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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark TV Shows » CSI » La peur de l'Abîme

Evasara
Author of 8 Stories

Rated: M - French - Drama/Romance - Gil G. & Sara S. - Reviews: 203 - Updated: 10-26-07 - Published: 06-12-07 - Complete - id:3589640

PROLOGUE

La peur était leur lot quotidien…..

Chaque jour et à chaque instant de leur vie, elle était là, pernicieuse,calculatrice , tapie dans l ‘ombre de leur cœur , guettant le moindre signe de faiblesse de leur part pour surgir et les envelopper dans un manteau de ténèbres..

Elle s’infiltrait sous leurs peaux, leur inventant des frissons communs lorsqu’ils examinaient une scène de crime, côte à côte et que l’odeur de sang les agressait en leur déclenchant des nausées …

Elle peuplait leur réveil d’angoisse lorsque les pleurs d’une petite fille, si semblable à eux, les tiraient de leur sommeil trop soudainement et qu’ils se sentaient coupable de n’avoir pas veillé sur elle……

Elle s’insinuait sournoisement dans leurs esprits, lorsque leur bonheur d’être ensemble se faisait trop fort, trop puissant, et que cette insolence aurait sûrement un coût à payer un jour et qu’ils en étaient conscients...

Elle freinait la puissance de leur amour qui avait puisé sa force dans les racines d’une attente platonique et qui avait engendré une symbiose totale de leurs deux corps lorsqu’ils se fondaient l’un dans l’autre…

Elle coulait dans leur sang, parcourant le chemin de leurs veines pour se répandre dans tous leurs corps lorsque l’idée de se perdre des yeux les envahissait d’une terreur insoutenable…

Elle leur injectait des doutes, à petite dose, lorsqu’ils côtoyaient un entourage hostile à leur relation, même si malgré tout ils persistaient à les ignorer pour leur prouver que les adages n’étaient pas l’apanage des sages…

Elle projetait de l’amertume dans leurs yeux, lorsque la jalousie s’insinuait en eux, alors qu’ils n’avaient aucune raison de douter de leurs sentiments respectifs même s’ils restaient toujours sur la défensive…

Elle dessinait des grimaces d’inquiétude sur leurs visages lorsqu’un désaccord intervenait entre eux et mettait en danger la fusion de leurs âmes…

Et elle avait tracé des plans machiavéliques pour les détourner de leur destin et les contraindre à accepter la rupture de leur tendre complicité.

Cette peur du vide de l’absence de l’autre s’immisçait dans tout leur être comme une maladie restée en sommeil et qui attendait obséquieusement de se réveiller pour les détruire..

Ils avaient peur tous les deux de cette séparation qui interviendrait beaucoup trop tôt, et qui les contraindraient à essayer de survivre dans un océan de solitude peuplé de souvenirs égarés dans les limbes de leurs cerveaux…

CHAPITRE UN

L'eau était devenue froide autour de Sara et elle commençait à lui glacer les os.

Depuis combien de temps était-elle là, assise dans cette baignoire, les yeux fixés sur le mitigeur qui égrenait ses gouttes dans une lancinante mélodie ? Elle n'aurait su le dire.

Ses paumes s ‘accrochaient si désespérément à ses genoux que les phalanges de ses doigts blanchissaient sous la pression et ses épaules se resserraient autour de son cou. Elle trembla légèrement et sa mâchoire se contracta dans un tic nerveux.

Il lui suffisait d'étendre la main, de tourner à fond le robinet pour que l'eau chaude jaillisse de nouveau et réchauffe son corps transi de froid. Mais elle n'en avait pas la force. Ses muscles semblaient paralysés par une force inconnue et refusaient le moindre mouvement, la moindre collaboration. Un horrible frisson se propagea le long de sa colonne vertébrale et les larmes prirent aussitôt naissance dans ses yeux.

L’ absence de Grissom la détruisait un peu plus chaque jour .

Pourquoi avait-il choisit cet exil ? Pourquoi préférait-il la solitude plutôt que l'affrontement du regard hostile des autres ? Il avait tiré un trait sur eux, comme si toutes ces années de bonheur partagé n'avaient jamais existées...

Il fallait juste qu’elle allonge son corps, qu’elle repose sa nuque sur le rebord de la baignoire et qu’elle se laisse glisser au fond… La mort était-elle salvatrice ?

Elle ferma les yeux. Il apparut aussitôt sous ses paupières closes, aussi distinctement que s'il se tenait là, debout devant elle, son regard océan fixé sur son corps squelettique . Son coeur loupa un battement dans sa poitrine et elle cru un instant qu'il ne repartirait jamais...

Avait-elle vraiment le droit de lui faire ça ? De le faire culpabiliser pour le restant de ses jours et peupler ses nuits de cauchemars. Car il se sentirait responsable de son acte c'était certain. Pourtant, même s'il l'avait blessée et lui avait déchiré le coeur elle n'arrivait pas à le détester vraiment. Comment le pourrait-elle d'ailleurs ? Dès que son esprit s'évadait sur la planète du souvenir, son sourire était omniprésent et son regard brillant, toujours saturé de tendresse à son égard.

Elle revoyait ses larges mains, si douces, qui savaient la caresser avec sensualité et lui procurer des frissons de désir. Elle sentait encore son corps chaud qui se blottissait contre le sien pour qu’elle le cajole comme un petit garçon perdu lorsqu’il se sentait démoralisé par une affaire qu’il avait pourtant réussie à résoudre. Et elle entendait constamment sa voix tendre et suave qui murmurait des mots d'amour à son oreille.

Elle grelotta et ses dents s'entrechoquèrent dans un bruit ridicule. Etait-ce seulement dû à l'eau glacée ou à ce trou béant à l'emplacement de son coeur ? Lentement elle s'adossa contre l'émail blanc de la baignoire et allongea ses longues jambes devant elle. L'eau recouvrit partiellement son corps et sa peau prit l'aspect blanchâtre d'un volatile déplumé.

Si elle se laissait aller , quelles sensations éprouverait-elle lorsque le liquide pénètrerait dans son nez, dans ses oreilles et dans sa bouche ? Serait-elle capable de résister aux convulsions spasmodiques et d'attendre sans réagir que sa douleur s'efface enfin ? Ou l'instinct de survit reprendrait-il le dessus ?

-Maman , c'est papa au téléphone ! Il dit qu'il viendra me chercher à l'aéroport et que tu ne dois pas t'inquiéter !

Les yeux de Sara s'ouvrirent aussitôt . La petite voix aiguë de Rachel avait atteint les méandres de son cerveau . Comment avait-elle pu croire un seul instant que la solution radicale se trouvait au fond de sa baignoire ? Pourquoi n'avait-elle pas songé à sa fille découvrant son corps sans vie et hurlant sa peur et sa douleur aux quatre coins de la pièce...?

-Maman tu as entendu ? Papa veut te parler ! poursuivit l’enfant en cognant contre la porte .

Son coeur tambourina dans sa poitrine et elle avala difficilement sa salive.

-Dis lui que je le rappellerai ! cria –t-elle à son tour d'une voix mal assurée.

Non ! Ne plus entendre sa voix ! Ne pas laisser son esprit vagabonder de nouveau pour raviver des blessures non consolidées ..

-Papa dit qu'il sait que tu ne le rappelleras pas , alors ...est -ce que tu as compris qu'il viendra me chercher ?

Bien sûr qu'il savait! Depuis bientôt deux mois elle refusait de prendre ses appels, invoquant le premier prétexte venu pour ne pas lui parler .Mais chaque soir il téléphonait pour savoir si elles allaient bien et Rachel attendait son coup de fil , stagnant auprès du téléphone dès que l'heure approchait et trépignant d'impatience au moindre retard de sa part .

Mais Sara n'en avait plus la force . C'était une torture de l'entendre s'inquiéter pour elles alors qu'il avait le pouvoir de les délivrer de leurs angoisses . Elle n'était plus capable d'écouter sa voix sans fondre en larmes aussitôt et elle mettait des heures à s'en remettre.

Mais pour Rachel , ce mince contact avec son père représentait le seul instant de joie de sa journée . Et lorsqu'elle raccrochait le combiné , les reproches assombrissaient son regard et sa mâchoire se contractait dans un rictus de rancoeur à son encontre .

Sara savait que sa fille souffrait autant qu’elle de cette situation . Son père lui manquait cruellement et son désespoir se retournait contre la seule personne qu'elle pouvait fustiger , en l’occurrence sa propre mère .Ses magnifiques yeux bleus , ceux de son géniteur , lui balançaient aussitôt de terribles éclairs et elle se sentait coupable de l'absence de Grissom alors qu’elle en était elle aussi la victime.

Six mois ! Il était parti depuis six mois. Six longs mois d'absence ,de larmes , de douleur et de tortures mentales pour savoir si elle aussi était responsable de son départ .

« Retraite anticipée « ...C'était ce qu'on lui avait signifié pour le pousser vers la porte de sortie . Pourtant tout le personnel du labo savait que son âge n'était pas l'unique raison de son éviction de la police scientifique .Mais pouvait-on lui reprocher d'avoir fait passé sa famille avant son travail ? Il avait tellement donné pendant tant d'années , se privant de vivre une grande partie de sa vie .Une simple erreur de jugement pouvait-elle effacer tant de dévotion pour ce travail ingrat mais combien important pour lui ?

Elle savait qu'il aurait du mal à s'en remettre ,la pente était trop dure à remonter . Se sentir repoussé par la direction du laboratoire alors qu'il lui avait sacrifié ses plus belles années pour le promouvoir au premier rang du pays , l'avait profondément perturbé .

Il s'était laissé abuser par un esprit retors . Il avait sous-estimé la cruauté d'un suspect ,l'innocentant alors qu'il était coupable .Et une nouvelle victime était venue s'allonger sur la table d'autopsie .

Pouvait-on lui reprocher d'avoir été humain et d'avoir préféré passer sa nuit auprès de sa fille fiévreuse plutôt que de vérifier une empreinte partielle dégradée par le temps ?

Et quand la sanction été tombée , le sang s'était retiré peu à peu de ses veines , refroidissant son coeur déjà meurtri et recouvrant d'un manteau de glace leur bonheur familial.

Alors , telle une bête blessée , il avait préféré l'exil , le repli en terrain inconnu pour penser ses blessures .Chassé de son territoire , mais sollicité par les plus grandes universités ,il avait choisit d'aller où on avait besoin de lui .

« Juste quelques mois » avait-il dit... »histoire de retomber sur mes pieds , savoir que je suis encore capable d'être utile à quelqu'un... »

Mais Sara et Rachel étaient restées derrière lui...Pourquoi n’avait –il pas trouvé de place pour elles dans ses bagages ? Il avait même laissé Némo ,son boxer fauve …et la pauvre bête le cherchait désespérément dans la maison , reniflant son odeur le long des plinthes et sur les coussins du canapé… Son absence les détruisait chaque jour un peu plus et ce sentiment d'abandon leur laissait penser que son amour pour elles n'était qu'illusion...

Pourquoi avoir tiré un trait sur leurs plus belles années de vie commune et surtout sur leur fille ?

Sur cette enfant dont ils ne voulaient ni l'un ni l'autre dans leurs projets , mais qui avait été conçue dans la passion de leur amour et qu’ils n’avaient pu se résoudre à effacer d'une manière radicale.

Ce petit être fragile , à l'origine de ses plus belles rides et qui avait bouleversé son existence et chamboulé son coeur..

Sara revoyait la manière qu’il avait de la poser sur son ventre , pendant leur sieste commune sur le canapé du salon , l'enveloppant de ses mains protectrices , priant de toutes ses forces pour ne pas la laisser tomber..….. ce regard énamouré qu’il posait sur elle lorsqu’il surveillait la moindre de ses respirations pendant son sommeil agité …...les caresses qu’il lui distribuait sur le bout du nez et qui provoquaient chez elle des éclats de rire qui le faisait fondre littéralement de bonheur…...son visage radieux plongeant dans son cou pour frotter sa barbe douce et la voir se pâmer sous ses yeux.….. sa bouche s'arrondissant de stupéfaction lorsqu 'enfin le mot « papa » été sortit doucement de ses lèvres pour glisser vers son coeur…...les premiers pas en solitaire , sur des jambes chancelantes ,les bras tendus vers lui pour se réfugier à l'abri des siens avant de tomber…...ses inquiétudes lorsqu'elle était fiévreuse , refusant de la confier à des inconnus pour la garder auprès de lui et veiller sur son souffle…...les premiers dessins , des papillons bien sûr , qu’il s’était empressé d'accrocher dans son bureau avec autant de fierté que si c'était des oeuvres d'art …..la première dent , enfin , perdue avant son départ , coulée dans l'ambre par ses soins pour pouvoir la garder dans la poche intérieur de sa veste pour qu'elle soit en contact avec son coeur...

Comment pouvait-il avoir oublié tout ça ?

Comment pouvait-il après lui avoir donné autant d'amour la laisser s'étioler par son absence alors qu’il était le sang qui coulait dans ses veines.?...

Sa fille avait encore besoin de lui ...besoin de cette alchimie entre eux deux , qui avait comblé Sara de bonheur pendant six ans , même si quelques fois elle lui pesait comme un fardeau lorsqu’elle voulait être seule avec lui et que ses pensées restaient fixées sur la porte de la chambre voisine. ...

Il n'avait pas le droit de l'éloigner de sa vie. Elle était en train de payer ses erreurs alors qu'elle était innocente de la détresse dans laquelle il se trouvait...

-Maman !!! trépigna Rachel de l'autre côté de la porte.

-Oui , j'ai compris , il viendra te chercher à l'aéroport , répondit Sara en soupirant.

Elle imagina la petite moue de sa fille ,l'atavisme était passé par là ,son haussement d'épaule et ses yeux levés au ciel pour signifier sa déception...

Mais elle savait aussi qu'elle était heureuse de partir seule pour retrouver ce père qui lui manquait tant et qui peuplait souvent ses nuits de pleurs et de sanglots ...

Sara sortit aussitôt de la baignoire ,ayant retrouvé un élan de vitalité et son regard se posa sur le grand miroir qui trônait au-dessus du meuble bas . L'espace d'un instant elle ne reconnue pas son corps . Horrifiée par la vision de son image ,elle porta sa main à sa bouche pour étouffer un cri de désespoir . Qu'était-elle devenue ?

Même si elle n'avait jamais été corpulente pour sa grandeur , après sa grossesse elle avait gardé quelques rondeurs disséminées aux endroits stratégiques de son corps .Sa poitrine c'était épaissie , ce qui n'avait pas manqué de plaire à la bouche sensuelle de Griss et son regard très explicite sur son nouveau décolleté lui faisait toujours monter le rouge aux joues.

Mais ce corps squelettique , à qui appartenait-il ?

Pourquoi ses seins avaient-ils disparut ?Et ces os qui saillaient sous sa peau comment étaient-ils apparut si soudainement ?

Elle avait l'impression de poser son regard sur un corps sans vie ,décharné , juste bon à être rangé dans un tiroir de la morgue...Elle referma prestement son peignoir autour d’elle .Il fallait absolument qu’elle s’alimente régulièrement.

Si Griss revenait un jour , comme il le lui avait promis,quel regard porterait- il sur elle ? Aurait-il encore envie de faire l'amour avec elle si son aspect restait aussi repoussant ?

Elle sortit rapidement de la salle de bain, le coeur lourd . Sa fille l'attendait derrière la porte , les poings sur les hanches et le boxer assis à ses pieds. .Son petit visage exprimait une contrariété déguisée sous une grimace de regret et ses yeux acier , dardaient sur sa mère des airs de reproche.

-Papa dit que c'est difficile de te parler ,et qu'il a l'impression que tu ne veux pas qu'il me prenne en vacances chez lui , poursuivit-elle une lueur d'inquiétude dans les prunelles.

-C'est faux ma puce .Je suis heureuse que tu puisses enfin le revoir et passer du temps avec lui .Je sais qu'il te manque beaucoup ,avoua Sara avec sincérité.

-Dis maman est-ce que je pourrais rester là-bas après les vacances ?

La voix cristalline de Rachel venait subitement de frapper Sara de plein fouet. La question tant redoutée avait franchie le barrage des lèvres de l’enfant.

-Quoi ?murmura-t-elle en tentant de maîtriser les battements désordonnés de son coeur .

-Je veux rester avec papa maintenant , reprit la petite une lueur de détermination dans le regard .

Un gouffre...

Un gouffre vînt s'ouvrir soudainement sous les pieds de Sara et elle chercha désespérément à quoi s'accrocher pour ne pas glisser et se laisser engloutir vers cet abîme sans fond.

Bats mon coeur ! pensa –t-elle Je t'en prie ,reprends un rythme normal et continu à irriguer mon cerveau .Ce n'est vraiment pas le moment de me lâcher .

-Qu'est-ce ...que tu dis?

Elle ne reconnue pas sa propre voix .Etait-ce elle qui avait parlé ?elle avait l'impression d'entendre une inconnue tant le tremblement avait déformé le murmure qui était sortit de sa bouche .

Rachel avait également perçut la détresse véhiculée par le son de la voix de sa mère et Sara vit dans son regard le tumultueux combat qu'elle menait contre son cœur .Ses yeux se remplirent de larmes et sa bouche esquissa une moue imprégnée de pitié et d'attente désespérée.

Comme elles se ressemblaient à cet instant précis .La douleur se lisait sur le pâle petit visage et Sara crut se reconnaître faisant face à sa propre mère lorsqu'elle lui promettait que tout irait bien désormais et que le doute persistait dans son esprit.

-Papa est tout seul tu sais , chuchota Rachel tendrement avec une tristesse non feinte...il a besoin de moi.

Et moi alors ? Avait envie de hurler Sara . De qui avais -je besoin pour continuer à vivre ? Pourquoi les deux êtres qu’elle aimait le plus au monde ne s'inquiétaient pas de savoir si elle survivrait à leur absence ? Etait-elle donc la seule capable de surmonter la douleur d'une solitude dévastatrice? Même si elle savait qu'ils avaient besoin l'un de l'autre , elle n'était pas prête à les perdre tout les deux...

Elle savait que la raison pour laquelle Griss ne l'avait pas prise auprès de lui plus tôt , c'était qu'il lui serait impossible de la renvoyer vers elle .Lorsqu'il reverrait ce petit visage chafouin , il serait bien incapable de s'en séparer de nouveau ..

-Ecoute mon coeur...commença Sara en prenant une profonde inspiration ..papa ne pourra pas te garder près de lui...c'est impossible..

Elle vit aussitôt son petit menton frémir et ses dents se crispèrent dans un douloureux rictus .Une grosse larme salée s'accrocha un instant au bord de sa paupière inférieure et glissa silencieusement le long de sa joue en traçant un sillon humide.

-Il est tout seul maman...Il est malheureux...murmura-t-elle en étouffant un sanglot.

Une insupportable chaleur lui enserra alors la gorge et une sensation d'étouffement l'empêcha de respirer un cours instant .Elle regarda le petit visage qui se couvrait de larmes ,cette détresse infinie qui se lisait dans son regard de supplique .

Et c'était sa fille ce petit être malheureux qui tremblait de tous ses membres et qui l'implorait de ses yeux noyés de chagrin .Son enfant ,son bébé , le fruit de ses entrailles .Une autre partie d’elle-même qui souffrait devant son impuissance à enrailler sa douleur .Personne n'avait le droit de lui faire autant de mal .Et si elle n'était pas capable d'empêcher ça , elle n'était pas digne d'être sa mère...

Rachel avait toujours eu ces manières non apprises des enfants heureux .Elle avait grandi dans une bulle d'amour et de tendresse que son père lui avait fabriquée, bien à l'écart de la perversion qui sévissait dans cette ville de grands péchés qu'était Las Vegas.

Jamais ils n'avaient évoqué devant elle la rigueur de leur métier, ni prononcé des phrases explicites qui auraient pu la perturber .Ils avaient banni de leur vocabulaire tous mots blessants ou choquants en rapport avec leur quotidien .Ils n'utilisaient que des métaphores ou des néologismes pour communiquer entre eux, devant elle .Griss ne voulait pas déstabiliser son mental d'enfant.

« Inutile de ramener du travail à la maison ! » avait-il déclaré un jour que Sara , par mégarde , avait laissé échappé le mot « cadavre « devant elle.

Alors, il surveillait constamment ce qu'elle regardait à la télévision ou les images qu'elle voyait dans les magazines .Et elle devait sans cesse lui demander la permission pour ouvrir un livre non répertorié sur son étagère ou passer quelques instants devant l'écran du téléviseur.

« Elle a le temps pour apprendre que ce monde est dévastateur ! Evitons de faire renter chez nous des visions d'horreur ! »

Mais aujourd'hui elle était confrontée à une horreur à laquelle il n'avait jamais songé .Une blessure incommensurable qu'il avait lui-même provoqué et qui venait de faire éclater sa bulle protectrice .

Une colère profonde , ensevelit depuis plusieurs mois remonta aussitôt à la surface et un étrange sentiment envahit Sara .

Elle en voulait terriblement à Griss de la mettre en position de faiblesse face à sa fille .Elle lui en voulait de l'avoir surprotégé de l'effet dévastateur que pouvait avoir son absence.

Savait-il dans quelle détresse elles étaient toutes les deux ? Combien de temps allaient-elles encore souffrir pour qu'il puisse enfin accepter ce qui avait provoqué son départ ?

Sara posa un genou à terre et ouvrit grands ses bras . Rachel s'y précipita aussitôt et elles s’ étreignirent avec force, mêlant instantanément leurs larmes , leurs sanglots et leur douleur commune...

Elles pleurèrent toutes les deux sur leur triste sort, regrettant leur bonheur passé, leurs joies partagées , et l'absence du seul homme qui était capable de les rendre heureuse .Elles ne pouvaient pas vivre sans lui , c'était un fait établi. Il était l'oxygène dont elles avaient besoin pour respirer...

Reprenant petit à petit ses esprits , car la langue rugueuse de Némo était venue les lécher allégrement ,Sara libéra doucement Rachel et lui caressa ses longues boucles brunes .Mais ses sanglots redoublèrent et elle haletait , incapable de retrouver une respiration normale pour calmer son désespoir .Elle regarda sa petite bouche se tordre, dévoilant ses nouvelles dents qui avaient commencées à repousser .Un petit diastème était visible et elle eut l'impression de se regarder dans une glace.

-Calme toi ma puce ,calme toi ...murmura t-elle en lui effaçant ses larmes du bout des doigts.

-Ma...man...gémit la petite entre deux hoquets ..Il ...me manque...

-Je sais trésor ,mais penses que dans deux jours tu te blottiras contre lui poursuivit-elle en continuant de lui caresser son visage trempé de larmes .

-C'est long... deux jours...

-Tu lui feras tout plein de câlins de ma part ,n'est-ce pas ? continua t-elle un petit sourire contrit sur les lèvres .

L'idée de se retrouver bientôt dans les bras rassurant de son père fit son chemin dans l’esprit de l’enfant .Une lueur de bonheur sembla illuminer son visage et traversa ses prunelles délavées .Avec tendresse elle mis sa petite main tremblante sur la joue de sa mère et la caressa doucement.

-Mais maman ,j'ai déjà tous les miens à lui donner... alors je ne sais pas si j'aurais le temps de lui faire les tiens...mais j'essaierais.

Sara esquissa aussitôt une petite moue de reconnaissance. Elle l'aimait tellement qu’elle était prête à tous les sacrifices pour ne plus revoir la souffrance dans ses yeux. Même si ce sacrifice signifiait de la perdre...

Il fallait qu’elle prenne son courage à deux mains,qu’elle surmonte ses craintes et ses angoisses Elle devait le faire pour Rachel...

.Il fallait qu’elle parle à Grissom...


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