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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Games » Vampire » Rose's Mask I Le masque de la rose

Lia-Vilore
Author of 10 Stories

Rated: M - French - Humor/Adventure - Reviews: 2 - Published: 02-27-07 - id:3415568
Chapitre 8 – Clair de Lune

Deux semaines plus tard. Ce que j’aimais faire quand j’étais tranquille c’était m’asseoir à la terrasse d’un café un soir à l’air frais et à la lune visible pour dessiner quelques scénettes ou alors écrire mes scenarii. En général j’allais toujours au café d’une rue marchande pas très loin en voiture de mon appartement. Je prenais la table la mieux placée souvent au centre et je travaillais là jusqu’à ce que je déclarasse forfait ou que le café fermât.

Ce soir j’étais à l’un de ces cafés dans la petite rue marchande dans les hauts quartiers de Los Angeles. La nuit était agréablement fraîche et bien éclairée. Il était environ vingt-deux heures et demie et le soleil était à peine couché. Je réfléchissais ce soir au prochain chapitre de ma nouvelle série chez l’éditeur de L.A. Mais malheureusement j’avais du mal à y penser sérieusement ou plutôt à délirer avec une corde à sauter. En fait je n’arrêtais pas depuis deux semaines à me demander ce qu’Anaïs Giovanni avait voulu dire par « vous changerez bientôt d’avis… » Ca sentait le souffre façon volcan qui s’apprête à péter. Depuis, Nines me surveillait de très près.

Bizarre que monsieur Rodriguez soit aussi près de ses brebis galeuses. Brebis galeuses, et voilà aussi pendant deux semaines j’étais repartie sur des qualificatifs tous plus charmants les uns que les autres sur ma personne. Il ne s’était rien passé depuis… Le calme plat pendant deux semaines, la première semaine on est nerveux et la seconde on se détend.

Il faisait bon alors je portais une robe longue en coton blanc rouge bordeaux au décolleté en v en dentelles. Bretelles fines et le dos en barre. Mes cheveux blonds sur mes épaules retenus en arrière par un serre-tête en plastique noir fin. Grosses lunettes de soleil lourdes sur le nez pour m’amuser à voir la lune en travers. Maquillage discret juste pour me donner l’air vivante. Je me laissai aller le dos contre la chaise en bois et croisai les mains sur mes genoux sous la table ronde métallique blanche.

Pourquoi j’étais si indisposée à me la jouer Toréador anarchiste et fière de l’être depuis deux semaines ? Peut-être sûrement à cause de ces retrouvailles mouvementées avec Judas. Du temps avait passé depuis mais il semblerait que la blessure ait mal refermé. Avec tous ces évènements j’avais mon passé qui me courrait après avec une fusée accrochée dans le dos. Quand j’ai accepté l’idée d’être devenue un vampire aussi brutalement j’avais aussi accepté le fait que le passé n’existait plus. Et que je renaissais dans la mort. Mais il y a des vieilles rancoeurs qui restent parce que dans le fond on était étreint par un clan ou pas un autre à cause de notre personnalité. Le fond était applicable à la forme et jusqu’aux Nosferatu.

J’étais Toréador parce que j’avais le grain des artistes et que je savais malgré tout plaire aux gens. Pour arriver à quelque chose avec eux. Tout le monde arrivait un jour à ça. Si la sincérité absolue, c’est-à-dire envers toute personne et en tout temps existait nous serions des anges.

Etait-il possible d’avoir plusieurs degrés de sincérité envers une seule même personne dans le temps ? J’étais en train de relativiser mon problème. Et même en relativisant ça n’avait aucun sens de dire ‘j’ai fait une erreur je m’en excuse’ pour ensuite prendre ses distances en ayant plutôt pensé ‘j’ai rien fait hey ! Cafard !’

Le fait était qu’il était difficile de faire le deuil d’une personne passée quand la présente était vivante. C’était comme enterrer radicalement notre personnalité passée en même temps. Se couper soi-même dans notre bande visuelle temporelle, quelque chose de radical, de cruel et de suicidaire que d’enterrer ce morceau de temps qui a participé à notre évolution.

Mais ne pas faire ce deuil était prendre l’option d'admettre que ce passé eût été une formidable tromperie évoluant sur plusieurs années. Jusqu’à arriver au printemps où l’amour encourage l’horrible chenille à sortir de sa chrysalide pour devenir papillon et butiner et déflorer afin d’assurer la survie de l’espèce. Et cette option là favorisait la haine du papillon quand l’autre encourage le suicide. Impasse, ou que faire ?

Il y a cette troisième option des gens libres et bons qui était d’accorder l’hypothèse du papillon. Mais ensuite d’hausser les épaules en disant ‘c’est la vie’ et de continuer son évolution avec quelqu’un qui on l’espère ne sera pas un papillon mais un loup ou un cygne. Tellement plus durable, noble et constant que ce détestable insecte dont les romantiques chantent les louanges de l’éphémère.

Le problème pour moi était de croire en la possible réalisation pour moi de cette troisième et satanée hypothèse ! Le mal de l’Homme était qu’il était animé par ses désirs et qu’il change avec eux sous peine de vivre l’enfer. Qui, ami, amant ou maîtresse, est capable de ne point changer par et avec son désir ? Il ne restait plus qu’à espérer que le véritable amour existe. L’amour qui évolue envers la même personne qui évolue elle aussi avec vous. Et votre vision évolutive de l’amour reste en accord avec la personne-image évolutive qui l’incarne. Comme un très vieux film qui continue de plaire à son public parce qu’il a été restauré et remis au goût du jour. Pas facile ! Et si l’éloignement s’en mêle c’est encore plus mal barré !

« A quoi tu penses avec tes lunettes de soleil en pleine nuit ? »

Je sursautai en relevant mes lunettes pour faire les yeux ronds, ah ! C’était mon berger ! Debout en face de moi, jean non troué, tiens, et chemise en coton bleu ouverte, je bave. « Rien ! Pourquoi ? Tu fais quoi ici ? » Débitai-je rapidement avant de remettre mes lunettes sur mon nez et m’adosser contre la chaise. Nines fronça un sourcil intrigué, il avait sa main droite aux doigts posés sur la table et le poing gauche sur la hanche. Le poids du corps déporté sur la droite et le pied gauche en botte posé sur l’autre. « Mais bien sûr… Je te crois pas.

-Ben tant pis pour toi ! Ecoute Nines, depuis deux semaines tu me surveilles comme un vétérinaire pour un animal qu’a la gale ! Et je sais que ça n’a aucun rapport avec LaCroix sinon Jack m’aurait accompagnée partout ! »

Nines ne répondit pas, j’haussai les épaules et me levai en commençant à ranger ma trousse et mes feuilles dans le porte-document. En silence quelques secondes. Durant lesquelles je repartis directement dans mes pensées. Dans ce cas là, dans un souci de protection fallait-il accepter le fait qu’on ne peut jamais faire confiance à quelqu’un éternellement ? Et prendre les détournements comme ils venaient ? C’était difficile à penser pour moi !

« Tu me refais une crise de confiance, toi, » dit soudain Nines à voix basse en ayant baissé la tête pour regarder sur le côté gauche de la rue. Je relevai le visage pour le voir et restai sans mot dire en attendant la suite. Est-ce que Nines Rodriguez, Brujah et Baron Anarch de Downtown était capable de lire en moi comme dans un livre à son tour ? En étant sincère de A à Z dans une affection honnête ? Envers une pauvre quille même pas en accord entre son passé et son présent. Je baissai à nouveau la tête pour tasser mes feuilles dans le porte-documents. Semblait sur le coup que la tache de l’histoire était moi.

« Tu crois que je pense que tu es assez mauvaise pour rejoindre les Giovanni, » insista t-il d’une voix plus basse, presque un murmure alors que la rue marchande était plutôt animée ce samedi. Mais le Brujah avait tiré dans le mille et avec bonus, heureusement que je ne pouvais plus rougir. Et que je gardais mes lunettes noires sur mon nez sans le relever de mes feuilles.

Donc Nines me tira mes lunettes et les fourra dans sa poche de chemise ! « Hey ! » Fis-je en fronçant les sourcils la main tendue. Soudain le vampire Racaille attrapa mon poignet tendu et le tira vers lui pour me faire approcher de l’autre côté de la table ! Il s’était penché vers moi et me regardait d’un air impénétrable. « Alors écoute bien l’Artisane ! Je connais les Giovanni et quand ils te disent que tu vas bientôt changer d’avis ça veut dire que c’est soit tu les sers soit tu crèves ! Mais si je me casse le cul à te surveiller c’est pour leur faire comprendre que s’ils s’amusent à t’obliger à quoi que ce soit, ce sera la guerre avec les Anarch ! Camarilla, Sabbat ou pas ! Je sais que tu n’es pas du genre à tourner casaque à la première proposition alléchante ! Et eux aussi ! »

J’en revenais à ma question primordiale : qui reste honnêtement égal à lui-même ? Et c’est en regardant Nines en équilibre soudain sur un pied et le ventre près de la table que je me posai la question. Quand alors il posa puis appuya son index droit au milieu de mon front en me fixant l’air sévère. « Tu penses trop, tu ferais mieux de parler, » dit-il avant de se redresser et d’emporter mon porte-document sous le bras pour ensuite marcher vers la droite dans la rue d’un pas tranquille. L’autre main dans la poche.

Obligée de le suivre hein ? Alors en attrapant mon petit sac violet et ma trousse je le rejoignis en trottant. « Nines ! »

Pourquoi était-il un vampire honnête ? Jack le premier disait cela de lui. Il était charismatique, alors sympathique. Bref on inspirait de lui la confiance. Il ne se disait pas chef et ne s’était jamais déclaré comme le chef des Anarch de L.A plus qu’un autre. Mais ces Anarch s’accordaient à dire que s’ils avaient un chef ça serait Nines. Il n’aimait pas, il détestait qu’on l’appelle Baron de Downtown. Et toujours quand un Anarch de la cité des anges avait un problème qu’il n’arrivait pas à régler seul, il se tournait tout naturellement vers Nines Rodriguez.

Les Toréador appartenaient normalement tous à la Camarilla. Mais moi je n’aimais pas nager avec des piranhas politiciens vampires. Et je n’aime pas les ordres sans pouvoir les contester. Peut-être que si j’avais eu mon Sire de la Camarilla pour m’enseigner la nuit de mon Etreinte, frêle, faible et apeurée comme j’avais été, la secte m’aurait parue comme un refuge. Mais ce fut Jack qui me guida pour mes premiers pas pendant que LaCroix m’envoyait toute nue d’ignorance me faire tuer. Et ce fut Nines qui me sauva la tête de l’autorité de LaCroix puis des griffes du Sabbat.

C’est pourquoi je m’étais rapidement tournée vers mes sauveurs plutôt que vers des assassins. Je respectais la Mascarade et je la protégeais. J’accomplissais les missions délicates demandant le talent de discrétion d’un Nosferatu, la subtilité séductrice d’une Toréador et parfois la force et le courage des guerriers Brujah ou Gangrel.

Bref j’étais la fierté des Anarch de Los Angeles, mais surtout la fierté de Nines. Avoir une Toréador dans ses rangs aussi douée c’était prouver à la Camarilla que même le clan très attaché Toréador pouvait quitter ses fidèles. Comme ceux d’Hollywood sous la coupe d’Isaac l’ont fait.

Seulement ça ? « Hey !! Nines ! » Insistai-je en me mettant à courir avec mes bottines en cuir noir pour le rattraper. Lui attrapant le bras libre du mien, levant le visage pour le regarder d’abord sans oser parler.

« Vas-y, demande, » dit-il simplement en marchant d’un pas calme presque nonchalant. J’haussai les sourcils puis ouvris la bouche : « est-ce que tu es fier de moi ou de ce que je représente pour les Anarch ?

-Les deux.

-Ah…

-Et les deux disent que les Giovanni sont merdiques pour toi.

-Ah…

-Mais si je n’étais pas fier de toi je ne serais pas fier de ce que tu représentes pour les Anarch.

-Oh !

-Tu changes de syllabe ?

-Ouais !

-Tu as fini de te triturer l’esprit de questions qui ne servent qu’à te plomber ?

-Un peu.

-Bon alors demande. »

On tourne à droite.

« Je dois faire comment ?

-A toi de voir. Maintenant c’est quoi qui t’effraie ?

-Toujours la confrontation sans que les choses soient dites. Avec lui c’était comme un miroir brisé de la sincérité et de la compréhension.

-Chacun est unique, tu ne fais que chercher à faire un classement pour soigneusement esquiver d’avance. »

Arrêt face à un vieil hôtel délabré. Nines leva la tête.

« Répète si tu peux : ce mec est un salaud, je tourne la page et je continue l’écriture. Je sais très bien que tu arrives toujours à balayer après une étape qui te sert de dénouement. Vous étiez mariés ?

-Non !

-Alors vide tes ordures, t’es trop bien pour ce menteur hypocrite nombriliste homosexuel. Moche de l’intérieur et qui se croit beau en s’appelant Judas.

-Jack t’a vraiment tout raconté hein ?

-Ouais… »

Je souris et levai à mon tour la tête.

« Ca ressemble vachement à l’Ocean House… Me dis pas que…

-Si.

-Et pourquoi moi ?

-Nous.

-Ah bon ?

-Mais plus tard, pour l’heure t’as pas répété après moi.

-Hi ? »

Et il me rembarqua à sa suite pour faire un tour à un marché nocturne, roh le pied ! Y’avait de tout, jusqu’à des estampes bon marché ! Nines eut droit à une démonstration de mon mode fusée. Et au bout d’une demie heure il me rattrapa pour déclarer : « c’est bon ! On bouge ! » D’un pas un peu pressé et inquiet, sans doute avait-il eu peur de me perdre de vue ?

Un peu plus tard il me déclara soudainement qu’on passerait chez moi pour que je déposasse mes affaires. Quel plan est-ce qu’il me montait ? De fait, une fois à mon appartement de Skyline je déposai mon matériel et allai donner un bisou à Heather en robe de nuit sur le canapé devant la télé. La goule s’était faite pardonner en se montrant très attentionnée. C’est-à-dire surtout des bisous, puis des couvertures et des peluches, des fringues et des fleurs.

Puis revenue face à Nines celui-ci me dit soudain qu’on allait dans le Crescent. Mon bar préféré parce qu’il faisait…

KARAOKE !

Ca me faisait bizarre que Nines soit si gentil avec moi. D’aller dans un bar qu’il détestait la plupart du temps ! Mais il ne me laissa pas le temps de m’étendre sur la question parce qu’il faisait la conversation à lui tout seul. Parlant des dernières trouvailles en matière de jeux idiots des Anarch. J’étais toute ouïe. Ils avaient inventé la balle au Sabbat. Balle au prisonnier avec la tête d’un membre du Sabbat dans un pack de glace. J’y jouais jamais à ces jeux. Enfin j’aurai bien voulu y jouer mais Jack ou Nines m’interdisait toujours de jouer au plus rigolo : le 69. Alors je me contentais de regarder en me fendant de rire. Ca faisait beaucoup rire Jack mais ça faisait beaucoup moins marrer Nines quand un vampire faisait mine de me pointer.

Ainsi plus tard nous entrâmes dans un petit bar karaoké des hauts quartiers de L.A.

Ce que j’aime aux Etats-Unis c’est qu’ils ont les stars japonaises, et pour une fois je pouvais m’éclater les cordes vocales sur Ayumi Hamasaki. Nous étions au fond du bar et Nines était assis quasi stoïque (bouh le mauvais public !) Mais quand même un sourire aux lèvres, petit sourire, un micro sourire. Bon quand je passai à Tsuki no Curse par pur hasard… (Si ! 50$ !) Il fit la gueule. Par contre Pierrot et Yuuyami Suicide il fit un grand sourire. Mais ce fut avec Garbage qu’il commença vraiment à bouger les lèvres. Bon je savais avec quoi le faire chanter ! Bingo !

Quand nous sortîmes deux heures plus tard et rendu un barman heureux… (Je laisse le temps aux perverses d’interpréter.) Il était à peine minuit et le Brujah me tractait déjà vers un autre club qui faisait jouer des groupes amateurs espérant devenir professionnelles. Depuis le temps les guitares électriques aussi me sortaient par les trous de nez… Ca ne serait pas par style si j’éclatais une guitare de marque contre le sol.

Bref dans le club très sombre qui tenait plus de la mini salle de concert qu’autre chose, et très pour les fumeurs même passifs. Mais bon, quand on entra il passait du Nightwish en CD pour me faire plaisir. Phantom of the Opera ! Nines entra devant moi puis je le suivis en regardant autour de moi jusqu’à une table haute sur la mezzanine après avoir monté un escalier aux marches noires éclairées par des câbles phosphorescents. Prenant une table juste au centre et contre la balustrade en trois tuyaux de métal jaune on s’assit pour regarder la scène ronde éclairée par trois spots rouge vert et bleu. Elle n’était pas bien haute mais il y avait quand même une petite série de marches en bloc de granit à droite pour y monter.

Le CD s’arrêta et je vis sortir un groupe composé de jeunes hommes en pantalon en cuir d’une porte à droite du petit escalier de la scène. Le plus grand portait une veste en cuir et avait de longs cheveux noirs lisses. Le second portant une basse à la main droite par le manche était blond bouclé et torse nu sur une peau pâle et sans réels muscles. Le troisième et le quatrième étaient respectivement le guitariste et le batteur. Le premier était châtain cheveux mi longs et aussi torse nu, le second avait la boule à zéro et une chemise.

J’attendis qu’ils commençassent à jouer, plutôt adroits, puis le chanteur empoigna à deux mains le porte micro en se courbant un peu pour nous faire entendre sa chaude voix. Et quelque chose dans sa manière de manipuler le micro me fit sourire jusqu’aux oreilles. Puis je me tournai vers Nines. Il les observait toujours en silence mais sans tourner la tête ni même les yeux vers moi il dit : « regarde le chanteur.

-Hum ? Mignon !

-Si tu veux. Il se fait appeler Mundi mais j’ai appris qu’il était un Toréador de Floride en fuite pour s’être mis à dos l’Archevêque de Miami.

-Encore un ? Sabbatique ?

-Il est arrivé à Los Angeles il y a une semaine avec ses trois goules que tu vois là. Il ne sait pas encore présenté et ça n’a aucune importance vraiment. La seule chose qui me dérange c’est qu’il est réputé en Floride pour être un… Opportuniste. En plus d’avoir été un chien du Sabbat.

-Et ?

-Il pourrait être gênant si LaCroix vient le trouver avant nous, ou encore les Giovanni ou le Sabbat.

-Mais qu’est-ce qu’un type comme lui pourrait bien avoir comme influence ? »

Nines fronça légèrement les sourcils. Prenant son temps pour répondre et commençant à vachement m’agacer.

« C’est ce que tout le monde a pensé quand tu es arrivée. ‘Dieu qu’est-ce qu’une bleue Toréador peut bien avoir d’important ?’ Deux semaines plus tard tu faisais péter l’entrepôt du Sabbat à Santa Monica.

-Pas faux ! Héhéhé.

-Mais lui, même s’il est pourchassé par le Sabbat c’est un ancien membre. Il est Toréador ce qui veut dire qu’il a du charme…

-Merci !

-Arrête de me couper. Et qu’il peut très bien se faire valoir pour semer le trouble dans les rangs Anarch et en tourner vers le Sabbat pour se faire pardonner. C’est un opportuniste donc c’est de la nitroglycérine avec des crocs. Tu me suis ?

-Toujours ! Donc je fais quoi ?

-Tu vas trop vite attends moi. Le fait est qu’en bon Toréador Antitribu il a des vices. Et l’un de ces vices se rapproche des méfaits de Jack l’Eventreur. Mais ça n’est pas lui qui commet les crimes ni ses goules.

-Tu sais que j’en ai marre de faire les potiches pour faire cracher le morceau à un mâle ?

-Sauf que là tu vas jouer la prochaine victime.

-S’il fait tuer des mortelles ça va être dur !

-Sauf si tu l’emmerdes en essayant de lui faire rejoindre les Anarch… »

Nous échangeâmes un regard et je posai mon menton sur la paume de ma main droite. Coude sur la table en baissant les yeux sur le groupe de Mundi. « Et s’il accepte ?

-Alors il acceptera de nous…

-De me, tu sais très bien que c’est toujours moi qui fait l’Effaceur. Sans les pectoraux et le fusil.

-De te dire où se trouve son écorcheur.

-D’accord. J’ai toujours rêvé de faire les groupies mais j’aurais quand même préféré un beau bishô tout droit venu de Bishôland ou du Japon.

-Parce que c’est pas le même pays ? » Fit-il faussement candide en papillonnant exagérément les yeux. Je baissai la tête en laissant échapper un rire par le nez. Nines ne plaisantait pas souvent, mais quand il le faisait c’était tellement étonnant que c’était décapant. Je relevai la tête pour le voir sourire en coin puis passer une main dans ses cheveux bruns et enfin jouer avec sa barbe. L’air songeur. « Je te fais confiance pour ne pas te faire tuer, mais fais attention quand même, » dit-il finalement avant de pointer l’index droit vers la scène pour m’indiquer d’y entrer.

« Allons-y ! T’es un vrai négrier tu sais ?

-Pense que c’est un potentiel chien de chasse pour LaCroix.

-Pense plutôt que tu vas avoir deux Toréador sur le dos ! » Ricanai-je en me levant pour saisir mon petit sac et descendre l’escalier. Nines haussa les épaules en toute réponse.

Ainsi après ce petit briefing de la part de papa Nines Rodriguez baron officieux de Downtown mais lui dite pas ça le fâche… Je descendis presque en sautillant l’escalier pour commencer par donner l’impression d’une biche un poil cinglée comme toute groupie un peu à l’ouest se le doit. Arrivée en bas je passai la corde de mon sac en travers de ma poitrine sur mon épaule gauche. Me frayant ensuite un chemin parmi les chimpanzés qui constituaient l’essentiel de la piste d’agitation, heu, de danse. Pardon les singes ! Heu ! Les danseurs.

La piste était éclairée par une dominance bleue, et la scène de jaune. Je levai la tête pour voir ce Mundi d’un peu mieux. Oh vraiment son Sire n’avait pas trop craché en créant son Infant. Grand je dirais un mètre quatre-vingt cinq, pantalon et veste ouverte en cuir. Corps svelte mais fort, un visage aux traits fins de jouvenceau même s’il avait des joues plates et un menton carré. Il avait de longs cheveux noirs lisses qui lui allaient jusqu’au creux des reins mais tirés en arrière sans doute par un élastique derrière la tête.

De là où j’étais je voyais qu’il avait des mains déliées et de longs doigts fins de pianiste avec des ongles peints en noir. Il portait aussi des bottes militaires aux pieds. Ho que j’aimerai pas me faire botter les fesses par du cuir militaire, ça fait très mal ! On aurait dit qu’il y avait du plomb à la pointe des pieds pour alourdir. Un coup de pied au cul militaire et vous aviez l’impression d’avoir trop fait de cheval… Ou de sport de chambre.

Or ce petit moment d’observation passé je commençai à m’arranger un coin gesticulatoire en face de mon futur idole et le plus près possible mais pas trop non plus pour la vue. Ce qu’il y a de bien quand on est une Toréador en puissance c’est que les mortels vous font instinctivement une place de choix. Et sont comme en orbite autour de vous. Bon, danser à la manière d’une allumeuse de niveau 1 (l’allumeuse qui ne sait pas qu’elle en est une) n’était pas ma spécialité (j’étais allumeuse de niveau 3 c’est celle qui allume pour embarquer après, l’allumeuse de niveau 2 allume pour rigoler.) Mais j’y arrivais plutôt bien même dans une robe en coton un peu provençale et très à pas cher. Les bras levés légèrement au-dessus de ma tête, les yeux baissés pour faire genre je sais pas danser et je surveille mes pieds. Et le déhanchement des hanches qui souvent renommait le ‘69’ en ‘69 par procuration’ aussi appelé ‘OBH’ qui veut dire Organisons une Bacchanale d’Humains. C’est-à-dire on allait (enfin quand je dis ‘on’ c’est tous les Anarch sauf moi évidemment…) On allait dans un bordel et on glissait quelque aphrodisiaque dans les mets ou les boissons (ou les femmes, enfin en réalité, surtout dans les femmes et beaucoup moins dans la nourriture, c’est qu’un Brujah frustré qui veut s’amuser ça fait pas dans l’indirect). On attendait que la potion magique fasse effet et on regardait l’effet produit sur le monde merveilleux d’un bordel bien rempli. (Et d’un bordel bien semé.)

Moi j’attendais l’effet de mon déhanchement qui avait été renommé ‘le 69’ par Jack et les autres Anarch quand Nines avait le dos tourné. Mundi me remarqua plutôt vite pour un Toréador (c’est qu’ils sont difficiles !) Et ce fut bientôt un petit jeu de regards énamourés mais timides et de gestes explicites (qu’est-ce qu’on peut suggérer comme choses avec un micro !) Jusqu’à ce que leur tour de chant soit terminé. Qu’ils remerciassent le public des chimpanzés, heu… Et que Mundi ordonnât à ses goules de vite déblayer tout ça et de rempaqueter. Quand il descendit de scène, certaines et aussi certains s’agglutinèrent autour de lui. Mais après quelques paroles de lissage de l’ego il arriva à se frayer un chemin jusqu’à moi. Sage innocente les mains dans le dos. Saisissant la main droite que je lui tendis une fois devant moi pour y déposer un doux baiser. Mais gardant mes doigts ensuite dans la sienne. « Bonsoir mademoiselle ! » Dit-il en français. Je souris légèrement en baissant les yeux et répondis : « bonsoir… »

Alors que si j’avais souri c’était surtout en pensant : « c’estNinesquidoitpeut-êtrerê !! »


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