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Disclaimer : Harry Potter, noms et lieux sont la propriété de J. K. Rowling et Warner Bros Corp. en leurs titres respectifs.
II
Ce ne fut pas l’échec qui, en soi, constitua pas ce qui mina le moral de Harry pendant les jours suivants. Il avait déjà été confronté de nombreuses fois à des revers, et s’accordait volontiers avec ceux qui déclaraient que l’on apprenait de ses erreurs. En réalité, ce qui sapa durablement son moral, ce furent les conséquences de cet échec, qui entravaient irrémédiablement son objectif – cet objectif, qu’il avait cru si beau, si nécessairement destiné à lui et si noble moralement. Oui, la poursuite et l’éradication des vilains de ce monde lui avait paru un objectif louable, pour lequel il s’était estimé taillé sur mesure, et voilà que, brutalement, on lui bloquait cette voie royale, voilà qu’on se mettait en travers de son chemin, voilà qu’on lui interdisait de faire ce pour quoi il pensait être fait.
De ce fait, les jours qui suivirent ne furent pas les plus joyeux de son existence – loin s’en fallut. Mais il s’aperçut rapidement que même si on lui avait efficacement barré la route, il n’avait pas pour autant l’intention d’en rester là – et cette constatation l’amena à penser qu’il y avait réellement eu un changement profond en lui : à une autre époque, il aurait laissé faire le destin, il se serait conformé à la décision du CIA. Plus maintenant. Il y avait un chemin tout tracé pour lui, et il était hors de question que quelqu’un se mette en travers.
Lorsqu’il s’éveilla au mardi matin, cette idée émergea, et elle ne le quitta plus. Il s’aperçut, en se rasant devant le miroir de la salle de bain, qu’il n’était plus déprimé. Il se dévisagea dans la glace, et s’aperçut que le reflet qu’il regardait – bien que couvert de mousse à raser – n’était pas abattu. Il était contrarié – et Harry avait bien l’intention d’évacuer cette contrariété.
- - -
Il décida donc de se rendre dans l’appartement londonien que partageaient Ron et Hermione. Il transplana immédiatement à l’extrême limite de leur champ de protection antitransplanage – non qu’il n’aurait pu le forcer, mais il n’était pas pressé à ce point. Il frappa à la porte, et il se passa un moment avant qu’on vienne lui ouvrir. C’était Ron, dans toute la splendeur d’un sommeil arraché. Ron lui apparut comme l’archétype du chômeur désoeuvré : il était en pyjama, mal rasé, les cheveux trop longs, et la voix encore pâteuse d’un sommeil abandonné à regrets.
« Harry ?
- Salut Ron ! s’exclama Harry d’un ton jovial. Hermione n’est pas là ?
- Hermione est au Ministère, elle est partie tôt, ce matin… Enfin… tôt… pour un chômeur, quoi… »
Harry s’amusa de constater que la phrase « Hermione est à la bibliothèque » qu’il entendait si souvent prononcer à Poudlard semblait avoir simplement changé en « Hermione est au Ministère », depuis qu’ils avaient quitté les murs de l’école.
« Tu permets que j’entre ? demanda Harry pour la forme. J’ai apporté des… – il murmura une formule magique – croissants !
- Ah, mais ça change tout alors, se moqua Ron, en s’emparant néanmoins du sachet contenant les croissants que Harry venait de faire surgir du néant. »
Il escorta Harry jusqu’à la cuisine.
« Désolé de te déranger, fit Harry en s’asseyant à la table de la minuscule cuisine de l’appartement, mais je devais te parler.
- Tu me préviendras lorsque tu viendras chez moi uniquement pour me voir, ironisa Ron. »
Harry ne releva pas, il posa le croissant qu’il avait commencé à beurrer et planta ses yeux dans ceux de Ron.
« J’ai passé mes ASPIC, déclara-t-il brusquement. Et je viens de passer les examens d’entrée d’Auror.
- J’étais au courant, fit Ron : Tonks l’a dit à Remus, qui l’a dit à maman, qui l’a dit à papa, qui en a parlé à Charlie, qui en touché un mot à Bill qui l’a répété à…
- C’est bon, coupa Harry un peu sèchement. Je connais les membres de ta famille. »
Il y eut un moment de silence.
« Et alors ? poursuivit Ron, avant d’ajouter un peu amèrement : J’imagine que tu as battu tous les records.
- Eh bien… Pas exactement…
- Quoi ?
- Eh bien… fit Harry, un peu gêné. J’ai raté, Ron. Pas les ASPIC, les examens d’entrées au CIA. »
Le jeune Weasley sembla s’étrangler de stupéfaction. Il avait l’air authentiquement abasourdi, et Harry ne manqua pas de s’en étonner : si Ron lui-même avait échoué cet examen, pourquoi estimait-il si inconcevable que Harry ait également raté ? Il questionna Ron à ce sujet.
« Mais parce que tu es Harry Potter ! répondit Ron, comme en affirmant qu’un et un font deux.
- Et alors ? Si j’ai raté, j’ai raté, que je sois Harry Potter n’y change rien !
- Mais tu ne comprends rien ! tempêta Ron. Je dois te rappeler que tu es Celui-Qui-A-Vaincu-Voldemort-En-Combat-Singulier ?
- Etre Auror, ce n’est pas seulement être bon au combat ! s’exclama Harry. Il y a plein d’autres capacités qu’ils sont censés maîtriser ! Ils ne prennent pas n’importe qui !
- Ce n’est pas ça que je veux dire, corrigea Ron un peu plus calmement. Tu es parti trop longtemps… Tu ne te rends pas compte… Le fait que tu sois resté si longtemps absent n’a fait qu’accentuer…
- De quoi ? s’impatienta Harry. De quoi devrais-je me rendre compte ?
- Mais tu as bien vu ! s’exclama Ron en se levant et en commençant à arpenter la minuscule pièce. Tu es une légende vivante, Harry, une star ! Tous les départements du Ministère seraient prêts à tuer pour t’avoir auprès d’eux, sans parler du privé ! »
Il se leva brusquement et se mit à arpenter la pièce, ce qui, étant donné la taille de cette dernière, impliquait de très fréquents virages.
« Je ne dis pas cela pour te flatter, poursuivit-il sans interrompre sa marche, c’est simplement la réalité. Scrimgeour – Scrimgeour lui-même – le ministre de la magie en exercice, le Scrimgeour a déclaré publiquement qu’il était prêt à t’accueillir n’importe où dans le Ministère, dans la Gazette du Sorcier, au matin du nouvel an !
- Eh bien, visiblement, au moins un département du Ministère ne veut pas de moi.
- C’est bien ce qui m’étonne, murmura Ron qui sembla soudain en proie à une intense réflexion. Ce n’est pas possible… Hum… Absolument… A fortiori les Aurors ! J’aurais été prêt à parier à mille contre un que tu aurais été pris ! Il y a quelque chose là-dessous ! Quelque chose de louche !
- Ron… tenta Harry d’une voix calme.
- Je te dis qu’il y a quelque chose de louche ! Enfin ! Réfléchis ! Comment vont-il annoncer ça, hein ? Comment crois-tu que l’opinion va accepter ça ? Refuser un poste à Harry Potter, un poste d’Auror, en plus, alors que la majorité des sorciers est persuadée que tu es une sorte de super-héros à la moldue ! C’est un suicide politique pour celui qui t’a fait rater !
- La presse n’est pas au courant, Ron… Enfin, pas pour l’instant, et tant que les quelques personnes qui savent tiennent leurs langues…
- Justement ! Tu n’as qu’à leur dire ! Tu préviens la presse, et…
- Ron ! Il n’est pas question que je fasse cela ! Tu me connais suffisamment pour savoir que je n’utiliserai pas ma… notoriété… pour obtenir quelque chose !
- Mais il n’est pas question d’obtenir quelque chose ! insista Ron. Il est question de réparer une injustice ! Je te dis qu’il y a quelque chose de très louche derrière tout ça !
- Tu pourrais me dire pourquoi tu ne parviens pas envisager que je puisse rater ? s’exclama Harry en élevant les mains. Bordel, Ron, est-ce que quelqu’un pourrait me dire pourquoi je n’ai pas le droit d’être mauvais et de rater ma vie comme tout le monde ?
- Mais…
- Ron ! »
Ron se figea et la tension retomba brutalement. Le silence fut, et Ron regagna sa chaise en face de Harry. Il saisit un croissant beurré et dit d’une voix monocorde :
« Pas mauvais, ces croissants. On dirait presque des originaux.
- Ron, réattaqua Harry, est-ce que tu voudrais bien me dire pourquoi tu refuses d’envisager que les examinateurs soient simplement des honnêtes examinateurs, qui ont fait leur boulot d’examinateurs correctement, et qui ont simplement constaté que je ne correspondais pas à leurs exigences ?
- Tu tiens vraiment à l’entendre, hein ?
- Quoi ? »
Ron soupira :
« Eh bien, tu l’auras voulu ! Voilà : tu es… hum… plutôt bon en magie. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Et c’est pour ça que… Il me paraît absolument improbable que tu aies réellement échoué ces tests. »
Il y eut un court silence, puis Ron reprit où il s’était arrêté :
« Réfléchissons deux secondes, d’accord ? Ces tests sont difficiles, d’accord, mais ils sont quand même destinés à des élèves sortant de Poudlard, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Et j’imagine que tu n’as eu que des mentions « optimal » pour tes ASPIC, n’est-ce pas…
- En fait j’ai quand même eu un « E » en…
- Oui, bon, bref, c’est ce que je disais : tu as maîtrisé cette session d’examens sans beaucoup de difficultés. Et pourtant, alors que d’autres élèves à peine sortis de Poudlard – avec de moins bonnes notes et surtout beaucoup moins d’expérience – réussissent sans problème, toi tu es recalé ! Tu ne trouves pas ça bizarre ?
- Oui mais… Je pense que j’ai fait certains trucs qu’ils n’ont pas trop appréciés.
- Genre ?
- Genre : utiliser certaines pratiques réprouvées par le "bon sorcier père de famille", si tu vois ce que je veux dire… Un peu de légilimancie pour tromper l’examinateur que je devais suivre sans me faire repérer, quelques sorts un peu limite… Enfin, rien de bien grave en comparaison avec ce que j’aurais pu faire.
- Je vois, fit Ron d’un air légèrement réprobateur. Enfin, pour ce que j’en sais, il arrive aussi aux Aurors de faire usage de sortilèges « limites », comme tu dis. Souviens-toi qu’à l’époque de Croupton, ils toléraient même l’usage des sortilèges impardonnables…
- Croupton est mort, Ron.
- Je le sais bien. Je voulais juste dire que les Aurors ne sont pas des sorciers puritains qui réprouvent le moindre sortilège offensif. Regarde Fol-Œil, par exemple, il a été Auror, lui aussi, et on ne peut pas dire qu’il lésinait sur les moyens, quand il s’agissait de casser du Mangemort.
- Tu marques un point, céda Harry. Admettons… admettons que mon échec soit un peu… suspect… Pourquoi quiconque voudrait-il que j’échoue cet examen ?
- Je ne sais pas, dit Ron avec enthousiasme, mais c’est ce que je vais m’appliquer à découvrir ! Une bonne vieille enquête, comme au bon vieux temps ! Je vais prévenir Hermione, et à nous trois réunis, aucun mystère ne saurait nous résister ! »
Harry dévisagea le visage rieur de son ami avant de déclarer d’un ton mesuré :
« Euh, Ron… Si je peux me permettre… Je ne suis pas sûr que cela soit une si bonne idée que ça, je veux dire… d’en parler à Hermione. Elle travaille et… je te rappelle que tu es censé être en recherche de boulot. »
L’enthousiasme de Ron sembla retomber brusquement :
« Tu as raison, fit-il d’une voix dépitée. Elle n’a pas le temps, je n’ai pas le temps, nous n’avons pas le temps. Pff, franchement… Quand je pense que je me plaignais à Poudlard ! Y’a rien de pire que d’être adulte, ou d’être supposé l’être.
- A qui le dis-tu, renchérit Harry qui songeait à sa récente déconvenue devant la directrice de Poudlard. »
Ron sembla abattu pendant quelques instants, puis il se redressa brusquement.
« Mais tu sais, dit-il avec un sourire en coin, il y a quelques compensations au fait d’être adulte, et entres autres, les relations. »
Ron se leva de sa chaise et quitta la cuisine, Harry le suivit, intrigué. A la grande surprise de ce dernier, Ron décrocha un téléphone posé sur une petite table, consulta un petit carnet posé à côté, et composa un numéro.
« Tu sais utiliser un téléphone, maintenant ? questionna Harry, interloqué.
- "De l’avantage de vivre avec une personne née de parents moldus", plaisanta Ron. Chut ! Ca sonne ! … Allo, Tonks ? C’est Ron Weasley ici ! … Oui, comme tu vois je me suis mis à la technologie moldue. … J’ai un petit service à te demander… »
Ron demanda alors à Tonks d’investiguer sur ses suspicions à propos des examens de Harry. Tonks, d’après ce que Harry put en juger sans l’entendre, ignorait qu’il avait échoué et parut aussi très étonnée. Lorsque Ron raccrocha le téléphone, il avait un sourire malicieux aux lèvres :
« Tonks a un téléphone portable, expliqua-t-il. Son père Ted est d’ascendance moldue, il le lui a offert pour qu’ils puissent rester facilement en contact. C’est bien plus rapide qu’un hibou…
- Si j’avais dû faire une liste de toutes les personnes susceptibles de me donner ce genre de conseils tu aurais figuré en dernière place, déclara Harry d’un ton mi-amusé, mi-désabusé.
- Ca s’appelle le progrès, railla Ron avec un sourire narquois. Tu devrais y songer toi aussi mec, parce qu’enfin, je veux pas dire mais le Douze… éclairage au gaz, pas d’électricité, pas de téléphone… On est au vingt-et-unième siècle, ça t’en fait presque deux de retard !
- Quel est l’intérêt de faire installer le téléphone alors que je n’ai personne à appeler ?
- Erreur, tu n’avais personne à appeler, maintenant, tu m’as, moi.
- Ouais, fit Harry d’un ton faussement exaspéré, tu parles d’un cadeau.
- Enfoiré ! rit Ron en envoyant son poing sur l’épaule de Harry. »
Harry massa son épaule douloureuse.
« Bref, reprit Ron d’un ton plus sérieux, j’ai demandé à Tonks d’investiguer pour nous. Elle a accepté de jeter un coup d’œil dans les papiers et d’interroger les examinateurs. On ne devrait pas tarder à être fixés. Je suis prêt à parier dix Galions que toute cette histoire est une machination.
- La question n’est pas tant de savoir si c’est une machination, mais plutôt qui l’a mise en œuvre et pourquoi…
- Sans doute quelqu’un de haut placé, réfléchit Ron. Pour faire modifier des résultats d’examens du CIA, il faut être placé haut dans la hiérarchie. Quant au pourquoi… j’avoue… je ne sais pas vraiment. Peut-être un ex-mangemort qui n’a pas été capturé et qui veut se venger.
- Mouais, fit Harry, pas convaincu. »
Il ne tarda pas à s’en aller et à transplaner au Douze, car il se trouvait que Ron avait réellement une entrevue avec un employeur potentiel, dans la boutique d’accessoires de Quidditch, au chemin de Traverse.
Les jours qui suivirent se passèrent dans l’expectative des résultats de l’enquête de Tonks. Harry profita de ce temps pour faire l’achat d’un téléphone portable, qu’il améliora magiquement pour qu’il fût capable d’émettre et de recevoir dans l’ancienne maison des Black, malgré les nombreuses interférences magiques.
Il appela plusieurs fois Tonks pour lui demander des nouvelles de son enquête, mais celle-ci déclara qu’elle ne voulait pas faire de conclusions hâtives avant d’avoir de réelles certitudes. Néanmoins, au ton mystérieux qu’avait pris sa voix, Harry déduisit qu’il y avait incontestablement quelque chose de louche.
Marcellus, dans Hamlet, parlait du Danemark.
- - -
Le téléphone portable de Harry massacrait allègrement la cinquième symphonie de Beethoven de sa mélodie électronique. Le jeune sorcier tenta de s’accrocher à son rêve, un beau rêve où il cavalait dans des plaines d’or fouettées par des vents chauds, mais en vain : il ouvrit les yeux. Son nouveau téléphone vibrait bruyamment sur la table de nuit. Les yeux encore empâtés, il eut du mal à appuyer sur la touche « décrocher ». Une voix familière, aux contours inquiets, retentit :
« Harry ?
- Tonks, c’est toi ? répondit Harry d’une voix ensommeillée. Quelle heure est-il ?
- Je sais qu’il est tard, fit la voix de Tonks d’un ton oppressant, désolée de te réveiller, mais il faut qu’on se voie.
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
- Ron avait raison. Je peux pas t’en parler au téléphone, ce n’est pas sûr. Sois au Filou-Garou à…
- Attends… Le Filou-Garou ? C’est où ça ?
- Ah oui, fit Tonks avec une pointe d’amusement : c’est le genre de choses que les gens biens ne connaissent pas… C’est au bout de l’allées des Embrumes, après le magasin de liqueurs.
- Quand ?
- Dès que tu peux : j’y suis déjà.
- Ok, j’arrive. Laisse-moi le temps de m’habiller, et je t’y rejoins.
Il raccrocha. L’horloge de son téléphone affichait trois heures du matin. Pourquoi Tonks tenait-elle à le rencontrer à cette heure et dans un lieu aussi mal famé ? Il s’empressa néanmoins d’enfiler une robe de sorcier. Il transplana ensuite devant la boutique des jumeaux Weasley, qui n’était pas très éloignée de l’allée des Embrumes.
Le chemin de Traverse était totalement désert. Le plus souvent, Harry n’avait jamais vu le chemin de Traverse que bondé et bruyant, le voir ainsi désert et vide était un spectacle assez saisissant. Il se dirigea rapidement, ombre parmi les ombres, vers l’allée des Embrumes. Ses pas résonnaient sur les pavés de la rue commerçante. La nuit était nuageuse et froide. Les étoiles étaient invisibles, mais la lune décroissante projetait son halo sur les nuages.
Il arriva finalement à l’allées des Embrumes. Autant le chemin de Traverse était désert, autant l’allée des Embrumes rengorgeait d’individus tous plus louches les uns que les autres. Certains n’étaient à l’évidence que partiellement humains mais redoublaient d’effort pour avoir un aspect vaguement humanoïde, d’autres se préoccupaient à peine d’y ressembler.
Il est généralement admis que lorsque l’on a le titre de « Celui-Qui-A-Vaincu-Le-Seigneur-Des-Ténèbres-En-Combat-Singulier », on a souvent tendance à relativiser la dangerosité de ce bas monde. Pourtant Harry ne parvenait pas à se sentir totalement rassuré dans les parages obscurs et glauques de l’allée sinueuse. Malgré l’obscurité, il sentait rivés sur lui plusieurs regards qui n’étaient pas forcément amicaux. Il constata bien vite, cependant, que ceux qu’ils croisaient étaient tout aussi circonspects à son égard qu’il l’était vis-à-vis d’eux. Il comprit alors que dans l’obscurité, tout quiconque qui mesurait plus d’un mètre soixante faisait une silhouette de malfrat idéal.
C’est avec soulagement toutefois qu’il parvint au Filou-Garou. Malgré l’heure tardive, l’endroit était animé et, par rapport aux ténèbres de l’allée, relativement lumineux. Le bar était en piteux état : les vitres étaient sales et l’enseigne du bar élimée. L’intérieur n’était pas mieux : le papier peint défraîchi pendait lamentablement en de nombreux endroits et les tables étaient branlantes et abîmées. Il balaya la salle de son regard, espérant trouver Tonks, en espérant que cette dernière, qui avait la faculté de se métamorphoser à volonté, prendrait un aspect auquel il était habitué.
Personne ne ressemblait de près ou de loin à Tonks. Il arpenta la pièce en vain, puis décida de s’installer et d’attendre que Tonks le remarque. Il maîtrisait beaucoup moins bien que Tonks la faculté de passer inaperçu, et même s’il se donnait un mal fou pour raser les murs et rester dans l’ombre, il soupçonnait déjà certains clients du bar de l’avoir reconnu. En tous cas, ces derniers le dévisageaient avec insistance. Il ignorait si c’était parce qu’il était le « Harry Potter », ou parce qu’il n’était pas un habitué, toujours était-il qu’être ainsi dévisagé n’était pas très confortable. Il s’installa à une table vide et commanda une bière qui, contre toute attente dans un lieu aussi miteux, était brune, fruitée, et excellente.
Quelques instants plus tard, une femme d’un certain âge se leva de sa chaise et se dirigea vers lui. Elle s’assit en face de lui. Si c’était Tonks, songea Harry, elle n’avait rien de commun avec tout ce qu’il avait déjà eu l’occasion de voir de Nymphadora Lupin. Malgré la multitude d’apparences que Tonks se plaisait à adopter, on pouvait généralement la reconnaître à quelques traits caractéristiques qui restaient la plupart du temps inchangés. La jeune femme avait notamment un penchant pour les couleurs vives et pour les coupes de cheveux originales. Or la femme qui était en face de Harry avait une apparence des plus banales : des traits fins mais sans grâce, des cheveux mi-longs, la cinquantaine grisonnante.
Il n’osa pas l’apostropher de peur de se tromper, mais la femme prit les devants :
« Filatures et tapinois.
- Pardon ?
- Filature et tapinois. C’est un cours de la formation du CIA. J’y excellais. Toi par contre, tu as encore des progrès à faire !
- Tonks ?
- Ne prononce pas mon nom ! chuchota la femme d’un ton impératif, avant de reprendre d’un ton plus serein : C’est une erreur qui vaut l’élimination au concours, tu sais… Tu as de la chance que la plupart des gens ici ne distingueraient pas Harry Potter de Merlin l’Enchanteur. C’est pour ça que j’ai choisi cet endroit : discret, anonyme et peu regardant pour ce qui est de la liqueur. Je te conseille le vin de myrtilles. »
Harry dévisagea celle qu’il identifiait comme Tonks.
« Je suppose que tu ne m’as pas fait venir ici à trois heures du matin pour me faire goûter le tord-boyaux local ? fit Harry d’une voix légèrement contrariée.
- Non, fit Tonks d’un ton extrêmement sérieux qui contrastaient avec les futilités qui précédaient : dans des circonstances différentes, cela aurait pu attendre, mais j’ai peur que… »
Tonks s’interrompit et regarda autour d’elle comme si elle craignait d’être observée. Rassurée, elle tourna à nouveau son visage vers Harry :
« Tout cela va loin, Harry. Très loin. Quand j’ai reçu le coup de fil de Ron… Hum… Bien sûr j’étais intriguée, mais j’étais loin de penser que… Au début je croyais que c’était simplement que tu avais raté. Je veux dire : les examens d’entrée pour le CIA sont loin d’être faciles. Crois-moi, j’y suis passée. Cela me semblait bizarre, mais pas impossible. Comme Ron le demandait, je me suis renseigné. Je connais un des gars qui travaille dans le service administratif du bureau des Aurors. Je lui ai demandé s’il avait des détails concernant les examens d’entrée… Il m’a dit que justement, non, il n’avait pas de détails, parce que pour la première fois, ce n’est plus le service administratif du bureau des Aurors qui s’occupait du traitement des résultats des examens. Je lui ai demandé s’il savait qui avait la charge du traitement, mais il l’ignorait.
- Bizarre…
- Oui, enfin, il était surtout soulagé de ne pas devoir s’occuper lui-même de la paperasse, si tu veux mon avis. J’ai immédiatement trouvé suspect que brusquement, on décide de faire traiter les résultats de l’examen d’entrée du CIA par un autre service administratif que celui des Aurors. Je suis allée voir Kingsley Shacklebolt. Si quelqu’un devait pouvoir expliquer cette bizarrerie, c’était bien le chef du Département. J’ai demandé à Kingsley ce qui se passait, mais il n’avait pas l’air de comprendre de quoi je parlais. En fait, il ignorait même qu’un autre service avait pris en main la gestion des corrections. Il était furieux que quelqu’un ait osé s’immiscer dans les affaires du Département. Il m’a dit qu’il prenait en charge le dossier, et d’arrêter d’investiguer à ce sujet.
- Et ensuite ?
- Ensuite, c’est là que ça devient intéressant. Comme Kingsley me l’avait demandé, j’ai arrêté mes recherches. Le surlendemain, c’est-à-dire hier, Kingsley s’est fait arrêter.
- Quoi ? s’exclama Harry, abasourdi.
- Oui. Quelqu’un a fait ressortir une vieille affaire des archives du Département de la justice magique, et ils ont fait arrêter Kingsley, baguettes magiques au poing, et tout le tremblement.
- Quelle vieille affaire ?
- Tu ne vas pas y croire, fit Tonks sombrement. Ils ont reproché à Kingsley d’avoir délibérément fourni des informations erronées au Ministère dans le but de le tromper.
- Quoi ? C’est absurde : pourquoi Kingsley aurait-il menti au Ministère ?
- Eh bien en fait, il l’a fait, corrigea Tonks avec un pauvre sourire. Cela remonte à l’époque où Sirius était en cavale. Pendant presque un an, Kingsley a fait croire à tout le monde que Sirius s’était réfugié en Suisse, alors qu’il savait très bien qu’il était cloîtré au square Grimmaurd.
- Quoi ? Et c’est pour ça qu’ils le blâment ? Shacklebolt ne faisait que protéger un innocent !
- Je sais bien ! fit Tonks en signifiant par geste à Harry de parler moins fort. Shacklebolt a couvert Sirius pendant presque deux ans, jusqu’à ce que le Ministère accepte le fait que Tu-Sais-Qui était réellement de retour. Quand il a été enfin clair aux yeux du Ministère que Sirius était innocent, personne n’a pensé à blâmer Shacklebolt de l’avoir couvert pendant plus d’un an. Au début, tout le monde était bien trop honteux de n’avoir pas remarqué le retour de Tu-Sais-Qui, personne n’aurait pensé à fustiger un membre de l’Ordre du Phénix… Et après la victoire, tout le monde était bien trop content pour y songer. Donc, depuis lors, il s’en est tiré sans que personne ne lui fasse remarquer qu’il avait délibérément trompé ses supérieurs – dont Scrimgeour qui était à l’époque à la tête du Département des Aurors – mais récemment, il semble qu’ils se soient brusquement souvenus que tromper ses supérieur est illégal, même s’il s’agit de couvrir un innocent.
- Mais enfin c’est absurde ! explosa Harry tout en s’efforçant de parler à voix basse. S’ils tiennent vraiment à condamner Shacklebolt pour avoir sauvé un innocent, pourquoi attendre huit ans pour le faire ? »
Tonks laissa la question de Harry en suspens et le regarda attentivement. Dans son regard, malgré ses traits différents, Harry crut brièvement reconnaître une expression qui était propre à la jeune femme.
« Quoi… murmura Harry. Tu ne veux pas dire… Tu crois que les deux événements sont liés ? Le renvoi de Shacklebolt et cette bizarrerie dans la gestion des examens d’entrée au CIA ?
- Je n’en suis pas sûre, mais… Je le soupçonne fortement. Réfléchis, Harry. Pendant tout ce temps, ils ont laissé Kingsley tranquille, et maintenant, brusquement, sans signes avant-coureurs, ils décident de le faire arrêter pour cette raison ridicule ? Kingsley a dû découvrir quelque chose, c’est certain ! Il a découvert quelque chose, et soit il s’est fait prendre sur le fait, soit il a menacé de dévoiler le pot aux roses à la presse. Quoiqu’il en soit, la personne concernée n’a pas dû apprécier, et elle s’est empressée de faire ressortir le dossier de Kingsley, et de porter l’affaire devant le Département de la justice magique pour le faire taire avant qu’il ne soit trop tard.
- Par Merlin, si j’avais su que mes investigations allaient provoquer l’arrestation de… murmura Harry pour lui-même. »
Il s’interrompit et baissa les yeux vers sa chope presque vide. Il avait du mal à ne pas se sentir responsable du renvoi de Kingsley Shacklebolt.
« Il faut absolument qu’on aille lui parler, dit Harry d’un ton ferme. Il faut qu’on sache ce qui se passe !
- J’ai bien peur que cela ne soit pas possible, murmura Tonks d’un ton piteux.
- Pourquoi ?
- Parce que la pièce est jouée ! Kingsley a déjà été jugé. Il doit être en route vers Azkaban en ce moment.
- Quoi ? s’exclama à nouveau Harry, sans parvenir, cette fois, à s’empêcher d’élever la voix. Ils l’ont envoyé à Azkaban ?
- Oui, fit tristement Tonks. Je n’ai jamais vu un jugement aussi expéditif. Ils ont dit que c’était un jugement en référé, qui demande à être confirmé par le Magenmagot en séance plénière, mais pour moi c’est clair : il s’agit seulement d’éloigner Kingsley, et de l’empêcher de révéler ce qu’il sait.
- Il faut faire quelque chose ! C’est de ma faute tout ça ! Si je ne m’étais pas entêté à vouloir comprendre pourquoi j’avais échoué à ce test, on n’en serait pas là !
- Tu parles, fit Tonks d’un ton désabusé. Ce serait probablement moi qui serais à Azkaban, à l’heure qu’il est, si j’avais continué l’enquête à moi seule au lieu d’aller chercher de l’aide chez le patron comme une novice… »
Tonks et Harry échangèrent un regard désolé. Harry fut le premier à se ressaisir :
« Il faut faire quelque chose, Tonks. On ne peut pas… faire appel de la décision du Magenmagot, ou quelque chose comme ça ?
- J’y ai déjà pensé, fit Tonks en secouant la tête négativement. On ne peut pas faire appel pour l’instant : il faut attendre la confirmation du jugement en séance plénière, qui a lieu dans deux semaines, après seulement on pourra éventuellement faire appel.
- Ah ! s’exclama Harry, soulagé. Il nous suffit d’attendre et de bien préparer notre défense, et on les aura ! D’après la Charte des Droits du Magenmagot, l’accusé a le droit de faire entendre des témoins pour sa défense ! On n’aura qu’à faire témoigner n’importe quel membre de l’Ordre, on pourra facilement prouver que Shacklebolt agissait pour protéger un innocent.
- Oui, c’est aussi ce que je crois, mais… Ecoute, voilà ce pense : celui qui a fait condamner Kingsley s’attend certainement à ce que ses amis préparent activement sa défense dès qu’il seront mis au courant par la presse. Dès l’aube, tout le pays sera au courant de l’arrestation du chef du Département des Aurors, ça risque de faire scandale. Et je ne pense pas que le responsable de tout cet imbroglio s’attende sérieusement à gagner le procès si des témoins à décharge aussi prestigieux que Remus Lupin, Arthur Weasley ou Harry Potter sont appelés à la barre. Par conséquent, si on suit mon raisonnement…
- … s’il ne veut pas que son affaire s’ébruite…
- … la personne en question doit agir avant le procès, termina Tonks.
- Agir ? Qu’est-ce que tu entends par là ?
- Pas besoin de te faire un dessin, Harry… Tu sais bien que les gardiens d’Azkaban sont des créatures instables et facilement corruptibles. Et un accident est si vite arrivé…
- Les Détraqueurs !
- C’est le contexte idéal ! Un environnement dénué du moindre témoin sorcier mis à part d’autres prisonniers à moitié fous et sans crédibilité. Parfait pour simuler un petit accident.
- Tu… Tu crois que le responsable de tout cela… Il… Il va faire assassiner Shacklebolt ?
- Ce ne serait pas la première fois qu’un accident arrive à Azkaban. Oui, je le crois. S’il veut conserver son secret sauf, il n’a pas le choix. Il sait qu’il va perdre son procès, et si Kingsley parle, c’est fini pour lui. Alors, il ne lui reste plus que cette option…
- A supposer qu’il tienne vraiment à son secret, objecta Harry par acquis de conscience.
- Il y tient en tous cas suffisamment pour envoyer un innocent en prison. Je ne suis pas prête à parier sur la vie de Kingsley, et toi ?
- Moi non plus, bien sûr, la rassura Harry. C’est juste que… Tout cela part d’une simple histoire de résultats d’examens trafiqués…
- C’est plus que cela, maintenant, Harry, contredit Tonks. C’est l’histoire de quelqu’un de visiblement très haut placé dont la carrière est compromise par une Auror un peu trop fouineuse… Personne n’était jamais censé se poser de questions quant au traitement de ces examens. Or, s’il y a truquage, une fraude de cette envergure peut valoir le renvoi immédiat ! Il s’agit simplement de quelqu’un qui veut protéger ses intérêts, et qui ne lésine pas sur les moyens.
- Au moins, ça limite notre champ de suspicion aux gens qui tiennent vraiment à leur job, ironisa Harry. »
Tonks n’eut même pas un sourire. Elle vida d’une traite son vin de myrtille.
« On peut peut-être alerter la presse ? proposa Harry.
- Pour leur dire quoi, questionna Tonks d’un ton désespéré. On n’a aucune preuve de tout ce qu’on avance ! Et ils voudront des noms ! On n’a aucun nom à leur donner, pas le moindre soupçon à peine fondé ! »
Harry perçut, malgré ses nouveaux traits, que Tonks était au bord des larmes. Il voulut la réconforter, mais ne sut que dire. Il saisit les mains fraîches de la jeune sorcière. Puis l’idée vint :
« Voici ce qu’on va faire, Nymphadora, décida Harry d’un ton ferme : on va enquêter, et on va découvrir qui est à la tête de tout cela avant qu’il ait eu le temps de mettre ses éventuels plans à exécution.
- Et comment on va faire ça, hein, Harry, s’exclama Tonks d’un ton un peu hystérique. Pour autant que je sache, Kingsley pourrait bien être déjà mort ! Le temps qu’on découvre qui est derrière tout ça, il aura eu dix fois le temps d’être assassiné ! »
Quelques larmes coulèrent sur les joues de Tonks. Harry ignorait que cette dernière tenait à ce point à Kingsley Shacklebolt. Il les avait crus uniquement collègues.
« C’est Kingsley qui m’a poussé à embrasser la carrière d’Auror. C’était un ami de mon père. Il a été mon mentor pendant tout mon apprentissage du métier d’Auror. C’est mon ami, Harry, je ne veux pas le perdre. »
Harry considéra la femme en face de lui, et bien qu’elle ne ressemblait en rien à Tonks tel qu’il avait l’habitude de la voir, il la reconnut à sa manière d’exprimer ses émotions. Il prit alors une décision.
« Tu as raison, Tonks, dit Harry d’un ton décidé. On ne peut pas prendre le risque d’attendre plusieurs jours avant de démasquer celui qui est à la tête de toute cette histoire. »
Nymphadora Tonks releva la tête. Il semblait qu’au ton décidé de Harry, un léger espoir venait de renaître en elle.
« Je vais faire évader Kingsley, annonça Harry.
- Quoi ? fit Tonks, positivement interloquée.
- Je vais m’infiltrer à Azkaban, et je vais libérer Kingsley.
- Attends, attends, attends… fit Tonks dans une sorte de rire nerveux. Tu es complètement malade ? Tu veux quoi ? T’infiltrer à Azkaban ? Mais mon pauvre ami ! C’est complètement impossible ! Ce sont des Détraqueurs qui gardent les prisonniers, ahuri ! Pas des Elfes de maison !
- J’ai déjà eu affaire à des Détraqueurs. J’en fais mon affaire. Et je ne prévois pas de foncer à tête baissée. Je vais préparer mon coup, cette nuit même. Demain, à la nuit tombante, j’irai.
- Mais personne n’a jamais réussi à s’évader d’Azkaban !
- Sirius si. Et Barty Croupton Junior avant lui.
- Mais c’était différent ! Ils connaissaient les lieux ! Ils s’étaient longuement préparés !
- Pour la disposition des lieux, je connais quelqu’un qui pourra me renseigner. »
Tonks secoua la tête comme pour tenter de chasser le sens des paroles de Harry.
« Harry, dit-elle plus posément. C’est de la folie. Comment espères-tu passer inaperçu devant les Détraqueurs ? Cela ne servirait à rien que tu mettes une cape d’Invisibilité, tu le sais, j’espère ? Ces créatures repèrent les humains grâce à leurs émotions, pas à la vue !
- Il se fait que j’ai des notions d’Occlumencie.
- Ah, ça ! se moqua Tonks. Mais tout le monde a "des notions d’Occlumencie" ! Crois-moi : il y a un monde entre "avoir des notions d’Occlumencie" et parvenir à tromper la vigilance d’une centaine de Détraqueurs !
- Eh bien, sourit Harry, disons alors que j’ai plus que "des notions d’Occlumencie". Et au besoin… »
Il exhiba sa baguette magique et la posa sur la table. Tonks fixa pendant un moment la baguette qui avait terrassé Voldemort. Elle sembla s’avérer au moins temporairement vaincue.
« Je persiste à croire que c’est de la folie, asséna-t-elle. Laisse-moi au moins t’accompagner. En fait, ce n’est même pas une question : je t’accompagne.
- Non, Tonks. Plus on sera, plus grandes seront les chances de se faire repérer. C’est une mission pour un homme seul.
- Espèce de sale macho, tu…
- Je ne suis pas machiste, j’ai une mission pour toi aussi.
- Mon Dieu, railla Tonks d’un ton caustique, c’est à ce demander qui est l’Auror, ici. Je vous en prie, mon commandant, parlez, je suis à vos ordres.
- Je veux que tu enquêtes au Ministère pour qu’on puisse identifier celui qui est derrière tout ça. Au besoin fais-toi aider de Ron et Hermione. Ron est déjà partiellement au parfum, ça facilitera les explications.
- Chef, oui, chef !
- Il faudra que tu te montres très prudente, insista Harry sans tenir compte des sarcasmes de l’Auror. Ne prends pas le moindre risque, sinon tu te retrouveras en moins de deux à Azkaban toi aussi.
- Ah, ça, c’est la meilleure, s’exclama Tonks, abandonnant pour l’occasion sa parodie militaire. Toi tu t’en vas gaiement à Azkaban seul, armé de ta seule baguette, et tu oses me dire de ne pas prendre de risques ?
- Bon, ok, concéda Harry. Je suis mal placé pour dire ça, c’est vrai. Tu accepteras un "sois prudente" ?
- Mouais, fit Tonks en souriant.
- Bon. Alors il n’y a pas de temps à perdre. »
Il se leva, se dirigea vers le comptoir et paya les consommations au barman à moitié endormi. Harry se rendit alors compte que les clients étaient presque tous partis. Il rejoignit Tonks qui l’attendait près de la sortie. Ils quittèrent l’établissement et se retrouvèrent dans l’obscurité de l’allée des Embrumes. Tonks prit la parole d’un ton malicieux :
« Si ton parrain était encore en vie, il me tuerait pour te laisser faire une chose pareille.
- Les choses ne sont plus pareilles, Tonks. Personne n’a plus à me dire ce que j’ai à faire à présent, c’est une chose que j’ai comprise récemment. Dans un sens, ça fait peur de se retrouver seul maître de son destin, sans prophétie et sans guide, livré à soi-même et à ses propres décisions, mais dans un autre sens, c’est une expérience de liberté assez enivrante…
- Tu songes à te lancer dans la philosophie de comptoir, Harry ? se moqua gentiment Tonks.
- Non… C’est juste… J’ai beaucoup réfléchi, récemment.
- Ravie de l’entendre, fit Tonks d’un ton railleur. Voici une chose qu’en tant qu’Auror, je n’ai plus vraiment le luxe de m’offrir. Voici aussi ce à quoi tu devras peut-être renoncer si on découvre que ces tests étaient effectivement truqués. »
Elle saisit sa baguette et se prépara à transplaner. Harry prit la parole :
« Eh bien, au revoir, Nympador…
- Mon nom est Tonks.
- Au revoir, Tonks.
- Remets mon bonjour à Remus. Il doit être remis de la pleine lune à ce stade.
- Je le ferai. Sois prudent, Harry ! »
Et elle transplana sans bruit. Une fois seul, Harry remit ses idées en place. Il ne fallait pas tarder à mettre son plan à exécution, sans quoi il risquait d’arriver trop tard. Il enfouit sa main dans sa poche et en sortit sa baguette de bois de houx.
Destination, Détermination, Décision : il transplana devant le portail de Poudlard. La première phase de son plan commençait : il allait chez Hagrid.
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Note de fin de chapitre : Voilà le deuxième chapitre du Lion ! Je suis vraiment désolé d’avoir tant tardé. Les raisons sont multiples et diverses : léger manque d’inspiration sur le début, beaucoup de travail, autres projets, etc. Je sais, ce n’est pas une excuse valable, mais bon… Au moins vous savez que je ne suis pas mort. Un chapitre de 6710 mots qui, je crois, relance pour de bon le Lion, en espérant que la sortie du septième opus Harry Potter and the Deathly Hallows ne lui porte pas le coup fatal.
Merci à tous de me lire, et n’hésitez pas à commenter, questionner, théoriser, critiquer, etc. !