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Vive les Unas
Author of 23 Stories

Rated: M - French - Drama/Romance - Rodney M. - Reviews: 158 - Updated: 08-14-09 - Published: 03-18-07 - id:3446918

Merci pour vos précédentes reviews ! Voilà la suite...

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Chapitre 28 : Appelé à Comparaître

Après lui avoir donné sa dose quotidienne d’anesthésiants, l’Aide l’informa qu’il lui était demandé d’aider quelques juges Genii à définir la culpabilité de Togbert. C’était la procédure normale en cas de démantèlement de bordel.

-Quand aura lieu le procès ?

-Dans une semaine. Ca nous laisse à peine le temps de nous préparer, c’est pour cela qu’il nous faut commencer dès maintenant.

Rodney s’adossa au bureau et pris sa tête entre les mains. Il n’avait vraiment pas envie de faire ça, maintenant comme jamais. Il ne voulais pas réfléchir, se demander dans quelle mesure il en voulait à Togbert, dans quelle mesure ce dernier s’était racheté en lui permettant de s’échapper. Se demander à quel point il était responsable.

-La procédure est assez simple, continua Dorba. Pour chaque catégorie de crime il y a une peine. Pour qualifier un crime, les juges étudient cinquante questions. Si l’accusé est reconnu coupable de plus de dix questions, il est condamné à une peine de prison. Plus de trente et il est exécuté.

McKay ne voulait la mort de personne, pas même celle de Togbert. Il ne savait vraiment pas quoi penser de la situation, il ne voulait pas y réfléchir. Il voulait tourner la page et tout oublier.

-Pour vous, il s’agira juste de répondre à trente de ces questions par oui ou par non. Rien d’autre ne vous sera demandé.

-Quel genre de question ?

-Je pense que vous vous en doutez, lui répondit doucement Holth en se mordant la lèvre inférieure.

Comme si ça n’était pas assez humiliant comme ça, il allait devoir raconter ce qui lui était arrivé devant une centaine de personnes. Des Genii qui détestaient déjà les Atlantes par principe. Et il allait devoir participer à l’assassinat institutionnalisé d’un homme.

-Je ne veux pas que Togbert meure, annonça t’il soudain.

-Cette procédure n’est qu’une formalité, même sans vous il mourra, lui expliqua la jeune femme. Nous avons besoin de trois témoins dont deux victimes, et tous les prostitués de votre bordel se sont volatilisés de peur de participer au procès. Nous n’avons en plus de vous qu’un seul ancien esclave à moitié fou et un ancien garde, qui ne participe au procès que pour être blanchi. Togbert n’a aucune chance de s’en sortir, avec ou sans vous. Et honnêtement je ne comprends pas comment…

-Il a fait énormément de mal, je sais. Je sais aussi que je devrais le haïr, mais ce type n’est qu’une victime qu’on a transformé en monstre. L’enfermer d’accord, mais le tuer… Il a vécu la même chose que moi, sauf que lui n’avait que 13 ans. Vous ne pouvez pas comprendre, même moi je ne peux pas comprendre. Il a des circonstances atténuantes.

-Ca ne compte pas. La seule chose qui compte pour les juges, c’est ce qu’il a fait.

Quel idiot il était. Parler de circonstances atténuantes à une civilisation qui tirait à bout portant sur des gens dont le seul tord était de ne pas être totalement d’accord avec eux. Même si Dorba était gentille, si Helkin, Erian et Liovanido semblaient plus intelligents et raisonnables que bon nombre de terriens, les Genii n’en demeuraient pas moins un peuple sans scrupules, loin d’être pacifiste. A l’image de leur leader, Kolya.

Les Genii étaient sans doute la civilisation humaine la plus belliqueuse de cette galaxie. Pourquoi devait-il s’étonner s’ils exécutaient un criminel sans réfléchir plus de deux secondes aux raisons derrière ses actes ?

-Comment sera-t-il exécuté ? demanda t’il finalement, la mort dans l’âme.

-Il sera fusillé. Et vous serez obligé d’être présent, c’est la loi.

McKay eut un rire nerveux. C’aurait été trop facile s’il n’avait eu qu’à répondre à quelques questions et oublier toute cette affaire. Il allait devoir assumer en direct les conséquences de ses actes. Peut être même que le public applaudirait une fois l’exécution terminée. Une société débarrassée de ce qui lui fait honte. Oh oui, ça lui rappelait vraiment la Terre.

-Vous avez déjà tué un être humain Dorba ?

-Non, répondit t’elle avec surprise. Et vous ?

-Jamais en face. Jamais en regardant ma victime droit dans les yeux. J’ai tué des hommes, peut être des femmes, des Wraith aussi. Jamais seul, et toujours à distance. Et à chaque fois je tirais dans un tas d’anonymes, sans me soucier de qui je tuais. Je me disais que je sauvais ma peau, que je ne tirais pas très bien et que les morts, ils ne l’étaient sûrement pas à cause de mes balles. Et pourtant je visais la tête et les organes vitaux à chaque fois, c’est ce qu’on m’avait appris.

Dorba baissa les yeux, ne sachant pas quoi répondre. Elle n’avait jamais fait partie de l’armée.

-Le pire, c’est qu’on s’y habitue, continua t’il d’une voix monocorde. On s’habitue à tirer dans le tas et à ne pas penser aux gens qu’on a tués. Comment pourrait-on nous même survivre sinon ? Vous imaginez, quand on n’arrive pas à dormir et qu’on se souvient de tous les gens qu’on a tué, peut être ou peut être pas, à toutes ces vies anéanties par notre faute ? Vous vous demandez sans cesse si ces vies que vous avez prises étaient aussi valables que la votre. Si vous méritez d’avoir gagné. Si être un survivant ça veut forcément dire être un monstre. C’est invivable, alors vous n’y pensez pas, dés que l’ombre d’une pensée à ce sujet apparaît, vous l’enterrez. Vos amis sont comme vous, alors ils n’y pensent pas non plus, et vous n’en parlez jamais. Vous n’avez pas de remords, mais vous savez au fond de vous que plus rien ne sera jamais pareil.

-Vous survivez parce qu’il le faut, lui dit doucement la jeune femme. Pour votre peuple.

-Mon peuple…, ricana Rodney. Sur Atlantis, le tiers de la population prend des somnifères. Et on a beau dire, ce n’est pas parce qu’on a peur des Wraith qu’on a du mal à dormir. Ceux qui prennent des somnifères ce sont ceux qui ont du sang sur les mains.

-Si tel est le cas, pourquoi voulez vous autant retourner chez vous Docteur McKay ?

Il y eut un silence, puis Rodney baissa les yeux.

-Parce que vous êtes comme nous. Un peuple de survivants. Une armée de monstres.

Le canadien se rendit compte que son interlocutrice était choquée. Il se rendit soudainement aussi compte qu’il passait son temps à la choquer, repoussant les limites de ce qu’elle pouvait supporter. Inconsciemment il voulait sûrement qu’elle le rejette, qu’elle ne voie que la surface, un homme méchant et moche et agressif. Un con arrogant. Ce genre de comportement il l’avait aussi eu avec Samantha Carter, et avec toutes ces autres femmes qu’il avait cru trop bien pour lui. Ces femmes qui en fait n’étaient pas plus inaccessibles que les autres.

Mais cette fois, peut être n’avait-il pas tout à fait tord. Il sortait de quelque chose d’horrible, de quelque chose qu’il n’arrivait toujours pas à comprendre. De quelque chose de trop énorme pour pouvoir y réfléchir calmement. Il avait rangé ces 18 derniers mois avec toutes ces choses auxquelles il ne pouvait pas penser à moins d’y laisser sa santé mentale.

Alors comment pouvait-il être attiré par une femme aussi peu de temps après ? Comment pouvait il envisager une relation amoureuse après ce qui lui était arrivé ? Ca n’était pas raisonnable, ça n’était pas logique, ça n’était vraiment pas sain, et pourtant il en avait très envie. Il ne voulait plus la rejeter pour se protéger.

-Excusez moi, souffla t’il finalement. Posez moi ces questions, qu’on en finisse.

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