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Anime/Manga » Detective Conan/Case Closed » Sympathy for the devil font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Claude le noctambule
Fiction Rated: T - French - Supernatural/Suspense - Ai Haibara - Reviews: 3 - Published: 01-02-07 - Updated: 05-01-07 - id:3322049

Chapitre 4

Etant donné sa popularité auprès de la gente féminine de son lycée, c’était loin d’être la première fois que Light se retrouvait assis dans un café, en face d’une personne du sexe opposé. Par contre, c’était bien la première fois que la personne en question était dix ans plus jeune que lui et surtout, malgré la différence de taille entre le lycéen et son interlocutrice, la première fois qu’une femme avait l’occasion de parler réellement d’égal à égal avec lui. Jusqu’à présent, toutes les camarades de classe avec qui il avait essayé d’être un peu plus intime l’avaient déçu par leur incapacité à s’imposer face à lui, que ce soit par leur intelligence ou leur caractère. Ce n’était pas le cas de celle qui levait la tête pour le regarder d’un air non pas intimidé mais légèrement condescendant, impression qui était renforcé par le pli légèrement amusé de son sourire.

Portant sa tasse de café à ses lèvres, Light savoura le liquide brûlant tout en s’efforçant de dissimuler son irritation. En temps normal, le lycéen aurait plutôt apprécié d’être avec quelqu’un qu’il consentait à placer au même niveau que lui, mais c’était plus difficile pour lui d’être enthousiaste quand la personne en question n’avait pas encore passé le cap de la puberté et semblait en plus, comble d’insolence, prendre un malin plaisir à le rabaisser par rapport à elle.

« Vous savez, je ne pensais pas que vous seriez aussi jeune. »

Light eût un sourire plus sarcastique qu’attendri face à la remarque de la fillette.

« Si tu avait réellement eue rendez-vous avec Kira dans ce parc, ce serait plutôt à lui de te dire ça, tu ne crois pas ? »

« Nous ne nous étions pas mis d’accord pour faire comme si vous étiez la personne avec qui j’avais eue rendez-vous ? »

Reposant sa tasse sur la table, le jeune homme y posa ses coudes avant de croiser les mains pour y laisser reposer son menton.

« D’accord ? C’est plutôt toi qui m’as imposé ça, Ai. Enfin, je peux essayer de jouer le jeu, si tu gardes à l’esprit que ce n’est justement qu’un jeu. »

Après avoir ouvert devant elle le carnet sur lequel elle s’était contentée de promener les doigts d’un air songeur, Haibara s’empara du papier qu’elle avait fixé à sa carte de cantine pour le poser doucement à son emplacement initial sur la page de la death note.

« Vous me disiez que j’étais trop jeune pour avoir rendez-vous avec vous, mais, à moins que vous n’ayez quelques années de retard dans votre cursus scolaire, nous sommes exactement du même âge. Il est même possible que je sois votre aînée. »

Light demeura silencieux en réfléchissant aux mots qu’Haibara avait prononcés d’un ton anodin. Cette gamine avait définitivement l’air trop mature et intelligente pour son âge certes, mais de là à prendre au sérieux ses paroles, il y avait un pas que Kira ne se décidait pas à franchir. Il était sans doute plus rationnel de considérer que L devait dicter son texte comme son attitude à cette fillette, probablement par le biais d’une oreillette adroitement dissimulée. Une théorie plus raisonnable que de lui donner dix ans de plus que son âge apparent? Oui. Une théorie probable pour autant ? Il fallait mieux réfléchir avant de le considérer.

Si L avait pu mettre la main sur le possesseur d’une death note, d’une façon ou d’une autre, il aurait été largement capable de sauter sur l’occasion pour tendre immédiatement une embuscade à Kira. Le Shinigami lié à l’autre death note ne pouvait pas avoir révélé à L l’identité ou même l’adresse de Kira, cela allait à l’encontre des règles qu’il se devait de suivre. Personne n’aurait pu s’emparer de sa death note vu la cachette parfaite dans laquelle Light l’avait dissimulé. Voilà les faits qui ne pouvaient pas être remis en question.

De ce point de vue là, il était plus que vraisemblable que L tente de le piéger en lui donnant un rendez-vous auquel seul Kira se serait rendu. Le détective n’avait pas les moyens de l’arrêter autrement pour le moment.

A présent, il fallait envisager les choses de manière plus large, en intégrant les informations qui sortaient du domaine des faits pour rentrer dans celui de la spéculation.

Il fallait que quelqu’un soit présent à ce rendez-vous, mais qui ? L en personne ? Un de ses complices ? Ou le possesseur de la death note qui serait en son pouvoir ?

Dans tout les cas, cette personne devrait se faire passer pour le possesseur d’une death note pour gagner la confiance de Kira. Pourquoi L aurait-il envoyé une gamine pour jouer ce rôle ? Pour déstabiliser Kira ou lui faire croire qu’il avait mis la main sur un instrument qu’il pourrait manipuler facilement ?

Trop risqué, une gamine de huit ans, quand bien même elle aurait été la meilleure des actrices précoces, n’aurait pas pu garder son sang froid aussi longtemps face au plus grand tueur en série de l’histoire. Et pour que le piège de L se referme sur Kira, il fallait qu’aucun des rouages de cette machine ne puisse se gripper.

Dans ce cas, cette gamine était-elle la véritable propriétaire d’une death note ? Probable. Ryukuu avait abandonné sa death note au premier venu, si son collègue avait fait de même, il n’était pas impossible qu’une enfant soit en possession d’un de ces livres maudits. Et quelqu’un qui avait réellement trouvé une death note et avait pris contact avec un Shinigami serait toujours plus crédible aux yeux de Kira que le plus doué des acteurs.

Non, cette hypothèse ne tenait pas. L aurait largement été assez prudent pour confisquer sa death note à la gamine et lui en donner une fausse à la place. Or Kira pouvait s’assurer de l’authenticité de la death note simplement en l’effleurant pour voir s’il percevait un deuxième Shinigami après ce geste. Une couverture que Kira aurait pu faire volatiliser en une fraction de seconde et sans se dévoiler ? La propriétaire d’une death note en liberté et à qui aurait été donné l’occasion d’entrer en contact avec Kira en personne ? Deux risques que le détective n’aurait jamais pris.

Donc, la seule possibilité qui demeurait était que cette gamine…soit L en personne ? Inconcevable pour de trop nombreuses raisons.

Ce maudit détective était largement assez intelligent pour ne pas se présenter lui-même au rendez-vous qu’il lui avait donné, c’était quasiment certain, quoique… Le défi qu’il avait lancé à Kira prouvait que L pouvait aller jusqu’à risquer sa vie s’il estimait que le jeu en valait la chandelle. Et d’après l’idée que Light s’était faite de son ennemi mortel, le détective n’avait pas seulement fait cela parce qu’il était assez mature pour savoir qu’il n’aurait aucune chance de capturer Kira sans prendre des risques.

Non, L avait aussi fait cela, parce qu’il aimait prendre des risques. Mais peut-être que Light ne parvenait pas à prendre suffisamment de distance avec lui-même pour envisager réellement les choses du point de vue de son adversaire ? Après tout, même si sa principale motivation était de faire régner la justice sur terre, le tueur en série ne pouvait nier qu’il tirait un certain plaisir des risques qu’il prenait pour parvenir à son but, plaisir qui aurait été absent s’il n’avait pas eu à mettre sa vie en jeu pour avoir une chance de concrétiser son utopie.

Bon, mais cela ne changeait rien au fait que les probabilités que L se soit rendu à cet entretien en personne étaient insignifiantes mais pas inexistantes. Les probabilités qu’une gamine de huit ans puisse être le plus grand détective de toute l’histoire ? Elles étaient totalement inexistantes, Light en était certain après avoir étudié la carrière de son ennemi de prêt.

Bien sûr, si cette gamine avait réellement dix ans de plus que son âge apparent, alors dans ce cas par contre…

Il y avait enfin une dernière possibilité. Cette fillette pouvait lui avoir donné rendez-vous de sa propre initiative et après être entré en possession d’une death note de la même façon que lui. Mais est ce qu’un enfant de huit ans aurait été assez intelligent pour organiser une rencontre avec Kira, en tirant parti des ressources qu’il avait à sa disposition avec les mêmes moyens que son collègue ? Non. Et si la gamine avait parlé de sa découverte à un adulte, ce dernier aurait gardé la death note pour lui-même au lieu de laisser une telle arme de destruction massive entre les mains d’un enfant.

La seule existence de la death note et le fait de cohabiter avec un Shinigami avait rendu Light beaucoup plus ouvert d’esprit face à des concept qu’il aurait trouvé ridicules quelques semaines auparavant.

« Quand j’avais ton âge…Enfin, disons plutôt, quand je n’avais que huit ans, mes facultés de raisonnement n’avait pratiquement rien à envier à celles d’un adulte. Certes, je n’avais pas encore l’expérience et les connaissances d’un adulte, mais j’apprenais avec une facilité déconcertante, ce qui fait que je parvenais toujours à combler cet écart assez rapidement. La seule chose qui empêchait les autres de me prendre au sérieux était leur incapacité à admettre qu’un enfant puisse les égaler, voir même les surpasser dans certains domaine. Un problème d’ego et de préjugé. »

Haibara plongea la main dans sa trousse pour en extirper un rouleau de scotch et une paire de ciseaux.

« Je vois. Vous êtes ce qu’on appelle un prodige. »

« C’est également ton cas, je me trompe ? »

Sans lever les yeux vers son interlocuteur, la fillette entreprit de dérouler une partie du ruban adhésif avant de la sectionner d’un geste sec.

« Oui. Et cela m’a apporté beaucoup de frustrations, même si c’est pour des raisons différentes des vôtres. »

« Vraiment ? Pourrais-tu m’en dire un peu plus si ce n’est pas trop indiscret ? »

« Les prodiges sont différents des autres, quel que soit leur efforts, il ne pourront jamais combler totalement ce fossé qui les sépare de leurs semblables. Ils peuvent le dissimuler, s’abstenir de corriger quelqu’un en lui montrant qu’il se trompe totalement, ne pas faire mine de s’intéresser à des choses que leurs amis ne pourront jamais comprendre, mais tôt ou tard leur vraie nature finira par ressortir, même si c’est par des détails anodins. Et à ce moment là, tout ce qu’ils verront dans le regard des autres ce sera de la peur, de la jalousie ou la frustration de se sentir inférieur. On peut devenir l’ami de quelqu’un qui est votre égal, on peut même devenir l’ami de quelqu’un qui vous est inférieur, mais être l’ami de quelqu’un dont on reconnaît la supériorité ? La plupart des gens n’en sont pas vraiment capable, même s’ils ne l’admettront jamais.»

Les paroles de la chimiste trouvèrent un écho favorable dans l’esprit du lycéen qui lui faisait face. Il partageait son point de vue pour avoir vécu des expériences similaires tout au long de sa vie. Oh certes, il avait toujours été l’élève le plus populaire de son lycée. Que ce soit à cause de son apparence physique ou des ses aptitudes sportives et intellectuelles, la plupart de ses camarades faisaient tout leur possible pour s’attirer ses faveurs. Mais Light s’en était rendu compte très vite, ses « amis » ne cherchaient pas une lanterne pour les éclairer mais pour les faire briller. Ils cherchaient à se rapprocher de lui pour lui être associé. Apparaître aux autres comme quelqu’un qui avait réussi à gagner l’amitié et le respect d’un génie. Certainement pas parce qu’ils appréciaient spécialement sa compagnie. Une attitude qu’il avaient retrouvé aussi bien chez ses camarades du sexe opposé que chez les autres garçons qui avait partagé le même établissement scolaire que lui.

Quand aux jeunes filles qui étaient réellement tombé amoureuse de lui, et il y en avait… Au début il avait été touché de susciter ce genre de réaction chez les autres, sans se sentir flatté pour autant. Le lycéen avait toujours regardé ses qualités hors du commun comme des faits établis, ils n’avaient pas besoin des autres pour prendre conscience de leur existence.

Malheureusement, même s’il avait répondu favorablement aux avances de certaines de ses camarades, cela n’avait jamais abouti à une relation sérieuse. Il n’avait jamais ressenti d’attraction envers l’une de ses conquêtes et n’avait jamais eu non plus le désir de partager sa vie privée avec l’une d’elle. Et refusant par principe d’abuser des sentiments des autres de manière égoïste, il avait toujours fini par maintenir ses relations avec le sexe opposé au stade de la simple amitié…ou pour être plus précis de la simple camaraderie.

Il ne voulait pas les blesser en leur donnant de faux espoirs ou l’impression qu’il se servait d’elles pour assouvir ses appétits physiques sans leur donner la moindre affection en retour.

Bien sûr, le jeune homme avait eu ce genre de considération avant que la découverte de la death note ne l’amène à négliger ce genre de détails secondaires, pour privilégier ce qui lui apparaissait à présent comme l’essentiel, la réalisation de son utopie.

Mais avant comme après sa rencontre avec sa destinée, Light avait toujours senti une barrière entre lui et le reste du monde. Les seuls êtres humains qui avaient vraiment réussi à la franchir avaient été les membres de sa famille. L’affection qu’il avait vue dans les yeux de sa mère comme de sa petite sœur avait été sincère, tout comme le respect et la fierté qu’il avait vu se refléter sur le visage de son père. Enfin, c’était avant qu’un certain carnet ne l’amène à avoir une vision du monde plus large. A présent, il ressentait autant d’affection pour sa famille que pour toutes les autres familles pour lesquels il voulait construire un monde idéal, ni plus, ni moins.

« Je suis on ne peux plus d’accord avec toi. Mais je me permettrais de nuancer en te disant qu’il y a des exceptions. »

Après tout, c’était pour ce genre d’exceptions qu’il bâtissait un monde nouveau où elles constitueraient enfin la norme.

« Oui. Certaines personnes peuvent donner leur amitié aux autres en toute sincérité. Sans rien demander en retour, et sans se préoccuper le moins du monde du fait qu’elles leur soient inférieures ou égales. Mais les personnes de ce genre sont rares, trop rares, et elles le demeureront sans doute toujours… »

Etait-ce son imagination ou avait-il réellement vu un sourire non pas moqueur mais attendri plisser les lèvres de son interlocutrice au moment où elle avait prononcé ces paroles ?

De toute manière, le visage de la fillette avait de nouveau retrouvé sa froideur à présent qu’elle appliquait consciencieusement la bande de ruban adhésif sur la page du carnet qui était devant elle.

« Mais je dois avouer que j’ai du mal à voir un quelconque intérêt dans la direction que prend cette conversation. Si j’ai voulu avoir un rendez-vous en tête à tête avec Kira, ce n’est pas vraiment pour échanger nos souvenirs d’enfance respectifs. »

« Oh, je voulais tout simplement te dire que je comprenais parfaitement la frustration d’un enfant dont un adulte nierait l’intelligence et la maturité en s’obstinant à ne le considérer que comme un enfant. Et que c’est précisément pour cette raison qu’à partir de maintenant je me comporterais comme si la barrière de dix ans qui semble nous séparer n’avait jamais existé. »

Le lycéen s’était totalement dépouillé de l’expression faussement paternaliste qu’il avait abordé jusque là. A présent, le sourire qu’il adressait à son interlocutrice n’aurait plus été à sa place sur le visage de Yagami Light faisant face à sa petite sœur mais sur celui de Kira regardant droit dans les yeux celle qui l’avait convoqué.

Apparemment ravie de voir que le tueur en série avait enfin mis son incrédulité de côté, Haibara plissa ses lèvres dans une expression amusée que seul Gin avait eu le privilège de voir auparavant, à l’époque où le faux nom qu’elle portait n’était pas celui qu’elle s’était choisie.

Light baissa les yeux vers les doigts que la fillette faisait passer sur la deuxième bande adhésive qu’elle avait appliqué sur sa death note, reconstituant ainsi la page qu’elle avait mutilé pour lui révéler son pseudonyme du moment.

« C’est assez étrange de te voir faire tant d’effort pour que ton propre nom figure sur la première page de ton carnet. »

« je ne veux surtout pas oublier le nom de la première personne dont j’ai provoqué la mort avec ce carnet. »

Que voulait-elle dire par là ? Cherchait-elle à lui faire comprendre qu’elle avait eu recours à sa death note pour acquérir l’identité qu’elle usurpait en ce moment même? Ou y avait-il une autre signification à ses paroles sibyllines ? Dans tout les cas, elle venait clairement de le provoquer en lui murmurant une phrase dont seul Kira aurait pu comprendre véritablement le sens, au moins en partie. Le tueur en série décida qu’il valait mieux ne pas baisser sa garde, la possibilité pour qu’il soit face à L était encore de l’ordre du probable dans son esprit froidement calculateur.

« La personne dont tu as provoqué la mort avec ce carnet ? En règle générale, pour faire passer quelqu’un de vie à trépas, cela demande plus d’effort que d’inscrire quelques kanji sur un bout de papier. Du reste, cette personne est encore dans le monde des vivant puisque je la vois en face de moi. »

« J’ai ratifié l’arrêt de mort de la personne qui porte ce nom avant même de l’avoir inscrit sur ce carnet, en fait je l’ai fait dès l’instant où j’ai décidé d’avoir ce rendez-vous avec Kira. Pour la simple et bonne raison que, dans quelques heures tout au plus, ce nom ne sera pas le seul à figurer sur cette page. »

« Vraiment ? Je dois t’avouer que j’ai du mal à voir un lien de cause à effet. »

La lueur qui dansait dans le regard de la fillette n’avait rien à envier à celle qui aurait illuminé les yeux d’un chat ayant refermé ses griffes sur une souris.

« Ne vous inquiétez pas, vous allez très vite comprendre. Il se pourrait même que vous soyez la seule personne sur terre à le comprendre. »

Même si pas un seul muscle du visage du lycéen ne tressaillit, il commença néanmoins à sentir une goutte de sueur couler le long de son dos.

« La seule chose que tu m’as clairement fait comprendre pour le moment, c’est que tu comptes inscrire d’autres noms sur ce carnet. Je me demande combien de personnes tu t’apprêtes à y faire figurer d’ailleurs. »

« Je ne sais pas encore, cela dépendra du tour que prendra notre entretien. Mais je peux néanmoins vous dire qu’il n’aura que deux issues possibles. Soit je n’inscrirais qu’un seul autre nom en tout et pour tout sur ce carnet, soit j’y ferais figurer autant de personnes que je l’estimerais nécessaire. Dans les deux cas, le nom qui sera juste en dessous du mien sur cette page sera celui d’un criminel. »

Les indices dissimulés dans les paroles énigmatiques de la fillette s’emboîtèrent immédiatement dans l’esprit du criminel.

« Je vois. Et j’imagine que si tu ne devais avoir à inscrire que le nom d’un seul criminel, il s’agirait de celui de Kira, n’est ce pas ? »

« Quel serait l’intérêt d’en ajouter un autre après celui-ci ? Il ne peut pas y avoir de meurtrier plus digne que lui de figurer sur cette page. »

S’efforçant de ne laisser transparaître son angoisse par aucun signe visible, le lycéen s’efforça d’aborder les choses du point de vue le plus objectif possible. Il s’était préparé à faire face à des situations de ce genre dès l’instant où il avait accepté sa destinée, il n’allait pas reculer maintenant.

Le seul lien matériel existant entre lui et les crimes de Kira était sa Death note, et même en admettant que la cachette qu’il avait aménagé ait été découverte, personne d’autre que lui n’aurait pu s’en emparer sans déclencher le mécanisme d’autodestruction qu’il avait installé, un mécanisme parfaitement infaillible. Donc si L était réellement derrière tout cela, il ne pouvait rien faire contre lui. Ce détective ne pouvait pas prendre le risque de tuer un innocent. Toutes menaces de mort venant de sa part ne serait jamais que des tactiques d’intimidation destinée à le faire avouer, et des manoeuvres de ce genre ne représentait aucun danger, en tout cas pour quelqu’un ayant un sang froid comme celui de Light.

Si cette gamine n’avait rien à voir avec L, elle ne pouvait pas s’attaquer à lui sans connaître son nom, il était donc en sécurité de ce côté-là également. Bien sûr, il était toujours possible que sa collègue se soit décidé à passer le pacte qu’il avait refusé et dans ce cas…

Mais était-elle prête à sacrifier consciemment la moitié de son espérance de vie pour le tuer ? Bien sûr, un enfant aurait pu ne pas prendre conscience du prix trop élevé de ce marché, après tout la mort devait apparaître bien lointaine pour une personne âgée de huit ans, la voir se rapprocher de moitié ne devait pas lui être spécialement effrayant. Mais ce n’était pas un simple enfant de huit ans qui avait pu s’emparer d’une death note, c’était cette fillette qui lui faisait face et qui paraissait suffisamment mature pour pleinement réaliser ce qu’elle perdrait si elle se laissait berner par les paroles mielleuses d’un Shinigami.

Cependant, ce n’était pas seulement de l’intelligence et de la maturité qui illuminait ses yeux glacials, c’était également une détermination que Light n’avait eu l’occasion de contempler que dans son miroir lorsqu’il lui renvoyait le reflet de Kira. Oui, si son but était de le tuer, elle serait prête à y sacrifier la moitié du temps qui lui restait sur cette terre, il n’y avait pas le moindre doute.

Les choses s’annonçaient on ne peut plus inquiétantes pour le réformateur de l’humanité, mais pas suffisamment pour qu’il se laisse aller à la panique. Après tout, cette gamine lui avait laissé entendre qu’elle serait prête à l’épargner, voir même à devenir son alliée, sous certaines conditions, s’il voulait trouver un échappatoire au destin funeste qui s’annonçait pour lui, Light savait qu’il devrait emprunter cette voie.

Dans le meilleur des cas, il y gagnerait un atout supplémentaire dans son projet, dans le pire, il aurait gagné suffisamment de temps pour trouver un moyen de se débarrasser de ce nouvel ennemi. Rien à perdre et tout à gagner, aucune hésitation n’était de mise, aussi Light regagna-t-il instantanément son calme comme son sourire.

« M’autoriserait-tu à te poser une question ? »

« Je vous en prie. »

« Tu viens de me dire que le seul nom qui figurait sur ton cahier appartenait à une morte. Dois-je en déduire que tu as tué cette personne pour prendre son nom ainsi que sa place ? »

Haibara perdit son sourire tout en conservant son regard glacial.

« Disons que, pour l’instant, cette personne est entre le monde des vivants et celui des morts. Mais ne vous faites pas d’espoirs pour elle, son sort est scellé, pour l’instant elle n’est qu’en sursis, un sursis qui s’achèvera très bientôt… »

« Ce sursis s’achèvera dès l’instant où tu inscrira un nom sur ce cahier, quel qu’il soit ? »

« Vous avez parfaitement compris. »

« Mais tu n’as pas répondu à ma question. As-tu tué cette personne pour t’emparer du nom et de la place qui allait lui revenir ? »

L’indifférence laissa la place à la mélancolie dans les yeux de la fillette tandis qu’elle les baissait vers les lignes noires qui s’alignaient sur la page blanche de son cahier.

« Je suppose qu’on peut voir les choses de cette manière, oui… Il me fallait un nom pour dissimuler celui que l’on m’a donné à ma naissance»

« Et Kira ? Est-ce pour lui voler son nom que tu tiens à l’inscrire sur ce cahier ? »

« C’est ce que vous pensez ? »

Ce fût la même expression moqueuse qui plissa les traits du lycéen comme de sa compagne.

« Non. Si tu inscris le nom de Kira sur ce carnet, ce sera précisément pour éviter de t’en emparer. Tu ne pourras te dissimuler derrière le nom de Kira que si une autre personne que lui figure sur ce carnet à sa place. »

Le pli moqueur qu’avaient pris les lèvres de la chimiste se mis à s’élargir de manière presque imperceptible.

« C’est une manière d’interpréter mes propos qui peut être valide, certes. Mais il y a peut-être une troisième possibilité en plus de celles que vous avez évoqués. »

« Pardonne-moi, j’aurais du m’exprimer plus clairement. Si tu t’es contenté de rajouter une seconde personne sur ce carnet à la fin de notre entretien, alors tu ne te seras pas emparé du nom de Kira. Mais s’il y a au moins trois personnes dont le nom est inscrit sur ce cahier, que l’une d’entre elles soit Kira ou non, alors tu auras le droit de te dissimuler derrière le nom de l’adversaire de L. Est-ce que j’ai bien dégagé le sens complet de tes paroles à présent ?»

« Peut-être…Mais qu’est ce qui vous fait croire que cela pourrait m’intéresser de me dissimuler derrière le nom de Kira ? »

« Les paroles que nous avons échangés avant de rentrer dans ce café. Veux-tu que je te dise comment je les aie comprise ? Ce cahier qui est devant toi, tu comptes t’en servir pour écrire une œuvre unique en son genre. Un roman qui aura pour personnage principal l’humanité tout entière, un roman qui se déroulera dans un monde que tu as imaginé jusque dans ses moindres détails, le monde idéal dans lequel tu aimerais vivre. Mais ce roman aussi original que passionnant, tu ne pourras jamais le faire publier sous ton véritable nom, pour la simple et bonne raison qu’aucun éditeur ne sera assez ouvert d’esprit pour prendre au sérieux un livre écrit par quelqu’un d’aussi jeune que toi. Voilà pourquoi tu comptes-le signer par un pseudonyme avant de l’envoyer anonymement. Et le nom de plume que tu as en tête, tu ne l’as pas choisi au hasard, puisqu’il s’agira du nom de l’auteur le plus apte à écrire un ouvrage de ce genre. »

Même s’il demeurait sarcastique, le sourire de la fillette sembla plus enfantin tandis qu’elle écoutait les paroles de son interlocuteur.

« C’est une manière très poétique de décrire les choses. Pourriez-vous la développer un peu plus ? Cela m’intéresserait beaucoup. »

« Volontiers. Ce n’est pas la gloire qui t’intéresse, autrement tu n’aurais pas envisagé de te faire publier sous un pseudonyme. Ce n’est pas non plus l’argent, sinon tu aurais choisi d’écrire sur un sujet beaucoup moins complexe et dérangeant. Ce livre n’est pas un simple moyen pour toi, c’est une fin en soi. Il n’est donc pas impossible que tu sois prête à le co-écrire avec quelqu’un, à condition que cette personne ait les compétences nécessaires pour réaliser une œuvre comme la tienne. En conclusion, tu pourrais tuer Kira pour s’emparer de son nom de plume, mais tu pourrais aussi choisir de le partager avec lui. »

« Eh bien, voilà qui est de plus en plus intéressant. Mais il y a une chose que vous avez oublié de préciser. Pour que je sois prête à accepter de partager la rédaction de mon ouvrage avec quelqu’un, il faudrait que cette personne ait non seulement les compétences qui m’intéresse mais aussi, et surtout, les mêmes intentions que moi. La beauté se trouve dans l’unité. Rien n’est plus laid qu’un livre dont les deux auteurs ont des styles littéraires opposées, si ce n’est peut-être un livre où deux auteurs chercheraient chacun à exprimer une idée différentes. »

« Voilà pourquoi il serait judicieux de discuter ensemble de notre projet littéraire commun, et ce dès maintenant. D’ailleurs, notre entretien n’a jamais eu d’autre but, non ?»

Plongeant de nouveau la main dans sa trousse d’écolière, la fillette en extirpa un stylo qu’elle fit tournoyer entre ses doigts avec une expression amusée.

« j’en déduis donc que, vous aussi, vous seriez prêt à vous associer avec quelqu’un dans la réalisation d’une œuvre qui vous tient particulièrement à cœur. »

« Autrement, je ne te l’aurais pas proposé. »

« A moins de ne pas avoir la possibilité de faire autrement…»

Light ravala sa fierté. Cette fillette n’avait fait qu’exprimer la vérité. Pour le moment, il n’avait aucun moyen de se soustraire à sa proposition… Pour le moment. Son associée pouvait faire la fière, elle ne resterait pas éternellement en position de supériorité dans ce petit jeu. Tôt ou tard, le rapport allait se rééquilibrer en sa faveur, il y veillerait. Une seule question subsistait. Lorsqu’il serait enfin en position de choisir de maintenir librement ou non cette alliance avec son âme sœur, que deviendrait-elle ? Demeurerait-elle une associée ? Deviendrait-elle une simple assistante ? Ou bien finirait-elle par n’être qu’un simple nom de plus sur le manuscrit de l’œuvre de sa vie ?



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