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Trucydae
Author of 35 Stories

Rated: T - French - Supernatural/Angst - Reviews: 2 - Updated: 11-25-07 - Published: 10-28-06 - Complete - id:3217568

Note : C'est pas une nouvelle fic, c'est juste une... réédition. L'autre version ben... elle était carrément incompréhesible à cause de la mauvaise mise en page que en avait fait :o

Remains of Mind

-Je monte me coucher...

-Ok... Je vais rester un peu, pour m'assurer qu'ils se consument entièrement.

-D'accord...

oOoOo

-T'es sûr que tu veux faire comme si rien n'était jamais arrivé ?

-Totalement... Je ne veux plus qu'on reparle de ça...

-Moi non plus...

-Alors reprenons là où j'ai arrêter de vivre...

-D'accord... !

oOoOo

-Il veut tout oublier ?

-Il le veut, mais il sait qu'il en sera incapable... Il veut seulement reprendre une vie normale...

-Je vois...

-Et il ne veut plus qu'on en parle, ni que ses parents en aient vent...

-Oui, bien sûr... Mais je sais pas si, moi, je serai capable de poser le même regard sur lui qu'avant...

-Tu étais avec moi cette journée-là...

-Je sais... Mais c'est une bonne initiative qu'il a pris, de son propre gré, en plus... Il faut le soutenir !

-Oui... Tu restes avec lui pendant que j'en parle au reste du groupe ?

-Hai...

oOoOo

-Ben voyons ! Jamais plus ce sera pareil !

-Écoute, ce n'est pas parce qu'il sort de l'hôpital psychiatrique qu'il est fou !

-Qu'il est toujours fou, tu veux dire !

-Essaie un peu de te mettre à sa place...

-Il a commis deux meurtres ! Deux ! Et tu veux que je me mette à sa place ?

-Il regrette ce qu'il a fait et il veux revenir sur le droit chemin, il veut reprendre sa vie là où il l'a laissée, il y a quelques mois...

-Rame à raison, Tero...

-... Mais quand même ! Avouez que ce sera difficile de faire comme si...

-C'est clair, mais il faut le soutenir... ! Il en a besoin, sinon il pourrait rechuter...

Le roux soupira.

-Et Shun est au courant de tout ça, je suppose ?

-Tout à fait, disons que c'est sur lui qu'il y a le plus de poids...

-Ah ?

-Il est vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec Jui...

-Et ils sont ensemble ?

-Je ne crois pas non... ce serait inopportun...

-Et pour les concerts... on fait quoi ?

-Faudra annuler...

-Kisaki sera pas content...

-Non, mais il va devoir comprendre qu'on a besoin d'une pause... Je crois qu'on a tous besoin de s'en remettre...

-C'est clair...

-Et maintenant on fait quoi ?

-Shun et moi avions pensé à une sortie au restaurant...

-Bonne idée !

-Oui, j'applique aussi !

oOoOo

-Alors, tu as pensé quoi de ta journée ?

-C'était bien...

-T'as pas l'air convaincu...

-Vous n'aviez pas à faire tout ça pour moi.

-Mais Jui...

-Shun, je t'ai dit que je voulais faire comme si rien n'était arrivé, c'est pas ce que vous faites...

-Je sais... Mais... Tu sais, c'est dur pour nous quatre aussi... On a besoin de temps pour s'en remettre... Rame a appelé Kisaki pour lui dire qu'on avait besoin d'une pause...

-Une pause...

-Oui, il le faut... sinon on ne travaillera pas bien... Mais on continuera après, c'est promis !

-Apparemment, je n'ai pas le choix de toute façon...

-Allons ! Vois le bon côté des choses !

-Quel bon côté des choses ! Tu sais même pas dans quoi j'ai pu vivre, comment je me sens mainte...

-Jui ! Arrête ! Tu dis toi-même que tu ne veux plus y penser !

-Mais vous ne m'aidez pas !

-On fait de notre possible !

Le châtain se leva brusquement, saisit sa veste et se dirigea vers la sortie.

-Où tu vas ?

-Chez Asagi !

-Asagi ?

-Oui, Asagi !

-Mais...

Trop tard il avait claqué la porte.

oOoOo

Il avait longuement marché dans les rues de la ville, il avait fumé cigarette sur cigarette, sentait de plus en plus le début de froideur qu'offrait le mois d'octobre, mais il fallait qu'il se rende chez Asagi. Il avait besoin de parler à quelqu'un qui n'avait rien à voir avec toute son histoire. Il marcha encore, encore et encore pour finalement arrivé à sa destination. Il sentit son portable vibrer dans la poche de sa veste. Il avait oublier de l'éteindre. Sans un regard pour l'afficheur, il appuya sur le bouton de tension et entra dans le bloc appartement en remettant le téléphone dans sa poche. Il emprunta l'escalier pour monter au quatrième étage, où habitait son ami. Il cogna cinq grands coups sur la porte pour qu'on lui ouvre peu de temps après.

-Tiens ! Ça faisait longtemps qu'on s'était vu !

Le châtain baissa la tête pour cacher des quelques mèches de cheveux ses yeux qui commençaient à larmoyer.

-Hum... ça va pas, hein ?

-Asa-kun... fit-il en relevant son regard humide vers lui.

-Hai ?

-J'ai... J'ai une histoire à te raconter...

-... Une histoire ? Voyons, Jui ! Je ne suis plus un gamin depuis des lustres, il me semble !

-J'y tiens, tu vois... mon histoire, c'est loin d'être un conte de fée... Et c'est pas pour rien que tu n'as pas eu de mes nouvelles pendant un moment...

-Ah... Ano... entre, reste pas là !

Le chanteur de Vidoll fit comme demandé et alla prendre place au salon alors que l'autre le suivait. Ils se trouvèrent à être assis l'un presque en face de l'autre dans des fauteuils mous, mais moderne, chacun de son côté d'une petite table basse au centre de la pièce.

-Alors, cette histoire ?

-Tu sais qu'à tous les matins où on avait une répétition, je prenais le métro pour me rendre au studio... dit-il en s'essuyant les yeux du bout de ses doigts.

-Oui...

-Et bien... si on remonte un peu dans le temps... en mai... C'est ce que je faisais, comme à mon habitude... Sauf que j'ai rencontré quelqu'un... non... en fait, je n'ai fait que le croiser...

Le chanteur de D fronça les sourcils.

-Il était vraiment trop beau... c'est pourquoi je n'ai pas voulu y croire immédiatement quand je l'ai revu un peu après... parce que je croyais qu'il était pour être le genre de personne qu'on ne fait que croiser qu'une seule fois dans notre vie... Je l'ai donc abordé... Et on... j'ai parlé... parce qu'il ne me répondait pas vraiment... Il était trop timide... ou quelque chose l'en empêchait... Je n'ai jamais su... et je ne saurai jamais non plus... Et l'expérience s'est répétée plusieurs fois... Et j'en suis tombé amoureux... Amoureux comme jamais avant... Et... et lui de moi... Sauf qu'une autre personne nous empêchait de nous voir aussi souvent que nous le voulions, pas parce qu'il le savait, mais plutôt parce que, s'il le savait... en fait je ne sais même pas ce qui serait arrivé... mais je savais que cet autre homme était mauvais pour nous deux... Enfin, bon... Kaya m'avait dit qu'on se verrait à presque tous les jours... Or... ce n'est pas ce qui est arrivé... j'en arrêtais de manger et même de dormir... Un jour, alors que ça faisait, pour moi, trop longtemps que je l'avais vu, j'ai décidé d'aller l'attendre à son studio d'enregistrement... Je savais où il se trouvait parce que quelques temps auparavant, je l'y avait suivi à son insu... Bref, j'ai attendu je ne sais plus combien de jours et de nuits... j'ai fini par m'évanouir, je crois... Je me suis réveillé chez Kaya... Et là... J'ai passé les deux plus belles journées de ma vie... Avec la personne que j'aimais le plus au monde... Mais j'ai dû partir, parce qu'on ne devait pas se douter de notre relation. Je suis retourné chez moi. Quelques jours plus tard, Kaya est venu me trouver, chez moi... Il savait où j'habitais, parce qu'une fois, il avait du me ramener... à cause de ma malnutrition et mon manque de sommeil... Cette fois-là... il avait l'air désespéré... Je lui ai promis que plus jamais on serait séparé... mais Hora était revenu le chercher, une nuit... Je...

Le châtain marqua une pause. Il sentait que sa voix allait se casser, mais voulait qu'Asagi connaisse toute l'histoire, comme Shun la connaissait, maintenant.

-J'ai décidé d'aller... le récupérer... Je ne sais plus comment j'ai fait, mais j'ai réussi à m'introduire chez lui... Je suis aller jusqu'à sa chambre, l'ai tiré de son sommeil, lui ai dit de partir en premier et que je le rejoindrais... Je... j'ai...

-Prends ton temps, Jui... Et pis, tu n'es pas obligé de me raconter toute ta vie, non plus... fit-il d'un voix rassurante.

-Je sais... Mais je veux que tu saches... que tu saches ce que j'ai fait...

-... D'accord...

Une larme coula le long de sa joue pâle alors qu'il reprenait son récit.

-J'ai... J'ai tué Hora, tu vois... avec un oreiller... En... en lui disant que... que c'était à moi qu'appartenait Kaya, maintenant... réussit-il à dire avant de s'étrangler avec ses mots.

-... T'es en train de me dire que tu as tué quelqu'un, là ? demanda Asagi, interloqué.

Il hocha positivement la tête.

-Mais...

-Mais quoi ? Tu peux essayer de justifier autant que tu veux, Jui, mais un meurtre reste un meurtre !

-Attends... mon histoire... elle est pas finie... Après ça... J'ai ramené Kaya chez moi... et je lui ai promis qu'on resterait ensemble pour l'éternité... J'ai apporté du champagne... Il a cru que c'était pour fêter ça, mais moi... moi... j'ai... j'ai mis du poison dans sa coupe... pour qu'on soit ensemble à jamais...

-Quoi ! T'as tué non pas juste une, mais bien DEUX personnes dans la MÊME soirée !

-Attends, Asa-kun... je... n'ai pas encore terminé... Je ne sais pas exactement combien de temps ça a pris avant qu'on ne découvre ce que j'avais fait, mais c'est Shun qui l'a su le premier... Il était venu me voir avec Rame parce qu'ils ne m'avaient pas vu depuis un bon moment... et Shun a ouvert la porte de ma chambre... Et il a tout vu... Rame a appelé les flics... Moi, je me suis mis à hurler... Ils m'ont administrer une bonne dose de sédatif et je me suis réveillé dans une cellule capitonnée... Avec une camisole de force... J'étais parti dans un délire, j'étais totalement perdu dans ma tête... Je déprimais parce que Kaya ne venait pas me voir comme le faisait Shun... À ce moment-là, je ne me rendais pas compte que je l'avais vraiment tué, je croyais qu'il viendrait me voir. J'étais tellement devenu végétatif qu'ils m'avaient mis dans une chambre normale. Mais Shun a finit par me dire qu'il était mort, sans toutefois préciser que c'était moi la cause de son décès. J'ai fait une autre crise, encore les sédatifs... mais je me suis réveillé dans une chambre normale... Avec l'idée d'aller vérifier si Shun disait vrai... Je ne voulais pas le croire... Pour moi... Kaya était toujours en vie... et... et il... il m'attendait, à la maison... Je ne voulais... ne pouvais pas croire qu'il ne vivait plus... Je ne voulais pas ça... je voulais... être avec lui... pour toujours, tu comprends, Asagi, pour toujours... J'ai réussi à sortir de l'établissement... Je suis aller vérifié ce que m'avait dit Shun... Et il y avait bien une pierre au nom de Kaya dans le cimetière... Je n'y croyais toujours pas... Je me suis mis à creusé en me disant que... qu'ils avaient dû... l'enterrer vivant... mais on est venu me chercher pour me ramener à l'hôpital avec une autre dose de calmants. Puis, je me suis senti devenir un rien... Shun m'a ramené chez lui... On a brûlé mes journaux... Et j'essaie de reprendre une vie normale, mais personne n'est apte à m'aider comme il le faudrait, on dirait... Ils disent qu'ils ont besoin de temps pour s'en remettre... Moi, j'ai besoin du contraire... je veux oublier ce que j'ai fait... je veux oublier cette partie de moi...

-... Franchement, Jui, je vais te dire que je ne sais vraiment pas quoi en penser... C'est l'histoire d'amour la plus étrange que j'ai jamais entendue... vraiment...

-Je suis venu ici parce que... ano... Shun m'avait irrité avec ça... j'ai senti qu'il fallait que j'en parle à quelqu'un qui ne faisait pas partie de l'histoire... j'ai aucune idée pourquoi...

-C'est quoi ces journaux, au fait ?

-... C'est compliqué comme histoire... Pour faire court, j'en avait un, le blanc, pour mes joies, un, le noir, pour mes colères et un troisième, gris, pour le reste... Mais c'est pour faire très court...

-Pourquoi les avoir brûlés ?

-Parce qu'ils contenaient toute l'histoire que je veux oublier...

-Ah...

-Si tu savais... si seulement tu pouvais savoir comment je regrette tout ça ! Comment je voudrais ne jamais avoir rencontré Kaya, bien que j'aie pu l'aimer absolument de tout mon cœur. Comment je regrette ce moment de folie... Ce ne sont que quelques mois, mais j'ai l'impression que ç'aura foutu ma vie en l'air... Je ne sais même pas si je réussirai à aimer à nouveau... Je veux oublier, mais je sais que c'est impossible... Kaya sera toujours présent dans ma tête, dans mon cœur...

-Allons, il faut pas être si pessimiste que ça !

-J'aimerais bien, tu vois, Asagi, mais c'est tellement plus facile à dire qu'à faire...

-... Je sais...

-Malheureusement, non, tu ne sais pas... Je ne sais même pas pourquoi je t'ai dit tout ça, je sais que tu ne pourras pas comprendre...

-Mais j'essaie, au moins !

-Je devrais rentrer et aller faire mes excuses à Shun, je me suis emporté pour rien... dit-il en détournant les yeux.

-Tu vas pas partir tout de suite, quand même ! Tu viens à peine d'arriver !

-Je sais... mais...

-Non, non, non ! Tu restes ici ! Je t'invite !

-... Ah...

-Ben si ! Pourquoi retourner chez Shun alors que tu peux rester avec moi pour que je te changes les idées...

Jui lui lança un regard sceptique.

-Me regarde pas comme ça, je sous-entendais rien, pour une fois !

-Hum...

-Jui ! J'suis pas bête à ce point-là ! Et pis je vois pas l'intérêt de coucher avec une dépression ambulante !

-Asagi ! réprimanda le châtain.

-Ben quoi ! Bon ok, ok j'me tais, mais comme ça, ça risque d'être vachement nul, hein !

L'air pseudo-offusqué de l'autre lui arracha un sourire.

-Bon, tu vois quand tu veux !

-... M'ouais, bon...

-Alors tu veux faire quoi ?

-Écoute, euh... je sais pas, c'est toi qui a dit m'inviter !

-C'est pas faux ça... Hmm... laisse-moi réfléchir...

-Ah ! Tu te souviens du parc où on allait jouer, gamin ?

-Hai ! On y va ?

-C'est ce que j'allais proposer !

Tour à tour, ils se levèrent, mirent leur veste et sortirent en marchant tranquillement, ils n'étaient pas pressés. Discutant de tout et de rien, lentement, mais sûrement, ils traversèrent la ville. Jusqu'à ce qu'ils atteignent un quartier qui semblait quelques peu familier à Jui, comme si il y avait mis une deux fois les pieds.

-Et pis après, il a... Jui ?

Le chanteur avait arrêter de marcher, s'était arrêté au beau milieu de la rue peu passante et tournait au ralenti sur lui-même en regardant le paysage urbain qui l'entourait. il arrêta sa rotation à la vue d'un bâtiment de béton, un studio d'enregistrement, selon ce qu'Asagi avait pu lire sur l'écriteau en haut de la porte.

-Ne me dis pas que t'as envie d'aller enregistrer un truc !

Jui resta muet à la remarque de son ami. Il reconnaissait l'endroit, maintenant ! Il avança vers les quelques marches cimentées sur lesquelles il savait s'être évanoui quelques mois auparavant. Il les gravit, Asagi le suivant, lui qui avait fini par décidé de le suivre, vu qu'il ne répondait plus à ses appels, comme s'il était soudainement devenu sourd.

-Jui, mais tu fais quoi, enfin ! Tu vas pas enregistrer un truc avec l'état dans lequel tu es ! Et pis c'est même pas ton studio ! argumenta-t-il toujours en le suivant à l'intérieur.

Le premier pas fait à l'intérieur fit lever un nuage de poussières qui s'était accumulées avec le temps sur la moquette qui couvrait le sol dans le hall d'entrée. Jui fit quelques pas, comme guidés par une force surnaturelle... Il sentait qu'il savait où il devait aller, même s'il n'avait jamais mis les pieds dans cet établissement auparavant.

-Jui, j'ai comme l'impression qu'on a pas le droit d'être ici... Et pis ça me donne froid dans le dos, cet endroit !

Mais le châtain continuait son excursion dans le studio. Tout semblait si poussiéreux, comme si l'endroit n'avait pas servi pendant des mois. Le chanteur s'arrêta devant une porte vitrée qui donnait sur la console d'enregistrement.

-C'est ici... murmura-t-il

-Ouais ! C'est ici que ça s'arrête ! Allez, viens ! On rentre ! s'énerva l'autre

-... Je suis là... souffla-t-il en posant la main sur la poignée.

-Mais je sais que tu es là ! À quoi tu joues ? Ça te dirais de me répondre ! Ben si c'est comme ça, je m'en vais et tu rentreras tout seul chez toi !

-Pourquoi tu m'as laissé tout seul ?

-Je suis même pas encore parti, enfin ! Arrête-moi cette mascarade !

Il tourna la poignée et entra dans la pièce sombre... lugubre. Asagi n'osa pas entrer, il resta sur le pas de la porte, frissonnant.

-C'est donc pour ça qu'il te... protégeait... Il... il te voulait juste pour lui... Tu devais être là pour lui... quand il en avait envie, que tu le veuilles ou non... et j'ai brisé ça... il m'en voulait... il s'est jeté sur toi... Il... t'a violé une nouvelle fois... mais il... est... allé... plus loin... NON !

Il avait hurlé ce dernier mot et s'était jeté sur ce qui lui apparaissait être Hora qui levait la main sur Kaya, mais qui, en fait s'avérait à être un objet pointu non identifiable à cause de la noirceur de la pièce.

-JUI !

Asagi était intervenu juste avant que ça ne lui transperce l'abdomen. Il l'attrapa par les épaule et le tourna face à lui.

-Ôte ces idées-là de ta tête, Jui ! Immédiatement !

-LÂCHE-MOI ! IL VA LE TUER !

-Jui, il n'y a que toi et moi, ici ! Il n'y a personne d'autre !

-MAIS SI ! REGARDE !

-TU HALLUCINES, JUI ! Y a personne ! PERSONNE ! TU AS SEULEMENT FAILLI TE TUER ! cria le brun en secouant son ami, qui éclata en sanglots.

Il l'attira contre lui en lui caressant le dos et les cheveux.

-Allons... c'est pas grave... Viens, on va sortir...

Il exécuta son geste en consolant toujours Jui dont les pleurs semblaient devenir de moins en moins contrôlables.

-Je t'assure que je les ai vu, Asagi... dit-il, la voix étranglée, une fois qu'ils furent à l'extérieur.

-Peut-être que tu les a vu, mais moi, tout ce que j'ai vu, c'est toi qui parlais tout seul et qui allait se projeter contre un je sais pas quoi pointu...

-Ça avait l'air si réel...

Le brun haussa les épaules.

-Peut-être que l'endroit est hanté... Et que c'est pour ça que les gens ne l'utilisent plus...

-... Peut-être...

-En tout cas, c'était peut-être pas une bonne idée de passer par ici pour aller au parc...

-Tu veux toujours y aller ?

-... Je veux rentrer...

-Chez Shun ou chez moi ?

-... Peu importe... je veux juste rentrer...

-D'accord. On va prendre le taxi, ce sera plus rapide.

L'ébranlé acquiesça tout en restant accroché à son ami. Et il fut de même lorsque le taxi arriva et qu'ils y entrèrent, sous l'œil dégoûté du chauffeur pensant avoir affaire à un couple gay. Arrivés chez Asagi, ce dernier paya, puis réveilla Jui qui avait fini par s'endormir contre son épaule, à bout de larmes.

-Jui... Allez, debout... on est arrivés, dit-il doucement.

-... Arrivés où... ? interrogea-t-il encore tout endormi.

-Chez moi.

-... Mais tu disais que c'était dangereux d'y revenir...

-Dangereux de revenir chez moi ! Voyons, Jui... Sors de ton rêve !

-Mais je...

Il releva la tête vers Asagi.

-... Asagi...

-Oui... c'est moi...

-... J'ai cru que...

-Bon vous allez descendre, oui ! s'impatienta le chauffeur.

Un peu froissés, les deux chanteur descendirent sans ajouter mots.

-J'ai bien l'impression que tu m'as pris pour quelqu'un d'autre, quand je t'ai réveillé... remarqua le brun, lorsqu'ils furent à nouveau installés dans son salon.

Il s'aperçut qu'à sa remarque, son compagnon s'était mis à fixé un point invisible devant lui.

-Jui ?

-... C'est vrai... Tu as raison...

-Tu m'as pris pour... Kaya ?

-...

-Hein ?

-... Hai... répondit-il, honteux.

... Et tu as vu quoi exactement, dans le studio ?

-J'ai pas envie d'en parler, fut sa réponse alors qu'il se levait pour partir.

-Tu t'en vas ?

-Oui...

-Où ?

-... Chez... Shun...

-Je vais te raccompagner.

-... Non...

-Si, parce que je dois avouer que je m'inquiète un peu pour toi...

-Asagi... il fait même pas noir, dehors...

-Je sais, mais tu as failli te tuer, quand même tout à l'heure... Je me sentirais mieux si j'y allais avec toi...

-...

-Hein... Parce que, tu sais... j'ai pas envie que tu meures...

-... Hum...

-Et pis t'as pas l'air entièrement là... vraiment... faut que je vienne avec toi...

-... Si tu le dis...

Une deuxième fois, ils sortirent, sauf que cette fois-ci, ils prirent la voiture du locataire. Cinq minutes plus tard, ils étaient arrivés chez Shun. Jui étant maintenant complètement ailleurs, Asagi le fit monter, puis cogna à la porte de l'appartement du guitariste pour qu'il lui ouvre.

-Enfin le voilà ! s'écria-t-il en ouvrant le panneau.

-Il voulait rentrer seul, mais vu son état, je l'ai ramené...

-Merci...

-... Au fait... Tu aurais deux petites minutes... faudrait que je te parle d'un truc à propos de lui...

-Euh... ouais... ça a l'air grave...

-Assez...

-Entre, dans ce cas... Tu viens, Jui... ?

Son mutisme venait de lui reprendre.

-... Ça faisait un mois qu'il ne me l'avais pas fait, ce coup-là... soupira Shun en saisissant le poignet du chanteur et le tirant à l'intérieur. Qu'est-ce que t'as fait pour que ça te reviennes comme ça, hein ? questionna-t-il à Jui en prenant son visage entre ses mains pour qu'il le regarde, mais ça ne servit à rien, puisqu'il détourna les yeux.

-Je crois que ça concerne ce qui s'est passé cet après-midi, s'impliqua l'autre chanteur dans la conversation.

-... Qu'est-ce que vous avez fait ? interrogea le plus grand levant un sourcil tout en se tournant vers son interlocuteur.

-Ano... je sais pas si c'est vraiment bien d'en parler devant lui... Je voudrais pas aggraver son cas, il est déjà assez grave comme ça...

-Oui... Viens, Jui, intima-t-il en glissa un bras autour de ses épaules pour le guider à travers l'appartement et le mener jusqu'à sa chambre.

Il l'assit sur le lit et se mit à fouiller les tiroirs de la table d'appoint, puis ceux de la commodes, dans la garde-robe, sous le matelas, bref dans tous les endroit où on aurait pu cacher quelque chose.

-Qu'est-ce que tu fais ? l'interrogea Asagi qui se tenait sur le seuil de la porte.

-Je cherche pour voir s'il aurait pas cacher un truc pour se blesser pendant que je ne suis pas là...

-... Ah... Il l'a déjà fait ?

Le guitariste lui lança un regard qui disait "Oui, mais ta gueule j'ai vraiment pas le cœur à en parler.".

-Je vois...

-Ha ! émit-il en retirant quelque chose de sous le matelas.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Je sais pas, fit-il en regardant le petit flacon qu'il tenait entre le pouce et l'index. Peut-être que monsieur ci-présent voudra bien m'en parler un jour... Tu ne fais pas de bêtise pendant mon absence, hein, Jui ? J'essaie de faire vite, d'accord ?

Il lui effleura la joue du bout de ses doigts avant de se diriger vers la porte en soupirant. Porte qu'il ferma, qui plus est, à double tour.

-Tu l'enfermes ?

-Un accident est trop vite arrivé, Asagi... Je préfère ne pas prendre de chance, tu vois ?

-... Ouais...

Ils retournèrent dans le living, mais mirent un moment à se décider, enfin, à parler.

-Alors, il s'est passé quoi ?

-Ano... comme tu les sais sûrement déjà, il est venu me trouver chez moi... et il m'a raconter son... histoire...

-C'est bien ce que je pensais qu'il ferait...

-Et pis, après... il a voulu partir, mais je l'ai invité à rester, puisqu'il venait à peine d'arriver... Et j'ai proposer d'aller au parc dans lequel on allait quand on était mômes... Mais une fois rendu au quartier nord-est... il est devenu étrange... il semblait connaître l'endroit... ou y être venu il y a peu de temps... sauf que je sais qu'il n'était pas retourné au parc, dernièrement... Finalement... son regard s'est fixé sur un studio d'enregistrement. Il y est entré, j'ai essayer de l'en dissuader, mais j'ai rien pu faire... alors je l'ai suivi. Je te jure que c'est vraiment pas le genre d'endroit où on veut pas entrer, c'était vraiment à en donner froid dans le dos... Puis, il s'est arrêté devant la porte du local de la console... Et s'est mis à parler tout seul... un peu comme s'il voyait une scène que je ne voyait pas... Il a fini par hurler "non" et s'est jeter sur un truc pointu... je sais pas ce que c'était, il faisait trop sombre... mais... j'ai bien peur qu'il ne serait pas sorti vivant de cet endroit, si j'étais sorti, comme j'avais menacé de le faire, s'il n'arrêtait pas de parler tout seul. Et il s'est mis à me crier de le lâcher... moi à lui crier qu'il hallucinait... et il a éclaté en sanglots. On est rentré... et voilà, on est là...

-J'imagine qu'il n'a pas voulu te dire ce qu'il avait vu ?

-Non...

-C'est pas la première fois qu'il parle tout seul, mais c'est la première fois que ça va aussi loin... Un studio d'enregistrement, tu dis ?

-Oui...

-Dans le quartier nord-est...

-Oui... Ça te dit quelque chose ?

-Non... J'ai même jamais mis les pieds dans ce quartier...

-On fait quoi, alors ?

-... Tout ce que je sais, c'est qu'il ne faut absolument pas que ses parents le sache, sinon, c'est clair qu'ils vont le faire interner à nouveau... Et je ne veux pas ça... ça empire son cas...

-Je ne m'attendais tellement pas à ça, quand je l'ai vu arrivé chez moi... À voir sa mine, je doutais que ça allait bien, mais pas à ce point-là...

Shun expira bruyamment. Depuis un mois, ça allait plutôt bien avec Jui, pourquoi avait-il fallu qu'il ne savait quel hasard s'empare de lui pour le faire entrer dans ce studio où son Kaya avait probablement vécu des moments difficiles, outre d'avoir servit à des enregistrements. Ils continuèrent à discuter sur le sujet pendant un moment, sauf que Jui qui criait dans la chambre les interrompit.

-SHUN, LAISSE-MOI SORTIR DE LÀ ! TOUT DE SUITE !

-... Ça lui arrive souvent, les sautes d'humeurs, comme ça ? interrogea Asagi.

-... Hnn...

Le guitariste haussa les épaules.

-SHUUUN !

-Mais oui, arrête de crier, j'arrive !

Comme il disait cela, il déverrouilla la poignée et entra, manquant de peu le coup de poing du châtain qui était destiné à la porte, à la base.

-Qu'est-ce qui t'a pris de m'enfermer ici, à la fin !

-On voulait... discuter tranquillement de ton cas, Asagi et moi... Tu étais encore parti ailleurs, alors je t'ai laissé là... Tu n'as même pas bronché...

-Allons... Fais pas cette tête-là... Je voulais être certain qu'il ne t'arrive rien de grave...

-Dans ce cas, c'est raté !

-Quoi ! s'exclama-t-il en lui agrippant les poignet pour voir s'il avait pas recommencer à se scarifier, mais il n'y avait rien.

-Je parlais de la fenêtre, Shun... Elle n'était pas verrouillée...

-Ah...

-Asagi a dû te raconter toute l'histoire, ne...

-Je crois bien, oui...

-Mais, lui ne sait pas ce que j'ai vu...

-Je sais... Il m'a dit ce qu'il a cru comprendre que tu avais vu, mais c'est tout...

-... J'ai vu... commença Jui, les larmes lui montant aux yeux, j'ai vu Kaya... il... il était en train de se faire violer... par Hora... Sauf que... pendant qu'il... qu'il lui faisait ça... il avait un couteau dans une main... Il voulait le blesser ! C'est pour ça que je me suis jeté sur eux... mais en fait... c'était sur une patte de chaises brisée... c'est Hora qui l'avait brisée... Il était furieux... j'étais en train de lui voler son bien...

-... Tu as vu ce qui s'est passé... dans le passé... ? demanda le brun, perplexe.

-Oui... souffla l'autre.

Le plus grand l'attira contre lui.

-Allons... c'est passé, maintenant...

-Je sais... mais... maintenant que je sais... dans quoi... vivait... vivait Kaya... Je sais pas si j'aurais vraiment voulu savoir, en fait... Shun, j'aurais tellement voulu l'aider ! À la place je l'ai tué ! Tu te rends compte ! J'suis vraiment qu'un sale imbécile !

-Mais non voyons, Jui... mais non... Tu viens ? Assagi doit encore nous attendre au salon... Et pis, tu lui dois quand même la vie, hein...

-... Je sais...

Il se laissa guider jusqu'au living, où, effectivement, se trouvait leur ami. La tête baissée faisant en sorte que sa frange lui cache le visage, il prit la parole, ne soulevant qu'un murmure à peine audible :

-Merci Asagi... merci d'être entré avec moi... de m'avoir surveillé... de m'avoir empêché de faire cette... bêtise... merci de m'avoir ramené aussi...

-Ça va, Jui... Les amis, c'est fait pour ça, non ?

-Hai... Au fait... t'aurais pas... une clope ?

-Une clope ? reprit Shun. Mais, Jui, t'avais arrêté, non ?

-... Hein Asa-kun ?

-Oui, oui, j'en ai... tiens ! dit-il en lui tendant le paquet qu'il avait sorti de sa poche.

-Merci...

-Jui ! Tu pourrais me répondre !

-Shun... fit le chanteur de D

-Quoi !

-La cigarette, c'est pas un truc qu'on arrête vraiment...

-... Et pourtant...

-Ce qu'il n'a pas dû te dire, le coupa Asagi, c'est qu'il n'a jamais vraiment arrêté...

-C'est vrai ça, Jui ?

Le châtain ne répondit pas, trop occuper à fumer sa cigarette à la fenêtre, probablement.

-Arrête de l'embêter, Shun... C'est un coup dur pour tout le monde, pour lui en particulier... Savoir qu'on risque à tout moment de perdre un peu la tête, ça doit pas être évident...

Au bout de la pièce, toujours à côté de la fenêtre entrouverte, une goutte d'eau salée glissait sur la joue du chanteur qui prenait une dernière touche de sa cigarette avant de la jeter à l'extérieur.

-Tu sais, Asagi... fit le plus grand en baissant le ton, tout en surveillant Jui qui restait dans son coin, je voudrais tellement faire plus pour l'aider... Mais je sais pas comment ! Je veux vraiment l'aider à sortir de cette démence, mais c'est tellement dur ! T'as aucune idée à quel point !

-J'essaie de m'imaginer...

-Il a raison, quand il dit qu'il a besoin qu'on l'aide à passer à autre chose en bossant, par exemple, mais nous, on se sent pas prêt à ça tout de suite... C'est un coup dur pour nous aussi ! Je sais bien que c'est lui qui est le plus amoché mentalement... mais... quand c'est toi qui a découvert pourquoi il n'allait plus bien et comment il avait fait pour en arrivé à ses fins...

-... Tu veux dire que tu as tout vu ?

-... Non... enfin... je veux dire... (Il baissa encore la voix) Il a tué Kaya, tu dois le savoir... Mais... Tu n'as pas vu le corps légèrement putréfié couché dans son lit... Tu n'as pas vu le... nid d'amour qu'il s'était fait pour lui et son... cadavre, oui parce que c'est bien là qu'il en était... Sincèrement, Asagi... Ça m'a traumatisé... J'ai eu l'impression de me retrouver dans un de ces thrillers qui s'agrippent aux tripes des gens... Je comprends toujours pas comment j'ai fait pour ne pas gerber partout !

-Je peux pas croire qu'il en était rendu là...

-Et moi donc ! Pour être honnête, chuchota-t-il, je crois que Kaya était plus qu'une obsession, pour lui... Il avait une certaine emprise sur lui... Je ne sais comment... Je les ai suivit une fois, et pis il était évident qu'il n'avait rien de manipulateur... il avait l'air... blessé... oui, c'est ça... Blessé... Torturé... probablement autant physiquement que mentalement, selon ce que m'a raconté Jui... Il y avait donc forcément quelqu'un qui tirait les ficelles en quelque part... c'est impossible de devenir fou en claquant des doigts comme ça !

-... À moins qu'il n'y ait eu un moment déclencheur qui ait allumé un interrupteur caché jusqu'à maintenant...

-En tout cas, ce qui est certain, maintenant, c'est que Jui aura besoin d'un support et d'une aide psychologique... Parce que c'est vraiment une psychose qu'il nous a fait... Et je ne suis pas certain qu'il s'en sortira complètement... Même après des années... Pas seulement parce qu'il a une maladie mentale grave, mais parce que l'amour, surtout aussi intensément qu'il l'a vécu, ça ne s'oublie jamais vraiment...

-... Je sais...

Le guitariste jeta un coup d'œil au chanteur châtain qui, cette fois-ci avait posé son front contre la vitre. À l'extérieur, il s'était mis à pleuvoir, un peu comme sur le visage de Jui... Shun se leva pour aller le rejoindre.

-Jui...

-Pourquoi j'ai fait ça, Shun ? Qu'est-ce que j'ai de pas normal ! Pour je suis pas comme tout le monde !

-Franchement, Jui... Je ne sais pas... Mais ne dit pas ça négativement ! C'est bien aussi d'être différent de tout le monde !

Le chanteur lui jeta un regard noir, presque meurtrier.

-Pas lorsque c'est parce qu'on est fou ! dit-il d'un ton glacial, frigorifiant le brun sur place.

Il lui tourna le dos et disparu dans la chambre. Asagi se leva à son tour et approcha celui qui était resté sans voix.

-... Je crois que... je vais retourner chez moi... Et si jamais t'as besoin d'aide ou de quoi que ce soit d'autre le concernant, dit-il en montrant la chambre du menton, appelle-moi...

-D'accord...

Le chanteur de D quitta sans un mot de plus l'appartement des deux autres. Le guitariste, lui, alla trouver Jui dans la pièce voisine. Il se trouvait une fois de plus le front appuyé contre le verre de la fenêtre.

-Jui... Tu n'es pas fou, voyons...

-Bien sûr, c'est ce que tu dis... répondit-il, sarcastique.

-Et je le crois... Sincèrement...

-C'est quand même gentil d'essayer de me remonter le moral...

-Jui... fit-il en se rapprochant pour poser un main sur l'épaule de l'autre.

Le chanteur se tourna face à lui.

-C'est bien gentil, Shun, de faire comme si je ne l'étais pas, mais rien ne sert de cacher cette vérité-là...

-Et rien ne sert de s'apitoyer sur son sort, non plus...

-Alors pourquoi avoir besoin de cette pause, sinon pour s'apitoyer sur mon sort ?

-Jui...

-J'ai pas besoin de vous pour m'en rajouter sur les épaules, tu sais !

-C'est pas à ça que sert ce temps !

-Alors à quoi !

-Jui, mais arrête ! Ça mène à rien, tout ça !

-Je sais que tu voudrais que tout redevienne comme avant, comme s'il se s'était rien passé, jamais... Mais c'est impossible ! Le jour où on inventera la machine à remonter dans le temps, j'hésiterai pas à t'en faire part !

Le châtain ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit. Se visage se crispa, comme au bord des larmes, et il se laissa tomber dans les bras de Shun. Ce dernier glissa une main dans ses cheveux, l'autre dans son dos et le berça doucement.

-Si au moins je pouvais comprendre ce qui m'arrive... !

-Je suis sûr qu'un jour tu comprendras...

-... Quoi ?

-Arrête de pleurer maintenant... T'as envie de faire quelque chose ce soir ?

-... Je crois que j'ai eu ma dose d'émotion pour la journée...

-Je comprends...

-... Je vais dormir...

-Pas avant d'avoir mangé un peu.

oOoOo

Ce quartier... Ces bâtiments... Celui-là en particulier... Il fallait en avoir le cœur net

oOoOo

-Tu es là ?

Sa voix résonna dans le corridor aussi poussiéreux que dans les vagues souvenirs qu'il en avait gardé. Il n'y eut toutefois personne pour lui répondre, apparemment. Il avança encore, peut-être n'avait-il seulement pas entendu.

-Je suis venu, comme tu me l'as demandé...

Il alla vers le placard de la console. Tout semblait si propre, à présent...

-Je savais que tu étais là...

-Je t'attendais, murmura l'autre.

-J'ai eu peur pendant un instant... je croyais que...

-Shhh... Je suis là, ne crains plus rien, car c'est moi qui ai besoin de toi... fit-il en posant son index sur les lèvres de l'autre pour les remplacer par ses lèvres après avoir terminé sa phrase.

Lorsqu'il se sépara de lui, il prit son visage entre ses mains fraîches et essuya une larmes avec son pouce.

-Ne pleure plus...

-J'ai eu si peur de t'avoir réellement perdu...

-Jamais tu ne me perdras complètement, Jui...

Il le serra contre lui, baisant ses cheveux.

-Je suis content de t'avoir retrouvé... murmura le châtain.

-Moi aussi... Tu m'as tellement manqué pendant tout ce temps...

-On... on m'a fait croire que tu étais mort... que je t'avais tué... Je savais que c'était faux...

-...

-Je t'aime, Kaya...

oOoOo

Trois mois étaient passés depuis que Jui était entrer avec Asagi dans le studio d'enregistrement qui avait probablement été fréquenté par Kaya et Hora, dans le passé. Durant ces trois mois, le châtain n'avait pas fait d'autre crise, aussi son ami avait-il décidé de l'amener pour de bon au parc dont il avait parlé. Mais une fois là-bas, il était tombé sur une vieille connaissance et s'était mis à discuter avec celle-ci, laissant un peu Jui de côté. Celui-ci avait donc pris l'initiative de rentrer chez lui tout seul... Mais était passé par ce quartier...

oOoOo

-Dis, il n'y avait pas quelqu'un avec toi, tout à l'heure ?

-Si... Jui ?

Il se retourna... Personne.

oOoOo

-Nous allons devoir nous laisser...

-... Pas tout de suite, Kaya, je t'en prie !

-Hora va revenir bientôt...

-Viens avec moi ! Je prouverai aux autres que je ne t'ai pas tué !

-Je ne peux pas...

Le brun baissa le regard sur la moquette apparaissant comme neuve.

-Pourquoi ? s'inquiéta Jui.

-À cause de Hora... Maintenant qu'il sait où tu habites...

-Mais j'habite chez Shun, maintenant !

-... Je ne peux pas, Jui... je ne veux pas courir ce risque...

-Kaya...

-Je sais qu'il me retrouvera, de toute façon...

-Alors nous quitterons le pays !

-Sois raisonnable, Jui... On ne peut pas faire ça...

-...

-Ne sois pas triste... Nous nous reverrons...

-Promis ?

-C'est promis !

Promesse qui fut close d'un baiser.

-Maintenant, va-t'en avant qu'il ne te trouve...

-Hai...

Il l'embrassa encore avant de partir, puis lui tourna le dos pour atteindre la porte qui s'ouvrit au moment même où il allait le faire. De l'autre côté, il y avait...

oOoOo

-Pourquoi je savais que je te trouverais là !

oOoOo

-Hora...

oOoOo

-Allez, viens, je te ramène chez Shun !

oOoOo

-Ne t'approche pas de moi, de lui ! Tu ne peux rien contre nous ! Parce qu'il m'aime ! Mais il ne t'aime pas, toi !

oOoOo

-Arrête de raconter n'importe quoi ! Viens !

Il agrippa son poignet.

oOoOo

-Non ! Lâche-moi ! Je sais que tu lui veux du mal ! Je sais que tu veux te débarrasser de moi ! Tu n'es qu'un salaud !

oOoOo

-Réveilles-toi, Jui ! Tu es encore en train d'halluciner ! C'est pas ça la réalité !

oOoOo

-Lâche-moi, connard !

Une larmes furieuse coula sur sa joue.

oOoOo

-Reviens à la réalité ! Réveilles-toi !

Il se mit à le secouer.

oOoOo

-ARRÊTE ÇA ! ARRÊTE ÇA OU TU LE REGRETTERAS !

oOoOo

Il le gifla.

oOoOo

Furieux, il se défit de son emprise et se rua sur lui, glissant ses mains autour de son cou.

oOoOo

-Jui... enfin... fit-il avec difficulté puisque le châtain était en train de l'étrangler. Arrête... ça... C'est moi... Asagi...

Il commença à se débattre, à essayer de lui donner des coups de pieds.

oOoOo

-Fils de pute, tu vas voir.

On pouvait lire la colère liée à la haine dans son regard devenant meurtrier.

oOoOo

Continuant de se débattre, il glissa sa main dans la poche de son jean et en sortit son portable sans que Jui ne le remarque et composa le numéro de Shun.

oOoOo

-Moshi, moshi ?

oOoOo

-Enfoiré !

D'un main il lâcha sa prise pour mieux donner un coup sur la main de l'autre. Le téléphone cellulaire se retrouva sur la moquette.

-Comme si j'allais te laisser appeler les flics !

oOoOo

-Jui !

oOoOo

Il broya le téléphone sous plusieurs coups de talon.

oOoOo

-Allô ? Y a quelqu'un ? Allô ?

oOoOo

-Je t'avais dit que tu le regretterais, sale maniaque !

Il l'adossa violemment au mur, derrière lui.

oOoOo

-Ar... Arrête... Jui... S'i... s'il te... plaît... Je peux... je peux plus... respi... rer..

oOoOo

-À quoi tu penses que ça sert, l'étranglement ?

oOoOo

Un larmes glissa sur sa joue.

oOoOo

-Tu crois que je vais te prendre en pitié, c'est ça ? Après ce que tu nous a fait ! Franchement, t'es dégoûtant !

oOoOo

Il entra en trombe dans le bâtiment dont la poussière de l'entrée formait une espèce de boue grisâtre en se mélangeant à la neige fondue de janvier. Il entendit des éclats de voix.

oOoOo

Cette fois, je ne raterai pas mon coup, je vais vraiment m'assurer que tu crèves ! Jamais plus tu ne feras de mal à Kaya.

oOoOo

-KUSO ! JUI, ARRÊTE ÇA TOUT DE SUITE !

Shun se jeta sur lui pour le séparer d'Asagi.

oOoOo

-KUSO ! JUI, ARRÊTE ÇA TOUT DE SUITE !

Il avait à peine eut le temps de tourner la tête vers la provenance de cette voix, qu'on lui rentrait dedans et qu'il tomba sur le sol qui redevint sale, comme lorsqu'il était entré.

oOoOo

-Putain, mais qu'est-ce qui t'as pris !

D'un côté, Asagi était replié sur lui-même et toussotait en se frottant la gorge, tandis que Shun, affolé, était agenouillé près de Jui, qui semblait vouloir rester là, gisant sans bouger, sinon en clignant des yeux. Il restait muet à ce que le guitariste lui disait.

-Jui... réponds-moi, enfin...

Mais le châtain resta indifférent. Ne sachant que faire d'autre, il lui prit un bras, et le passa autour de ses épaules et l'aida à se remettre sur ses pieds. Toutefois, Jui ne faisant rien pour s'aider lui-même, Asagi dut venir porter son aide à Shun.

-Ça devient grave, son truc, fit le chanteur.

-... Je sais... soupira le guitariste.

-Je crois même que tu ferais mieux de le retourner à l'hôpital...

-Non ! Non ! Jamais !

-... Quand même... Il hallucine ! Il m'a pris pour ce Hora...

-Hora est mort, non ? Comme son Kaya !

-Kaya n'est pas mort... murmura Jui.

-Jui...

-Tu vois, Shun ! Il délire complètement...

-... Je sais...

-Alors qu'est-ce que t'attends pour l'y renvoyer !

-... Je peux pas l'abandonner... Je sais qu'il peut s'en sortir...

-Peut-être que tu as trop d'espoir, que tu es trop optimiste...

-Ou peut-être que c'est toi qui ne l'es pas assez...

oOoOo

-Kaya n'est pas mort... murmura-t-il

-Jui...

Il ferma les yeux... finit par perdre connaissance...

oOoOo

Il le traînèrent donc ainsi, jusqu'à ce qu'ils en soit rendu à la voiture de Shun, où ce dernier remarqua que Jui n'était plus conscient.

-Je resterai avec lui sur la banquette. T'inquiète pas, tu peux conduire en paix, dit Asagi.

-D'accord...

Ils montèrent eux aussi à bord et le guitariste démarra pour se rendre, en un trait, chez lui, sans même prononcer un mot. Ce fut pareil pour le chanteur qui était toujours éveillé. Une fois arrivés, Shun pria Asagi de retourner chez lui et monta, avec tant de bien que de mal, avec Jui. Lorsqu'il fut dans l'appartement, il le déchaussa, l'emmena dans la chambre, le mit en pyjama puis le borda. Il resta un moment assis sur le bord du matelas à le contempler en réfléchissant à ce qui pourrait bien être la cause de cette nouvelle crise. Elle devait avoir un lien avec la première, d'ailleurs...

Les répétitions avaient repris peu après le temps des fêtes, satisfaisant tout le monde en un coup. Mais, après ce qui venait de se passé, le brun se demandait s'il fallait vraiment continuer, car on aurait dit que l'état de leur chanteur se détériorait, même s'il ne le montrait pas. Surtout que cette fois-ci, il s'était évanoui...

Il devait en avoir le cœur net.

Il se leva, alla verrouiller la fenêtre avec le dispositif spécial qu'il avait fait poser, ferma la porte de la chambre à double tour et fit de même avec celle de l'appartement.

oOoOo

C'était là...

Shun prit une grande inspiration avant de mettre les pieds en dehors de sa voiture. Une fois à l'extérieur, il s'arrêta sur le trottoir pour observer la façade du bâtiment... Rien n'avait l'air anormal... Il entra. Comme la dernière fois qu'il était entré, la neige qui s'était collée à ses semelles se mélangea à la poussière accumulée sur le parquet dans l'entrée en fondant. La porte se referma doucement d'elle-même dernière lui. Il faisait sombre, n'y voyant presque rien, il chercha sur les murs un interrupteur, mais le seul qu'il trouva s'avéra à être hors service. Il continua donc d'avancer en longeant les murs salis par le temps. Excepté le son de ses pas lents, l'édifice était plongé dans un silence, il devait se l'avouer, un peu lugubre. Un frisson lui traversa l'échine. Continuant d'avancer à tâtons, son pied heurta quelque chose sur le plancher. Il poussa une petite exclamation de surprise et se penchant pour voir ce contre quoi il s'était cogné. Toutefois, il avait beau chercher il ne trouva rien, sinon que le sol autour de lui ne semblait plus aussi poudreux qu'il y avait quelques secondes. Soudain, les lampes s'allumèrent... Toute seule ? À moitié aveuglé par la lumière, il se releva rapidement, essayant de distinguer quelque chose au travers de la luminosité anormalement brillante. Celle-ci descendit d'un cran au bout d'un moment et Shun put voir le responsable de l'allumage des lampes. Il était assez grand, peut-être la même taille que lui, avait les cheveux noirs et portés court, coiffé décoiffé, l'air malcommode. Il était suivi par un deuxième homme, plus délicat, au cheveux tout aussi noirs, mais plus long, lui avait l'air soumis. Le guitariste reconnu Kaya. Il fut frappé de stupeur.

-Non... c'est impossible... murmura-t-il.

Les deux passèrent à côté de lui, le frôlant, mais ne semblant pas le remarquer. Il les suivit. Dissimulé derrière un pan de mur, il les vit entrer dans la partie studio d'enregistrement. Des voix lui parvinrent, mais il ne comprit aucun mot distinct. Cependant, il lui semblait bien que l'un des deux haussait la voix... Puis silence... Jusqu'à ce qu'il entende l'autre, il ne savait pas lequel des deux, chanter... Il avait une belle voix... une si belle voix... Il sortit de sa cachette et avança à pas de loup vers le local vitré. C'était Kaya qui chantait, sous le regard dur de l'autre, peut-être Hora ? Il chantait avec tellement d'émotions dans son visage, qu'elles se mélangeaient les unes aux autres et en devenaient indescriptible. Ça donna à Shun l'envie de pleurer...

Current...

Kaya semblait avoir terminer sa chanson, la tête basse, il alla rejoindre l'autre du côté de la console. Le guitariste fit de même, sans toutefois passer la porte. Il écouta la discussion en regardant discrètement à travers la fenêtre du local.

-C'était bien cette fois-ci ! Tu vois quand tu veux !

-... Hai...

-On enchaîne avec celle-là.

Il lui montra du doigt ce qui devait être un titre sur une feuille de papier. Kaya ne fit que hocher la tête et, avant qu'il ne reparte, toujours la tête baissée, le brun aurait juré que le plus grand des deux avait pris l'autre par le bras pour l'amener à lui et le forcer à l'embrasser.

Et il se remit à chanter, toujours le même air qui exprimait, en quelque sorte, sa détresse sur le visage. Sauf que cette fois, l'air satisfait du dominant n'était pas là lorsque le plus fragile des deux eut fini sa chanson. Il lui fit signe de recommencer, et ce, trois ou quatre fois de suite.

Fester Love...

Celle-là avait été la bonne, il revint près de l'autre qui lui montra une autre chanson sur la feuille et le même scénario se répéta, mais celui qui devait être Hora fit recommencer Kaya encore plus de fois. Sa patience ayant atteint sa limite, il traversa dans le studio et alla le gifler. Il lui hurlait dessus, Shun le voyait bien, mais il ne savait pas quoi, à cause de l'insonorisation. Il vit l'air horriblement défait du chanteur, il vit ses larmes, il vit l'autre le frapper à plusieurs reprises.

Queen of Decadence...

Jusqu'à ce que, finalement, le plus petit s'échappe et sorte à l'extérieur, par une porte dont le guitariste ne se doutait même pas de l'existence. Il le suivit, mais l'autre arrivait à grand pas derrière lui. Il lui fit face.

-Qui êtes-vous ? Et que faites-vous ici ?

-Et vous, qui êtes-vous pour battre ce pauvre garçon comme vous le faite ? Hein ! Je ne vous connaît pas, mais vous ne méritez certainement pas que Kaya reste avec vous !

-Alors tu es de branche avec le petit con qui essaie de me le prendre, c'est ça !

Ça le frappa de plein fouet ! Il était dans le passé... Mais comment avait-il fait ! Avant que le temps ne lui permette de réfléchir, la main de celui qui était vraiment Hora s'abattit sur lui, le projetant contre le mur. Assommé pendant un certain moment, il sortir à la suite de l'agresseur. À l'extérieur, il arriva dans arriva dans un espèce de jardin rempli de rosier...

-Vient ! On a pas fini d'enregistrer !

Docilement, Kaya se leva et suivit Hora. Et Shun passa pour invisible.

Perfect Garden...

Toutefois, de l'autre côté de la rue, il vit quelqu'un qui regardait dans sa direction...

-Jui... ?

Il voulu s'approcher pour vérifier, mais il était déjà parti. Il décida donc de retourner à l'intérieur. Kaya était toujours en train de chanter, mais Hora semblait de moins en moins content du travail. En effet, le chanteur essayait de chanter tout en contrôlant ses larmes et le résultat était loin de ce qu'il avait entendu auparavant. Le dominant traversa une fois de plus dans le studio pour encore aller assené son compagnon de vilains coups. Shun s'évanouit, comme si c'était lui que Hora était venu frapper.

Last Hallucination...

oOoOo

Il ouvrit les yeux d'un coup sec. Il était dans leur chambre. La porte était close, la fenêtre aussi... Mais ça, c'était normal pour une fin de mois de janvier. Il se leva, il était en pyjama. Il n'avait aucun souvenir de comment il avait fait pour en arriver là. Il marcha jusqu'à la porte... Verrouillée. Jusqu'à la fenêtre... Verrouillée aussi. Shun l'avait enfermé.

-Shun ! Ouvre-moi, maintenant !

Aucune réponse.

-Shuun !

Toujours le silence.

-SHUN !

Il avait hurlé, mais personne n'était venu. Il était donc parti en le laissant incapable de sortir de la chambre... Il commença à paniquer.

oOoOo

Il se réveilla parce qu'il avait senti quelque chose se butter contre lui. Mais lorsqu'il leva sa tête douloureuse pour regarder où il se trouvait, il ne vit que les ténèbres et des flashes des événements qui venaient de se produire, du moins c'est ce qu'il pensait. Et il comprit. Ce dans quoi son pied s'était cogné lorsqu'il était entré, c'était lui... Et ce qui venait de le réveillé, c'était lui aussi ! Pendant un instant, il se cru dans la tête de Jui... Il se leva doucement, la tête entre les mains et marcha vers la sortie. Il fut une fois de plus ébloui par la lumière, en sortant, mais c'était par celle du soleil, cette fois. Il lui permit cependant de voir qu'il était couvert de poussière. Il s'épousseta et entra dans sa voiture.

oOoOo

Il s'était assis dans un coin de la pièce, replié sur lui même, se balançant d'avant en arrière, le menton sur les genoux. Quelques larmes coulaient à intervalle irrégulier sur ses joues. Il tremblait... Il l'avait laissé seul... Il était parti sans lui... Sans lui dire... Il sursauta, il avait entendu la porte de l'entrée claquer. Il entendait maintenant les pas lourds, des pieds qui traînait un peu sur le linoléum s'approcher de la chambre. Il bondit sur ses pieds, le cœur battant à tout rompre. Il recula, se heurta au mur... Il entendit le cliquetis de la clé dans la serrure. Il vit la poignée tourner sur elle-même, la porte s'ouvrir...

-POURQUOI EST-CE QUE TU REVIENDS ME HANTER ! hurla-t-il en se renfrognant contre le mur.

-Jui... Ce... C'est moi... Shun... fit-il d'une toute petite voix.

-... Je suis désolé... j'aurais pas du te laisser seul...

Le chanteur éclata en sanglots. Ces mots étaient exactement ceux qu'il voulait entendre... Mais ils ne venaient pas de la bonne personne... Celle-là... Il l'avait... Tuée...

-Viens, là... Je suis là, maintenant... lui souffla-t-il en le serrant contre lui. Et je comprends comment tu peux te sentir... Je

-Non ! Tu ne peux pas comprendre !

-Si, je peux... je les ai vu...

Jui se figea. Il leva la tête pour encrer son regard dans celui de Shun.

-Quoi...

-Écoute... tu... tu avais perdu connaissance... Tu as failli tué Asagi... Tu le prenais pour Hora... Maintenant, je comprends pourquoi tu le hais autant... Je comprends pourquoi tu as tant voulu lui arracher Kaya... Je commence à te comprendre... Parce que je suis retourné dans le studio... et... je suis... comme... revenu dans le passé... Je les ai vu... J'ai même parlé avec Hora... Et je t'ai vu aussi, je crois... et je me suis évanoui... Je ne sais pas combien de temps j'ai passé là... Je viens tout juste de revenir à moi...

-... Tu les as vu aussi... ? Alors... alors tu me crois, maintenant !

-Oui... Absolument... Sauf que j'ai l'impression qu'on est hanté par des fantômes... Il faut trouver le moyen de se débarrasser d'eux... On ne peut pas les laisser faire... Parce que je sens qu'il n'en coûtera pas cher de notre peau...

-C'est ce que j'essaie de te faire comprendre... Depuis le début...

-Je le sais, maintenant...

-Mais comment est-ce qu'on fera pour les envoyer où ils doivent aller ?

-Shun ?

-... Ano...

Il alla vers la penderie, l'ouvrit et en sortit une vieille boîte à chaussure.

-Qu'est-ce que tu veux faire de tes vieux souvenirs dans un moment pareil !

-Il ne s'agit pas de mes souvenirs, Jui, mais des tiens...

-Quoi ?

Le brun souleva le couvercle de la boîte. Dedans, trois petits livres... Intactes. Jui en était pétrifié.

-... Tu avais dit que tu resterais là pour être certain qu'ils brûlent entièrement !

-Le fait est que je ne les avais jamais descendu...

-Quoi !

-J'ai cru que... c'était pas si grave que ça... Que peut-être qu'un jour tu voudrais les relire... Mais je crois que ça n'était pas une bonne idée...

-Je voulais les détruire, Shun ! Je ne voulais plus jamais avoir à les revoir ! Jamais ! Parce que Kaya est là-dedans maintenant ! Je voulais qu'ils brûlent, ces journaux ! Pourquoi tu ne l'as pas fait, Shun ! Je ne voulais plus avoir de problème à cause de cette histoire ! Maintenant, j'apprends que si les problèmes perdurent, c'est de ta faute ! Il fallait se débarrasser d'eux, Shun ! Il faut le faire ! Il faut qu'ils disparaissent ! Pas seulement de ma vue ! Qu'ils disparaissent VRAIMENT !

-C'est bon... je... j'ai compris... murmura-t-il, honteux.

-MAIS QU'EST-CE QUE T'ATTENDS ! cria le châtain, pleurant de rage.

Shun se leva aussitôt avec les trois livres, Jui sur les talons, pour aller à l'extérieur, trouver un endroit pour les brûler pour vrai, cette fois. Ils trouvèrent leur endroit où des itinérants faisaient brûler un tas d'on ne pouvait savoir quoi pour se tenir au chaud.

oOoOo

... Il était tellement beau...

oOoOo

Je ne croyais pas que ce serait possible ! Je l'ai revu !

oOoOo

-... Moi, c'est Jui !

-Kaya.

oOoOo

-Arrête un peu ! Kaya ne parle pas aux étrangers !

-Mais...

-Vas-t'en j'te dis !

oOoOo

-Ah ! Kaya ! C'est toi ! Tu n'es pas avec euh... Le mec de ce matin ?

-Hora ? Non, pas le soir.

oOoOo

Il est encore plus mystérieux que je le pensais. On aurait dit... qu'il lisait dans mes pensées...

oOoOo

-Je ne peux pas.

-Ah... Pourquoi ?

oOoOo

-Je voudrais bien venir chez toi, un jour, mais Hora ne me laissera jamais y aller.

-Tu n'es pas obligé de lui dire...

-Il le remarquerait. Je préfère m'en abstenir.

-... Comme tu veux, alors...

oOoOo

J'ai un peu l'impression de devenir accro...

oOoOo

-Qu'est-ce qui se passe ? On est où ? Il est quelle heure ? Où sont les autres ?

-Tu es tombé de fatigue, on est au studio, il est presque quinze heures et les autres sont rentrés...

-Quinze heures ? Mais je dois y aller !

oOoOo

C'était qu'un coup de fatigue ! Qu'est-ce qu'il va s'imaginer ? Que je vais lui conter ma vie parce qu'il se fait un peu de soucis pour moi ?

oOoOo

10h : J'attends...

11h : J'attends...

12h : J'attends...

13h : J'attends... Je sais qu'il viendra... Je le sais...

oOoOo

-Tu vas bien ?

-... Pourquoi ?

-Tu es blême, tes yeux sont cernés. Tu dors mal ?

-Oh, c'est rien de grave...

oOoOo

-Et Hora ?

-Hora ne m'importe pas !

oOoOo

-Parce que maintenant c'est toi qui es le plus cher à mes yeux.

oOoOo

Non, ça ne peut pas être la réalité ! Ça ne se peut tout simplement pas !

oOoOo

-Tu sais bien que c'est inutile, Shun... Franchement... Pourquoi t'acharnes-tu ainsi ?

-PARCE QUE JE T'AIME, JUI ET QUE J'EN AI MARRE DE TE VOIR DEVENIR UN RIEN JOUR APRÈS JOUR !

-... Va-t'en, Shun..

oOoOo

Je n'ai pas envie d'aller à la répétition... C'est devenu tellement futile... J'ai autre chose à faire que ça ! Je crois que je vais retourner attendre Kaya...

oOoOo

-C'est qui, Kaya ?

-Quoi ?

-Fait pas l'ignorant ! J'ai lu ça !

oOoOo

Cet enfoiré a lu mon journal !

oOoOo

Je ne sais même pas quelle date nous sommes... Je ne sais pas non plus où je suis...

oOoOo

-Tu es réveillé ! Tu as dormi deux jours entiers en ligne ! J'ai eu peur que tu te réveilles pendant mon absence...

-Kaya ?

oOoOo

-Pourquoi tu m'attendais là ?

-... Je voulais te voir... J'avais quelque chose à te dire... quelque chose d'important...

oOoOo

-J'aimerais être avec toi pour toujours...

-Je suis là, Jui.

oOoOo

-Je voudrais... je voudrais que... notre histoire... ça aille plus loin... que ce soit plus... solide, plus sérieux...

-Ça ne l'est pas assez, déjà ?

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Que je suis prêt à tout pour toi...

oOoOo

-Pardon, je ne voulais pas te réveiller...

-C'est pas grave, je dois partir aussi, de toute façon, ne ?

-Oui, c'est vrai... J'aurais voulu te garder plus longtemps...

-J'aurais voulu rester plus longtemps, moi aussi...

oOoOo

-Voyons, Kaya, qu'est-ce qui se passe ?

-Je crains que Hora ne se doute de quelque chose.

-Quoi ? Comment ça ?

-Il n'était pas comme d'habitude, chez moi, hier.

oOoOo

Ça m'attriste de le voir comme ça. J'aurais envie de lui voler toute sa peine et la garder pour moi pour qu'il n'ait pas à en souffrir.

oOoOo

-Vite, il faut partir, Jui ! Vite, avant qu'il ne me retrouve !

-Viens chez moi...

-Je ne demande que ça. Allez, viens ! Dépêche-toi, il ne vont pas tarder !

oOoOo

Il a osé venir me voler mon bien le plus précieux sous mon nez. Ce fils de pute a enlevé Kaya !

oOoOo

-Kaya... c'est moi.

-Jui...

-Viens...

oOoOo


J'ai récupéré Kaya.

oOoOo

-Mais maintenant, c'est fini, n'est-ce pas ?

-Hai...

-Tu t'es débarrassé de lui.

-C'est vrai...

oOoOo

-Jui ?

-Hai ?

-Je t'aime.

-Je sais, je t'aime aussi !

oOoOo

Maintenant, plus rien ne me l'enlèvera.

oOoOo

-Rame, Shun ... ?

-Jui... T'es tellement blême... !

oOoOo

Un cri. Provenance : le couloir. Il se leva d'un bon.

oOoOo

-Jui...

-Kaya... Mais tu...

-Shhh... fit-il, posant une nouvelle fois son index sur les lèvres de l'autre.

-Qu'est-ce que tu fais là ? Où est Shun ?

-Jui... Est-ce que tu veux vraiment te débarrasser de moi ?

-... Kaya, je...

-Tu me disais que tu voulais être avec moi pour toujours...

-Je sais...

-Ce n'est pas ce que tu voulais vraiment ?

-... Tu... tu sais... commença-t-il, les yeux larmoyant de plus en plus, c'est plus difficile que ce qu'on pourrait croire...

-Mais tu ne réponds pas à ma question...

Il le fixait droit dans les yeux.

Jui baissa les siens.

-Tu veux que je m'en aille...

-Kaya... je sais que tu peux comprendre ça...

-Oui... oui, je comprends que tu ne veux plus de moi...

-Non... bien au contraire ! Je voudrais te garder pour toute la vie... Mais... tu n'as plus la tienne... et c'est de ma faute...

-Non, c'est la mienne...

-Quoi ?

-Je savais que tu avais mis quelque chose dans mon verre.

-Quoi !

-Je voulais rester avec toi pour l'éternité...

-... Alors... pourquoi... pourquoi est-ce que tu l'as bu ! Pourquoi ! À cause de ça, t'as vu ce que je suis devenu ! Tu as vu de quoi j'ai l'air maintenant ! Pourquoi t'as fait ça... Kaya...

Il se mit à pleurer à chaudes larmes dans les bras de ce dernier.

-Allons... c'est pas grave, hein ?

-... Tu as raison, Kaya... Ce que je veux... c'est être avec toi... à jamais...

Il semblait surpris.

-Quoi, qu'est-ce qu'il y a ?

-Tu veux... venir avec moi... ?

-... Oui... c'est ce que je veux... oui...

-Et abandonner tout le reste...

-Pour pouvoir vivre éternellement avec toi...

-Mais je ne vis pas...

-Alors je ne veux plus vivre... Tue-moi... comme moi, je t'ai tué...

oOoOo

Ben merde ! Où c'est qu'il parti, encore, celui-là !

-Jui ! T'es où, enfin !

Il tourna dans une ruelle, se demandant ce que Jui aurait bien pu y foutre.

-Jui, t'es là ?

Il fit encore quelques pas et il le vit, là, assis dans la neige, adossé au mur de brique, la tête lui tombant sur la poitrine.

-Putain, pas encore ! Hého ! fit-il en le secouant. Réveille-toi, Jui ! Faut rentrer à la maison ! Aller, debout.

-Je crois que vous perdez votre temps, monsieur, prononça une voix grinçante, assez loin derrière lui.

-Je vous demande pardon ?

-Il a glissé et s'est cogné la tête contre le mur... Il a chancelé et il a finit par tomber assis, là... Il a dit un truc avant de tomber... J'ai pas bien compris, mais je crois qu'il a dit qu'il aimait quelqu'un...

-... Non...

oOoOo

-Alors je ne veux plus vivre... Tue-moi... comme moi je t'ai tué...

Tout à coup, le décor hivernal revint, il marchait dans la ruelle, sur un rond de glace caché sous la neige. Il tomba vers le mur, se cogna violemment la tête... Tenta de faire un autre pas... et... plus rien... Seulement Kaya...

Put all your angels on the edge

Keep all the roses, I’m not dead

I left a thorn under your bed

I’m never gone

Go tell the World I’m still around

I didn’t fly, I’m coming down

You are the wind, the only sound

Whisper to my heart

When hope is torn apart

And no one can save you

I walk alone

Every step I take

I walk alone

My winter storm

Holding me awake

It’s never gone

When I walk alone

Go back to sleep forevermore

Far from your fools and lock the door

They’re all around and they’ll make sure

You don’t have to see

What I turned out to be

No one can help you

I walk alone

Every step I take

I walk alone

My winter storm

Holding me awake

It’s never gone

When I walk alone

Waiting up in heaven

I was never far from you

Spinning down I felt your every move

I walk alone

I walk alone

Every step I take

I walk alone

My winter storm

Holding me awake

It's never gone

When I walk alone

OWARI

Note : Les paroles à fin, ce sont les paroles d'I Walk Alone de Tarja Turunen... Je trouvais qu'elles allaient bien avec l'ambiance de l'histoire et l'histoire elle-même, donc j'ai décidé des les ajouter... faites comme si c'était la musique du générique xDDD