Help
Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search
: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Books » Harry Potter » SOS Canidé en Perdition

Hisokaren
Author of 50 Stories

Rated: M - French - General/Romance - Sirius B. & Draco M. - Reviews: 46 - Updated: 07-02-08 - Published: 12-07-06 - id:3277913
Genre : SLAHS donc HOMOPHOBES S’ABSTENIR

Genre: SLASH donc HOMOPHOBES S’ABSTENIR !

Rating: M

Couple: SBDM

Disclaimer: Appartiennent à JKR.

Statu: 3-Shot plus un épilogue.

Résumé: Sirius est au plus bas. Véritable déchet depuis la mort de son cher filleul, il sombre de jour en jour dans un abîme de déréliction. De qui viendra son salut ? Défi de Kimmy Lyn.

Note:

Coucou les gens n.n…

Me revoici avec la suite –j’entends des ENFIN criés au loin lol- de cette fiction. Cela n’a pas été des plus simple, je l’avoue, car il a été très difficile pour moi de reprendre mes marques et surtout de me familiariser à nouveau avec l’écriture. Cela fait si longtemps que je ne me suis pas replongée dans l’univers du tip-tap du clavier que mon cerveau fonctionnait un peu au ralenti lol.

Néanmoins, après tout le stress et le boulot achevé pendant cette année scolaire, je suis heureuse de me détendre à nouveau avec une fiction et j’ai tout de même réussi à pondre cette suite tant attendue et j’espèce qu’après si longtemps, elle sera à la hauteur de vos espérances.

Les retours dans le passé, souvenirs ou « Flash Back » sont comme d’habitude, en italique.

Je remercie tout particulièrement Ishtar205 –ma petite Ishtar- qui non, n’est pas de retour, mais qui pour l’occasion –je squatte chez elle héhé- a accepté de corriger ce chapitre. Merci beaucoup ma chérie n.n…

Et un gros bisou à Vif D’Or qui j’espère ne m’en veut pas. Elle sera présente pour l’épilogue.

BONNE LECTURE A TOUS !

SOS CANIDE EN PERDITION

Chapitre III : La fin justifie les moyens… Ou n’oubliez pas ceux qui restent.

Il observa d’un œil critique le petit sourire en coin de son filleul et se dit après réflexion, que cette discussion promettait d’être encore plus pénible qu’il ne l’avait prévue. Draco avait du répondant et sa verve naturelle laissait présager un dialogue des plus compliqués, voireirritants...

Merlin ! Ce qu’il pouvait détester Black !

SBDMSBDMSBDM

« Tu n’as pas demandé à ce que Potter meure et pourtant il estmort. Draco n’a jamais demandé à te venir en aide et pourtant, il le fait. Alors fais-toi une raison Black, dans la vie, on n’obtient pas toujours ce que l’on veut. »

Sirius enrageait.

Mais pour qui se prenait-il ce corbeau de malheur pour ainsi se mêler de ce qui ne le regardait pas ? Pourquoi avaient-ils tous ce besoin pathologique de lui venir en aide alors qu’il ne demandait qu’une chose : qu’on lui foute la paix !

Il grogna et détourna brusquement la tête, exaspéré.

Il n’était pas encore au meilleur de sa forme.

Son corps était toujours très maigre, mais il avait perdu cette effrayante allure squelettique qui laissait apercevoir des côtes saillantes sous la peau sale. Ses cheveux n’étaient plus emmêlés, son teint avait retrouvé un peu de couleur et sa barbe avait laissé place à un léger duvet sombre sur le contour de sa mâchoire.

Son allure s’était tout de même améliorée, même si selon Draco il ressemblait à « une véritable loque humaine » et encore il restait « gentil ».

Le début de semaine avait été difficile. Entre les cauchemars, le retour non désiré à la réalité, et les pseudo-soins de son infirmière attitrée, il n’avait pas vraiment eu le temps de se réaccoutumer à la vie normale. Il avait encore du mal à parler, les rouages de sa voix ayant été rouillés par le manque de pratique. Son estomac acceptait difficilement tout aliment et il avait fallu le nourrir à la soupe pour éviter qu’il ne régurgite tout. Et son esprit était encore perturbé par toute l’animation qui l’entourait depuis qu’il était « revenu parmi les vivants », dixit son infirmière elle-même.

Sirius avait bien compris le sens des paroles de Draco car pour autant qu’il s’en souvienne le blond lui avait toujours dit qu’être animagus ce n’était pas seulement se transformer en animal, c’était aussi perdre une partie de son humanité.

Mais pour Sirius, qui avait passé la majeure partie de sa vie en prison, rester sous sa forme animale était de loin préférable à une cellule froide et hostile. De son point de vue, être enfermé derrière des barreaux jusqu’à ce que le poids de l’âge te les fasse accepter et que la raison s’étiole au fur et à mesure des visites de ses geôliers était cent fois pire que de se retrouver prisonnier dans le corps d’une bête.

« Parce qu’un animal est libre, Draco. Il est libre d’aller où il veut, et de faire ce qu’il veut, sans restriction aucune. »

Ce à quoi le jeune Serpentard avait répondu : « C’est vrai… Mais à trop vouloir ressembler à un animal, on finit par en devenir un. C’est inévitable. »

Et c’est ce dont Sirius s’était souvenu, il y a quelque mois. Et c’est pourquoi, bien que sa raison se soit perdue en route, son corps avait interprété le message à sa façon. Fatigué de souffrir, fatigué de ressentir, fatigué de tout… Son corps avait fait un choix. S’il prenait sa forme animale, il finirait par en devenir un… Et il finirait par oublier. Tout oublier.

Se perdre dans le néant et ne plus jamais se souvenir de la souffrance de perdre un être cher.

Mais le destin en avait voulu autrement. Ce même destin qui le mettait au supplice un peu plus chaque jour, ce même destin qui lui avait tout ôté… Ce destin sombre et calculateur qui au lieu de le laisser sombrer en paix lui avait mis un nouvel obstacle à franchir. Une nouvelle épreuve douloureuse à passer.

Draco Malfoy.

Ou Draco infirmière Malfoy.

Tout le monde pensait que Sirius était malade. Qu’il avait besoin qu’on l’aide, qu’on le soigne.

Mais, il n’était pas malade ! Il allait bien. Parfaitement bien. Il n’avait pas besoin d’être soigné ! Il avait acquis son indépendance au prix de rudes efforts et aujourd’hui on lui volait encore une fois sa liberté... Il était libre de penser non ? Il était libre de faire ce qu’il voulait non ? Alors pourquoi l’empêchait-on de...

« Sirius, ce n’est pas bon de déprimer… Cela ne t’aidera pas. »

Non, Albus. Non, il ne déprimait pas.

Il voulait oublier, il voulait s’isoler. Il en avait besoin, son esprit le réclamait à corps et à cris. C’était aussi vital que ses poumons qui avaient besoin d’air.

Il voulait éradiquer ses souvenirs, ses actes passés, tout ce qu’il avait fait. On dit que « les crimes que l’on a commis seront un jour ou l’autre punis », et ce moment était arrivé pour lui. Oui, il était temps pour lui d’expier ses péchés.

La mort de ses amis en avait été l’avertissement. La mort d’Harry en était la preuve.

Il n’avait pas su protéger ceux qu’il aimait. Il n’avait pas pu les sauver alors qu’il aurait dû. Il aurait dû être là pour eux, il le leur avait promis. Il n’avait pas tenu ses promesses. Certes les temps avaient été difficiles, c’était la guerre après tout, mais cela n’excusait rien. La guerre n’était en réalité qu’un prétexte, une foutue excuse toute trouvée pour l’empêcher de culpabiliser. L’empêcher de penser à tout le mal qu’il avait fait autour de lui, toutes les larmes qu’il avait faites couler.

Il avait trahi les gens qu’il aimait et il se devait d’en subir les conséquences. Il devait le faire... seul.

Il n’avait besoin de personne et surtout pas de Draco. Non, surtout pas de Draco.

« Sirius, je t’en pris explique-moi ! Pourquoi tu me dis ça ? Pourquoi tu fais ça ? »

« Je te le dis parce que je commence à me fatiguer c’est tout. Tu ne m’amuses plus Draco, c’était sympa au début, mais maintenant j’en ai assez et je n’ai plus le temps de penser à toi. »

« Menteur ! »

« Je ne mens pas, ce n’est pas de ma faute si tu t’es imaginé je-ne-sais-quoi. Nous ne sommes pas dans un conte de fée Draco et je ne suis pas le beau prince monté sur son cheval blanc qui viendra te sauver des griffes du méchant sorcier. »

Allongé dans son lit, il posa son avant-bras sur son front et soupira.

« Ouais... Une sacrée putain d’excuse, murmura-t-il. »

« Tu n’as pas entendu Malfoy ? Dégage ! »

Draco.

Celui qui l’avait ramené à sa forme humaine. Celui qui avait décuplé sa douleur en lui remémorant ce qu’il cherchait à oublier… En le sortant de la douceur des bras des ténèbres… En le ramenant à la vie.

« Il n’avait qu’à pas fourré son nez dans mes affaires ! Je n’ai jamais demandé à ce qu’il vienne m’aider ! »

Son accès de colère était parfaitement justifié. Mais dans ce cas…

« Pourquoi est-ce qu’il me manque ? »

SBDMSBDMSBDM

Neville avait beaucoup changé. Bien qu’il soit aussi rondelet que dans son enfance, son regard qui pouvait paraître « brillant d’intelligence » selon le cynisme Snapien s’était transformé pour devenir plus vivant et plus profond. Ses yeux noisette donnaient désormais à son visage un aspect infiniment plus doux et plus sage, même quand une petite lueur d’amusement venait les éclairer. Ses cheveux avaient poussé et encadraient ses joues comme deux légers rideaux….

Il était devenu mignon et la naïveté qui le caractérisait parfois ne faisait qu’agrémenter son charmant visage. C’est ce qui avait fait tomber sous son charme une séduisante jeune femme moldue, avec qui il sortait depuis quelques semaines et dont l’anniversaire était pour bientôt.

Hermione et Ron sourirent de concert.

« Une chose très belle mais complètement inutile, répondit le rouquin. Les femmes adorent ça. »

« Si c’est inutile, je ne vois pas à quoi ça sert ? répliqua Neville, en haussant les épaules. »

Ron gloussa, tandis que sa fiancée plissait des yeux, les poings sur les hanches.

« Oh, mais je te vois venir toi, hein ? Tu comptes lui offrir un mixeur ou aspirateur... »

Les deux sourcils en l’air de Neville montraient bien son incompréhension totale. Hermione semblait fortement déprécier cette initiative, alors que lui la trouvait plutôt intéressante, au contraire. Depuis qu’il avait appris à connaître le monde des moldus, il ne cessait de s’émerveiller face à l’ingéniosité de ses êtres sans pouvoirs magiques.

« Et bien quoi ? dit-il. Je ne vois pas où est le problème ? C’est utile au moins et absolument fascinant. »

Ron gloussa de plus belle, et Hermione roula des yeux, désespérée. Elle avait face à elle, la parfaite réplique d’un Arthur Weasley en puissance.

« Pff... C’est fou ce que tu es romantique, soupira-t-elle. »

« Écoute, chez les sorciers, ces inventions peuvent paraîtrent absolument extraordinaires, et je sais de quoi je parle, intervint Ron, mais pour une moldue c’est autre chose. C’est plutôt vexant, même. »

« Je ne comprends pas… »

Le rouquin secoua la tête.

« C’est comme si tu offrais à un sorcier une baguette magique, idiot. »

Neville sembla enfin percuter et il l’exprima par un grand « Aaahhh je vois » de compréhension.

« Bon ben, je vais lui acheter un parfum alors, dit-il. »

« Très bonne idée, en plus c’est vraiment original, ironisa Hermione en levant un sourcil. »

« Okay..., soupira le brun. Je suis complètement nul. C’est bon, j’ai pigé. »

Le couple éclata de rire, avant de conseiller –intelligemment d’ailleurs- à Neville, de simplement lui offrir une soirée « magique » agrémenté d’un dîner aux chandelles et d’un présent enchanté. Le brun parut satisfait et les remercia.

« Bon je vous laisse, j’ai encore mes cours à préparer pour la prochaine rentrée et vous avez des choses à régler avec Albus, alors à la revoyure les amis. »

Il les quitta avec un sourire et un signe de la main, avant de se diriger vers ses appartements. Une fois seul, Ron saisit la main de sa fiancée et l’embrassa avec douceur.

« Une fois que tout sera fini, je t’emmènerai dîner moi aussi, lui souffla-t-il avec un sourire sensuel. »

Hermione rougit et se pressa contre lui, heureuse d’avoir trouvé l’homme de sa vie. Quelques minutes s’écoulèrent ainsi avant qu’elle ne laisse son regard dériver. Poudlard n’avait pas changé. Ses murs centenaires et humides s’élevaient toujours avec majesté, se nourrissant de la lumière du soleil. Elle inspira profondément l’odeur de la vieille école, se remplissant les poumons de l’air magique et paisible qui l’enveloppait.

« Ron ? Hermione ? »

Le couple se retourna pour voir un vieux sorcier content de les voir. Dumbledore avait encore vieilli, mais cela lui allait bien et n’entamait en rien son port altier, droit et imposant.

« Bonjours Albus, le salua Hermione. Cela faisait longtemps, comment allez-vous ? »

« Nous sommes heureux de vous revoir, ajouta son fiancé. Nous vous cherchions justement. »

Le Directeur leur sourit chaleureusement et les salua avec une tendre étreinte.

« Oui, je viens de croiser Neville qui m’a informé de votre présence. Alors, que me vaut l’honneur de votre visite, les enfants ? »

Lesdits enfants sourirent, mais ne relevèrent pas. Dumbledore, avait apparemment gardé l’habitude de les appeler ainsi, bien qu’il ait face à lui deux jeunes adultes.

« Draco est chez nous, répondit Ron avec un peu plus de sérieux, et il... Enfin, il ne va pas très bien. »

À ces mots, Albus ferma brièvement les yeux, soupirant. Depuis que Draco et Severus avaient quitté Poudlard, il sentait qu’il allait y avoir un problème. D’autant que le départ du jeune Malfoy avait plongé Sirius dans un état d’énervement inquiétant. L’absence de Draco à ses côtés le troublait beaucoup plus qu’il ne voulait l’admettre.

Hermione, avisant le silence inquiet de Dumbledore, reprit la parole.

« Nous sommes venus vous demander la permission d’emmener Sirius chez nous, dit-elle. Draco doit le voir. »

« Il doit ? Cela signifie qu’il n’est pas au courant de votre démarche ? demanda-t-il en levant un sourcil interrogateur. »

« Non, répondit Ron. Draco ne sait rien et je crois d’ailleurs qu’il nous aurait tués si nous lui en avions touché un mot, mais il est nécessaire qu’il parle avec lui. »

« Du reste, ajouta Hermione, nous devons également vous entretenir d’un sujet bien plus alarmant… »

Dumbledore soupira de nouveau, avant d’inviter le couple à le suivre.

« Venez, nous allons en discuter dans mon bureau. J’ai besoin de savoir ce qui se passe exactement avant de prendre une telle décision. »

SBDMSBDMSBDM

Sans quitter son sourire, Draco tira une latte de fumée et l’aspira profondément avant de l’expirer sous forme de cercles. Il savait que son attitude exaspérait grandement Severus, notamment au vu de la gravité du regard de son parrain, mais il ne pouvait s’en empêcher.

La nervosité l’avait toujours mis dans un état presque second et il ne connaissait qu’une manière de la gérer. À défaut de pouvoir garder son calme, Draco avait toujours et ce, en n’importe quelle circonstance, préféré jouer l’enfant. Une réaction tout instinctive, qu’il n’avait jamais tenté de reprendre. De toute façon, il n’en avait jamais vraiment eu envie, car d’une manière ou d’une autre, bien que son comportement démontrât un manque évidant de maturité, jouer les gamins culotté et arrogant lui avait sauvé la mise bien des fois.

Même si, dans ce cas présent, il n’était pas certain de s’en sortir sans quelques plumes brûlées…

« Draco, je sais très bien que tu n’as aucune envie d’en parler, mais… »

« Alors évite de gaspiller ta salive parrain, ça nous épargnera tous les deux, coupa le blond en tirant une autre latte. »

« Je crois que nous devons avoir cette conversation. Je pense même qu’il est vital que nous l’ayons, poursuivit Severus imperturbable, et vu ce que tu as fait hier au soir, je n’ai aucune intention de te ménager. »

« Pff… Ce n’est pas comme si je n’y étais pas habitué, marmonna Draco en détournant le regard. »

Évidemment, Severus savait qu’il ne fallait pas le bousculer de trop. Son filleul avait des circonstances atténuantes. Il comprenait bien son sentiment de solitude et surtout cette impression désagréable d’être complètement perdu, mais il lui était impératif de crever l’abcès. Sans cela, et il connaissait parfaitement l’esprit retord de son filleul, Draco allait commettre une erreur… Le plus souvent, un acte répréhensible que l’on pouvait qualifier de connerie monumentale.

Il n’y avait qu’à repenser aux évènements de la veille et l’on avait une idée assez précise de ce dont était capable de faire Draco, et encore, là, ce n’était qu’une toute petite bêtise comparée à ce qu’il était réellement capable de faire. La plus grosse ayant été commise quelques années auparavant, juste avant le début de la bataille finale. Cette connerie-là, Severus ne s’en était pas encore remis… Cette pilule-là avait été vraiment difficile à avaler, la preuve, il l’avait encore en travers de la gorge.

« Draco j’exige des explications ! Réponds-moi ! »

Assis sur son lit, le blond tourna le dos au maître des Potions et soupira. Le silence buté dans lequel il s’était muré ne contrariait que davantage Severus, il le savait parfaitement, mais il ne jugeait pas utile justifier ses actes. Pour une fois qu’il faisait quelque chose dont il avait vraiment envie, il trouvait injuste d’être réprimandé.

D’autant que la conversation qu’il venait d’avoir avec Harry l’avait agaçé, il ne se sentait ni le courage ni l’envie de la reprendre avec son parrain. Pourquoi diable les êtres chers à son cœur refusaient de comprendre que pour la première fois de sa vie, il se sentait complet et heureux. Pourquoi ne voulaient-ils pas accepter ce fait ?

Son parrain poussa un grognement irrité, et en deux enjambées, fit le tour du lit pour se mettre face à cet abruti blond qui lui servait de filleul.

« Draco, tu sais très bien que je déteste que l’on m’ignore, alors je te prierais d’arrêter de jouer le gamin entêté et de me répondre ! Je veux savoir ce qui t’a pris de t’engager dans une relation aussi malsaine avec ce cabot de seconde zone ?! »

Comme le blond ne lui répondait toujours pas, Severus sentit sa patience, déjà à fleur de peau, s’effriter encore. Une veine pulsait vivement sur sa tempe et il sentait que si Draco s’entêtait dans cette voie, il allait exploser sous peu. Et tout le monde le sait, un Serpentard en colère pouvait se montrer extrêmement dangereux lorsqu’il était guidé par le ressentiment.

« Écoute, si tu persistes à ne pas vouloir me répondre, j’irais demander des comptes à Black et je peux t’assurer que je me ferais un plaisir de faire en sorte que ce ne soit pas une simple visite de courtoisie, alors parle et tout de suite ! »

« Je ne vois pas ce que je pourrais te dire de plus que tu ne saches déjà, répondit enfin le blond. Potter et Lupin t’ont mis au courant non ? Alors qu’est-ce que tu attends de moi ? »

« Tu sais parfaitement ce que j’attends de toi Draco. Je veux que tu m’expliques quelle folie t’as poussée à te réfugier dans les bras de cet espèce de chien galeux !? »

Draco fusilla son parrain du regard.

« Ne l’appelle pas comme ça ! Je t’interdis de le traiter comme un moins que rien ! cria-t-il, blessé. »

Ce fut le cri du cœur que Severus redoutait le plus et bouleversé, il ferma les yeux. Au-delà de tout ce qu’il avait pu imaginer, ces paroles teintées de colère et de peinereprésentaient pour lui le pire des aveux, parce qu’elles étaient sincères, parce qu’elles étaient vraies…. Et surtout parce qu’il savait qu’elles sortaient du plus profond des tripes de son filleul.

Toute animosité disparut aussitôt de son corps et son esprit se retrouva, pendant quelques secondes, totalement vide. Il avait déjà connu cette sensation de perte soudaine. Elle avait été provoquée par Remus, lorsque ce dernier lui avait avoué ses sentiments…. Mais cette situation-ci était différente, parce qu’il réalisait qu’il ne pourrait jamais trouver les bons mots.

Il réalisait que la seule chose qui le poussait à se monter contre Draco était la profonde haine qu’il ressentait à l’égard de Sirius, et que quelque part, il n’avait pas le droit de s’opposer aux sentiments profonds de l’adolescent. Cela aurait été égoïste… Et bien qu’il crevât d’envie de l’être, il ne voulait pas donner le sentiment à Draco qu’il l’avait lui aussi abandonné. Il avait déjà suffisamment souffert de la maladresse de ses parents, sans qu’il ne vienne lui aussi y ajouter son grain de sel.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit face à lui un fauve, toutes griffes dehors, prêt à lui sauter à la gorge s’il se risquait encore à argumenter. Rares étaient les moments où il voyait Draco aussi expressif et, même s’il avait du mal à l’admettre, il appréciait de le sentir aussi vivant. Lentement, doucement pour ne pas l’effrayer, il s’approcha de son filleul et s’assit près de lui. Il le sentit se tendre à ses côtés, mais n’en fit pas cas, se concentrant pour ne pas l’effaroucher davantage.

« Est-ce que tu l’aimes ? demanda-t-il aussi calmement qu’il le put. »

Draco tressaillit, surpris par la reddition aussi soudaine qu’intrigante de son parrain, mais répondit quand même. Il comprenait les difficultés de Severus à accepter son choix, alors il choisit chacun de ses mots avec beaucoup de prudence.

« Quand je suis avec lui, je m’aime bien, dit-il, même si ce que je fais n’a rien d’extraordinaire, même si je suis… Différent. Ça m’est égal, parce que je suis bien avec lui. Tout me paraît plus lumineux, plus simple… Tout est tellement plus beau, parrain. Est-ce que je l’aime ? Oui, de tout mon cœur. »

Draco vit les épaules de son parrain se mettre à trembler, et il n’ajouta plus un mot. Il craignait que cette déclaration ne l’énerve que plus, aussi il fut surpris de voir Severus se tourner vers lui, avant de poser une main –légèrement crispée- sur son épaule.

Il soupira : « C’est bien la plus grosse ânerie que tu aies faite jusqu’à présent Draco, et jamais je ne pourrais véritablement accepter cette…. Union, souffla-t-il difficilement, mais si c’est ce que tu veux réellement, alors je ne me sens pas le droit de m’opposer à ton choix. »

Et les lèvres de Draco s’étirèrent en un sourire heureux.

Et les yeux de Severus se fermèrent avec force.

Secouant brièvement la tête, le Professeur de potion força son esprit à se concentrer sur Draco. Le passé était le passé, et cette angoisse soudaine qui l’avait prise aux tripes devait être promptement éradiquée.

« Bon, que veux-tu savoir ? demanda le jeune Serpentard. »

« Tout. »

Draco gloussa.

« Tout ? Et bien parrain, cela risque d’être long. Par où veux-tu que je commence ? Ah ! Je sais. Tout commença le soir du bal Halloween à Poudlard. À cette époque papa et maman ne se connaissait pas très bien. Ils venaient tous les deux d’entrer en première année et il faut le dire, ils se sentaient tout de même un peu mal à l’aise. Mais le destin, ce sacré coquin avait… »

« Suffit ! coupa sèchement Severus. Draco ne joue pas à ce petit jeu-là avec moi, je suis loin d’être dupe et tu as parfaitement compris ce que je voulais. Alors viens-en au fait, je t’en prie. »

« Oh, tu parlais de ce fait-là… Et bien, je ne vois pas ce qu’il y a de plus à ajouter au petit rapport qu’Hermione t’as fait. Parce que tu lui as parlé n’est-ce pas ? Sinon, tu n’aurais pas lancé cette conversation ridicule et sordide, camouflée sous une couche de moralité bien sentie au sujet de ma soi-disant irresponsabilité, parrain. »

Severus ne releva pas, il avait l’impression d’être revenu en arrière. Du reste, s’étendre sur le bien fondé de sa démarche ne l’intéressait pas et il savait que s’il répondait à la provocation de son filleul, ce dernier allait immédiatement saisir l’occasion de se détourner du sujet. Draco avait toujours réagi comme ça.

« Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace Draco, alors n’essaye pas de m’entortiller. »

Le blond accusa le coup et son humeur se rembrunit.

« Tu penses que j’essaye de changer de sujet ? »

« Je ne le pense pas, j’en suis sûr. Alors maintenant tu vas me dire ce qui ne va pas, ou bien je te le ferais cracher à la manière de Weasley régurgitant des limaces. »

« C’est une menace ? »

L’imposant professeur de potion ne répondit pas, mais la rigidité de ses épaules et ses yeux mortellement sérieux parlaient pour lui. Draco sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale, et pour la seconde fois de la matinée il détourna son visage.

« Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter d’autre au récit d’Hermione, finit-il par marmonner après quelques minutes de silence. Elle a déjà du tout de dire et sans omettre le moindre détail. »

« Cela n’a aucun sens si ce n’est pas toi, Draco. »

Il sourit.

« Ça n’a jamais eu de sens de toute façon. Même moi je n’y comprends rien. Quand je pense que j’ai la réponse, une autre question arrive et fout un beau bordel dans mes pensées. Tout serait tellement plus simple si ce n’était que de la rhétorique. Au moins, je saurais à quoi m’en tenir et je n’aurais pas besoin de me casser le cul à justifier chacun de mes gestes. »

« Si la vie était aussi facile ça se saurait, déclara Severus. En outre, si nous n’avions pas conscience de ce qui nous entoure, nous ressemblerions certainement à de grosses larves sans cervelles. Tu n’es plus un enfant Draco. Répondre simplement par oui ou par non devient insuffisant quand tu grandis. Tu as besoin d’explication, tu as besoin d’être guidé, tu as besoin de meubler tes réponses, c’est une nécessité quand on devient adulte. »

« Pourquoi ? s’écria-t-il brusquement. Pourquoi je ne pourrais simplement pas faire ce dont j’ai envie sans m’inquiéter du reste !? »

« Parce que tu ne peux pas, c’est tout. Si la vie n’était réduite qu’à une simple question rhétorique, elle ne vaudrait pas la peine d’être vécue. »

Draco éteignit sa cigarette, ferma les yeux et plongea son visage entre ses bras croisés sur la table.

« Même en sachant cela, même en l’acceptant parce que de toute façon nous n’avons pas le choix, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Arrivé à un certain stade, tout ce que l’on peut faire c’est regretté d’avoir vécu parce que nos actes, nos pensées, nos choix sont catalogués quelque part en nous et qu’ils finissent par pourrir à l’intérieur de notre âme, nous rendant totalement incapable de continuer à vivre… »

Une alarme s’enclencha au plus profond de Severus et son corps se raidit encore un peu plus, alors que son cœur bondissait dans sa poitrine. Draco, son filleul était-il à ce point perturbé pour songer à une telle éventualité ? Non, impossible. Draco Malfoy n’était pas de cette trempe. Il était fort, il l’avait toujours été… Severus baissa son regard sur la chevelure blonde et réalisa soudain une chose : la limite. Tout le monde avait ses limites et peu importe la solidité, la force du corps et de l’esprit car un jour ou l’autre si la limite était franchie…

Cette fois ce fut au professeur de se sentir perdu. De toute sa vie, il n’avait jamais eu à traiter de ce genre de cas. Il n’avait jamais pensé qu’un jour, il aurait eu à le faire et c’est pourquoi il n’avait pas appris à réconforter quelqu’un - en même temps, ce n’est pas comme s’il avait eu envie d’apprendre. Il ne savait pas dire ce qu’une personne avait besoin d’entendre. Il ne savait pas serrer cette personne dans ses bras, juste pour lui apporter un soutien silencieux. Il ne savait pas pleurer sur le malheur des autres.

C’est Remus qui savait faire tout cela. Remus qui pouvait redonner du baume au cœur rien qu’avec un sourire.

Le souvenir bienveillant de son amant investit un instant les pensées du professeur de Potion. Rapidement il sentit la chaleur douce d’une étreinte autour de son corps et il réalisa une chose. Ses propres besoins n’étaient pas si différents de ceux de son filleul, finalement. Son réconfort, à lui, se trouvait dans l’amour que Remus lui portait et logiquement celui de Draco se trouvait…

Une migraine atroce commença à poindre le bout de son nez et Severus pris une profonde inspiration.

Il allait probablement commettre une erreur, mais le souvenir brûlant que Remus avait laissé dans son cœur le tranquillisa. Draco n’avait besoin que d’une chose, et ce n’était ni de ses paroles doucereuses, ni de son secours.

« Ne dis pas ça Draco. Tu sais, quand Remus est parti, j’ai perdu tous mes repères. Il me manquait physiquement et moralement. J’avais une boule là, dit-il en posant sa main sur son cœur. »

Draco releva la tête et fixa son parrain.

« Ça s’appelle l’absence, et je sais ce que c’est, mais je ne vois pas où tu veux en venir. »

« Ce que je veux dire c’est que si tu pars, je crois que je perdrais plus qu’une simple partie de moi. »

Le blond écarquilla légèrement les yeux, les mots refusant de franchir la barrière de ses lèvres entrouvertes.

« Quand je suis malheureux, poursuivit Severus, je prends les devants et tu devrais en faire autant. »

« Je… Parrain, qu’est-ce que tu cherches à me dire ? »

Severus ferma les yeux, peu convaincu de l’initiative qu’il allait prendre, mais il devait le faire. Il détestait absolument cette pensée, mais Draco avait besoin de Sirius. Il le niait, mais tout son être criait désespérément le contraire.

Draco avait besoin de l’amour de ce sale toutou.

Severus n’avait peut-être pas appris à consoler, mais il savait aimer et il aimait suffisamment Draco pour ne souhaiter que son bonheur. C’est pourquoi il répondit avec détermination.

« Je crois que tu devrais retourner à Poudlard et dire à Black ce que tu ressens réellement pour lui. »

Le blond se redressa entièrement, stupéfait par la réplique de son parrain.

« Que… Quoi ?! Tu… Attends, je ne rêve pas là, tu es en train de me jeter dans les bras de Sirius ? balbutia-t-il abasourdi. »

Severus serra les poings, et se convainquit une ultime fois que c’était uniquement pour le bien de Draco qu’il le faisait.

« Ne me force pas à le répéter, dit-il. Tu sais que je ne supporte pas l’idée que tu puisses t’accoquiner avec lui, mais le fait est là… Tu l’aimes encore Draco et, poursuivit-il rapidement en voyant son filleul prêt à répliquer, même si tu le nies, tout ton corps le crie. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure. »

L’esprit de Draco eut un léger blanc, tant il était surpris par les propos que venait de lui tenir le maître des potions. Certes, par le passé, Severus avait déjà abdiqué face à son choix de rester aux côtés de Sirius, mais le temps faisant son œuvre et les évènements s’enchaînant, il avait vu son parrain se mettre à haïr plus encore celui qui était devenu son ex-amant.

Après le rejet brutal de Sirius, Severus avait promis de ne plus jamais commettre l’erreur d’abandonner Draco aux pattes pleines de puces de Sirius Black. Il l’avait juré si fort que les murs de Poudlard en avaient tremblé et à cette époque, si Remus ne l’en avait pas empêché, il serait allé trouver Black pour lui tordre le cou.

Draco se reprit autant qu’il le put, et aussi brusque qu’inattendu, un rire cynique lui chatouilla le gosier.

« Je dois bien avouer que j’ai failli y croire Parrain, dit-il entre deux gloussements, mais toutes tes belles paroles ne me font aucun effet, sinon celui de te voir comme quelqu’un qui vient de se ridiculiser. »

« Je ne plaisantais pas Draco, même si j’aurais préféré, grogna Severus en fronçant les sourcils. »

Le blond cessa de ricaner, fixant son parrain avec un amusement non feint.

« Je ne sais pas ce que ton esprit tordu a compris de ce que j’ai dit tout à l’heure, mais tu t’es imaginé des choses. Tout ce que tu dois comprendre maintenant, mon cher parrain, c’est que je laisse définitivement tombé le projet Sirius Black. Je ne suis pas un professeur de remise en forme et je n’ai pas le gabarit d’un sauveur. Du reste, je n’en ressens plus la moindre envie… conclu-t-il en baissant les yeux. »

Draco ne savait pas pourquoi, mais dire cela lui avait mit un poids sur le cœur. Il sentait au plus profond de lui la déception d’Harry. Rien que par ces mots, il venait de trahir la promesse qu’il avait faite au Gryffondor, et il en souffrait.

Mais Harry devait lui aussi comprendre qu’il avait fini par atteindre ses limites.

Cela faisait maintenant presque un mois que Draco s’occupait jour et nuit de Sirius, et ce dernier, non content de refuser son aide, le rejetait en tant qu’homme, ami, amant, ex-amant, neveu… En somme, il rejetait Draco dans son entièreté. Il reniait toute forme de lien qui pouvait unir Draco à lui, et il lui avait bien fait comprendre, qu’il ne voulait plus rien avoir à faire avec lui.

Oui, Draco était un Serpentard, oui, il avait en lui l’obstination légendaire des verts et argents, et oui, il se refusait à faire de la peine à Harry… Mais non, ça ne pouvait plus continuer ainsi, il en avait assez. En une seule minute, Sirius Back avait réussi à lui faire perdre tous ses repères et toute sa volonté.

Son cœur avait parlé pour lui et la tristesse qu’il avait ressentie jadis et qu’il craignait de ressentir à présent avait fini par le bouffer de l’intérieur. Ses sentiments pour Sirius avaient finalement repris le dessus et il ne se sentait plus capable d’assumer une telle tâche. S’occuper de l’homme dont il était profondément amoureux et qui le repoussait comme s’il avait la peste lui trouait le cœur et Draco ne voulait plus de ce pénible et épuisant supplice.

Alors au diable la déception des gens, au diable les promesses, au diable les espoirs que les autres avaient fondés sur lui, au diable, au diable, AU DIABLE ! Il en avait assez que cet homme s’abreuve de lui, lui pompant son énergie et sa force. Comme un vampire qui s’étanche au cou de sa victime, lui volant toute sa vie.

La voix profonde et sévère de son parrain le sortit de ses pensées.

« Tu ne peux pas faire ça, Draco. »

« Et pourquoi pas ? lui demanda-il, les yeux plissés d’agacement. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que vous contestiez mes choix !? Quand j’ai commencé à fréquenter Sirius, vous étiez tous réfractaires à cette idée, et aujourd’hui encore, c’est le même cinéma. Pourquoi personne ne juge bon de se mettre de mon côté ? »

« Je suis de ton côté Draco et crois bien que s’il y avait un autre moyen que celui de nous reposer sur toi, je l’aurais déjà mis en œuvre, mais ce n’est pas le cas et tu le sais. Sirius, même s’il est un abruti entêté et pathétique n’a besoin que d’une personne et c’est de toi. Il se refuse à l’admettre, mais il a désespérément besoin de toi… Tu ne peux pas laisser l’homme que tu aimes dans cet état Draco. Je n’imagine pas tout le mal que cela peut te faire, car tu en es le seul capable, mais je t’en prie, ne laisse pas tomber. »

Sil te plaît Draco… Votre bonheur à Sirius et à toi ne dépend pas de moi.

Le blond écarquilla les yeux, la voix d’Harry résonnant comme un souffle de vent à ses oreilles. Il baissa la tête, ferma les yeux et laissa son chagrin et sa douleur couler à nouveau de ses yeux gris. Il oublia la présence de son parrain et se mit à murmurer…. Il répondit a Harry.

« Mais il ne veut pas de moi, il me hait, il me repousse. Ne peux-tu pas comprendre que ça me fait du mal ? Ne peux-tu pas comprendre que je me sens seul ? Je l’aime tellement, mais il me déteste. Comment surmonter tout cela ? Dis-moi comment faire ? Quelles montagnes faut-il que je déplace pour le sauver ? Je ne suis pas aussi fort qu’on le pense Harry… Tu n’es pas là. Tu es parti. Tu m’as laissé tout comme lui l’as fait, alors pourquoi devrais-je tenir cette promesse ? »

Ne perd pas la foi Draco. Crois en toi, crois en lui… Vous serez bientôt heureux, je te le promets.

Le Serpentard ricana.

« Ouais, ne fais pas de promesse que tu es incapable de tenir sale binoclard de pacotille ! »

« Qu’as-tu dit ? »

Un long moment de silence s’égraina avant que Draco, choqué et totalement bouleversé, ne relève la tête. Face à lui, son parrain était droit comme un « i », les yeux légèrement arrondis par la surprise et dans son dos, appuyé contre le chambranle de la porte de la cuisine, se tenait Sirius Black, l’objet de toutes ses pensées.

SBDMSBDMSBDM

(Ndla : Frustrant hein ? lol… Ok, ok… Pas taper n.n…)

Dumbledore, assis derrière son bureau, les coudes posés sur le bois verni et les mains jointes, affichait un air plus que préoccupé. Il ne doutait pas de l’honnêteté des paroles de Ron et Hermione, mais plutôt de leur véracité… Il ne pouvait s’empêcher d’avoir du mal à y croire. Après un moment de réflexion, il releva la tête et fixa ses deux anciens élèves.

« Severus est au courant ? »

Hermione secoua la tête.

« Non, nous avons préféré taire ce que nous avions appris. Vous êtes le seul auquel nous pouvions en parler, car Draco est… Il est encore trop instable et nous ne savions pas quelle réaction il aurait pu avoir. D’ailleurs, Severus et lui ne sont pas au courant de notre visite. »

« Je vois. »

Il se leva et tout en caressant sa barbe, commença à arpenter son bureau de long en large. Trop de questions se promenaient en ce moment même dans son esprit, et bien qu’il sache que réfléchir ne l’égarerait que plus, il ne pouvait se permettre de les ignorer. Il se sentait mitigé. Il ne savait pas si les deux Gryffondor avaient eu raison ou non de ne pas en parler, au moins au principal intéressé. Après tout… C’est de lui que venaient ces suppositions troublantes.

« Ce n’est mon genre de le demander mais… Êtes-vous certains de ce que vous me dites ? Ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère, les enfants, dit-il en s’arrêtant brusquement. »

« Nous en sommes sûrs et certains Albus, affirma Ron. Nous aussi nous avons eu du mal à y croire, et le fait que Draco en parle pendant son sommeil ne joue pas en sa faveur, mais ses propos étaient si… Je… Je ne saurais vous l’expliquer en détail et tel que nous l’avons vécu mais, nous l’avons ressenti au plus profond de nous-même, avec une telle acuité que c’en était effrayant. Ça nous est soudain apparu comme une évidence. »

« Je n’ose imaginer la réaction de Sirius s’il était courant, murmura le vieux sorcier. »

Puis, brusquement ses épaules tremblèrent et ses jambes vacillèrent. Il s’assit sur son siège et joignit les mains en une prière silencieuse, y collant son front avant de souffler avec émotion : « Merlin tout puissant… Harry est de retour ? »

SBDMSBDMSBDM

« Répète-le, repris Sirius, répète ce que tu viens de dire ! »

Draco était complètement tétanisé et dans son regard, fixe depuis quelques secondes, Severus pouvait lire toutes les questions qu’il ne pouvait formuler à voix haute. Ce fut donc lui qui prit la suite des « opérations » en main. Certes, il était extrêmement frustré et contrarié que Draco et lui aient été interrompus aussi abruptement, mais il n’allait quand même pas rester sans rien faire. Et au vu de l’incapacité actuelle de son filleul à bouger ou ne serait-ce qu’à parler, c’était à lui de demander des comptes.

Il se leva, et fit face à Sirius mais ce ne fut pas à lui qu’il s’adressa.

« Je croyais que vous étiez aller faire des courses. »

Le ton était placide, mais l’avertissement sous-jacent dans sa voix était clair. Qu’il se soit repris rapidement ou qu’il ne montre aucun signe d’agitation, ne voulait pas dire qu’il était calme pour autant.

Ron était quelqu’un de très impulsif, surtout lorsqu’il se sentait acculé, ce fut donc Hermione qui lui répondit, choisissant avec prudence tous ses mots.

« Nous sommes désolés de vous avoir menti Professeur, mais cela était nécessaire. »

Il lui sembla voir les pupilles de son ancien professeur de Potion s’étrécir, rendant ses yeux d’onyx plus sombres et plus profonds encore. Elle ne craignait plus les réprimandes de Severus Snape, plus comme à l’époque de son enfance en tout cas, mais elle ne put s’empêcher de sentir un long frisson d’angoisse lui étreindre la colonne vertébrale.

« Ce n’est pas une question de nécessité Granger, répondit Severus, et encore moins de mensonge… Et vous le savez très bien. »

Le Professeur Snape était en colère, mais ce n’est pas comme si elle ne s’y attendait pas. C’est en toute connaissance de cause et en s’étant préparé à cette éventualité –bien que ce mot ne soit encore qu’un euphémisme-, qu’elle avait pris sa décision. Bien sûr, Draco était encore fragile, et ce n’était probablement pas la meilleure idée du monde que de le confronter à sa plus grosse faiblesse dans l’état actuel des choses, mais elle était convaincue au fond d’elle-même que c’était le bon choix.

Risqué certes, mais capital, assurément.

Elle était sur le point de répondre, quand Sirius lui coupa la parole.

« Cette affaire ne te concerne pas, Servilo. »

Sa voix était encore faible, mais le ton qu’il venait d’employer montrait clairement sa frustration d’avoir été ainsi ignoré mais aussi et surtout, son exaspération face à l’inertie totale de Draco. Il n’était pas là pour rendre des comptes à Snape, mais pour parler au blond. D’autant que ce qu’il avait entendu en arrivant le troublait plus qu’il ne le laissait entrevoir.

« Alors, tu vas être un gentil petit serpent et ramper hors d’ici. J’ai des choses à régler avec Draco. »

Quand Ron vit les poings dudit serpent se serrer et son regard devenir dangereux, il se promit d’intervenir si cela devait dégénérer. M’enfin… Vu la manière dont les deux hommes se toisaient, ce n’était plus une alternative, mais une certitude.

Il n’avait jamais vu Severus Snape et Sirius Black se battre, probablement parce qu’un médiateur s’interposait toujours, mais, et ce même si Sirius ne semblait pas en état, il ne voulait pas qu’un bain de sang baptise le sol de sa cuisine.

Il était le seul « homme » de cette maison, et il se fit un devoir de le rappeler.

« Écoutez vous deux, ce n’est pas le moment de se chercher des poux ! Nous sommes tous ici pour régler un problème et ce n’est pas les insultes qui nous aiderons. »

« Pourquoi l’avoir amener ici Weasley ? demanda Severus en se détournant une fois de plus de Sirius. »

« Parce qu’il le fallait ! »

« Qu’est-ce que c’est encore que ces conneries !? intervint brusquement Draco. »

Il semblait avoir retrouvé ses esprits, et ses yeux pleins de fureur en étaient la preuve.

« Qu’est-ce qui vous a permis de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ! »

« Si je m’en souviens bien, c’est TOI Malfoy qui est venu t’épancher sur notre pallier hier au soir, répliqua Ron exaspéré. C’est TOI qui est venu pleurer dans nos bras et… »

« Et quoi ? Ça vous donnait le droit de faire cela !? coupa le blond hors de lui. Je n’ai jamais autorisé vos museaux de belettes à venir me sniffer le cul ! »

Avant qu’Hermione, ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs, ait pu esquisser un geste, Ron s’était approché vivement de Draco et lui avait administré une gifle monumentale. Le blond ainsi que les autres, en resta coi.

« Tu deviens grossier, fait attention ! reprit le rouquin. Si nous avons fait cela c’est parce que tu comptes pour nous Draco. Tu es notre ami, et tu avais besoin de notre aide ! Peut-être que cela te paraît sans gêne, mais on ne pouvait pas regarder un autre de nos amis sombrer comme ça ! Tu commençais à devenir aussi con que Sirius ! Que voulais-tu que l’on fasse hein ? Qu’on reste là, la bouche grande ouverte à gober des mouches, pendant que toi tu t’enfonçais sous nos yeux ?! Tu ne crois pas qu’on a assez perdu de gens comme ça ? Tu crois qu’on a envie de te laisser faire comme l’autre abruti de cabot !? HEIN ?! cria-t-il en pointant Sirius du doigt. »

Ron était méconnaissable. Draco ne savait quoi répondre, au même titre qu’Hermione, Severus ou Sirius, qui grogna à la comparaison douteuse de Ron. Le rouquin, pour la première fois depuis le début de cette histoire, prenait les devants et osait dire à voix haute ce que tout le monde pensait tout bas. Il ne se contentait plus de se justifier, mais d’énoncer des faits.

Tous ces mois passés à se morfondre, tous ces mois d’inquiétudes pour Sirius, la nuit éprouvante passée au côté de Draco, les remarques irritantes et les questions agaçantes, l’angoisse tapie au fond de lui, sa peine dissimulée de perdre encore ceux auxquels il tenait… Tout cela remontait en bloc le long de sa gorge et ce nœud énorme se démêlait enfin au travers de ses lèvres.

Il se mit face à Draco et à Sirius.

« Sirius, nous ne sommes pas arrivés à temps pour l’aider, reprit-il. Nous n’avons rien pu faire pour lui, nous sommes arrivés trop tard, et ça nous a tous bouffé ! Tu sais ce que c’est de se sentir impuissant, alors ne viens pas me faire de leçon de morale ! Harry n’est plus là, et nous ressentons tous le même manque, mais ce n’est pas une raison pour rejeter en bloc ceux qui restent ! Ceux qui sont là pour vous ouvrir les bras et qui vous aiment malgré tout ! On ne fait pas ça par plaisir, on ne fait pas ça pour vous faire chier tous les deux, on fait ça parce que nous sommes vos amis, nous aussi. Nous sommes là nous aussi, nous souffrons nous aussi… Alors oui, OUI bordel de merde on se mêle de vos affaires, OUI on te snife le cul, mais merde, merde, MERDE ! C’est tout ce que j’ai à dire. »

Sur ces mots pleins d’éloquence, il tourna les talons et sortis de la pièce, sous le regard exorbités des autres. Quelques minutes s’écoulèrent dans un silence étrange, avant qu’Hermione ne quitte elle aussi les lieux, rejoignant son fiancé, sans ajouter un mot. Elle considérait que tout venait d’être dit et ne jugeait pas utile de rajouter quoi que ce soit d’autre.

Ce fut Severus qui reprit la parole.

« Bien, j’ai quelques petites choses à régler avec ces deux idiots de Gryffondor, je vous laisse. De toute façon, Draco tu connais déjà mon point de vue et je ne crois pas avoir à te l’expliquer à nouveau. »

« Et je croyais t’avoir dit ce que j’en pensais, répliqua le blond. Je n’ai aucunement l’intention de poursuivre cette mascarade. »

« Ce n’est plus mon problème désormais, Draco. C’est celui de Black et le tien. Si tu tiens à effacer définitivement ton ardoise, je crois que c’est le bon moment, conclu-t-il avant de s’en aller. »

Draco, énervé voulu le suivre, mais il fut retenu par son ancien amant.

« Lâche-moi, grogna-t-il. »

« Non. »

Le blond irrité, tenta de se dégager, mais en vain. La poigne de Sirius était ferme, ce qui surprit un peu Draco qui ne s’attendait pas à autant de résistance.

« Je t’ai dit de me lâcher ! répéta Draco un peu plus fort. Nous n’avons rien à nous dire ! »

Sirius l’attira à lui et le poussa contre la table de la cuisine, sur laquelle Draco fut obligée de s’appuyer.

« Et moi, je ne suis pas de ton avis ! »

« Je croyais pourtant que tu ne voulais plus rien avoir à faire avec moi, lui lança Draco avec un sourire ironique. »

« C’est le cas, mais –s’empressa-t-il de rajouter en voyant le blond amorcer un geste pour s’en aller- il faut que nous parlions. »

« Et parler de quoi hein ? De ton désir subit de retrouver le monde des hommes ? De ton hypocrisie, de ta méchanceté ? Ou encore de la manière dont tu m’as jeté hier ? Ou non, mieux encore, tu as entendu parler de ma cuite et tu es venu me faire une leçon de morale, hein tonton ? Merci, mais non merci ! »

Draco était froid, sauvage et plus que contrarié. Il s’adressait à Sirius avec tout le cynisme et toute l’antipathie dont il pouvait faire preuve… L’animagus comprit très vite que le jeune Serpentard n’allait pas lui faciliter la tâche.

En même temps, comment faire simple quand tout était déjà si compliqué. Il était préférable d’aller droit au but pour ne pas perdre de temps en tergiversations.

« Tout ce que je veux savoir, c’est pourquoi tout à coup tu t’es mis à parler à Harry ? »

Draco se raidit aussitôt. Il venait de réaliser la bourde qu’il avait faite… Bien que parler d’Harry à Sirius puisse être la solution à tous ses problèmes, il ne pouvait pas et pour deux raisons…. La première : cela ne résoudrait en réalité qu’une seule petite partie de ses problèmes, la plus grosse étant ses sentiments envers l’autre là. La seconde : Sirius ne le croirait sûrement pas, ou le croirait fou s’il venait à le lui révéler, d’autant qu’Harry alias Sieur Potter l’emmerdeur n’allait pas se montrer. Il en était certain.

Alors, à quoi bon le faire si c’était pour s’enliser encore dans plus problèmes qu’il n’en avait déjà. D’autant que…

« Tu étais là depuis longtemps ? demanda-t-il. »

« Non. »

Draco en fut soulagé. Il ne tenait pas à ce que Sirius soit au courant de ses sentiments… Les fameux sentiments que son parrain voulait qu’il révèle au grand jour. Ce qu’il ne ferait pas, bien évidemment, parce que… Parce que voilà, c’est tout ! Point à la ligne.

Évidemment, Sirius venait de mentir. Il avait tout entendu… Du moins, il avait en avait suffisamment entendu pour comprendre ce dont Severus parlait avant de s’en aller. Seulement, il ne souhaitait pas aborder le sujet. Savoir que Draco pouvait encore l’aimer avait été un choc pour lui. Son cœur avait soudain bondi dans sa poitrine, lui coupant momentanément le souffle et lui tordant l’estomac.

Il en avait été si bouleversé qu’il avait dû prendre appui sur le chambranle de la porte, ses jambes menaçant de le lâcher. Cela avait remué beaucoup trop de chose en lui. Des choses qui rendaient son cœur léger parce qu’il croyait que Draco ne l’aimait plus, des choses qui lui redonnaient espoir, parce qu’il croyait que Draco ne l’aimait plus, des choses qui lui faisaient sentir des millions de papillons dans son ventre, parce qu’il croyait que Draco ne l’aimait plus, des choses qui lui faisaient terriblement peur, parce qu’il croyait que Draco ne l’aimait plus.

Tant que Draco le haïssait, il avait encore ses points de repère. Toutes les anciennes questions auxquelles il avait répondu en le rejetant par le passé revenaient en force dans son esprit. Avait-il le droit d’aimer Draco ? Pourrait-il seulement le rendre heureux ? Lui un quadragénaire vieillissant et malpropre… Un souvenir remonta à la surface et il s’y perdit pendant quelques secondes…

Allongé entre les draps, Draco blotti dans ses bras avec sa tête sagement posée sur son épaule, Sirius prit la parole. Ils venaient de passer une nuit fantastique… Malgré tout, son cœur voulait être rassuré…

« Je peux te poser une question ? »

« Oui. »

« Est-ce que je suis vieux ? »

« Oui. »

« Est-ce que je suis négligé ? »

« Oui. »

« Est-ce que j’ai mauvais caractère ? »

« Oui. »

« Et toi tu t’en fiche ? »

« Oui. »

Draco leva un visage souriant, et conclut la conversation par un tendre baiser.

L’animagus secoua brièvement la tête, et il se rendit compte que le blond lui parlait.

« Pardon ? »

« Oui, je sais bien que c’est complètement fou, poursuivit Draco sans s’être aperçu du blanc de son interlocuteur, mais… Je ne peux pas m’empêcher de croire qu’Harry est près de nous et qu’il… Qu’il veille sur nous. »

Cela prit quelques secondes à Sirius pour revenir à la réalité.

« C’est pour cette raison que tu lui parlais tout à l’heure, dit-il enfin. Tu crois qu’il est là… Mais tu te trompes, poursuivit le brun en baissant les yeux, tu te trompes parce que… Parce qu’Harry est mort. Il est parti et il ne reviendra pas. C’est irrémédiable et il faut que tu te mettes ça dans la tête. »

« Et toi il faut que tu te mettes dans la tête que nous ne sommes pas tous comme toi ! répliqua le Serpentard. Nous ne cherchons pas tous à noyer notre désespoir dans le silence et le rejet des autres ! Harry est mort mais il est là, ajouta-t-il en posant une main sur son cœur, et grâce à ça, il ne disparaîtra jamais définitivement. »

Sirius en fut remué, son cœur s’agita et son estomac se serra. Comment le souvenir d’Harry pourrait-il rester impérissable au fond de son cœur après ce qui s’était passé. Il avait juré de le protéger… Il ne l’avait pas fait… Il n’avait plus le droit de penser à Harry comme à un être cher, il avait perdu ce droit le jour de sa mort. Le jour de sa trahison.

« Tu ne comprends pas, murmura-t-il ébranlé. Tu ne comprends décidément rien à ce qui se passe. »

« Oh non, non, non, lança Draco en secouant la tête, tu ne m’auras pas avec ton cinéma de veuf éploré. Arrête un peu de broyer du noir et de te morfondre sur ton propre sort ! Ta foutue culpabilité commence à sévèrement me courir sur le haricot, Sirius. »

À peine eut-il fini de prononcer ces mots que Draco se retrouva brutalement saisi par les épaules, le regard noir de Sirius férocement planté dans le sien.

« Est-ce que tu ne comprends pas Draco ? cria-t-il. EST-CE QUE TU NE COMPRENDS PAS CE QUE J’AI FAIT ?! »

Le blond était effrayé, mais quelque part la colère de Sirius attisa la sienne et il répliqua tout aussi fort.

« NON ! Non je ne comprends rien ! Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu t’autodétruis comme ça ? Explique-moi puisque tu es le SEUL à comprendre ! »

« Parce que je l’ai tué, merde ! répondit l’animagus les yeux humides. J’ai tué Harry ! »

Draco grimaça lorsque la poigne de Sirius se resserra sur ses épaules, mais il se força à faire abstraction de la douleur.

« Tssk… Encore cette foutue culpa… »

« Ça n’a rien à voir, coupa le brun. Quand j’ai dit que j’ai tué Harry, ce n’est pas une simple figure de style ! Ma culpabilité est parfaitement justifiée parce que c’est à cause de moi qu’Harry est mort ! À cause de moi, tu comprends ? »

Les paroles de Sirius étaient si virulentes, elles semblaient si sincères que Draco eut réellement peur cette fois. Les larmes qui roulaient sur ses joues ne mentaient pas, elles non plus. Le blond avait vraiment peur de comprendre enfin le fin mot de l’histoire, mais c’était la première fois depuis le décès d’Harry que l’homme qui lui broyait les épaules pleurait la mort de son filleul.

C’était la première fois que Sirius se laissait complètement aller, depuis la mort d’Harry. Dans le sens, où il exprimait enfin à voix haute ce qu’il avait tenté d’enterrer pendant des mois. Alors Draco l’écouta épancher sa peine…

« Ce jour-là, j’avais le temps de le sauver… Je pouvais le faire… Quand Voldemort a lancé le sort, j’étais suffisamment proche d’Harry pour lui éviter de mourir. Il me suffisait de le pousser sur le côté pour prendre moi-même le sort, mais… Mais j’ai hésité. J’ai hésité pendant une seconde et ce fut une seconde de trop. J’avais peur de mourir, je crevais de trouille… Pendant cette seconde j’ai trahi Harry, parce que je ne voulais pas mourir à sa place. J’avais pourtant promis de le protéger, je l’avais promis à James, à Lily, à Remus… Je leur avais promis de prendre soin d’Harry et de me sacrifier pour lui s’il le fallait, mais je n’ai pas tenu cette promesse. À cause de ma lâcheté, Harry est mort… À cause de moi, il est tombé… Il a fermé les yeux pour ne plus jamais les ouvrir. Alors, dis-moi Draco… Maintenant que tu sais toute la vérité, donne-moi une seule bonne raison pour que mes remords n’aient pas lieu d’être ? »

Le blond soupira et détourna légèrement les yeux, essayant soigneusement d’éviter de montrer les tremblements de ses épaules.

Tout au fond de lui, il était complètement secoué, mais il se forçait à ne pas le montrer… Il sentait que Sirius venait de faire un pas énorme, et il ne voulait pas ruiner ces efforts par un acte qu’il estimait imprudent pour le moment. S’il commençait à s’appesantir sur le sort de l’animagus, cela le conforterait dans ses choix. En imageant un peu cela pourrait donner la parfaite réplique d’une princesse enfermée à vie dans une haute tour inaccessible.

Bref ! Bien qu’il soit remué jusqu’aux tripes, car enfin l’abcès venait d’être percé, il jugea préférable de ne rien montrer de ses véritables émotions, au risque de perdre le peu d’avance qu’il venait d’avoir. Certes, il avait juré de ne plus s’occuper de Sirius, mais l’homme face à lui chamboulait tant et tant son esprit que son cœur avait pris le relais, ce qui n’était pas forcément une bonne chose, mais il n’était pas l’heure de débattre sur ce sujet.

« Si j’avais la réponse, souffla-t-il, la vie serait moins compliquée. »

Sirius sourit amèrement. Quelque part, il en était sûr. Il savait qu’une fois la vérité sortie de sa bouche, personne n’allait pouvoir le comprendre… Et puis qu’espérait-il de toute façon ? Que Draco ait la réponse à toutes ses interrogations et qu’il l’aide ? Lui qui justement, estimait ne pas avoir besoin d’aide… Et surtout pas de celle de Draco.

« Je ne peux peut-être pas te donner une bonne raison de jeter tes stupides remords aux orties, poursuivit le Serpentard, mais je peux t’en donner plusieurs qui feront la différence, Sirius. »

« Si tu comptes me ressortir le fameux « Qu’est-ce que les autres peuvent bien penser de toi, maintenant ? », singea-t-il en croisant les bras, je te préviens tout de suite, ça ne marchera pas. Inutile d’user ta langue pour ça. »

J’ai bien envie de l’user à autre chose, songea Draco en appréciant secrètement la moue boudeuse de son ancien amant.

Écarquillant les yeux, il se reprit aussitôt, se maudissant d’avoir de telles pensées, mais surtout, se demandant d’où lui venait une telle réflexion ? Bref !

« Tu vois, c’est pour ça que les gens ont très vite envie de te laisser tomber Sirius, répliqua-t-il avec humeur, tu es incapable d’y mettre de la bonne volonté. »

« C’est toi qui me parles de bonne volonté Draco ? s’énerva l’animagus. C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Ce n’est pas toi qui quelques minutes auparavant, jurais contre vents et marées que tu ne voulais plus de moi ?... Enfin, je veux dire, se reprit-il vivement, maudissant les rougeurs que prenaient ses joues, que tu ne voulais plus m’aider. »

Draco haussa un sourcil, mais ne releva pas. Il pressentait que la conversation allait durer plus que quelques heures s’ils s’engageaient sur cette voie-là.

« C’est le cas, mais tu m’as posé une question et je tiens à y répondre. Tu dis que tu as tué Harry, que t’as lâcheté est la cause de sa mort, mais moi je dis que ce n’est pas de ta faute. Que si tu t’étais jeté sur lui, vous seriez probablement morts tous les deux, ou qu’Harry aurait sûrement tout fait pour ne prendre qu’à lui seul le sort… Tu ne sais absolument pas ce qui se cerait passé si tu l’avais fait Sirius. Tu ne peux pas te déclarer coupable d’un crime qui n’en est pas un. Avoir peur est un sentiment parfaitement humain, et en tant qu’homme il y a des choses que tu ne peux pas restreindre ou contrôler… C’est comme ça. Alors arrête de t’en vouloir pour une chose aussi futile ! »

« La mort d’Harry n’est pas quelque chose de futile ! s’emporta Sirius. »

« Je n’ai jamais dit ça, se récria Draco. C’est ta culpabilité qui est futile ! Ce sont tous ces murs que tu as bâtis autour de toi qui le sont ! Parce qu’Harry ne t’en voudra jamais d’être mort ! Harry ne considèrera jamais que tu es la cause de son décès. C’est Voldemort qui a lancé le sort, pas toi ! Souviens-t-en. Alors oui, peut-être avais-tu le temps de le sauver, c’est ce que tu penses, mais tu apprendras qu’il y a une énorme différence entre l’esprit et la réalité ! Parce qu’en réalité tu ne sais même pas si tu aurais réellement eu le temps de le sauver, tu ne sais pas ce qui se serait vraiment passé ! Alors arrête un peu de te torturer pour quelque chose que tu ne sauras jamais ! »

Sirius fronça les sourcils et se détourna de Draco. Les épaules basses, il s’éloigna du blond et posa ses mains sur l’évier en poussant un profond soupir.

« Qui te dis qu’Harry ne me hait pas hein ? »

Parce qu’il est revenu d’outre-tombe pour t’aider à trouver le bonheur, voulu répondre Draco, mais il ne pouvait pas.

« Parce que je le sais, c’est tout, répondit-il à la place. »

Un rire sarcastique sortit de la gorge de l’animagus, qui secoua la tête.

« Et tu crois que ça me rassure ? »

« Tu dois me faire confiance, tu n’as pas le choix. »

« Pourquoi est-ce que je te ferais confiance ? Quand tu es entré dans ma vie, tu as tout bouleversé, tout chamboulé, tout mélangé… Comme une tornade tu as tout balayé sur ton passage, et cela vaut pour le passé comme pour le présent. Chaque fois que je bâtissais une frontière entre toi et moi tu parvenais à la franchir, chaque fois que je mettais de la distance entre nous, tu réussissais à me rejoindre… et moi… moi dans toute l’histoire, je n’ai jamais été capable de te repousser. Tu as été mon péché… et tu le seras pour le restant de mes jours, conclut-il dans un murmure. »

Draco baissa les yeux, le cœur serré dans un étau.

« Pourtant par le passé, c’est bien toi qui m’a jeté non ? Hier, c’est toi aussi qui m’a jeté… Alors ne viens pas plaider la faiblesse, quand tu sais que ce n’est pas vrai… »

Sirius, les yeux fermés et la tête relevée vers le plafond, soupira.

« Je t’ai parlé de ma raison, mais t’ais-je parlé de mon cœur ? »

Draco se figea, alors que devant à lui, Sirius se retournait pour lui faire face.

SBDMSBDMSBDM

« Ouhla… Ça commence à devenir chaud. »

« Weasley, je vous prierais de nous dispenser de vos commentaires disgracieux. »

« Et puis-je savoir ce que vous faites-là ? Je pensais que vous ne vouliez pas espionner sans vergogne ni morale un couple d’imbéciles heureux ? »

« Je ne vous ai pas demandé si votre grand-mère volait sur un balai Weasley, alors fichez-moi la paix. »

« Bon taisez-vous tous les deux. Ça commence à devenir torride là-bas… »

« Miss Granger, à moins que nous n’ayons pas la même définition du mot torride, je crois que vous vous trompez… Ils ne font que se regarder dans le blanc des yeux, ce qui d’ailleurs donne à Black un air constipé assez répugnant. »

« Professeur, c’est justement dans le regard que tout se passe, ils font l’amour avec leurs yeux, là, regardez donc… »

« Mais je regarde, je regarde, et je vois que nous n’avons définitivement pas la même définition du mot torride… Et de l’acte sexuel. Bonne chance pour votre future portée… »

« … »

« Pourquoi rougissez-vous Weasley ? »

« Suffit ! Si vous continuez à faire autant de bruit, ils finiront par nous découvrir… »

« Il n’y a aucune raison à cela, Miss Granger. S’ils ne passent pas à l’acte, ils ne sauront rien. Car je n’aurais pas à tuer Black pour avoir posé ses mains sur mon filleul sous mes yeux et votre fiancé n’aura aucune hémorragie nasale. »

« Hey ! Je ne vous permets pas ! Je ne suis pas une petite nature moi ! »

« Certes, mais le sang qui s’accumule dans vos joues depuis tout à l’heure finira bien par sortir quelque part non ? »

« Vous êtes vraiment impossible ! Votre caractère n’as pas changé depuis toutes ces années. »

« Evidemment. La seule chose qui a changé est le fait que je ne puisse plus vous mettre de retenue pour insolence, Miss Granger. »

« Je n’aime pas votre humour. »

« Qui a dit que c’était de l’humour ? »

« Mione, on ne peut vraiment pas le fiche dehors maintenant ? »

« Courageux mais pas téméraire, n’est-ce pas Ronny ? »

« Oh par pitié professeur, ne m’appelez pas comme ça, j’en ai des frissons dans tout le corps. »

« Tant qu’ils ne sont pas sexuels… »

« … »

« … »

« Très bien, je retire ce que je viens de dire. »

« Et vous faites bien, car… Aah ! Oh… Euh… Oui, hem… Chérie ? »

« Certes, certes… »

« Weasley poussez-vous de là, je ne vois plus rien ! Et… Granger ? Pourquoi sortez-vous votre baguette ? »

« C’est pour votre bien professeur et pour le bien de Sirius et Draco également… »

« Pardon ? »

SBDMSBDMSBDM

« Qu’est-ce que tu fais ? demanda fébrilement Draco. »

Sirius, une expression indéfinissable plaquée sur le visage, s’avançait lentement vers lui. Les émotions qui tourbillonnaient dans son regard le rendaient encore plus troublant, car il était quasi impossible de comprendre ce qui se passait dans sa tête à ce moment précis. Sirius semblait… non il était très perturbé, et ce fait n’arrangeait en rien le petit frisson d’angoisse qui parcourait le corps de Draco, en le voyant se rapprocher ainsi de lui.

« Pourquoi trembles-tu ? Aurais-tu peur de moi ? »

Sirius ressemblait à un félin prêt à attaquer. Les babines retroussées dans un petit rictus, les yeux pétillants d’une vie nouvelle, les narines frémissantes… Il avait tout du prédateur.

Maître Renard par l’odeur alléché…

Draco se sentait très, très mal à l’aise, d’un coup. Plus encore que lorsque Sirius avait évoqué le mot « cœur ».

Lui tint à peu près ce langage.

« Tu es beau Draco, tu l’as toujours été. Depuis le premier jour où je t’ai rencontré, j’ai senti quelque chose m’attirer vers toi. Je t’ai immédiatement trouvé sublime, bien que je sache au fond de moi que tu faisais partie de la lignée des Black. J’ai senti le poison du désir se diluer dans mes veines, jusqu’à m'asservir totalement. A partir de là, j’ai commencé à perdre un peu la tête… Puis encore un peu, et encore un peu… Jusqu’à ce que je sente le manteau de la folie se refermer complètement sur moi. »

Sirius était désormais tout près de Draco et le blond n’arrivait pas à bouger. Le regard de cet homme semblait clouer ses jambes au sol et maintenir son corps dans un étau, pas désagréable ni douloureux, mais très angoissant. Il tenta de repousser l’animagus en posant ses mains sur son torse, mais ce dernier s’en saisit et en profita pour se plaquer entièrement contre lui.

Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur, apprenez que tout flatteur, vit aux dépens de celui qui l'écoute :

Et à peine Draco ouvrit la bouche pour protester que Sirius la lui happa vivement, l’entraînant dans un baiser plein de passion.

Cette leçon vaut bien un baiser, sans doute. "(1)

Il avait les yeux totalement écarquillés. Son corps était paralysé, mais un courant électrique puissant venait de le traverser en entier, galvanisant chaque cellule de son corps. Son esprit hurlait de tous ses poumons que « non » il ne voulait pas de ce baiser, mais son cœur suppliait pour le contraire. Cela faisait si longtemps que Draco n’avait pas goûté aux lèvres pleines de cet homme, bien qu’elles soient un peu gercées. Si longtemps qu’il n’avait pas senti le poids de l’animagus entraver chacun de ses mouvements pour l’emprisonner dans un tourbillon de sensations plus affolantes les unes que les autres…. Si longtemps qu’il n’avait pas senti le corps de Sirius se presser ainsi contre le sien.

Il semblait à Draco que le monde entier tournait devant ses yeux, et plus la langue de Sirius enlaçait la sienne, moins le monde avait de sens… Il était entrain de perdre la notion de la réalité, mais son esprit, peu disposé à perdre ainsi la raison, fit sonner l’alarme.

Le blond ferma les yeux, goûtant encore un peu de la saveur épicée de Sirius, avant de puiser dans ses réserves de forces pour le repousser le plus loin possible de lui.

Le Corbeau, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

« La flatterie ne marche pas avec moi Sirius, dit-il en haletant. Ne me prend pas pour un imbécile, s’il te plaît. »

L’animagus baissa les yeux, honteux.

« Je n’ai pas chercher à te manipuler Draco, souffla-t-il. Tu sais que je ne suis pas comme ça… J’ai perdu la tête, pardonne-moi, mais tout ce que j’ai dit est vrai. Si seulement tu pouvais comprendre à quel point tu me rends fou. Avec toi je ne sais jamais sur quel pied danser, je ne sais plus quoi penser, parce que rien que te voir me met dans un état de stress incroyable. J’ai l’impression d’être une pucelle face à son premier amant, alors que je suis un homme bon sang ! Je suis un homme et j’agis comme une gamine. »

Draco, senti son cœur bondir à ces mots. Etait-ce un « je t’aime » à demi-mot ?

Certes, il ne voulait pas trop y croire. Il ne voulait pas mettre la charrue avec les bœufs, surtout quand il s’agissait de Sirius, mais… Ce qu’il venait de lui dire le rendait et sans qu’il le veuille vraiment, très heureux. Il maudit cette faiblesse, car bien que la joie remplît son cœur, elle ne compensait pas le passé.

Il aimait Sirius. Il l’avait toujours aimé et il ne pouvait pas y faire grand chose, mais il avait trop souffert de sa maladresse en amour, pour s’y plonger encore sans envisager la situation sous tous les angles. Il s’était déjà jeté une première fois à corps perdu dans une relation qui lui fut à terme dévastatrice, il ne voulait pas prendre le risque de recommencer.

Chat échaudé craint l’eau froide, comme on dit.

Il ne voulait pas précipiter les choses, tout allait beaucoup trop vite pour lui. Hier encore, Sirius le jetait comme le pire des malpropres et là, il lui volait un baiser juste après s’être épanché avec virulence sur son sort de pseudo meurtrier. Draco ne se sentait pas capable d’avaler tout ça d’un coup… Sirius lui avait rogné les ailes autrefois, il ne voulait pas se les faire carrément couper, cette fois-ci.

« Je ne veux pas que tu te forces à quoi que ce soit, reprit Sirius. Je… J’ai bien conscience d’être un idiot perturbé et complètement fou, mais… Enfin, je ne voulais pas te faire peur. J’ai… j’ai beaucoup de mal à mettre de l’ordre dans mes pensées, du coup je fais n’importe quoi et je ne sais plus ni ce que je dis, ni ce que je fais. Je sais très bien que ça ne justifie pas mes actes, mais je voulais juste que tu saches que je suis désolé pour… Pour tout. »

« Je ne sais pas encore ce que j’ai envie de faire, répondit Draco hésitant. »

Là, Sirius prit peur. Brusquement, comme s’il venait de se prendre un coup de poing, il réalisa que la source de tous ses problèmes était sa peur de perdre ceux qu’il aimait. C’était devenu une phobie, et cette dernière l’avait conduite à renoncer aux autres pour ne plus souffrir. Quand on ne possède rien, on ne perd rien, se disait-il. Mais aujourd’hui, cette solution ne lui convenait plus. Il n’avait plus envie d’abandonner ce à quoi il tenait le plus.

« Je ne veux pas te perdre, murmura-t-il en retour. Je ne veux plus perdre les gens auxquels je tiens…. »

Le Serpentard tressailli, surpris par ces mots. Sirius s’en remettait-il vraiment à lui ? Il était tenté de refuser mais les derniers évènements ne lui simplifiaient pas la tâche. Sirius paraissait complètement désemparé. Il lui faisait l’effet d’un petit garçon qui cherche le réconfort de sa mère. Il était totalement différent du Sirius arrogant et maladif de la veille… Draco ne pouvait pas l’abandonner.

Malgré toutes ses bonnes résolutions, il ne se sentait pas le courage de laisser tomber l’homme qu’il aimait.

Il prit une profonde inspiration.

« Je t’aime toujours Sirius, mais j’ai besoin de temps pour réfléchir à tout ça. Pour le moment, tu es perdu et je ne veux pas t’embrouiller davantage. Je veux que tu retrouves tous tes esprits, et une fois que cela sera fait… Nous en rediscuterons. Je… »

Il ne put continuer de parler, car Sirius prit d’un brusque tremblement, tomba à genoux, les bras resserrés autour de lui, le corps penché en avant.

« Ne me laisse pas, marmonnait-il en se balançant d’avant en arrière. Ne me laisse pas… Je t’en supplie… »

Votre bonheur à Sirius et à toi ne dépend pas de moi.

Choqué, Draco traversa la pièce en deux enjambées et s’agenouilla près de lui, l’enlaçant aussitôt. Tout en le pressant contre lui et en lui caressant les cheveux, il lui souffla des mots de réconfort.

« Je n’ai pas l’intention de te laisser Sirius… Ne t’inquiète pas, tu ne me perdras pas. Je suis là… Calme-toi… »

Sirius se perdit dans une litanie de suppliques, et cela prit du temps à Draco avant qu’il ne parvienne à le tranquilliser. L’homme tremblant entre ses bras, n’avait plus rien à voir avec l’animagus hostile de ces dernières semaines. L’homme tremblant entre ses bras, lui rappelait celui, charmant et charmeur, qu’il avait connu à l’époque de la guerre… Pas un Sirius effrayé et dérangé, non. Mais un Sirius humain, tout simplement.

L’homme qui s’accrochait à ses vêtements, l’homme qui perdait son souffle dans son cou, n’était pas celui qu’il ne comprenait pas, mais celui qu’il aimait et Draco avait bien l’intention de le garder cette fois. De le guérir… parce que Sirius, l’acceptait enfin.

Le Serpentard le serra plus étroitement contre lui et s’aperçut qu’il s’était endormi, épuisé. Il ne fallait pas oublier que Sirius sortait tout juste d’une longue et pénible convalescence, qui l’avait beaucoup affaibli. Draco sourit, et alors qu’il s’apprêtait à appeler Hermione, Ron et son parrain la porte de la cuisine s’ouvrit brusquement sur trois masses de corps qui s’effondrèrent pêle-mêle sur le sol.

Les yeux écarquillés, avec Sirius toujours profondément endormi dans ses bras, Draco observa le trio de clowns qui se tortillaient devant lui. Severus, les yeux bandés, était pris en sandwich entre les jambes écartées d’une Hermione aplatie contre le carrelage de la cuisine et un Ron le chevauchant d’une bien étrange manière.

Son parrain toujours empêtré entre Hermione et Ron, releva la tête et siffla : « Ne dis rien Draco, SURTOUT ne dis rien ! »

Le Serpentard blond obéit et s’abstint de commenter le spectacle plus risible qu’indécent qui se jouait devant ses yeux. De toute façon, après avoir vu Severus coincé comme une tranche de jambon entre les deux autres avec en plus, un bandeau sur les yeux, il avait décidé qu’il ne voulait pas savoir. Il se contenta de hausser un sourcil affligé, celui qui signifiait « plus crétin tu meurs ».

SBDMSBDMSBDM

Un mois plus tard.

« Foutaises !! »

« Parrain, soit plus discret s’il te plaît. Sirius dort encore. »

« Draco, ce que je viens d’entendre exclut totalement toute forme de discrétion. S’il c’était agi d’un autre sujet, j’aurais effectivement pu modérer ma réaction, mais là, avoue quand même qu’elle est légitime. »

« Je sais, mais ce n’est pas la peine de le crier sur tous les toits. »

« Pff... Comment peux-tu seulement rester calme ? Ce qu’elle vient de dire est complètement stupide ! Potter ne peut pas être revenu d’entre les morts ! »

« Dis donc… »

« Bah, tu la connais, elle est absolument convaincue que son intelligence justifie entièrement la moindre de ses paroles, même si cela relève de la bêtise absolue. »

« DIS DONC… »

« Je ne peux qu’approuver ce que tu viens de dire. Si j’avais eu le moindre doute sur sa santé mentale, je n’en ai plus aucun désormais. Elle est folle. Cette fille est folle. En même temps, c’est une Gryffondor… »

« OH VOUS DEUX ! Vous ne trouvez pas ça un peu vulgaire de parler de quelqu’un à la troisième personne, en particulier quand elle est face à vous ? Et je vous prierais Professeur, d’éviter les préjugés douteux ! »

« Ce ne sont pas des préjugés Miss Granger, mais des certitudes. Il est universellement prouvé que la confrérie des Gryffondor est tarée. Et ce n’est que lorsque l’on aura retrouvé le médicomage qui a pratiqué l’ablation de votre cerveau que je consentirais peut-être à vous envisager à nouveau comme quelqu’un de normal. »

« HAAAHAHAHAHAHA ! Et ça c’est vraiment passé comme ça ? »

Un sourire franc de Draco suffit à répondre à la question et Harry repartit dans un énorme fou rire.

« Ça ne m’étonne pas, mais je dois t’avouer que la réaction de Snape me surprend quand même. D’eux tous, c’était la personne la plus prompte à croire à mon retour… »

« Oui… Il a toujours pensé que les Potter étaient increvables. En même temps, dit-il après quelques secondes de réflexion, il n’a pas tout à fait tort. »

Harry voleta près de Draco et s’installa à ses côtés.

« Que c’est-t-il passé ensuite ? »

« Et bien ce fut difficile, mais j’ai réussi à tous les persuader que tu n’étais vivant que dans mon esprit et… Draco posa sa main là où se trouvait le cœur d’Harry avant d’ajouter,… Ici aussi. Surtout ici. »

Le Gryffondor lui fit un sourire embarrassé, mais ses joues rougissantes montraient à quel point il était touché.

« M’enfin, reprit le blond en haussant les épaules, ça c’était après qu’ils aient décidé de camper sur ta tombe trois semaines d’affilée. Ils étaient certain que tu finirais par te montrer… Mais tu ne l’as pas fait, sauf peut-être…»

Les deux garçons se sourirent mutuellement au souvenir de la semaine passée…

« Je n’ai pas pu y résister. C’était tellement tentant, avoua Harry avec une lueur espiègle dans le regard. Ron est vraiment la cible idéale pour ce genre de farce, et puis il ronflait sur ma tombe. Il m’empêchait de reposer en paix »

« Ton jeu de mot est douteux Potter, commenta Draco en levant un sourcil. »

Harry gloussa et haussa les épaules avec indifférence.

« On ne se refait pas, répondit-il… »

« Pauvre Ron, tu aurais pu éviter les orteils quand même, reprit le Serpentard. »

« C’est de là qu’il est le plus sensible, et puis il a fini par s’en remettre non ? »

« Oui bien sûr, sauf que maintenant, il se méfie des papillons…»

Le rire clair d’Harry s’éleva une fois encore dans l’air, le faisant s’adosser sur le marbre gris de sa stèle.

« Bah, peut-être que comme ça il oubliera sa phobie des araignées, souffla-t-il en regardant le ciel. »

Draco sourit et s’allongea de tout son long près du fantôme. Posant sa tête près de la cuisse d’Harry, il perdit sa main dans la volute de fumée qui composait sa jambe. Il aimait la sensation de fraîcheur qu’il éprouvait à chaque fois qu’une partie de son corps traversait celui, fantomatique, du Gryffondor. Il avait l’impression de le toucher et de le sentir, malgré son allure spectrale.

Une façon comme une autre de se rapprocher davantage du brun.

Un silence apaisant meubla l’atmosphère pendant quelques longues minutes, avant qu’Harry ne reprenne la parole.

« J’ai été très heureux de le revoir… Il avait l’air d’aller bien. »

« Oui… Il lui a fallu beaucoup de temps avant de pouvoir se recueillir sur ta tombe sans faire une crise d’angoisse, mais ça lui a ôté un poids du cœur. Il était vraiment dans un sale état, mais il a finalement réussi à faire face et à affronter ses démons. Il a encore un peu de mal, mais il va beaucoup mieux. Il a retrouvé du poil de la bête et Severus pique une crise de nerf presque tous les jours maintenant. »

« C’est la preuve irréfutable que Sirius va mieux, gloussa Harry avant d’ajouter, et ceci grâce à toi blondinet. »

Draco rougit et pour cacher son embarras, il détourna son visage. Sauf que les adorables rougeurs qui coloraient ses jours satinées n’échappèrent pas aux lunettes de faucon d’Harry. Ce dernier s’installa plus confortablement, s’allongeant près du blond et posant sa tête dans la paume de sa main.

« Ne fait pas ton timide Draco, tu sais bien que j’ai raison. C’est grâce à toi que Sirius à retrouver l’envie de vivre… »

« C’est uniquement parce qu’il a oublié sa stupide culpabilité envers toi et parce qu’il a retrouvé son goût douteux de faire des farces idiotes à mon parrain, c’est tout. »

Harry secoua la tête.

« Et d’après toi, qui lui a permis d’oublier sa culpabilité ? Qui lui a fait retrouver son amour des farces idiotes, si ce n’est toi, hein ? »

Draco ne répondit pas, plongeant sa tête dans ses avant-bras repliés sous lui.

Un drôle de sentiment venait de l’envahir et il n’était pas sûr de l’apprécier. Il venait d’avoir un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment. Quelque chose allait se passer sous peu. Quelque chose qu’il n’allait pas aimer.

Il serra les paupières quand il sentit la fraîcheur du spectre d’Harry envelopper son dos et ses épaules. Les mains du brun vinrent caresser ses tempes, filant les cheveux blonds et doux, redescendant lentement le long des bras pour l’enlacer avec une affection effrayante.

Effrayante, parce qu’une telle manifestation de tendresse de la part d’Harry était mauvais signe, particulièrement lorsqu’elle était aussi soudaine qu’inattendue.

Draco tremblait et même les paroles de réconfort d’Harry n’arrivaient pas à le calmer.

« Je ne suis pas heureux, murmura-t-il le visage toujours caché. Je ne suis pas du tout heureux. »

« Si tu l’es blondinet, je le sais. »

« Non c’est faux… »

« Sirius t’aime et tu le sais. Tu le sais parce que je l’ai vu dans tes sourires, je l’ai vu dans tes yeux, je l’ai senti dans ton corps… Tout ton être frémit de bonheur Draco et si tu ne t’en rends pas compte, moi si. »

Le blond se tassa un peu plus sur lui, essayant de ne pas pleurer. Harry avait raison, Draco était heureux et ce bien que rien ne soit tout à fait réglé entre Sirius et lui. Il restait encore des murs à briser, des marches à construire et des portes à ouvrir… Il leur restait encore à tous les deux, beaucoup de chemin à faire, mais…

Sirius et lui étaient heureux.

Au fond de leurs cœurs, bien qu’ils sachent que la route allait être longue, ils se sentaient enfin en paix avec eux-mêmes et capable de trouver le bonheur ensemble.

Mais ce constat en amenait un autre beaucoup moins joyeux…

« Tu vas partir hein ? Même si je te dis que j’ai encore besoin de toi tu vas t’en aller… »

« … »

« Je te déteste Potter… »

« … »

« Je te déteste parce que tu me fais subir le pire des sorts… »

« … »

« Te rends-tu comptes de la douleur que cela représente de perdre un être cher deux fois ? Est-ce que tu sais à quel point ça fait mal ? »

« … »

« Quels mensonges faut-il que j’invente pour que tu restes, hein Potter ? »

« … »

« Potter ?... Potter ?... HARRY ! »

Draco se redressa d’un coup, tournant la tête de droite à gauche, cherchant désespérément le fantôme ou ne serais-ce même que la silhouette fantomatique d’Harry, mais en vain.

Il avait disparu. Il était parti…

Définitivement cette fois. Draco pouvait le sentir jusqu’au tréfonds de son âme.

Je ne pouvais pas y rester avant d’avoir accompli ma dernière tâche.

Et il l’avait fait.

Draco avait imaginé plusieurs scénarios lorsque ce moment arriverait… Mais il n’avait pas pensé que… Que ce connard !

Ce sale petit binoclard ! Cet empoté de nid d’oiseaux ! Ce Gryffondor de pacotille ! Ce pouilleux de Potty ! Ce balafré d’emmerdeur ! Ce Saint à la gomme ! Ce… Ce…

Cet idiot de Potter, allait partir dans un mot.

Sans un au revoir.

Sans un adieu.

Et ça faisait mal.

Ça faisait plus mal que la première fois…

Parce que la première fois, il avait réussi à ne pas pleurer.

« Harry… Crétin ! »

SBDMSBDMSBDM

Il ferma les yeux avant de lever son visage vers le ciel et d’apprécier les gouttelettes de pluie qui frappait doucement son visage.

Il se souvenait qu’Harry aimait beaucoup ce temps.

Un ciel gris, une légère averse qui trempe un peu les vêtements et une fine bruine au ras du sol pour appuyer l’ambiance grisâtre. Après une matinée chaude, les fins d’après-midi pluvieuses étaient plus que bienvenues.

Il se souvenait que dans ces circonstances, Harry aimait beaucoup se rendre sur cette petite colline. Car de là, il pouvait voir Poudlard dans son ensemble, et son reflet miroiter dans les eaux calmes du lac. L’air y était plus frais, plus vivifiant et moins lourd.

Remus aussi appréciait cet endroit… James et Lily aussi…

C’était un peu le point de rendez-vous de la famille Potter-Maraudeur…

Cela faisait si longtemps qu’il n’était pas venu… Lui n’aimait pas particulièrement les endroits calmes. À l’époque il préférait les lieux surpeuplés, pleins de garçons et de filles à séduire. Des lieux pleins de vie et d’animation.

Des lieux de débauches Siri, gloussait souvent son meilleur ami à l’époque.

Aujourd’hui, venir ici l’apaisait. Cela lui rappelait nombre de souvenirs heureux et la solitude qu’il éprouvait à cet instant n’était pas pesante, au contraire.

Un craquement de brindilles derrière lui, le fit sourire. Il entendit d’abord des pas légers, puis sentis un parfum un peu sucré, un peu épicé lui chatouiller les narines. Alors il imagina sans peine la personne qui exhalait une telle odeur.

Grand, blond… Des yeux d’une couleur semblable au mercure… Une bouche fine et rose qui maniait aussi bien le sarcasme que l’indécence et la tendresse… Un corps un peu trop fin qui dissimulait néanmoins quelques abdominaux et muscles fermes…

Un homme pour qui son cœur battait la chamade à chaque regard qu’il lui lançait, à chaque sourire qu’il lui offrait…

« Tu es en retard, dit-il sans chercher à cacher son sourire heureux. »

« J’avais quelque chose à finir avant, répondit le blond, tu m’en veux ? »

Sirius attendit qu’il s’asseye à côté de lui, pour lui lancer un regard espiègle. Draco souleva un sourcil interrogateur, auquel un sourire coquin répondit. Bien vite la main de Sirius se posa sur la nuque du blond et il l’attira à lui, pressant leurs lèvres ensemble.

« Non, tu m’as manqué, murmura-t-il. »

Draco sourit, puis posa sa tête au creux de l’épaule de l’animagus. Ses gestes tendres et cette manière de lui ouvrir son cœur était toute récente, et il en profitait autant qu’il le pouvait, sans jamais les repousser.

« Je suis heureux, dit-il au bout d’un moment. »

Il sentit la main de Sirius se crisper un peu sur son épaule, avant de se détendre et de la lui caresser avec douceur.

« Moi aussi… Et cette fois, je ferais tout pour qu’on y arrive ensemble, toi et moi. »

THE END n.n

(1) : Bon Vous l’aurez compris j’ai remplacé le mot « fromage » par « baiser ». La Fontaine doit se retourner dans sa tombe lol, mais bon… Sur le coup j’ai trouvé ça très amusant. Quant à savoir pourquoi j’y ai pensé, ne me demandez pas, je n’en sais rien moi-même n.n… Honnêtement je ne pense pas que la situation entre Draco et Sirius ait vraiment un rapport avec la fable, cependant mon cerveau tordu et très illogique parfois en a décidé ainsi… Et vu qu’il est déjà bien atteint, je n’ai pas voulu l’endommager d’avantage en réfléchissant sur le pourquoi du comment de cette comparaison… n.n’’

Et voilà °v°…

Ici se termine cette petite aventure et… Attendez… - Lis son contrat et marmonne- …Merde, j’avais oublié le lemon… Chiotte ! Bon je fais quoi ? Un épilogue ? … Oh et puis zut ! Personne ne s’en apercevra et puis, je ne peux pas rajouter un lemon maintenant, ça va casser la continuité de mon texte et ça va me faire un chapitre beaucoup trop long et… -Se fige soudain en sentant pointé sur le bout de son nez un bazooka énorme et une machette lui caresser la nuque - Euh… En fait, y’aura un épilogue finalement n.n… -La machette se place sous sa gorge- ET un LEMON, bien entendu… Un BON GROS LEMON !

J’espère que vous serez présent au rendez-vous.

Un petit commentaire pour me faire plaisir ?

Kissouxxxx HK ;)


Return to Top