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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Anime/Manga » Gravitation » Quand tout bascule

Patpat
Author of 22 Stories

Rated: M - French - Drama/Romance - Eiri Y. & Shuichi S. - Reviews: 128 - Updated: 12-18-07 - Published: 12-09-06 - id:3281596

Titre : Quand tout bascule…

Auteur : Patpat.

Bêta-lectrice : Laku-san.

Source : Gravitation.

Genre : Yaoi, Shounen-ai, Darkfic, OOC, UA, Lemons.

Rating : M

Paring : Yuki Eiri / Shindou Shuuichi

Disclaimer : Ces personnages ne sont pas à moi mais à Murakami Maki, divine créatrice de ce super Yaoi ! La petite exception c’est Rikku.

Résumé : Pédophilie ou Amour ? Pourquoi tout est si compliqué entre deux personnes qui s’aiment et pour lesquelles l’âge n’est pas une barrière ? Une histoire qui peut créer la controverse pour ceux qui ne savent pas faire la différence entre amour véritable et crime contre la société…

Notes : Je sais, ça fait un bail que j'ai pas updaté pour cette histoire mais j'ai eu quelques petits problèmes avec ce chapitre... genre j'avais perdu mes notes concernant le premier tiers du chapitre alors il a fallu les chercher parce que j’avais la flemme de tout réécrire. J'avais même peur de les avoir oubliées à Paris et que ma tante ou mon père soient tombés dessus... Bah oui, les pauvres, ils savent pas que leur douce et gentille choupinette écrit du Yaoi, mdr. Mais après moult mésaventures et beaucoup de courage (il en fallait pour motiver mon cerveau à la dérive), voici quand même le chapitre 7. Bonne lecture à tous.

Dialogue en gras.

Chapitre 7 : Rester dans l'ombre.

La journée de dimanche se finit ; par la fenêtre, je peux voir le ciel s'assombrir pour laisser place à la nuit. Après mes retrouvailles la veille au soir avec mon amoureux et nos activités sexuelles du matin même, Shuuichi et moi avons pris une douche avant d'aller dans un bar du quartier pour y déjeuner.

J'ai bien pris conscience que Shuuichi a changé, pas seulement physiquement... il a beaucoup mûri et s'est forgé un sacré caractère. D'une certaine façon, il me rappelle moi à mon retour de New York quand j'ai commencé à traîner avec des gangs. Mais malgré tout, Shuuichi a toujours été un garçon fidèle à ses principes, ainsi il reste auprès de ses amis et de sa sœur, refusant de se laisser influencer par les racailles. En tout cas, même si on dit toujours que la violence ne règle pas les problèmes, et même si je sais que je devrais réprimander mon amant pour ça, je ne peux m'empêcher de me sentir fier en repensant à la façon dont il a assommé ce gars à son lycée... Et la petite Rikku m'a raconté comment il avait collé une droite à Tohma juste après le concert. Même moi, Yuki Eiri, n'aurait pas osé lever la main sur Seguchi.

Tous ces changements chez mon petit-ami me surprennent, pourtant je commence déjà à y prendre goût. L'ancien Shuu-chan, plein de douceur et de tendresse, est encore là et j'en ai eu la démonstration toute la journée par ses caresses, ses sourires, ses regards, ses mots... L'autre facette de sa personnalité est avant tout une apparence qu'il réserve au monde extérieur, comme je l'ai toujours fait moi-même. Je suppose que c'était pour lui le seul moyen de faire face après ma prétendue disparition, mais l'important demeure qu'avec moi, il ne cache pas son cœur. D'ailleurs, moi non plus je n'ai jamais pu jouer la carte de la froideur avec lui... Je l'aime tellement... Alors lui, comment pourrait-il me cacher quoi que ce soit ?

Il est profondément endormi, étendu sur le lit de cette chambre d'hôtel, sa respiration douce et régulière rendant ainsi le silence moins pesant. Et moi je l'observe. Assis dans mon fauteuil, je rumine mes vieilles inquiétudes aujourd'hui dissipées. J'avais si peur de le perdre... Je voulais seulement qu'il soit heureux, avec ou sans moi, au début, ça n'avait pas d'importance... Même si au fond de moi, j'espérais qu'il n'y parviendrait jamais, qu'il serait incapable de m'oublier et de refaire sa vie avec qui que ce soit d'autre que moi. C'était égoïste, je sais. Mais Shuuichi était à moi. Aujourd'hui encore. Et le sera toujours. Et on dirait bien que mes souhaits ont été exaucés.

Quand j'y repense, il occupait continuellement mon esprit pendant ces deux dernières années, du matin où je me levais jusqu'au soir où je m'endormais. Et même là, il n'avait aucune pitié, ne me laissant aucun répit, venant hanter mes rêves. Puis tout a changer, je me souviens encore parfaitement comment et quand... Le 30 Octobre dernier.

XXX XXX XXX

Depuis deux ou trois mois déjà, ma volonté de rester loin de Shuuichi pour son propre bien s'amenuise. Je le sens. Aux dires de Tohma, il est heureux sans moi et ça me fait si mal... Il m'a oublié tandis que moi je ne fais que penser à lui constamment. Je voulais sincèrement qu'il m'oublie et puisqu'il semble y être parvenu, je devrais m'en réjouir. Mais plus le temps passe, plus je voudrais le revoir. Peu importe qu'il ait une petite amie dont il est profondément amoureux parce que Shuuichi est à moi. À moi et à personne d'autre. Il est mien, il me l'a juré. Il doit revenir auprès de moi, pour que tout soit comme avant...

Mais pour revenir sans me faire prendre, il me faudrait un plan et au moins un complice. Tohma devrait pouvoir m'aider. D'ailleurs, c'est ce que je lui ait demandé dans ma dernière lettre envoyée en livraison express il y a trois jours. Sa réponse ne devrait plus tarder, je pense...

Je suis assis à mon bureau, finissant distraitement les corrections du dernier chapitre de mon nouveau roman. Même dans un autre pays et sous un autre nom, je continue à publier mes histoires qui se vendent toujours aussi bien. Je m'inspire principalement de mes regrets, de tout ce que j'aurais aimé pouvoir faire avec Shuuichi si nous avions réussi à quitter le Japon ensemble. Je dois avouer qu'au début, pour m'accrocher à l'idée que renoncer à Shuuichi pour son propre bien était la meilleure chose à faire, je me répétais encore et encore que vivre un amour contrarié et passer sa vie en fuite ne pourrait que lui être négatif. Mais en fin de compte, aussi égoïste que cela puisse paraître - même pour moi - j'ai besoin de lui, et me mentir à moi-même m'empêcherait de vivre heureux.

Malgré ma concentration apparente, en réalité j'attends impatiemment la réponse de Seguchi. Si je me base sur le schéma de nos précédentes correspondances, sa lettre aurait dû arriver hier. Mais, mettons ce retard sur le dos du service postal de Singapour ; elle devrait arriver aujourd'hui. Au même moment, la sonnerie de mon interphone me tire de mes songes. Comme en enfant surexcité, je me précipite pour ouvrir et, moins d'une minute plus tard, un livreur se présente à ma porte. Je signe le bon de réception et, après un bref remerciement, je m'enferme dans mon appartement, avide de connaître le verdict de Tohma.

De toute façon, qu'il accepte ou pas de m'aider, ma décision est prise : je rentre au Japon récupérer Shuuichi et m'enfuis avec lui.

Arrêtons-là le délire ! Je reprends mon sérieux. Aussi calmement que possible - et quand on a les mains qui tremblent, c'est vraiment pas facile - je retourne l'enveloppe pour l'ouvrir. Mais quelque chose attire mon attention. Le nom de l'expéditeur n'est pas le même ! Et il n'y a même pas son adresse !

Usagi Ryuuichi

Usagi ? Lapin ? Et Ryuuichi... comme... Peut-être que... Non ! Impossible ! La seule personne assez stupide pour utiliser un tel pseudonyme serait... Je décachette l'enveloppe, et voici ce que je peux lire :

Cher frangin,

C'est moi, Tatsuha, qui t'écris sous un pseudo inspiré du prénom de mon idole, Sakuma-sama, et du surnom que tu me donnais quand on était petit. Je suppose que tu dois être surpris de recevoir cette lettre de ma part et non de Tohma. Mais je t'en prie, avant de l'appeler pour lui demander une quelconque explication, lit cette lettre en entier.

J'ai réceptionné ton courrier chez NG alors que Tohma et sa secrétaire n'étaient pas là. Je voulais lui éviter de passer à côté d'un courrier sans doute important et d'avoir à aller le récupérer au bureau de poste. Puis j'ai vu le nom de l'expéditeur. Bien joué, le coup du "Elvis Monroe" ! Et puis, j'ai reconnu ton écriture de fille, héhé ! Quoi qu'il en soit, sans y réfléchir à deux fois, j'ai gardé ta lettre pour pouvoir la lire à mon studio.

Je crois qu'à ce stade là, j'ai REELLEMENT envie de buter mon petit frère. Non mais de quoi il se mêle ?! Cette lettre était pour Tohma ! Et maintenant qu'il a découvert que je suis en vie, ce crétin pourrait tout faire rater ! Reprenant mon calme comme je peux, je reprends ma lecture. Peut-être que son cerveau n'est pas si vide qu'il y paraît et que tout n'est pas encore perdu...

J'ai cru avoir un infarctus en lisant tout ça ! Non mais tu te rends compte, Eiri ?! Pendant tout ce temps, Tohma t'a menti... Si tu savais...

Je suis sûr que tu aurais eu envie de rentrer au Japon bien plus tôt si tu connaissais la vérité. J'ignore tous les détails de ce que t'a raconté Tohma mais, d'après ce que j'ai compris de ton courrier, tu ne sais strictement rien de ce qui se passe ici, à Tokyo.

La vie est loin, mais alors très loin d'être rose pour Shuuichi. Il a vraiment changé, il n'est plus le même.

Et là encore, je m'arrête. Mon cœur s'est serré de façon si douce et si douloureuse à la fois dès que mes yeux ont survolé le nom de mon amour... Mais l'instant d'après, lorsque j'ai lu les mots de Tatsuha, ce bonheur qui m'avait submergé se change en inquiétude. "Plus le même" ? Qu'est-ce qu'il veut dire par là ? Qu'est-il arrivé à mon Shuuichi ?

Il est devenu très agressif et froid, parfois même violent. Ton prétendu décès l'a fait se refermer sur lui-même comme une huître si bien qu'aujourd'hui, l'adorable petit Shuu-chan est devenu Shindou Shuuichi, la terreur de du lycée. Il se bat, même contre des gars bien plus balèzes que lui. Et je dois avouer qu'il perd très rarement. Il n'a vraiment pas froid aux yeux, crois-moi. Et puis... personne ne peut le toucher. Je veux dire par là que, même pour nous, ses amis, il est difficile d'atteindre son cœur. Les nombreux camarades qu'il avait avant ont vite renoncé. Il en est aussi venu à détester ses parents du coup, l'ambiance chez lui n'est vraiment pas terrible.

Ne va surtout pas t'imaginer qu'il t'a oublié, comme Tohma semble te l'avoir fait croire, parce que c'est faux. Même mort (tu ne l'es pas mais ça il l'ignore encore) tu continues de faire tourner son monde. Mais le vide que tu as laissé derrière toi le fait parfois perdre les pédales. Maiko, Hiro, ma petite amie Rikku et moi avons souvent très peur pour lui... surtout quand il finit complètement ivre. Il fume aussi, et pas que du tabac si tu vois ce que je veux dire. En fait, je crois... Non, je suis quasiment sûr qu'il se drogue aussi.

Chaque mot est une véritable torture. Est-ce vrai ? Mon petit amour est vraiment aussi mal ? Par ma faute ? Je pensais sincèrement qu'il était heureux. Je voulais y croire, même si c'était douloureux pour moi. Mais en fait, j'étais bien loin de m'imaginer à quel point lui il souffre. Kami-sama... Qu'est-ce que j'ai fait ?

Comme je te l'ai dit, la vie n'est vraiment pas brillante pour lui. Mais autant il peut avoir un comportement auto-destructeur, autant il peut parfois se montrer déterminé à s'en sortir. Il essaye de combler le vide en lui en chantant. Il y met vraiment toutes ses forces et nous, on fait notre mieux pour le soutenir dans cette voie. Mais quand il est au plus mal et qu'il n'a même plus la volonté de sortir de son lit, alors le peu de choses positives qui le maintiennent à flots ne suffisent plus et il se laisse délibérément sombrer. Je crois que, d'une certaine façon, il en a assez de se battre. En fait, j'ai vraiment peur qu'il fasse un bêtise. Maiko fait ce qu'elle peut pour constamment garder un oeil sur lui mais c'est pas évident. Surtout quand ses parents pensent agir pour son bien et insistent pour lui faire voir un psy, pour le mettre en institut spécialisé ou ce genre de truc. Franchement, depuis le temps, j'avais pensé qu'ils auraient compris qu'essayer d'imposer ce genre de truc à Shuuichi ne faisait qu'empirer la situation.

Si seulement tu pouvais t'imaginer ne serait-ce qu'un instant combien il souffre. Comment t'as pu le laisser tout seul ? L'abandonner comme ça ? Qu'est-ce qui t'es passé par la tête ? Je pensais qu'il était ta raison de vivre... Comment as-tu pu croire un seul instant qu'il pouvait être heureux avec quelqu'un d'autre que toi, et qu'il t'avait oublié dans les bras d'une fille ? Je ne sais pas ce que tu comptes faire maintenant que tu connais la vérité. Tu as beau être mon frère mais, il faut que tu saches que si tu n'as pas l'intention de prendre soin de Shuuichi, alors ce n'est même pas la peine de me répondre. Tu es parti, et maintenant c'est lui que j'ai envie de protéger. Je ne veux pas le faire souffrir inutilement en lui offrant de faux espoirs...

Dans ton courrier pour Tohma, tu disais vouloir revoir Shuu... Est-ce que c'est toujours le cas maintenant que je t'ai tout dit ? Je sais qu'il y aura du travail mais sois certain d'une chose : son cœur t'appartient encore. J'espère que tu prendras vite une décision. Je ne dirais rien à Shuuichi. Ce sera à toi de le faire.

Si tu veux me répondre, je te donne ma nouvelle adresse - comme tu as dû le comprendre, je me suis fait émanciper, j'en avais marre du vieux, de Mika et de Seguchi ! Du coup, j'habite tout seul dans mon propre studio. Utilise le pseudo de Kitade Takako, comme ça je saurais que c'est toi. Je te laisse aussi mon numéro de portable en cas de problème.

Ton petit frère, Tatsuha.

Après de telles révélations, comment peut-il encore croire que je vais abandonner Shuuichi... une fois de plus ? Au contraire, j'ai encore plus envie de le revoir, de le serrer contre moi. Je prie seulement qu'il ne soit pas trop tard. Certes, son cœur m'appartient encore mais, la haine étant si proche de l'amour, j'espère du plus profond de moi-même qu'il ne me déteste pas. Après tout, c'est de ma faute. C'est à cause de moi qu'il traverse toutes ces épreuves...

Ni une, ni deux, je me dirige vers mon téléphone et j'appelle Tatsuha au numéro qu'il m'a laissé. Avec le décalage horaire, il doit en être à sa pause de midi... Tant pis, je dois le contacter maintenant. Je dois entendre tout ça de sa bouche. Comment ai-je pu être assez stupide pour me laisser bercer par les douces illusions que me montrait Tohma ? Pourquoi ai-je accepté de lui faire confiance ? Je désirai tellement que tout ceci soit vrai, que Shuuichi aille bien et soit heureux, même si ça devait me briser le cœur, que je prenais pour acquis tout ce qu'il me disait.

XXX XXX XXX

Après ce coup de téléphone, après avoir entendu chaque mot prononcé par la voix de mon frère, me répétant en détails les mésaventures de mon amant depuis ma prétendue disparition, ma détermination pour rentrer au Japon et le retrouver n'en est ressortie que plus grande et plus forte. Aussitôt, Tatsuha et moi avons commencé à préparer les choses pour que je réapparaisse en douceur auprès de Shuuichi. Ca va être dur, c'est sûr, mais c'est ce que je veux. Et j'obtiens toujours ce que je veux. Ca fait près de deux mois et demi qu'on est sur ce plan, j'ai même dû faire appel à une vieille "connaissance" qui a le pouvoir et l'argent pour financer ce plan et m'obtenir de faux papiers d'identité et un visa pour le Japon. Avoir un physique d'occidental ne m'avait jamais autant été utile qu'aujourd'hui : mon nom sur ces papiers qui semblaient plus vrais que nature était William Wood. Quel nom affreux. Mais bon, on ne va pas se plaindre... Le plus important, c'est que ce plan soit parfait, et pour l'instant, il l'est.

La date de mon retour à Tokyo a été fixée à dans vingt jours, le 4 Février. Et je crois que je n'ai jamais été aussi nerveux, anxieux et pressé à l'approche d'une date de toute ma vie. Tout a été réglé comme sur du papier à musique alors je n'ai aucun soucis à me faire... Pourtant, ce soir je n'arrive pas à fermer l’œil. C'est comme si... comme si quelque chose m'en empêchait. Je sais que je suis anxieux mais ce n'est certainement pas ça qui va m'empêcher de dormir !

La sonnerie du téléphone retentit et mon cœur bondit. Non pas de joie, mais de peur. Lentement, la crainte m'envahit. Quelque chose ne va pas, j'en suis persuadé. Et le fait que je reçoive un appel à 2 heures du matin passé n'est pas pour me rassurer. Je me lève et vais répondre.

Moshi moshi ?

Eiri ?

Je reconnais aussitôt l'écho de ma propre voix à l'autre bout du fil comme étant celle de mon petit frère. Pourquoi m'appelle-t-il si tôt ? Sachant qu'il y a quatre heures de décalage horaire entre Tokyo et Singapour, il devrait savoir que si là-bas il est 6 heures du matin, ici on est au plein milieu de la nuit.

Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu m'appelles à cette heure-ci ? demande-je, tentant de masquer tant bien que mal mon inquiétude.

Je viens de recevoir un appel de Maiko. Il y a quelques heures, ils ont emmené Shuuichi à l'hôpital, me répondit-il, sa voix paniquée soulignant la gravité de la situation.

Co-Comment ça ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Il... Il... Hier soir, c'était l'anniversaire de ta mort alors il s'est saoulé et... Il... Il en est venu à se taillader les veines. Maiko l'a trouvé aussitôt et ils ont tout de suite appelé une ambulance. Il a perdu beaucoup de sang et avec tout ce qu'il avait dans le corps - ses parents ont trouvé de la cocaïne, de l'extasie et de la marijuana dans sa chambre - les médecins semblent assez pessimistes... Ils ont dit à sa famille qu'il resterait inconscient pendant encore un bon moment. Ils... Ils ont eu peur de ne pas pouvoir le sauver. Il vient tout juste de sortir des soins intensifs.

La nouvelle me laisse sans voix. Le silence de l'appartement, et celui de mon frère à l'autre bout du fil me semblent sans fin. Des larmes commencent à rouler le long de mes joues. D'abord quelques unes, puis de plus en plus nombreuses. La peur et la douleur me paralysent. Je crois que j'ai sous-estimé ton malaise, Shuuichi. Tatsuha m'avait pourtant prévenu. Et tu as manqué mourir alors que nous sommes si près de nous retrouver ! Tu as intérêt à rester en vie Shuuichi !

Je prends le prochain avion, parviens-je à articuler avant de raccrocher.

Pendant quelques instants, un vertige s'empare de moi. La tête me tourne. Tout a failli m'échapper ; TU as failli m'échapper, Shuu-chan. Et tu n'es pas encore tiré d'affaire. Tu es resté en vie jusqu'à maintenant alors tu dois continuer. Je te promets de ne plus jamais t'abandonner si toi tu ne m'abandonne pas définitivement ce soir.

Le temps m'est compté, je dois retourner auprès de lui le plus tôt possible. Je contacte donc l'aéroport pour changer la date de mon billet. Heureusement que mon contact en Amérique venait de me faire parvenir les faux papiers d'identité pour Shuuichi et moi : visa, passeport, carte d'identité, permis de conduire... et même une carte de bibliothèque. Je dois quand même l'appeler pour lui dire ce qu'il s'est passé. Le plan ayant changé, les derniers détails devront être réglés le plus tôt possible. Il faut que Shuuichi et lui puisse quitter le Japon à tout moment, sans laisser la moindre trace derrière eux.

Moins de douze heures plus tard, me voilà à Tokyo. Tatsuha est venu me chercher à l'aéroport pour me conduire à l'hôpital où se trouve Shuuichi pour que je puisse être à son chevet. Arrivé à l'hôpital, je mets mes lunettes ; coiffé et habillé comme je le suis, on dirait un homme d'affaire, peut-être même un gangster. J'aime pas trop ce style de vêtement mais si ça peut m'aider à passer inaperçu alors pourquoi pas ? Devant la chambre, je m'apprête à entrer mais au dernier moment, j'entends un sanglot. Puis une voix féminine qui n'est certainement pas celle de Maiko qui marmonne :

Kami-sama, faites qu'il se réveille vite. Je n'en peux plus de m'inquiéter autant. J'ai le cœur qui va lâcher.

Calme-toi, Nanri, fait une voix bien grave et masculine, sans doute celle de Suzuki Aku répondant à sa femme. Shuuichi est une tête de mule, il va se réveiller bientôt, j'en suis sûr.

J'ai tellement honte... On n'a jamais rien réussi avec lui. Que penseraient Seichiro et Hikari s'ils voyaient ça ?

Ils se retourneraient dans leur tombe en voyant ce qu'est devenu leur fils, ça c'est sûr. Non mais vraiment ! Prendre de la drogue, et garder sous notre toit ! Heureusement que l'inspecteur de police a été compréhensif. C'était l'un de ceux qui se sont chargés de l'enquête y'a deux ans alors il était au courant du passé de Shuuichi. De quoi on aurait eu l'air sinon ?!

C'est vraiment tout ce qui vous importe ? Shuuichi est inconscient, il y a une chance sur quatre pour qu'il y reste, et tout ce qui vous préoccupe c'est ce qu'auraient pensé les gens en découvrant que votre fils adoptif se drogue ?! Vraiment, je comprends pourquoi Shuuichi avait envie d'en finir. Vous êtes vraiment nuls comme parents ! s'exclame Maiko, sur un ton accusateur.

Ca suffit Maiko ! lui dit Nanri. On est dans un hôpital, gardons ça pour la maison.

Oui, attendons que Shuuichi soit réveillé pour régler ce problème, approuve Aku.

A sa place, ça me donnerait vraiment pas envie de me réveiller, fait remarquer la petite sœur de mon adoré.

Si ses parents sont là, on va devoir repasser plus tard, me murmure Tatsuha.

Non, sans blague ?! rétorque-je, énervé au plus haut point.

Non seulement la présence du père de Shuuichi m'empêche de voir mon amant, mais en plus cette enflure médit sur lui ! Il me faut vraiment toute ma force et ma volonté pour me retenir d'entrer dans la chambre et de lui refaire le portait façon Picasso. Mais cette petite Maiko a du mordant, alors je me dis qu'au moins quelqu'un a fermé le claque-merde de ce bon à rien incapable de prendre soin de ses enfants comme le faut. Je ne sais presque rien des vrais parents de Shuuichi mais, d'après le peu qu'il m'en a raconté, je suis sûr qu'il se retourneraient dans leur tombe, mais plus par la faute des Suzuki que par les erreurs de leur fils.

Finalement, Tatsuha et moi partons. Il a remarqué combien les paroles du père Suzuki m'ont mis en rogne alors il ne dit rien. C'est bien assez, je dois déjà prendre mon mal en patience et attendre que la chambre soit vide pour pouvoir rendre visite à celui que j'aime. Pendant les trois jours qui ont suivi, je devais attendre mon heure près de sa porte car sa famille semblait être là 24 heures sur 24.

Au bout du compte, Tatsuha y est allé avec sa petite amie Rikku, et Hiro, et à eux trois ils sont parvenus à convaincre la petite famille de prendre un peu de repos, de faire une balade et prendre l'air ou encore de descendre à la cafétéria pour grignoter. J'ai attendu ce moment si longtemps que lorsque la chambre est enfin déserte, je m'y précipite presque. Et là, je l'y découvre au plus mal, des perfusions dans chacun de ses bras et des bandages autour de ses poignets fraîchement suturés... Il a le teint si pâle, il me semble si faible... Je suis tellement préoccupé par son état que je ne fais pas cas de son changement physique. Tout ce que je vois c'est lui. Mon petit ange...

Je voudrais te prendre dans mes bras et te serrer de toutes mes forces, de la manière que tu l'avais fait il y a deux ans, le jour où j'ai reçu cette balle pour te protéger. Mais j'hésite à te toucher, j'ai peur de te briser. Shuuichi...

Je t'aime... souffle-je tout bas, penché sur toi, mon visage à moins d'une dizaine de centimètres du tien.

Je caresse du bout des doigts les mèches devenues noir ébène qui tombent délicatement sur ton front. Je constate l'espace d'une fraction de seconde que le noir ne te va pas si mal, même si je regrette le fuchsia d'avant. Tatsuha m'avait envoyé des photos de toi quand j'étais encore à Singapour mais tu es tellement plus beau maintenant que je te vois, maintenant que je suis tout près de toi... Même malade, tu garde tu restes adorable, surtout quand tu es endormi.

Si tu étais mort en te tailladant les veines, qu'aurais-je fait ? J'ai déjà vécu dans l'idée de ne plus te revoir mais, maintenant que je veux désespérément revenir près de toi, tu ne vas pas me laisser, n'est-ce pas ? Je sais que c'est égoïste de penser comme ça. Je ne vois que le mal que je pourrais endurer par ta perte sans même faire attention aux souffrance que je t'ai fait subir pendant ces deux dernières années par mon absence. Je crois... Non, je sais que je n'aurais jamais pu survivre aussi longtemps comme tu l'as fait. Alors je n'aurais pas eu d'autre choix que de me tuer aussi pour te rejoindre, où que tu sois. Et quand bien-même il n'y a pas de vie après la mort, au moins, je n'aurais pas souffert, je n'aurais pas eu à te pleurer toute ma vie. Je comprends maintenant, mieux que personne ne le pourra sans doute, pourquoi tu as voulu te tuer l'autre soir... Tout ça, c'est de ma faute. C'est à cause de moi que tu es tombé amoureux, c'est à cause de moi que nous avons été séparé et c'est à cause de moi que tu voulais partir...

Après ce long monologue, je reprends doucement mon souffle, tentant tant bien que mal de réprimer les larmes prisonnières derrières mes paupières et les sanglots bloqués dans ma gorge. Puis...

Shuu, je suis désolé... Je suis désolé de t'avoir abandonné. J'étais persuadé que tu m'oublierais, que tu avancerais...

J'en tremble tellement la douleur me déchire. Finalement, les larmes m'échappent. Tohma savait tout mais il m'avait menti. Lui aussi avait fait une promesse, celle de veiller sur Shuuichi pour moi. Mais à cause de lui et de ses mensonges, j'ai failli le perdre. Une chance que Maiko l'ait trouvé si vite...

Mais je me suis trompé. C'est de ma faute si tu es dans cet état. Je me suis sacrifié pour te sauver, j'ai disparu pour te protéger et je n'ai réussi qu'à te perdre...

Je prends sa main dans la mienne, la serrant avec fermeté mais douceur. Je voudrais te prendre dans mes bras tout entier mais j'ai si peur... Peur que tu me repousses. Peur que tu me détestes. Je souhaiterais tant que tu ouvres les yeux, Shuuichi, et que tu me souries. Je voudrais entendre ta voix me dire "Je t'aime Eiri, je te pardonne. J'irai n'importe où avec toi"... Je voudrais tant de chose pour nous deux mais je sais que tant que je n'aurais pas retrouvé ma place auprès de toi, rien ne sera possible.

Tu ne seras plus seul, Shuuichi. En attendant, reste en vie et chante. Chante pour moi.

Ta jolie voix me manque... J'aimais me réveiller au son de tes chansons...

Mais alors que les larmes commencent à se tarir, j'entends quelqu'un taper à la porte. Trois coups, suivi d'un quatrième, espacé des autres. Tatsuha et moi avions convenu de ce code pour qu'il puisse m'avertir quand les parents étaient de pour revenir à la chambre de Shuuichi. Mon cœur se serre, je voudrais rester plus longtemps... Mais on se reverra bientôt en attendant, tu dois faire comme je t'ai dit : tu dois rester en vie et chanter, puisque ça te rend heureux.

Ai shiteiru, Shuu-chan, murmure-je avant de lâcher sa main pour quitter aussitôt la pièce.

XXX XXX XXX

Tu es finalement sorti de l'hôpital au bout d'une semaine... J'avais demandé à Tatsuha de s'arranger pour que tu ne sois jamais seul un seul instant, que l'occasion de faire une nouvelle tentative de suicide ne te sois jamais offerte. Je pense qu'il a dû dire aux autres qu'il avait peur que tu profites la moindre minute de solitude pour remettre ça. En tout cas, il m'a dit que, même de nuit, il y avait toujours quelqu'un dans ta chambre. Je ne sais pas trop comment ça se passe maintenant que tu es rentré chez toi, j'espère juste que ta petite sœur continue à veiller sur toi.

Pour ma part, je m'inquiète tellement que je ne peux pas m'empêcher de te suivre, de t'observer même de loin. Je veux te voir. Rester toute la journée dans ma chambre d'hôtel que Tatsuha me donne de tes nouvelles est tout bonnement insupportable. C'est pour ça que je suis là, derrière ton lycée, à t'observer au travers de la grille de la grande cours, à l'ombre d'un grand arbre. Tu es assis sur le gazon, Maiko, Hiro, Rikku et Tatsuha avec toi. Et tu fumes... D'accord, mon frangin m'avait déjà mis au courant mais, je dois admettre que c'est assez surprenant de te voir la cigarette au bec. J'ai toujours gardé de toi l'image d'une adorable petite créature innocente et naïve, mais maintenant, tu ressembles davantage à un sale gosse, un bad boy. Ca te va bien, sauf que je préfère l'autre Shuuichi, le doux et adorable petit koala.

Je t'observe attentivement. De là, je suis quasiment sûr que tu ne peux pas me voir, du moins pas suffisamment bien pour détailler mon visage. Il n'est pas encore temps pour toi de savoir que je suis revenu. Bientôt... Promis.

La cloche sonne, tu vas rentrer en classe et je ne pourrais pas te voir avant plusieurs heures au moins. J'espère juste que tu passeras une bonne journée. J'écrase la cigarette que j'avais moi-même aux lèvres et m'apprête à retourner à ma voiture de location pour rentrer à mon hôtel. Mais mon regard croise le tien. Du moins, je te vois regarder dans ma direction. Tu scrutes les ombres, essayant de me voir. Ne t'approches pas, Shuuichi. Ce n'est pas encore l'heure.

Pourtant, je ne pas bouger. Je ne peux pas partir. D'abord parce que si tu me voyais partir, ça attirerait ton attention et tu serais bien capable de me courir après, quitte à sécher les cours. Et aussi parce que je n'arrive pas à détacher mon regard du tien. Tu es loin, mais j'arrive à voir les détails de ton visage : toujours aussi beau. Et puis, il y a le piercing à l'arcade, un autre au nez, et tes oreilles serties d'anneaux et autres bijoux. Je sais de Tatsuha que tu en as d'autres sur le corps mais ce p'tit con a refusé de me dire où.

Je te vois t'approcher, lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Et mon cœur s'emballe. Mais tu te fais arrêter en cours de route. J'admets que même moi, j'étais trop occupé à te fixer pour voir débarquer cette andouille qui t'a bousculé. Je le vois te parler. J'ignore ce qu'il te dit mais à en juger par ton expression froide et ton regard acéré, tu n'as pas l'air très content. Etrangement, te voir dans cet état ma rappelle... moi. Tu réponds à ce qui semble être une provocation et je peux constater que tu fais un effort monumental pour conserver ton sang froid. Tu essayes de laisser ce crétin pour ce qu'il est mais il te bloque le passage. L'échange dure encore quelques secondes avant que finalement, tu ne lâches ta colère.

Je ne me serais jamais attendu à ça de ta part : un coup de poing fulgurant dans la figure de ce mec. Quand Tatsuha disait que tu étais bagarre, il ne mâchait pas ses mots.

URUSEI ! Je t'interdis de parler de ce dont tu ne sais rien ! Tu ne me connais pas alors ramène pas ta gueule, sale con ! Tu peux pas me foutre la paix ? Non, il faut que tu viennes me faire chier ! Encore ! Et encore ! t'exclames-tu si fort que je peux t'entendre même de là où je suis, ponctuant chacun de tes mots par d'autres coups.

Kami-sama... Mais que t'est-il arrivé ? Où est passé mon petit Shuuichi ? "Il y aura du travail" m'avait dit mon frère et c'est vrai qu'il me faudra de la patience et beaucoup d'efforts pour briser cette carapace de colère que tu t'es forgée. Je veux que mon petit Shuu-chan n'ait plus peur du monde extérieur. Je te protègerai. Mais pour l'instant, je dois rester dans l'ombre, encore quelques temps... Alors je profite de ton inattention pour partir.

XXX XXX XXX

On est jeudi soir et j'attends Tatsuha chez lui. Il m'a donné un double des clés en cas de nécessité. On doit encore discuter de quelques détails en ce qui concerne leur concert de samedi soir ; LE grand soir. Je vais enfin pouvoir le revoir, le prendre dans mes bras, l'embrasser et lui dire que je l'aime... Enfin, s'il veut encore de moi...

Tatsu doit rentrer tard ce soir car il m'a dit qu'après la dernière séance d'enregistrement pour leur CD, Shuuichi, leurs amis et lui iraient dans un bar-restaurant pour fêter l'évènement. Je suis assis sur son canapé. C'est un studio fort sympathique qu'il s'est trouvé mon frangin, je dois bien l'admettre. Petit, comme tous les studios, mais c'est amplement suffisant pour lui seul. Il y a son ordinateur sur un bureau, sa télé avec ses consoles de jeux sur un meuble, une commode avec ses vêtements, un portemanteau, une étagère avec des livres, des mangas et quelques CD, une petite kitchenette séparée du salon par un comptoir le long duquel il a mis des chaises de bar et une salle d'eau séparée. C'est spartiate mais je sais que, pour avoir grandi dans un temple, il n'a besoin de rien d'autre.

Finalement, quelques cigarettes plus tard, je l'entends tourner la clé dans la serrure. Il rentre dans l'appartement, retire ses chaussures à l'entrée et me rejoint avec un large sourire aux lèvres.

Désolé de rentrer si tard, aniki, mais on s'est tellement bien amusé qu'on a pas vu le temps passer. Tu aurais dû voir Shuuichi aujourd'hui : non seulement il s'est donné à fond pour l'enregistrement mais en plus il avait l'air de passer du bon temps tout à l'heure, avec nous.

Entendre ça me réchauffe le cœur et me rend jaloux à la fois. C'est dans ce genre de situation que je me rends compte de tout ce que j'ai manqué de la vie de Shuuichi ces deux dernières années. Mais ça va bientôt changer.

Les filles sont allées chez Rikku en taxi, Hiro et moi on a ramené Shuuichi en moto, puis il m'a raccompagné jusqu'ici. C'est sympa de faire de la moto tous les deux : ce crétin conduit super bien !

Baka, marmonne-je. Bon, commençons, que je puisse rentrer dormir à mon hôtel.

Au pire, s'il est vraiment trop tard, tu peux rester ici, me propose mon frère.

Ah oui ? Et je dors où ? Dans ta baignoire ?

Mais non, y'a assez de place pour nous deux sur le canapé une fois qu'il est déplié. Et au pire, tu peux dormir par terre ; j'ai un futon dans le placard.

C'est moi l'invité. Si l'un de nous deux doit dormir par terre, c'est toi.

T'es pas un invité, t'es mon frère, se moque Tatsuha en me balançant son écharpe à la tronche.

Fais gaffe ou je te plie en six et je fourre dans un des tiroirs de ta commande !

La menace le fait rire, évidemment. Et je laisse moi aussi un petit sourire apparaître sur mes lèvres. Il va dans la cuisine et de là où je suis, je peux le voir mettre la bouilloire en route - sûrement pour préparer du thé - et sortir deux tasses. Il revient dans le salon, ôte son blouson qu'il accroche au portemanteau et s'apprête à s'asseoir avec moi quand l'interphone sonne. Je le vois froncer les sourcils.

T'attendais quelqu'un à cette heure-ci ? demande-je, la réponse pourtant évidente.

Non. Personne ne vient ici à part Rikku et Mika. La première est avec Maiko pour la soirée, pour préparer le concert de samedi et la deuxième, elle ne passe que le samedi pour m'emmener faire du shopping et soulager sa conscience de mauvaise sœur.

Il se dirige vers l'interphone et décroche.

Dare ? demande-t-il sur un ton abrupte.

Son expression curieuse se transforme inquiétude, presque en panique. Il appuie sur le bouton d'ouverture de la porte et raccroche avant de se tourner vers moi.

C'est Maiko, Hiro et Rikku. Et ils avaient une drôle de voix... Faut que tu te caches et vite ! Ils seront là dans quelques secondes !

J'ai à peine le temps de me lever que déjà il me pousse dans la salle de bain.

Matte ! Tats--

Mais il me claque la porte au nez. Cet idiot ! Il a oublié qu'il y a mon manteau accroché à l'entrée, de même que mes chaussures près de la porte... Le problème c'est que si je l'appelle maintenant, les autres risquent de m'entendre. Tatsuha aura peut-être remarqué mes affaires et les aura cachées... Peut-être.

Salut vous trois, qu'est-ce que vous là si tard ? s'exclame-t-il, feignant la surprise.

Abruti ! Il surjoue tellement que ça s'entend qu'il se force. C'est évident qu'il a quelque chose à cacher.

En fait, Rikku et moi on voulait te parler de quelque chose d'important et on a croisé Hiro alors qu'il allait partir d'ici, explique Maiko.

Je les entends se diriger vers le salon.

Du coup, vous voilà tous les trois... en déduit Tatsuha.

Rien ne t'échappe, gronde Hiro, visiblement énervé.

Qu'est-ce qu'il y a, vieux ? demande mon frère.

Dis-moi, Tat-chan, l'appelle la voix de Rikku qui me semble venir de la cuisine. Tu peux m'expliquer pourquoi tu as sorti deux tasses et non pas une seule pour le thé que tu as mis à chauffer ?

Euh... Je... J'avais besoin d'une tasse supplémentaire pour mettre du lait dedans.

Pourquoi ne pas utiliser le pot à lait dans ce cas ? fait remarquer sa petite amie, décidément très perspicace.

Parce que je voulais le boire à part.

Pendant un instant, le silence s'impose. Puis Hiro demande à son tour :

Et les chaussure de luxe dans ton entrée ? La taille est trop grande pour toi.

Je me suis trompé de taille, invente Tatsu. J'allais les ramener au magasin.

Elles ont été utilisées et plus d'une fois. Je doute qu'ils te les échangent ou qu'ils te les remboursent tu sais.

Il y a quelqu'un avec toi ? interroge Maiko.

Non, pas du tout. Pourquoi il y aurait quelqu'un chez moi, à cette heure-ci ? réplique mon cadet.

Y'a intérêt pour ta poire que ce ne soit pas un de tes amants Tatsuha ou je peux t'assurer que je les arrache à la petite cuillère ! le menace Rikku.

Aucun doute sur ce qu'elle veut arracher... Heureusement pour mon frère que je ne suis pas son amant ou je suis sûr que cette fille serait bien capable de le castrer pour de bon.

Puisqu'il n'y a personne, ça ne te fais rien si je vais faire un petit tour aux toilettes. J'ai une envie pressante... fait la sœur de Shuuichi, l'air de rien.

Non ! Surtout pas !

Tiens donc ? Et pourquoi ? Tu caches ton amant dans la salle d'eau ? l'accuse Hiro, un brin moqueur.

Je crois que je vais abréger ses souffrances. De toute façon, ça ne sert à rien de me cacher plus longtemps et puis, je n'ai aucun moyen de m'éclipser discrètement. Et peut-être bien que les avoir dans la confession pourrait nous être utile... J'ouvre donc la porte de la salle de bain. Maiko est juste devant moi, et me fixe de ses grands yeux indigo. Les deux autres aussi semblent abasourdis.

Ca alors... C'est Yuki Eiri... pour de vrai... marmonne Rikku pour elle-même. J'aurais presque souhaité avoir photographié un fantôme, j'aurais pu devenir riche avec cette photo !

Quelle photo ? s'enquiers mon benjamin.

Une de celles que j'ai pris lundi dans la cours.

Hiro, lui, avance vers moi d'un pas décidé et se met entre Maiko et moi, me toisant d'un regard dur et mauvais.

Qu'est-ce que tu fous là ? Comment ça se fait que t'es encore en vie ? Pourquoi... Pourquoi t'es pas revenu plus tôt ?!

Je crois que je vous dois une petite explication, réponds-je.

C'est le moins qu'on puisse dire, me lance la petite Shindou. Et toi aussi Tatsuha. Puisque tu nous as caché son retour, tu vas devoir nous dire ce que vous manigancez tous les deux dans le dos de mon frère.

En parlant de Shuuichi, dit Tatsu. Vous ne lui avez rien dit, n'est-ce pas ?

Non, pourquoi ? demande Hiroshi.

XXX XXX XXX

Le soir du concert est enfin arrivé. Je suis derrière la scène, près de l'entrée des coulisses. J'aurais préféré être dans la salle pour pouvoir profiter pleinement du show mais je ne veux pas prendre le risque que tu me reconnaisses tout de suite. Te connaissant, tu serais bien capable de me repérer dans la foule, malgré la masse de monde et les lumières aveuglantes des spots.

Le spectacle commence et tu enchaînes chanson après chanson avec toujours la même énergie. Sur scène, tu es différent. Comme en transe. Le méchant Shuuichi disparaît et fait place à l'ancien. Tu redeviens comme avant, tu souris, tes yeux brillent de joie - une joie éphémère certes, mais au moins tu sembles heureux.

Quatre vingt minutes plus tard, à la fin du concert, je me dépêche de rejoindre la loge qui vous est réservée. Je dois t'y attendre, avec un bouquet de tournesols. Une fois dans la pièce, je me mets derrière la porte. Rikku, Maiko, Hiro et Tatsu vont se t'y accompagner, mais ils te laisseront entrer seuls et nous pourrons enfin discuter. Je veux savoir si tu m'aimes encore, si tu veux me reprendre auprès de toi. Je veux reprendre ma place. Je veux t'entendre me dire ces mots, ces trois petits mots qui, sortis de ta bouche, sonnent comme une mélodie.

Au bout de quelques minutes d'attente, je vous entends arriver tous les cinq dans le long couloir, papotant tranquillement, échangeant vos impressions sur le concert. Je peux entendre ta voix... Bien que plus grave, elle demeure douce et magnifique... Puis une nouvelle voix s'ajoute au lot, une voix que je connais parfaitement. Celle de Seguchi Tohma.

Que fait-il là ? C'était absolument pas prévu ! Cet enfoiré pourrait tout aussi bien faire tout rater et ça c'est hors de question ! J'ai attendu bien trop longtemps ! Attends une seconde... il t'offre de rejoindre NG ? En entendant sa proposition, mon cœur se serre. Devenir musicien professionnel a toujours été ton rêve Shuuichi. Je sais que si tu acceptes maintenant, alors mes chances de te récupérer s'amenuiseront... Pitié, refuse. Je sais que rien ne te ferait plus plaisir que d'être signé par un label aussi prestigieux que celui de Seguchi mais... Si tu savais qu'il est le principal responsable de nos malheurs... S'il te plait ! Tatsuha a dit non ?! Excellent ! Shuuichi, pour une fois dans ta vie, écoute ce que mon idiot de frère !

A vrai dire, ma réponse aurait été la même Seguchi-san, réponds-tu.

Génial ! Shuuichi, maintenant, tu te débarrasses de lui et tu entres dans cette maudite loge, que je puisse t'embrasser et te serrer dans mes bras !

Je vous fais une offre que vous ne pouvez pas refuser. Je vous assure que le contrat vous accordera bien plus d'avantages que n'importe quelle maison de disques n'en donnerait à un groupe débutant comme le votre, ajoute Seguchi.

La ferme, bordel ! Casse-toi ! Tu nous a pas fait assez de mal comme ça ?!

Je peux refuser, et c'est que je fais, réplique mon Shuuichi.

J'ai compris les messages à peine cachés dans les textes de chacune de vos chansons. Vous êtes incapable de l'oublier et c'est ce qui vous a conduit à l'hôpital. Travailler à plein temps vous occuperait et vous offrirait un substitut à ce que vous avez perdu.

Mes poings se serrent. Comme si je ne savais pas déjà que je suis moi aussi responsable de ce qui est arrivé à Shuuichi ! Je sais que chanter lui fait du bien mais... Kami-sama, faites qu'il refuse. Je pourrais lui apporter tellement plus... Je VEUX lui apporter beaucoup plus que ce qu'il a jamais eu.

Quand je dis "non", c'est "non". Apprenez donc à prendre un refus pour ce qu'il est. Je suis conscient que ça n'a pas dû vous arriver souvent de voir une de vos offres rejetée mais en ce qui nous concerne, on ne veut pas être produit par NG ni par aucune grosse boîte. Alors pas la peine d'insister.

C'est bien, maintenant, Seguchi a peut-être fini par comprendre le message. La porte s'entrouvre. Non, non, mauvaise idée ! Tant que Tohma est dans les parages, n'ouvre pas ! S'il me voit, tout est foutu !

Shindou-kun ! Vous devez arrêter de vous torturer de la sorte ! C'est à l'hôpital que vous ont mené les souvenirs auquel vous refusez de renoncer. Vous alliez mourir par SA faute si votre sœur ne vous avez pas trouvé baignant dans votre propre sang !

Je vais buter ce salaud ! C'est par SA faute que je n'étais pas à ses côtés pour l'empêcher de se tailler les veines ! Il a encore le culot de m'accuser alors qu'il était censé être mon ami, qu'il était censé protéger Shuuichi pour moi. IL a laissé tout ça en arriver là ! Je vais sortir et finir ce fumier !!!

Mais j'entends un bruit mate, comme un coup... Qui a frappé qui ?

Hiro et toi, prenez mes affaires. Je vais faire un tour et je ne rentre pas à la maison ce soir. En fait j'y retourne pas du week-end. Les cons, j'en ai trop vu pour ce soir. Pas la peine que je me tape ces abrutis finis que nous servent de parents en plus, dit Shuuichi.

Et j'entends ses pas s'éloigner...

XXX XXX XXX

Finalement je suis là, à te regarder dormir paisiblement. La nuit est tombé maintenant. Demain, c'est lundi, tu vas partir pour aller au lycée, comme si de rien était. Toi et moi, on en a discuté aujourd'hui : tu sais quoi faire, comment agir... Tu as un rôle à tenir, pendant quelques semaines encore, avant qu'on parte tous les deux. Tout est prêt pour nous : une vie meilleure, ensemble, loin d'ici, loin de toutes ces personnes qui se sont mises en travers de notre chemin. Bientôt, plus rien ne pourra nous empêcher de mener la vie qu'on a toujours voulu avoir, ensemble.

En devra se cacher et parfois fuir encore. Mais on a des amis : ta petite sœur Maiko, mon frère Tatsuha, Hiroshi et Rikku... puis mon contact en Amérique. Ce sera difficile pour toi qui aime briller de rester dans l'ombre mais, le plus important c'est que tu brilles pour moi. Mon petit soleil.

XXX XXX XXX

Notes : Wahahahaha ! Cinq mois ! Cinq longs mois depuis le dernier chapitre ! Oh mon Dieu, pitié chers lecteurs ! Ne me tuez pas ! En fait, j'ai beaucoup avancé dans la fic, j'en suis au plan du neuvième chapitre. Sachant qu'il y en aura environ douze, c'est quand même pas mal. Et sachez que j'ai écrit les deux tiers restant de ce chapitre 7 en seulement quatre heures, rien qu'en me basant sur mon plan ! Je me suis dit "Motive-toi, Patou ! Tu ne peux décemment pas laisser tes lecteurs dans le désarroi le plus total !" Et voilà le résultat. Vous avez aimé ? J'espère bien ! Je ne sais pas quand viendra la suite mais j'espère tout de même une petite review

Lexique :

Dare : Qui est-ce ? Qui est là ? ("dare" signifie "qui" en japonais, c'est donc employé à la forme neutre ou familière qu'il peut vouloir dire "qui est-ce ?")

Baka : Crétin, andouille, idiot.

Aniki : Grand frère (forme très familière et aussi très affectueuse pour "onii-san" ou encore "nii-chan")

Urusei : La ferme ! Ta gueule ! (vient de l'adjectif "urusai" qui signifie "bruyant")

Ai shiteiru : Je t'aime (de le sens amoureux du terme, contrairement à "suki da" qui signifier aimer également dans le sens "adorer" ou "apprécier", comme en anglais la différence entre "love" et "like")

Kami-sama : expression que l'on pourrait traduire par "Seigneur Dieu".

Moshi moshi : Allo ?


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