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Chapitre XX : Feu et glace
Le brouillard était tellement épais qu'il était impossible pour quiconque de voir sa main même si elle était juste sous son nez. Un brouillard blanchâtre et glacé dont le froid s'infiltrait partout, dont les bras s'enroulaient autour des arbres, des rochers comme des mains avides.
Le bruit du ressac allait et venait en rythme. La mer n'était pas loin. Une mer agitée, si l'on tenait compte du ronronnement assourdissant des vagues qui venaient se briser avec force contre le rivage.
- Combien de temps allons-nous encore attendre ?
- Plus trop longtemps, répondit une seconde voix.
- Qu'est-ce qu'on se gèle, reprit la première voix.
- Ouais, mais les ordres sont les ordres. Le chef nous a dit d'accueillir cette personne ici ! Avec une purée pareille, elle serait incapable de trouver le chemin de la base !
- Tu parles, j'suis même pas sûr que nous, nous puissions y retourner !
- Arrête tes bêtises ! C'est juste une protection, au cas où ...
- Ouais, et bah, y a d'autres protections que ce brouillard de malheur ! Franchement, quelle idée ...
- C'est ce qui est le plus sûr contre les moldus ...
- Tu parles, quel idiot de moldu voudrait venir ici ? Y a rien ... Une terre désolée, juste bon pour des idiots de zoomagicomages comme nous ...
Un des deux hommes éclata de rire.
- Ne me dis pas que tu ne connais pas toutes les légendes moldues qui court sur ce bout de terre.
- Qu'est-ce que j'en ai à faire de ces foutues légendes. Je n'ai qu'une hâte retourner au camp et me réchauffer avec un bon firewhisky ...
- Tu ne changeras donc jamais ! Toujours à râler si tu n'as pas ta dose.
L'autre marmonna une réponse inintelligible.
- Au fait, continua-t-il plus fort. C'est qui qu'on attend ?
- Euh, bonne question ... Le chef ne semblait pas trop au courant. On doit avoir la visite d'un nouveau scientifique ... paraît qu'il doit recenser je-ne-sais-quel-lichen magique qui pousse dans le coin.
- Chouette ... Encore un vieux débris du département ...
- Peut-être aurons-nous de la chance cette année ... Ce sera peut-être une jeune et charmante sorcière célibataire ...
- Tu peux toujours rêver ... Depuis quand les magicoscientifiques sont-ils jeunes et jolies ?
Les deux sorciers éclatèrent de rire.
- Et il doit arriver quand ? Demanda la première voix.
- Son portoloin ne devrait plus tarder ... J'espère pour lui qu'il est bien réglé ... Imagine qu'il fasse un pas de côté et c'est la chute dans l'océan ... Et rien ni personne ne pourra le sauver.
- Ca nous ferait des vacances ! Marre de tous ces vieux charlatans ... Du lichen ... Tu parles !
Il y eut un craquement sourd. Tisiphone se maudit. Elle avait à peine bouger. Le sol devait être étrange pour faire autant de bruit alors qu'elle changeait simplement sa jambe d'appui.
- Y a quelqu'un ? Lança un des deux sorciers.
C'était le moment où jamais. La sorcière ne se serait pas doutée que ce lieu était si curieux et protégé. Si elle se faisait passer pour ce botaniste, elle éviterait bien des ennuis. Et puis comme l'avait dit un des deux hommes, avec un peu de chance, le scientifique attendu ne voyant personne pourrait bien chuter et disparaître ! Une couverture assez idéale somme toute. Mais pour cela, elle devait agir vite.
- Oui, répondit-elle à l'adresse des deux hommes. Le seul problème c'est que je ne sais pas trop où je suis !
- Bougez pas ! Lui ordonna-t-on. On va vous guider. Un seul faux pas et c'est la mort.
- Très bien !
Il y eut soudain quelques éclairs qui réussirent à percer la brume épaisse. Le sol se mit à être illuminé par endroit.
- Marchez sur les pierres lumineuse, lui intima-t-on. Attention, ça peut glisser par endroits !
La sorcière s'exécuta. Le vent soufflait avec force à présent, rendant le brouillard encore plus dense. L'air lui sembla tout à coup chargé d'embruns. Le bruit des vagues s'était accentué. C'était une impression désagréable que de ne savoir où l'on posait les pieds.
Elle finit par arriver sur un petit sentier de gravier très clair. Devant elle, se tenait deux sorciers, vêtus de grosses capes en fourrure très claire.
- Bienvenue sur notre humble île, lança celui qui portait une grosse moustache qui lui donnait l'air d'un morse.
L'autre, le sorcier qui râlait depuis le début, adressa simplement un geste de la main à Tisiphone. Elle leur répondit brièvement.
- Alors, pour cette première fois, pas trop impressionnant le brouillard écossais ?
- Assez étrange, avoua la sorcière. Très déroutant même.
- Bon, on y va, grogna le second homme. Ca caille vraiment ! Vous continuerez votre p'tite discussion sur le chemin.
Tous approuvèrent et les trois sorciers se mirent en route.
- Je m'appelle Aonghas et le sorcier qui râle tout le temps, c'est Donan. Et vous ?
La sorcière décida de garder son prénom, c'était plus facile pour elle.
- Tisiphone, répondit-elle.
- Enchanté, grogna Donan.
Ils étaient à présent sortis du brouillard. D'un seul coup, ils purent embraser toute la beauté du paysage qui se déployait sous leurs yeux.
- Joli, n'est-ce pas ? Demanda Aonghas.
- Très, admit la sorcière.
Sous ses yeux, une lande s'étendait à perte de vue. Elle était ça et là parsemée de quelques bouquets d'arbres. La neige avait tout recouvert et étincelait sous le soleil. De petites mares et de minuscules ruisseaux serpentaient entre les buissons gelés.
Tisiphone se retourna. Un mur impénétrable se dressait devant elle.
- Une protection bien efficace ! Se vanta Aonghas. Elle nous protège contre les moldus qui se risqueraient dans le coin ou tout autre intrus. Toute la côte est recouverte de ce brouillard. Il n'existe qu'une sorte de jetée de pierre sur laquelle il est possible de se tranplaner ou d'arriver avec un portoloin. Mais si personne n'est là pour vous ouvrir la route avec les pierres de lumière, vous finissez à coup sûr déchiqueté par les rochers et les vagues en contrebas !
La chance avait été avec la sorcière semblait-il. Elle n'eut pas une pensée pour le pauvre botanicomage qui s'il n'avait pas encore goûté aux bras de l'océan ne tarderait pas à les connaître.
Elle suivit ses deux guides vers le camp des scientifiques.
- Vous verrez, c'est assez sommaire comme installation, mais le département magique interdit les constructions en dur.
Aonghas était intarissable.
- Le camp est divisé en plusieurs parties : les dortoirs, les tentes d'études, une par domaine.
Il s'interrompit et regarda Tisiphone.
- Vous voulez p'être que je sois plus clair ... En général les sorciers qui arrivent ici ne sont pas mis au parfum par leurs supérieurs.
- Je veux bien quelques précisions, admit la sorcière.
Celui lui éviterait peut-être de faire quelques bévues.
- Nous sommes trois à rester constamment ici toute l'année. Le camp peut accueillir une vingtaine de sorciers, mais c'est rare que nous soyons plus de dix. Vous êtes la seule scientifique en ce moment. Comme je le disais, une tente est dédiée à chaque recherche : une pour la magicozoologie, une pour la magicobotanique, une pour la magicoclimatologie, une pour la magicogéologie. Le chef, Donan et moi, on travaille sur les Griffons. C'est pour cela qu'on reste ici tout l'année.
Il se tut quelques instants.
- Vous allez étudier le lichen ... C'est bien ça ?
- Oui, répondit Tisiphone.
- En plein hiver ? Sous la neige ? Voilà qui est étrange.
La sorcière se sentit tout à coup embarrassée. Elle devait trouver un mensonge et vite. En espérant que son ignorance en la matière ne serait pas démasquée.
- Disons qu'il existe une propriété particulière que le lichen ne développerait qu'à de telles températures, sous la neige ...
- Ca m'a l'air grandement passionnant tout ça, marmonna Donan.
- Autant que vos recherches pour moi, rit la sorcière.
La marche dans la neige se révélait ardue et épuisante. Ils grimpèrent une petite dépression. Du haut de la colline, ils virent enfin le campement qui s'étendait dans le creux. Il paraissait assez sommaire : de simples tentes de toile. Mais la magie devait rendre tout cela confortable et agréable. Du moins, Tisiphone l'espérait. Le vent soufflait avec force et elle commençait à grelotter de froid.
Ils descendirent avec précaution la pente. La neige était épaisse et sans un sort efficace, ils se seraient enfoncés jusque la taille.
Enfin, ils arrivèrent à destination. Les deux scientifiques passèrent devant plusieurs tentes et expliquèrent à Tisiphone lesquelles elles étaient. La sorcière repéra celle dans laquelle elle était censée effectuer ses recherches. Ils traversèrent tout le camp et s'arrêtèrent devant une dernière tente. Elle avait deux entrées.
- C'est ici que sont installées les chambres. Une entrée sorcier et une entrée sorcière, montra Aonghas. Nous vous laissons vous installer. Rejoignez-nous dans la tente réfectoire, celle-là.
Il montra du doigt la tente qui était juste en face.
- Quand vous aurez terminé. Le chef sera là et il y aura aussi du thé !
Tisiphone remercia le sorcier et s'engouffra dans la tente. Cette dernière était spacieuse, divisée en petits box individuels. Ils étaient tous aménagés de la même manière : un lit assez confortable recouvert de couvertures et de fourrures bien chaudes, un petit réchaud personnel, un chevet, une table et un chaise, une armoire pour y ranger ses effets personnels. Les douches et les sanitaires étaient tout au fond de la tente. Un carrelage blanc au motif marin décorait le sol. Une immense cheminée permettait à la salle de bain de maintenir une température plus que convenable.
Tisiphone choisit le box le plus reculé. Elle déballa ses maigres affaires et les rangea dans l'armoire. Ses notes, ses carnets et ses livres trouvèrent aussi leur place dans le vieux meuble à la porte grinçante. Elle prit soin de jeter un sort sur tout ses papiers, les transformant en notes sommaires sur les plantes et le lichen. Elle s'assit sur le lit. Le matelas était assez mou, mais au moins les ressorts ne faisaient pas de bruit. Tout en démêlant ses cheveux légèrement humides, elle laissa vagabonder son esprit.
Jusqu'à maintenant, elle avait eu beaucoup de chance. Il fallait que cela continue ainsi. Il ne lui serait pas facile de donner le change. Elle ignorait ce qu'il l'attend si le « chef » des deux sorciers n'y verraient que du feu ou non ... En attendant, elle allait devoir passer pour une botanique. Cela lui arracha un rire. Lorsqu'elle était à Poudlard c'était une matière qu'elle n'aimait guère et qui l'avait très peu marquée. Peut-être que la tente dédiée au recherches sur les plantes comprendrait quelques livres qu'elle pourrait feuilleter rapidement pour avoir un bref aperçu.
En tout cas, son ignorance sur le campement et le fonctionnement ne semblait pas surprendre les sorciers en poste. Etait-ce une sorte de punition que d'être envoyé dans cette île pour des recherches ? Ou au contraire, un extrême privilège qui expliquait tant de mystères et de secrets ?
Elle se changea : le bas de sa robe était mouillé par la neige. Elle enfila sa tenue la plus chaude, prit sa baguette avec elle et alla dans le réfectoire.
Au sortir de la tente, la sorcière se rendit compte que la neige s'était remise à tomber avec force. Le vent violent faisait tourbillonner les flocons, la visibilité était presque nulle. Elle se hâta de traverser l'allée et s'engouffra dans la tente réfectoire. Un nuage de neige et de froid entra avec elle, mais la protection magique le fit aussitôt disparaître. L'endroit était spacieux. De lourdes tentures jaunes et roses décoraient les murs. Elles étaient un peu trop vives au goût de la sorcière. De petites tables en bois, rondes étaient disposées dans la pièce. Des chaises rembourrées attendaient les sorciers fatigués. Dans le fond de la pièce, une longue table rectangulaire servait de buffet. Des mets y étaient disposés. Plus loin, une ouverture donnait sans doute sur ce qui était la cuisine.
Donan était en train de remplir une assiette de petits sandwichs au concombre, au saumon, de petits crackers et de muffins. Aonghas était déjà attablé. Une tasse de thé fumait devant lui. Il fit signe à Tisiphone de s'approcher.
- Allez donc vous servir à manger et à boire ! L'invita-t-il.
L'appétit aiguisé, la sorcière s'exécuta. Elle prit de quoi se confectionner quelques petits sandwichs à la viande. Tisiphone retourna ensuite s'installer. Elle aurait préféré trouver un peu de solitude, le temps pour elle de préparer une histoire convaincante, mais les deux sorciers l'attendaient.
A peine s'était-elle assise qu'une bourrasque de neige et de vent s'engouffra dans la tente réfectoire, en même temps qu'un sorcier à la stature impressionnante. Il tapa avec vigueur ses bottes l'une contre l'autre pour en faire tomber la neige. Il ôta ensuite sa coiffe de fourrure, sa cape et les secoua pour les débarrasser du voile blanc qui les avait recouvert. Il salua finalement les trois sorciers. Donan se leva aussitôt et s'avança de quelques pas.
Chef ! Lança-t-il. Nous avons enfin de la visite ! Voici Tisiphone, envoyée par le département de Magicobotanique. C'est elle qui vient pour le lichen ...
L'homme grommela une réponse incompréhensible. Il passa sa main dans sa barbe noire hirsute puis dans ses cheveux longs et roux. Il finit par s'avancer. Il alla prendre une tasse et s'installa. Le liquide chaud passa de la théière au mug du sorcier. Il avala son thé d'une seule gorgée. Un grand sourire illumina son visage.
Aonghas s'était penchée vers Tisiphone.
Le chef ne parle jamais avant d'avoir pris son thé, lui murmura-t-il.
Exact, l'interrompit ce dernier d'une voix grave.
Il dévisagea Tisiphone et lui tendit une main velue.
Paulion Fordan, se présenta-t-il. Chef du projet Griffon. Enchanté !
Tisiphone lui rendit son salut avec un sourire forcé. Cette situation la mettait mal à l'aise. Elle ne cessait de triturer sa baguette magique, l'envie de se débarrasser de ces trois-là la démangeait, mais ces sorciers connaissaient l'île, ils pouvaient encore lui être utiles ... Elle réfréna son envie et répondit aux nombreuses questions de Paulion. Elle réussit à donner le change. Personne ne se douta de rien. Les trois sorciers étaient très bavards ; ils ne lui laissaient guère le temps de répondre, ce qui n'était pas plus mal.
Le soleil brillait bien haut et la neige étincelait avec force. Pas un souffle de vent n'agitait les branches immobiles des arbres gelés. Paulion était ravi de ce matin serein. Certes, il faisait très froid, mais le temps était au beau fixe.
Voilà une journée comme je les aime ! S'exclama le sorcier. Pas de vent, un grand soleil, un ciel dégagé ! Les Griffons seront peut-être de bonne humeur et se laisseront-ils approcher plus facilement.
Il s'adressait à Tisiphone qui sirotait son thé. Paulion remonta sa manche et lui montra son avant-bras gauche : une énorme balafre tout fraîche partait de son poignet pour rejoindre son coude.
Un mâle peu enclin à se laisser mesurer ... Un coup de bec plutôt acéré, n'est-ce pas ?
Tisiphone hocha la tête. Si les vieux écrits étaient vrais, les griffons devaient garder l'entrée de la tombe, elle allait devoir en apprendre plus sur eux avant de tenter quoique ce soit ! Elles savaient que certains sorts ne leur feraient aucun mal. Elle allait devoir ruser. Pour l'instant, elle devait déjà découvrir cette fameuse tombe.
Sous prétexte de partir à la recherche de son lichen, elle décida d'explorer l'île. Les trois autres sorciers étant occupés à leurs recherches, elle avait tout le loisir de déambuler sans se cacher. D'après sa traduction, la tombe de l'Ancien Atlante était à l'intérieur des terres, dans un petit bosquet qui était devenu sacré. Avec un peu de chance, ce caractère sacré résultait de protections magiques qui existaient peut-être toujours et qui seraient donc facilement détectables. Elle se mit donc en chemin en ayant pris soin d'emmener avec elle ses notes et un étrange appareil. Elle sortit du camp et entreprit de monter au sommet d'une colline non loin de là. De son promontoire, elle aurait un meilleur point de vue sur les environs et saurait où mener ses pas. La neige épaisse rendait sa progression difficile. Elle s'enfonçait dans la poudreuse jusqu'aux genoux. Excédée et fatiguée après une petite demi-heure de marche, elle sortit sa baguette. Elle marmonnait quelques paroles. Sa progression fut aussitôt facilitée puisqu'elle ne s'enfonçait plus dans le manteau blanc et froid. Elle arriva enfin au sommet de la colline. Elle s'arrêta et reprit d'abord son souffle. Puis son regard se porta sur l'horizon. Devant elle, en contrebas s'étendait le camp, plus loin, elle reconnut le chemin qu'elle avait empruntée avec ses guides. L'horizon était soudainement arrêté par un mur de brume qui semblait impénétrable. Tisiphone se tourna ensuite vers sa gauche. Là encore l'horizon était barré par la brume protectrice. La sorcière aperçut de nombreux bosquets plus ou moins denses, plus ou moins épais. De petits ruisseaux couraient entre quelques collines peu hautes. Des mares gelées étaient parsemées dans la lande endormie. De l'autre côté, le même paysage s'offrait au regard, une rivière un peu plus large serpentait entre quelques arbres isolés et rabougris avant de se perdre dans les contreforts montagneux. Ce ne fut qu'après avoir fait son tour d'horizon que la sorcière se rendit compte que la brume entourait en totalité l'île. Elle fronça les sourcils. Elle sortit soudain sa baguette et la pointa sur une grosse pierre. La neige qui la recouvrait disparu et Tisiphone s'assit sur la roche grise. Elle sortit ses notes et commença à les compulser. Il lui fallait d'abord essayer de se repérer. Elle relut avec attention ses traductions, souligna certains passages en rouge avec une plume noire qu'elle mâchouillait parfois. Elle passa de longues heures sous le soleil timide à compulser notes et traductions. Finalement, elle se leva et descendit la colline. Elle se dirigeait vers la rivière qui dormait sous une épaisse couche de glace. Tisiphone était à peu près certaine que c'était ce cours d'eau que les Anciens avaient remonté avant de s'installer ici. Elle pesta contre la neige qui l'empêchait d'effectuer quelques fouilles pour vérifier ses suppositions. Elle se dirigea vers les petits bosquets d'arbres endormis. D'après ses traductions, les Atlantes avaient construit un temple en pierre noire dans un bosquet. La sorcière n'avait plus qu'à espérer trouver ce fameux bosquet ... Si un temple avait été construit, il en resterait sans doute une trace. Elle arriva dans le petit sous-bois. L'air y était vif, sans un rayon de soleil pour réchauffer le sol. Il y avait un peu moins de neige au sol tant les arbres étaient rapprochés et avaient protégé la terre presque nue.
La progression était rendue difficile par les petits buissons épineux qui s'accrochaient à la robe de la sorcière, manquant de peu de la déchirer plusieurs fois.
Elle ne trouva rien dans le premier bosquet, ni dans le second. La nuit commençait à tomber, elle était frigorifiée mais décida tout de même de continuer. Elle se laissa une demi-heure de recherches et rentrerait ensuite. Les arbres, ici, étaient tout autant serrés, mais au bout de quelques pas, Tisiphone déboucha sur ce qui ressemblait à un vieux sentier sur lequel la végétation avec repris ses droits : le sol était par endroit comme pavé malgré les racines, les arbustes qui avaient poussé. Elle suivit donc ce reste de chemin. Il la conduisit dans une vieille clairière envahie par la végétation : les arbres y étaient un peu moins hauts et semblaient entourer un monticule étrange. Le crépuscule s'était installé. Tisiphone sortit sa baguette et un lumos éclaira le monticule. Elle s'en approcha et découvrit qu'il s'agissait d'un vieux tas de pierres taillées. Elle sourit car elle savait qu'elle était sur une bonne piste. Avec une pointe de regret, elle fit demi-tour. Il faisait beaucoup trop sombre et trop froid pour commencer à fouiller quoique ce soit. Elle sortit du bosquet et se hâta dans la neige : le campement était bien loin. La route fut pénible et difficile, le froid engourdissait ses membres et le lumos de la sorcière ne chassait que difficilement les ténèbres qui s'étaient installées. Au bout de quelques minutes, elle eut la nette et désagréable impression d'être suivie. Il lui semblait voir de sombres ombres à la périphérie de son champ de vision, des mouvements furtifs et vifs qui disparaissaient dès qu'elle tournait la tête. Elle accéléra, du moins essaya-t-elle car avec l'épaisse couche de neige c'était des moins évidents. Elle n'eut plus de doute lorsqu'elle entendit de drôles bruissements ... Elle se retourna vivement, mais ne vit rien. Elle sortit sa baguette juste au cas où ... puis reprit son avancée vers le campement. La plus grande partie du trajet se passa ainsi : d'étranges bruits qui la faisaient se retourner pour ne rencontrer que le vide. Elle était en train de gravir la dernière colline qui la séparait du camp lorsqu'enfin, les ombres ne furent plus ombres... Une créature poussa alors un cri perçant et bondit ou plutôt s'envola pour barrer le passage à la sorcière. Tisiphone stoppa net. Elle observa avec attention l'animal qui l'empêchait de continuer sa route. Mi-lion, mi-aigle ... Aucun doute possible c'était un griffon. Son arrivée fit bondir Tisiphone, mais dans le même temps, elle sut qu'elle n'était pas loin de son but. Les griffons l'avaient suivie depuis qu'elle avait quitté le petit bosquet, c'est donc qu'elle avait découvert la fameuse tombe où normalement était caché le pectoral qu'elle recherchait. Pour le moment, elle oublia le bijou atlante qu'elle devait récupérer. Un autre problème autrement plus poilu et ailé lui faisait face, rejoint rapidement par trois autres créatures qui entouraient à présent la sorcière. Pas moyen de fuir ... Elle ne pouvait même pas transplaner, la protection était présente sur toute l'île. Elle raffermit sa prise sur sa baguette même si cela lui semblait futile ... Si les vieilles légendes sur les griffons n'avaient ne serait-ce qu'une once de vérité, les sorts ne l'aideraient aucunement à se débarrasser des griffons.
L'animal qui faisait face à Tisiphone ouvrit son bec acéré et poussa un cri perçant. Les autres lui firent aussitôt écho.
C'est bien ma veine, marmonna la sorcière.
Les prunelles écarlates de l'immense griffon ne lâchaient pas la sorcière des yeux. Il suivit le moindre mouvement même infime de Tisiphone. Il émit un nouveau grognement qui n'avait rien d'amical. La sorcière s'était figée. Pour le moment, les griffons n'avaient pas fait un geste envers elle, si elle pouvait éviter de les provoquer ... Certes, leurs cris n'étaient en rien rassurant ... mais ils l'observaient c'était tout ...
Aussi idiot que cela puisse paraître, Tisiphone s'adressa soudain à celui qui lui semblait être le chef : la grosse créature qui lui barrait la route.
- Que me voulez- vous ? Laissez-moi passer !
Le griffon pencha la tête sur le côté dardant toujours Tisiphone de son regard de feu. Il semblait écouter ses paroles. Lorsque Tisiphone se tut, il ébroua ses plumes et émit un petit son semblable à un rire moqueur. Mais il ne bougea pas. Puis tout à coup, sans crier garde, il bondit en avant et vint se planter juste devant la sorcière. Il avança sa tête et de son bec effleura la joue de Tisiphone avant de reculer. Elle n'avait pas bougé, mais le contact du bec l'avait fait tressaillir et sa joue, là où il l'avait touchée lui semblait brûlante.
- Que voulez-vous ? Répéta-t-elle.
Cette fois, le griffon émit des grognements qui finirent par dire quelque chose ...
- Des Ténèbres, ton âme et ton coeur en sont remplis ... Du Sanctuaire, le repos tu as profané ...
- Je n'ai rien profané du tout ! Protesta alors Tisiphone.
Sans même s'en rendre compte, comme avec les Minotaures, elle avait employé le langage des Anciens.
- Dans le bosquet sacré, tes pas ont résonné !
- Je n'ai rien fait de mal ! Je me suis retrouvée là par hasard !
Tisiphone darda la créature d'un regard glacé qui ne l'impressionna nullement. Le griffon se savait supérieur du moins en nombre.
- Le mensonge et l'envie, ton coeur en est rempli ...
- L'envie ? Vraiment ? Et l'envie de quoi ? Demanda alors Tisiphone.
Elle se savait perçée à jour et espérait simplement gagner un peu de temps.
- Des vieux trésors oubliés cachés à jamais ...
Tisiphone frissonna, cela n'augurait rien de bon.
- Je n'ai rien pris !
Pas encore, pensa-t-elle fortement. La tâche ne serait pas si facile que ça, au final.
- Tout est intact encore, mais pour combien de temps ?
Tisiphone n'ajouta rien. Le griffon poussa un nouveau cri strident. Elle sentit un mouvement derrière elle et une douleur fulgurante à son bras droit. Une des créatures venait de se jeter sur elle, lui entaillant douloureusement son bras du coude jusqu'à l'omoplate. Elle grimaça lorsqu'elle sentit le sang goutter ... Les griffons s'étaient rapprochés d'elle. Elle sentit leur souffle putride. Elle n'avait toujours pas lancé le moindre petit sort ...
Soudain une voix sortie de nulle part l'interpella.
- NE BOUGEZ PAS !
Elle finit par apercevoir Fordan qui avançait à grandes enjambées dans sa direction. Il avait l'air furieux ... contre elle ou contre les griffons ?
Les créatures elles aussi s'étaient figées. Toutes avaient tourné la tête vers le nouvel arrivant. Leurs prunelles brûlaient d'un feu ardent et étrange. Le grand mâle qui lui avait parlé battait nerveusement l'air avec sa queue de lion, tandis que ses serres s'enfonçaient au loin dans la neige comme s'il voulait la réduire en poussière.
Paulion était maintenant à quelques pas des griffons et de Tisiphone. Il s'était arrêté, un peu essoufflé. Sa barbe hirsute et sa chevelure étaient parsemées de flocons de neige et lui donnait un air étrange. Il tenait à deux mains un étrange bâton tout tordu. Il le leva devant lui avant de le planter avec force dans la neige. Son visage sous l'effort était devenu encore plus rouge. Il marmonna d'étranges paroles qui firent aussitôt leur effet. Les griffons inclinèrent la tête et commencèrent à reculer avec des gestes lents et calculés. Paulion fit signe à Tisiphone de la tête de le rejoindre. La sorcière s'exécuta. Lorsqu'elle fut parvenue à ses côtés, le sorcier prononça de nouvelles paroles étranges, frappa une nouvelle fois le sol de son bâton. Le grand griffon poussa un rugissement strident, il fouetta l'air une nouvelle fois de sa queue passablement énervé. Les autres griffons s'en étaient allés, mais lui ne bougeait pas.
- C'est pas vrai, grogna Fordan.
Il se saisit à nouveau de son bâton et frappa le sol en répétant les mêmes paroles incompréhensibles. Le griffon rugit de nouveau. Il claqua son bec dans le vide comme pour impressionner les deux sorciers. Puis sans crier garde, il secoua sa tête ébouriffant ainsi ses plumes. Avec majesté, il bondit, prit son envol et disparut dans la nuit.
Le silence redevint maître de la lande. Mais pour peu de temps. Paulion se tourna vers Tisiphone, la colère se lisait sur ses traits toujours aussi rougis par l'effort.
- Que s'est -il passé ? Demanda-t-il passablement énervé.
Tisiphone prit tout son temps avant de lui répondre. Elle voulut déjà jeter un coup d'oeil à sa blessure, mais Paulion ne lui en laissa pas le temps.
- Pas ici ! Ils pourraient revenir ! Rentrons d'abord au campement ! Ordonna-t-il.
Il donna le signal de départ et Tisiphone ne put que lui emboîter le pas. La perspective de croiser une nouvelle fois la route des créatures n'y était pas étrangère. Sans se retourner ni même lui accorder le moindre regard, Paulion répéta sa question.
- Alors ? Que s'est -il passé ?
Cette fois, Tisiphone ne put éluder l'interrogation du sorcier. Elle cacha juste certains éléments.
- Je l'ignore ... Je rentrais au campement avec l'impression d'être suivie. J'ai sorti ma baguette et tout à coup ces trois créatures ont surgi de nulle part !
- C'est étrange ! Et totalement inhabituel ... Il se passe vraiment de drôles de choses ...
Il avait marmonné ces dernières paroles plus pour lui-même. Mais Tisiphone releva l'allusion.
- Ah bon ? Demanda-t-elle.
Paulion la dévisagea longuement avant de reprendre leur progression. Finalement, il se décida à répondre à la sorcière.
- Entre cet incident avec les griffons, l'alarme de protection de l'île qui s'est déclenchée bizarrement ...
- Il y a une alarme sur l'île ? S'étonna Tisiphone.
- Oui ! Si quelqu'un essaye de s'y transplaner sans être attendu, elle se déclenche ...
Cette fois, ce fut Tisiphone qui stoppa net. Paulion n'avait rien remarqué, il avait continué à avancer. Elle se reprit bien vite et rattrapa le sorcier.
- Quelqu'un a donc essayé de venir ici ?
- Apparemment ... Mais il n'a pas eu de chances ... soit il s'est fracassé en contrebas des rochers sous il a été emporté par la mer ... Cela dit, je vais encore avoir de la paperasse à faire pour le Ministère ... Je dois rapporter cet événement ...
Il soupira.
Tisiphone prit alors la parole.
- Pourquoi les griffons semblaient si énervés ?
Elle avait délibérément changé de sujet et de toute façon, la question n'était pas désintéressée, elle voulait en savoir plus sur les créatures, si elle souhaitait pénétrer dans le sanctuaire et y récupérer le pectoral, elle devrait se méfier des griffons.
Cette fois, ce fut Paulion qui s'arrêta. Il se retourna et jeta un coup d'oeil à la sorcière.
- C'est une bonne question ! Répliqua-t-il d'un ton sec. J'aimerai bien le savoir.
Il la toisa avec froideur.
- Auriez-vous fait quelque chose qui les a mis dans cet état ?
Il avait repris sa marche. La neige tombait avec force maintenant, Tisiphone ne put s'empêcher de frissonner. Sa robe et sa cape lui collait dans le dos, là où le sang avait commencé à se coaguler. Une grande faiblesse commençait à la saisir. Il était temps pour elle d'arriver au camp de pouvoir enfin se soigner. Ils n'en étaient plus loin ... Ils franchirent les derniers mètres dans le silence. Répondre à la question de Paulion serait pour plus tard ... Tisiphone était épuisée. Le chef du campement la conduisit dans une petite tente à l'écart.
- La tente infirmerie, expliqua-t-il laconiquement.
Ils y entrèrent. Une douce chaleur régnait dans cet endroit calme. Paulion fit signe à Tisiphone de s'asseoir sur un tabouret devant la cheminée où un bon feu flambait.
- Je vais m'occuper de votre blessure, nous parlerons après.
La sorcière hocha la tête.
- Enlevez votre cape ! Ordonna-t-il d'une voix qui s'était radoucie.
Tisiphone s'exécuta en grimaçant. Le tissu avait collé sur sa blessure et elle se remit à saigner lorsqu'elle ôta sa la manche de sa robe, en prenant bien soin de mettre à nu que la blessure ... plus bas son avant-bras était marqué par le Seigneur des Ténèbres.
- C'est pas joli joli, commenta le sorcier simplement.
Le bec acéré du griffon s'était enfoncé profondément dans la chair de la sorcière. Le sang qui avait commencé à sécher formait une croûte épaisse tout autour de la blessure.
- Vous avez eu de la chance, dit le sorcier.
Il avait pointé sa baguette sur la blessure de Tisiphone et jeta un sort pour nettoyer tout cela.
- Aie ! Grimaça-t-elle.
- Je fais aussi doucement que possible, s'excusa-t-il.
Tisiphone sortit également sa baguette et fit apparaître un verre de firewhisky qu'elle avala en une gorgée. Elle ne vit pas le sourire se dessiner sur le visage du sorcier lorsqu'elle fit apparaître son verre.
- Vous n'avez toujours pas répondu à ma question de tout à l'heure ! Lui fit-il remarquer.
- Qui était ? Mentit la sorcière.
Elle se souvenait très bien de son interrogation.
- Je vous avais demandé si vous aviez fait quelque chose pour mettre les griffons dans cet état.
- Non, répondit Tisiphone. Je ne pense pas !
-Cela vous dérange de me dire ce que vous avez de votre journée ? Peut-être que sans le vouloir vous les avez dérangés !
Tisiphone ne réfléchit guère et répondit à la question de Paulion. Si elle voulait récupérer le pectoral, il était dans son intérêt de savoir quoi faire et ne pas faire !
- Je suis partie un peu en exploration ... expliqua-t-elle.
- Dans quel coin de l'île êtes-vous allée ?
- Vers le sud et l'est ... J'ai suivi une rivière, je suis entrée dans plusieurs bosquets également.
Le visage du sorcier s'assombrit.
- Ne me dîtes pas que vous êtes arrivés dans un bosquet où se trouvaient des dolmens et des menhirs !
- Si ... Pourquoi ? Est-ce grave ?
Tisiphone s'était retournée pour dévisager le sorcier qui venait d'arrêter de la soigner.
- Je comprends tout ! Cet endroit est comme qui dirait sacré pour les griffons ... Ils en sont en quelque sort les gardiens et poursuivent quiconque s'en approche ...
- Mais pourquoi ?
Le rire enjoué et tonitruant de Paulion s'éleva dans la tente.
- C'est une bonne question ! Je n'en ai aucun idée. On raconte que des trésors sont ensevelis sous le dolmen et que les griffons les protègent coûte que coûte ... En tout cas que ce soit vrai ou faux, l'endroit est jonché de restes humains ...
- Génial ... marmonna Tisiphone.
- Pardon ?
- C'est ... euh ... que j'ai remarqué là-bas des choses intéressantes pour mon étude ...
- Je crois, malheureusement, que vous devrez trouver un autre endroit ... Même moi qui fréquente les griffons depuis de nombreuses années, j'ai beaucoup de mal à me rendre dans le cercle de menhirs ...
De folles pensées agitaient l'esprit de Tisiphone. Une plus que tout affleurait régulièrement sa tête ... en dernier recours ... sans doute !
Pour le moment, elle chassa cela de sa tête. Elle préféra questionner le sorcier.
- Et ce bâton ? Qu'est-ce que c'est ?
- Le seul moyen que j'ai trouvé et qui soit efficace pour les faire reculer ! J'ai appris ça dans de vieux grimoires ... utilisé avec la bonne formule, les griffons sont censés obéir et retourner d'où ils viennent ...
Tisiphone grimaça une nouvelle fois ... Paulion avait appuyé un peu trop fortement sur sa plaie. A présent, il appliqua sur la blessure un baume odorant et glacé. Il fit ensuite apparaître un long bandage blanc et le posa sur la coupure.
- Voilà ! Annonça-t-il. C'est terminé ! Je pense que vous aurez intérêt à jeter dessus un sort d'imperméablilité pour vous laver ! Voici de quoi appliquer dessus !
Tisiphone le remerçia.
- Passez une bonne nuit ! S'exclama Paulion. Et passez me voir demain avant de partir en expédition. Je vous dirai où aller et où ne pas aller !
Elle hocha la tête et sortit dans la tourmente. La neige tombait avec force, le vent soufflait avec violence, faisant danser les flocons devant les yeux de la sorcière.
Tisiphone passa tout d'abord à la tente réfectoire déserte. Elle emporta de quoi grignoter et s'en retourna dans sa propre tente.
Une fois seule, elle se laissa tomber sur son lit. Elle ne prit même pas le temps de manger, elle se jeta sur son carnet de notes et y griffonna quelques mots vite fait ... Assise en tailleur sur le matelas de sa couche, elle s'appliqua à écrire une lettre pour Lucius, une lettre toute simple pour le rassurer et le tenir au courant sans pour autant se compromettre.
Puis exténuée par sa journée, elle se coucha et s'endormit rapidement. Un sommeil lourd peuplé de rêves étranges où les griffons cotoyaient les anciens souvenirs.
L'aube n'était pas encore naissante que Tisiphone, mue par un étrange sentiment se redressa d'un bond. Les yeux encore bouffis de sommeil, elle tatônna dans la pénombre pour récupérer sa baguette cachée sous son oreiller. Puis, elle reporta son attention dans le dortoir. Une silhouette sombre se découpait non loin de son lit.
- Lumos ! Cria-t-elle.
Une douce lueur éclaira soudain les lieux et elle découvrit Paulion nonchalement accoudé à la porte d'un box. Il avait une lueur étrange dans le regard. Rien de bon ne semblait résulter de cela.
- Qu'est-ce que vous faites ici ? Grogna la sorcière.
- Je veux parler ! Répondit Paulion calmement.
- N'est-il pas un peu tôt pour venir parler ...
- Cela dépend simplement du sujet de conversation, répliqua-t-il sur le même ton.
- Très bien, alors de quoi voulez-vous parler ?
Tisiphone s'était levée et toisait le sorcier qui lui faisait face. Il avait à présent un sourire énigmatique sur le visage.
C'est à cet instant seulement que Tisiphone remarqua qu'il tenait un morceau de parchemin enroulé. Avec des gestes lents, le sorcier s'approcha jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de Tisiphone.
- De nombreuses choses, finit-il par répondre.
Tisiphone croisa ses bras sur sa poitrine.
- Très bien, alors ! Je vous écoute ! Arrêtez d'être si mystérieux, venez- en aux faits !
- C'est que je ne sais guère par où commencer ...
- Par le début, répliqua la sorcière cinglante.
- Très bien !
Il déroula alors le rouleau qu'il tenait depuis tout à l'heure et le brandit sous le nez de Tisiphone.
- Reconnaissez-vous cela ? Demanda-t-il d'une voix ferme.
- Je devrais ?
Elle lui avait répondu sur le même ton, sans jeter le moindre coup d'oeil au parchemin.
- En théorie, oui ... Si vous êtes vraiment ce que vous prétendez être !
Et voilà, on y était ! Ils ne leur avaient pas fallu longtemps pour découvrir la vérité. Mais ce ne fut pas pour autant que Tisiphone se laissa démonter.
- Qu'est-ce que vous sous-entendez par là ?
Elle n'avait pas vu qu'il avait aussi apporté un autre parchemin. De nouveau, il le déroula et le fourra sous le nez de la sorcière.
- Au moins, vous n'avez pas menti sur votre prénom ... constata Paulion.
Tisiphone jeta un rapide coup d'oeil sur le second document. C'était un avis de recherche la concernant.
- La photo n'est pas à mon avantage, commenta-t-elle laconiquement.
Elle toisa de nouveau le sorcier.
- Que voulez-vous ? Pourquoi n'ai-je déjà pas vu débarquer un contingent de ces incapables Aurors ...
- Peut-être sont-ils déjà en retour ...
Tisiphone éclata de rire ...
- Dans ce cas, pourquoi venir me trouver ... Vous ne les avez pas encore prévenu ... Pourquoi ? Pour satisfaire votre curiosité, je suppose ...
Elle avait visé juste.
- Exactement. Puis-je savoir pourquoi une Mangemort s'intéresse-t-elle à cette île ?
- Vous pensez sérieusement que je vais vous répondre ?
A son tour, Paulion éclata de rire.
- Vous ne prenez même pas la peine de démentir.
Tisiphone le regarda avec étonnement.
- A quoi cela servirait-il ? A rien, n'est-ce pas ?
Le sorcier hocha de la tête. Il s'était encore plus rapproché de Tisiphone. Il la dépasse d'une bonne tête, mais cela ne l'effrayait en rien. Elle avait eu à faire à plus forte tête.
- Que voulez-vous ? Répéta-t-elle.
Elle serrait avec force sa baguette. Jeter un sort contre cet imbécile la démangeait fortement. Paulion ignora la question de Tisiphone. Il avait enroulé une mèche de cheveux de la sorcière autour de son index.
- En tout cas, ils ont bon goût chez les Mangemorts.
Tisiphone lui rit au nez.
- Ainsi c'est donc cela ... Votre silence en échange de mes faveurs ...
Paulion haussa les épaules.
- C'est que nous sommes bien seuls sur cette île. La solitude ... Ca doit aussi vous connaître ...
Il lut rapidement l'avis de recherche.
- Plus de vingt ans à Azkaban ...
- Vous vous préoccupez de moi, en réalite ... railla-t-elle.
Le sorcier sourit.
- Si vous le dites, soit ...
Il eut un autre sourire, digne d'un prédateur cette fois.
- Alors ?
Cette fois ce fut Tisiphone qui éclata de rire. Son rire mourut soudain lorsqu'elle lui répondit en grognant.
- Dans tes rêves !
Le visage de Paulion se ferma d'un coup.
- Puisque tu le prends comme ça, sale petite garce.
Il esquissa un mouvement avec sa baguette, mais Tisiphone fut la plus rapide.
- Expelliarmus ! Rugit-elle.
La baguette de son adversaire lui sauta des mains et atterrit dans celles de Tisiphone. Elle eut un petit rire moqueur.
- Alors ? Le nargua-t-elle.
Paulion poussa un grondement et se jeta sur la sorcière. Surprise Tisiphone lâcha la baguette qu'elle venait de récupérer. Mais cette dernière n'intéressa pas son propriétaire. Quand il avait bondi sur la sorcière, tous deux s'étaient retrouvés étendus sur le lit de Tisiphone. Paulion pesait de tout son poids sur la Mangemort. Il eut un petit rire de victoire.
- Je te l'ai dit ! Répéta Tisiphone. Dans tes rêves !
Elle ponctua ses paroles d'un violent coup de genou dans l'entrejambe du sorcier. Il poussa un grognement de dragon blessé et roula sur le côté en jurant.
- Sale petite garce !
Tisiphone s'était relevée d'un bond.
- Tu crois vraiment que tu peux me battre avec tes méthodes de moldus ?
Elle ricana et pointa sa baguette sur Paulion. Le sort d'entrave le frappa de plein fouet et l'immobilisa.
- Que vas-tu faire de moi ? Lui demanda-t-il. Me tuer ?
Tisiphone lui faisait face,très calme malgré la rougeur qui avait envahi ses joues.
- Te tuer ? Ce n'est pas l'envie qui me manque ... Mais pas encore ... J'ai besoin de toi ...
Ce fut au tour du sorcier d'éclater de rire.
- Parce que tu crois que je vais exaucer tes petits désirs ?
Tisiphone lui adressa un sourire radieux.
- Bien entendu !
Elle brandit une nouvelle fois sa baguette.
- Imperium !
Le matin se leva et le soleil découvrit un paysage figé sous un épais manteau blanc. Deux silhouettes progressaient en silence. Tisiphone suivait à quelques pas Paulion qui avançait l'air hagard et vide. Le camp qu'ils venaient de quitter était immobile et silencieux, trop silencieux peut-être.
Paulion s'aidait dans sa progression de son grand bâton de bois clair.
- Plus vite ! Ordonna Tisiphone.
L'allure s'accéléra sensiblement. En un rien de temps, ils parvinrent au petit bosquet sacré. Les griffons n'étaient pas visibles.
- Ils sont sans doute partis chasser ... C'est leur heure, marmonna d'une voix éteinte le magicozoologque.
- Parfait ! Répliqua Tisiphone. Attends-moi dehors !
Ils étaient devant le dolmen qui était censé abriter la tombe du Premier des Derniers. Tisiphone sortit ses notes et observa les vieilles pierres. Restait à lui trouver l'entrée. Elle savait qu'elle devait être cachée ou protégée.
Chose peu commune, les pierres étaient gravées d'étranges symboles qui étaient familiers à la sorcière. Ils devaient vraiment compter sur la vigilance des Griffons, car tout était inscrit là à qui voulait bien comprendre. Tisiphone eut un sourire de victoire légèrement carnassier. Elle sortit sa baguette et tapota quelques volutes marines. Il y eut un grondement sourd et le sol sembla s'ouvrir en deux. Un escalier blanc descendait dans les confins de la terre.
- Lumos ! Murmura Tisiphone.
La pointe de sa baguette brilla doucement et elle s'aventura sur les marches. Bientôt le ciel bleu ne fut plus qu'un souvenir. Les ténèbres étaient profondes et bruissantes. Des champignons et des mousses avaient poussé sur les parois gravées du couloir. Tisiphone le remonta pendant quelques minutes. Elle parvint rapidement à une porte de bois sculptée elle aussi de dessins marins qui en rappelaient d'autres à la sorcière.
Un simple alohomora ouvrit la porte. Tisiphone déboucha dans une salle assez petite. Le sol, les murs et le plafond étaient peints en bleu et figuraient la mer. Des créatures marines s'ébattaient ça et là. Au centre de la pièce, un immense sacrophage de bois et de pierre.
Tisiphone touchait au but. Le Maître serait content, et elle, elle pourrait enfin assouvir sa vengeance.
Le couvercle du tombeau était lourd. Malgré ses sorts puissants, elle eut du mal à le pousser, mais elle finit par y parvenir.
Elle se pencha et découvrit les restes humains qui gisaient dedans. Autour du cou du squelette reposait le précieux pectoral. La main un peu tremblante, Tisiphone s'en saisit et l'arracha vivement, sans égard aucun pour le mort qui dormait là depuis des millénaires. Elle passa le bijou autour de son cou et s'attela ensuite à jeter un coup d'oeil au reste de la pièce.
Rien de bien intéressant : des vases décorés, des coffrets recelant mille et un trésors qui n'intéressèrent nullement la sorcière. Elle récupéra simplement quelques tablettes et papyrii épargnés par l'humidité. Elle fourra son butin dans son sac qu'elle balança sur son épaule. Elle regarda une dernière fois la pièce. Elle eut un petit rire amer. Autrefois, elle aurait passé des heures dans un tel endroit, numérotant, dessinant le moindre petit détail avant de porter la main sur les objets ... Maintenant tout cela était bel et bien terminé.
Elle ressortit rapidement au grand jour. Paulion n'avait pas bougé.
- Allons-y ! commanda-t-elle d'une voix sèche.
Ils refirent le chemin en sens inverse. Ils sortirent sans être inquiétés du bosquet. Le soleil brillait haut et fort. Aucun nuage ne venait troubler le ciel d'un azur pur. Mais Tisiphone ne relâcha pas pour autant sa vigilance. Elle craignait à tout instant de voir réapparaître les griffons. Ils avaient à présent dépasser le campement. Paulion conduisait en silence la sorcière jusqu'au point de transplanage. Soudain, une ombre passa devant l'astre du jour. Les sorciers levèrent les yeux au ciel. Quatre griffons volaient en ronds de plus en plus resserrés autour des sorciers qui venaient d'accélérer.
Le mur de brume était proche. Tisiphone se tourna vers Paulion.
- Montre-moi la route !
Le sorcier sortit sa baguette et l'agita en marmonnant quelques paroles. Aussitôt comme la première fois, des galets et des grosses pierres s'allumèrent. Les griffons se posèrent autour de Paulion en rugissant au moment où Tisiphone s'engageait sur le sentier lumineux. Il ne lui restait plus que trois pas à faire pour pouvoir se transplaner. Elle s'arrêta et se retourna vers le magicozoologue. Elle sortit sa baguette et la pointa vers l'homme hébété qui regardait incrédule les griffons.
- Avada Kedavra ! Lança-t-elle.
Puis sans même attendre qu'il tombe au sol, elle franchit les derniers pas et se transplana.