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Author of 14 Stories |
Hum, en vrac, je voudrais remercier mes trois adorables reviewers (Waouh, période faste !) que sont
Lodorfin (Respiiiiiire :p),
Sassenash (euh oui, je pense que je sais, et tu ne vas pas tarder à savoir de même !! Même bonne déduction... tu vas me dire, ce n'était pas très difficile XD) et
Lord Enagrom (je suis sans voix devant de telles reviews... je ne sais qu'y répondre, si ce n'est merci infiniment, et avec l'espoir que cette quatorzième rêverie saura te plaire. Bah, nous sommes 'intimes' maintenant , j'imagine que je devine juste. Pas de oneshot prévu pour le moment, mais après tout, pourquoi se limiter au chiffre dix-neuf...?) !
Je vous souhaite à tous une agréable lecture, n'oubliez pas de reviewer !
Quatorzième Rêverie
Dissolution
- Il est parti.
Ce n’était pas une question, mais une affirmation. Neutre.
Entreri fit mine de ne pas savoir de quoi le Drow parlait. Ses yeux restèrent obstinément braqués sur la tâche en cours : la contemplation de la baie d’Eau Profonde, du ballet incessant des navires, du vide.
- Tu as l’intention de rester planté là toute la journée ? demanda-t-il alors avec emportement à l’adresse de l’elfe noir qui lui, ne le lâchait pas du regard.
- Je pourrai te retourner la question, khal’abbil.
Entreri ne répondit pas, une fois de plus. Tout était allé trop vite, beaucoup trop vite. A peine revenus de leur excursion sur les versants de l’Épine Dorsale du Monde, les trois mercenaires avaient quitté Silverymoon pour s’aventurer sur la côte. Jarlaxle avait choisi Eau Profonde pour la vie mondaine florissante qui transformait chaque nuit la cité en un enchantement de danses, de buffets et autres rendez-vous propices aux intrigues tant prisées des Drows. Entreri s’était contenté de suivre Jarlaxle comme une ombre funeste… tout comme l’avait fait Drizzt.
Avant de laisser derrière lui cette infâmante lettre, cette stupidité sentimentaliste, cette insulte faite prose.
Jarlaxle le rejoignit devant la grande baie vitrée du palais aquafondien que le capitaine de Bregan D’Aerthe gardait pour chacune de ses visites à la splendide cité côtière. Du coin de l’œil, l’assassin l’observa. Tout de noir vêtu, pourtant marginal lorsqu’il s’agissait du domaine vestimentaire, Jarlaxle ne portait même pas son sempiternel chapeau violet. Il n’avait conservé de ses multiples accessoires et bijoux que son bandeau, ce jour-là sur son œil droit.
- Je me demande où il a pu aller, confessa-t-il avec une surprenante sincérité en passant une main sur son crâne nu. Non pas que je m’inquiète pour sa sûreté, je veux dire, il reste un Drow, mais…
Il laissa sa phrase en suspend, comme une invite muette.
- Mais quoi ? releva l’humain avec mauvaise humeur, croisant ses bras sur sa poitrine.
- Je vois beaucoup de Zaknafein en Drizzt. Surtout depuis qu’il nous a rejoint. Cette haine destructrice, ce rempart de cynisme… où est passé le héros du Val Bise, le héraut des forces du bien ?
Entreri allait lui rétorquer une réponse cinglante, mais l’elfe noir ne lui en laissa pas l’opportunité.
- Je ne pourrai jamais oublier. Zaknafein est devenu fou. Sa haine l’a transformé en une créature instable. Même lorsqu’il a pris son fils sous sa tutelle. Il n’était plus celui que j’avais connu. Menzoberranzan l’avait brisé.
- Quel rapport avec Drizzt ?
- Tu l’as brisé.
Entreri ouvrit la bouche pour répondre, mais ne trouva rien à dire.
- Deux fois, ajouta sombrement le Drow. La première, en lui ôtant l’humaine. Mais il avait dépassé ça, il avait gardé la douleur pour en faire une nouvelle force, c’était une renaissance pour lui. Et voilà que tu cloues l’oiseau en plein vol, par simple orgueil.
Cette fois-ci, la main d’Entreri vola à sa ceinture pour saisir sa dague et punir l’audacieux bavard, mais celui-ci arrêta son geste d’un regard.
- Malgré toute ma désapprobation vis-à-vis du geste de notre jeune protégé, malgré son manque cruel de prudence, je salue son panache et sa maturité vis-à-vis de toi. Il a su voir au-delà des apparences, et est loin d’avoir tort. Laisseras-tu derrière toi l’un de tes masques, Artemis ? J’en doute fort, tu t’es trop attaché à eux.
- Tais-toi ! siffla l’assassin, ses yeux deux fentes ténébreuses et meurtrières.
- Mais pourras-tu vivre avec la culpabilité et les regrets ? Je te l’ai dit, il y a beaucoup de Zaknafein en Drizzt. Les dieux seuls savent ce qu’il deviendra de lui par ta faute. Les dieux seuls savent ce qui aura été gâché.
La dague vampire goûta au sang du Drow, plaquée contre la gorge d’ébène de celui-ci. Pourtant il demeurait un grand sourire sarcastique sur les lèvres du mercenaire.
- Et les regrets, Artemis. Les regrets. Ce seront les pires. Ceux d’une vie, la tienne, que tu auras laissée de côté par peur, par crainte de l’inconnu. Quand tu seras seul, au cœur des ténèbres, aveuglé par tes principes, alors tu verras.
Soudain, il y eut une explosion, et un nuage de fumée âcre et blanchâtre. Entreri toussa et jura, ses mains devant son visage pour essayer confusément de se protéger. Il trébucha mais parvint à conserver son équilibre. Quand il put rouvrir les yeux, il était seul.
- Il est parti, croassa-t-il.
Ce n’était pas une question. C’était une affirmation. Pleine d’angoisse.
L’assassin toussa, secouant la main pour chasser les vapeurs blanchâtres. Il ouvrit fiévreusement les portes fenêtres, sondant la portion du toit visible, mais bien évidemment, il n’y avait pas un signe de Jarlaxle.
Sentant la brise marine avec plus d’acuité que jamais, Entreri se tourna vers l’océan, agrippant la balustrade de fer forgé songeant avec une pointe de rancœur que les deux elfes noirs n’avaient peut-être pas tort. Il était temps de quitter le rivage, et de laisser le vent gonfler ses voiles. Mais il fallait retrouver Drizzt, et lui expliquer.
- Lui expliquer quoi ? se surprit-il à dire. Qu’il avait raison ? Je ne lui ferai pas ce plaisir !
Des coups énergiques furent donnés contre la porte de la luxueuse suite meublée par le capitaine de Bregan d’Aerthe. Avec un juron supplémentaire, l’assassin se dirigea à grandes enjambées souples vers l’entrée, une main sur sa dague vampire en cas d’agression. Il était peut-être loin de Calimport, mais les pachas du sud avaient les bras longs… Entrouvrant le battant de palissandre vers lui, Entreri eut la surprise de reconnaître Arilyn Lamelune. La radieuse Demi-Elfe se tenait négligemment appuyée contre le linteau de la cheminée du couloir, sa silhouette longiligne soulignée par sa tunique bleue, sa précieuse épée magique battant son flanc. Malgré sa susdite surprise, Entreri fit comme s’il attendait la jeune femme depuis des heures et l’entraîna à l’intérieur de l’appartement sans aucune forme de délicatesse.
- Aïe ! protesta-t-elle. On t’a déjà dit que tu manquais cruellement de savoir-vivre ?
- Je suis un assassin, répondit-il platement.
La Demi-Elfe ne releva pas, faisant le tour du propriétaire sans s’interroger sur la réception de sa venue pourtant franchement pas enthousiaste de la part du Calishite.
- Tu cherches quelque chose ? demanda-t-il un peu froidement.
- Jarlaxle. Il m’avait promis une sortie en ville pour faire du lèche-vitrine. Il t’a dit quelque chose ?
Oh oui, mais ne compte pas sur moi pour donner ma psychanalyse en spectacle !
- Non, il est parti.
- Pas très sympa de sa part de me faire faux-bond comme ça…
- Puis-je te demander quelque chose, Arilyn ?
En toute sincérité, Artemis allait mettre toutes ses notions de bonnes manières pour foutre l’ennuyeuse intruse dehors, mais il sut qu’il pourrait au contraire la mettre à profit.
- Oui ? répondit-elle distraitement.
- Drizzt est parti aussi. Et…
Comme c’était stupide. Comment lui expliquer tout, la lettre, les mauvais traitements de son enfance, la peur d’être blessé à nouveau, l’incapacité à offrir sa confiance sans retenue, l’amour-propre qu’il piétinait avec trop de précautions et d’hésitations nouvelles, les…
Tout à son trouble, il n’avait pas remarqué qu’elle se tenait à présent à quelques centimètres à peine de lui, un sourire doux aux lèvres, et une étincelle particulière dans le regard. Dans un recoin très profond de son esprit, Artemis ne put s’empêcher d’être irrité par le fait qu’il lui cédait une certaine quantité de centimètres. La main de la jeune femme s’avança, timide, pour se poser sur sa bouche.
- Ne dis rien.
Il saisit son poignet fin, pâle et blanc entre ses doigts puissants et calleux.
- Merci, souffla-t-il, la gorge serrée bien qu’il essayât de le cacher.
Deux heures plus tard, l’assassin s’en voulait. A mort. Certes Arilyn n’était pas une vision désagréable à l’œil, mais il y avait quelque chose dans son regard qui respirait l’amusement délibéré. Entreri se sentait et se savait humilié, et il n’en supportait pas l’idée.
Néanmoins, la Demi-Elfe s’était montrée de bon conseil :
- Si Drizzt veut quitter Eau Profonde, disons qu’il a deux options majeures. La première, c’est de trouver le capitaine Deudermont et d’embarquer à bord du Farfadet des Mers pour je ne sais où…
- Je pense le nord, Luskan puis le Val Bise. Et l’autre option ?
- Il part par les terres, et là… bonne chance pour lui mettre la main dessus.
Entreri retint un soupir de découragement. Il n’avait pas la moindre idée de comment s’y prendre pour rejoindre l’elfe noir et… surtout ensuite lui parler. Toutefois, il était hors de question de fuir une nouvelle fois. Pas encore. Il emboîta donc le pas à la jeune guerrière, en direction des docks. Grâce aux contacts connus de la jeune fille dans la cité d’Eau Profonde - elle restait un Ménestrel après tout, ils apprirent sans entrave qu’un Drow aux yeux violets avait effectivement rejoint l’équipage du Farfadet des Mers, sous la houlette du capitaine Deudermont. Néanmoins, le Nord n’était pas la destination de la célèbre caravelle. Non, celle-ci se dirigeait en réalité vers le sud, jusqu’à Calimport, pour écluser sa marchandise.
- Calimport, murmura doucement Artemis. La roue tourne, Drizzt, tu avais raison. La roue tourne.
Arilyn s’arrangeait alors avec un autre capitaine pour arranger leur passage, sur les traces de Deudermont. Personne n’entendit sa remarque douloureuse, à peine audible pour des oreilles humaines normales.
Du moins, c’est ce que l’assassin crut.
Non loin de là, dans l’encadrement d’une fenêtre de l’auberge Les Bras de la Sirène, un sourire amusé fleurit sur des lèvres d’obsidienne. Un œil carmin s’enflamma dans les ténèbres.
- Le destin sait être joueur, khal’abbil.