
| Le crépuscule
Author: Neld OS Hors 10e défi du Poney Fringant, mais tout de même : le rapt de Celebrian et conséquences.
Rated: Fiction K+ - French - Elrond & Arwen U. - Words: 813 - Reviews: 5 - Favs: 1 - Published: 03-11-07 - Status: Complete - id: 3435434
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C'est Celebrian qui lui a enseigné à coudre. Elle se souvient des mains de sa mère sur les siennes, de sa voix. Celebrian préférait tisser. Elle n'aime plus grand chose ces jours ci. Ses mains couraient sur le métier comme du vif-argent; elle chantait, parfois, ou parlait, sans jamais s'arrêter; ses mains ne cessaient de mouvoir, pas plus que les feuilles des mellyrn ne cessent de s'agiter dans le vent, et elle continuait à tisser comme si ce mouvement lui était aussi naturel que de respirer.
Arwen songe parfois que c'est elle aussi qui les tissait ensemble, qui maintenait unis leurs esprits volatils, de façon si habile qu'ils ne s'en apercevaient pas. Elle courait à travers leurs vies comme un fil d'argent. Il a suffi de l'arracher, et ils sont défaits, désunis, désemparés. Arwen ne se connait pas la force de retisser les fils, d'unir sa famille comme sa mère le faisait; chaque jour elle tente à nouveau, fermant les yeux sur son chagrin, ou pour s'en éloigner peut-être; chaque jour elle retarde le moment où demeurer à Imladris deviendra insoutenable et où il faudra fuir; chaque jour elle se laisse prendre toujours plus étroitement dans les rets de son échec.
Elle ne demande rien, elle ne désire rien. Ils ne répondront pas. Leur talan est une forteresse d'où ils ne descendront pas; ils ne passeront pas l'océan avec elle. Par orgueil, par amour de leur terre, de leur peuple; parce que leur devoir n'est pas terminé ici, et par défiance envers les dieux. Ils ne donnent pas nos raisons. Leur fille sait leurs choix. Ils prient pour qu'elle les comprenne. Pour qu'un jour, elle leur pardonne.
Parfois une voix murmure dans leurs songes qu'ils n'ont pas tout prédit, qu'ils n'ont pas tout vu ou tout deviné, que les mécanismes du destin demeurent cachés; qu'un jour, peut-être, ils la reverront. Ils n'osent espérer.
Ils se souviennent aussi précisément du jour où ils choisirent eux-mêmes qui prendraient part à l'escorte de leur mère; du nombre des guerriers, de leur rang. On leur répète qu'il ne leur était pas donné de connaître le futur, d'imaginer seulement ce qui pouvait arriver; qu'ils avaient agi aussi parfaitement que leurs connaissances leur permettaient; avec compassion on remue leurs blessures. Il est plus aisé, parfois, ne serait-ce qu'en pensée, de blâmer leur père, sur lequel ni colère ni compassion ne semblent avoir de prise, de n'avoir pas su soigner Celebrian; ou leur soeur, parce qu'elle tente de prendre pour elle-même les tâches et responsabilités de leur mère. Parfois dans leur miroir ils entrevoient des visages d'orques.
Un soir il disparaît; Arwen trouve Vilya sur sa table de chevet. Ses fils, rappelés de leurs chasses, le retrouvent près d'un mois plus tard, vêtements et cheveux raidis par le sang des orques, les yeux vacants. La pointe de sa lame hésite sur la gorge des jumeaux.
Il reprend sa cité, son anneau. Sans dire mot. (Comme au premier jour où il la rencontra.)
Arrive le long crépuscule.
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