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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Anime/Manga » Naruto » Vivre sans lendemain

Shirenai
Author of 13 Stories

Rated: M - French - Angst/Suspense - Itachi U. & Neji H. - Reviews: 41 - Updated: 07-26-08 - Published: 05-24-07 - Complete - id:3554433

Titre : Vivre sans lendemain

Auteur : Shirenai (Nightmare)

Rating : M

Disclaimer : Les personnages et l’univers de Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Encore une fois, merci de ne pas tenir compte du canon.

Sur ce, bonne lecture.


Vivre sans lendemain

Chapitre V

Alors c’était donc ça, sa dernière lubie… Un homme aussi malsain que lui ne pouvait qu’être sadique, c’était loin de me surprendre. La lanière de cuir claqua une fois de plus sur mon dos meurtri, mais je ne sentais plus grand-chose. Pas de gémissement plaintif, pas le moindre mouvement parasite pour éviter les coups. J’étais immobile, comme j’en avais pris le pli depuis quelques temps. La seule chose qui m’importait réellement était la suivante : quand allais-je enfin pouvoir mettre un terme à tout ça ? Non pas que je ne supportais pas la douleur, bien au contraire, je ne la sentais même plus, mais que je perdais mon temps. J’avais bien mieux à faire que de servir de défouloir à un psychopathe oublié par la société…

Pour l’heure, ledit psychopathe se passait les nerfs à grand renfort de coups de fouet sur mon dos, et moi, comme à l’accoutumée, je subissais sans broncher. Une autre question me vint : quand allait-il s’apercevoir que je ne réagissais pas ? Il semblait tellement énervé que j’aurais pu tomber de sommeil sans qu’il ne s’en rende compte… Il continuait, s’évertuant à faire claquer la longue lanière de cuir encore et toujours plus fort sur ma peau. Quand bien même il y serait parvenu, je n’aurais pas perçu la différence ; les premiers coups avaient suffi pour que je ne sente plus rien…au bout d’un petit moment, il redescendit un peu plus bas, au niveau de mes reins. Mais toujours rien… Alors il essaya de provoquer une réaction en remontant directement vers ma nuque.

J’avoue que là, ça m’a fait tiquer. La douleur aiguë ne demeura cependant pas plus de quelques instants dans mon esprit, et comme pour le reste, elle laissa place à un engourdissement de plus en plus complet. Je n’avais plus conscience de ce qu’il faisait subir à mon corps, je ne sentais plus rien. Comme si enfin après tant de coups, mon esprit avait réussi à s’extérioriser de mon enveloppe charnelle. Paradoxalement, les coups ne m’étaient pas si désagréables ; en voyant le bon côté de la chose, je me disais que sa violence me permettait de me sentir vivant. La douleur n’était là que pour me rappeler que je vivais encore, et par là même me rappeler ma faiblesse d’esprit. Je n’avais plus la force de me battre pour m’échapper, ou simplement protester. Itachi avait annihilé toute volonté, toute énergie en moi. J’étais… sa chose…

« Tu as mal, Neji ? Tu ne dis rien…

- Fais ce que tu veux, je ne sens plus rien…

- Vraiment ? »

Je détestais quand il me posait cette question, et plus encore le ton qu’il employait. Doucereux, comme s’il se délectait de ma future réponse. A n’en pas douter, il prenait un malin plaisir à me faire affirmer de moi-même mon infériorité. Je ne savais pas pourquoi, et pourtant je voulais, des dernières forces qu’il me restaient, tenter de comprendre comment un homme, promis à un avenir aussi brillant que le sien, avait pu tourner si mal. Je lui demandai dans un souffle sans vie :

« Je peux te poser une question ?

- Quand cela va s’arrêter ?

- Je le sais, ça. Quand je serai mort…

- Tu as l’esprit vif. On dirait moi, fit-il d’un ton qui laissait transparaître un faux attendrissement. Pose ta question…

- Pourquoi es-tu ainsi ? Pourquoi as-tu besoin de te prouver que tu es supérieur aux autres ? As-tu si peu confiance en toi pour extérioriser ton mal-être de la sorte ?

- Ha ha ! »

Son rire sordide se répercutait en résonnant contre les murs humides de la pièce. Pour la première fois depuis que je le côtoyais, Itachi Uchiha riait à gorge déployée. Effrayant, pensai-je.

« J’adore les gens comme toi, Neji. Même quand leur mort approche, ils préfèrent ne pas se préoccuper d’eux et tenter de comprendre pourquoi le monde est si dur… Tu es si innocent, ça en devient touchant…

- Je t’aurais bien donné un mouchoir, mais j’en ai pas sur moi…

- Et en plus tu arrives même à faire de l’humour… Je vais finir par regretter de devoir me débarrasser d’un jouet aussi amusant que toi… Tu es le seul à me distraire autant, alors je vais te faire une fleur et te raconter l’histoire du garçon qui devint fou… »

Malgré mon manque de réactions, j’étais étonné. En fin de course, il allait m’expliquer. J’allais enfin savoir… Quitte à payer le prix, mon enquête n’allait pas s’avérer vaine ; j’allais pouvoir comprendre…

« Je suppose que durant ton enquête, tu as parlé de moi à plusieurs personnes. Et comme l’humain est si tristement prévisible, je peux également affirmer sans vraiment risquer de me tromper que le simple fait de mentionner mon nom t’a facilité les choses ; tu ne serais jamais remonté si facilement à moi…

- En effet… »

Les coups s’étaient arrêtés.

« Tu vois, Neji, quand on est un peu trop intelligent, on finit par devenir effrayant… Je comprenais tout trop vite, trop bien. Les autres me regardaient en chuchotant, m’évitaient. J’étais souvent seul, et j’ai souvent réfléchi au problème. Je finissais par penser que ça ne venait pas des autres, mais de moi. Je partais du principe que si mes petits camarades parvenaient à s’entendre entre eux, c’était moi qui n’étais pas comme eux. C’était de ma faute… Pourtant, il y avait quelques personnes qui faisaient semblant de ne pas voir que j’étais différent. C’était mes parents… Ils étaient mon havre de paix. Le seul refuge qu’il me restait pour me protéger de la vie. Mais en grandissant, j’ai compris beaucoup de choses, comme de juste. »

Sa voix vacilla, presque imperceptiblement. Il poursuivit.

« En réalité, c’était à leurs yeux que j’étais le plus un monstre. Leurs sourires étaient faux, leurs paroles étaient là simplement pour me rassurer. Ils me méprisaient en fait bien plus que ceux de mon âge.

- Comment t’en es-tu rendu compte… ?

- Je le dois à mon frère…

- Sasuke ?!

- Lui-même. Il a été le seul à toujours être là, d’une certaine manière. Il avait besoin de moi. C’était lui qui donnait ce maigre sens à ma vie. J’étais son grand frère, et il m’admirait. Cependant, ma haine contre les autres membres de notre famille a eu le dessus. Je devais donc me défaire de tous ces gens hypocrites, incapables de m’aimer vraiment sans peur et sans arrière-pensée. Et je les ai tués. Froidement. J’ai regardé leurs corps se vider de leur sang en riant. Je les ai méprisés jusqu’à leur dernier souffle. J’avais ma vengeance…

- Pourquoi ne pas avoir également tué Sasuke ?

- Lui aussi était victime de l’hypocrisie liée à nos parents. A la différence près que lui n’en savait rien. J’ai donc décidé de l’épargner, et de lui offrir la possibilité d’avoir une vie meilleure. »

Il avait tout calculé, donc. Je ne savais plus quoi penser ; à la fois il me répugnait et m’effrayait, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer à quel point il avait dû souffrir pour en arriver là. Sa douleur m’affectait presque…

« Je te fais peur, Neji ?

- Oui.

- C’est normal. N’importe qui aurait peur en entendant ça… »

Ses mains descendirent sournoisement vers ma taille. Il m’enserra, caressant mon torse de ses paumes. Son menton était posé dans mon cou, son corps se plaqua contre moi. Mais même sa caresse ne me rebutait plus. Je finissais par y trouver quelque chose d’agréable. C’était malsain, et pourtant je ne pouvais pas m’empêcher de fermer les yeux, et de me laisser faire. Je prétextais l’annihilation de ma volonté, mais je me devais d’admettre qu’au fond, j’avais fini par m’habituer à ses doigts qui glissaient tels des serpents sur ma peau. En dehors des fois où je lui servais de défouloir, il était indéniable que ses caresses, bien que dénuées de sentiments, étaient tout de même plaisantes… Itachi s’arrêta sans rien dire, et défit les chaînes qui me retenaient au mur. Au lieu de saisir cette occasion pour me rebeller et tenter de retrouver ma liberté, je ne bougeai pas, attendant son prochain mouvement.

« Je ne te ferai rien, lâcha-t-il. A moins que tu n’en aies envie… »

J’avais beau apprécier un minimum son contact, je ne le désirais pas non plus.

« Non sans façon, rétorquai-je froidement.

- Bien, alors rhabille-toi, avant que je ne change d’avis… »

Je m’exécutai sans mot dire, puis il me reconduisit dans la partie de la maison qu’il occupait. Le jour déclinait, synonyme de la proche fin de notre marché. J’appréhendais quelque peu la dernière nuit que j’allais partager avec lui, l’attendant en même temps. Cette sensation me laissait perplexe ; d’un côté, je le détestais de tout mon être, de l’autre, je ne rechignais pas devant ses attentions. Je me demandais quel allait être le menu de ce soir : allais-je avoir droit à sa brutalité dans toute sa splendeur, ou serait-il d’humeur plus raffinée mais tout aussi délicate ? Tendu comme un ressort, je m’allongeai sous les couvertures, bien au bord du lit. Non, en fait je n’attendais absolument pas cette nuit. Du moins si, je l’attendais. Pour qu’enfin ce « marché » se termine, et que je retrouve la tranquilité de ma cellule. C’était impressionnant, souris-je dans le noir ; je regrettais même le fait d’être sorti de cette prison…

Je sentis que cette nuit n’allait pas être beaucoup plus reposante que la première… Et je me raidis instantanément en sentant les mains d’Itachi venir enserrer lentement mes hanches, les draps bruissant tandis qu’il se rapprochait de moi tel un serpent vers sa proie. Je fermai les yeux un long instant, pris une grande bouffée d’air et tentais de me détendre. Mais son souffle chaud dans ma nuque me fit frissonner d’effroi. Je redoutais le moment où il allait finir par s’énerver lui-même, et la peur qui nouait mon ventre semblait plus présente que jamais. Ses paumes épousaient mon corps, glissant dessus avec langueur. Et toujours sa respiration brûlante contre ma nuque… J’allais craquer et finir par lui dire d’aller au but, quitte à me passer dessus, mais je n’en eus pas besoin. Il me força à lui faire face en me retournant, alors je m’attendis à un quelconque geste brusque qui ne serait que dans la continuité des autres, mais rien. Du moins, rien de tout ça. La seule chose qui me frappa ne fut pas sa main, mais son regard, que je parvenais à distinguer dans la pénombre.

Son visage était… étrangement crispé. Je ne voyais pas pourquoi, mais il me regardait avec un air que je ne parvins pas à déchiffrer. Ses longs yeux noirs semblaient me demander quelque chose, sans me dire quoi. J’allais de surprise en surprise, car mon étonnement ne s’arrêta pas là. Sa main droite resta sur ma hanche, me maintenait quelque part prisonnier sans pourtant qu’il ne serrât. Sa deuxième main vint par contre se poser contre ma joue, doucement, et sa paume effleura ma peau en plusieurs endroits. Ce n’était qu’un contact timide, et mal assuré, mais c’était doux. Et plaisant. Je fermai les yeux, le laissant faire. Alors il poursuivit. Les extrêmités de ses doigts arrivèrent jusqu’à ma pommette. Je sentis soudainement que je commençais à avoir chaud. Jamais, au grand jamais je n’avais vu Itachi ainsi. Même dans les rares moments où il ne se jouait pas de moi, il n’avait jamais été si… délicat.

Je le regardai moi aussi. Et une constatation qui m’apparaissait évidente maintenant vint se loger dans ma tête : il était beau. Sous cette folie se cachait en fait un être humain blessé, meurtri. Il rejetait son humanité de tout son être, et je ne pouvais pas m’empêcher de penser ainsi. Un homme qui a souffert peut sombrer dans une telle noirceur qu’il finit par n’en plus être humain. J’étais sans aucun doute possible en proie au syndrome de Stockholm, mais il ne me laissait pas indifférent, qu’elle qu’en soit la signification du terme. C’est pourquoi à ce moment-là je me rapprochai de lui, jusqu’à être totalement contre son corps. Il parut décontenancé un instant, resta immobile quelques secondes avant de passer ses bras dans mon dos. La tête posée dans le creux de son cou, je me sentais bien. Vivant. Et je savais que ça n’allait pas durer. Itachi me maintint ainsi un moment, tandis que je faisais le point sur ma situation. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver demain, ni dans deux, trois, quatre jours. Partant de ce principe élémentaire, pourquoi ne pas profiter de ce qu’il me donnait ? Ce que je fis. Je relevai lentement la tête, et avec, et ce bien malgré moi, une petite hésitation, j’approchai mon visage du sien.

Je cherchais son approbation, son refus, ou même autre chose, mais je ne parvenais pas à avoir une quelconque réponse. Alors il m’embrassa. Ce geste leva toutes mes inhibitions. Il n’avait rien contre ? Parfait. Je laissai libre cours à cette pulsion et cette fois fut mémorable. Dans le sens positif du terme. Celle-ci n’était comparable en rien aux autres. La principale différence résidait dans le fait que j’en avais envie. Cette fois, à ce moment précis, je l’avais voulu. Ce fut la première et unique fois où nous fîmes l’amour. Mais je savais que j’allais m’en souvenir…

Quand nous eûmes fini, il me garda serré contre lui, une main dans mes cheveux et l’autre en bas de mon dos. Cette nuit-là, je m’endormis sereinement, près de lui, et avec un léger sourire au coin des lèvres.

Après ces deux jours, je m’attendais à ce qu’Itachi se montre cruel, et réaffirme la distance entre nous. Pourtant, ce qui me sembla être un long temps passa sans que rien de particulier n’arrive. Puis, à un moment que je présumais être un matin, j’entendis la porte de ma cellule s’ouvrir. Je m’attendais au pas sonore et mesuré auquel je m’étais accoutumé, mais ce furent cette fois des pas rapides et feutrés. Itachi me fit face, la mine assez troublée. Ne sachant pas à quoi m’attendre, je me levai automatiquement, mais d’une main ferme, il me contraignit à me rasseoir. Je le regardai sans comprendre, cependant son geste suivant me permit de saisir la situation… Il sortit une main gantée de son long manteau. Main dans laquelle il tenait un revolver argenté… Je sentis le canon de métal froid contre mon front, et mon rythme cardiaque s’emballer.

Un court instant qui pourtant me parut éternellement long passa, mais rien. Je n’étais toujours pas mort. J’entendis alors la voix de mon tortionnaire me dire froidement :

« Cela fait aujourd’hui trois mois, jour pour jour. Comme tu t’en doutes, je vais te tuer. Avant cela, je vais t’offrir une faveur.

- Laquelle ? demandai-je en déglutissant avec difficulté.

- Si tu as une dernière volonté, je ferai en sorte de la respecter.

- Pourquoi ?

- Tu n’es pas n’importe qui, alors je tiens à tout de même te donner une mort digne. Même s’il m’en coûte de le dire, tu m’as amusé pendant ces quatre-vingt-onze jours. Alors s’il y a une dernière chose que tu souhaites… »

Me rappelant la promesse que j’avais faite à Sasuke, j’inspirai profondément avant de répondre :

« Je voudrais écrire une dernière fois.

- Très bien. »

L’arme à feu s’éloigna de mon front, et avant que je n’aie le temps de relever les yeux, Itachi disparaissait déjà de l’autre côté de la porte. L’attente me parut insoutenable. Je ne réalisais pas encore que ma mort arrivait, que la fin de mes souffrances allait enfin venir. Et en même temps, je ne le savais que trop bien. Je m’étais préparé à ce moment, pourtant mon corps avait tremblé comme une feuille, et mon cœur s’était emballé. Je craignais cet instant. Interrompant mes réflexions pour le moins sordides, Itachi revint, des feuilles, un stylo et une enveloppe à la main.

« Je te laisse une heure…

- Merci… »

Sans rien répondre, il s’en alla, me laissant seul à nouveau. Pour la première fois depuis trois mois, je tenais un stylo dans mes mains… Pour la dernière fois de ma vie, j’allais écrire… Pesant mes mots avec soin, je rédigeais mon ultime article, prenant mon temps, me remémorant tous les éléments que j’avais découverts. Je commençai mon article par mes pensées. Tout ce à quoi ces trois mois de captivité m’avaient conduit. Mes conclusions sur la vie, la mort, l’ambition, le reste. Tout. Je savais que j’allais mourir. Mais je savais aussi que ma chronique allait marquer un tournant dans l’histoire de notre pays. On se souviendrait de moi. J’étais en train de marquer les mémoires… Pleinement conscient de ce fait, j’écrivis mon récit sans trembler ni chercher mes mots. Tout se fit naturellement, les mots coulaient de mon stylo, noircissaient les feuilles de mon écriture hâtive. Je ne faisais ici que mon métier. Pourtant, c’était bien plus à mes yeux…

Une fois que j’eus fini de rédiger l’article, j’écrivis à Sasuke. Je lui livrai tout, sans concession. Je lui exprimai mes regrets de n’avoir pu mettre tout au clair avec lui, et le sentiment étrange qu’il m’en restait, mon respect pour ce patron capable de toujours aller de l’avant, intransigeant avec ses employés autant qu’avec lui-même, et beaucoup d’autres choses encore. Marquant un temps d’arrêt, la mine en l’air juste au-dessus de la feuille, j’hésitai un moment avant d’ajouter que si je ne comprenais pas tout, je ne lui en voulais pas, et que j’étais heureux d’avoir pu travailler pour lui. Quelques mots de remerciement et je trouvai mon feuillet achevé. Je ne savais cependant comment finir ma missive, et signai simplement de mon nom.

Quelques minutes après que j’eus fermé l’enveloppe, Itachi revint. Je vis dans son regard que cette fois, c’était terminé pour de bon. Je ne dis pas un mot, me contentant d’acquiescer.

« Mets-toi à genoux, m’ordonna-t-il d’un ton neutre. »

J’obéis.

« Tu as quelque chose à dire ?

- Je voudrais savoir… Enfin, après avoir passé trois mois ici, je me demande si tu es capable de montrer autre chose que cette haine qui semble t’habiter… »

Un ange passa. Itachi semblait à la fois décontenancé et amusé de ma question. Il s’accroupit en face de moi, me regardant avec une expression dans que je ne parvins pas à interpréter. Je ne bougeai pas, le cœur battant quelque peu. Ce que je vis ensuite me laissa coi. Mon tortionnaire était en train de me sourire avec douceur… Maladroitement, oui. Et je pouvais voir sans peine qu’il hésitait. Comme s’il en avait mal. J’allais ouvrir la bouche pour tenter de dire quelque chose, mais son nouveau geste me coupa la chique. Sa main droite, ornée d’une bague à l’annulaire, avança lentement jusqu’à mon visage. Méfiant, je tentai un mouvement de recul, mais il fut plus vif que moi et… posa sa paume sur ma joue. Je demeurai interdit. Ses doigts tremblaient légèrement tandis qu’il affirmait timidement le contact sur ma peau. Je fermai les yeux et déglutis. Sa caresse était douce…

Infiniment douce… Je me sentais étrangement bien, ainsi. Avec prudence, les phalanges se mirent à remonter doucement jusqu’à ma pommette, puis redescendre vers ma mâchoire. Incapable de dire ou faire quoi que ce soit, je demeurai simplement appuyé contre le creux de sa main, le laissant faire. Je n’aurais su dire s’il se forçait ou non tant c’était convaincant de réalisme. Mais c’était également grotesque ; j’allais me faire tuer et voilà que je me trouvais heureux que mon futur assassin se permette de telles familiarités avec moi. J’inspirai un peu bruyamment et rouvris lentement les yeux. Itachi me fixait toujours, les traits de son visage quelque peu tirés. Il paraissait comme torturé, saisi par une émotion que, pour une fois, il n’avait pas l’air de maîtriser. J’allais tenter de parler quand les doigts cessèrent leur léger mouvement et se retirèrent avec lenteur. Le temps pour moi de battre des paupières et le faciès du meurtrier avait revêtu son masque de neutralité froide. Il n’avait cependant pas l’air déterminé à en finir aussi vite que ce que je ne l’aurais imaginé, prenant son temps pour se relever et sortir son révolver.

« Est-ce tout ?

- Oui.

- Alors adieu, Neji. »

Je ne répondis rien, et fermai les yeux. Je sentis le canon froid se poser doucement contre ma tempe. J’allais partir sans aucun regret réel ; je mourais en faisant mon travail, et cela me convenait. Je partais la conscience libre. Alors qu’Itachi chargeait le canon, je me redressai, les épaules fermes, la tête droite après trois mois de torture. Mon corps se tendit tout entier alors que j’inspirais profondément. Mon dernier souffle… J’entendis le cliquetis de la gachette, puis celui du canon. Je ne sentis pas la balle entrer dans ma tête. Plus rien. Le noir. Le silence.

Quelques jours plus tard, Uchiha Sasuke, assis à son bureau, décacheta l’enveloppe portant son nom. Il parcourut la lettre que lui adressait son meilleur chroniqueur, Hyûga Neji, mort pendant son investigation sur le tueur psychopathe Uchiha Itachi. Puis, avec une grande attention, il lut l’article concernant l’affaire. Les mots étaient vibrants de sa frayeur, pénétrants de sa souffrance. Non content de cela, le texte livrait au grand public les détails sur l’affaire. C’était un excellent article… Le patron du journal s’enfonça dans le dossier de son confortable fauteuil, un sourire satisfait étirant ses fines lèvres. Reposant les feuillets sur son bureau, le jeune homme murmura :

« Tu vois, je t’avais bien dit que ça serait le clou de ta carrière… »

Fin.


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