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Anime/Manga » Detective Conan/Case Closed » Raconte moi une histoire
Claude le noctambule
Author of 51 Stories
Rated: T - French - Romance - Ai Haibara & Ran M. - Reviews: 2 - Updated: 09-30-06 - Published: 09-26-06 - id:3172048

Chapitre 2

« C'est l'histoire d'une petite fille qui savait plus de choses que la majorité des adultes, infiniment plus de choses, beaucoup plus de choses, beaucoup trop de choses…Des choses qu'elle aurait voulu oublier, des choses qu'elle n'aurait jamais voulu apprendre pour avoir envie de les oublier ensuite… La recette de l'élixir de Jouvence… Les secrets d'une organisation que seul un petit Sherlock Holmes pouvait détruire… A quel point une grande sœur pouvait être précieuse…et à quel point on ne pouvait vraiment se rendre compte de la valeur du peu qu'on avait qu'à partir du moment où on vous avez arraché ces petites choses si douces mais si fragile… Il ne fallait pas grand-chose pour les faire disparaître, non vraiment cela ne demandait aucun effort…Presser la détente d'un revolver suffisait. Cette petite fille aurait voulu ne pas le savoir…Mais il y a beaucoup d'autres choses qu'elle aurait voulu savoir, des choses que tous les autres enfants connaissaient sans avoir besoin de les apprendre, des choses que les autres enfants faisaient sans même y penser alors que c'était si difficile pour elle… Rechercher les caresses des autres…Pleurer leur absence…Demander à quelqu'un de la combler…

Le regard de cette petite fille était si effrayant, si glacial lorsqu'elle l'avait détourné du mien la première fois qu'elle l'avait croisé…Mais avec le temps, j'ai fini par comprendre que ce n'était pas les yeux de cette petite fille qui m'effrayait mais ce qui s'y reflétait, ce que ses yeux avait contemplé et qui ne pouvait pas s'effacer... Des monstres bien plus effrayant que ceux qui peuplaient les cauchemars de la petite fille que j'avais été, des monstres aussi effrayant que cette femme qui m'avait appelé son ange, des monstres qui était terrifiant parce qu'ils n'étaient pas des monstres mais des êtres humains, des monstres qu'elle continuait de voir près d'elle chaque fois qu'elle se retrouvait seule… Et cette petite fille m'a aussi appris que la solitude n'est jamais aussi terrifiante que lorsqu'on est au beau milieu d'une foule…Oui, on peut se sentir seule, toute seule, alors qu'on est entouré de toute part… »

Haibara le savait… Elle savait qu'être auprès de Conan Edogawa revenait à voir en l'espace de quelques mois plus de cadavres qu'un médecin légiste n'en voyait défiler sur sa table d'opération en trente ans de carrière, plus de meurtriers qu'elle n'en avait déjà fréquenté elle-même au cours de son ancienne vie. Et elle savait que quitter la maison du professeur Agasa pour aller vivre au cabinet de consultation du détective Mouri revenait à fréquenter son petit docteur Watson encore plus qu'elle ne l'avait déjà fait ces derniers mois.

Mais elle savait aussi que cela lui permettrait également de sentir en permanence auprès d'elle la présence d'un petit imbécile qui était persuadé qu'un détective pouvait provoquer la chute d'une organisation criminelle à lui tout seul, et qui, parfois, lui donnait envie de le croire, elle aussi. Mais surtout, elle savait que cela lui permettrait d'être auprès d'une jeune fille naïve qui lui rappelait tant sa grande sœur et qui avait déjà fait plusieurs fois avec elle ce qu'une morte ne pouvait plus faire.

Shiho Miyano savait qu'un détective, aussi brillant soit-il, ne pourrait jamais faire face à ses ex-collègues, elle savait aussi que Ran Mouri n'était pas Akemi. Elle avait beau avoir l'apparence d'une fillette, elle n'en était plus une depuis longtemps, elle ne confondait plus ses rêves avec la réalité, pas plus qu'elle ne confondait ses souvenirs avec ceux qui les faisaient ressurgir dans sa mémoire. Ai Haibara désirait plus que tout n'être rien d'autre qu'une petite fille naïve perdue dans ses rêves, et c'est bien pour cela qu'elle avait accepté la proposition de celle qui regrettait de ne pas avoir eu une petite sœur…

Mais une adulte ne pouvait pas jouer éternellement le rôle d'une petite fille, en tout cas elle ne pouvait pas le faire au milieu de ce bâtiment où elle avait accompagné Kogoro Mouri, sa fille et son petit assistant involontaire. Pas au milieu de cette foule vêtue de noir.

Elle aurait pu faire une remarque sarcastique sur l'ironie du sort, un meurtre perpétué au beau milieu d'un enterrement, pas un son ne s'échappa de ses lèvres tremblotantes tandis qu'elle avait inconsciemment serré la main de Conan dans la sienne, de la même façon qu'elle l'avait fait dans cet hôtel lors d'une certaine nuit enneigée.

Shinichi Kudo comprenait très bien l'origine du malaise de celle qu'il avait juré de protéger, aussi n'avait-il rien fait pour libérer sa main de celle qu'il était pratiquement obligé de traîner avec lui dans cette foule de suspect potentiels qu'il observait d'un regard qui n'était pas celui d'un enfant venu accompagner un détective. Une foule si dense qu'au cours d'une bousculade il fût forcé de lâcher, l'espace d'un instant, la main qui s'accrochait à la sienne comme une naufragée se serait accroché à sa planche de salut.

Il ne l'avait lâché qu'un seul instant, mais cela avait été suffisant pour que la chimiste se retrouve seule au beau milieu de cette foule qui lui apparaissait comme une horde de corbeaux la fixant d'un regard avide, comme s'ils savaient déjà qu'elle n'était qu'un petit cadavre en sursis sur lequel ils allaient bientôt se précipiter.

Haibara n'avait jamais autant ressemblé à une petite fille qu'en cet unique instant, une petite fille terrifié qui était seule face aux souvenirs d'une adulte, une adulte qui se remémorait ce qui s'était passé dans des circonstances similaires.

Lorsqu'elle sentit deux bras la soulever doucement par derrière, de la même manière que l'avait fait Pisco il y a quelques mois, la fillette entrouvrit la bouche mais le seul son qui s'en échappa fût un hoquet inaudible. Elle pouvait hurler pour appeler à son aide celui qui l'avait entraîné ici, elle le pouvait mais elle ne le voulait pas… Ou pour être plus précis, elle désirait plus que tout au monde le faire, mais elle ne voulait surtout pas attirer l'attention sur son compagnon d'infortune par son appel au secours désespéré…C'était un miracle qu'ils aient pu échapper à Gin dans cet hôtel… C'était aussi un miracle qu'un membre de l'organisation les ait épargné après avoir découvert leur secret…

Mais il n'y aurait pas d'autres miracles, et elle le savait... Le ciel lui avait accordé trop de fois ses faveurs pour la tirer de nouveau du gouffre où elle avait chuté…

Fermant les yeux pour résister à la tentation d'adresser un dernier regard suppliant à celui qui n'avait pas rempli sa promesse, ce qui aurait revenu à le designer du doigt à son futur exécuteur, la chimiste attendit patiemment le moment où une main serait plaqué sur ses lèvres pour la réduire au silence, une main ou un mouchoir imbibé de chloroforme comme ça avait été le cas, ce jour là…

Elle attendit…en vain…

Entrouvrant timidement les paupières, la scientifique manqua de défaillir face au regard inquiet de sa défunte grande sœur. Et lorsqu'elle se rendit compte que la jeune femme qui serrait contre elle la petite fille apeurée qu'elle avait remarquée au sein de la foule anonyme n'était pas la sœur de Shiho Miyano mais l'amie d'Ai Haibara, la terreur de la chimiste gagna en intensité.

Ran avait, une fois de plus, ressuscité d'autres souvenirs douloureux sans le savoir, mais des souvenirs qui n'étaient pas lié à une morte… Les souvenirs d'une terrible nuit de pleine lune où cette frêle lycéenne avait été le seul rempart entre celle qu'elle serrait dans ses bras et le syndicat du crime qui la traquait… Et entouré de toute part d'hommes vêtues de noir, la fillette avait beaucoup de mal à imaginer que l'après-midi qu'elle était en train de vivre aurait un dénouement aussi heureux que cette nuit qu'elle était en train de vivre de nouveau.

Lorsqu'un petit garçon paniqué qui n'était pas seulement égaré dans une foule mais également dans les souvenirs d'un adulte aperçût celle qu'il cherchait dans les bras de sa grande sœur, il ne réalisa même pas le caractère surréaliste du spectacle. Au lieu de cela, il reprît instantanément son calme et acquiesça à la requête que lui adressait silencieusement son amie d'enfance, et c'est avec un air rassuré et confiant qu'il regarda cette dernière s'éloigner discrètement de la pièce.

Même après qu'elles eurent franchi les portes de la lugubre bâtisse pour aller s'installer sur un banc situé à quelques dizaines de mètres d'elle, la petite fille installée sur les genoux de la jeune femme continuait de trembloter.

Cela ne manqua pas de troubler Ran mais elle préféra rester silencieuse et songer aux multiples questions que l'étrange comportement de la petite chimiste avait fait naître dans sa conscience. Elle avait toujours manifesté une indifférence inquiétante face aux cadavres qui ne manquait pas de jalonner leur petite vie quotidienne, alors qu'est ce qui avait pu la terrifier à ce point là ?

Ce n'était pas la première fois que la fille du détective découvrait l'envers sombre d'une personne qu'elle croyait connaître, elle ne comptait plus le nombre de fois où son père comme son amie d'enfance lui avait dévoilé les secrets terrifiants qui se dissimulait derrière un sourire sympathique… Ils lui avaient aussi appris que derrière les atrocités commises par un meurtrier se dissimulait une souffrance qui dépassait tout ce qu'elle pouvait imaginer… Mais malgré cela, elle ne s'était jamais sentie à sa place dans ce monde atroce où son père, Shinichi et même Conan se sentait pourtant parfaitement à l'aise, comme si les horreurs qui les entouraient étaient une part intégrante de la banalité du quotidien…

Elle ne pourrait jamais s'habituer au monde des adultes, un monde fait de faux semblant, de trahison, de haine ravalé et qui finissait par ressortir un jour ou l'autre sous la forme d'un flot de sang. Celui qu'elle aimait pouvait bien être amoureux de la vérité, elle ne ressentirait jamais la moindre attraction pour cette femme, et ce n'était pas seulement parce qu'elle ne cessait de tenir loin d'elle la personne qu'elle ne pouvait plus voir comme un ami d'enfance.

Ran pouvait affronter la vérité si elle n'avait pas d'autre choix, mais elle ne pourrait jamais désirer la fréquenter. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle serait resté toute sa vie dans le monde rassurant de l'enfance et elle n'aurait jamais laissé aucun détective, fût-il son père, commencer à soulever le voile d'illusion qu'une petite fille avait façonné à partir de ses rêves pour se protéger de l'horreur qu'affrontait ses parents pour gagner leur vie, sa mère en tant qu'avocate, son père en tant que policier.

Mais en quittant la maison familiale, la reine du barreau avait du déchirer en partie ce fragile rideau que sa fille avait tissé autour d'elle. Quelqu'un avait franchi ce trou béant avant qu'elle n'ait eu le temps de le raccommoder. Un petit garçon trop curieux qui s'était amusé à agrandir petit à petit la déchirure pour voir ce qu'elle dissimulait. Et si ce petit garçon avait découvert ce monde inconnu avec un regard émerveillé, aussi émerveillé que celui de Conan quand il fréquentait son père, ce n'était vraiment pas le cas de la petite fille qu'il avait entraîné dans ses bêtises…

Ce monde n'avait rien de fascinant pour elle, il n'avait rien de lumineux, toute ce qui s'y trouvait avait sa part d'ombre, ce monde dans son ensemble était dominé par une ombre de toutes façons, pour Shinichi c'était l'ombre de Sherlock Holmes mais pour elle…

Elle n'avait jamais trouvé de nom pour désigner cette ombre mais si elle avait partagé la passion de son ami, ce nom aurait sans doute été celui de Jack the ripper, ce criminel qui avait manqué de peu de les tuer tandis qu'ils étaient enfermés dans ce programme de réalité virtuelle qui avait ressuscité d'entre les morts le pire criminel de l'histoire de humanité.

C'était toujours la même chose, ce jour là, elle avait simplement voulu s'amuser avec un petit garçon trop curieux, et elle avait été confrontée à une réalité à laquelle une adulte pouvait difficilement faire face.

Mais cette petite fille qu'elle serrait doucement contre elle, n'avait pas simplement contemplé ce monde, elle s'y était enfoncée beaucoup plus loin qu'elle ne le ferait jamais. Ran pouvait le dire rien qu'à la manière dont elle avait agrippé la main de Conan devant elle quelques minutes plus tôt. Et ce monde terrifiant qui s'était dissimulé derrière le regard d'une fillette beaucoup trop mature pour son âge, l'amie d'enfance de Shinichi hésitait encore à en franchir le seuil, même si c'était pour des raisons différentes.

Elle avait peur, non pas pour elle-même, mais pour cette petite sœur dont elle ne voulait pas remuer un peu plus les souvenirs douloureux qu'elle devait s'efforcer d'oublier de nouveau. Cela ne l'empêcha pourtant pas d'essayer de le faire. S'il y avait bien une chose qu'elle avait apprise auprès des détectives qu'elle fréquentait c'était que des souffrances et de peurs qu'on gardait enfouies au fond de soi finissaient toujours par en ressortir de la pire des manière et qu'à ce moment là, il était trop tard, beaucoup trop tard…

« Tu sais, Ai…S'il y a quelque chose qui te fait peur, quelque chose dont tu aurais aimé parler à ta grande sœur… »

Ran se mordilla les lèvres avant de les entrouvrir timidement de nouveau.

« Alors n'hésite pas à m'en parler, d'accord ? Je ne sais pas si je pourrais t'aider à…ne plus avoir peur…mais je te promets que j'essaierais…Et puis…et puis même si je n'y arrive pas, tu te sentiras peut-être un peu mieux si tu en parles… »

Le silence de celle qui était blottie dans ses bras arracha un soupir à Ran avant qu'elle n'adresse un sourire attristé à la fillette qui la fixait d'un regard plus énigmatique que jamais.

« Enfin, si tu préfère ne pas en parler, je comprendrais. Moi aussi, il y a beaucoup de choses dont je n'ai pas parlé alors que j'aurais peut-être du le faire…Que ce soit à mes parents…ou à Shinichi… »

« Ma grande sœur…a été assassiné…par quelqu'un vêtu de noir… »

Ce fût au tour de la lycéenne de demeurer silencieuse alors qu'on attendait d'elle une réponse mais que pouvait-elle ajouter de plus ? Il n'y avait plus aucun mystère derrière la peur qui avait saisi la petite métisse, juste une vérité aussi simple que cruelle. Que pouvait-elle bien faire ou dire contre cela ?

Lui dire qu'elle comprenait à présent ?

Oui, elle comprenait parfaitement l'origine de sa peur, mais elle ne pouvait pas comprendre ce qu'elle ressentait. Même si elle avait déjà ressenti de la peur, que ce soit dans cette ruelle new-yorkaise ou face à cette homme couvert de bandages qui avait brandi une hache au dessus d'elle ou lorsqu'elle s'était retrouvé face au seul criminel que Sherlock Holmes n'avait jamais arrêté, il y avait toujours eu Shinichi pour la soutenir. Certes, il n'avait pas toujours été là mais elle avait toujours entendu sa voix ou senti sa présence à ces moments là, sans doute parce que Conan avait été là pour l'aider et qu'il ressemblait tellement à ce petit garçon trop curieux mais si courageux. Tant qu'elle pouvait sentir cette présence à ses côtés, elle pouvait faire face à n'importe quel criminel, mais cette petite fille, qui avait-elle pour la soutenir ? La seule personne qui avait été là pour la sauver lors de cette terrible nuit où cette femme terrifiante avait été sur le point de la tuer, la personne qui la suppliait de ne pas avoir peur alors que les balles de revolver voltigeaient autour d'elle, cette personne c'était…elle…

Mais qu'est ce qu'elle pouvait bien faire ? Cette nuit là, tout ce qu'elle avait pu faire c'était de s'interposer entre cette petite fille et sa future meurtrière… Si Shinichi avait vu ça il lui aurait sans doute dit que c'était la plus stupide des choses à faire, qu'elle ne pouvait pas la sauver en agissant ainsi mais uniquement se mettre elle-même en danger…Oui, il lui aurait sans doute dit ça, mais il n'aurait pas manqué d'ajouter qu'il aurait probablement fait la même chose dans la même situation…

Et maintenant ? Qu'est ce qu'elle allait faire maintenant ?

La même chose que la dernière fois…La chose qu'elle avait fait avant même d'y réfléchir…

Même si cette fois Haibara ne faisait rien pour se dégager de son étreinte, cela n'empêcha pas Ran de la resserrer doucement.

« Essaye de tenir…encore un peu plus longtemps…Bientôt, tout sera fini… »

Les paroles de la jeune fille comme le ton suppliant avec lequel elle les avait murmuré ne manqua pas de déstabiliser la chimiste autant que des encouragements similaires l'avaient déjà fait lors d'une nuit de pleine lune qu'elle n'oublierait sans doute jamais.

« Tout sera fini ? Mais de quoi est ce que tu parles ? »

« Tu n'auras…Tu ne seras… »

Ran avala péniblement sa salive avant de sourire timidement à l'enfant.

« Tu n'auras plus jamais à avoir peur...d'être seule…Quand Shinichi aura enfin fini sa maudite enquête, je lui demanderais de retrouver ceux qui ont assassiné ta sœur pour que tu n'aie plus jamais peur d'eux…Et tant qu'il ne sera pas de retour, je serait toujours auprès de toi pour te protéger, et pour que tu ne te retrouve plus jamais seule au milieu d'une foule…je ne les laisserait jamais t'emmener comme ils ont essayé de le faire, cette nuit là… »

Haibara tressaillit légèrement quand elle sentit une larme couler le long de sa joue, une larme qu'elle n'avait pas versée.

« Pardon…Je sait que…Même cette nuit là, je n'ai pas pu te protéger…Quand ce coup de feu a retenti, j'ai bien cru que j'étais…Et à ce moment là, je me suit évanoui, alors que je te disais de ne pas avoir peur… je ne sait pas ce qui t'as…ce qui nous a sauvé, cette nuit là, mais ce n'était pas moi… Et maintenant, je suis en train de te demander de me faire confiance…pour te protéger… »

Ce fût au tour de Ran de tressaillir quand elle sentit la fillette essuyer délicatement ses larmes à l'aide d'un mouchoir qu'elle avait extirpé de la poche de son imperméable rouge.

« Ne dit pas ça. Tu étais là, cette nuit là, et c'est pour ça que je suis encore en vie… Même si je ne sais pas pourquoi…cette femme ne nous a pas tué quand elle en avait l'occasion, je sais qu'elle…que ce genre de personne n'aurait pas hésité à tuer une innocente si elle s'était interposé entre elle et sa victime…Mais toi, elle n'a pas pu te tuer, elle a même supplié mon ange gardien de s'écarter pour qu'elle puisse me tuer… Oui, c'est exactement ce qu'elle a fait…Elle a supplié un ange de s'écarter de la trajectoire de son arme…Si ça avait été n'importe quel autre personne que toi qui avait essayé de me protéger, je serait morte au lieu d'être dans tes bras… »

La jeune femme écarquilla les yeux quand elle vit les lèvres de son petit chaperon rouge s'écarter doucement en un sourire qui aurait été identique à celui de sa mère si elle s'était trouvé dans ses bras à ce moment là…Oui, une fois de plus la petite Ai avait une expression qui était trop mature pour son âge mais cette fois, c'était de la tendresse et non de la froideur qui s'y exprimait…

« Mais ça, je ne m'en suit rendu compte que longtemps après…A ce moment là, la seule chose qui comptait pour moi, c'est que... Même quand cette femme s'apprêtait à nous tirer de nouveau dessus après avoir rechargé son arme, je n'avais plus peur, plus peur du tout…Parce que tu… Tu était là…Tu es là…C'est tout ce qui comptait pour moi, c'est la seule chose qui compte pour moi… »

Ran avait parfois vu cette petite fille adresser à un adulte le plus innocent des sourires, mais c'était un sourire qui était trop innocent, un sourire que ne pouvait pas avoir quelqu'un qui avait vu ce qui se reflétait dans les yeux qui surplombait ce sourire, mais à cet instant précis, il n'y avait plus aucun contraste entre l'expression de son visage et celle de ses yeux qui lui apparaissaient presque candides…

« Tu voit ? Je n'ai plus peur. Plus peur du tout. Tant que tu seras là, je n'aurais plus jamais peur… »

A ces deniers mots, la chimiste reprit instantanément son expression mélancolique et désabusée.

« Enfin…Non, il y aura sans doute de nombreux moments où j'aurais encore peur…Et c'est pour cela que je…que j'ai besoin… »

La fillette replongea dans le silence tandis qu'elle cherchait ses mots. Des mots que Ran n'avais pas besoin d'entendre pour comprendre ce qu'ils signifiaient, des mots que Ai n'eut pas besoin de prononcer parce qu'elle comprit au regard de celle qui lui caressait doucement les cheveux qu'elle les lui avait déjà dit, alors même qu'aucun autre son ne s'était échappée de ses lèvres entrouvertes.

Haibara ferma de nouveau les yeux, mais ce n'était plus la peur qui la poussait à agir ainsi, et ce n'était plus la ressemblance entre cette jeune fille et sa défunte sœur qui la poussait à se blottir un peu plus contre elle…

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