Asami et Feilong. Ce n’était pas comme s’ils les avaient sauvés intentionnellement non plus. Sans dire un mot, il enjamba le corps de l’homme de main et poursuivit sa route, contournant les cadavres de ses « collègues », qu’il avait lui-même abattus. Lorsqu’ils l’avaient vu descendre l’escalier, ils lui avaient tiré dessus sans même poser de questions. Bien que sa présence en ces lieux avait dû les surprendre, il avait été étonné après coup d’une pareille attitude. Il était l’un des leurs.

Satoshi passa prudemment la tête dans le couloir. Il ne comprenait pas pourquoi l’homme les avait épargnés et n’eut pas l’occasion de s’interroger plus longtemps sur la question. Natsumi le bouscula soudainement pour ramasser l’une des armes et vérifier si elle était chargée. Il restait quelques balles mais elle ignorait si ce serait suffisant.
Ayant entendu le son métallique de l’arme lorsque Natsumi avait éjecté et remis le chargeur, Iakov se retourna et posa sur eux un regard froid.

« - Lâche cette arme, » marmonna discrètement Satoshi en saisissant la main de la journaliste.

« - Quoi ? Je n’ai pas envie de me faire tuer par les hommes de Mikhaïl !

« - C’est ce type qui va nous tuer si tu ne la lâches pas. Attendons l’arrivée de la police.

« - La putain de police de Macao ne viendra pas, pauvre con !

« - Êtes-vous en affaire avec Asami, ou Feilong ? » les interrompit Iakov qui avait laissé sa curiosité prendre le dessus.

Les deux jeunes gens relevèrent les yeux sur le russe. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’ils les comprennent, ni même à ce qu’il sache parler japonais. En dépit de son accent, il était parfaitement compréhensible. Une sueur glacée coula dans le dos de Satoshi. Ils étaient morts s’ils avouaient la vérité… Ce tueur ne chercherait pas un seul instant à comprendre la situation dans laquelle ils étaient et les abattrait… Il devait trouver quelque chose à dire mais son cerveau était totalement bloqué.

« - Oui, » répondit finalement Natsumi.

L’âme de Satoshi tenta de le quitter par toutes les pores de sa peau.

« - Non, ils nous ont kidnappés, » s’empressa-t-il de corriger.

« - Alors, vous devriez partir d’ici avant qu’ils ne vous récupèrent, non ? »

Satoshi resta incrédule. Il ne savait pas s’il devait remercier les kami et bouddha d’être encore en vie ou bien s’interroger sur l’attitude de l’occidental. Il était certain qu’il s’agissait d’un homme de Mikhaïl Arbatov et, pourtant, la réponse de Natsumi n’avait aucunement déclenché ses foudres. Mieux, il semblait totalement se moquer de leur « association » avec Asami et Feilong.

Malgré ce constat rassurant, il ne put s’empêcher de rabrouer Natsumi en aparté :

« - Réfléchis un peu avant de parler ! Il aurait pu nous tuer ! »

La jeune fille ne répondit pas. Son regard passait d’un cadavre à un autre et un frisson l’ébranla. Elle n’avait pas souvent eu l’occasion de voir des corps d’aussi près. Pourtant, lorsqu’elle releva les yeux sur Satoshi, elle fit de son mieux pour garder contenance et afficher une expression qui se voulait impassible.

« - Attendre la police ne serait pas une bonne idée, » ajouta Iakov qui n’avait visiblement rien perdu de leur échange précédent. « Ils ne seront pas ravis de trouver deux ressortissants japonais sur les lieux d’une fusillade. »

Satoshi jeta un regard inquiet vers Natsumi, s’attendant à ce qu’elle fasse une nouvelle bourde en expliquant que son petit ami était lui-même policier ou quelque chose comme ça, mais la jeune fille resta silencieuse. Quel soulagement…

Sans rien ajouter de plus, Iakov retourna à l’escalier avec l’intention de rejoindre le rez-de-chaussée. Natsumi posa la main sur le bras de Satoshi.

« - Nous devrions le suivre, non ?

« - Pourquoi ? C’est un russe. Tu veux qu’Asami et Feilong nous tuent ? »

Natsumi haussa des épaules pour éluder cette possibilité, ce qui eut le don d’accentuer son stress.

« - Nous ne savons pas s’il est avec Mikhaïl. C’est peut-être un agent double.

« - Aucune chance. On n’est pas dans James Bond, » rappela Satoshi sans cacher son agacement.

Sa réplique eut autant d’effet qu’une aiguille sur une bombe nucléaire prête à exploser. Natsumi emboîta le pas à Iakov et Satoshi fut contraint de suivre, ramassant une arme au passage.


Du haut des marches, Feilong posa un regard dégoûté sur le hall de l’immeuble.

« - Depuis ta petite excursion sur mon bateau, je n’ai pas subi de défaite plus déshonorante, » avoua-t-il, les lèvres tremblantes de courroux.

« - Je prends ça pour un compliment, » rétorqua Asami tout en s’allumant une cigarette. « Mais tu devrais t’estimer heureux d’être en vie au lieu de pleurer sur ton honneur. »

Feilong quitta du regard les nombreux corps qui baignaient dans leur sang. Savoir que les hommes d’Asami n’avaient pas survécu non plus et que ceux de Mikhaïl avaient aussi payé un lourd tribut n’était qu’une maigre consolation. Cet affront cuisant lui donnait l’impression d’avoir échoué en tant que leader de Baishe et pour un motif peu honorable : il avait sacrifié beaucoup de ses hommes pour récupérer une personne qui n’apporterait rien à l’organisation. Si son père était encore en vie, qu’aurait-il pensé… ? Il avait commis une erreur tactique en obéissant à ses sentiments et Mikhaïl en avait profité pour lui porter un coup dur. Baishe n’était pas détruite pour autant, loin de là, mais il était certain que ses subalternes remettraient en question ses talents et chercheraient à l’évincer. Qu’adviendrait-il de l’organisation si une lutte fratricide s’engageait ? Mikhaïl en profiterait sans doute… Asami aussi, peut-être… Et que dire des autres Triades ?

« - Veux-tu rentrer à Hong Kong ? » demanda Asami comme s’il devinait ses pensées.

« - Je dois tuer Mikhaïl.

« - Tu oublies la proposition de Iakov… »

Feilong garda un silence éloquent. Asami ne pouvait comprendre dans quelle position il se trouvait à présent. Même s’il pouvait être considéré comme un acteur de la pègre japonaise, il n’avait rien d’un yakuza prisonnier d’une hiérarchie ambitieuse et envieuse. Sa fierté était toute personnelle et l’échec ne faisait que susciter sa colère, plus dévastatrice qu’un typhon. Il se moquait bien de « perdre la face » et de ce que pouvait penser ses hommes de ses actions. Il ne rendait de comptes qu’envers lui-même et n’aurait permis à personne d’autre de le juger. Feilong aurait voulu qu’il en soit de même pour lui mais les Triades suivaient des lois aussi rigides que celles des yakuzas. Lorsqu’il échouait, ce n’était pas une simple question de fierté mais tout simplement de survie. Il lui fallait prouver sa valeur en tant que chef ou mourir : ainsi pensait bon nombre de ses hommes.

Feilong fit mine d’avancer mais sentit la main d’Asami se refermer sur son bras.

« - Ne fais rien d’inconsidéré.

« - Je ne pensais à rien de tel, » répliqua le chinois, piqué au vif par l’insinuation.

L’éclat du regard d’Asami ne fut que plus intense alors qu’il plissait les paupières. Bien malgré lui, Feilong s’en sentit troublé et cela ne fit qu’intensifier son agacement.

« - Oh si, tu pensais à pénétrer dans la villa de Mikhaïl pour le noyer dans sa propre piscine. Comme l’aurait fait le tueur que j’ai rencontré il y a longtemps. Mais cette fois-ci, tu pourrais subir plus qu’une morsure de chien…

« - Qui t’autorise à me sermonner de la sorte ? Et qui te permet de me toucher comme ça ? »

Un sourire étira lentement les lèvres d’Asami et Feilong regretta ses paroles alors que le japonais jetait sa cigarette par terre pour l’écraser du pied.

« - Voudrais-tu que je te touche d’une autre manière, Feilong ? » s’enquit-il d’une voix suave.

Feilong dégagea son bras d’un geste brusque tout en maudissant son éternel antagoniste. Alors qu’il s’apprêtait à l’invectiver sèchement pour son impudence, il aperçut Iakov par-dessus l’épaule d’Asami, ainsi que les deux tourtereaux qui avaient malheureusement survécus. La colère qui brûlait en lui ne fut que plus intense encore.

« - Toujours en vie ? »

Iakov avança jusqu’à la hauteur d’Asami et de Feilong tandis que Satoshi et Natsumi stoppaient net. Le policier pria pour que sa petite amie daigne pour une fois tenir sa langue et laisse les meurtriers s’expliquer entre eux.

« - Alors, que comptez-vous faire à présent ? Ma proposition tient toujours… »

Feilong se détourna d’un air rageur, laissant à l’évidence la décision finale à Asami. Il ne se sentait pas suffisamment maître de lui-même pour une discussion en tête-à-tête avec l’ennemi. Il avait conscience au fond de lui que Iakov représentait sans doute leur unique chance de contrer Mikhaïl mais placer sa confiance en une personne telle que lui le rendait malade. Plus encore que celui de voir le sang de ses hommes rougir le carrelage du hall.

« - Nous l’acceptons mais ce n’est pas le moment d’en discuter en détail, » déclara Asami, faisant référence aux sirènes encore lointaines de la police.

« - Je serai à Hac Sa Beach demain soir. C’est au Sud de Coloane. »

Iakov ajouta, après un temps de silence :

« - Et ces deux là ? »

Satoshi tressaillit lorsqu’il comprit que l’on parlait de Natsumi et lui. Pendant un instant, il avait cru qu’ils avaient été oubliés, à son plus grand soulagement.

Asami darda sur eux un regard âpre et méprisant, puis laissa échapper un discret soupir.

« - Des amis d’Akihito. Ils viennent avec nous. »

Hélas, fut tenté d’ajouter Feilong qui aurait adoré savoir comment la police de Macao aurait réagi en trouvant un membre des forces de l’ordre japonaise sur les lieux d’une fusillade. Peut-être que Satoshi et sa fiancée auraient pu goûter aux joies des prisons chinoises, aux tentatives de viols, de meurtres, tout ça...

Iakov, pour qui le sort de Natsumi et Satoshi était accessoire désormais, s’apprêta à descendre les marches de l’escalier. Ce fut alors qu’il perçut un mouvement juste au niveau de la porte d’entrée. Quelqu’un écoutait leur conversation… Il appuya sur la détente de son arme mais le chargeur était vide. Avant qu’Asami et Feilong n’aient eu le temps de réagir, il avait déjà sauté en bas des marches et franchit la distance qui le séparait de l’entrée.

Feilong fit mine de le suivre mais, encore une fois, Asami le retint fermement.

« - Laisse-le régler ça. Il y a une sortie par l’arrière. Partons d’ici avant que la police n’arrive. »


Iakov avait poursuivi le fouineur jusqu’à une ruelle étroite qui se terminait en cul-de-sac. Bien que légèrement essoufflé par sa course, il n’eut guère de difficultés à prendre le dessus dans l’empoignade qui s’ensuivit et à mettre son adversaire à terre. Il lui tordit le bras, prêt à le casser, tout en posant le pied sur son torse pour le maintenir au sol.

Iakov reconnut l’une des petites frappes qu’il avait aidée à entrer au service de son employeur. Ce type n’avait survécu que par miracle à la fusillade et non par ses talents. En surprenant la conversation, sans doute s’était-il déjà vu justement récompensé par Mikhaïl. Il avait eu tort de le sous-estimer et comprendrait bien vite son erreur…

« - Alors, qu’as-tu entendu ? » demanda Iakov tout en lui tournant un peu plus le bras.

« - Rien du tout. »

Un sourire sadique étira les lèvres de Iakov et il lui déboîta le coude d’un coup sec. Ses hurlements étaient de bon augure quant à la suite. Même la pire des brutes se mettaient à pleurer pour peu qu’on sache y faire. Bientôt, il lui confesserait tous ses crimes avec bien plus d’ardeur que devant un prêtre.

« - Pourquoi Mikhaïl a donné l’ordre d’attaquer ?

« - Va te faire foutre ! »

Iakov effectua une nouvelle torsion sans sourciller et laissa sa proie gémir quelques instants avant de reprendre la conversation.

« - Tu as la clavicule déboîtée. Je peux aussi te casser l’humérus ou les radius et cubitus, ou encore les métacarpes. A moins que tu ne préfères que je ne m’attaque aux phalanges, une à une. Certains se demandent pourquoi Mikhaïl m’apprécie. Comme tu le vois, ce n’est pas pour mon sens de la diplomatie. Alors, qu’as-tu à me dire ?

« - Je fais juste ce qu’on me dit de faire, expliqua-t-il dans un gémissement.

« - Quelle surprise… » ironisa Iakov en lui saisissant le pouce.

« - Dimitri… Il a dit que Mikhaïl voulait se débarrasser d’Asami et de Feilong cette nuit ! »

Iakov fronça les sourcils. Il était surpris de cette décision hâtive de la part de son employeur et agacé qu’il passe par le cancrelat Dimitri pour faire suivre un ordre aussi crucial. Un autre point le chagrinait : Mikhaïl était parfois inconscient mais il savait que le sacrifice de ses hommes le mettait directement en danger si Asami et Feilong survivaient. Ce qui était le cas. Il y avait anguille sous roche.

« - Vraiment ? J’ai une autre question : pourquoi m’a-t-on tiré dessus ?

« - Mikhaïl… Il a dit que tu étais un traître. Et il avait raison. »

Le tueur fut aussi choqué que rendu furieux par cette réponse. Il ne pouvait imaginer que l’homme envers qui il avait été si dévoué ait donné l’ordre de le tuer. Mikhaïl avait-il appris qu’il gardait Tomoki chez lui ? C’était une hypothèse envisageable mais il n’imaginait pas son employeur demander de l’abattre à vue pour cela. A moins que…

« - Est-ce bien Mikhaïl qui l’a demandé ou Dimitri qui a transmis le message ? »

N’obtenant qu’un silence éloquent, il relâcha le gangster et le toisa tandis qu’il serrait son bras désarticulé en gémissant. Avec les cris qu’il avait poussé, il aurait été étonnant que le voisinage n’ait pas déjà averti la police. L’immeuble où avait eu lieu la fusillade n’était qu’à quelques rues. Elle serait bientôt là.

« - Merci de ta coopération, » lâcha-t-il froidement.

Iakov saisit le pistolet que l’homme de main avait laissé tomber durant leur bagarre. Quelle chance : il était encore chargé. Il enfonça le canon dans la bouche de l’homme, appuya sur la détente et envoya sa cervelle éclabousser le macadam.


Akihito brûlait en enfer. C’était du moins ce que son corps s’escrimait à lui dire.

Il ouvrit lentement les yeux et des lucioles flottèrent au plafond. La lampe l’aveuglait. Il plissa fortement les paupières et battit des cils, essayant de s’habituer à la clarté alors que sa tête s’adonnait à un cours de salsa.

Le sol s’enfonçait sous le poids de son corps et il finit par s’apercevoir qu’il était allongé dans un lit. Sa position n’était pas inconfortable, s’il omettait le fait qu’on lui avait attaché les mains sur le devant. Les cordes étaient si serrées qu’il ne les sentait presque plus.

Alors qu’il commençait à explorer la chambre du regard, il se rendit compte d’une présence. Mikhaïl était là, appuyé contre un mur. La seule chose qu’Akihito parvint à noter était que son jeans usé détonnait avec son statut de parain. Il le savait : ce n’était qu’un sale petit fils à papa doublé d’un sadique.

« - Je commençais à croire que le médecin s’était trompé et que tu allais mourir. »

Le ton froid de Mikhaïl était aussi agréable à entendre qu’une scie circulaire. Akihito tourna la tête de l’autre côté.

« - Parfois, tu as les cheveux lisses et parfois les cheveux ondulés, c’est trop bizarre.« - Tu as une côte fracturée mais pas d’hémorragie interne. Il ne m’avait pas dit que le cerveau serait atteint, » constata Mikhaïl avec un soupçon de doute dans la voix, passant la main dans ses cheveux comme pour vérifier les dires d’Akihito.

Le photographe ne répondit pas. Son corps était si douloureux qu’il était incapable de dire si la souffrance était plus importante à l’une de ses côtes ou pas. Mais si le médecin le disait, c’est que cela devait être vrai. Il avait entendu dire une fois qu’une côte cassée n’était pas bien grave. Il espérait que le premier médecin à avoir prétendu ça était mort d’en d’atroces souffrances.

« - Pourquoi tu restes là ? » finit par demander Akihito, énervé de sentir le regard de Mikhaïl posé sur lui.

« - Au sujet de Iakov…

« - Je t’ai déjà tout dit. »

Mikhaïl s’apprêtait à reprendre la parole, lorsque Dimitri entra dans la chambre. Les deux hommes s’adressèrent des regards hostiles, ce qui ne manqua pas d’échapper à Akihito. Si ces deux là se faisaient confiance, il voulait bien être transformé en petit chaperon rouge. Non, mauvaise idée. Les méchants loups lui courraient déjà après, ce n’était pas ça qui allait arranger son affaire.

« - Je savais que je vous trouverais là.

« - Pourquoi viens-tu me déranger ?

« - J’ai le regret de vous dire que l’opération a en partie échoué. »

Akihito ne comprenait pas l’échange en russe entre les deux hommes mais à en juger par l’expression de stupeur de Mikhaïl, quelque chose n’allait pas. Cela ne contribua pas à le rassurer.

« - De quoi parles-tu ? s’exclama Mikhaïl.

« - Oh, c’est vrai, j’ai oublié de vous prévenir. J’ai demandé à nos hommes d’attaquer Asami et Feilong. Malheureusement, si leur camp a subi de lourdes pertes, ils ont tout deux survécu.

« - Tu as fait… quoi ? »

Les lèvres de Mikhaïl tremblaient de rage et son regard s’était fait venimeux mais Dimitri se mit à sourire sans s’en soucier.

« - J’espérais pouvoir donner une issue rapide à cette affaire ridicule. Il semble que cela ait partiellement échoué. »

Il poussa un soupir d’un air accablé.

« - Je vais devoir reconsidérer mes plans. »

Mikhaïl saisit impulsivement Dimitri par le col. Lui éclater la tête ne serait même pas suffisant pour calmer la colère qui s’insinuait en lui comme une giclée d’acide.

« - Tu as sacrifié mes hommes, alors qu’il suffisait d’attendre qu’Asami et Feilong se jettent d’eux-mêmes dans la gueule du loup ? Et tu l’as fait sans même me consulter ?! »

Dimitri ne semblait guère impressionné par la fureur qui se dessinait sur le visage de Mikhaïl. Il laissa échapper un rire amusé et insolent. Deux hommes entrèrent à leur tour dans la chambre, le genre d’hommes qui devait être spécialisé dans l’art de plier de différentes manières les membres humains. A coup sûr, il n’égalait cependant pas l’efficacité de Iakov en la matière. Dimitri se dégagea d’un coup sec et toisa son employeur.

« - Tu es capricieux et stupide, Mikhaïl Arbatov. Une fois débarrassé d’Asami et de Feilong, je comptais en faire de même pour toi. Tu as la chance d’avoir un petit sursis. »

Mikhaïl ne répondit rien. Que pouvait-il dire ? Dimitri le trahissait et puisque les deux hommes qui étaient entrés ne cherchaient pas à le faire taire, il était clair que tous s’étaient ligués contre lui. Profitaient-ils de l’absence de Iakov…? Alors, son bras droit était donc plus craint que lui-même ? C’était amusant, bien qu’il n’y ait pas de quoi rire.

« - Tu ne dis rien ? » demanda Dimitri qui semblait déçu du manque de réaction de Mikhaïl.

« - Je n’ai pas envie de te donner de quoi bander. »

Courroucé, Dimitri fit un geste de la main. L’un des hommes frappa violemment Mikhaïl au visage.

Akihito, qui avait observé la scène, sursauta lorsque Mikhaïl reçut le coup de poing sans même chercher à s’écarter. Il s’agissait de ses hommes, non ? Pourquoi s’en prenaient-ils à lui ? Et pourquoi ne se défendait-il pas ? Que se passait-il au juste ?

Mikhaïl porta la main à sa mâchoire, puis essuya le sang qui coulait au coin de ses lèvres fendues avec ses doigts.

« - Et maintenant, je t’excite plus ? » s’enquit-il d’un ton lascif.

Un nouveau coup l’obligea à poser un genou à terre. Alors qu’il crachait un peu de sang sur le sol, Dimitri reprit la parole :

« - C’est pour cela que plus personne ne te fais confiance. Tu n’es qu’un efféminé.

« - … Mais j’ai plus de succès avec les femmes que toi, Dimitri, » ricana-t-il tout en relevant la tête.

Akihito perçut dans le regard du blond un éclat meurtrier. Avant que les deux hommes qui protégeaient Dimitri aient pu faire un seul geste, Mikhaïl s’était jeté sur lui. Tous deux chutèrent à terre, Mikhaïl au dessus de Dimitri. Ses mains serrèrent sa gorge pour l’étrangler alors qu’un sourire ravi grandissait sur ses lèvres.

Même en s’y mettant à deux, les gardes du corps peinèrent à arracher Mikhaïl de leur nouvel employeur mais, lorsque ce fut fait, ils ne se gênèrent pas pour le passer à tabac. Tout en portant la main à sa gorge douloureuse, Dimitri se releva. Le plaisir de voir Mikhaïl roué de coups ne parvenait pas à effacer l’humiliation qu’il venait de subir. Son départ précipité de la chambre ne passa pas inaperçu auprès de Mikhaïl alors qu’il recevait un nouveau coup dans l’estomac.


Return to Top