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Anime/Manga » Detective Conan/Case Closed » Je ne pourrais jamais rien t’offrir…de plus… font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Claude le noctambule
Fiction Rated: T - French - Romance/Drama - Sonoko S. & Ai Haibara - Reviews: 5 - Published: 11-14-06 - Updated: 03-09-08 - id:3245259

Chapitre 3

Si Sonoko était toujours rongé par un embryon de doute, celle qui avait implanté ce germe dans son âme lui était totalement sortie de la tête, sans pour autant emporter le poison qu’elle y avait distillé. L’adolescente manqua donc de tomber à la renverse lorsqu’elle entrouvrit la porte du bureau de sa mère, pour tomber nez à nez avec la scientifique.

Ceux qui attendaient le bon vouloir de Tomoko Suzuki pour pénétrer dans le saint des saints devaient monnayer cette faveur fort cher, et continuaient de le faire alors même qu’ils étaient sur le point de contempler la divinité régnant sur l’entreprise.

Il n’y avait pas plus de chaise que de fauteuil dans l’antichambre du dernier étage, ceux qui avaient encore suffisamment de fierté pour ne pas s’asseoir sur le sol comme un mendiant devaient donc rester debout, durant un laps de temps qui pouvait se chiffrer aussi bien en minutes qu’en heures, selon les caprices de la matriarche.

La scientifique était donc restée face à la porte durant tout ce temps, telle une araignée attendant calmement que sa proie se jette dans la toile qu’elle avait tendue sur son parcours.

Sonoko frissonna devant ce regard glacial qui lui transperçait le corps de part en part, de la même manière qu’une aiguille d’acier transperçait le corps de l’insecte qu’elle fixait sur une planche de bois, le forçant à demeurer au dessus de l’étiquette précisant à quel catégorie il appartenait, du point de vue de son tortionnaire. Et à en juger à l’expression des yeux d’où ce regard jaillissait, la catégorie en question suscitait l’indifférence et le mépris, non pas la fascination pour un papillon dont la beauté ne pouvait se comparer qu’à la rareté.

Le respect de la hiérarchie aurait exigé que la métisse s’écarte respectueusement devant l’adolescente, mais ce fût pourtant l’inverse qui se produisit.

Même si elle baissa timidement les yeux devant l’inconnue qui passait devant elle, Sonoko ne manqua pas d’examiner son visage d’un regard en coin. Pas une seule étincelle de malice n’avait pétillé dans ses yeux, des yeux qui n’étaient pas obscurci par un voile de mépris.

Quel que soit son nom, la jeune femme ne semblait tirer aucune forme de plaisir ou de déplaisir devant la soumission dont avait témoigné l’héritière des Suzuki. C’était déjà ça, même si l’indifférence était loin de laisser une saveur désagréable sur la langue de la princesse négligée par une roturière.

« Sh…iho ? »

De la peur ? C’était de la peur qui avait fait vibrer la voix d’ordinaire si calme de sa mère ? Un phénomène d’une telle absurdité qu’il poussa la jeune fille à se retourner vers l’impératrice.

Mais Tomoko Suzuki avait déjà regagné son port de reine, si cette peur avait existé en dehors de l’imagination d’une adolescente, elle avait déjà été congédiée.

Cela ne changeait rien au fait que sa mère s’était adressé à l’inconnue par ce qui semblait être son prénom, sans même le faire précéder par son nom de famille… Une autre infraction à l’ordre des choses.

Si elle en avait eu l’occasion, Sonoko n’aurait pas manqué de supplier sa mère de redonner un semblant de cohérence à ce monde qui semblait être en train de se fissurer. Mais les circonstances ne l’autorisaient guère.

Après tout, elle ne pouvait pas questionner le comportement de la matriarche…devant l’une de ses subalternes. De toutes manières, un ordre subtil avait brillé dans les yeux de Tomoko, faisant comprendre à sa fille que sa présence dans la pièce était non seulement inutile, mais que son absence semblait même préférable.

Reléguant un flot de question à l’arrière-plan de sa conscience, l’adolescente s’éclipsa timidement.

Néanmoins, le parcours reliant la porte d’un bureau à celle d’un ascenseur fût interrompu au bout de quelques pas.

Se retournant légèrement vers la porte qu’elle avait refermée derrière elle, Sonoko s’efforça de redonner un rythme à peu près normal à sa respiration. Un lien venait de s’établir entre elle et cette inconnue dont elle ne connaissait que le prénom, un lien dont l’une des extrémité semblait enroulée autour de son propre cou à la manière d’une laisse, coupant net sa respiration si elle essayait de trop s’éloigner.

Un lien qui aurait pu être comparé à un cordon téléphonique, un cordon qui aurait été parcouru par une multitude de question ricochant contre un mur de silence pour être renvoyé à une lycéenne.

Et quoi de plus normal, la communication été coupée par une porte, une porte dont la poignée était effleurée par les doigts tremblants d’une princesse, hésitant à glisser un coup d’œil dans l’intimité d’une reine.

La peur de se faire surprendre en train d’écouter aux portes ? Elle était intense… mais la peur que certaines questions demeurent sans réponses, creusant un vide que l’imagination pouvait combler avec les pires possibilités ? Elle était encore plus intense, suffisamment intense pour dissoudre l’insouciance naturelle de Sonoko dans un nuage de sueur qui commençait imprégner ses vêtements.

Une poignée s’abaissa donc de quelques centimètres. Aucun grincement ne s’éleva pour dénoncer l’impertinente. Sonoko poussa donc le vice jusqu’à s’agenouiller devant la porte, pour glisser un œil dans le trou d’une serrure.

Sonoko ne manqua pas de serrer les dents pour étouffer par avance tout gémissement. Elle… Shiho s’était retourné dans sa direction. Est ce qu’elle avait entendu cette porte s’entrouvrir ? Est ce qu’elle avait conscience du fait que son regard croisait celui d’une autre ?

« Est ce que ma fille aurait suscité ton intérêt, ma chère ? »

Détournant les yeux de la porte, la scientifique les posa respectueusement sur le visage de celle qui était à ses côtés, présentant son profil à son enfant sans le savoir.

« N’oublie pas que dans une hiérarchie bien ordonnée, chaque étage se doit de rester rigoureusement étanche. Tu peux t’élever de quelques degrés sur l’escalier qui sépare ton étage du mien, mais ne te mets surtout pas en tête d’y pénétrer un jour. La dernière marche de cet escalier restera toujours une limite infranchissable. Est ce que je me suis bien fait comprendre ? »

Même si la métisse acquiesça, Sonoko ne manqua pas de remarquer l’ombre d’un sourire sur ses lèvres.

« En conséquence, je suppose que je ne dois pas non plus inciter l’héritière à poser le pied sur cette marche, n’est ce pas ? Si les uns n’ont pas le droit de monter, les autres n’ont pas non plus celui de descendre. »

Une question qui ne manqua pas d’ébrécher le masque froid du chef d’entreprise, accentuant légèrement les rides qui étiraient ses yeux.

« Qu’est ce que tu sous-entends par là ? »

« Vous m’avez accueilli avec mon prénom, au lieu d’utiliser mon nom, celui que vous m’aviez donné. »

Si Tomoko sembla saisir le sens de la remarque énigmatique, cela n’empêcha guère sa subordonné de la compléter.

« Cela aurait pu faire très mauvais effet…si vous m’aviez appelé Sherry devant elle, non ? »

Les yeux d’une lycéenne s’écarquillèrent. Sonoko avait une connaissance des alcools on ne peut plus limité, tout aussi limité que sa connaissance de l’anglais ou de tout autre langue que la sienne, mais en romantique digne de ce nom, elle connaissait parfaitement le sens que ces deux syllabes prenaient en français.

Chérie ? Sa mère s’adressait… à un…Non, une de ses employées en utilisant ce genre de surnom ?

Bon, certaines bandes dessinées mettant en scène le Kid, et que l’adolescente dissimulait sous son lit, lui avaient déjà appris que l’amour n’était repoussé par aucune barrière, pas même celle de la différence des sexes, ou plutôt dans certains cas, celle de l’absence de différence. Et Sonoko savait que les beaux garçons n’étaient pas les seuls à franchir cette barrière, les ragots qui circulaient dans les réceptions mondaines, et qui était tombé dans l’oreille d’une certaine jeune fille, ne lui donnait même pas l’excuse de l’ignorance.

Mais ce…cela devait rester dans le domaine des phantasmes (en tout cas quand cela s’appliquait à des garçon, séduisants de préférence), et même si elle pouvait admettre quecela fasse de petites incursions dans la réalité lorsqu’elle avait le dos tourné, elle aurait préféré que cela se tienne le plus loin possible de sa mère.

Une mère qui avait murmuré des plaisanteries sur l’adultère en présence de sa fille, des plaisanteries qui laissait à présent un arrière-goût amer.

Admettre que sa mère…trompe son père…avec une femme…et une de ses employées par dessus le marché ? Sonoko n’était pas certaine de pouvoir digérer une seule de ces trois possibilités…alors les trois en même temps…

La jeune femme avala péniblement sa salive lorsque sa mère leva le bras en direction d’une de ses employés, et que sa main rentra en contact avec sa joue, non pas au cours d’une gifle mais…d’une caresse ?!

« Voyons, Shiho, tu n’apprécierais certainement pas que ta sœur t’appelle Sherry, n’est ce pas ? Encore moins que je m’adresse à toi par ce nom devant elle, ce qui l’inciterait à te poser des questions sur sa signification. Nous devons toutes garder un jardin secret, non ? »

Devant le regard égaré de Sonoko, la pâleur du visage de la métisse commença à s’accentuer tandis que ses lèvres s’entrouvraient, effaçant instantanément le pli légèrement moqueur de son semblant de sourire.

« Après tout, Akemi est bien la seule qui s’adresse à toi par ton prénom au lieu d’employer ton nom de famille…ou un surnom. La seule… Et comme je suis on ne peux plus regardant sur les garçons que vous fréquentez, il est probable que tu n’en trouveras aucun qui te murmureras Shiho à l’oreille. »

Un frisson parcourût l’échine de la scientifique, tandis que les doigts de sa supérieure hiérarchique glissait jusqu’à ses lèvres, pour mieux les maintenir closes en y apposant un index.

« Le jour où ma fille t’adressera la parole, ce n’est pas ton prénom qu’elle utilisera, alors, tant que ce jour n’est pas survenu, ne te met pas en tête de lui parler. Et si c’est elle qui s’amuse à franchir la distance entre vous avant cela, tu l’appelleras Suzuki et elle t’appellera Miyano, me suis-je bien fait comprendre ? »

Shiho inclina la tête, autant pour baisser les yeux que pour acquiescer.

De son côté, Tomoko avait définitivement regagné l’attitude d’une impératrice, une impératrice qui n’hésita pas à se souiller les doigts en les plongeant dans les cheveux d’une roturière, geste qui ne manqua pas de renforcer l’égarement de sa fille cadette.

« Et puis… jusque là, tu n’as jamais entendu ta mère te murmurer ce prénom… alors il serait sans doute juste que je corrige cet état de fait. »

Tomoko Suzuki avait balayé toutes les peurs de sa fille sans le savoir, mais pour les remplacer par une autre, qui n’avait pas grand-chose à leur envier.

Une sœur, ou plutôt, une demi-sœur ? Sonoko avait beau être une enfant soi-disant gâtée, c’était un cadeau dont elle se serait volontiers passée.

« Ta mère… Tu lui ressembles de plus en plus, tu le sais ? Pour peu que tu te laisses pousser les cheveux et que tu ressentes le besoin de porter des lunettes, j’aurais du mal à vous différencier. Peut-être qu’un jour, tu lui succéderas totalement, tu n’en es d’ailleurs plus très loin…au point que tu pourras sans doute porter publiquement son nom bientôt, très bientôt. »

Depuis qu’elle avait baissé la tête, le regard de cette…Shiho demeurait voilé par sa chevelure auburn, mais le léger tremblement qui avait gagné ses genoux n’était pas passé inaperçu à Sonoko.

« Elle te manque ? Sans doute pas, tu n’as jamais eu le temps de la connaître, en tout cas en tant que mère… Si une mère est Dieu aux yeux de son enfant, tu es restée une athée la majeure partie de ta vie. La divinité qui t’as pris sous son aile n’a jamais eu de visage, ni même de voix pendant toutes ces années où tu bénéficiais de son attention, si bien que lorsqu’elle est enfin apparu devant toi, tu n’arrive pas à la considérer comme un Dieu, ni à lui donner ce nom… »

Lorsqu’elles parvinrent à la conscience de Sonoko, les paroles de la matriarche se traduisirent sous la forme d’une multitude d’images, des images que l’adolescente rassembla maladroitement sous la forme d’une histoire. Une de ces histoires dignes des films à l’eau de rose dont elle raffolait, où des petites orphelines finissaient par apprendre qu’elles étaient des princesses. Mais cette version du sempiternel même conte était loin de provoquer l’émerveillement de celle qui n’était plus une petite fille.

Cela sonnait plutôt comme l’une de ces rumeurs imprégnées de fiel qui bourdonnait toujours parmi les réceptions de la haute société. Des histoires d’hommes richissimes qui avait succombé à la tentation, avant de voir les fruits de leur amours adultère se mettrent à grandir, faisant fleurir une foule de conséquences désastreuses pour leur réputation, la prospérité de leur famille et celle de leur entreprises.

Imaginer que sa mère avait trompé son futur mari avant même que leur lune de miel ne commence, qu’elle avait retardé son mariage pour pouvoir accoucher discrètement, avant d’abandonner sa progéniture dans le premier orphelinat venu et d’aller convoler en juste noce, pas suffisamment cynique pour avoir recours à l’avortement, mais suffisamment pour faire payer à un enfant la faute de ses parents…

Non, ça n’avait rien d’un conte de fée. Sonoko avait soupçonné que c’était le bras long de ses parents qui avait placé cette mijaurée dans l’entreprise de sa mère avant même qu’elle n’ait fini ses études, peut-être qu’elle avait frôlé la vérité de très près, trop près ?

Et si cette orpheline avait retrouvé sa véritable mère après toutes ces années, pour mieux la faire chanter ? Et si Tomoko Suzuki lui avait offert une place dans son entreprise pour payer le silence de l’unique témoin de son crime ? Et si c’était pour cette raison que cette métisse n’avait pas été impressionnée le moins du monde lorsque son chemin avait croisé celui de la fille de l’impératrice des lieux ?

Une histoire absurde, des accusations absurdes, mais sa propre mère était en train de rajouter du combustible à ce feu qui rongeait les rêves d’enfant de sa fille.

« Peut-être que j’aurais du t’accueillir sous mon toit après cetaccident, peut-être que cela nous aurait simplifié la vie à toutes les deux… »

Le poids des années sembla retomber sur les épaules de Tomoko Suzuki tandis qu’une expression légèrement mélancolique commençait à accentuer un peu plus les rides qui, en temps normal, étaient éclipsé par la beauté de leur propriétaire.

« Sans doute pas. J’y aurais perdu une scientifique, Sonoko y aurait gagné une grande sœur, et moi, je me serais rajouté un fardeau de plus… »

Des yeux s’écarquillèrent, des lèvres tremblotantes s’écartèrent l’une de l’autres, des larmes commencèrent à suivre le chemin qu’on leur avait ouvert sans le savoir. Un fardeau ? C’était comme ça que sa mère regardait Ayako ? Comme ça qu’elle la regardait ?

« Tu comprends ce que je veux dire, n’est ce pas ? Oh que oui, tu le comprends. Après tout, même si tu es resté éloigné du toit de celle qui t’as élevé, tu as eu le droit à une sœur ignorante et naïve, quand bien même elle ne s’appellerait ni Sonoko, ni Suzuki. »

Shiho releva doucement la tête, pour fixer sa supérieure hiérarchique les yeux dans les yeux, mais ce que Sonoko déchiffra dans son regard, ce n’était pas l’affection d’un enfant pour un parent. Experte en hypocrisie et en manipulation de tout genre, l’adolescente entraperçue la haine qui avait brillé derrière le voile du respect et des conventions.

« C’est vous qui avait choisi de laisser ma…mes sœurs dans l’ignorance, et de me faire voir la vérité en face dès les premières années de ma vie. Navré, madame, mais je ne peux pas vous comprendre. Et de toutes façons, je ne pourrais sans doute jamais vous regarder comme ma mère, ni regarder celles qui vivent sous votre toit comme des sœurs. »

Un soupir franchit les lèvres d’une impératrice pour aller caresser les mèches de cheveux auburn de sa fille indigne, des mèches qu’elle écarta doucement du doigt.

« Ah ma petite athée, tu peux t’agenouiller devant ton Dieu, mais tu ne lui feras jamais cadeau ni de ta foi, ni de ton amour. »

« Vous ne m’avez pas éduqué pour que je puisse ressentir l’un ou l’autre, madame. »

Cela ne résonnait même pas comme une accusation, la métisse avait simplement constaté un fait.

« Je ne peux guère le nier. Et pourtant, tu es bien plus apte à être mon héritière que mes deux filles. En fait, je t’ai fait bénéficier de l’éducation qui aurait du revenir à mes filles. Celle à qui j’ai transmis les enseignements de mon grand-père, elle ne porte pas son nom. Parfois, j’ai l’impression qu’il est trop tard pour corriger mon erreur, beaucoup trop tard… Mais qui sait ? Peut-être que tout s’arrangerait si j’offrais une seconde grande sœur à Sonoko. Oui, peut-être… »

Pendant quelques instants, le silence retomba dans la pièce, le silence dans lequel une mère s’était glissée, et celui dans lequel une métisse s’était murée. Un silence dans lequel se glissa le bruissement de quelques feuilles de papier qui passèrent de main en main, des feuilles de papier que la chef d’entreprise commença à déchiffrer après s’être installé à son bureau.

« Shiho, ne va pas croire qu’il s’agisse d’une plaisanterie. Après tout, ce projet que ta mère t’a confié, tu l’as bientôt mené à son terme. Il va bien falloir que je te trouve une autre tâche, même si c’est celle de préceptrice de mes filles. »

La métisse tourna le dos à son élève potentiel pour faire face à son employeur.

« Je serais plus à ma place dans vos laboratoires que dans votre maison, madame. »

« C’est à moi seul d’en décider, ma chèr… »

Tomoko s’interrompit en fronçant légèrement les sourcils.

« Le rapport des expériences ne vous parait pas satisfaisant ? »

« Non, bien au contraire… C’est juste que… Je vois qu’un certain Shinichi Kudo figure dans la liste de tes cobayes, et qu’il n’a pas survécu à l’expérience... Même si un léger doute subsiste. »

Les doigts qu’une scientifique avait ramenés derrière son dos se crispèrent, un fait qui ne passa pas inaperçu à son observatrice, qui retenait son souffle.

« Nous avons inspecté son domicile à plusieurs reprises, madame. Il n’y a pas laissé la moindre trace, pas plus qu’il n’a laissé la moindre trace dans les journaux depuis sa disparition. Un doute subsistera toujours tant que nous n’aurons pas retrouvé son cadavre, mais les faits parlent d’eux-mêmes, madame. »

« Je vois. »

Des dents se refermèrent sur les lèvres tremblotantes d’une adolescente. Non, il fallait qu’elle arrête de se faire des idées. Cet imbécile prétentieux n’était pas le seul à posséder le prénom Shinichi et le nom Kudo, il devait s’agir d’une coïncidence. Oui, ce Shinichi Kudo n’était pas celui qu’elle connaissait, celui dont Ran attendait le retour, il devait s’agir d’un simple employé, mort au cours d’un accident de travail. Et si cette…soi-disant grande sœur avait serré le poing en entendant ce nom, c’est parce qu’elle devait porter une part de responsabilité dans cet accident. Il ne fallait pas chercher plus loin…. Il ne fallait surtout pas.

« Ce rapport me semble concluant, néanmoins… J’aimerais que tu procèdes à une dernière expérience avant de considérer ce projet comme achevé. »

« Ce n’est pas à moi qu’il faut vous adresser pour cela, madame. Plutôt à Gin… »

Un léger sourire plissa les lèvres de Tomoko lorsqu’elle releva la tête en direction de ses deux filles.

« Oh, mais je m’en suis déjà chargé. J’aimerais juste que tu assistes à l’expérience, cette fois. Ton dernier rapport n’en sera que plus complet. »

Shiho serra le poing de nouveau, et conserva les doigts dans cette position tandis qu’elle se courbait légèrement devant sa supérieure hiérarchique.

« Bien, madame. »

« Tu le trouveras en bas, ne le fais pas trop attendre. »

Après s’être incliné pour la seconde fois, la métisse tourna les talons à son employeur avant de se diriger vers la porte. Un gémissement s’attarda sur les lèvres d’une jeune femme avant qu’elle n’avale péniblement sa salive, ne se relève et ne se précipite vers l’une des fenêtres de l’antichambre, fenêtre sur laquelle elle appuya son front.

Les portes s’ouvrirent et se refermèrent dans son dos, mais aucun pas ne résonna sur le sol. Un silence qui intensifia le rythme cardiaque d’une adolescente. Si bien qu’après quelques minutes de ce supplice, elle se décida à se tourner vers celle qui avait quitté le bureau de sa mère.

Qu’elle ait remarqué sa présence ou non, la scientifique ne daignait pas reconnaître son existence, préférant contempler un boîtier métallique qu’elle avait sans doute extrait de la poche de sa blouse. Un boîtier dont elle releva le couvercle avant de se mettre à caresser son contenu avec une expression indéchiffrable, expression qu’elle conserva en levant la main vers ses yeux, pour caresser du regard la pilule qu’elle maintenait entre son pouce et son index.

Un médicament ou…autre chose ? Difficile de trancher, le visage de la métisse alternait entre une expression rêveuse et une expression mélancolique. Et si elle avait entrouvert les lèvres en rapprochant sa main de son visage, elle demeura figée au beau milieu de son geste pendant une bonne minute, au plus grand étonnement de sa spectatrice. Une spectatrice qui hésitait entre rester dans l’ombre des coulisses ou pénétrer sur la scène pour s’entretenir avec l’une des actrices.



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