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-1PSYCHOSE AU SANCTUAIRE
CHAPITRE XII
L’horloge de feu du sanctuaire affichait 20 h, et Kanon se trouvait au Palais du Grand Pope comme Shion l’avait exigé. Celui-ci ne tarda pas à le recevoir, et une fois entrés il invita le chevalier à s’asseoir d’un geste de la main. Kanon obéit, et observa Shion qui resta debout, appuyé sur son bureau et lui faisant face.
« Kanon, j’ai à te parler. » fit il avec calme en fermant les yeux
« je sais. Et je crois savoir le sujet de cette entrevue. » répondit le gémeau
Comme il s’y attendit, le Grand Pope ne répliqua rien, et ne fit que lâcher un profond soupir. Ses paupières se rouvrirent, et ses pupilles améthystes croisèrent celles couleur nuit de Kanon. Le Gémeau le trouvait fatigué, ses yeux étaient entourés de cernes. Son rôle de second d’Athéna devait l’épuiser, et les derniers événements n’avaient pas arranger les choses.
« ça concerne Saga, n’Est-ce pas ? » demanda-t-il, Shion resta surpris du ton inquiet du chevalier. « il s’agit de son coté maléfique. Répondez moi. » ajouta-t-il, la tête baissée.
« Kanon, regarde moi. » et le Gémeau obéit immédiatement. « ce que je vais te dire, peu de chevaliers en sont au courant. Il n’y a que moi, Athéna, et Juliette du Lynx. J’en ferai bientôt part à DeathMask également. »
« je vous écoute. »
Shion prit une grande inspiration, essaya de se détendre et de rassembler ses idées.
« ce coté maléfique n’est pas vraiment un coté maléfique. En quelque sorte, cet esprit ne fait pas partie de Saga. » cela laissa Kanon perplexe, mais le Bélier continua. « cet esprit est un des guerriers d’Arès, il se nomme Adénos. »
« mais, il est apparu il y a bien longtemps, bien avant l’arrivée de Juliette au Sanctuaire. » intervint Kanon
« Arès et Athéna sont ennemis, et ce, depuis les temps mythologiques. Leur rivalité est forte, bien plus même qu’avec Hadès. Tout a dégénéré lors de la bataille de Troie. »
« j’irai voir Camus pour de plus amples détails. » fit le grec avec humour. L’atmosphère se détendit l’espace d’une seconde, le temps qu’ils s’échangent un sourire, Shion reprit son sérieux.
« je pense qu’il devait préparer quelque chose contre Athéna, et pour je ne sais quelles raisons, Adénos était là et se manifestait à travers le corps de ton frère. »
« que comptez vous faire ? » s’enquit l’autre, l’air préoccupé à présent
« le neutraliser. Il doit rester loin de Juliette et d’Athéna. Il ne doit, en aucun cas, être au courant de tout cela. Ne lui fait part de rien. »
« je ne comprends pas. J’ai l’impression de faire parti d’un complot contre… » il stoppa sa phrase, il ne savait comment l’expliquer.
« Kanon, je suis d’accord avec Juliette : le sang ne doit plus couler en vain. Mais je ne suis pas d’accord avec le fait que les chevaliers restent à l’écart. »
« expliquez vous. » demanda Kanon
« Arès est sans doute l’ennemi de Thémis, à cet instant précis, mais aussi celui d’Athéna. Encore plus si elle décide de prêter main forte à Thémis. Je te le rappelle, Athéna se bat pour la justice. »
« vous avez un plan. » c’était une affirmation, pas une question. Son regard était dur. « vous voulez diriger les chevaliers dans l’ombre d’Athéna ? »
« pas tout à fait. Je veux écarter ceux qui seront inutiles. Il n’y aura que le chevalier d’Or des Gémeaux, le Grand Pope, le chevalier d’Or du Cancer, le chevalier d’Argent du lynx, Athéna et Thémis. Il n’y aura que nous dans la confidence. »
« que craigniez vous des autres chevaliers ? »
« je crains leur liens envers Saga et à Dohko. »
« Dohko ? Quoi, Dohko aussi ? » s’écria Kanon, effaré. « j’y repense, durant la réunion avec le Juge Infernal il a été exclu. » Shion hochait la tête à ses paroles. « pourquoi ? »
« Dohko est la réincarnation terrestre d’Arès. » affirma-t-il, direct.
Kanon resta interdit, et comme à son habitude, esquissa un sourire crispé. Il n’arrivait pas à y croire. Shion devait se moquer de lui, à propos de Dohko et de Saga aussi.
« quoi ? » souffla-t-il, les yeux écarquillés sous le choc.
« ça ne fait aucun doute. Je l’ai ressenti, et Thémis aussi : son cosmos a changé, et deviens souvent agressif. »
« alors, vous me conseillez quoi ? De quitter le temple des Gémeaux et d’éviter le plus possible Dohko ? » demanda Kanon, l’air dépité
« si tu fais ça, il vont se douter de quelque chose. Reste naturel, ne change pas tes habitudes. » lui dit Shion, croisant les bras.
« Shion, je sais que cela peut paraître ridicule, mais… » la politesse rituelle avait disparue et Kanon hésitait. Il ne voulait plus s’adresser au Grand Pope, mais à l’ami et frère d’armes.
« quoi donc ? Je t’écoute, n’aie pas peur de te confier à moi. »
« j’ai peur. » avoua-t-il, serrant le poing « j’ai peur de cet être, ce Adénos. J’ai peur de ce qu’il peut faire à Saga, et s’il vient à m’attaquer, je n’aurai d’autres choix que de me défendre. »
« et de blesser Saga. Je sais. »
Avec honte, le gémeau baissa les yeux, et se mordit la lèvre. Il n’aurait jamais pensé avoir aussi peur de toute sa vie, pour son frère. Il l’avait haï quand il s’était retrouvé enfermé de ses mains au Cap Sounion. Il s’était senti trahi. Mais plus que la haine, c’était le remord qui les unissait. Saga et Kanon avaient eu du mal à s’adapter, le fait que les autres les aient pardonnés semblait impossible.
Maintenant qu’il y repensait, les bons moments vécus, il les avait passés avec ses amis et pas seulement de simples frères d’armes. Et tout cela maintenant semblait si irréel et lointain.
« je vais mettre DeathMask au courant. Retourne auprès de ton frère. Je sais tes craintes et j‘ai vu le changement fulgurant chez ton frère. Nous allons tout faire pour arrêter ça avant qu‘il n‘y ait d‘autres morts. »
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Kanon fut accueilli par Saga, en rentrant dans son temple. Ses yeux avaient toujours cette teinte rougissante, et son visage était de plus en plus pâle. Néanmoins, il semblait ne pas savoir ou s’être rendu compte de ce qui lui arrivait. Kanon, lui, était en train de le perdre et en était conscient.
« ça va ? Tu as l’air soucieux. Il s’est passé quelque chose ? » demanda son frère avec étonnement
« rien. Je suis fatigué. Je crois que je vais aller me coucher. Et tu devrais en faire autant. »
« ah bon ? »
Kanon se passa un main dans ses cheveux, attardant celle-ci sur son visage. Rien que ces révélations sur son frère et Dohko l’avaient épuisé. Ses yeux bleu nuit observèrent longuement Saga : du point de vue physique, mis à part ses cheveux qui gardaient leur couleur originelle, il avait l’apparence de ce fou furieux qu’était Adénos. Seul son air surpris et attendri, ses regards doux, sa voix, ce n’était que ce qui restait du Saga qu’il connaissait.
« si tu veux. » finit par dire doucement celui-ci
« toujours rien de nouveau concernant cette réunion ? » s’enquit Kanon, histoire de jouer le jeu de l’ignorance.
Et il allait le regretter : le regard de son jumeau se teinta de déception, puis de colère. Le cadet déglutit difficilement.
« oups… la boulette! » se dit il intérieurement
« Shion ne m’a rien dit. Pourquoi tu veux savoir ? » fit Saga d’un ton tout simplement désagréable et irrité. Il tourna le dos à son frère pour entrer dans son bureau, et tasser un paquet de feuilles.
« pour rien. C’était juste une simple question. Je ne voulais pas te contrarier. » fit l’autre avec une petite voix
« et bien je le suis. Je suis contrarié! » explosa soudainement Saga, claquant ses dossiers sur le bureau. Kanon en sursauta et recula d’un pas.
« excuse moi. » quand un regard couleur sang colérique se tourna vers lui, il répéta : « excuse moi, Saga. »
« je suis contrarié, Kanon. Pire même. Je suis furieux. »
« je sais que tu as mal supporté le fait que Shion t’ait exclu. Mais je pense bien qu’il devait y avoir une bonne raison. » lui dit il
« sûrement. » lui répondit il après un instant de silence, l’air mauvais. « ça a peut être un lien avec cette foutue chevalière du Lynx. » murmura-t-il enfin comme pour lui-même. Kanon tressaillit alors.
« ne dis pas ça. »
« pourquoi ça ? Tu devrais la haïr! C’est à cause d’elle tout ce foutoir! Tous ces morts. » cria Saga.
Peut-être qu’Adénos ne faisait que révéler le coté enfoui de Saga, le fond de ses pensées. Peut-être que le chevalier haïssait Juliette et Thémis pour ces morts, et Shion sans doute. Et même peut-être les autres chevaliers. Cette idée lui donna des frissons. Sans s’en rendre compte, Kanon se retrouva acculé au mur du bureau, piégé par son frère. Malgré leur ressemblance, Saga semblait le dominer totalement.
« arrête, Saga. » ordonna Kanon, son visage restant impassible.
« arrête moi toi-même. »
« ne parle pas du saint du Lynx comme ça. » le prévint le gémeau
« pourquoi ? Parce que c’est la disciple de DeathMask ? »
À ces mots, le visage impassible de Kanon se figea, et darda sur l’autre d’un regard empreint de reproches.
« j’ai vu juste. Tu craques pour ce meurtrier, chevalier des Gémeaux. »
Cet air méprisant, ce regard et ce ton…Kanon retint son souffle. Il n’arrivait plus à percevoir le cosmos de son frère, à la place, c’était un vrai brasier qui émanait de ce corps. Un cosmos aussi brûlant et vif que des flammes. Son sourire triste cachait son envie de pleurer. Son frère, il venait à l’instant de le perdre. Saga n’était plus.
« Saga n’est plus. » constata Kanon, voyant les traits maléfiques qu’abordait son frère.
« en effet. Inutile de me cacher maintenant… Il lui arrive de perdre le contrôle. Pas totalement, malheureusement. Mais dés que le moment sera venu, Saga disparaîtra pour de bon. »
Kanon se sentit soulagé, même si rien n’était gagné. L’esprit de Saga restait fragile, la preuve était devant lui, et le fixait d‘un regard gourmand qui lui donna la nausée.
« quoi ? Quand Arès aura fait disparaître Dohko ? » Kanon était trop en colère pour se retenir de le provoquer. C’était si tentant et il ne pouvait plus s’arrêter. L’autre eut les yeux qui s’écarquillèrent d’une rage folle.
« quand il aura achevé cette pourriture de déesse de… »
Il ne put finir sa phrase, un coup dans l’estomac le stoppa, assez violent encore pour le rendre inconscient. Le corps s’écroula lourdement sur le sol, fixé de haut par le regard de Kanon.
« je ne veux pas entendre des choses pareilles de ta bouche, Saga. Pardonne moi. » fit il avec une petite voix. Les traits de son jumeau s’étaient radoucis, l’autre avait du partir. Pour le moment. Il serra son poing encore douloureux, ses yeux écarquillés semblaient presque fous, de colère.
« comme je le pensais, Saga est à deux doigts de se laisser piéger par ce démon. Je ne peux pas laisser faire. Plus maintenant. » il quitta du regard le corps allongé au sol, le plongeant dans le vide devant lui.
« je devrais peut-être aller voir ou en est Dohko. Si Arès ne le contrôle pas totalement, il reste encore une chance. »
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Dans l‘après midi de ce même jour, Dohko faisait les cent pas dans son temple, se laissait tomber dans le canapé, se relevait, pour faire quelques pas pour ensuite se rasseoir pour enfin recommencer. Le manège durait depuis plus d’une heure, depuis que Shion l’avait « gentiment prié » de les laisser lui, Athéna et Juliette du Lynx. Pour qui se prenait elle, elle d’ailleurs ?
« pour qui elle se prend cette parvenue ? Réincarnation de Thémis ?! On croirait rêver! »
« maître ? » appela quelqu’un près de lui
« quoi, Shiryu ?! » lui hurla le chinois, ce qui laissa le chevalier muet et le fit faire un pas en arrière. Voyant son air choqué, Dohko passa un main dans ses cheveux en bataille et tenta de se calmer.
« excuse moi, mon petit. » fit il en respirant profondément. « quoi ? »
« je sais que ça va vous paraître stupide ce que je vais vous dire, mais…s’il vous plait, calmez vous. »
« comment veux tu que je me calme, après ce qu’ils ont osé faire ?! » cria la Balance « je suis peut être chevalier d’Or, mais je suis aussi secrétaire particulier du Grand Pope, au même titre que Saga. »
« Saga a aussi été exclu. »
« je sais, et c’est bien ce que je ne comprends pas! Juliette du Lynx a réussi à monter Shion et Saori contre nous deux. »
« ne dites pas ça, maître. Vous vous trompez sur elle. »
« peut-être. »
Shiryu remarqua alors l’air préoccupé et perturbé de son maître. Il était incapable de rester en place, continuait de faire les cent pas à vive allure dans le salon.
« je ne sais pas ce qui m’arrive en ce moment. J’ai une attitude désagréable envers beaucoup de monde. Ça a peut-être un lien avec Thémis et Arès. » finit par avouer à voix basse Dohko
« vous croyez ? »
« je n’en sais rien. » dit il « je n’en sais rien. » répéta le chevalier.
« calmez vous. »
« Je dois aller voir Shion. Il faut que je lui parle. » dit il sans apparemment écouter son ancien élève. « il n faut pas que je disparaisse avant de lui avoir parlé. » murmura le brun
« pardon ? »
La réponse ne vint pas, Dohko venait de baisser la tête et se mordit la lèvre. Il se laissa tomber doucement sur le canapé, se prit la tête entre les mains. Shiryu l’observait, ne sachant quoi faire.
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Le lendemain matin, la pluie était arrivée si soudainement, le soleil brillait pourtant si fort. Le temps semblait s’être accéléré pour rendre le Sanctuaire tellement sombre et ennuyeux. DeathMask regardait la pluie s’écouler lentement sur les marches de son temple qui menaient au terrain d‘entraînements en arrière du bâtiment, plongé dans ses pensées à tel point qu’il sursauta quand on l’appela. Une petite voix, une voix d’enfant. Il baissa les yeux vers Astrée qui eut un léger sourire.
« ça na va pas, maître ? » demanda la petite devant son regard égaré
« tout va bien. Et ou est passé l’autre gamine ? » fit il avec un sourire carnassier.
« Juliette-san n’est pas une gamine! » répliqua la petite
« si, elle en est une. Et toi aussi. » il lui donna une pichnette sur le nez, mais elle ne broncha pas. Elle n’aurait jamais osé.
« vous vouliez me voir ? » intervint une voix claire, la chevalière apparut souriante mais aux traits fatigués.
« oui. Je voulais savoir si tu tenais le coup. »
Question bizarre, elle en resta surprise.
« je suis la Justice réincarnée, DeathMask. Une déesse ne connaît pas de coups de barres, vous croyez pas ? »
Sa réponse le fit sourire, quoique, il ne savait que trop bien combien elle devait souffrir.
« tu n’as pas à porter ce masque, chevalière du Lynx. Ne fais l’erreur de croire que tu es seule. » dit il alors d’une voix solennelle, ce qui rappelait son rôle de maître.
« je vais essayer. Mais ce n’est pas important pour le moment… » elle eut un sourire triste qui lui fit mal. « Kanon est là, il voulait vous parler. »
« hein ? Kanon des Gémeaux ? Il veut quoi ? » s’écria brusquement le cancer.
« je viens de vous le dire : vous parler. Il est à l’entrée du Temple. » répondit Juliette, souriante doucement avec mystère.
« il n’a pas voulu rentrer ? » s’enquit le chevalier d’Or, rougissant légèrement.
« non, il est resté là-bas. »
« très bien, j’y vais. »
Alors qu’il disparaissait dans une autre pièce, le sourire énigmatique du Lynx n’avait pas disparu. Elle réfléchissait en silence, puis hocha doucement la tête l’air convaincue de ses pensées;
« Juliette-san ? » appela Astrée
« j’ai envie d’un bon chocolat chaud ! Ça te dit, Astrée ? »
« un chocolat chaud ? » s’étonna la petite, l’air méfiante
« ne me dis pas que tu n’as jamais bu de chocolat chaud ? » se dit avec effarement la chevalière. À son grand regret, la petite hocha négativement sa petite tête blonde. « pas possible! Je suis contente de t’avoir sortie de cet orphelinat. Suis moi, jusqu’à la cuisine, c’est parti! »
Plus loin, loin de tous projets culinaires farfelus, DeathMask rejoignit Kanon, assis à même les marches mouillées du Temple. Ils se fixèrent un moment, silencieux, comme s’ils se voyaient pour la première fois. Kanon rompit le contact, se mit doucement à rougir et s’en maudissait intérieurement. Il ne se reconnaissait plus depuis un temps.
Quand le Cancer le rejoignit, se rapprochant dangereusement de lui, Kanon sentit une douce chaleur le parcourir. Une chaleur qui fait pourtant frissonner.
« tu voulais me parler ? »
Le gémeau sentit l’odeur de tabac venir jusqu’à lui, il entendait l’autre expirer lentement la nicotine de ses poumons. À travers le bruit de la pluie, il ne pouvait entendre que cette respiration apaisée. Il n’osait bouger, ni le regarder.
« oui. Je… » commença-t-il. Mais quand il releva les yeux, et que ceux-ci croisèrent à nouveau un bleu aussi intense que les siens, il perdit sa voix. DeathMask lui semblait si proche, tellement proche. Il continua, en tenant de s’éloigner discrètement. Il lui semblait que le cancer se rapprochait tandis qu’il le fuyait.
« vu ce qu’il se passe, je me disais qu’il valait mieux que je t’en parle avant que quoi que ce soit de grave n’arrive. »
Puis il baissa de nouveau les yeux sans voir l’inquiétude qui avait saisi Deathask.
« Kanon, tu me fait peur. » ricana celui-ci, nerveusement.
« Est-ce qu’il y a quelque chose que tu souhaites plus que tout, DeathMask ? Un souhait particulier ? »
« oui. » le silence l’incita à continuer. « je souhaiterais vivre loin de tout ça. Des guerres saintes, des Dieux qui se querellent, des morts et de la souffrance. Je voudrais vivre ainsi avec les personnes que j’aime. Il y a quelques temps, cette idée m‘aurait donné la nausée, mais depuis cette Guerre Sainte, j‘ai pris conscience que…c‘en était assez! »
« moi, c’est pareil. Je crois que c’est le cas pour nous tous. Mais, j’aimerais par-dessus tout pouvoir protéger ceux que j’aime. »
Kanon avait un air déterminé, et DeathMask le regardait impassible en fumant toujours sa cigarette.
« tu parles de Saga ? » demanda le Cancer d’Or
« oui, mais pas seulement. » sourit Kanon, le regard timide en coin rivé sur l’autre.
« ah oui ? »
« il y a une autre personne que je protégerai. J’aime cette personne, plus que tout, peut être même plus que mon frère. C’est égoïste sans doute, mais je n’y peux rien moi-même. Mais en même temps, j’ignore si mes sentiments sont réciproques. »
« alors n’hésite pas. Parle lui! » l’encouragea le Cancer, qui commençait à voir clair dans le jeu de Kanon. Le Gémeau aussi semblait avoir compris, comme s’il avait lu dans les yeux du Cancer.
« j’aimerais. Mais mes sentiments sont si forts que j’ai peur de son rejet. En plus, on n’a jamais été très proches jusqu’à maintenant. Bien au contraire. »
« tu te demandes alors quand Est-ce que tu as manqué quelque chose. Quand Est-ce que tu aurais du le regarder, lui parler, même lui dire un simple « bonjour. » le petit déclic qui vous aurait rapproché. »
« oui. C’est exactement ça. »
« et on s’en veut d’avoir raté une telle occasion de créer des liens. » conclut DeathMask en écrasant sa cigarette contre le marbre trempé.
Puis le silence, troublé par la pluie qui devenait moins forte mais toujours aussi froide. Kanon lâcha un soupir, avant de jeter un œil au chevalier à ses cotés. Respirant profondément, il se risqua à se rapprocher de lui, sa main chercha la sienne. Une fois trouvée, ses doigts se serrèrent doucement et à sa grande surprise il n’y eut aucun rejet.
Bien au contraire.
Sans qu’ils ne s’en rendent compte, ni l’un ni l’autre, leur visage s’étaient rapprochés et leur souffle moururent dans un timide baiser qui au fur et à mesure s’approfondit.
Dehors, la pluie avait cessée.
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Shion ne travaillait pas. Il n’arrivait plus à quoi que ce soit. Et quand son serviteur entra :
‘‘ Grand Pope, le seigneur Dohko, chevalier d’Or de la Balance est ici, et souhaiterais s’entretenir avec vous.’’, il sentit son cœur s‘arrêter le temps d‘une seconde. Il porta sa main à sa poitrine, ses doigts se crispèrent sur le tissu rouge bordeaux de sa tunique.
« eh bien, faites le entrer, voyons. » dit Shion
« si vous me permettez, seigneur…êtes vous sûr ? Vous semblez exténué. » insista le page, qui ne devait pas avoir plus de 15 ans.
« ne t’inquiète pas. Je dois pouvoir m’entretenir avec un vieil ami sans pour autant m’écrouler de fatigue… » il tenta un sourire qu’il voulait rassurant, mais le jeune garçon le fixait toujours avec inquiétude.
« bien. »
Il s’éloigna et quelques instants plus tard, Dohko fit son entrée. Il portait son armure, et tenait le bout de sa cape immaculée afin d’éviter qu’elle claque dans ce silence lourd qui régnait dans le bureau de Shion. Celui-ci se leva, difficilement, afin de l’accueillir.
« hello, Shion. »
« salut, Dohko. »
Mais après, rien. Pas même un contact, pas un regard. Silence total, un silence de gêne, sans doute. Dohko hésitait, alors qu’il s’était imaginé cette conversation des centaines de fois avant de s’être décidé à venir.
« je sais pourquoi tu voulais me voir. » fit son ami, sa voix était rassurante et respirait la gentillesse. Pas de mystères derrière cette voix. Alors, autant se risquer à lui faire confiance.
« qu’Est-ce qui ne va pas chez moi, Shion ? »
L’atlante ne s’attendait pas à une telle question. Il chercha ses mots, mais ne les trouva pas. Et l’air déstabilisé du chinois ne fit rien pour l’aider.
« pourquoi tu m’as exclu de cette réunion ? Il y avait un Juge des Enfers, un Juge d’Hadès ! Pourquoi, alors que nous sommes censés t’assister, moi et Saga ? » demanda le chevalier sans laisser à Shion le temps de lui répondre.
« Dohko… » tenta le blond
« je ne te demanderai rien d’autre, Shion. Réponds moi, et je te laisserai. » continua Dohko
Il y eut de nouveau le silence. Aucun des deux ne se risquaient à rependre la parole. Shion ne voyait malheureusement plus Dohko devant lui, son vieil ami de toujours. Il ne voyait à présent qu’Arès, le Dieu de la Guerre et du Carnage. Son rêve fait précédemment le hantait. S’il le perdait, qu’allait il devenir. Le voir devenir un fou sanguinaire semant la mort le déchirait.
« tu sais, depuis un moment…depuis que Juliette est arrivée, et que ces meurtres ont commencé, je ne me reconnais plus. »
Il avait baissé le regard, et le releva pour croiser les yeux rosés de Shion. Il tenta un sourire, qu’il afficha doux.
« cette petite, c’est quelqu’un de bien. Je crois comprendre sa souffrance, même si je n’ai jamais vécu ça. Mais, il m’arrive des moments ou je la hais. Et c’est plus fort que moi. »
« Dohko. » Shion avait senti le tremblement dans la voix du brun
« j’ai l’impression que si je me laisse aller, je vais me perdre. Comme si quelque chose allait me faire disparaître…je ne sais pas ce que c’est mais ça me terrifie. »
À présent, il ne cachait plus sa peur, et fixait Shion avec des yeux inquiets, et son corps tremblait nerveusement.
« Dohko, calme toi. » fit le Grand Pope, s’approchant et le prenant par les épaules avec douceur.
« Shion, ça a un lien avec Arès ? » voyant son ami se figer et fuir son regard implorant, Dohko serra les dents. « c’était ça, hein ? Je ne suis pas idiot. Ça a commencé dés qu’elle est arrivée, Juliette. Non, Thémis! »
« Dohko, arrête, s’il te plait. Calme toi. » lui demanda Shion d’un air attristé.
« je ne peux pas. Si je fais ça, je vais… »
Il porta alors sa main à son front, et grimaça de douleur. Sa tête était si douloureuse, il crut qu’elle brûlait de l’intérieur. Dehors, le son continu de la pluie lui était insupportable. Il retint tout juste un gémissement.
« Dohko. » l’appela Shion
« tu crois qu’elle pourra… » commença le brun, qui était tombé à genoux à même le sol.
« quoi donc ? » le pressa l’autre
« tu crois que Thémis pourra le vaincre. Arès. »
« comment ça ? »
« Shion. Je le sens, au fond de moi. Son cosmos. Il est si puissant, tellement rempli de colère. Et si oppressant. Mais je sens aussi de la tristesse, bizarrement. »
Shion l’avait écouté sans l’interrompre, se contentant de le tenir par les épaules, lui montrer par ce contact qu’il était là. Jamais il n’avait vu Dohko aussi mal, et cela l’inquiétait. Il ne le sous-estimait pas, bien au contraire, il savait à quel point il était fort. Mais face à un Dieu tel qu’Arès…
« Shion…ne me laisse pas seul face à lui… » l’implora-t-il d’une voix tremblante.
« je suis là, Dohko. » et sans penser aux conséquences de son acte, il passa ses bras autour du corps de Dohko, le serrant doucement contre lui. La Balance lui rendit avec hésitation son étreinte.
Un moment passa, ou il n’échangèrent pas un mot. Dohko sembla se calmer, ses tremblements cessèrent et quand il se sépara doucement de Shion, celui-ci le découvrit comme il l’avait toujours connu.
« excuse moi. J’ai du te paraître bien pitoyable… » fit le brun avec un sourire triste
« n’y pense plus. »
« alors je suis Arès. Je ne sais pas si je dois m’en vanter ou au contraire m‘en maudire. » ajouta-t-il avec ironie.
« Est-ce que tu penses tenir ? Il n’abandonnera pas, tu sais. » fit Shion, grave.
« je sais. Et je crois que c’est pour ça que je suis venu te voir, aujourd’hui. » Shion haussa un sourcil interrogateur, Dohko continua. « je crois que d’ici les prochaines fois, je ne serai plus. »
« Ne dis pas ça! » s’écria Shion
Le chinois le fixa avec un sourire radieux. Il se sentait bien mieux maintenant, malgré le fait que rien n’avait changé. Quoique, si. Quelque chose avait changé. Il fit un grand sourire à Shion, avant de se rapprocher de lui un peu plus. Toujours assis à même le sol, Shion eut du mal à échapper au brun, sa longue tunique l’empêchait de bouger librement.
« merci, Shion. » dit il simplement.
Et sans laisser à l’atlante le temps de répliquer, il déposa un doux baiser sur ses lèvres entrouvertes.
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Tous les chevaliers, serviteurs et autres avaient été renvoyés dans leurs quartiers. Athéna voulait être seule. La déesse et Saori étaient en totale cohabitation, et se partageaient le corps de la frêle jeune fille.
Saori retrouva le contrôle de son corps, et descendant de son trône d’Or, elle préféra les marches de marbres recouvertes de l’éternel tapis de soie rouge. Elle s’y assit, tenant encore la boîte qui lui avait été apportée par ses chevaliers d’Or. Elle s’en souvenait encore, cette boîte en argent véritable, y imposant son sceau il y avait de cela des siècles.
Dans cette boite, elle avait enfermé Déimos, Dieu de la Terreur, Phobos, la Peur, Enyo la déesse des batailles, et depuis peu Eris, la Discorde. Tous des suivants d’Arès, ses guerriers.
« j’ignore encore si il a rappelé ses guerrières amazones. Elles sont aussi de redoutables guerrières. » fit Athéna, ce qui n’échappa pas à Saori.
« on a une chance de le battre ? » demanda-t-elle à la déesse
« oui, mais il va falloir se battre. Et ça ne sera pas sans souffrances. »
« je me battrais. Je veux aider Juliette et Thémis, pour la Justice et les chevaliers. »
« j’ai déjà battu Arès et ses guerriers. J’ai déjà brisé sa Net, bien que ce soit une Armure Divine. Il ne sera pas plus difficile de le refaire, quoique sa haine envers Thémis soit plus forte qu’il n’y a quelques siècles. »
« une Net ? » s’étonna Saori
« des Mailles, le nom donné aux amures que portent Arès et ses guerriers. »
« mais Thémis a bien des guerriers à son service, n’est-ce pas ? »
« oui. Il y a d’abord Astrée, la fille née de son union avec Zeus. Vient ensuite les trois Hespérides et Homonoia, déesse de la Concorde. »
« sans parler d’Athéna, et ce n’est pas rien. »
La malice de la jeune japonaise fit sourire la déesse. Pourtant, le malaise n’arrivait pas à disparaître et toutes deux le ressentaient. Saori se sentait nerveuse, comme à l’approche de la fin, quand elle avait décidé de se donner la mort durant la Bataille du Sanctuaire. Athéna, elle, craignait surtout pour ses chevaliers. Une nouvelle vie leur avait été offerte, ils ne méritaient pas ça. Ils ne devaient pas subir ça une fois de plus.
« si seulement nous pouvions convaincre Hadès de… » mais cela semblait impossible, Athéna ne préféra pas continuer.
« c’est peut-être possible. Hadès a du solliciter Thémis de nombreuses fois. » ajouta Saori
« concernant Perséphone, oui. À chaque fois que Déméter refusait de rendre sa fille à Hadès, il devait faire appel à Thémis. »
« et cette dette n‘est pas encore payée. »
Un sourire passa sur les lèvres de la jeune fille, mais qui s’effaça aussitôt, alors que ses yeux émeraudes se posaient sur la boîte d’argent sur ses genoux.
« mais ça me ferait mal… » commença-t-elle simplement, « je sais que Thémis veut régler cette histoire seule. Elle pense que c’est entièrement de sa faute. Et Juliette aussi. » Saori pouffa doucement. « elles sont si proches, au niveau du caractère. Je me rappelle de Juliette, quand nous étions toutes jeunes. Elle était pareille. Toujours à prendre les responsabilités. » ce souvenir lui remonta le moral, mais une pensée occupait son esprit. « Mais si elle devait mourir. »
« Thémis est une déesse, mais tant qu’elle reste ainsi dans cette enveloppe charnelle, c’est la chevalière du Lynx qui est exposée. »
« elle pourrait quitter son corps ? »
« seulement si l’âme de Thémis rejoint son véritable corps, en Olympe. » Saori releva la tête, son air était perplexe. « comme tous dieux, Thémis peut quitter son véritable corps, errer en tant que simple âme et se matérialiser à travers son corps d’empreint. »
« et si Juliette ou Thémis refuse de quitter le corps d’empreint ? »
« il faudrait que ton amie meure, ainsi les deux âmes retourneront d’où elles viennent : aux Enfers, pour Juliette. En Olympe pour Thémis. » expliqua clairement la déesse
Cela fit froid dans le dos à la jeune fille. Juliette, morte ? Elle n’osait même pas l’imaginer.
« mais crois moi, jeune Saori. Thémis est une déesse possédant une grande sagesse. Jamais elle ne fera prendre de risques à qui que ce soit si ce n’était pour des raisons valables… »
Saori pouvait sentir ce cosmos chaud et doux l’envelopper, le cosmos d’Athéna. Elle se sentit apaisée, ne serait ce que quelques instants. Profitant de cette quiétude, elle ferma doucement les yeux et se recroquevilla légèrement sur elle-même.
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Il était confortablement assis dans un large fauteuil, au milieu d’une pièce plongée dans le noir. D’autres personnes étaient présentes, leurs silhouettes se découpaient dans l’obscurité. Pourtant, on savait que c’était lui qui régnait, lui seul pouvait se permettre de tels regards de mépris envers ses guerriers sans en subir les conséquences. Ils étaient debout autour de lui, mais sa simple aura et son regard le rendait terriblement plus puissant qu’eux.
Il était le dieu parmi eux.
« ce moment est venu plus vite que je n’y pensais… » fit il d’une voix grave et mielleuse qui cachait sa dangerosité. « nous y voilà, enfin. »
« majesté. Je dois vous prévenir. » commença une des silhouettes qui l’entouraient.
« quoi donc, Adénos ? Tu veux parler du lien qui s’est tissé avec ce spectre. Ce simple spectre céleste alors que nous pourrions en avoir tellement plus sur le dos. » sa voix était montée d’un cran. Elle était à présent rempli de reproches et grondait dans la pièce.
« pardonnez moi. » fit l’autre, sans être apparemment sincère.
« de plus, même si Hadès est mis au courant, jamais il n’acceptera d’aider Thémis, surtout si Athéna et ses chevaliers s’en mêlent. » ajouta une deuxième voix dans la pénombre, plus jeune et malicieuse.
« il faut avant tout se méfier des chevaliers. » fit une troisième, une voix de femme, autoritaire.
« Athéna s’est rangée du coté de Juliette du Lynx : ils ne feront rien. Athéna est trop attachée à son amie pour lui désobéir ou la contrarier. » reprit la première voix d’un ton posé.
« il faudra quand même se préparer à tout. » conclut la quatrième silhouette, qui avança d’un pas. « Adénos, tu es celui qui est le plus proche des chevaliers et d’Athéna. Que peux tu nous dire ? Qui est susceptible d’être un danger ? »
Adénos garda le silence et sembla réfléchir, quand ses yeux couleur sang se posèrent sur le corps en face de lui : Arès, ou plutôt Dohko de la Balance, qui avait perdu ses traits doux et laissait place à une expression de méchanceté perverse et machiavélique.
« le Grand Pope, Shion. »
Réponse inattendue qui les laissa tous muets, cependant Adénos n’y fit pas attention et continua.
« il sait beaucoup trop de choses. Et c’est en plus ce qui empêche Dohko de totalement lâcher prise. » sa voix était cruelle et chargé de sous entendus. Arès eut un sourire.
« je vois que tu y as déjà pensé, Adénos. » fit celui-ci
« s’il disparaît, Dohko cédera. De plus, majesté… » il s’approcha et se pencha sur le Dieu « ce sont les secrétaires particuliers qui succèdent au Grand Pope en cas de problèmes majeurs. »
Le sourire du Dieu de la Guerre s’agrandit. Tout se passait pour le mieux et Adénos avait eu une excellente idée. Tout à fait excellente.
« tu ne me déçois pas, pour un simple démon échappé du Tartare. » dit Arès en se levant. Le démon fit une révérence et sourit doucement pour toute réponse.
Alors qu’il avançait dans la pièce, les autres personnes présentes s’écartèrent de son passage. Après un instant de réflexion, le brun se retourna vivement.
« si Shion disparaît, on mettra tout sur le compte de Thémis et Arès. Arès étant introuvable, et vu la haine déjà grande de Dohko envers notre charmante chevalière… » il sourit davantage avant de continuer « Saga et Dohko lui feront quitter le Sanctuaire et personne ne pourra s’opposer à leur autorité. C’est la loi qui le veut. »
« et Thémis restant vulnérable dans ce simple corps d’humaine, et sans aucun chevalier d’Athéna pour la protéger… » continua la voix de femme.
« …il sera facile de la battre. » conclut une autre voix masculine.
« ne vous inquiétez pas : dés que le tour d’Athéna sera venu, vous pourrez vous occuper à loisir de ses chevaliers. Thémis est à moi. » affirma le Dieu d’une voix dure. « j’ai tellement attendu et recherché, je ne compte pas laisser cette chance me filer entre les doigts. »
Tandis qu’il parlait, son regard brillait d’une lueur malsaine. Ses intentions étaient facilement devinable. Il se dirigea vers la sortie, une des ombres s’écria.
« majesté ? Ou allez vous ? »
« attendez avant de vous débarrasser de Shion. J’ai quelques chose à faire, n’intervenez pas avant d’avoir eu mon signal. » dit il avant de quitter la pièce.
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DeathMask et Kanon eurent la sacrée surprise de trouver Juliette et Astrée, affalées dans le canapé du Temple du Cancer, sirotant leur chocolat chaud. Il ne fallut qu’une minute pour que les deux jeunes hommes ne les rejoignent, il en restait un peu au fond de la casserole. Juliette, bien qu’elle se doutait du tournant que venait de prendre la relation du Gémeau avec son maître, ne fit aucune remarque. La petite était, quant à elle, bien trop occupée à siroter son chocolat pour s’y intéresser.
« vous avez pu discuter ? » fit la chevalière d’Argent au bout d’un moment, ce qui fit sursauter son maître.
« oui. À merveille. » osa Kanon. Quand Juliette lui fit un clin d’oeil innocent, DeathMask les fixa tour à tour, le regard meurtrier.
« tiens, la pluie s’est arrêtée. » remarqua la petite Astrée avec de grands yeux.
« c’est vrai. » approuva le Gémeau.
« je vais prendre l’air. » fit la petite en sautillant du canapé. « merci pour le chocolat chaud. »
« fais attention à toi, Astrée. » la prévint Juliette
« comptez sur moi. » cria une petite voix au loin
Tous lâchèrent un soupir fatigué, voire un petit rire pour Kanon.
« je crois que moi aussi, je vais prendre l’air. » fit Juliette, se levant « je vous laisse. » ajouta-t-elle, faisant un nouveau clin d’œil avant de disparaître.
« tu crois qu’elle se doute de quelque chose ? » murmura le cancer à son amant
« c’est possible, oui. » lui répondit il en grimaçant
Une fois dehors, la chevalière d’Argent profita de cette sensation de fraîcheur, comme il y en a après la fin de la pluie. Le parvis du temple était encore humide, quelques flaques résistaient au vent. Lorsque ses yeux croisèrent ceux de son reflet, au sol, elle s’y perdit un instant pour s’en détourner. Elle descendit, et se retrouva rapidement à l’entrée du temple des Gémeaux. Non sans angoisse, elle commença à avancer de quelques pas, pour voir arriver vers elle deux tornades, l’une blonde et l’autre rousse.
« Kiki! Astrée ! » s’écria-t-elle, alors que les deux gamins se heurtaient à ses jambes. Ils tremblaient et semblaient terrifiés. La jeune fille remarqua les larmes qui coulaient sur les joues de sa disciple, ce qui fit aussitôt monter en elle la colère.
« racontez moi. Qu’Est-ce qui s’est passé ? » demanda-t-elle d’un ton rassurant, caressant avec tendresse leur chevelure.
Astrée n’émit qu’un sanglot étouffé, encore sous le choc de ce qu’elle avait du voir ou vivre. Juliette remarqua alors que Kiki se tenait le bras droit. Comme elle y pensait, quand elle saisit sq petite main pour l’en écarter, elle découvrit une coupure. Légère, mais elle saignait bien.
« Kiki, réponds moi. S’il te plait. » demanda-t-elle
« j’ai croisé Astrée, quand elle sortait du Temple du Cancer. » commença le rouquin d’une voix tremblante, mais il semblait se remettre de ses émotions.
« j’ai senti un cosmos. » ajouta Astrée, entre ses pleurs. « il était si puissant.. » puis elle sanglota encore, la chevalière la prit doucement contre elle.
« ou était ce ? »
« au Temple des Gémeaux. Il y en avait deux en fait. Un qui était immense, et oppressant. Je n’avais pas senti ça depuis l’épisode avec Thanatos. » expliqua Kiki
« c’est là que tu t’es blessé ? »
« une voix nous a parlé, il faisait sombre, je n’ai rien vu. Mais quand j’ai vu cette lumière foncer sur Astrée, je l’ai protégée. Elle était partie pour lui faire du mal. »
« merci Kiki. Emmène Astrée au Temple du Cancer, tu veux. Ça va aller ? » le petit hocha la tête.
Tous sursautèrent quand le cosmos si immense en question se fit ressentir, il approchait. La jeune fille fronça les sourcils : pourquoi les autres chevaliers n’ont-ils rien sentis ? Elle sentit Astrée se détacher d’elle, Kiki reculait.
« filez vite. Allez! »
Obéissant, les deux enfants quittèrent les lieux à toute vitesse. Par précaution, le cosmos du Lynx les suivait à la trace. Ce cosmos était celui d’Arès, ça ne faisait aucun doute : elle le reconnaissait. Le vent froid souffla, la fit frissonner violemment. Juliette se maudit alors d’avoir osé mettre une jupe plutôt courte. Mais ce n’était pas le plus important. Face à elle se dressait Dohko de la Balance, ou du moins c’était son corps. Ce cosmos n’était pas le sien, le regard ou le sourire cruel qu’il abordait ne l’étaient pas non plus.
« Arès… » murmura Juliette
« Thémis. » la salua celui-ci. Il s’approcha, d’une démarche sûre, comme un félin qui guette sa proie. Et cela ne plaisait pas du tout à la châtaine. Elle s’était pourtant promise de garder un peu de contenance. Pourtant, plus il avançait vers elle, plus elle reculait. À cet instant, c’était lui qui menait le jeu.
« ça fait longtemps… » dit il ensuite.
« tu m’excuses, mais je n’ai plus vraiment conscience du temps… » répliqua calmement la jeune fille, sentant le cosmos de Thémis s’emparant du sien.
Il fit encore quelques pas, et s’arrêta : Juliette était maintenant acculée à une colonne, quoiqu’elle pouvait tenter, il réussirait à la coincer sans difficulté. Il l’avait menée là ou il voulait. La chevalière en eut conscience, et grimaça légèrement.
« et as-tu conscience de ce qui se passe, en ce moment ? Et de ce qui arrivera ensuite ? » demanda-t-il alors.
« ce combat sera notre dernier. » continua-t-elle
« exactement. Mais le plus ahurissant… » fit il, amusé. « c’est que je vais faire d’une pierre deux coups. Je détruis Thémis, et Athéna également. »
« je ne te laisserai pas faire. Ne compte pas toucher à elle ou à un seul de ses chevaliers. »
« tu crois ? »
À son air, elle fronça les sourcils. Arès de son coté, plissa les yeux d’un air neutre. Devant lui apparaissait progressivement Thémis, sa voix, son regard et son attitude. Les deux personnalités semblaient se mêler en harmonie. Mais la perfection n’était pas encore atteinte : elle manquait encore de puissance.
« tu leur a demandé de ne pas se mêler de nos affaires. C’était très juste de ta part, mais inutile. »
« tu as osé touché à ma disciple. À moins que ce soit Adénos ? » dit la déesse, voyant clair dans ses intentions mais s’inquiétant plus de la petite.
« si je m’en prend à Athéna, ses chevaliers devront riposter. » continua Arès, ignorant ses paroles. « Ils ne reculeront pas! Leur dévotion est sans égale. Et tu n’as, à mon souvenir, aucun moyen de contrer la mort, tout puissante titanide que tu es. »
Il jubilait de la voir se contenir pour ne pas laisser éclater sa colère, voir ses pupilles claires trembler de rage. Ce regard lui avait manqué, il devait l‘avouer.
Quand un sourire effrayant lui étira les lèvres, Juliette craignit le pire. Son cœur s’accéléra quand elle le vit s’approcher. Elle tenta un mouvement sur sa droite, une tentative pour lui échapper. Mais plus rapide et fort face à son corps frêle, il la saisit sans douceur par le poignet et la plaqua de nouveau contre le marbre de la colonne.
« manqué, gamine. » fit il avec sa voix grave, imitant avec méchanceté le ton moqueur qu’abordait habituellement Dohko.
« je ne te permets pas de le… » commença-t-elle, quand une main ferme vint la saisir à la gorge. Elle sentit sa respiration se bloquer. Il se colla quasiment à elle, lui empêchant tout mouvement.
« et moi je ne te permets pas non plus, Thémis. »
Le regard du dieu changea subitement, tandis qu’il parcourait d’un œil attentif le visage et le cou pâle de sa victime. Juliette en eut froid dans le dos, et se préparant au pire, serra tant qu’elle put les jambes. La réputation d’Arès se révéla exacte, d’une perversité égale à la plupart des dieux de l’Olympe.
Avec un large sourire victorieux il laissa une main s’égarer sur sa cuisse, elle sursauta et cessa de respirer. Elle aurait tout accepté mais pas ce genre de chose. Pas une fois de plus. Arès s’arrêta un instant, quand les deux cosmos mêlés s’intensifièrent, devenant difficiles à surpasser. Il dut s’écarter quelques peu, plongeant un regard furieux dans celui bleuté et déterminé de la jeune fille.
Ils se fixèrent, se défiant du regard, leur cosmos se frôlant dangereusement, attendant que l’un fasse une erreur pour que l’autre puisse prendre l’avantage.
Soudain, une voix s’écria, deux cosmos dont un aussi clair que celui de Thémis apparurent non loin d’eux.
« ne la touche pas! »
Arès se détourna de Thémis, par la même occasion relâcha sa vigilance et son cosmos lui laissa une ouverture, une chance que la déesse saisit. Un vague de lumière le projeta en arrière, le faisant reculer de plusieurs pas. Quand Arès releva les yeux sur elle, il découvrit Thémis dans toute sa splendeur.
Ses cheveux, comme de l’or, tombaient lourdement et sur ses épaules, et quelques mèches sauvagement surs ses yeux, ses prunelles étaient brillantes, bleues claires, presque transparentes. Son corps était maintenant recouvert de son armure divine, laissant à la vue de tous quelques parcelles de sa peau blanche. Son regard et son maintien inspiraient le respect, et la fierté. Une toute autre personne.
Arès en resta bouche bée un instant, captivé par ce regard opale qui le fixait, sans pitié.
Plus loin, Athéna fixait la titanide encore plus éblouie que son rival, les yeux grands ouverts de stupeur et la main sur ses lèvres. À ses cotés, Kanon vêtu de son armure des Gémeaux, observait la scène mais voir ainsi la jeune fille transformée lui fit froncer les sourcils.
« Thémis… » murmura la déesse dans un souffle. Elle ne sentait plus de conflits entre les deux cosmos, mais une harmonie parfaite et tellement puissante. Thémis n’avait jusque là déployé même pas un tiers de sa puissance. Elle se dévoilait au grand jour.
« je vois. Je me suis laissé surprendre. » fit Arès, se reprenant. « ça aurait été presque trop facile. »
Après l’avoir fixé en silence d’un regard mauvais, Thémis parla, d’une voix bien plus lourde et autoritaire que celle de la Chevalière du Lynx.
« pars, Arès, avant d‘avoir perdu toutes chances de me vaincre dans un combat digne des Dieux que nous sommes. Et quoi que tu puisses tenter contre Athéna ou ses chevaliers, moi ou d’autres seront là pour t’en empêcher. »
« quoi ? D’autres ? Tu veux parler d’Homonoia et de ta bâtarde de fille ? »
Une deuxième attaque de la part de sa rivale le fit taire, et après un énième regard meurtrier, il s’éclipsa comme il était venu. Sentant le cosmos hostile du dieu disparaître, Thémis relâcha sa vigilance et soupira discrètement.
Quand Athéna s’approcha d’elle, à petits pas, la titanide lui sourit gentiment. Mais très vite, à bout de forces, elle s’effondra à genoux sur le sol terreux.
« Thémis! » appela Athéna, accourant vers elle.
« Athéna. Kanon. » dit elle « comment ? »
« j’ai senti le cosmos d’Arès. Idem pour Kanon, sauf qu’il ignorait de quoi il s’agissait. » expliqua la jeune fille aux cheveux lilas.
« je sentais une menace. Mais va savoir comment, je me suis laissé guider jusqu’ici. » ajouta le chevalier avec sérieux.
« Athéna. Tes chevaliers… » fit la déesse aux cheveux d’ors
« je sais. Mais je ne pourrai les empêcher d’intervenir… » dit elle, avec tristesse.
« dans ce cas, il va falloir lutter ensemble. » dit Thémis, le souffle court. « tu es arrivée à temps, Athéna. »
« mais à présent, tu es plus forte que jamais. »
« sans doutes. Mais Arès également. »
Kanon se décida à approcher à son tour, les fixant ainsi de son air impassible. Tous s’échangèrent un regard, quand le Gémeau mit un genou à terre, devant Thémis qui resta surprise de son geste. Doucement, il lui prit la main tout en baissant les yeux avec respect.
« et les chevaliers se battront à vos cotés, quelque que soit la fin. » dit il aux deux déesses, qui approuvèrent d’un regard.
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« du calme, Déimos. »
La voix pourtant apaisante et claire de son frère Phobos ne suffit pas. Déimos le darda de ses yeux dorés furieux avant de donner un coup de poing rageur dans le mur du temple de la Balance. Aussitôt, Enyo se jeta sur lui, le saisissant par le bras.
« Déimos, arrête! C’est déjà un miracle que nous puissions passer inaperçu au sein du Sanctuaire. » s’écria-t-elle.
« calme toi. » ajouta Phobos.
Le dieu de la Terreur fixa ses frères, puis se décida à obéir. Déimos avait des cheveux roux et des yeux d’ors, à l’image d’Arès, son père, aussi bien dans son physique que dans son caractère. Ses cheveux mi-longs, en bataille, tombaient sur ses prunelles en mèches épaisses, lui donnant un air sévère.
Phobos et Enyo étaient plus calmes, et cela se voyaient dans leur physique. Tous deux abordaient un regard impassible, parfois lointain. Phobos avait des yeux couleur rubis, et des cheveux d’ébènes comme Enyo, leur sœur, qui tombaient en cascade sur son dos et encadrant son visage. Enyo elle, ressemblait plus à Phobos qu’à Eris ou Déimos. Ses cheveux noirs et les quelques mèches tombantes sur son front mettaient en valeur ses yeux d’un noir profond, d’où glissaient quelques larmes de sang séché.
Tous portaient des armures aux tons de bronze et or, aux formes diverses. Quand Arès rentra en trombe dans le temple, l’air tout simplement furieux et à bout, ils lui firent une révérence qu’il ne remarqua pas. Il ne posa même pas un regard sur eux.
« Arès ? » osa l’appeler Enyo
« occupez vous du Grand Pope d’Athéna. Peu importe que les chevaliers s’en mêlent ou pas : au final, tous mourront. »
« bien. »
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Shion venait de sortir de son temple, parti pour rejoindre Mu et Kiki au Temple du Bélier. Mais jamais il n’y arriva. Su son chemin, des cosmos hostiles et puissants l’empêchèrent d’avancer plus, il ne put franchir les marches du temple. Devant lui, magnifiques malgré leur effrayante apparence, les dieux de la bataille et de la peur s’avançaient. Un d’eux, à la chevelure flamboyante telle des flammes, laissa échapper de sa gorge un ricanement angoissant. Son regard l’était encore plus.
(( ouh! Les voilà arrivés, ces quatre là. Il manque encore Eris, qui apparaîtra dans le prochain chapitre. D’ici là, on ira faire un tour du coté des Bronzes, et peut-être des chevaliers d’Argent et le combat commencera.
N’oubliez pas les REVIEWS!))